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Les bras striés de blanc.  PV 

Le morceau de tissu, donné auparavant, était maintenant imbibé d’une couleur rouge : du sang ! La directrice de maison avait toujours eu énormément de difficultés à faire face à cette couleur; qui lui était familière. Elle avait, en effet, déjà fait face à ce genre de situation : relativement compliquée à gérer. Tout ce dont elle se souvenait, c’était le fait qu’il fallait être compréhensif, et surtout : ne pas juger la personne à laquelle on faisait face -elle se sentait sans doute déjà assez mal, pour que l'on en rajoute une couche. Le but étant que cette personne se confie, nous parle, ainsi, cela l’aiderait, et ce, inévitablement. Ainsi, elle se rendrait compte que tout n’était pas terminé : qu’il existait encore une lueur d’espoir. Qu’importe la taille de celle-ci, elle existait, et cette jeune fille -désemparée- devait le savoir. Malgré la noirceur de la vie, il y avait toujours un grain de d'espoir. 

L’atmosphère était pesante. Le silence de plomb. Aucun bruit ne faisait entendre : sauf celui de quelques sanglots. Ambroise tourna alors la tête, et vit quelques larmes rouler sur les trônes de la pudeur de la fillette. Elle avait le visage creusé, le dessous des yeux noircis, et les vaisseaux sanguins des yeux apparent : elle avait, sans aucun doute, bien trop pleurer pour son âge. Elle semblait être si jeune, mais la peine n’avait pas d’âge. Parfois, les plus jeunes pouvaient être les plus affectés.

Après quelques instants de silence, celui-ci s’arrêta. Brutalement. Et, quelques mots sortirent de la bouche de la fillette -au nom inconnu. Elle semblait se poser de nombreuses questions : la première frappa d’ailleurs Ambroise. Pourquoi se demandait-elle où étaient ses parents ? Etaient-ils partis ? L’avaient-elle laisser seule, alors qu’elle semblait être tout juste âgée d'une douzaine d'années. A moins qu’ils ne l’écoutaient pas, et qu’ils n’avaient pas cette oreille attentive que devaient avoir des parents. Ambroise avait d’ailleurs fait face à cette situation, plus jeune : elle s’était retrouvée, un peu seule, face à certains problèmes de la vie. Problèmes qui auraient été résolus si vite, si elle avait eu une oreille attentive : celle d’un adulte, ou de ses parents. Mais, aucune ne lui avait été apportée, malheureusement.

Avant qu’elle n’eut le temps de répliquer, la fillette l’interrogea une nouvelle fois, lui demandant ainsi si elle la voyait, à moins qu’il ne s’agisse d’un fantôme. Ambroise poussa alors sa main sur l’épaule de la jeune fille : elle était bien présente. Réelle. Sa peau était cependant relativement froide, comme du marbre. Au toucher, celle-ci ressemblait également à une orange : un peau d’orange.. Peut-être avait-elle froid ? Peut-être, était-ce dû au sang qu’elle avait perdu ? Le tout accompagné de la fatigue, qu’elle avait, sans aucun doute, accumulé au fil de ses pleurs. Sanglots. Et nuits bien trop courtes.

La fillette était perdue, et lui informa qu’elle ne savait où elle allait : elle était, véritablement, désemparée. Mais, surtout désarmée face à tous les événements auxquelles elle faisait face. 

Toujours la main sur l’épaule de l'inconnue, Ambroise lui dit, tout en tentant de laisser paraitre sur son visage un sourire bienveillant :

- Qu’entendez-vous par là, mademoiselle, lorsque vous dites que vos parents font comme si vous n’étiez pas là ? Ils vous ignorent ? Vous ont-ils laissé ? S’interrogea-t-elle. Vous n’êtes pas un fantôme, je vous vois, je peux même vous sentir ou encore vous toucher. Ajouta-t-elle tout en lui frottant l’épaule. Ne vous inquiétez pas, tout ira bien, vous n’êtes pas seule, et quoi qu’il se passe, vous trouverez toujours une oreille attentive, si vous avez besoin ou si vous en ressentez l'envie. *Parler faisait du bien, parfois.*

Absente tout le mois d’août.

Les bras striés de blanc.  PV 

*Être dans une bulle*

*Être invisible dans un monde qui t’aime. Mais pas pour toi.*

Et elle haleta pour respirer alors que les larmes brûlaient quand elles passaient par l’obscurité. Elle avait l’impression de brûler de l’intérieur. Tout en elle cherchait un moyen de sortir, de s’échapper de la boite dans laquelle elle les avait enfermés. Ses sentiments. Enfermés dans une cage d'argent. Sa petite main entoura les doigts de l’adulte. Elle était sûre d'être morte sur le sol froid des couloirs, pendant quelques instants elle s'était perdue plus encore que le jour où ses parents l'avaient abandonné dehors sans même s’apercevoir qu'elle n'était pas rentrée. Est-ce que l'autre était morte aussi ? Cela expliquerait tellement de choses. Sa main serre l'autre jusqu'à lui en faire blanchir les phalanges. Elle est bien là, pas vrai ? Tout ceci est bien réel, n'est-ce pas ? Pourquoi ce n'est pas un rêve dont elle se serait réveillée entourée d'amour dans une famille attentive ? Le destin, qu'elle chose inutile. Elle aimerait bien pouvoir tout choisir seule, tout faire sans que rien ni personne ne l'en empêche. Elle aimerait tellement de choses, mais ça servait à rien d'espérer. À rien d'autre que de perdre du temps. Mourir. Elle en a tellement rêvé. Pourquoi elle ne peut jamais avoir ce qu'elle veut ? La seule chose qu'elle aimerait, c'est mourir pour ne plus que quiconque ne puisse penser à elle et se faire du mal inutilement. Elle utilise de l'oxygène. Inutile. Elle tue la Terre à petit feu, comme tout le monde mais elle, ça sert à rien. Elle n'a rien de spécial, elle est comme une image dans un miroir. Un reflet vide de toute âme. Pourquoi on ne la laisse pas partir ? Elle aimerait tant.

*Doux Merlin combien une personne doit-elle subir avant que vous ayez pitié de son âme ?*

Elle retira sa main de celle de l'adulte, plus toucher personne, garde tes virus pour toi. Elle avait envie de gueuler au monde qu'elle était là, qu'il fallait la voir. Pour elle, pas pour le rôle qu'elle jouait. Elle voulait qu'on la comprenne, qu'on sache qu'elle allait pas bien, pourtant, pour rien au monde les mots ne seraient sortis de sa bouche. C'était son secret, à elle et personne ne devait savoir, même si elle le voulait très fort. Même si elle voulait crever pour que quelqu'un le sache. Mais ne pas parler ne voulait pas dire ne pas montrer. Et, de toute manière, c'était trop tard pour tout. Le masque était brisé, soufflé dans une explosion. Et comme toutes choses mortes, il ne reviendrait pas. Elle aurait aimé dessiner, jouer ou écrire mais à part ce liquide rouge, rien ne pouvait l'aider à arriver à son but : montrer le néant qui la parcourait ? Une mélodie passa la barrière de ses lèvres. Pourquoi tu chantes ? T'es tarée ? Ouais, ça doit être ça. Une mélodie triste, désespérée, entrecoupée de sanglots déchirants. Pourquoi avait elle craqué maintenant alors qu'elle aurait pu le faire un an avant, là où personne ne se serrait intéressé à elle. Sa voix s’éteint, même cette mélodie, la seule preuve que ses parents s'étaient un jour intéressés à elle, n'avait plus de goût. Vide.

Vide. Vide. Vide. Vide. Vide. Vide. Vide. Vide. Pourquoi est-elle si vide ?

« Arthur. Elle ferma sa main gauche. Cassiopée. Elle ferma la droite, la serrant jusqu'à ce que la plaie se ré-ouvre et qu'une seule petite goûte n'en tombe. Pourquoi je suis la seule à saigner ? Pourquoi pas lui ? »

Elle a mal. Elle souffre mais pourtant elle n'a pas envie que tout s'arrange. Quand elle voit le sang couler, elle sait qu'elle est vivante. Au fond d'elle, son cœur cogne dans sa poitrine en de gros coups. Mais c'est fini, elle ne saignera plus. Elle a comprit que c'était mal et Cassiopée, c'est une bonne fille. Elle va bien, elle n'est pas folle. Elle déteste l'infirmerie ? Une question ou une affirmation ? Deuxième option. La voix d'enfant lui explique qu'elle ira mieux si elle accepte d'y faire un tour. Elle ne veut pas parler, elle tend sa main à l'adulte. Une prière muette.

Aidez moi.

Moi ? Je n'fume pas, je n'bois pas, mais je M.L. Chacun son truc.
Mascotte Officielle des Crochets d'Argents, laissez passer s'il vous plait.

Les bras striés de blanc.  PV 

Poser quelques mots sur ses sentiments, son ressenti, ou encore sur ses peines n’aurait pu être que bénéfique pour la jeune fille : démunie. Et pourtant, elle semblait être braquée. Renfermée. Emprisonnée dans sa peine. Muette telle une tombe. Qu’il était malheureux de voir une personne de cet âge déjà si peinée. Désarroi l’encourageant à se décourager, se sous-estimer, et entraînant parfois des actes tels que ceux s’étant produits -il y a quelques instants, maintenant. Cet acte, révoltant pour certains, pathétique pour d’autres, n’était pourtant qu’un appel : un appel au secours. Ce dernier ressemblait quelque peu à une bouteille jetée à la mer. Bouteille dont on espérait qu’elle soit retrouvée, par un individu : qu’importe de qui s’agissait-il. Le but étant que nos mots, nos peines soient entendus.

Une petite main frêle et blanchâtre était maintenant dans celle d’Ambroise. Cette dernière pouvait ressentir une certaine chaleur qui s’en dégageait : elle était intense. En effet, elle dégageait tant de choses. Si nous étions, quelque peu, attentif, nous pouvions presque sentir le battement de son coeur : battant de manière frénétique. Ce premier pas, montrant une certaine réceptivité et ouverture de la part de la fillette, était déjà un bon début pour Ambroise : elle voyait ceci comme un signe. Elle devait, sans aucun doute, se sentir en confiance pour accepter la main d’une inconnue. A moins qu’elle n’ait tout simplement besoin que d’un peu de réconfort, de chaleur humaine. Cette chaleur qui est bien souvent sous-estimée, mais qui est pourtant si forte, et qui peut réconforter un coeur bien trop peiné. Sentir d’aussi petits doigts dans la main d’Ambroise était une sensation particulière : une qu’elle n’avait pas ressentie depuis déjà un certain temps. Cette image lui était d’ailleurs tant familière : en effet, elle lui rappelait ces moments qu’elle avait passé en compagnie de sa tendre mère.

Mais, avant qu’elle n’eut le temps de laisser paraitre un léger rictus sur son visage, la fillette lâcha brusquement la main de la Sejersted : comme si elle s’était rendue compte de quelque chose. Comme si elle faisait quelque chose de mal : et pourtant, elle ne faisait rien, si ce n’était cherché un peu de réconforter : une personne avec qui elle pouvait, ENFIN, montrer ce qu’elle ressentait. Ce qu’elle avait sur le coeur. Puis, tout à coup, aussi paradoxalement que cela pouvait l’être : une douce mélodie s’échappa de ses lèvres entrouvertes : quelque peu mélanique, ainsi que saccadée par quelques sanglots. Les yeux de la directrice de maison brillaient. En effet, tous ces événements étaient si touchants, qu’elle était maintenant désemparée. Elle aurait aimé serrer la jeune fille dans ses bras, afin de lui montrer qu’elle pouvait compter sur quelqu’un. Que quelqu’un comprenait son mal-être. Mais aussi, qu’elle pouvait parler. Parler était, en effet, un comportement normal, et propre à l’être humain. Parler était un passage nécessaire, afin de tourner la page face à des événements : qu’importe la gravité de ceux-ci. Puis, la mélodie s’arrêta. Deux prénoms sortirent de la bouche enfantine : Arthur, et Cassiopée. Ambroise n’avait aucune idée de qui était cette première personne : son père ? Son frère ? Après cela, ses pensées semblaient être ailleurs. La fillette était, sans aucun doute, en train de penser. A quoi ? Ambroise ne le savait pas, et questionner la fillette ne semblait pas porter ses fruits : c’est pourquoi, elle se contenta d’attendre. Attendre quoi ? Elle ne le savait non plus : un signal ? Un regard ? Une main tendue ? Voilà ! Elle attendait que l’élève lui offre sa main. Cette main enfantine, ayant fait couler déjà bien trop de sang en un si court laps de temps. Aussitôt dit, aussitôt fait, quelques secondes s’étaient écoulées, et face à la directrice de maison, se trouvait une petite main. Ambroise ne tarda pas pour la prendre et la serra contre la sienne.  Avec son pouce, elle effectuait maintenant des va-et-vient sur le dessus de la main de l’enfant. Puis, elle lui dit :

- Ne vous inquiétez pas, ça va aller. Tout en lui souriant. Un sourire bienveillant faisant office de signe d’espoir : minime, mais malgré tout présent.

Absente tout le mois d’août.