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 RPG+   LDC  Chapitre V : Entourloupe

Livre : Les anneaux invisibles
Tome : Le lien des coeurs
Chapitres précédents : Prologue ; Chapitre I ; Chapitre II ; Chapitre III ; Chapitre IV ;
Récurrents RPs : Regels Mordred, Elizabeth Thornfield, Hélène Chevalier
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Année : Deuxième année (novembre 2041)

              Le dîner venait enfin de s'achever dans la Grande Salle. Un fameux dîner selon l'opinion du jeune garçon. C'était toujours une qualité remarquable de l'école et quelques fois, les cuisines le surprenaient tant les plats préparés étaient exquis. Sans doute était est-ce un moyen détourné de soulager le mal de famille des Première Année. Un sourire satisfait trônant sur son visage, Edward avait déposé ses couverts sur son assiette, les croisant soigneusement. Il pencha sa tête en arrière, sentant ses muscles se détendre progressivement. Dans cet état de béatitude, il lui paraissait impossible de travailler ce soir là, c'était pour dire ! Enfin, en soi, il n'en avait pas besoin. Les chandelles flottant au plafond l'hypnotisaient quelques instants puis sentant sa nuque se fatiguer, il baissa la tête pour croiser le regard d'Hélène.

"C'est vrai que c'était drôlement bon", dit-elle, riant sous cape.

         Edward lui retourna un regard sans équivoque. 'Bon' ne faisait pas honneur au repas qu'ils avaient eu. Il poussa un profond soupire de contentement et s'accouda sur la table. La tête posée au creux de la paume de sa main droite, il observait distraitement les autres tables. Se faisant, il croisa celui de Thornfield qui, elle aussi semblait avoir noté sa visible satisfaction. Edward, sans trop comprendre pourquoi, rougit. Le phénomène s'aggrava lorsque Thornfield, assise comme à son habitude à côté de Mordred, lui chuchota quelque chose à l'oreille. Peu désireux de savoir s'il était concerné, il détourna vite son regard en direction des Gryffondors qui, comme toujours, faisaient les zouaves et parlaient bien trop fort, comme s'ils cherchaient à se faire remarquer par l'école. Vite lassé d'observer les rouges, il discuta quelques instants avec une camarade de sa maison sur les propriétés du Saul Cogneur. Cela eut le mérite de lui faire retrouver son teint pâle, le rouge des joues ayant disparu.

       Après une bonne quinzaine de minutes, le besoin de s'isoler pour récupérer des longues discussions devint de plus en plus insistant. Il chercha donc à clore l'échange avec sa camarade, et lorsque l'occasion se présenta, la salua, puis se leva du banc. Longeant les tables de Serdaigle et Poufsouffle, il constata que la Grande Salle s'était considérablement vidée. Il jeta un regard curieux vers sa montre . Elle lui indiquait "20h34". Rien d'étonnant, par conséquent.

            Sortant de la Grande Salle, il jeta un regard paresseux autour de lui. Les devoirs terminés, il ne sut vraiment que faire de son temps libre jusqu'au couvre-feu. L'école parut alors immense et lui, perdu. Décidant de se plonger dans ses pensées, comme à son habitude, il avança de manière assez mécanique vers l'escalier le plus proche.

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        Ses pas le menèrent au premier étage, sans qu'il en ait conscience. Il bifurqua sur la gauche, entrant dans un des larges couloirs de l'école, peu éclairés à cette heure-ci. Les torches, suspendues aux murs affublaient l'espace d'ombres étranges, voire intimidantes. Ses yeux rivés sur les dalles qu'il foulait, il dépassa des armures comme on pouvait souvent en croiser, sans leur daigner un quelconque regard. Seuls trois portraits occupaient ce couloir et à ceux-là aussi, il ne leur accorda pas une miette d'attention. Il dépassa la porte d'entrée menant à la classe de Défense Contre les Forces du Mal, celle qu'il avait côtoyé en début d'après-midi. 

        Ce ne fut que lorsque des éclats de voix tranchèrent le silence des environs qu'Edward sortit des méandres de sa pensée. Il stoppa net ses pas, releva la tête et tendit les oreilles en direction de la source de turbulences. Des voix masculines rebondissaient sur les murs. Jeunes qui plus est. Impossible pour le jeune garçon de distinguer les voix entre elles, de là où il se trouvait. Il avisa par dessus son épaule le couloir, en direction de l'escalier qu'il avait emprunté plus tôt. Tiraillé entre la curiosité et l'indifférence des conflits que pouvaient avoir les élèves, il resta sur place. Finalement vaincu par son besoin de savoir, il adoucit le bruit de ses pas, se rendant aussi silencieux qu'un chat et s'approcha, furtivement de l'embouchure des prochains couloirs, en direction des garçons. 

        Des bribes de mots commençaient à être perceptibles. Edward choisit de rester hors de vue, le dos plaqué contre le mur de pierre, glacial. Il accusa le frisson au contact et se glissa tout contre l'angle. Jugeant la posture inadéquate, il se retourna, ventre contre mur et pencha très légèrement la tête, de sorte à ce qu'il puisse découvrir la scène de son oeil gauche. Soulagé d'être englouti par les ténèbres des couloirs, il prit soin d'analyser ceux qui se trouvaient là. 

       Il n'eut aucun mal à reconnaître les individus pour l'instant animés par une tension que le Serdaigle pouvait percevoir. Mordred et sa bande se tenaient là, isolés du reste des élèves du château, à l'exception d'Edward, à leur ignorance. Le meneur se tenait dos au Serdaigle. Ses cheveux blonds étaient impeccablement tenus, son dos droit et ses bras sûrement croisés vu la posture de ses épaules. A ses côtés se tenait Thornfield. Les deux étaient sûrement inséparables d'après les estimations du bleu. En face d'eux se trouvait le reste de la bande. Les Serpentard paissaient agités et, les sourcils froncés, observaient avec un certain ressentiment Mordred. Impossible de voir le visage du leader. Toute cette situation posait chez le Serdaigle bon nombre de questions. 

" Ils en ont pour deux mois, Regels. Tu comptes y faire quoi, au juste ? ", invectivait l'un deux dont Edward ne connaissait le nom.
- Ils savaient dans quoi ils s'embarquaient, je ne leur ai pas mis le couteau sous la gorge., trancha Mordred froidement.
- Tu sais très bien que si. Ils veulent faire partie du groupe. Bien sûr qu'ils vont faire ce que tu demandes. Le problème est que tes plans sont foireux et ça nous met dans les ennuis, pas toi.", rétorqua un autre. 

        Edward fronça les sourcils. Il avait déjà entendu ce type de remarque au sein du groupe du Serpentard. Néanmoins, ayant passé à d'autres choses, il ne se rappelait plus distinctement des circonstances. 

" Les plans ne sont pas foireux. Si ils ont chopé une détention, c'est qu'ils ont foiré la mise en oeuvre.", riposta Thornfield avec acidité. 

         L'intuition du Serdaigle commençait à s'agiter, tout en crescendo. Ses doigts se crispaient sur la pierre froide du mur. Les clignements de ses yeux se raréfiaient, comme si un clignement de trop et toute la tension qui résidait dans le couloir allait soudainement claquer comme un fil qu'on aurait trop tendu.

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    Un mauvais pressentiment accompagnant cette tension, Edward retint son souffle. Alors que le groupe continuait à échanger sur les responsabilités des uns et des autres, une ombre, bossue, attira le regard aiguisé d'Edward. A quelques pas derrière Mordred et Thornfield, elle s'animait, très faiblement, silencieuse. On aurait dit qu'elle avait longtemps somnolé là et que, quelque chose de mystérieux venait de la réveiller, un déclic que personne d'autre qu'elle n'en connaissait la raison. Elle continuait de s'animer et avançait, toujours aussi dangereuse vers sa proie, qui qu'elle puisse être. Les doigts d'Edward devenaient rigides. Il ne comprenait plus ce qui se produisait sous ses yeux comme si un élément inconnu s'échappait de son contrôle et il n'avait d'autre choix que de regarder ce qui allait se produire.

    Les bras de Mordred étaient maintenant tendus contre son corps, ses doigts serrés dans des poings qui trahissaient la colère froide dans laquelle il se trouvait. Edward s'humecta les lèvres. Le pressentiment persistait et ce ne fut que lorsque l'ombre se glissa progressivement et lentement des ténèbres qu'Edward ressentit un soudain froid. L'ombre était en réalité un garçon. Par n'importe quel garçon. Celui qui depuis la première année suivait le leader comme son ombre, s'excitant à l'idée d'être reconnu par celui-ci, celui qui il y a peu avait fait part de son aigreur quant à la détention qu'il avait écopé l'année précédente. Dans l'esprit du Serdaigle, les rouages de la logique tournaient à plein régime. Yalks. 

  Le Serpentard, ignoré des autres continuait de se glisser derrière Mordred et Thornfield. D'un mouvement précis, il laissa glisser le long de sa manche une baguette magique qu'il avait sûrement camouflé pour... attaquer plus discrètement. Pour le Serdaigle, cette possibilité était claire comme de l'eau de roche. Sans qu'il ne s'en rende bien compte, Edward empoigna sa propre baguette, protégée dans sa robe. Comme dans un duo parfaitement synchronisé, il leva sa baguette en même que Yalks. Yalks pointant la sienne en direction de Mordred et Thornfield alors qu'Edward pointait la sienne en direction de Yalks. L'esprit froid et calculateur, il laissa la maîtrise gagnée par la pratique animer ses faits et gestes. Lorsqu'il pressentit l'arrivée de l'incantation de Yalks, il murmura froidement en direction de celui ci :

" Petrificus Totalus. "

    Le bleu observa le jet de lumière s'échapper de sa baguette pour foncer droit et à toute vitesse vers le Serpentard, le frappant de plein fouet de dos. Probablement surpris, celui ci tenta de regarder en direction du Serdaigle mais trop tard, les muscles du traître se raidissaient immédiatement. Il devient en quelques fractions de secondes une statue. Il bascula en avant et se retrouva à terre, provoquant un bruit particulièrement sinistre. Le groupe se tut et se tourna vers Yalks, figé au sol, baguette en main. Mordred parut surpris et très vite ses yeux fouillèrent les alentours. 

    Le coeur palpitant malgré lui, Edward se détourna et fonça à toute vitesse à travers le couloirs qu'il venait d'emprunter, ignorant le portrait qui n'avait rien manqué de la scène. Des éclats de voix résonnaient derrière lui. Le Serdaigle se fondait dans l'obscurité aussi souvent que possible. Il lui fallait absolument regagner les escaliers sans qu'il ne soit aperçu par qui que ce soit. 

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   Il stoppa net ses pas lorsqu'il parvint en haut des marches qu'il avait gravit tantôt. Son esprit empreint par la tourmente de ce qui venait de se passer l'avait fait manquer de peu une dégringolade particulièrement dangereuse. Le souffle erratique, il se mit à descendre d'un pas pressé les marches dans le but de retourner dans le Hall de l'école avec l'espoir de croiser d'autres élèves afin de se fondre dans la foule. Personne ne l'avait appelé depuis le début de sa course, ce qui logiquement signifiait que personne ne l'avait identifié jusqu'à présent. Tant mieux. Ses mains, moites par un sentiment étranger d'adrénaline, glissaient le long de la rampe d'escalier. Il sauta les deux dernières marches puis osa se retourner. Personne ne se trouvait en haut des marches. Il se précipita hors de la vue, en direction de la Salle Commune de Serdaigle. A son regret, il ne croisa aucune âme qui vive. Il n'aurait un esprit apaisé que lorsqu'il sera confiné.

   Il rejoignit les escaliers menant à sa tour et grimpa les marche de deux à deux. Un tumulte de questions tourbillonnaient, lui causant un début de migraine, aggravé par l'effort continu qu'il ne cessait de produire. Toute la situation était problématique. Comment se faisait-il que Mordred et Thornfield se fasse ainsi attaquer ? Yalks était-il de ceux qui venaient de se faire prendre la main dans le sac dans ces affaires clairement louches ? Comment se faisait-il que les autres verts n'aient pas réagi lorsque Yalks était sorti de son ombre pour attaquer ? Etait est-ce prévu ? Le rendez-vous était-il saboté ?

   Lorsque cette dernière question effleura son esprit, un sentiment non identifiable le pris soudain. Si cette attaque était prévue, il se pouvait bien que les choses aient tourné au vinaigre après que le Serdaigle ait décampé de la sorte. Le besoin de savoir comment les choses se déroulaient à cet instant même était difficilement supportable. Pourtant, le Serdaigle n'était pas sensé se trouver là et Mordred et Thornfield auraient sûrement subi les conséquences d'une telle rencontre sans son intervention. 

  Arrivé devant la porte de la Salle Commune, il murmura avec peine le mot de passe. Cela parut suffisant pour celle ci car malgré tout, elle s'ouvrit. Le Serdaigle se retrouva ainsi planté au seuil d'une Salle Commune encore assez remplie, les pointes de ses cheveux humides par la transpiration de la course, ses yeux grands ouverts et dilatés, sa peau rougie. Il s'humecta une nouvelle fois les lèvres et se disciplina pour retrouver une contenance convenable, prenant une profonde inspiration, retrouvant un air plus réservé que celui qu'il présentait quelques secondes plus tôt. Il passa sa manche sur son front pour effacer les perles d'eau puis pénétra dans l'antre, sa familiarité calmant faiblement les tambours de son coeur encore palpitant.

   La porte se ferma derrière lui. Il traversa la Salle Commune. Le besoin de se retrouver seul sur son lit était une priorité absolue. Hélène pourtant le repéra, l'appela. Il hocha négativement de la tête en réponse, lui faisant comprendre que ce n'était pas le moment de venir le déranger. Elle afficha une mine préoccupée mais se tut, ne faisant que l'observer s'éclipser de la salle. Viendrait l'heure d'interroger le garçon mais pas ce soir là. Edward continua donc d'ignorer quiconque pouvait s'intéresser à lui -autrement dit personne d'autre- et se glissa dans le vestiaire des garçons. Il pénétra dans sa chambre et referma délicatement la porte derrière lui.

FIN DU CHAPITRE V