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Le Ventre du monde  Libre 

Janvier 2043
Sous-sol - Poudlard
2ème année

Je sautai hors du passage étroit et filai dans le couloir. Un long et sombre couloir qui allait me permettre de m’enfoncer dans la solitude du sous-sol. Je ne cherchais rien d’autre actuellement ; de l’obscurité et moi-même. Le coude du couloir derrière moi, je ralentis ma course en expirant un long et brûlant soupir.

Je n’en pouvais plus d’être sans cesse cerné par ces Autres bruyants. Celui qui avait décrété que les élèves devaient crêcher ensemble était un beau con. De la même race que Zakary, sans aucun doute. Un Grand Con qui pensait tout savoir sur le monde. Mais il ne savait pas quelle torture cela serait de devoir partager tous les jours, sans aucun arrêt, la présence d’Autres dans son intimité. Les nouveaux dortoirs, bien que me permettant une cache de premier ordre pour surveiller les éventuelles allers-venus du Calmar, n’était que des ordures de Bruits. Je ne pouvais tourner la tête sans apercevoir la silhouette dégoûtante de l’une d’Elles. Un cauchemar, ces filles. *Ordure !*

Un sourire tordu se dessinait sur mes lèvres ; la joie d’être libéré de ces regards. Une étrange euphorie commençait à gagner mon corps alors que je m’enfonçais dans les ténèbres humides du château. Mes jambes me menaient à leur propre vitesse : mes membres étaient libres de vie, je n’avais aucun contrôle sur eux et je n’en aurais pas voulu. Qu’ils me mènent loin de ces Ordures bruyantes !
Bientôt, la rumeur du château s’effaça dans mon dos. De bouillasse de mots, elle se transforma en soupir qui trainait dans mes oreilles. Un petit bruit de fond dérangeant qui faisait bourdonner mon crâne. J’allai m’enfoncer si loin dans les profondeurs de la Terre, que plus aucun bruit ne pourrait m’atteindre. Peut-être même que je me changerai en noyau du monde, et alors le seul bruit qui me fera vibrer sera celui de mon propre ventre.

Cette idée grondant au sein de mon crâne, je m’en allai dans les couloirs. Mes jambes s’étaient mises à courir de toutes leurs forces ; mes pieds frappaient le sol avec le seul souhait de l’exploser pour atteindre le Centre au plus vite. Ma respiration s’emballait dans ma bouche, mes poumons hurlaient et ma bouche souria plus fort encore. Qu’il était bon d’être en vie, qu’il était bon d’être si loin de tout ces Autres qui voulaient me tuer.
Aujourd’hui, je voulais être avec Moi-même. Toujours en ma compagnie, jamais ne laisser ces pensées Autres m’envahir le crâne. Pas de Savoir, pas de Charlie. Pas de clé, pas de Maison. Pas de douleurs dans les épaules. Je voulais la noirceur des profondeurs de Poudlard. Je les voulais pour moi toute seule. Je voulais sentir le poids des milliards de briques au dessus de ma tête. Je voulais qu’elles m’écrassent dans le plus beau des secrets.

Une volée d’escalier apparu devant moi. Sans m’arrêter, je m’y engouffrai. La soudaine descente me fit tourner la tête et c’est le regard flou que je sautai dans un nouveau couloir. Celui-ci était vide de tout, sauf de cette lueur orangée. Unique étincelle.
Ce couloir était une merveille dans le château. Les murs luisaient d’humidité, le plafond suintait de vieilles algues dégoulinantes et l’obscurité semblait nourrir le silence. Cette lueur était de trop, aussi faible soit-elle. Je m’en approchai doucement ; mes jambes ne voulaient plus courir. Sa chaleur caressa mes jambes nues ; je frissonnai. Je plongeai mon regard dans sa danse rouge, hypnotisée par le bal des flammes.

L’instant d’après, le noir me bouffait le corps.

J’aurai aimé rester immobile dans cette noirceur. La laisser s’envelopper autour de moi, la sentir boucher mes oreilles et s’infiltrer dans ma bouche qui goûtait l’air. Mais ma main se leva sans que je ne lui en donne l’ordre et se posa contre la pierre humide. J’avais fermé les yeux ; j’essayai de les ouvrir mais le monde me parut alors sans limite et je chancellai sur mes jambes molles. Je les refermai aussitôt.

Lentement, je glissai vers le sol. J’étais si profondément enfouie sous la Terre qu’aucune vibration ne pouvait m’atteindre. J’étais éternellement seule.
Je posai mon autre main sur le sol et frissonnai quand mes fesses touchèrent le sol. J’allongeai mes jambes nues sur la pierre, puis mon dos et enfin ma tête.

Le noir était si profond qu’il m’engourdissait les sens. C’était ce dont j’avais besoin. Que l’on m’arrache les sens pour que plus jamais je ne puisse les sentir. Il n’y avait que mon ventre pour gronder de la puissance du noyau du monde.


Premier post réservé. Le reste est Libre. 

Que cette visite soit aussi belle que nos Élans.
Qu'elle te chavire ; qu'elle te Ramène.

Le Ventre du monde  Libre 

Un grincement horrible résonna entre les murs de la salle. Qu'elle se brise en mille morceaux, cette foutue porte. Tout est silencieux, aucun bruit n'est audible à part celui de ses pieds nus sur le sol froid des cachots. Ce même froid qui lui mord la peau, qui lui glace les membres. La porte se ferme sur les ronflements de ses camarades qui, égoïstement, empêchent le sommeil de venir la cueillir de ses douces mains, elle, petite fleur perdue au milieu du champ de mauvaises herbes que sont les Hommes autour d'elle. Le monde pourri et nauséabond mais personne ne semble s'en rendre compte, ils sont idiots.

Elle maraude tranquillement entre les murs de l’imposant château où elle vit depuis plusieurs mois. Ses mains fines terminées par de longs doigts frôlent les humides murs de pierre. La sensation de ses pieds sur le sol, des murs qu'elle touche doucement, de son souffle qui passe sur ses lèvres. Toutes ses sensations font de cette nuit un moment magique. Plus jamais cet instant ne se retracera à l'avenir. Ses muscles se tendent quand elle se met à courir. Loin, très loin, de toutes ces personnes qui l'étouffent à longueur de journée, de ces gens qui lui pourrissent la vie, de ces mêmes personnes qu'elle fera semblant d’apprécier le lendemain. Foutus sentiments dont elle ne peut pas se débarrasser. Pourquoi elle ne peut pas se vider de ces choses inutiles et insignifiantes ? Ils n'ont fait que la détruire à petit feu depuis qu'elle est rentrée dans ce monde de merde. De la magie. Elle s'en serait bien passée de ce truc qui lui bousille l'existence. Elle était normale, tout allait bien et puis c'était arrivé dans sa vie, comme un cheveu sur la soupe, et ça avait déglingué son monde droit et bien mené.

Au début, ils étaient deux. Son frère et elle contre le monde. Leurs esprits connectés ne semblaient pas pouvoir fonctionner sans l'autre et leur corps cherchait toujours le contact de l'autre pour une étreinte bienveillante. C'était merveilleux, son monde était rose bonbon comme si un filtre lui avait été posé sur les pupilles. Une réalité d'enfant, innocente et naïve. Aucune étincelle de cette chose ne sortait de son corps frêle. Tout y était enfermé, rien de se frayer un chemin hors de ses chairs. 

Ensuite, c'était elle seule contre le monde. Son frère s'était fait la malle, comme le traître qu'il était. Il l'avait laissé dans la merde de ce combat perdu d'avance contre l'humanité. Tout ça pour une magie qu'il n'était même pas capable de contrôler entièrement. Tout ça pour une insignifiante étincelle qui lui sortait des doigts. Un insecte qu'on aurait pu écraser d'un seul pas.

Au final, c'était elle contre son monde. Ses démons qui la dévoraient, qui gagnaient du terrain en creusant son esprit et sa peau. L'étincelle avait fait son apparition chez elle aussi et l'avait directement envoyé dans ce monde ou tout se déréglait. Où les vivants quittaient leur envole pour aller se nicher dans un objet. Elle les brûlerait ces tableaux qui critiquaient la vie des autres sans penser à l'ennui qu'était la leur. Où rien ne semblait réel. Un monde en noir, où les ténèbres la capturaient pour la bouffer à labrit des regards. 

Une ombre se détache du décor. C'est une personne, c'est reconnaissable de par les jambes fuselées qui s’accrochent à un corps affalé par terre. Ça a l'air bien, de s'abandonner pendant quelques minutes à l'obscurité du couloir. Ses jambes se mouvent indépendamment de sa volonté et se rapprochent du corps allongé. Elle l'imite et le froid lui brûle les membres. Une pierre sort du sol et lui entaille le dos, la douleur s’immisce lentement dans ses nerfs. Ça la fait se sentir vivante, ça l'empêche de sombrer dans les ténèbres furieuses qui tournoient comme de minuscules tempêtes. Ils veulent l'embarquer loin de cette vie ennuyante, loin de ces gens qui discutent jusqu'à lui vriller les tympans. Ils ne se la ferment jamais, blablatent toujours malgré le fait qu'elle leur hurle de se taire. Ils ne l'écoutent pas, jamais. Ho qu'elle espère leur couper leurs cordes vocales pour qu'ils arrêtent de babiller des mots inutiles et chronophages. L'obscurité est accueillante. Elle se laisse tomber dans cet océan de brouillard.

Moi ? Je n'fume pas, je n'bois pas, mais je M.L. Chacun son truc.
Mascotte Officielle des Crochets d'Argents, laissez passer s'il vous plait.

Le Ventre du monde  Libre 

Mon ventre était brûlant. Toute mon attention était centrée sur lui. J’avais ôté mes mains du sol pour les poser sur la peau tendue de mon abdomen, elles se soulevaient au rythme de ma respiration, me plongeant dans un monde si lointain que j’aurai pu oublier mon propre prénom.

Le silence était d’une profondeur bouleversante. Pourtant, si j’avais accepté d’ouvrir mes oreilles, je sais que j’aurai pu entendre le crépitement de la flamme qui était au-dessus de moi, l’écoulement d’une eau invisible ou encore les rumeurs lointaines du château. Mais j’avais décidé qu’ici il n’y aurait que moi et seulement moi. Ni bruit, ni existence. Alors j’étais seule et rien n’existait. Il n’y avait que mon être, ma respiration et mon coeur. Ce lourd organe qui m’enfonçait sur le sol gelé de l’école. Parfois, il pesait si lourd dans mon coeur que j’aimerai me l’arracher. Mais si je l’avais fait, j’aurai été si légère que je me serais envolé ; j’avais un attrait certain pour la lourdeur semblait-il, car jamais je n’avais tenté de stopper ce coeur qui battait.

Aujourd’hui il était lent, fade, bloqué. Comme un lourdaud d’arbre qui tenterait de se détacher de la terre qui le retenait prisonnier. Il battait lentement mais fièrement, à un rythme que je ne cherchais ni à comprendre ni à suivre. Peut-être se calquait-il sur ma respiration, ou ma respiration sur lui. Ou peut-être bien qu’il suivait une mélodie que lui seul pouvait saisir. Peut-être, mais je n’y accordais aucune importance. Il n’y avait qu’un air qui pouvait encore atteindre ma conscience brumeuse ; le tremblement de mon propre ventre piquant. Des centaines de fines larmes semblaient s’infiltrer dans la douce peau sous mes mains pour en ressortir aussitôt. Rapidement, douloureusement. Mais c’était agréable de ressentir cela, alors je ne fis rien pour soulager ma douleur. Je ne voulais briser ce rythme parfait.

Alors que mon esprit s’enfonçait plus profondément dans l’obscurité de mes sens, un frottement caractéristique s'éleva près de moi. C’était le bruit que faisait des pas sur le sol. Mon coeur ne sursauta pas et mes yeux restèrent clos ; je n’avais pas peur, n’importe quoi pouvait m’arriver. J’étais si bien que même la mort aurait pu m’abattre sans que je ne me réveille. C’est ainsi que lorsque la Présence s’approcha pour venir tout près de moi, je ne bougeai pas. Je restais dans la même position, même si j’avais compris que cette présence ne pouvait qu’être humaine et humaine signifiait Regard Puant. Tant que je ne la regardais pas, la Présence ne me verrait pas.
Les yeux clos, le coeur battant. Je voulais que mon corps reste insensible. Qu’il ne pense rien et qu’il ne parle pas. Qu’il reste ainsi, dans sa torpeur, à se laisser aller dans le bourdonnement de mon ventre. Mais la Présence grandit, prit plus de place qu’elle n’en avait besoin. A son silence, je compris qu’elle devait être élève et non adulte. Les plus âgés avaient tendance à parler. Tout le temps; trop. Parler pour gronder. Parler pour Interdire. Parler pour ne rien dire. La Présence, elle, ne parla pas. Peut-être même qu’elle ne respirait pas. Elle se contentait d'être là, près de moi. Elle s’était approchée.

Je pensais qu’elle serait là sans être là. Que tant que je ne la regardais pas elle ne saurait m’apercevoir. Pourtant, quelques secondes passèrent sans que je ne puisse faire attention ni à mon ventre ni à l’écoulement du monde. Mon esprit ne parvenait pas à s'échapper dans la brûlure de mon abdomen. La Présence me l'avait enlevé pour le faire sien. Je ne le sentais, il ne faisait que la regarder, la lorgner parce qu’elle amenait la Curiosité. J’avais beau faire, il ne souhaitait s’en détourner. Soudainement, c’est comme si tout mon être vibrait pour cette Présence. Sans en comprendre la raison, je levai un bras -était-ce le droit ou le gauche ?- que je posai en travers de mon visage, cachant mes yeux qui brûlaient de regarder. Mais je ne devais pas voir. Si je découvrais celle ou celui qui m’avait volé mon esprit, j’avais peur que la chaleur de mon ventre se propage à mon coeur.

De toute mes forces, je gardai mes paupières closes sous mon bras. Je devais garder la chaleur de ventre si je ne voulais pas que les regards m’atteignent à nouveau. *J’veux pas vous voir*.

J’en avais assez de les fuir.

Que cette visite soit aussi belle que nos Élans.
Qu'elle te chavire ; qu'elle te Ramène.

Le Ventre du monde  Libre 

Elle aurait pu ne pas s'allonger à côté de cette Autre qu'elle ne connaissait même pas, elle aurait pu, oui, mais elle ne l'avait pas fait. Pourtant, elle ne voulait pas déranger, c'était bien une chose qu'elle ne supportait pas de faire mais là, elle n'avait pas eu envie de partir, de passer devant le corps par terre en faisant comme si elle ne l'avait pas vu. Elle l'avait vu, c'était indéniable et elle n'avait pas pu oublier et passer à autre chose comme ça, continuer sa marche si ça signifiait ne pas connaitre le même sentiment que l'autre qui semblait ne plus avoir rien à faire du monde. Elle, elle avait rêvé d'ignorer le monde comme ça alors c'était pour ça qu'elle s'était allongée par terre sur le carrelage froid des couloirs. La plupart des gens ne comprenaient pas les bienfaits du silence, elle, elle le faisait. Le silence ça signifiait que personne ne venait vous faire chier, ça signifiait beaucoup de chose et même si elle voyait clairement que l'autre l'avait remarqué mais qu'elle s'enfonçait dans le déni de "J'veux pas la voir, elle n'est pas là" elle savait que le silence restait et ça c'était tout ce qui comptait pour elle. Elle n'avait pas envie que son cerveau se pourrisse sous les mots dégueulasses. Les Hommes n'étaient pas de bonnes choses, elle le savait depuis longtemps, les mots qui en sortaient étaient pourris. Elle préférait parler avec les geste, le regard ou la musique. c'était tellement plus pur que toutes ces choses. C'est simple. Elle préférait ça, simplement.

Et pis le silence la faisait réfléchir à tout pleins de choses à qui elle n'aurait jamais pensé sans ça. Elle apprécia le froid qui lui brûlait les paumes qu'elle avait collé au sol. Elle aurait pu se perdre dedans sans vraiment s'en rendre compte. Un beau néant, parfait. Une merveille qui lui rampe dans la tête. Elle eut envie de chanter mais elle ferma sa gueule, le silence était trop beau pour être brisé.

Reducio
Infiniment désolée du retard et de ce post minuscule. Les Mots ne veulent pas sortir, ma Plume espère que tes mots décoinceront les miens.

Moi ? Je n'fume pas, je n'bois pas, mais je M.L. Chacun son truc.
Mascotte Officielle des Crochets d'Argents, laissez passer s'il vous plait.

Le Ventre du monde  Libre 

Je les sentais. Au-dessus de moi ; proches et lointaines. Elles étaient lourdes et grosses. Elles pesaient sur mon âme, un peu sur mon cœur.
Le poids des briques faisait son effet. Enfin, ma descente était récompensée. Le poids de château pesait sur moi, sur mes membres, écrasait ma peau et mes organes. J'aurais pu étouffer, mais ce n'était pas le cas. Ma respiration était fluide et mon cœur lent. Ma peau était libre de s'étirer, de se couvrir de mille frissons désagréables. Les briques étaient un moyen de m'échapper, de me laisser aller à me ressentir, à être Moi sans les Autres, juste un instant.

Je les sentais, les briques. Elles étaient douces. Ce n'étaient pas elles qui me donnaient chaud et qui faisait apparaître derrière mes paupières fermées des éclats blanchâtres de lumière. Mon bras était lourd sur mon visage, il appuyait, écrasant ma tête sur le sol et empêchant mes yeux de s'ouvrir. Sans lui, je n'aurai pas résisté. Parce que le poids de la Présence était plus dérangeant que ne l'était celui du château.

De toute mes forces, j'essayais de repartir vers mon nombril. Me centrer sur les lames dans mon ventre, sur les chatouillements de mes membres. *Allez*, imposai-je à mon esprit en lambeaux. J'essayais de rattraper les morceaux de mes pensées pour les rassembler au même endroit. Je voulais qu'elles se diluent dans la même direction ; *j'y arrive pas...*. Mon esprit soupira d'ennui. J'avais beau me centrer de toute mes forces sur ce que je ressentais, je finissais toujours par revenir à la Présence. *Pourquoi elle est encore là ?*. Même si je me forçais à calquer le rythme de ma respiration sur celui de mon cœur, mes pensées se détournaient et je sentais avec plus de force encore mon bras qui scellait ma tête au sol. *Dégage !*.

Cette fois-ci, le soupir gagna mes lèvres. Il franchit cette barrière et disparut dans le monde en un petit bruit diffus qui acheva ma disparition : j'étais bel et bien Là, à mon plus grand effroi. *Putain*. Je levai lentement mon bras, libérant mon visage et mes yeux de son joug ; je levai ma main au plafond pour étendre mon membre, en profitant dans le même temps pour étirer mes jambes et mon ventre tout retourné. Je m'arc-boutai vers le ciel, tirant sur la peau de mon abdomen pour l'en dépêtrer de ses griffes douloureuses. Enfin, je posai mon dos contre la pierre, la moindre parcelle de mon corps prise dans une langueur jouissante.

J'ouvris les yeux.

L'obscurité du couloir me prit à défaut. Je clignai des yeux plusieurs fois pour ajuster mon regard. La flamme au-dessus de ma tête était plus pâle que dans mon souvenir. Peut-être qu'avant que l'Autre ne débarque, j'avais eu le temps d'atteindre le Centre du monde et que j'avais agit sur cette étincelle ; je l'avais soufflé avec ma force. *Trop fort !*. Je me perdis un peu dans son éclat avant de me souvenir de la Présence.
Mon cœur rebondit dans ma poitrine et mes yeux se retournèrent ; avec un temps de retard mon crâne suivit et je me tordis le cou pour apercevoir la Présence. Ce que je vis en premier, ce fut le bout du couloir. Les murs humides, la volée d'escalier, les pâles reflets de l'étincelle mouchée. Puis je tombai sur ce corps abandonné.

*Trop près*. Il suffisait que j'étale mes jambes au milieu du couloir pour que je lui flanque un coup de pied. *Et si...*. Non, je n'avais guère l'envie d'affronter un Autre aujourd'hui. Ce que je voulais, c'était être avec Moi, et celle-là m'en empêchait.
Je respirai lentement. Je sentis l'air remonter le long de mon corps, me donner vigueur et force. Puis je le recrachai par le nez, émettant un sifflement aiguë qui me fit grimacer. La prochaine expiration, je la virai de mon corps en ouvrant la bouche.

La fille n'avait rien d'une présence. C'était une fille. Une Autre banale qui n'avait rien de moins banal que sa position : allongée, comme une réplique de moi-même, sur le sol humide de ce couloir. Je braquai mes yeux sur la profondeur de sa joue. Creusée et pâle comme un os. Je me baladai sur cette peau là, caressant le rose de ses joue et le noir de sa chevelure.

Je soupirai, encore. Je croisai mes jambes sous mon corps et calai mon dos contre le mur humide. Je laissai tomber ma tête en arrière, mes yeux charbons fixés sur cette tronche d'Autre. Lentement, le silence repris son droit, coulant autour de mon corps, s'infiltrant dans mes oreilles et calmant mon cœur. Mon ventre repris ses danses douloureuses ; alors, presque tendrement, je glissai une main sous ma robe d'école, puis sous mon pull en laine. Je frissonnai quand ma paume fraîche entra en contact avec la peau tiède de mon ventre. J'enveloppai ce dernier de ma main et enfin, je m'abandonnai au flux du couloir ; mon attention offerte à l'Autre me détournait du pouvoir arracheur de sa présence.

Que cette visite soit aussi belle que nos Élans.
Qu'elle te chavire ; qu'elle te Ramène.

Le Ventre du monde  Libre 

Et soudain, ce fut soudain trop pour elle, beaucoup trop. Le noir qui l'entourait, qui s'infiltrait même sous ses paupières fermées et qui lui grignotait les yeux, les nerfs optiques, jusqu'à la cervelle rosée qui se contractait dans l'espoir de réussir à penser correctement, de comprendre pourquoi ça n'allait pas et d'ouvrir les yeux en espérant capturer un instant de lumière dans cette obscurité brûlante. Soudain, même sa conscience fut trop pour elle. Le froid qui lui mord la peau, qui fait de son corps un vulgaire pantin, affalé dans le couloir, les fils brisés. Tout fut beaucoup trop et ses mains se mirent en mouvement, grattant ses bras, ses jambes jusqu'à son cou. Elle ne pouvait plus respirer, tout l’étouffait. Elle voulait s'enfoncer dans le sol, se perdre au centre de la Terre comme dans ce roman qu'elle avait lu.

Elle avait l'impression que l'air lui crevait la gorge, que ce n'était que petites lames qui lui coupaient les cordes vocales jusqu’à l'intérieur de ses poumons. Les yeux qui brûlent, elle ne peut, ne veut, pas les ouvrir parce que cela voudrait dire que tout est réel et elle ne veut pas. La respiration de l'autre se fait entendre dans le silence, dans le noir et ça lui perce les tympans. Pourquoi elle ne peut pas rester aussi silencieuse qu'elle ne l'était au début ? Là, échouée sur les pierres comme une baleine sur les plages, elle avait presque l'air utile à la terre, prête à mourir, à devenir cendre pour se faire aspirer par la terre, devenir ensuite bien plus qu'un corps inutile et bruyant. Quelque chose de beau, de merveilleux que tout le monde admirerait. Une fleur, un arbre, de l'herbe. Une nature qui ne change pas, qui sera toujours là. Devenir la nature, celle qui n'est pas pourrie par l'humain, par les parles ou les gestes. Vivre et voir le monde bouger de sa position sans jamais en changer, observer le soleil et la lune se rejoindre, s'embrasser et s'éloigner comme amants brisés par le temps. De jolis amants, parfaits amants. 

Le monde est magnifique mais brutal. L'Homme est seulement une pourriture infinie, une inutilité parfaite. Elle s'enfonce dans les dalles, les mains agrippées au cou. Elle étouffe, elle meurt. Elle en a vraiment l'impression et ça ne lui fait pas peur. Elle veut savoir ce que cela fait, devenir cendre, partir loin, bien plus haut qu'elle ne pourra jamais. Étendre ses ailes brisées, cassées en milles et s'envoler loin de tout cela, très loin. Là où personne ne pourra plus jamais l'atteindre, là où elle sera seule dans un coton de nuages moelleux, comme un lit de lumière. Si Dieu est au ciel, il doit se demander ce que l'Homme fait sur la Terre, pourquoi il est comme ça, brisant la création qu'il apprécie tant. Il doit se dire qu'on n'en vaut plus la peine, il doit être partit aussi, très très très loin, là où même les prières ne l’atteignent plus, là où même ses appels effrénés ne peuvent se faire entendre. Parce qu'elle a prié le soir, elle a tellement prié qu'elle en a perdu sa voix. Elle a prié pour qu'elle s'échappe de cette vie, de ce monde mais Dieu n'a pas écouté, Dieu n'écoute pas.

Ses yeux s'ouvrent, ils brûlent pas se plantent dans ceux de l'autre qui respire trop fort. Qui la brûle, la fait hurler sans bruit. Et de son vert forte, elle la juge. De ce joli bois en feu, feuilles brûlées, arbres en cendre. Elle est ses cendres. Elle n'est rien mais elle est tout. 

Moi ? Je n'fume pas, je n'bois pas, mais je M.L. Chacun son truc.
Mascotte Officielle des Crochets d'Argents, laissez passer s'il vous plait.

Le Ventre du monde  Libre 

Contre mon ventre, ma main était moite. La chaleur irradiante de ma peau avait aspiré tout le bénéfice de la fraîcheur de ma paume ; la douleur piquante, elle, n’avait été en rien aspirée et continuait à me lancer. Je ne bougeai pourtant pas, me trouvant à l’aise dans cette étrange position. Ma tête reposant contre le mur et mon autre main abandonnée contre le sol, aucun de mes muscles n’avaient une réelle utilité. J’étais comme une poupée abandonnée dans un recoin poussiéreux et mon corps était lourd. La danse faiblarde des flammes éclairait à peine le visage de l’Autre. Parfois, la flamme grandissait et alors une ombre inquiétante venait caresser la joue de la fille.

Je regardai ce manège sans y faire attention. Mes yeux se firent brumeux et mon souffle s’apaisa tellement qu’il me sembla disparaître. Ainsi, il me parut possible d’atteindre le centre de mon Monde. La noirceur du silence irradiait dans mes oreilles et mon esprit chancelait ; il tanguait, prêt à s’effriter dans les limbes du sommeil. Une paix incroyable m’envahit, mais je n’avais pas la force de m’en étonner. Je savais seulement que j’étais bien et que tant que l’Autre ne bougeait pas, je continuerais à l’être.

J’aurai pu atteindre le centre de mon Monde, si seulement l’Autre n’avait pas bougé. Cela commença par un léger frottement. Il s’éleva timidement dans l’air, voleta autour de moi, imprégnant mes pensées diluées. Je n’y fis pas attention tant qu’il ne s’affirma pas ; quand il le fit, je pris conscience qu’il ne venait pas de moi, mais de l’Autre. Un léger sursaut me secoua, mais je ne bougeai pas. Tout au fond de moi, j’essayais d’imposer à mon crâne un fait qui me parut fou : j’avais fermé les yeux. Puis le bruit s’accentua. De frottement, il devient grattement. Mes sourcils se froncèrent dans mon demi-sommeil.
*Qu’est-ce que c’...* ; j’ouvris les yeux.

J’accommodai pour discerner la forme floue devant moi ; la fille. Encore une fois, je me fis la réflexion qu’elle était bien trop proche, bien trop présente. Mais cette pensée s’enfuit aussitôt que j’eu remarqué l’origine du frottement-grattement. Il provenait bien de l’Autre. Plus exactement de ses mains. Sans mot dire, j’observai ses serres rachitiques, un frisson courant le long de ma colonne vertébrale. Quelque part, peut-être étais-je effrayée de la frénésie que l’Autre mettait dans son action, mais cela n’avait pas d’importance ; mon regard curieux voyait derrière ce geste la reproduction de cette envie qui me prenait parfois : me gratter la jambe pour apaiser un chatouillement intérieur. Etait-ce ce que l’Autre faisait ? Ou était-elle en proie à une quelconque allergie ?
*M’en fous*.
Le fait est que cela n’avait pas la moindre importance pour moi. Alors je me redressai légèrement, silencieuse, et plaquai mon dos contre la pierre. Mon corps hésitait entre l’envie de fuir et la curiosité de rester. Puisque je ne savais que faire, je ne réagis pas, me contentant d’observer de bas en haut ce corps d’Autre qui était une chose bien étrange, bien éprouvante. Je n’étais pas sûr d’aimer ce que je voyais. Non, en fait j’étais persuadé de ne pas l’aimer ; rien n’était beau dans ce co

*Elle me regarde !*.
Mon coeur s’envola quand je tombai dans le regard de l’Autre. Elle avait ouvert les yeux ! Sa joue creusée ne m’était désormais plus visible : sa tête s’était tournée pour qu’elle puisse planter ses yeux dans les miens. Son regard me désarçonna complètement. Ma bouche s’ouvrit, mes yeux s’agrandirent et l’air s’engouffra dans ma bouche sous le coup de l’ébahissement. Il me fallut quelques secondes pour me retrouver et me renfrogner ; gênée d’avoir ainsi été surprise, je jetai un regard noir à sa tronche d’Autre. Mes yeux glissèrent sur ses mains décharnées, agrippées à son cou comme ses yeux l’étaient à mon visage. Un profond sentiment de malaise me retourna le coeur et eu raison de moi ; je détournai les yeux.

Je tournai carrément la tête pour braquer mon regard sur le bout du couloir, là où les escaliers disparaissaient dans les hauteurs. Sur mon ventre, mes doigts s’étaient enfoncés dans ma peau ; je me forçai à les relâcher. Mon coeur s’agita dans ma poitrine. C’était une preuve infaillible ; dès qu’elle vivait, l’Autre m’anéantissait. Une rancoeur brûlante monta le long de mon corps et s’inscrivit sur mes traits ; elle avait tout gâché ! Pourquoi était-elle venue se poser près de moi ? Pourquoi ? Encore une fois, la réponse importait peu. Je n’avais aucune raison de savoir, alors que la seule chose que je souhaitais, c’était que l'Autre s'en aille. 

Que cette visite soit aussi belle que nos Élans.
Qu'elle te chavire ; qu'elle te Ramène.

Le Ventre du monde  Libre 

Son regard piquant eu raison de moi. Mon coeur battant ne voulait pas écouter mon esprit ; il ne voulait pas se laisser croire qu’il s’en foutait de ce regard, qu’il n’en avait rien à faire de se sentir scruter par des yeux qui n’avaient rien à faire sur mon moi. Alors, écoutant mon coeur douloureux, je me tournai vers la fille et une moue s’inscrivit sur mon visage quand je me plongeai — encore — dans ses foutus yeux.

Il y avait là une chose particulièrement dérangeante. Ce n’était pas tant les mains qui s’agrippaient à son cou ou cette peau creusée ou même ce regard profond et abyssal. Non, c’était le mélange de tout cela et plus encore. C’était la caresse brûlante de son contact lointain, c’était le fourmillement de mes jambes et l’impatience qui commençait à s’agiter tout au fond de mon corps. C’est cela qui était insupportable et c’est cela qui m'empêcha tout à fait de retrouver la quiétude que je venais pourtant tout juste de quitter.

Je compris rapidement qu’il n’était plus possible d’atteindre le centre de mon monde, ici. A vrai dire, je me trouvais bien idiote d’avoir pu croire, à un moment, que je pouvais être bien en présence d’une Autre. Surtout d’une Autre inconnue et imposante et bouffante comme celle-là. Je ne détestais rien de plus chez les Autres que leur capacité à s’imposer ; ce château était immense, elle aurait pu se trouver n’importe où pour se laisser aller à ses pulsions étranges et pourtant elle avait décidé qu’elle viendrait se poster près de moi.
Il n’y avait rien à comprendre de ce comportement.
Rien à apprendre.
Juste une règle à m’imposer : quels qu’ils soient, les Autres étaient insupportables.

Un grognement s’échappa d’entre mes lèvres et c’est un regard noir qui l’accompagna. Sur mon visage se dessinaient désormais toutes mes émotions intérieures : mon agacement, dans un froncement de sourcil ; mon regret, dans l’affaissement de mes lèvres ; et ma douleur, dans le plissement de mon front. Il ne m’en fallait pas plus pour prendre ma décision. D’un mouvement habile, je me redressai et me levai, arrachant ma main de la peau tendre de mon ventre. J’ignorai l’appel de ce dernier qui me disait qu’il avait mal, qu’il était tordu et qu’il ne cesserait de souffrir tant que je ne lui donnerais pas la potion adéquate.
Mon ventre pouvait aller se faire voir, je n’avais aucune envie d’aller à l’infirmerie.

De toute ma hauteur, je flanquai mon regard charbon sur la fille allongée à mes pieds. Elle n’était pas grand chose d’ici et je décidai que je ne pouvais que moins l’aimer.

« Tu fais chier, dis-je d’une voix grondante. La prochaine fois, t’iras ailleurs ! »

Après un dernier regard sombre, je m’éloignai à grands pas en direction des escaliers. Parvenue à ces derniers, je me retournai et m’aperçu que l’Autre n’avait pas eu le moindre geste pour moi. Je haussai les épaules et m’enfonçai dans les étages, le coeur en proie à mille ressentiments qui allaient gâcher cette sale journée.

- Fin - 


Je ne sais si tu verras ces mots, Plume, mais je te les laisse tout de même : merci pour cette Danse. 

Que cette visite soit aussi belle que nos Élans.
Qu'elle te chavire ; qu'elle te Ramène.