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Une douleur lancinante déchirait le crâne d'Elizabeth, la faisant gémir de douleur et fermer fortement les yeux. Cette dernière se tenait étroitement la tête, sa paume froide reposant contre son front brûlant, espérant ainsi soulager son mal. Pourtant, cela n'avait guère l'air efficace, et la jeune enseignante avait l'impression que son cerveau allait exploser sous la pression qu'il subissait. 

La jolie brune, courageusement, avança un peu plus dans les couloirs, vers le troisième étage, où elle savait pouvoir trouver l'infirmerie, et quelqu'un qui saurait l'aider. Il fallait absolument qu'elle retrouve madame Lloyd, et ce, sans s'effondrer avant d'avoir atteint son but. Elle devait obtenir quelque chose d'efficace contre ces migraines chroniques destructrices auxquelles elle avait affaire lorsqu'elle lançait son sortilège de Legilimencie. Oui, cela devenait urgent, et si ce quelque chose n'existait pas en ce monde magique, Elizabeth devrait cesser tout activité en rapport avec les pensées, ce qui la rendrait assurément triste... Renoncer à son statut de Legilimen revenait, d'une certaine façon, à abandonner une part d'elle-même.

Respirant un bon coup, chassant ces lourdes et détestables pensées, la jeune femme recommença à marcher, bougeant lentement ses pieds, la sueur couvrant son front de quelques gouttes épaisses. Elle ne se sentait définitivement pas bien mais elle devait absolument continuer à avancer. Quoiqu'il en coute, avant d'arriver jusqu'au troisième étage et de s'échouer sur un lit vide de l'infirmerie, elle ne devrait en aucun cas s'arrêter. Si elle ne parvenait pas à atteindre son but, elle resterait seule, dans les couloirs vides... Et elle devait éviter cette possibilité.

La jolie brune, à coup de persévérance et obstination, atteignit finalement, avec un soulagement certain, le palier du second, là où le vent chantait doucement, se balançant entre les murs de pierre des couloirs, là où l'odeur du parchemin et de l'encre emplissaient sournoisement les narines... Il ne restait seulement deux petits, minuscules escaliers qui la séparait de ce lit tant convoité et de cette potion si désirée...

Avançant encore de quelques pas, avec un rictus douloureux aux coins des lèvres, Elizabeth tenta de gravir les marches en pierre mais sa vision se troubla brièvement. Prise de panique, l'enseignante se rattrapa à la rambarde tandis qu'elle se sentait tomber en arrière. Son geste eut finalement l'effet escompté puisqu'elle ne se retrouva pas au sol, les quatre fers en l'air. Cependant, dans l'effort qu'elle avait dû déployer, sa migraine amplifia. 

Péniblement, la jeune femme continua donc à avancer, reprenant ainsi son périple, de quelques pas, jusqu'à la septième marche. Se sentant de nouveau faible et nauséeuse, Elizabeth s'arrêta et vaincue, elle se laissa glisser contre la rambarde. Elle ne parviendrait jamais seule jusqu'à l'infirmerie et Périculum ne lui serait d'aucune utilité. Désormais, il lui fallait attendre qu'une personne ne la découvre.

S'appuyant davantage contre le mur sous le poids de sa fatigue, la jeune femme glissa la main dans sa poche pour en sortir sa baguette. L'effort accentua de nouveau sa migraine, qui martelait son crâne, faisant ainsi gémir de douleur le professeur. De nouveau, pour apaiser son mal, Elizabeth appuya sa main fraîche contre son front, espérant soulager son crâne meurtri tandis que du bout des lèvres, elle murmurait "Expecto Patronum". Tandis qu'elle fermait doucement les yeux, n'ayant plus la force de lutter contre les ténèbres, une splendide Panthère, son patronus corporel, apparaissait dans un scintillement.


Les oreilles dressées, l'animal veillait avec bienveillance sur sa maitresse tout en guettant le moindre signe d'une présence en ces lieux. Son invocatrice était encore conscience mais plus pour longtemps et quelqu'un devait absolument la retrouver.

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Professeur d'Étude des moldus.
Solynyle forever

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S’attendait-elle à trouver l’un de ses professeurs agonisant sur le sol en faisant un passage éclair dans les couloirs, d’un simple point A à un encore plus simple point B ? Non. S’attendait-elle à ce que ce professeur soit l’un des nouveaux arrivants et non l’un de ceux qui pouvaient avoir des séquelles des événements de septembre, à Poudlard ou à Beauxbâtons ? Certainement pas. Ce n’était ni Amy Holloway le nez dans un flacon de parfum, tentant de sentir quelque chose à nouveau, ce n’était pas Eawen Keith les genoux tordus et la canne abandonnée quelques mètres plus loin… C’était Elizabeth J. Crawford, la professeure d’étude des Moldus. Bien sûr, il fallait que ce soit elle.

Kristen ne marchait pas dans les couloirs. Elle les traversait plutôt, avec une attitude de fantôme pressé mais très digne, survolant presque les dalles de pierre sans se soucier du bruit léger de ses pas, le regard fixé au point le plus éloigné de son horizon restreint par les murs moyenâgeux du château. Où allait-elle ? On n'en savait trop rien. Peut-être n’allait-elle pas vraiment quelque part, peut-être se contentait-elle d’être une présence hasardeuse. On tournait la tête en se demandant : « Tiens, il y a quelque chose ? Qu’est-ce qu’elle fait hors de sa tour ? ». Parfois, les théories étaient plus originales. Une fois, comme pour augmenter son mépris des journalistes (déjà bien gonflé par les questions répétées à propos des événements de Beauxbâtons, quelques mois plus tôt), elle avait surpris une jeune fille d’une quinzaine d’années dire : « Sans doute qu’elle cherche Madame Luneau ! », et les autres de s’interroger : « Pourquoi ça ? » et avec toute la condescendance dont elle pouvait faire preuve, l’adolescente avait répondu : « Toi, vraiment… tu ne lis pas Sorcière Hebdo ! »

Bref, Kristen passait, interceptait des morceaux de phrases et les rejetait très vite, très loin, relativement peu soucieuse de ce qu’une bande d’adolescents avec les hormones en feu pouvaient bien penser de sa vie privée, de ce qu’elle faisait à tel moment de la journée ou de ce qu’elle avait mangé au petit déjeuner.

Elle passait sans s’arrêter. Mais bien sûr, si cette histoire mérite d’être racontée, c’est parce que ce jour-là, elle fut bien obligée d’interrompre sa course. Ce qu’elle vit d’abord, ce fut un Patronus. Kristen reconnut une panthère. Le sortilège semblait assez faible, les contours de la bête étaient hésitants. La directrice de Poudlard comprit vite pourquoi : son invocatrice, Elizabeth Crawford, flirtait avec l’inconscience au bord du couloir. À en juger par la façon dont elle se touchait le front, elle devait se débattre avec une violente migraine ou quelque chose de similaire.

Après avoir pensé qu’elle ne serait jamais tranquille en ce bas monde, Kristen s’approcha de sa collègue. Elle se baissa, posa sa main valide sur l'épaule du jeune professeur, exerça une légère pression sur celui-ci et demanda doucement :

« Elizabeth ? Est-ce que vous m’entendez ? Que s'est-il passé ? »

« Si je voulais essayer de définir d'une manière quelconque l'expression singulière de leurs regards, je dirais que jamais je ne vis d'yeux brillant plus énergiquement de l'horreur de l'ennui et du désir immortel de se sentir vivre. »

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Un courant d'air glacial courrait sur sa peau, la glaçant jusqu'aux os, jusque dans sa moelle épinière. Assise par terre, sur les marches de pierre grise, elle avait froid, elle claquait des dents, gémissant parfois, une main sur son front douloureux. Elle luttait contre l'obscurité qui ne cessait de grandir, comme si elle souhaitait ne faire qu'une bouchée de ce frêle corps sans défense. Ses yeux clos laissaient passer une faible lumière, celle des couloirs, et lui renvoyait ainsi une lueur d'espoir. Elle n'était pas encore totalement endormie, elle résistait encore assez pour ne pas sombrer dans l'inconscience. Courage, se disait-elle, quelqu'un viendra. Bientôt.

Elizabeth avait toujours détesté ce mot. Bientôt. Ça voulait dire quoi ? Bientôt, dans cinq petites, ridicules minutes ? Bientôt, dans deux longues et interminables heures ? Bientôt, c'est un mot imprécis, pour les personnes indécises avec aucune ambition et aucune jugeote. La jolie russe ne se serait jamais décrite ainsi et pourtant... Aujourd'hui, dans les couloirs, seule dans le froid, elle se demandait. Bientôt ?

Alors que, de nouveau, elle sentait le bord du gouffre se rapprocher lentement d'elle, Lizzy entendit des pas qui résonnaient, lourds et bruyants contre les dalles anthracites. Enfin, se dit-elle. Heureuse de ne plus être seule, la jeune brune voulut bouger, seulement, aucun de ses membres ne semblaient résolu à se mouver. Elle resta donc là, assise, une main sur son front tandis que le bruit des pas se rapprochait de plus en plus. Il s'arrêta quelques instants, non loin d'elle, puis les claquements reprirent. Ils s'arrêtèrent finalement de nouveau, tandis qu'Elizabeth sentait contre son visage un souffle chaud et mentholé. Une main, fraiche mais douce, se posa doucement sur son épaule avant d'exercer une délicate pression, sans lui faire mal. Une voix calme et chaude prononça quelques mots, que l'oreille de la professeur peina à entendre.

« Elizabeth ? Est-ce que vous m’entendez ? Que s'est-il passé ? »

Elizabeth comprit de suite qu'il s'agissait de la grande, de l'illustre, de la renomée directrice de Poudlard, Kristen Loewy, qui venait de la trouver, elle, misérablement étendue au sol, probablement recouverte d'une poussière de cent ans. La jolie russe en fut éperdument gênée, en rougit et se confondit en excuses dans sa tête, déjà bien douloureuse. Désireuse de répondre à sa sauveuse, la jeune femme tenta de parler et d'expliquer la situation, pour le moins cocasse.

« Je... Legilimancie. Kri... sten... Ma... Tête... »

Elizabeth n'avait jamais caché à Kristen Loewy son statut de Legilimens, ni lors de son entretien  d'embauche, ni durant ces fois où elles s'étaient saluées dans le couloir. Jamais la jolie russe n'était rentrée dans son esprit, bien que parfois, elle avait eu envie de savoir ce qui s'y déroulait...

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Ce fut une purée de mots dans laquelle on pouvait vaguement distinguer « Légilimancie » et « gngngn-tête » : deux ingrédients qui ne faisaient visiblement pas bon ménage. Kristen avait tendance à se méfier des sorciers pourvus de cette capacité, à commencer par Aidan Bowers qui avait déjà pris un malin plaisir à se glisser dans son esprit (c’était vraiment désagréable). Elle ne connaissait cependant pas l’étendue du pouvoir de sa collègue. Kristen déduisit qu'Elizabeth supportait mal le fait d’être légilimens, ou du moins que son crâne avait du mal à faire face à l’encombrement provoqué par le choc des pensées.

Kristen passa son bras sous celui d’Elizabeth, puis la tint par le dos pour l’aider à ramener son poids sur ses deux jambes.

« Je vous emmène à l’infirmerie, accrochez-vous. »

Elle soutint sa collègue, qui ne pesait d'ailleurs pas bien lourd. Elle sentit son épaule lacérée lui faire un mal de Croup, mais elle serra les dents et ne dit rien. Elle espérait simplement qu’elle ne se mettrait pas à saigner. Cette coupure, autre souvenir de Legallet, était profonde et ne semblait pas décidée à cicatriser. La plupart du temps, elle ne lui faisait pas trop mal, mais elle la gênait pour quelques mouvements et pouvait se rouvrir et se mettre à saigner s’il venait à l’idée de Kristen de faire quelques mouvements un peu trop hasardeux. En l’occurrence, c’était le poids de sa jeune collègue qui lui tendait la peau et tirait sur sa plaie. Elle meubla :

« Dans la tête de qui avez-vous essayé d’entrer, pour qu’il vous prenne un si grand mal ? »

« Si je voulais essayer de définir d'une manière quelconque l'expression singulière de leurs regards, je dirais que jamais je ne vis d'yeux brillant plus énergiquement de l'horreur de l'ennui et du désir immortel de se sentir vivre. »

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Elizabeth se sentait faible, et honteuse, d'être vue en si fâcheuse posture. Son égo et son orgueil en prenaient un coup et elle n'était pas certaine de pouvoir passer outre le souvenir d'une telle humiliation. Elle détestait sa faiblesse, son incapacité à dompter et supporter cet impossible don que Dieu lui avait offert. Dans son pays, une telle défaite, une telle fragilité représentait le déshonneur pur. Et ce, encore plus du côté de la famille de sa mère. Argh, qu'elle aurait aimé être comme son frère ! Forte et indomptable. Courageuse et fière ! Quoi que... Ne l'était-elle pas un peu ? Après tout, elle enseignait l'étude des moldus, elle avait fui la Russie pour échapper au prétendant que sa mère lui avait choisi... Finalement, elle était forte aussi, à sa manière.

Sur ces pensées, elle poussa sur ses jambes, asseyant d'aider du mieux qu'elle le pouvait Kristen Loewy. Cette dernière la supportait, en la tenant par le dos, et Elizabeth, des étoiles plein la tête, avança doucement, vers l'infirmerie, tentant toujours de ne pas mettre trop de poids sur la directrice de Poudlard. Celle-ci demanda alors à la jolie russe d'une voix neutre.


« Dans la tête de qui avez-vous essayé d’entrer, pour qu’il vous prenne un si grand mal ? »

Elizabeth se retint de faire un trait d'humour, ne sachant pas vraiment comment sa responsable le prendrait. Elle se contenta donc de souffler, comme son frère lui avait apprit. Cela soulageait parfois sa douleur. Elle tenta, par la suite, d'expliquer, en bégayant, à sa supérieure ce qui s'était passé tantôt dans sa journée.

« Je m-m'entraine... P-presque toutes les s-semaines... L-lemmikki me laisse r-rentrer d-dans son esprit. D-depuis q-quelques semaines, ça allait m-mieux. Alors, j'ai voulu p-passer à-à l'étape supérieure. Ce n'était p-pas une bonne i-idée, j'étais t-trop p-présomptueuse. Quand je suis rentrée d-dans mon b-bureau, après être r-rentrée de P-Pré-au-Lard, ma t-tête a commencé à me f-faire mal. C'est la p-première fois que cela p-prend une telle p-proportion... »

Épuisée après sa tirade, Elizabeth relâcha son corps, s'appuyant un peu plus sur Kristen, tandis que les gouttes de sueur dévalaient sur son front et ses joues. Elle haletait et bientôt, des larmes vinrent s'agglutiner dans ses yeux. Furieuse contre elle-même et sa vanité, elle murmura :

« Dieu, que je suis idiote ! »

L'enseignante souleva difficilement la tête vers la directrice et la zieuta pendant quelques secondes. Si ses cheveux noirs et son visage froid lui donnait envie de partir loin, Elizabeth trouvait cette femme fascinante. Chacune des marques sur le corps et le visage de cette femme portait une histoire douloureuse, la jolie brune en était sûre... La jeune russe interpella Kristen doucement, d'une voix peu sûre d'elle.

« Kristen... ? Merci d-de m'avoir s-sorti d-de là. J'ignore si v-vous m'avez sauvé la v-vie aujourd'hui... M-mais je s-suis votre o-obligée. »

Ce genre de coutume avait toujours énervé profondément la jeune russe, bien que ce soit des principes qui lui avaient été inculqué depuis sa naissance. Elizabeth n'aimait pas devoir quelque chose à quelqu'un sous prétexte que cette personne l'avait aidé ou sauvé. Elle n'aimait pas être soumise, elle qui rêvait de liberté et d'indépendance. Pourtant, pour la première fois de sa vie, cette idée ne la rebuta pas. Kristen Loewy était une femme fière et forte, qui n'avait probablement besoin de personne pour se sortir de situation compromettante. Et pourtant, Elizabeth désirait l'aider si jamais il arrivait quelque chose.

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Lemmikki ? C’est quoi, ça, Lemmikki ? Un elfe ? On dirait un nom d’elfe. Elizabeth était en tout cas bien drôle, ou bien dans les vapes, pour penser que ce nom curieux évoquerait quoi que ce soit à sa supérieure hiérarchique. Et qu’est-ce que c’était que ça, « l’étape supérieure » ? Tout ceci devait être limpide dans l’esprit embrumé du professeur d’étude des Moldus, mais c’était loin d’être le cas. Et puis, cette façon qu’Elizabeth avait de bafouiller avait une légère tendance à insupporter Kristen, qui savait aisément faire preuve de la plus remarquable intolérance envers les demoiselles en détresse – néanmoins, elle avait l’élégance de se rendre serviable, même au comble de l’exaspération. En fait, elle aurait voulu dire à cette petite femme si chétive : « Mais articule, par Merlin ! » Kristen pensait fermement qu’on pouvait être digne même dans la pire des situations, et se rouler par terre en ânonnant comme un gamin récitant sa leçon devant une salle de classe ne faisait pas partie de son rigoureux catalogue des nobles situations. Finalement, il aurait peut-être mieux valu que la professeure d’étude des Moldus se contente de souffrir en silence.

Entendre, par la suite, que Kristen lui avait peut-être sauvé la vie, n’arrangea en rien les sentiments de l’impitoyable directrice de Poudlard. « Franchement, on ne meurt pas d’un mal de tête…, pensait-elle. » Heureusement, la jeune femme était professeure d’étude des Moldus, aussi Kristen n’avait jamais attendu grand-chose d’elle, et d’ailleurs si cette matière figurait désormais au programme, c’était plus pour faire bien que par conviction. Qu’Elizabeth lui soit redevable de quoi que ce soit ne lui semblait donc d’aucune utilité. Aussi répondit-elle d’un ton poli mais glacé :

« Mais non, voyons, c’est naturel. »

Kristen continuait de l’aider à s’avancer jusqu’à l’infirmerie, n’éprouvant pas en son cœur froid une once de pitié pour l’enseignante. Elle évita de poser la moindre question à sa collègue afin de ne pas l’encourager à parler, ou plutôt à bégayer comme si elle était aux portes de la mort. Plein de pensées mauvaises lui traversaient pourtant l’esprit et une somptueuse ironie touchait le bout de sa langue : « Voulez-vous me réciter votre testament, peut-être ? », mais la pensée que cela engagerait plus d’interactions sociales avec la jeune femme la retenait in extremis.

Devant l’infirmerie, Kristen appela l’infirmière Lloyd. Elle ne désirait pas, en effet, que les gamins vomissant leur jus de citrouille voient l’un de leurs professeurs dans une position si peu noble (et quand l’infirmière demanderait à Elizabeth ce qu’il s’était passé, que celle-ci lui réponde dans un murmure confus : « j’ai mal à la tête »).

« Je vous la confie, dit Kristen à l’infirmière. Elle a besoin de calme et de discrétion. »

La directrice, dont l’épaule abîmée était toujours très douloureuse, passa sa main sur celle-ci. Elle vit que son vêtement se fonçait et s’humidifiait : la plaie s’était rouverte. Ses doigts étaient un peu rouges. Elle avait beau être dans l’infirmerie, elle ne songea pas un seul instant à demander de l’aide à Ruby Lloyd.

« Vous me donnerez des nouvelles. »

Aucun mouvement de sympathie, mais une formalité administrative : assurerait-elle ses cours le lendemain ?

« Et prenez une décision. Si ce sortilège vous met dans de tels états, peut-être n'êtes-vous tout simplement pas faite pour l'utiliser. »

En fait, aux yeux de Kristen, Elizabeth avait seulement cru être une Legilimens, peut-être sans savoir ce que c'était réellement. Est Legilimens qui maîtrise le sortilège de Legilimancie : ce n'était visiblement pas le cas de sa collègue, donc elle n'avait rien d'une Legilimens. En un sens, Kristen était rassurée : ce n'était pas encore celle-là qui pénétrerait son esprit.

« Si je voulais essayer de définir d'une manière quelconque l'expression singulière de leurs regards, je dirais que jamais je ne vis d'yeux brillant plus énergiquement de l'horreur de l'ennui et du désir immortel de se sentir vivre. »