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La bave du Crapaud n'atteint pas la swag colombe

(ft Elian K.)


Mai 2043.


Les barreaux de la cage venaient de se lever et l'aiglon était enfin libre. La journée de cours n'avait pas été ennuyante, Solal ne pouvait pas dire ça alors qu'il étudiait tant de choses qui l'intéressaient. Mais c'était parfois long, son corps s'ennuyait de devoir se tasser sur une chaise et d'attendre que le temps passe. Ses doigts se frustraient de devoir restés fermés sur une plume. Ses oreilles se lamentaient de ne pas pouvoir entendre les oiseaux et de devoir supporter quelques voix désagréables. C'était quelque peu mélodramatique mais Solal était réellement soulagé de quitter les cours. La suite de sa journée était toute programmée : ne rien faire. Il lui arrivait souvent de n'avoir envie de rien. Une petite balade suffisait alors à l'occuper et il se mettait à rêvasser. Il laisserait les devoirs pour le lendemain, il avait bien le temps de les finir. Il était de ceux qui finissaient vite, au contraire de certains de ses camarades qui semblaient passer toute une journée sur le même devoir. Insoutenable pour l'hyperactif.

Il traînait des pieds dans le couloir, les doigts frôlant le mur quand une tignasse de cheveux blonde l'interpella. Sans savoir pourquoi, il se cacha derrière une des armures imposantes qui ornaient les couloirs. Il plissa les yeux alors qu'il observait le Poufsouffle aux Plantes. Personne d'autre en vu. Il sortit de sa cachette et se mit à courir tel un dératé vers sa cible. Si Elian ne l'avait pas entendu arriver, il l'avait en tout cas senti sauter sur son dos.
« BOUH ! » s'exclama-t-il alors, les jambes accrochées mollement à la taille du Poufsouffle. La proie dans ses serres acérées, il laissa ses pieds retomber au sol et adopta une posture plus humaine et moins animale : les bras ballants, l'air idiot de celui qui ne sait pas sur quoi enchaîner. Puis, comme s'il retrouva l'usage de la parole, il se mit à sourire de toutes ses dents et à déblatérer :
« J't'ai vu tout à l'heure quand j'allais en méta', j't'ai fait coucou et t'as même pas vu. C'est— » Il se stoppa net alors qu'un des cahiers d'Elian venait de tomber au sol. Une myriade de feuilles s'envolèrent et s'étalèrent sur le sol, victimes de l'arrivée brutale du Serdaigle. Il murmura un petit "oops, pardon" et s'empressa de se pencher pour attraper les feuilles. Il n'était pas là pour embêter Elian, loin de là, et il voulait réparer son erreur. Sur une des feuilles, plusieurs visages se retrouvaient dessinés et Solal fronça les sourcils à cette vision. Qu'était-ce que cette horreur ? S'il était doué avec les plantes, le Poufsouffle devait absolument laisser tomber le dessin. C'était nécessaire pour la bonne santé ophtalmique de ses camarades.
« C'est qui ? » il plissait son nez en réfléchissant, tous les visages —disgracieux— semblaient provenir du même modèle. Le Serdaigle trouva qu'ils avaient l'air d'un homme assez âgé, il avait même l'air d'arborer une barbe maladroitement dessinée. Il n'avait aucune idée de l'identité de l'homme dessiné mais il trouvait cette situation un peu étrange, pourquoi Elian aurait dessiné autant de fois un visage ? Il lui rendit ses feuilles sans le lâcher du regard comme s'il essayait de lire les pensées du Poufsouffle, les yeux légèrement plissés.
« C'est ton grand-père ? » interrogea-t-il avant d'enfouir ses mains dans les poches de sa robe de sorcier.
Dernière modification par Solal Rosenberg le 12 juin 2018, 16 h 22, modifié 1 fois.

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La bave du Crapaud n'atteint pas la swag colombe

Surbooké, Elian sortait tout juste de sa salle de cours avec des cheveux qui semblaient avoir réalisé la troisième grande guerre des sorciers et un code vestimentaire qui aurait valu plusieurs points en moins au sablier des Poufsouffle. Les mains chargées de divers parchemins qu'il n'avait pas eu le temps de fourrer dans son sac, il traversait le long couloir pour se résigner à commencer ses tout nouveaux devoirs, ajoutés pendant une journée finalement très peu productive à force d'enchaîner les heures de cours. Renfrogné dans son univers, les yeux fixés au sol et avec l'allure d'un trader Moldu concentré, il se demandait s'il n'allait pas devoir commencer à emprunter les notes de Calum, car les siennes ne faisaient plus réellement sens sous ses esquisses frénétiques, résultant d'une obsession qui tournait indéfiniment dans sa tête déjà bien remplie inutilement.

Le couloir commençait à se vider de ses étudiants lorsqu'il sentit un poids s'écraser sur son dos, suivit d'une exclamation qui le surprit et le fit répandre ses affaires au sol. Il se retourna en se marrant pour saluer le Serdaigle, obnubilant totalement les feuilles de parchemins volatiles. Peu étonné du fait qu'il avait snobé sans le vouloir Solal avant le cours de Métamorphose, il suivit son regard lorsque Serdaigle s'excusa. Écarquillant les yeux, et semblant comprendre quelque chose, Elian se précipita pour ramasser en dératisant la zone en moins de temps qu'il ne lui fallait pour ranger le dortoir. Solal avait malheureusement pu également en saisir quelques uns, et forcément précisément ceux qu'il ne fallait pas.
« Euh... Eh bien... balbutia-t-il avec une aura de panique, en essayant en vain de trouver des excuses. Une marée commençait à investir ses tempes, il saisit finalement ses cours des mains de son ami, pour mieux les écraser au fond de son sac, alors que ce dernier lui demandait si les dessins qu'il avait vus étaient supposés représenter son grand-père. Elian haussa un sourcil, un peu vexé. « Quoi, tu veux dire que tu ne l'as pas reconnu ? , fit-il sans dissimuler son étonnement, et plus détendu. Il ajouta, un peu pour se rassurer lui-même : « Je dessine pas si mal que ça quand même. »

Sans savoir pourquoi, lui prouver que ses dessins avaient des qualités lui importait plus que lui dévoiler l'une de ses passions inavouées. Alors, il s'assit en tailleur à côté de l'armure et déballa une nouvelle fois les feuilles de son sac, les aplatissant soigneusement au sol de son air concentré. « Viens voir, là tu peux le reconnaître. » Il lui montrait un gribouillage pas plus esthétique que ceux que Solal avait eu entre les mains. Il était effectivement très difficile de reconnaître le gérant du Chaudron Baveur, Eadric Sturrlock, pour qui Elian s'était découvert une passion assez incontrôlée. S'il était loin d'être le seul enfant à avoir des coups de foudres improbables, le sien pouvait être assez déroutant.

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Elian avait l'air quelque peu gêné de la situation, ce que Solal comprenait —il aurait été gêné à sa place aussi, mais heureusement pour lui, il n'avait pas encore eu l'idée saugrenue de dessiner le visage de quelqu'un sur ses cahiers. Le Poufsouffle eut ensuite l'air vexé, ce que Solal comprenait à nouveau mais il ne fut pas pour autant tout à fait désolé ; il n'aurait pas pu mentir et faire semblant de comprendre de quel visage il s'agissait. Il était aussi très curieux, il voulait absolument savoir de qui il s'agissait et pourquoi Elian semblait s'y intéressé autant. 
Depuis que Solal avait rencontré le Poufsouffle, il allait de surprise en surprise. Le blondinet semblait avoir toujours quelque chose pour surprendre le Serdaigle et malgré la bizarrerie de la situation, il se sentit on ne peut plus satisfait d'être à nouveau surpris par son camarade. Il adressa un sourire tout à fait content à son ami ; les pommettes un peu hautes, les yeux plissés, un sourire sans dents mais un sourire heureux. Il fallait connaître Elian pour comprendre à quel point il était étrange. Mais étrange dans le bon sens, le genre d'étrange que Solal appréciait tout particulièrement.

« Bah t'es pas un artiste non plus, quoi. » rajouta Solal, l'air de rien, en haussant les épaules. Dans une tentative égoïste de forger le monde au gré de ses envies, il décida qu'Elian ne se vexerait pas réellement pour ça et qu'il était tout à fait en froid de lui dire qu'il était nul. Il observa ensuite le Poufsouffle s'installer dans le couloir. Le blond n'eut à peine le temps de dire "viens voir" que Solal se ruait déjà à ses côtés, tiraillé par la curiosité. Il s'assit en tailleur à côté de son ami et se pencha légèrement par dessus son épaule, la tête penchée sur le côté, pour observer les dessins.

« J'suis vraiment censé le reconnaître ? » demanda-t-il avant de relever les yeux vers son camarade pour l'aviser du regard. Mais la réponse n'était malheureusement pas inscrite sur le visage du Poufsouffle et il se remit à observer les dessins en réfléchissant les sourcils froncés. Dans sa tête, il repassait en revue les visages qu'il connaissait. Il ne se rappelait pas avoir vu quelqu'un avec une barbe à Poudlard, les professeurs étaient tous des adultes assez jeunes. La dernière barbe qu'il avait vu était celle du Doyen, et il ne ressemblait en rien au visage qu'avait dessiné Elian. 
« Il est pas à Poudlard en tout cas. » murmura Solal, plus pour lui-même que pour demander confirmation à Elian, alors que ses doigts glissaient sur les feuilles pour les pencher un peu plus d'un sens ou de l'autre. Il finit par se redresser en haussant les épaules.
« Donne moi un indice ? » il n'abandonnait pas totalement ; il voulait trouver la bonne réponse même s'il nageait dans un océan d'interrogations sans réponse. Il aimait les défis, et celui-ci était de taille ; deviner quelle personne avait inspiré ces ignominies au Poufsouffle aux Plantes.
« Au fait, Squib va bien ? » demanda-t-il alors que ses yeux continuaient à détailler les dessins. Il lui posait la question à chacune de leur rencontre, comme si c'était tout à fait normal de parler d'une plante et de prendre de ses nouvelles. 

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Elian reniflait avec dédain. Solal avait raison, il n'était sûrement pas un artiste, mais le Poufsouffle estimait qu'on reconnaissait très facilement le gérant du Chaudron Baveur, même s'il ne pouvait pas se permettre de lui en faire la démonstration en demandant l'avis d'autres camarades en qui il accordait peut-être moins de confiance. Solal avait toujours du mal à faire le lien, même en regardant les dessins de plus près, et quelque part Elian sentait qu'une énigme insoluble pouvait potentiellement agacer le Serdaigle.

Il l'incita d'un geste de la tête à continuer de chercher lorsque ce dernier releva ses yeux contractés du parchemin. Lui-même commençait à être surexcité à l'idée de dévoiler son identité, attendrie par la concentration de Solal.
« Non et c'est bien dommage », répondit-il en entendant ce dernier déduire que ses dessins ne représentaient pas quelqu'un résidant à Poudlard. Si cela avait été le cas, Elian aurait passé tout son temps à le suivre pour lui demander de lui raconter des anecdotes sur ses voyages et sur toute sa vie en général. Pour le moment il se contentait juste de ce que son père - qui d'ailleurs n'avait jamais compris cette fascination non plus - lui avait raconté sur lui, des commérages...

« Un indice ? répéta-t-il en écho à la demande de son ami. Il réfléchissait en se balançant d'avant en arrière, toujours en tailleur, ce qui lui donnait un air d'enfant qui veut laisser traîner son secret. « Il travaille dans un pub pour sorciers très populaire finit-il par concéder. Il n'y pensait que maintenant, mais peut-être que Solal n'avait pas passé assez de temps dans le Chaudron Baveur ou bien même avait fait ses achats magiques autre part qu'au Chemin de Traverse, voire même laissait ses parents le faire pour lui. Son cerveau turbinait, il estimait Solal si semblable à lui à bien des égards qu'il avait toujours pensé qu'il grandissait dans une famille partiellement ou totalement sorcière, comme lui. Avant de repartir sur sa réflexion, son ami lui demanda des nouvelles de Squib. Les pupilles dilatées par le plaisir de pouvoir lui en donner, le Poufsouffle se redressa et parla de sa plante comme un enfant en convalescence, incapable de s'arrêter : « Dernièrement il y a eu pas mal de pluie, et c'est vrai que les Voltiflor n'ont pas vraiment besoin de beaucoup d'eau - enfin ça dépend des espèces parce que oui, il y a plusieurs espèces en fonction des régions où on peut les trouver ! Du coup... Qu'est-ce je d-... Ah oui ! Squib a été malade pendant deux jours, mais j'ai été le voir ce matin en allant en Botanique, et il semble avoir surmonté son épisode de fièvre. Il conclut, à présent calmé et avec un sourire discret : « D'ailleurs il te passe le bonjour. »

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C'est bien dommage ? C'est bien dommage. Il avait bien dit c'est bien dommage. Solal fronça quelques millièmes de seconde ses sourcils avant de se rappeler qu'il n'était pas censé réagir aussi fortement à chaque nouvel ami qu'Elian se faisait. C'était quand même une amitié originale mais Solal ne jugea pas, il adorait le Doyen et s'il avait pu lui parler tous les jours comme à un de ses camarades, il l'aurait fait. Il avait même été déçu de la rapidité de leur rencontre, l'homme avait été comme un dragon qui fendait le ciel et qui disparaissait à l'horizon. Tout compte fait, l'admiration(?) du Poufsouffle pour un vieillard paru tout à fait normal aux yeux du Serdaigle qui arrêta de s'inquiéter pour rien.

L'indice du Poufsouffle aux Plantes fut plus que révélateur pour Solal. Sa bouche se changea en un "o" alors qu'il comprenait enfin. C'était le patron du Chaudron Baveur ! Il n'y avait pas du tout pensé ; d'abord parce que la situation était un peu cocasse et qu'il ne s'attendait pas à ce que son ami soit un fan invétéré du vieillard, et aussi parce que les dessins n'y ressemblaient pas tellement. Maintenant qu'il connaissait la réponse, il pouvait effectivement voir quelques traits communs avec le patron, bien que ce n'était pas tout à fait évident. D'autant plus que le Serdaigle n'avait qu'un vague souvenir de son visage et il n'était pas le genre de personne à qui il pensait régulièrement. 
« Oh, le patron du Chaudron Baveur ! » Solal se demanda pourquoi cette admiration, mais Elian s'était mis à parler de Squib et il en oublia vite le propriétaire de l'établissement. Le Poufsouffle avait repris cette expression passionnée. Le garçon aux cheveux de corbeau posa l'arrière de sa tête contre le mur alors qu'il observait son ami parler, un sourire étirant ses lèvres.

« Tu crois qu'on devrait lui faire un parapluie ? J'irai lui dire bonjour aussi, alors. On pourra y aller ensemble si tu veux. » proposa-t-il, presque timidement sans trop savoir pourquoi. Après tout, Elian s'était fait de nouveaux amis et il n'avait probablement pas que ça à faire de passer tout son temps avec le Serdaigle. Il lâcha finalement le visage du Poufsouffle du regard et reporta son attention sur les différents portraits. Comme inspiré, il se leva, attrapa son sac et en sortit une plume et un parchemin vierge sur lequel il se mit à dessiner des gribouillis, le parchemin posé au sol alors qu'il commençait lui-même à s'étaler de tout son long, le ventre sur le sol. Sa tête était vers le mur et ses jambes débordaient sur le milieu du couloir mais personne ne passait et il estima qu'il avait le droit.
« Au fait, pourquoi tu l'aimes autant c'monsieur ? Il est cool ? » Il s'occupait à dessiner un oiseau, auquel ses traits maladroits apportèrent un gros ventre, un bec tout sauf rectiligne et une queue étrange. 

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Son ami Solal avait finalement deviné qui se cachait sous ses traits de crayons. Les yeux brillants à l'évocation de leur souche Squib le Voltiflor, Elian avait oublié un instant cette autre passion que constituait l'existence toute entière d'Eadric Sturrlock. « Lui faire un parapluie ? C'est du génie ! s'écria Elian, tout excité à l'idée de pouvoir passer plus de temps en compagnie de Squib et Solal, lui permettant aussi de s'éloigner un peu de la détestable routine des cours. « En plus il le protégera aussi du soleil cet été ! » De plante d'intérieur, le Voltiflor était passé à l'état sauvage et, depuis quelques temps en effet, Elian s'inquiétait de cette transition brutale. Avec les températures en augmentation, il s'était donné pour mission de trouver une solution pour faire subsister la plante jusqu'à la rentrée prochaine, mais son esprit ne cessait jamais de conceptualiser des idées farfelues et trop élaborées pour un sorcier débutant - l'Appareil à Suspension Hydromagique restera ainsi à son état d'ébauche. Finalement, il n'était pas étonné que Solal trouve une solution aussi naturellement, ce dernier s'étant rapidement constitué comme un allié de taille dans cette école, même s'ils n'avaient pas la chance de partager la même Maison.

Son ami s'était installé pour dessiner à son tour et Elian estima qu'il était vraiment gonflé de lui avoir fait comprendre que ses dessins n'étaient pas clairs, en l'observant gribouiller lui-même sa feuille. En rangeant ses propres croquis - anciennement ses cours - dans son sac, ses yeux croisèrent ceux un peu disproportionnés du portrait approximatif d'Eadric, tandis que Solal l'interrogeait sur le lien l'unissant à cet homme aux antipodes de sa personnalité.
« Eadric est super cool, insista-t-il. Si Solal pensait le sujet clôt, c'était une erreur car quand Elian avait un nouvel intérêt, il le lâchait difficilement. Son adulation pour Sturrlock n'avait d'égale que celle des humains pour les Vélanes. Le garçon soupira, le parchemin serré contre son torse. « Si seulement j'avais eu l'audace de lui dire bonjour, avant de partir pour Poudlard... Je ne l'ai plus revu depuis. Son père avait toujours été présent lorsqu'ils passaient une nuit au Chaudron Baveur, et bien entendu il lui avait interdit d'adresser la parole aux sorciers qu'il ne connaissait pas - surtout à Sturrlock, en vérité. « Tu ne crois quand même pas qu'il a pris sa retraite ? sursauta soudain Elian, faisant le lien avec son absence lors de son dernier passage au Chaudron Baveur, pendant la pause printanière. Puis, se rassurant un peu : « Il doit sûrement visiter de nouveaux endroits, c'est ce qui me fascine le plus chez lui... Il semble n'avoir aucune attache et on m'a dit qu'il avait voyagé partout, c'est pour ça que j'adorerai l'avoir pour compagnon, c'est un aventurier ! » Ces joues rosirent sous l'effet de son imagination. Il avait une image idyllique de cet homme à la vie chargée, et rien que de se projeter à ses côtés pour vivre des aventures lui procurait un étrange sentiment de bien-être. Les yeux lointains, il ne sentait même pas le filet de bave qui menaçait de tomber sur le col de sa chemise et sa cravate.

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Elian semblait emballé par l'idée du parapluie, ce qui n'étonna pas Solal. Le Serdaigle était on ne peut plus content, il ressentait une étrange de satisfaction à l'idée de faire plaisir à Elian ; il fallait qu'il arrête de vouloir le protéger de tous les maux, il se débrouillait sûrement mieux que lors de leur première rencontre, où il était la cible de moqueries. S'il essaya de réprimer ces envies d'aider Elian, il ne parvint pas à arrêter de penser au parapluie. Il quitta son dessin actuel pour commencer à dessiner des schémas de parapluies. Il n'était pas doué en bricolage, ni en métamorphose, et encore moins en couture : il ne saurait rien faire de ses propres mains, mais il avait au moins un cerveau.
« Là, on pourrait faire un truc comme ça, et là... Hop... » murmurait-il alors que de son côté Elian semblait en transe. Si Solal ne réagit pas les premiers instants —c'était courant d'admirer quelqu'un, surtout à leur âge— il sentit rapidement que les compliments du Poufsouffle n'allaient pas s'arrêter de si tôt. Si le Serdaigle était plutôt d'accord sur le fait que le patron du Chaudron Baveur était plutôt charismatique et admirable, il n'en était pas à faire des essais qui expliciteraient les 100 raisons qui font que Sturrlock est un homme génial. Il releva un instant les yeux vers Elian, l'air désabusé quand il appela le patron par son prénom, avaient-ils au moins élevé les cochons ensemble ? Solal était sûr que non.

« C'est trop cool les aventures, j'en fais plein chez moi ! Je vais dans la forêt, je monte aux arbres et plein de trucs cool. » Il tenait à avoir l'air d'un aventurier, lui aussi. Il était même certain d'être plus agile que le patron du Chaudron Baveur, après tout il était bien plus jeune. Comme pour illustrer ses propos, il plaqua la plume contre son parchemin et laissa les deux à terre alors qu'il se releva.
« Eh, regarde c'que j'sais faire. » Il se rappelait qu'Oskar était impressionné, parce que lui n'arrivait pas à le faire : il tendit ses bras vers l'avant, pris un certain élan et fit une roue presque parfaite. Les pieds par terre, il posa ses mains sur ses hanches avec un air satisfait.
« Alors, t'en penses quoi ! » s'exclama-t-il avant de s'asseoir de nouveau à côté du Poufsouffle. Il ne savait vraiment pas ce qu'il trouvait de si intéressant chez l'homme ; à qui il ne semblait même pas avoir parlé. Il fronça les sourcils et pencha légèrement la tête vers Elian.
« Au fait, tu l'appelles Eadric mais tu l'connais si bien ? Vous êtes potes ? » demanda-t-il d'un air tout à fait satisfait ; après cette magnifique roue il était certain qu'Elian oublierait bien vite ce vieil homme et qu'il ne verrait plus que l'impressionnant Serdaigle.

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Perdu dans son exaltation, la voix de Solal lui paraissait extrêmement lointaine. Elian devait faire un effort considérable pour comprendre ce qu'il lui disait. Les aventures, la forêt, les arbres... Tout ça le Poufsouffle ne connaissait pas, comme il vivait dans un appartement situé en plein centre-ville. Il aurait adoré vivre dans la campagne pour entretenir un potager et parfaire les quelques connaissances qu'il possédait déjà en Botanique. Mais, selon lui, ce n'était pas vraiment le type de vie que Sturrlock avait mené et qui lui faisait tellement envie. Solal semblait tout de même déterminé à lui faire une démonstration, alors Elian se dissimula à moitié derrière le portrait d'Eadric, craignant un accident imminent. Juste après avoir vu son ami atterrir parfaitement sur ses deux pieds, en réapparaissant aussitôt depuis le dos de son gribouillis, il s'exclama : « Waw, t'aurais pu te faire mal ! » Sans savoir pourquoi, il avait retenu son souffle pendant toute la durée de la roue, et son cœur battait à présent comme s'il venait lui-même d'en réaliser une. Ou bien il avait intégré une peur irrationnelle de ce genre d'acrobaties à force d'entendre son père répéter qu'elles étaient dangereuses et vaines, ou bien il s'inquiétait du fait que Solal se mette en danger pour lui prouver que les talents d'Eadric n'étaient pas si exceptionnels.

Elian n'eut pas le temps de se poser la question plus longuement, car Solal voulait avoir un avis sur sa roue. En étant objectif, il l'aurait applaudi, mais le Poufsouffle gardait son sens des priorités - bien plus partial. « Je pense qu'Eadric est un sorcier aux multiples talents et qu'il peut faire dix roues comme les tiennes sans s'arrêter ! fit-il en croisant les bras d'un air faussement pompeux. Elian ne savait pas trop pourquoi il lui avait dit ça, ne souhaitant pour rien au monde que Solal relève le défi, d'autant plus qu'il avait l'air assez déterminé à lui démontrer le contraire. Il décida alors de se reprendre, dans un éclair de lucidité : « Enfin... Vu son âge... commença-t-il en regardant autour de lui comme si des idées de rattrapage pouvaient se trouver inscrites sur les dalles du sol ou bien sur les parois des murs. Sa résolution à vouloir éviter à Solal un passage à l'infirmerie eut raison de lui. « Bon d'accord, il ne pourrait peut-être pas être aussi agile que toi. » La tête baissée et les joues en feu, c'était comme si le Serdaigle venait de lui soutirer un aveu. D'ailleurs, ce dernier comptait bien en obtenir un autre en lui demandant de préciser un peu l'étrange familiarité du Poufsouffle lorsqu'il mentionnait le patron du Chaudron Baveur. Toujours un peu désarçonnés, ses yeux rencontrèrent les traits crayonnés sur le parchemin, qu'il tenait toujours fermement. C'était comme s'il perdait à nouveau le fil de ses pensées. « En fait, je crois qu'il ne connait même pas mon existence, Solal... Un étrange sentiment d'abattement s'insinua en lui, face à cette constatation tardive. Et si jamais Sturrlock se trouvait à présent dans un tout autre continent ? Il s'en voulait de n'avoir jamais osé ne serait-ce que le saluer. « C'est horrible... répétait-il en s'étalant sur le dos, les bras en croix comme si toute vitalité avait quitté son corps. « Il ne se souvient même pas de mon visage... Parmi tous ses clients... » continuait-il, plaintif. Lui qui se voyait autrefois si grand dans le regard d'Eadric Sturrlock, se sentait soudain aussi minuscule qu'un insecte purulent.

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Naïvement, Solal avait cru que Elian serait on ne peut plus impressionné par ses acrobaties. Il avait pensé que cela suffirait à faire oublier au garçon l'image d'un vieil homme à qui il n'avait jamais parlé. Mais ce ne fut pas le cas et le Poufsouffle prit même la défense du patron. Il essaya, ensuite, tant bien que mal de se rattraper mais le mal était fait. Le Serdaigle plissa le nez en reculant la tête, surpris, et presque même déçu. Il ne comprenait décidément que son ami lui tourne ainsi le dos pour un vieux barbu. Vexé dans son orgueil, excessivement blessé, Solal sentit l'agacement monter en lui. Depuis qu'il avait rencontré le blondinet, c'était la première fois qu'il avait envie de le planter là. S'en aller et le laisser à ses rêveries de garçon transit. 
Sa réaction pouvait s'apparenter à celle du garçon populaire qui était toujours apprécié ; ce n'était pas tout à fait ça, il avait rencontré des personnes avec qui il ne s'entendait pas. Mais il parvenait presque toujours à contrôler les choses, à donner l'image qu'il voulait donner, à encourager quelqu'un à dire, voire penser ce qu'il voulait qu'il pense. Elian dérogeait à la règle, ce qui n'étonna pas le Serdaigle mais ne le vexa pas moins pour autant. Il se fichait bien d'être "le plus" aux yeux des autres : le plus fort, le plus gentil, le plus acrobate... tout ceci lui passait bien au dessus de la tête habituellement, et pourtant. Le caprice enfantin lui grignota sa bonne humeur alors qu'il attrapa son vieux parchemin pour gribouiller à nouveau dessus sans un mot. Le Poufsouffle continuait de toute façon à discuter du vieux barbu et aussi étrange que cela puisse paraître : Solal n'avait rien à dire.

Il se battait contre l'envie de rétorquer quelque chose de cinglant, mais l'idée d'être désagréable avec le Poufouffle aux Plantes lui parut tout bonnement inconcevable. Il prit sur lui alors qu'il se renfermait dans sa bulle, cherchant un moyen de gagner —il se lançait dans une compétition dont il était le seul à connaître l'existence.
« De toute façon, ton barbu, il est pas mieux que le Doyen de Zhuangyán. Tu lui as parlé ? Super cool, il s'assoit comme ça, il s'assit en tailleur et se mit à imiter les étirements qu'il avait vu le Doyen effectuer, et en plus il bouge même pas que d'un coup FOUAH il t'envoie une vague d'air, comme un dragon mais sans les ailes !  » Il en faisant des tonnes, bougeait ses bras dans tous les sens alors que son regard ne quittait pas celui d'Elian, comme pour l'obliger à l'écouter. Il espérait y voir une marque d'agacement, et sans vraiment réfléchir à la cause : il voulait qu'Elian comprenne que lui aussi, pouvait admirer un vieux.
« Tu vois, quand je lui ai parlé, il m'a dit qu'il était amoureux d'une femme et ils se sont battus  ! Il a gagné puis il est parti, pouf, il l'a laissé comme ça. Il a peur de rien, j'suis sûr ! En plus il a des dragons. » Les phrases s'enchaînaient, il tentait de formuler toutes les idées qui lui venaient à l'esprit quand il pensait au Doyen : tout ce qui pouvait être impressionnant.
« Et puis en plus, il a un tatouage dans le dos là, il passa ses bras derrière son dos pour désigner ce dernier, et c'est un dragon ! Et aussi, il a un peu une moustache comme ça et une barbe là, ses mains retraçaient la pilosité faciale de l'homme. » À nouveau, il bomba légèrement le torse en observant Elian : alors, toujours aussi impressionnant, ton vieux patron barbu ? lui disait-il d'un regard fier.

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Si Elian avait pensé pouvoir trouver des paroles réconfortantes auprès de Solal, celles-ci n'arrivèrent jamais. D'ordinaire diplomate, le Poufsouffle semblait avoir laissé de côté toute envie d'être impartial dans ce combat de sorciers aguerris, d'autant plus que Solal faisait tout pour centrer le sujet sur le Doyen Xixia. Elian avait rarement un avis tranché sur les gens - excepté Sturrlock - mais le doyen lui avait inspiré beaucoup de respect. Toutefois, en écoutant son ami lui exposer comme un devoir d'Histoire de la Magie avec introduction, développement et conclusion toutes les qualités qui faisait de lui une bien meilleure personne à admirer, ses joues commencèrent à chauffer sérieusement... Elian ressemblait donc à ça quand il parlait de Sturrlock ?

C'était un miroir bien peu reluisant à regarder... Il reprit contenance en se redressant en position assise, et tiqua lorsque le Serdaigle lui parla d'un tatouage dans le dos. Comment pouvait-il le savoir ? Les yeux ronds soutenant ceux de son ami, la question qui lui brûlait les lèvres partit d'un seul coup :
« Tu as vu son tatouage en vrai ? Après une telle introduction, il était vrai qu'Eadric Sturrlock pouvait souffrir de la comparaison... Il secoua la tête comme pour faire disparaître son air fasciné et reprit : « Eh bien... Eadric a aussi eu une femme figure-toi et... Euh... Les données manquaient indéniablement, pourquoi fallait-il que le patron du Chaudron Baveur soit aussi mystérieux ? « Bon très bien, le doyen est aussi cool que lui ! », se résigna-t-il en faisant mine de commencer à lire ses cours. Il était un peu vexé d'avoir été ainsi piqué à vif par Solal, alors que d'ordinaire il n'aurait sûrement pas fait attention à ce qu'on pouvait penser de lui.

Totalement éteint - il tournait presque le dos à Solal, la tête baissée sur ses feuilles de parchemin - son esprit vagabondait maintenant beaucoup plus loin. Elian ne savait pas trop pourquoi il avait tenu à changer de position pour faire match nul de cette façon, mais cela avait peut-être un lien avec le fait qu'il ne voulait pas disputer le titre du meilleur sorcier à admirer avec Solal, pour qui il éprouvait un respect en qui il lui semblait à présent bien plus logique de ressentir qu'envers une hypothétique idole. Il fallait voir à quel point le taux de stress d'Elian avait baissé dès lors que le Serdaigle était venu le saluer. Il paraissait enfin réaliser qu'Eadric pouvait ne pas le passionner autant que lui, et qu'il valait peut-être mieux qu'il se contienne en sa présence...

Soudain interloqué par une sensation plutôt chatouilleuse au niveau de sa nuque, le Poufsouffle se retourna à moitié pour surprendre Solal et sa plume, puis afficha un sourire navré en le regardant dans les yeux.
« Tu sais on me répète souvent que je rêvasse trop sur des choses artificielles comme Eadric. Mon papa veut que je travaille plus pour que je progresse avant que les cours finissent... Il soupira, c'était compliqué de mettre des mots sur ce qu'il ressentait, mais quelque chose le poussait à faire cet effort malgré tout. Une petite voix dans sa tête lui disait en effet que Solal pouvait comprendre ce qu'il se passait, comme il était lui aussi pris dans le cercle infernal des devoirs et des examens de fin d'année - auxquels s'ajoutait la pression des proches, exercée consciemment ou non. « Tout ça me monte à la tête, fit-il finalement en rassemblant sommairement les parchemins pour les faire voler de dépit.

Moi je crois aux histoires auxquelles les autres
Ne croient pas encore

La bave du Crapaud n'atteint pas la swag colombe

Solal hocha la tête furieusement à la question de son camarade : bien sûr qu'il avait vu son tatouage, il était inoubliable. C'était la première fois qu'il voyait un tatouage, il n'en avait qu'entendu parler, mais il n'était pas prêt d'oublier la sensation qu'il avait ressenti à la vue du tatouage. Il était impressionnant et ne faisait qu'ajouter au charisme du Doyen. Le Serdaigle était déçu que son ami ne l'ait pas vu ; il loupait quelque chose et il était certain que Sturrlock disparaîtrait de ses pensées après ça. Cette pensée fit froncer les sourcils du brun imperceptiblement. Sans savoir pourquoi, il n'avait pas très envie qu'Elian devienne un fan du Doyen non plus. Ses doigts vinrent tordre nerveusement un bout de son parchemin alors qu'il observa le Poufsouffle : ce dernier avait visiblement décidé de lâcher l'affaire —ce qui n'étonna pas tellement Solal, il était certain qu'il était bien plus têtu que le Poufsouffle— et tourna le dos. La gestuelle parut plus étonnante aux yeux du Serdaigle qui se sentit tout à coup mal à l'aise. Est-ce qu'il avait vexé son ami ? La panique le gagna à cette possibilité et le dos qui lui faisait face le perturbait un peu trop à son goût. Il attrapa alors sa plume à écrire et en glissa l'extrémité dans la nuque du blondinet pour le chatouiller. 

La réaction du Poufsouffle aux Plantes ne se fit pas attendre, tant mieux puisque c'était la seule solution que Solal avait trouvé pour attirer son attention. Néanmoins, ses paroles lui firent de la peine et il sentit son coeur se serrer dans sa poitrine. Inconsciemment, depuis qu'il avait rencontré Elian il cultivait une envie de le défendre, de le protéger de tous les maux et le voir d'humeur maussade n'était pas une vision qu'il affectionnait. Il plissa le nez tout en réfléchissant à une solution, mais il n'était pas très doué pour la psychologie familiale, surtout quand il ne connaissait pas le père Kernac'h. Au détour de quelques conversations avec Elian, il avait compris que c'était un père protecteur et c'était à peu près tout. Il essaya de se mettre à la place de son camarade pour trouver une solution et se brandit tout à coup, le visage illuminé : il venait de trouver quelque chose et il était certain que cette solution serait d'une grande aide pour son camarade. La solution avait, de plus, l'avantage de faire plaisir à Solal et de faire d'une pierre deux coups.

« Il a l'air agaçant ton père, j'trouve, il haussa les épaules. Tu sais, moi quand un truc m'énerve je pense que c'est mieux de m'en éloigner. Comme quand j'aime pas quelque chose, c'est mieux de m'en éloigner que d'y faire attention. Mais t'éloigner de ton père c'est un peu difficile, par contre si tu veux tu peux venir chez moi cet été ? Il demanda presque timidement, sans trop regarder son camarade. On pourra aller camper ? Ou jouer avec mes frères ? Puis il y a la forêt et on peut même aller se baigner dans un plan d'eau. Et en plus ton père sera pas là donc tu pourras te reposer, on est même pas obligés de tout le temps être ensemble si tu veux être tout seul parfois. Il marqua un temps d'hésitation, avant de relever les yeux vers le Poufsouffle. T'en dis quoi ? » C'était la première fois qu'il invitait quelqu'un chez lui et il ne savait pas comment ça se passerait, mais il était certain que ça leur ferait du bien à tous les deux —Solal voulait aussi pouvoir prendre des distances avec son propre père. Il attrapa ses parchemins et sa plume pour les ranger de nouveau dans son sac, il lui était difficile de rester immobile tant il était nerveux suite à cette invitation.

Tapis en Chef, 2ème année RP.

La bave du Crapaud n'atteint pas la swag colombe

Craignant de s'être un peu trop confié, Elian attendait avec un sentiment de malaise la réaction de Solal qui semblait en pleine réflexion. Cela n'avait jamais été dans ses habitudes d'impliquer autant quelqu'un dans sa vie, ni d'exprimer ce qu'il pouvait ressentir au fond de lui d'ailleurs. Finalement, une fois que l'on avait su exprimer avec exactitude ses sentiments, un poids semblait s'envoler directement comme un message accroché à une patte d'hibou, ne laissant qu'un vide un peu pressé de connaitre la suite. Qu'est-ce que pouvait bien faire le Serdaigle contre la pression qu'Elian ressentait sur ses épaules ? En tout cas, il avait su entendre et écouter son stress, et c'était déjà beaucoup pour le Poufsouffle qui avait pour coutume de tout garder pour lui.

Elian ne réagit même pas au reproche que Solal fit sur son père, c'était comme s'il était d'accord avec lui. Quelque temps plus tôt, il aurait au moins désapprouvé silencieusement ce jugement, mais il en était tout simplement incapable maintenant. La liste des choses dont il avait été privé par rapport aux autres enfants devenaient beaucoup trop grande pour ne plus y faire attention et la solution de Solal, celle de s'éloigner de son père pendant un instant, lui paraissait irréelle, inaccessible, mais si tentante. Alors lorsque son ami lui proposa une solution encore plus concrète, celle de passer du temps chez lui en compagnie avec sa famille, son sang ne fit qu'un tour. Solal n'avait pas besoin de continuer d'argumenter pour le convaincre, le cœur d'Elian avait déjà dit oui. Il le laissa quand même poursuivre ses efforts avec un petit sourire en coin et des yeux pétillants.


Le Poufsouffle saisit l'opportunité d'avoir récupéré le regard de Solal pour lui répondre avec une émotion non-dissimulée : « Tu sais, tu m'avais eu à "tu peux venir chez moi cet été"... Son visage s'était illuminé, comme s'il voyait enfin une raison de retrouver le sourire parmi toutes les injonctions qu'on lui imposait. « Je ne sais pas quoi dire, t'es vraiment génial. Qu'est-ce que j'ai hâte d'être en vacances maintenant ! » Il essuya d'un revers de manche la larme qui menaçait de tomber au coin de son œil. Même si la proposition de Solal ne l'étonnait pas vraiment, puisqu'ils avaient partagé tellement de choses depuis leur rencontre, c'était quand même quelque chose d'exprimer ouvertement sa confiance envers l'autre en l'invitant partager son quotidien. Un seul et même nuage semblait toutefois assombrir le tableau.

« Bien sûr il faudra que j'arrive à convaincre mon père de me laisser à ta famille, même s'il sait déjà un peu qui tu es grâce à mes lettres... Ses joues reprirent une teinte plus colorée. « Tu vois il m'arrive de parler d'autres choses qu'Eadric... se contredit-il. Elian attrapa sa plume, déchira un petit bout de parchemin, et tout en y griffonnant son adresse, s'adressa à Solal avec détermination : « On n'a qu'à s'écrire pour s'organiser cet été ! » Le Poufsouffle lui tendit le bout de parchemin, on ne peut plus satisfait de la tournure que prenait les événements, même s'il essayait de taire la petite voix qui lui disait que convaincre son père n'était pas gagné d'avance... Ce n'était pas le moment d'y penser cela dit, il voulait profiter du temps qu'ils leur restaient avant la fin de la journée. « Tu m'accompagnes voir Squib ? Je ferais mes devoirs plus tard... » Elian avait déjà rangé ses affaires, car son père ne pouvait pas être derrière lui lorsqu'il était avec Solal, il était exclu de leur amitié.

C'est toujours un plaisir de partager une plume avec toi ! A très bientôt T-)

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Ne croient pas encore

La bave du Crapaud n'atteint pas la swag colombe

Le visage du Serdaigle s'était illuminé dans le même temps que celui du Poufsouffle, dans ce qui semblait être un partage amical naturel. Il était content de pouvoir dire que la première invitation de sa vie s'était vue recevoir positivement. Bien entendu, tout n'était pas si simple : les enfants étaient limités par la volonté de leurs parents et M. Kernac'h ne semblait pas être des plus agréables, ni des plus permissifs. Il serait peut-être difficile pour Elian de venir chez Solal, mais le brun n'avait pas envie de penser à tout ça. Dans son imaginaire, ils se voyaient déjà jouer au chat perché dans la forêt, tenter de faire des cabanes dans la forêt avec des branches plus grandes qu'eux, profiter du beau temps, et peut-être même en apprendre davantage sur les plantes grâce à l'expertise du Poufsouffle. Il balaya avec force les doutes qui précédaient leurs potentielles vacances ; il voulait oublier le visage du père d'Elian —qu'il n'avait d'ailleurs jamais vu mais qu'il imaginait avec des traits beaucoup trop strictes et des lunettes au dessus desquelles il passait un regard calculateur. 
Et puis les propos de son ami l'avaient on ne peut plus touché. Il avait l'habitude d'être apprécié par ses camarades et pouvait compter à Poudlard de nombreux alliés, mais c'était tout autre chose chez Elian et tout autre chose de savoir qu'il avait même parlé de lui dans ses hiboux. Il sentit le haut de son corps se réchauffer dans une émotion qu'il ne connaissait pas, c'était agréable et il eut l'impression d'être aussi léger qu'un nuage. Il attrapa le parchemin d'Elian qu'il s'empressa de plier négligemment et de ranger dans sa poche en espérant ne pas le perdre. En glissant ses doigts dans sa poche presque nerveusement, il se fit la réflexion que ni ses parents ni ses frères n'étaient au courant de son plan et qu'ils avaient peut-être prévu d'autres choses, mais il était certain qu'ils comprendraient que la situation était on ne peut plus urgente : il s'agissait là de rendre heureux Elian, et cet objectif n'avait aucun autre égal aux yeux de Solal. À part peut-être quelque chose qui concernait les oiseaux mais c'était bien autre chose.

Ses affaires rangées et son sac sur l'épaule, il se releva en époussetant sa robe de sorcier. Il n'avait pas rendu visite à Squib depuis un moment, bien qu'il n'oserait pas l'avouer à son ami de peur de le vexer. Les journées à Poudlard étaient courtes et à chaque fois qu'il passait voir Squib, il se souvenait que Nuage n'était plus. Paix à son âme. Il se demandait si la séparation des deux plantes était prémonitoires et symboliques, peut-être qu'Elian allait s'éloigner de lui, un jour, et que Solal finirait seul —il ne lui vint pas à l'idée qu'il avait beaucoup d'autres amis et qu'il ne serait pas réellement seul. 
Il tendit sa main quelques secondes vers Elian pour l'aider à se redresser avant de la retirer aussitôt, comme s'il s'était fait la remarque qu'il n'avait pas à être si gentil avec le Poufsouffle. Lui-même ne comprenait pas cette douceur qui l'infiltrait dès qu'Elian était dans les parages, comme s'il manipulait quelque chose qui était sur le point de se casser.
« Oh Squib ! Il faudrait lui trouver un autre ami, j'espère qu'il se sent pas seul. Ah et, le parapluie.. » À coup de grands gestes et de mimiques exagérées, Solal entreprit de discuter du projet Au Sec, Squib.

Plaisir partagé, merci à toi encore une fois.  :grin: 

Tapis en Chef, 2ème année RP.