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Accord Mineur  LIBRE 

[ PRÉCÉDEMMENT ]

[ 3 DÉCEMBRE 2042 ]
Charlie, 13 ans.
2ème Année


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Ce foutu tabouret de piano était beaucoup trop dur. Ce n’était pas moi qui l’écrasait de mon poids, c’était bien lui qui m’écrasait les fesses. Je me demandais jusqu’à quel point il pouvait m’écraser comme ça, s’il avait une limite ou pas. Ma jambe gauche se balançait dans le vide, et à chacun de ses passages près du tabouret, je me sentais un peu plus aplatie ; comme oppressée par un levier infini. Mon regard était fixé sur cette porte qui me paraissait bien trop ridicule, bien trop fragile pour empêcher qui que ce soit de rentrer, même si je doutais que cette fille vienne réellement. *C’te sale…*. Un soupir m’échappa en irradiant un léger frissonnement de légèreté ; alors que je me rendais compte du poids de mon propre oxygène. *Presque*. Il était bientôt l’heure.

Depuis mon hibou de ce matin, j’avais eu beaucoup de mal à ne plus penser à cette soirée. Ça avait été insupportable. Je me rappelais qu'à l’instant même où j’arrivais à oublier ma lettre, n'importe quel mot ou pensée m'y refaisait penser soudainement. Comme si j’étais enfoncée jusqu’au ventre dans des sables mouvants, puis que le sommeil m’emportait pour mieux me bouleverser au réveil en gueulant : « Regarde ! T’es dans des sables mouvants ! Tu t’enfonces ! ATTENTION ! ». Et je me réveillais en sursaut, l'esprit suant.
Aujourd’hui, cette boucle s’était répétée tellement de fois que je commençais à m’y habituer. Et c'était dans cette boucle que se cachait cette fille aux cheveux si longs. *Harmonie… Bordel !*.

Je papillonnais des yeux en redécouvrant les couleurs qui me faisaient face ; la porte moisie et sa teinte marron-moche. *Oh, bon Dieu ! Encore une fois...*. Les sables mouvants venaient juste de me réveiller, avec leur sensibilité si dure et leur égoïsme dégoutant. Rassemblant des bribes de mon esprit, je tentais de me rappeler de ma dernière pensée avant de mettre endormie dans les sables.
Qu’est-ce que c’était, déjà ? Bon Dieu ! C’était quoi ?!
Je fermais les yeux tout en plaquant mes mains sur ma tronche. L’obscurité ne m’aidait pas, je n’avais plus aucun souvenir de cet avant-réveil. Ou plutôt cet avant-éveil, puisque je ne m’étais pas réellement endormie. Un éveil éveillé, c’était presque chiant à essayer de comprendre. Une boucle, voilà ce que c’était ; et cette fille allait venir me délivrer de cette foutue boucle. Elle avait intérêt à venir. *T’avais-promis-menteuse*. Je ne voulais pas imaginer le cas où elle ne viendrait pas. J’attendrais toute la nuit. Jusqu'à m’endormir réellement. J'attendrais.
Et demain, j’irais lui exploser sa petite gueule. *Oh ! Mais non ! NON !*. Mon esprit m’avait trahi, je ne voulais pas penser au cas où elle ne viendrait pas ! Je ne voulais pas y penser !
Mes paupières s’ouvrirent.

Presque collantes, ces paupières. Collantes d’attente. Je pouvais imaginer les stries du temps joindre mes cils supérieurs aux inférieurs, comme s'ils étaient témoins de cette porte qui se foutait de ma gueule avec sa couleur si terne. J’étais déjà en train de m’oublier parce que l’heure approchait, mes propres pensées n’étaient pas importantes lorsqu’Elle était là. *Elle*. Ah ouais, c’était comme ça que j’appelais cette Solwen. Ça m’était presque sorti du crâne alors que ça ne faisait que quelques jours. *Ouais*. Mes souvenirs n’étaient pas importants, je me préparais à la rencontrer ; j'étais bientôt prête. Son visage harmonieux était immobile dans ma tête, il manquait beaucoup de parties dans ses traits. Je n’arrivais pas à reproduire mentalement ce que mes yeux avaient capté la première fois. Peut-être que j’allais tenter de la dessiner cette fois-ci, pour garder son Harmonie avec moi ; pour essayer de comprendre comment est-ce qu’elle pouvait être si belle.
Juste garder une image ; le reste ne m’intéressait pas, je ne voulais pas savoir qui elle était, ni comment elle pensait. *Elle est pas v’nue toute la s’maine, pourquoi est-c’qu’elle viendrait ce soir ?*. Je ne voulais pas d’une menteuse.
Dernière modification par Charlie Rengan le 5 octobre 2018, 20 h 38, modifié 3 fois.

Que le Monde Meurt. Qu'il Crève pour ne laisser que Nous.

Accord Mineur  LIBRE 

3 Décembre 2042


*Vingt-deux heures vingt-cinq* Les minutes s'égrenaient, lentement, et moi j'attendais, vautrée sur mon lit, le regard fixé sur ma montre. Ce matin, j'avais reçu un nouveau hibou de l'Inconnue au Piano. Juste neuf petits mots, écrits sur un parchemin dix fois trop grand pour eux, qui me tournaient et retournaient dans la tête depuis que je les avais lu. J'avais dû parcourir trois ou quatre fois ces deux phrases pour enfin en accepter le sens. J'allais la revoir. Enfin ! Elle ne répondait pas vraiment à mon message, si ce n'est à la dernière phrase, mais je m'en fichais totalement. Elle m'avait donné rendez-vous, c'était tout ce qui comptait. Détachant mon regard des aiguilles du temps, je regardai Lyn, déjà endormie. Le son familier de sa respiration ralentie et profonde résonnait dans mes oreilles, et je tentai de caler la mienne dessus. Depuis que j'étais allongée dans le noir, je commençais seulement à réellement réaliser ce qu'impliquait son hibou, et si ma hâte l'avait emporté toute la journée, mon stress commençait à monter en puissance. Chaque nouvelle minute me rapprochait de ce que j'attendais depuis plusieurs semaines, mais maintenant que c'était à la limite d'arriver j'avais peur. Quelques jours plus tôt, je n'aurais eu qu'une envie : filer hors du dortoir et de me rendre devant sa porte, croiser de nouveau son regard émeraude. Là je craignais sa réaction à ma vue. Son premier hibou à mon intention n'était pas très encourageant. Mais l'envie de la revoir dépassait tout ça, je n'allais pas laisser tomber juste pour quelques mots, bien qu'ils aient été douloureux à lire. Nerveusement, je ressortis le papier de ma poche, le dépliai, avant de me rendre compte que malgré le clair de Lune qui pénétrait par la fenêtre, j'étais incapable de parcourir une nouvelle fois ses mots. Je soupirai, le repliai soigneusement d'une main, avant de le remettre à l'endroit qu'il venait de quitter. Si au début j'avais juste été contente de lire la date du rendez-vous -le soir même, autant dire seulement quelques heures à patienter, et non pas plusieurs jours comme je l'avais craint- je m'étais interrogée sur sa seconde phrase. Je ne comprenais pas la raison qui la poussait à refuser de me voir avant vingt-trois heures tapantes, mais il devait en avoir une. Forcément. Nouveau coup d’œil à ma montre, dont les aiguilles brillaient faiblement dans la nuit. *Trente-cinq* J'en avais marre d'être immobile à attendre, les minutes semblaient tellement lentes... Et cette boule dans le bas-ventre ne m'aidait pas à être calme. Nerveusement, je me mis à jouer avec l'ongle de mon annulaire, le faisant claquer avec celui de mon pouce. Je faisais souvent ça quand j'étais stressée, ça fatiguait beaucoup Maman qui détestait ce son "horripilant" comme elle aimait si bien le dire. Moi je l'aimais bien ce bruit sec.
N'y tenant plus, je balançai mes jambes sur le côté du lit. J'attrapai mon pull, l'enfilai nerveusement, puis jetai un regard à mon poignet. *Trente-huit* Parfait. J'inspirai profondément, puis j'expulsai l'air de mes poumons par la bouche, plusieurs fois. Mon dieu, j'étais hyper tendue. Je secouai mes mains, dans un vain geste pour détendre mes muscles. Le plus doucement possible pour ne pas déranger les filles, je me dirigeai vers l'escalier, avant de le descendre au pas de course. Courir m'aidait à réduire cette tension qui me nouait le ventre, et je luttai contre la tentation de rejoindre le deuxième étage à cette allure. Sauf que je serais carrément en avance si je cédais, et je n'avais pas vraiment envie d'attendre plantée devant sa porte plus longtemps qu'il ne le faudrait. Trouvant un compromis, j'avançai d'un pas rapide, quittant la salle commune.
En avance sur notre rendez-vous de quelques minutes, j'arrivai devant le panneau de bois. Est-ce qu'elle était déjà là ? M'attendait-elle de l'autre côté de cette porte ? J'en étais certaine. Je sentis mes jambes flageoler à la pensée du peu de distance qui nous séparait. Est ce que j'allais réussir à trouver le courage d'entrer ? Rien que poser ma main sur la poignée me semblait compliqué. J'essayai de calmer ma respiration, dans l'espoir d'apaiser le rythme de mon cœur qui me noyait les oreilles. Peut-être devrais-je faire un petit tour en courant, puis revenir ? Je regardai pour au moins la centième fois de la soirée le cadran de ma montre. Il ne me restait que trois minutes, trop peu pour que je puisse vraiment me calmer. De toute façon je ne sais même pas si j'aurais trouvé le courage de mettre un pied devant l'autre pour m'éloigner de cette salle. Nerveuse, je portai l'ongle de mon pouce gauche à ma bouche, espérant chasser la panique qui commençait à m'envahir, avant de me rappeler que je m'étais promis à mon arrivée à Poudlard de ne plus jamais me ronger les ongles. Je laissai retomber ma main, et fis un pas peu assuré sur la gauche. Une fois le premier fait, les autres suivirent plus rapidement, et je me mis à tourner en rond devant la porte. *Plus qu'une minute* J'avais eu tellement hâte de voir les aiguilles afficher une heure avant minuit, maintenant j'avais peur. J'aurais voulu avoir juste quelques minutes de plus devant moi. Juste une ou deux. J'avançai finalement vers la porte, puis tendis la main au-dessus de la poignée, à quelques centimètres de la toucher. Je restai comme ça quelques instants, incapable de me résoudre à la poser. La trotteuse pointa le douze. *Vingt-trois heures* Je reculai brusquement mes doigts, comme si je m'étais brûlée. Mal à l'aise, je dissimulai mes deux mains dans les manches amples de mon pull. *Un. Inspire. Deux. Expire. Trois. Vas-y !* Je ne me laissai pas le temps d'hésiter, j'enfonçai la poignée d'un coup. Impossible de reculer. Je fixai mes doigts crispés dissimulés par le tissu. Mon dieu je l'avais fait. De la main gauche, je toquai, avant de pousser sur la porte *Totalement archaïque comme ordre Solwen, on toque avant normalement...* J'inspirai tellement fort que ma respiration se bloqua. Je manquai de m'étouffer avec mon air.
Timidement, je passai la tête par l’entrebâillement. Elle était là. Elle était vraiment là, assise sur le tabouret du piano. Juste en face de moi. Mon cœur eut un raté, et il redémarra douloureusement, chaque battement me déchirant le torse. Combien de fois l'avais-je imaginée dans cette pièce depuis quelques semaines ? Des milliers. Sauf que cette fois elle était vraiment là, en chair et en os. Pas une simple projection de mon esprit. Non, j'aurais été incapable de remettre autant de détail à son visage, je n'avais pas réussi à en mémoriser assez. Je poussai un peu plus sur mon bras droit, ouvrant le battant juste assez pour que je puisse me glisser dans l'espace entre la porte et le mur. Je refermai doucement la porte sans la regarder, mon regard rivé sur Elle, sentant sa surface rassurante derrière moi. Lentement je détachai mes doigts du bois, avant de tirer nerveusement sur mes manches, torturant le tissu dans lequel étaient cachées mes mains. J'ouvris la bouche, mais elle était complètement sèche à cause de la peur. Je me léchai les lèvres, m'éclaircis la gorge, puis lâchai un "Salut" tellement discret que je ne sais même pas si le son avait porté jusqu'à elle. Mes lèvres se séparèrent de nouveau. Je voulais ajouter un truc, mais mes pensées s'embrouillaient, se mêlaient, indissociables. J'aurais voulu lui dire que j'étais désolée de ne pas avoir pu la retrouver plus tôt, que j'étais contente de la revoir. Et même qu'elle m'avait manqué. *Euh ça non en fait* Ce n'était peut-être pas une bonne idée de sortir quelque chose de ce genre à une fille que l'on a vu une fois dans sa vie. Et pourtant c'était la réalité, quelque part elle m'avait vraiment manqué. *C'est complètement débile* Impossible même. Alors je n'ajoutai rien. Un mot, c'était déjà pas trop mal.
Dernière modification par Solwen Estendle le 25 septembre 2018, 18 h 00, modifié 1 fois.

"En vérité, tout le monde vous fera souffrir. Il suffit juste de trouver ceux qui en valent la peine" Bob Marley
“C'est le temps que tu as perdu pour ta rose qui fait ta rose si importante.” - Le Petit Prince

Accord Mineur  LIBRE 

Mon carnet des Autres était posé bien trop en évidence sur mon sac, par terre ; à quelques centimètres de moi. Plus tard, je déchirerais une feuille pour tenter de la dessiner, Elle. Ça faisait tellement de temps que je n’avais plus dessiné, l'analyse des formes et des couleurs cannibales me manquait. *Ouais, elles bouffent tout c’tes couleurs*. Les nuances s’attaquent entre elles pour faire briller leurs propres éclats en étouffant les autres ; les nuances sont violentes et assassines, elles n’ont aucune pitié.
Je me demandais encore comment elles s'étaient débrouillées pour ne pas disparaître du monde, ces foutues couleurs. Je me rappelais qu’avec Papa, on essayait de reproduire les différentes batailles de ces nuances sur des feuilles A4. Quand j'observais bien, je me rendais compte qu'une petite pomme pouvait briller de plein de fresques guerrières. *Belles*. Je détournais le regard de mon carnet, alors mon ventre gueulait pour être rempli. En ce moment, je ne l’aurais pas dessinée, cette pomme ; je l’aurais plutôt bien bouffée.

La porte marron-moche était toujours plantée là, accrochée pour une éternité toute relative si je me décidais de la défoncer. *’me péterais la main*. Si grande pour ma petite taille, si petite pour ma grande attente. Finalement, la seule utilité de ce battant était d’éviter de me faire engueuler par les tableaux du couloir. C’était déjà ça.
D’un geste ample, je m’étirais le dos en passant mes bras au-dessus de mon crâne. Je n’avais plus l’habitude de m’asseoir toute droite sans pouvoir appuyer mes bras ou mon dos. Ma colonne vertébrale craqua étrangement.
Tout en reposant mes mains sur mes cuisses, je commençais à étirer mon cou pour péter la douleur de mon dos. *Tss…*. Je ne voulais surtout pas m’entrainer à la Magie le temps qu’elle arrive. J’avais décidé qu’elle devait me voir assise sur le tabouret du piano, alors ça serait comme ça. J’attendrais, sans regarder l’heure ; je ne voulais pas m’énerver.

La montre que j’avais emprunté pour cette nuit était dans mon sac, bien au fond pour que je ne sois pas tentée. J’étais arrivée vers vingt-deux heures trente, et ça commençait déjà à faire trop long.

Et si Elle était devenue moche ? *Impossible*. Est-ce qu'il n’y avait que son visage et ses cheveux qui étaient beaux ? *Que…*. Je ne voyais pas d'autre partie qui pouvait être belle en Elle. Elle était déjà Parfaite, elle n’avait besoin de rien. Un picotement dans ma paume droite me fit baisser la tête. Scrutant ma peau, je ne voyais rien ; mais je ressentais un truc bizarre. C’était comme si des insectes creusaient de l’intérieur de ma paume pour remonter à la surface. Mais ce n’était pas douloureux. C’était même plutôt agréable. Ma tête se redressa en direction de la porte immobile ; sans âme, sans sens. La poignée explosa.
Ma poitrine sursauta brusquement. Tout mon corps se tendit. Et mes muscles se figèrent avec force.
Je fixais cette poignée descendue, écrasée par un Invisible. Je ne m’étais pas levée, mais ma main droite était appuyée contre ma baguette. Je fronçais les sourcils. Depuis quand avais-je le réflexe de mettre ma main sur mon arme ?

Toc. Toc.

Des petits bruits secs, ridicules ; la tension de mon corps m'avait failli faire exploser de rire. *Toi*. Je savais que c’était Solwen, ça ne pouvait être qu’Elle. Ça ne devait être qu’Elle.
La porte-dont-je-ne-voyais-plus-la-couleur s’ouvrit doucement. *Bon Dieu !*. J’avais oublié mon corps crispé et ma main serrée ! Expirant tout l’air de mes poumons trop petits, je replaçais mes doigts sur mes cuisses en tirant sur mon dos pour le garder bien droit et dur. L’obscurité de l’entrebâillement nargua le temps pendant deux secondes, avant d’abandonner son jeu débile. *Bordel*. Elle était là. C’était Elle.
Et mon esprit se jeta dessus.

Ce Saphir. *C’était ça !*. Ses yeux avaient exactement la même couleur que le saphir le plus pur, celui qui vient juste d’être découvert après de longues années de formation dans les profondeurs du monde. Saphir, c’était tout ce que je voyais. Et je me demandais comment j’avais fait pour oublier Sa couleur. Comment est-ce que j'avais osé penser qu'elle pouvait être moche ? Même à cette distance, ses yeux brillaient ; les stries de son regard pendaient en face de moi, découverts. Bordel, que c’était beau. *Arrête de bouger !*. Pourquoi est-ce qu’elle bougeait ?!

J’arrachais la beauté de ma vue pour couper les jambes de cette Solwen avec mon regard. Je ne voulais plus qu’Elle bouge. Elle devait me laisser la regarder ! *Arrête !*.
Mon regard attaquait chacun de ses mouvements comme si je pouvais les arrêter par ma volonté. Au bout de trois secondes, je compris la raison de ses mouvements : elle était en train de refermer la porte. Pour ne pas perdre ma concentration, je plantais mon regard sur son ventre caché qui me servais de support d'esprit. J’étais en train de mémoriser les nuances que j’avais vues dans ses yeux. C’était la plus belle guerre de nuances que j’avais vue de toute ma vie. J’en avais connu d’autres, de sublimes guerres, mais je préférais de loin celle de Solwen, parce qu’Elle ne me faisait pas de mal.
Mon regard remontait le long de son ventre pas intéressant, mais d’autres mouvements attirèrent mon attention. Mes yeux dérivaient sur ses mains ; cachées. *Mais…*. La blancheur de sa peau était cachée. C’était son visage ou ses mains qui étaient d’une blancheur parfaitement dure ? Je ne savais plus. Ma tête se pencha légèrement.
Je voulais déchirer l’espèce de tissu qui m’empêchait de La regarder. Ce tissu qui se tordait dans tous les sens, et qui paraissait si vivant dans sa mort. Il cachait sa peau, sa Perfection en lui donnant l’aspect d’un monstre pour éloigner les Autres. *J’suis seule !*. Ouais, et je n’étais pas une vulgaire Autre.
J'étais bloquée. Ce tissu qui se tortillait ne me libérait pas de sa prison ; il était fascinant, lui aussi. Mais je le détestais. *Qu’est-ce qu’t’as ?*. Pourquoi est-ce qu’Elle torturait son habit ? *Arrête…*. Je détestais ça. *Je…*. Bon Dieu, je me rendais compte que je détestais ça à un point incroyable. Et plus je regardais le monstre d’en-dessous-le-tissu ; plus ma Haine me torturait de l’intérieur. J’étais le tissu de ma Haine, et elle s’amusait à se foutre de ma gueule. *Pas ce soir*.

Je clignais rapidement des yeux, qui étaient aussi secs que douloureux. Ma tête se baissa en direction du sol. J’entendis un bruit, comme un murmure. Peut-être que c’était Sa voix. *Pourquoi tu fais ça ?*. L’image de Ses mains sous le tissu ne voulait pas quitter mon crâne. Je devais agir, même si je n’en avais pas envie. Tout ce que je voulais, c’était Regarder son Harmonie.

Mon buste se tourna lentement vers le piano, sans bouger mes jambes. D’un coup d’œil, je vis une lettre mal pliée, jetée sur le piano comme une mauvaise herbe sans importance. Tirant sur les muscles de mon dos, j’allongeais mon bras pour attraper le parchemin ; Son parchemin. *Bien…*. Le regard de Solwen était fort, je le sentais sur mes mouvements, comme un voile tout léger sur ma peau. Ce voile n’avait pas de température, ni de consistance ; il était seulement là. Et j’acceptais qu’il soit là, sur moi.
J’ouvrais le parchemin lentement sans regarder son contenu, et je le repliais correctement ; en deux. J’essayais de faire ça avec délicatesse, presque trop doucement. C’était fait exprès. Ce soir, je voulais l’entendre parler, Elle. J’oubliais presque qu’Elle n’avait pas tenu sa promesse, cette menteuse. *Tss…*.
Mes traits se durcirent.

J’ai pas lu ton… je me raclais la gorge, ma voix n’était vraiment pas belle ; quelle voix avait-Elle, déjà ? Ta lettre, déclarais-je en ne quittant pas du regard son parchemin soigneusement plié.

J’avais menti puisque j’en avais lu quelques phrases, mais mon petit mensonge n’était rien à côté de l’énormité du sien. Je redressais mon dos qui s’était à nouveau courbé tout seul. Ma gorge était mal réveillée, alors je la raclais encore une fois en essayant de le faire avec le moins de bruit possible.
Ma main se posa sur son parchemin en le tapotant doucement. J’ajoutais d’un ton neutre :

Tu voulais m’dire quelque chose ?

Après une seconde d’hésitation, je relevais ma tête vers Elle.
Son Saphir était là, avec sa guerre. Si je me concentrais, j'étais certaine de pouvoir assister à des batailles Parfaites. *Plus tard*. Je réussis à dévier mon regard vers ses cheveux. *Oh…*. Sa Chevelure. Comment j’appelais cette beauté, déjà ? *Fa... Cri...*
Je ne me rappelais plus, je ne voulais pas me rappeler ; mon corps et mon esprit n’étaient pas importants.

La Regarder, c’était tout ce que je voulais.

Pendant que Ses longues vagues brillaient d'un seul éclat.

Que le Monde Meurt. Qu'il Crève pour ne laisser que Nous.

Accord Mineur  LIBRE 

Pas un bonjour, ni une parole en retour. *T'as parlé trop doucement* Dans le silence qui nous entourait, elle m'observait, et je ne me privais pas d'en faire de même. Ça faisait vraiment bizarre de la revoir, et à un moment je me demandai même si je n'avais pas fini par m'assoupir, en attendant L'heure. Mais pas sûr que nos retrouvailles se seraient passées de cette manière si nous avions été dans un de mes songes. J'aurais été incapable de la visualiser aussi parfaitement dans son entièreté, incapable d'imaginer la sensation de ma respiration qui se bloquait à chaque inspiration, tant sa présence dans cette pièce -devenue familière au fil des jours- m'impressionnait . Elle était droite comme un i sur son siège, et bien loin d'être aussi stressée que moi. *Comment tu fais ?*
Son regard finit par dériver, et plonger vers le sol. Je n'arrivais pas à savoir si j'étais contente qu'elle ait cessé de me fixer aussi intensément, ou déçue parce que quelque part je voulais qu'elle continue, pour pouvoir observer l'émeraude de ses yeux. Ça devrait être interdit d'avoir des yeux aussi hypnotisants. Ils noyaient le reste de son visage dans leur intensité. D'habitude je n'aimais pas vraiment le vert, excepté celui si pur des plantes. Mais là, impossible de ne pas aimer cette nuance si complexe qui colorait son regard.
D'une torsion, elle se tourna doucement vers le piano. Je ne cherchais même pas à savoir pourquoi, mes yeux étaient accrochés à elle. J'essayais de mémoriser le maximum de détails de son être, ses cheveux si lisses retenus en une simple queue de cheval, sa posture, la nuance de sa peau. Je voulais pouvoir l'avoir elle en tête quand mes pensées dérivaient dans sa direction, et non pas une inconnue à moitié reconstituée par mon esprit. *Relax, elle ne va pas disparaître. Arrête de la regarder. Un* Ses cheveux d'un noir de jais, la forme de son visage légèrement ovale. *Deux*  Sa silhouette, dissimulée par sa robe. *Trois. Stop* Je détournai sèchement le regard, me concentrant sur le parchemin qu'elle venait d'ouvrir. Elle le replia presque immédiatement, avec soin. Pas sûr qu'elle ait eu le temps d'en lire grand chose. Ne résistant pas à la tentation, j'observai rapidement son visage. Elle était tendue. *Qu'est ce qu'il se passe ?* J'avais l'impression qu'elle était en colère, ou du moins énervée. Mais ce n'était qu'une impression non ? J'étais là maintenant, et j'étais arrivée à l'heure comme elle me l'avait demandé. Elle ne me regardait toujours pas quand ses lèvres s'ouvrirent pour parler. Sa voix était rauque, mais elle se l'éclaircit avant de continuer. 

Elle n'avait pas lu ma lettre. 

*Je... Quoi ? Pourquoi ?* Je sentis mes épaules s'affaisser, et je cessai tout net de triturer mes manches. Est-ce que j'avais fait quelque chose qui n'allait pas ? Surement oui, en temps normal on lisait son courrier quand on avait. Où est-ce que j'avais bien pu merder alors ? Je n'avais rien fait du tout si ce n'est répondre à un hibou. Sauf qu'elle n'avait même pas lu ma réponse. Donc théoriquement je n'avais rien pu faire de mal. Théoriquement. Elle tapota mon parchemin, puis me demanda si je voulais lui dire quelque chose. Je laissais s'écouler quelques secondes, incapable de parler. Son regard retrouva le mien. Je crois que si elle ne m'avait pas regardée je n'aurais pas eu la force de sortir un mot. J'occultai complètement sa seconde phrase, toujours choquée et déçue par la première.

- Tu... Tu n'as pas lu ma lettre ?

Je sentis ma voix se briser sur le dernier mot. Pourquoi est ce qu'elle me demandait si je voulais lui dire un truc, si elle n'avait même pas pris la peine de lire ce que je lui avais écrit ? Le principal était là, tracé noir sur blanc ! *Calme toi* Ouais, je n'en savais pas assez pour m'énerver. Je ne savais rien de ce qui aurait pu la pousser à ne pas lire mes mots. Si ça se trouve elle n'avait pas vu mon parchemin avant. *Impossible, elle t'a renvoyé un hibou pour te donner le rendez-vous, elle l'a forcément vu* L'incohérence me sauta au visage. Comment pouvait-elle m'avoir communiqué un moment pour que l'on se voit si elle n'avait pas lu un seul mot de ma lettre ? Comment avait-elle pu savoir que je voulais la revoir ? Ça ne tenait pas debout. Je ne comprenais plus rien. 
Chassant tout ça dans un coin de ma tête, je me retrouvai plus proche d'elle. Je ne me souvenais même pas d'avoir avancé. Qu'est ce qui m'avait pris ? Reculer aurait paru débile, alors je restai à ma place. D'une main tremblante, je remontai mes manches. Elle n'avait pas lu, ma lettre ? Okay, bah j'allais recommencer en face à face alors. Je savais très bien ce que je lui avais écrit, il ne me manquait qu'une seule chose. Je portai ma main à ma poche arrière gauche, et en sorti un parchemin abîmé. Son hibou. Je le dépliai, et le tins à deux doigts devant moi, mon bras droit barrant mon torse. Je relevai les yeux vers elle. "Ton hibou" Lorsque je baissai mon regard vers son parchemin, je vis que ma main tremblait. *Putain* Impossible de lire comme ça... Je coinçai mon bras gauche sous l'autre, endiguant ses tremblements, Ses mots toujours bien serrés dans ma main. De toute façon, je les connaissais presque par cœur, avec un peu de courage je n'en aurais pas trop besoin. Je m'éclaircis nerveusement la gorge. "Donc..." *Wahou beau début Solwen* Difficile de parler avec le stress. Je basculai mon poids sur mes pointes de pieds, avant de le ramener sur mes talons. On inspire, c'est reparti. "Dans ma lettre, je te disais que tu te trompais. Je ne me fiche pas de ton prénom, ni de qui tu es. Tu me traites de menteuse... Le mot avait encore du mal à passer. Mais c'est faux, je te jure que j'ai tenu ma promesse. Je suis revenue tous les jours, pendant plusieurs semaines, mais tu n'étais jamais là en même temps que moi." Si au début j'avais réussi à maintenir un volume sonore à peu près correct, il s'était fortement dégradé sur les derniers mots. Heureusement que je n'avais pas autant de mal à aligner quelques phrases devant Lyn. Je me forçai à respirer calmement. Mon rythme cardiaque était monté en flèche, et je sentais d'ici mes joues irradier de chaleur. Mais je préférais ne pas sortir décroiser mes bras pour vérifier leur température, de peur de les voir trembler de nouveau. Alors je recommençai à basculer le poids de mon corps d'avant en arrière.

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“C'est le temps que tu as perdu pour ta rose qui fait ta rose si importante.” - Le Petit Prince

Accord Mineur  LIBRE 

Ses longues vagues n’étaient pas des vagues normales. Elles n’étaient pas un océan, elles ne coulaient pas et ne me coulaient pas dedans non plus. Ses vagues n’étaient pas liquides, je ne pouvais pas plonger dedans et m'y noyer ; je pouvais les regarder en marchant dessus, pas dedans. Ses vagues étaient solides, comme de la terre. *C’est ça*. C’était des vagues de terre, sans horizon. Des formes allongées en longues courbes comme des vagues. De sublimes vagues que je pouvais contempler : opaques, présentes, fermes. Rien ne coulait, je ne glissais pas. Je ne faisais que me tenir ici, sur Ses vagues Parfaitement dures qui brillaient d’un seul éclat.

Ses vagues bougèrent d’une houle descendante, je gravais chaque détail de Ses textures et nuances dans mon crâne. *Si j’te propose de t’dessiner ?*. Peut-être que je lui proposerais, comme ça je pourrais lui montrer ce que ça faisait d’attendre longtemps qu’une chose arrive ; j’allais l’obliger à rester immobile au moins une heure, autant pour prendre mon temps à dessiner que pour bouffer sa patience. « Tu... ». Mon regard vrilla vers sa bouche.

De petites lèvres bougeaient en désaccord, presque crissant dans le silence allongeant ; et finissant par mourir tristement. Je n’aimais pas voir ses lèvres cassées, c’était la partie la moins belle de sa Perfection. Ouais, je venais de le remarquer : sa bouche m’éloignait de sa beauté. *Bizarre…*. Sa bouche me servait à revenir à moi, à ne plus la voir telle qu’elle était : une Perfection. Sa bouche cassait sa beauté ; ou plutôt la cachait égoïstement. Puisque j’étais sûre que si je posais mon regard sur n’importe quelle autre partie de son Harmonie, j’allais être expulsée de mon crâne pour La regarder. Peut-être que je l'aimais bien, finalement, cette cassure de Ses lèvres.
J’allais ouvrir la bouche quand elle fit un pas vers moi, Elle. Mes yeux volèrent vers les siens, et je me sentis expulsée de moi-même.

La terre de Saphir, longue et impénétrable. Pourtant, je savais que je pouvais la toucher et même m’allonger dessus, mais je n’arriverais pas à la transpercer ; j’en étais sûre. C’était impossible, Elle se protégeait trop. Mon regard dériva vers ses mouvements, encore une fois. Je pouvais presque entendre le frottement du tissu contre Sa peau, le grattement des fibres les unes contre les autres et le temps qui s'enraillait de secondes en trop ; et sa peau apparut. *B…*. De longs doigts blancs. Blancheur si dure, bien plus ferme que la terre de son Saphir. *C’est…*. C’était une peau magnifique, inimitable. Bordel.
Je me demandais comment j’arriverais à reproduire la nuance de sa blancheur sur la couleur trop moche de mon carnet — une sorte de beige terne et impraticable. Je n’arriverais pas à retrouver la même nuance. *J’veux la même peau*. J’aimerais tellement lui arracher sa surface pour me la coller.
Ses doigts s'agitaient en laissant des traces de beauté, et ils disparurent dans son dos. Mes yeux clignèrent plusieurs fois pour essayer de ne pas perdre ma concentration d’observation ; j’essayais d’imaginer Sa blancheur se déplacer à travers son dos, mais je me rendais compte que je n’y arrivais pas. J’avais déjà oublié la nuance exacte de sa p… *Ah voilà !*. Ses doigts étaient réapparus. *Oh non...*. Et ils tenaient une horreur.

Mon parchemin.

Elle allait me le balancer à la gueule ? *Peut-être*. J'étais prête à utiliser ma baguette. Pourtant, tout ce que je voyais se résumait au séisme de ses pores. Mon regard était plaqué contre mon parchemin, mais j’avais l’impression que Ses doigts tremblaient. « Ton hibou ». *J’sais… Et… OH !*. Elle n’allait pas oser lire ma lettre quand même ?! *Non. Juste m’répondre*. Si sa bouche osait s’ouvrir pour relire mes mots…
Dans un coin de ma conscience, je vis les dents toutes jaunes de ma Haine me sourire.
Non. Elle n’osera pas.

Donc... déclara-t-elle en s’arrêtant tout aussi brusquement. Mon regard se déplaça de quelques centimètres vers Ses doigts tout blancs. Je m’étais trompée, ils ne tremblaient pas. *Continue !*. « Dans ma lettre, je te disais que tu te trompais ». *Quoi ?!*. Ma conscience se souleva, et j’aime la sentir se soulever ; parce que je savais que ma Haine resterait cachée. Dans mon crâne, il n’y avait la place que pour ma colère, parce qu’Elle était en face de moi. Alors que si j’avais fini son hibou hier soir, ça aurait été ma Haine qui se serait soulevée et qui aurait tout détruit.

Je ne me fiche pas de ton prénom, ni de qui tu es, continua-t-elle en articulant bizarrement. *Je…*. Mes yeux volèrent vers sa bouche, seule cassure de son Elle. « Tu me traites de menteuse... ». *C’est c’que t’es*. Ses lèvres étaient de plus en plus lentes, comme embourbées par une foutue masse que je ne pouvais pas voir et qu’Elle me cachait. « Mais c'est faux, je te jure que j'ai tenu ma promesse ». *Tu… Tu vas arrêter d’m…*. Ma pensée se coupa avec la suite de ses notes discordantes : « Je suis revenue tous les jours, pendant plusieurs semaines, mais tu n'étais jamais là en même temps que moi ». *Qu’est-ce…*. Sa voix était faible, ses lèvres s’étaient encore cassées et, bon Dieu, que j’aimais les voir se péter la gueule.
Mon dos me tirait bizarrement, comme si j’avais une barre de fer à la place de la colonne vertébrale ; alors je tirais encore plus fort sur cette barre pour me tenir la plus droite possible. *Pas en même temps tu dis ?*. Elle se foutait totalement de ma gueule, et je ne savais pas pourquoi elle faisait ça. Je baissais la tête vers son parchemin que je tenais sous mes doigts. Si je le déchirais, ça la pousserait peut-être à enfin me dire la vérité ? *J’en veux pas*. Sa vérité qui devait sûrement être liée à l’oubli ne m’intéressait pas.

Délicatement, je pris son parchemin entre mes doigts et je tordis mon dos en deux pour atteindre le sol. Dans un mouvement tout aussi lent, je posais sa lettre par terre, et je la fis glisser sur la roche pour l’éloigner de moi ; sur ma gauche. Le crissement de la poussière sur le parchemin ressemblait beaucoup au son de ma plume quand j’écrivais dessus. Au fond, ce n’était pas très différent : j’écrivais de la poussière.
Je me redressais tranquillement, aussi droite qu’une batte. Et je jetais mon regard dans le sien. Je voulais qu’elle ressente toute la force de ma bouche articulée :

Tu mens mal, grosse menteuse.

J’avais durci ma voix, et j'étais fière de mon intonation. *Encore*. La cassure de ses lèvres était d’une telle beauté dans sa mocheté que j’en étais intriguée. C’était bizarre de trouver une telle mocheté dans son Harmonie, alors, je m’accrochais à ce truc moche, presque désespérément, parce que c’était la seule partie d’Elle qui me faisait penser à moi.

Je me préparais à me jeter sur sa bouche.

Allez, parle !

PARLE !
Dernière modification par Charlie Rengan le 9 octobre 2018, 3 h 09, modifié 1 fois.

Que le Monde Meurt. Qu'il Crève pour ne laisser que Nous.

Accord Mineur  LIBRE 

Son visage ne trahissait aucune émotion. C'était le néant complet, je ne pouvais rien lire sur ses traits. Et c'était stressant. Pourquoi est ce que j'avais l'impression d'avoir parlé dans le vide ? Elle n'avait eu pas de réaction suite à mes paroles, à croire qu'elle ne m'avait même pas écoutée. Pourquoi m'avoir demandé de venir si elle s'en fichait de ce que j'avais à lui dire ? Elle se tenait parfaitement droite, c'en devenait encore plus intimidant. *Parle, dis quelque chose s'il te plaît* Le silence était pesant, étouffant. Son regard se baissa, pour observer le parchemin qu'elle tenait encore dans la main. *Qu'est ce que c'est ?* Elle se pencha doucement, et le posa par terre, avant de le pousser, le faisant glisser sur le sol. Je le regardai, mon esprit empli de questions sans réponse. Je ne savais pas ce qu'elle manigançait, je tentais de saisir le sens de ses gestes, mais rien ne me venait. *Arrête de jouer, réponds moi !* Après ce qui me sembla une éternité, elle finit par se redresser, son dos retrouvant sa raideur. Elle était impressionnante comme ça. Son regard émeraude se plongea dans le mien, et elle ouvrit enfin la bouche. "Tu mens mal*Quoi ?* "Grosse menteuse" *Ça recommence* Je cru que mes genoux allaient me laisser me casser la gueule. Ces mots, écrits, m'avaient vraiment blessée. Mais l'entendre me le dire, en face, ses yeux dans les miens, sa voix d'une dureté cruelle, c'était infiniment plus douloureux. Elle se rendait compte que j'avais eu du mal à lui sortir tout ça ? Que je ne disais jamais autant de mots à quelqu'un que je connaissais à peine ? Ça ne se voyait pas que j'étais sincère ? Elle pensait vraiment que j'avais... menti ? Mais j'avais une tête à ne raconter que des mensonges ? *Elle ne te fait pas confiance* Pourquoi ? Qu'est ce que j'avais fait pour qu'elle refuse de me croire ? Qu'elle m'ait traitée de menteuse la première fois, je ne le prenais pas très bien, mais quelque part je pouvais comprendre. Mais là ? Je reculai, mon dos cognant contre la porte. Je m'en fichais de m'éloigner d'elle juste après m'être approchée, j'aurais limite voulu pouvoir mettre plus de distance entre nous, même si ç'aurait été ridicule. *T'es sérieuse ?* "T'es sérieuse ?" Tiens c'était sorti. C'était bien l'une des premières fois que je disais quelque chose que je venais de penser, sans filtre. Je ne savais pas ce qui prédominait dans mon cœur. J'étais déçue, bien plus que suite à sa lettre, triste, mais j'étais aussi énervée. Comment pouvait-elle oser me sortir cette horreur sans ne rien savoir ? Et dire que je pensais qu'elle serait contente de me revoir, qu'elle avait attendu autant que moi ce moment... Mon dieu que j'avais été naïve. Visiblement on ne pensait pas la même chose. En même temps, j'avais été tellement bête de la laisser prendre une telle importance dans mes pensées après seulement quelques minutes ensemble. Je m'en voulais. Je lui en voulais aussi, mais moins qu'à moi. Sous le coup de l'émotion, je laissai complètement couler mes mots, exactement comme ils me venaient, comme je les pensais, sans tenter de les retenir.  

- Comment tu peux me dire ça ? Si je m'en foutais réellement de toi, tu crois que je serais venue ? Et ça m'avancerait à quoi de te mentir, tu peux m'expliquer ? Non tu peux pas, parce qu'il n'y a aucune raison. Je ne sais pas pourquoi tu t'es mis si profondément dans la tête que je te mentais, mais c'est faux, mon dieu, c'est faux ! Tu peux comprendre ça ? Que tu t'es trompée ? Que j'avais vraiment envie de te revoir ? Pourquoi tu ne veux pas envisager la possibilité que ce soit vrai ?

Ma voix était peu à peu montée dans les aigus, mes mots étranglés dans ma gorge. Je devais avoir l'air totalement hystérique. J'avais commencé poussée par la colère, le besoin de lui faire voir qu'elle ne comprenait pas, mais ma rancœur avait refoulé au fur et à mesure que mes mots sortaient, ne laissant plus que la tristesse. J'avais toujours été incapable de m'énerver. Quand j'étais en colère et que je me disputai avec quelqu'un, je passais tout de suite de la fureur à l'envie de pleurer, de m'excuser de m'être emportée. Cette fois-ci ne fit pas exception, j'avais dit ce que j'avais à dire, je n'étais plus énervée. Mais j'avais envie de pleurer. Et ça c'était juste pas possible, je ne voulais pas qu'elle me voit comme ça. Impossible d'être crédible si je me mettais à pleurer. Je ne voulais pas qu'elle ait pitié, je voulais qu'elle m'explique franchement ce qui n'allait pas. Je serrai fort mes bras contre mon torse, mes ongles sauvagement plantés dans ma peau. Je détournai mon regard de ses émeraudes, le plantant dans la fenêtre. Inspiration. Expiration. *Merde ça coule*  Je me mordis la langue, lui dissimulant le côté gauche de mon visage, où mon œil avait débordé. *T'es une vraie pleureuse Solwen, fais un effort et retiens toi* Il n'y aurait que celle là, je ne voulais pas qu'Elle me prenne pour une chialeuse en plus de croire que j'étais une menteuse. Fallait que je pense à un truc heureux, un truc qui m'aiderait à retrouver une vue nette, pas brouillée par les larmes. Je fermai quelques instants les paupières. Maman en train de rigoler à une blague de Papa. Je ne savais même plus ce qu'il avait dit, mais elle rayonnait, elle était magnifique. Un sourire pointa sur mes lèvres. Je rouvris les yeux, libérant mon regard. *C'est bon* J'étais de nouveau calme. Pour le moment en tout cas. Je redressai la tête, tendant mon dos. Puis je plongeai une nouvelle fois mes yeux dans les siens. *Je t'écoute*

"En vérité, tout le monde vous fera souffrir. Il suffit juste de trouver ceux qui en valent la peine" Bob Marley
“C'est le temps que tu as perdu pour ta rose qui fait ta rose si importante.” - Le Petit Prince

Accord Mineur  LIBRE 

Mes belles griffes étaient sorties, et elles trônaient parfaitement sur mes ongles, me donnant presque l’impression qu’elles avaient fusionné. Je ressemblais un peu à un monstre comme ça, avec ce mélange de griffes et d'ongles ; mais j’aimais bien, puisque j'étais la seule à pouvoir les voir. J’aimais entendre le crissement de mes griffes sur les lèvres d’Elle, les mettre en lambeaux pour admirer à quel point ils pouvaient pendre de son visage, se pendre de son Harmonie. En dehors de la magie, mon corps avait un certain côté magique : je me créais ces griffes et je les utilisais contre Elle. C’était moi qui provoquais sa voix cassante et sa bouche pétée ; j’aimais beaucoup cette magie sans baguette.
Pourtant, j’avais l’impression que cette magie était foutrement moins prévisible que celle avec une baguette. Je ne comprenais pas ce que je venais de voir : les lèvres d’Elle ne se cassèrent pas, et ne s’écroulèrent pas, elles disparurent brusquement. Mon esprit s’écarquilla, mais mes paupières ne suivirent pas le mouvement.

J’avais aperçu la torsion de Sa bouche juste avant sa disparition, et j'avais reconnu cette foutue torsion.
Ma conscience se décala.

Toute ma focalisation disparue, elle s'était faite avalée. Je ne voyais plus rien à part le néant si plein, et il m’avalait lui aussi. Je sentais ses lèvres me mastiquer le crâne, ses dents s’enfoncer dans la chair de mon esprit. *BORDEL !*. J’étais bloquée ! Je ne pouvais plus rien faire ! Et les dents se serraient, faisant gicler un sang noir sur mon sol d'esprit.
Le sol du néant était foutrement noir, mais le sang qui coulait dessus l’était encore plus. Des stries charbons se séparaient en continuant à couler, à maculer mon crâne ; et j’entendis un choc.
Le sol sursauta d’un unique spasme. *MAINTENANT !*. De toutes mes forces, j’attaquais mes paupières pour les fermer. Toutes les nuances de noir se firent fracasser par une seule.
Noir.
Le noir de mon intérieur.
J’avais réussi.

La fermeture fut tellement silencieuse que je ne l’entendis même pas ; comme si elle n’avait jamais existé dans le domaine du son. Mais ma respiration était atrocement bruyante, chaque expiration m’écrasait le crâne un peu plus, pendant que chaque inspiration me prévenait que la prochaine expiration serait encore plus douloureuse. Je ne pouvais toujours pas bouger, même dans tout ce noir uni ; alors que je m’arrachais la peau dans mon esprit.
Je n’entendais plus que moi sans comprendre pourquoi je détestais tant ça. Je ne comprenais rien. Où est-ce que j’étais ?

T'es sérieuse ?

*T’ES-SÉRIEUSE*. Mes paupières m’attaquaient ! Elles m’écrasaient les yeux ! *ARRÊT… AAAH !*. Mes yeux allaient éclater ! Ça appuyait si fort que j’allais en perdre la vue ! Je sentais la déformation de mes globes, je sentais le sang s’agglutiner dans mon vert, je sentais que mon corps me détestait ; et pour une fois, j’étais certaine qu’il me voulait vraiment du mal. JE SAVAIS MIEUX QUE LUI ! JE NE DEVAIS PAS OUVRIR LES YEUX ! *’DOIS PAS !*. IL NE VOULAIT PAS M’ÉCOUTER ! JE LE DÉTESTAIS !
Et il me faisait beaucoup trop mal.

J’abandonnais.

À l’instant même où le claquement de mes paupières ouvrit mon regard, tous les autres sons moururent. Ils avaient tous fermé leurs gueules. Je n’entendais plus rien. Le néant était de retour, mais cette fois-ci il était vide. Foutrement vide. L’espace était unique et mon regard ne cillait pas. Mon regard était fixé, et ne bougerait pas, je le savais déjà. Dans mes yeux, il n’y avait que ces formes et cette couleur. Je me rappelais de ce que c’était, bordel. Maintenant, je savais ; même si j'étais toujours aussi perdue. Ces formes ne prenaient pas de place, elles étaient La place. Ces formes ne tuaient pas tout, puisqu’elles m’avaient déjà Tuée. Ces foutus Orbes Noirs.

Je les voyais, ces Orbes, plaqués contre la roche, projetés par mes mots ; ma foutue bouche brisée. *Je… J…*. Ouais, c’était ma propre bouche qui se cassait la gueule, et je sentais mes fesses écrasées par ma chute. Je n’arrivais pas à bouger, assise comme une trainée sur une surface trop dure. Il n’y avait que les doigts de ma main droite que j’entendais bouger, ils serraient un tissu en le torturant ; mon avant-bras me faisait mal, j’avais l’impression que c’était de la pierre. Je mettais beaucoup de forces dans cette main. *J’ai…*. Je voulais me lever, et sentir mes talons contre la roche. Mais c’était impossible. Les Orbes me tétanisaient, ils étaient si Noirs. Si beaux, si grands, si… Ils tournoyaient de Trop. Pourquoi est-ce qu’ils me regardaient si fort ?! Pourquoi tant de colère et de tristesse en même temps ?!
Je tremblais. De Haine et du reste. OÙ EST-CE QUE J’ÉTAIS ?!

Comment tu peux me dire ça ? Je coupais ma respiration silencieuse. Silence. Mes muscles contractés à l'extrême pour essayer d’arrêter mes tremblements.
*Arrête…*. Je n’osais pas bouger d’un seul millimètre. Le silence était fort et il s’allongeait dans son temps. Les Orbes avaient parlé, et j’étais hypnotisée. Seuls eux comptaient. Silence. Mes poumons me faisaient tellement mal qu'ils me donnaient l’impression de s’écraser sur eux-mêmes. Je voulais disparaître, ne plus exister face à ces Orbes. Je voulais qu’ils se rendent compte que je n’étais rien et qu’ils me laissent tranquille. Je voulais ne plus les voir aussi scintillants, sans aucune trace de poussière, alors que ça faisait si longtemps. Je voulais que ces Orbes ferment leur gueule pour toujours. Mais ils étaient déçus, ces Orbes. Ils m’en voulaient, ces Orbes. Ils me voulaient du mal. « Si je m'en foutais réellement de toi, tu crois que je serais venue ? ». Je contractais mes muscles encore plus fort. *T’es jamais revenue !*. Silence. Mon corps ne devait faire aucun bruit. *J’t’ai-toujours-répondu-t’es-jamais-revenue !*. Mon sang bouillonnait en tremblant. Mais j’avais tellement peur de ces Orbes que je n’osais rien faire : surtout parler. Silence. Silence absolu de ma bouche et mon corps.
*OH !*. Dans mon crâne, du sang noir coulait. Je ne l’avais même pas remarqué ! Il était revenu : tellement liquide et pénétrant. J’étais foutue. La danse si lente des Orbes me faisait déjà mal, ses dents me tenaillaient déjà ma cervelle, alors qu’ils ne s’étaient même pas mis en colère. J'entendais que les Orbes étaient encore foutrement calmes. « Et ça m'avancerait à quoi de te mentir, tu peux m'expliquer ? ». Je devenais de la pierre, chaque partie de mon corps se solidifiait de mes forces ; j’allais bientôt plus avoir la moindre miette d’énergie. Mes veines se gonflaient de Haine. *Tu joues avec moi !*. Non ! Je devais calmer ma conscience, me calmer de toutes mes forces. Les Orbes m’entendaient même dans mon crâne, j’en étais sûre. Silence. Je devais fermer ma grande gueule ! « Non tu peux pas, parce qu'il n'y a aucune raison ». Je n’avais plus de souffle, je manquais d’air. Mes poumons s’étouffaient, devenaient minuscules, aussi petits que deux miettes. Les Orbes venaient de parler si doucement que j’en étais effrayée. Je les observais, le corps à découvert. Leur mouvement imperceptible, ralentissant comme un prédateur. Ils étaient prêts à attaquer, je le sentais. *Aucune raison*. Si, il y avait une raison : ils s'étaient moqués de moi. Et s’ils n’avaient pas été ces Orbes, ces moqueries ne m’auraient jamais rien fait ; mais c’était les Orbes qui se moquaient de moi, et ça, c’était insupportable.
Trop de lenteur dans ses mots. Trop de langueur dans sa couleur. Les Orbes Noirs étaient immobiles, alors qu’ils étaient en mouvement depuis le début. Ils s’étaient arrêtés. Silence. Et mon corps s’était arrêté avec. Je ne tarderais pas à exploser ; je voulais disparaître. Tout était trop silencieux.

Une seconde. Une éternité.

Les Orbes m’attaquèrent violemment.

Je ne sais pas pourquoi tu t'es mis si profondément dans la tête que je te mentais, mais c'est faux, mon dieu, c'est faux ! *AAH !*. Je voulais lever les bras pour me protéger le visage, mais j’étais bloquée ! Les Orbes se déchainaient ! *Oh bon Dieu !*. Ils grandissaient, prenaient une taille monumentale. S’étiraient pour mieux s’agglutiner. Les particules Noires se rentraient les unes dans les autres, et d’autres naissaient, grossissaient. C’était horrible. C’était infini. La tornade de Noir me léchait le visage de sa langue écorchée, et ma peau s’envolait en morceaux. *J'TE DÉTESTE !*. Mon tissu hurla dans ma main droite. Et à part ces doigts-là, mon corps était pétrifié. La sculpture des Orbes hurlait aussi, et me balafrait l’ouïe ; je sentais mes oreilles siffler dans le rugissement du Noir. Noir. Le silence était mort, déchiqueté par Son hurlement. Et Ses questions se plantèrent dans mon cœur saignant de Noir : « Tu peux comprendre ça ? Que tu t'es trompée ? Que j'avais vraiment envie de te revoir ? ». *NON !*. Elle n’avait jamais voulu me revoir ! Elle n’était pas revenue à l’infirmerie ! Elle ne répondait pas à mes lettres ! *TU MENS SALE TRAINÉE DE MERDE !*.
Les Orbes ne hurlaient plus, c’était moi qui hurlais ; et je m’étais explosé la gueule. Ma respiration était revenue, et chaque passage d’air dans ma gorge me découpait l’œsophage. *T’as jamais voulu m’revoir…*. Les Orbes étaient fixes, et ils coulaient. *Tu…*. Les Orbes me coulaient dedans et je sentis mon cœur redémarrer. *Alor'qu'j’ai voulu*. Les Orbes me regardaient, et le silence nous observait. Le sang Noir ne coulait plus en moi, mais en Eux ; les Orbes coulaient si fort, et s’étouffaient en gargouillements. *Je…*. J’avais envie de toucher les Orbes, mais je me sentais ridicule. Je ne bougeais pas puisque je ne voulais pas, et non plus par obligation. « Pourquoi tu ne veux pas envisager la possibilité que ce soit vrai ? ». Ma mâchoire se desserra, et la douleur qu’elle m’offrit fut parfaite. Toutes mes dents pulsaient de vie. *J’aimerais tellement*. Tout mon corps se désintégrait de vie, mais je ne bougeais toujours pas. Ma poitrine frémit d’une douceur folle. Un picotement dans ma paume droite se déclencha si brusquement que ma tête quitta les Orbes pour voler vers cette pique.

Ce n’était pas un picotement agréable du tout, celui-là était foutrement horrible. Ma paume me donnait l’impression de se déchirer. Je tournai ma main, et je vis la trace des Orbes sur mon index. *Pardon… Pardon !*. J’entendis un écoulement d’eau juste au-dessus de ma tête, mon cou craqua vers le plafond. Il n’y avait rien sur ces roches, rien du tout. Ma bouche se tordit contre ma volonté. Une odeur explosa dans mes narines, c’était la sueur de l’humidité. *Je… Oh…*. Mes yeux commençaient à piquer. Un éclat s’écrasa contre mon esprit ; je tournais brusquement la tête vers ma gauche, m’attendant à trouver l'éclat d'une armure brillante. Rien. Il n’y avait rien à part les roches et une fenêtre, rien du tout.
Mes traits se tordaient, et ma respiration l’accélérait.
Je n’avais plus mal aux poumons, mais une nouvelle douleur dansait dans ma poitrine.

*Les Orbes !*. Ma tête pivota d’un coup vers Eux.
Ils me regardaient, ils me transperçaient, ils me déchiraient. Ils étaient si tristes, ces Orbes. Tant de chagrins, dans ces Orbes. Mes yeux débordaient, et mes lèvres tremblaient. *Pardon… J’te d'mande de m’pardonner même si c’est d’ta faute*. Ils disparaissaient, ces Orbes. *Pardon !*. Se rétrécissant aussi vite que lentement. Les stries de Noirs s’avalant l’une l’autre, le silence accompagnant leur suicide égoïste. *REVIENS ! J’M’EXCUSE !*. Ils ne m’écoutaient plus, ces Orbes. Ils disparaissaient sans gêne. Ils me trouaient la poitrine, ils me laissaient saigner, à mon tour. Un sanglot lacéra mon visage, et mes larmes coulèrent brusquement. Les particules de Noirs étaient si petites, maintenant. Si inoffensives, si douloureuses. Tirant sur toute ma volonté, je poussais sur mes jambes pour me lever. Je fis un pas, et mes muscles me lâchèrent.
La douleur dans mes genoux éclata dans mon esprit ; et me brouilla encore plus la vue. J'étais agenouillée, mon dos se courba. *Reviens Aelle*. Je coulais, je me noyais. Un brusque hoquet de larmes me secoua. De mes doigts, je tentais d’essuyer mes flots aveuglants ; mais je tremblais trop. *Bordel*. J’avais si mal à la poitrine. C’était horrible.

Horrible.

Je ne voulais plus subir la mort de ces Orbes Noirs charbon. Je ne voulais plus rien. Je baissais la tête pour enfouir mon visage dans mes mains. Je ne voulais plus.
Ma tête tressautait de mes sanglots, et je détestais ça. Ça coulait si fort, cette eau me cramait. Je serrais mes doigts trempés contre mon visage, enfonçant mes ongles dans ma peau. Ma bouche tremblante et ouverte laissait couler un long filet de salive. Je n’arrivais pas à la refermer.

Je me détestais de la détester, et je ne savais toujours pas où j’étais. Tout ce qui était réel en cet instant, c’était mon flot qui coulait à travers ma bouche trop Noire.

Que le Monde Meurt. Qu'il Crève pour ne laisser que Nous.

Accord Mineur  LIBRE 

Un instant plus tôt, elle était assise droite sur son siège, immobile. L'instant suivant, elle était par terre, les mains cachant son visage. Je l'avais vue quitter son assise, puis s'écrouler d'un coup, ses genoux heurtant durement le sol, le corps secoué par les sanglots. Qu'est ce qu'il s'était passé ? Je restai plusieurs secondes tétanisée, incapable de comprendre la cause de ce soudain changement d'émotion. Est-ce que c'était mes mots qui lui avaient fait ça ? Non, non c'était pas possible. Impossible que j'ai pu la faire pleurer. Elle semblait tellement forte et sûre d'elle. Pourtant, comment expliquer ses pleurs si ils n'étaient pas à cause de moi ? Je savais très bien qu'il y avait une grosse différence entre l'être et le paraître. C'était tellement facile de faire semblant d'être heureuse, d'aller bien, d'être forte. 
Ma respiration se saccada. J'en étais sûre maintenant, c'était de ma faute. Je foirais vraiment tout avec elle putain. Je n'étais plus très assurée sur mes jambes quand je m'approchai d'elle, comme si mes pieds avaient oublié comment on marchait droit sans se casser la gueule. Je m'accroupis, avant de me laisser basculer en avant, mes genoux cognant contre le sol de pierre, tout près des siens. Qu'est-ce que j'étais censée faire ? Comment l'aider ? La voir dans cet état me faisait vraiment mal au cœur, je m'en voulais affreusement. J'aurais donné beaucoup de choses pour qu'elle soit de nouveau sur ce tabouret, le dos plus droit que celui d'une professeur de ballet. Je me sentais d'une impuissance monstre. Elle n'était pas juste en train de sangloter, elle pleurait comme j'avais rarement vu quelqu'un pleurer. La dernière personne que j'avais vu dans cet état c'était Maman. Je la revoyais encore devant moi, à laisser couler toutes les larmes de son corps dans les bras de Papa. J'avais haï voir son visage se tordre comme ça. Mais au moins elle, elle avait Papa et moi avec elle pour la réconforter. Alors qu'Elle, elle n'avait personne. Je n'étais même pas sûre qu'elle ait envie que je la réconforte. Mais je ne pouvais pas la laisser comme ça, la grimace de ses traits était dure à supporter. J'avais mal pour elle, sa tristesse me noyait le cœur. Comment est-ce qu'on avait pu en arriver là ? A quel moment est ce qu'on avait basculé ? 

J'hésitais. Je me revis en face d'Emy, hurlant de toute la puissance de ses poumons, à s'en casser les cordes vocales, pleurant toutes les larmes de son corps. J'avais essayé de la calmer, de la serrer contre moi, mais je m'étais fait rejeter avec une violence qui me faisait encore mal quand j'y repensais, même plus d'un an après. Mes paumes avaient gardé les marques de notre dispute. Il fallait savoir qu'elles étaient là pour remarquer les blanches cicatrices qui me striaient les mains. Moi je ne voyais plus que ça. Quand je regardais mes paumes c'était ce qui me sautait aux yeux, ce qui me hurlait à la face "t'as merdé, t'as été incapable de la protéger". Cette fois, peut-être que j'y arriverais. Je ne pouvais pas la laisser comme ça, sans rien faire, ç'aurait été plus qu'inhumain. Je tendis une main tremblante vers elle, m'arrêtant à quelques centimètres de son enveloppe corporelle. "Casse-toi d’ici avant d’devoir ramasser tes ch’veux à la pelle." C'était les premiers mots qu'elle m'avait adressé. Juste après m'avoir balancé un livre. Je nous y revoyait parfaitement. Mais après ça c'était bien passé, elle n'allait pas me frapper là, si ? Quoi que, elle en serait peut-être capable. Après tout, qu'est-ce que je pouvais me venter de savoir d'elle ? Pas grand chose, si ce n'est rien. Même pas son prénom. Mais je n'avais rien à perdre.
J'approchai mes doigts tremblants de sa tempe. Je stoppai ma respiration. J'avais peur, je ne savais même pas ce que je faisais. Mais je le faisais. Alors je me laissai guider. Maladroitement je remis quelques cheveux derrière son oreille. "Ne pleure pas s'il te plaît... Je m'excuse, ne pleure pas" Ses larmes m'étaient insupportables. C'était comme si elles me noyaient aussi, comme si Elle arrivait à me transmettre sa tristesse sans le vouloir. J'étais engloutie entre culpabilité et chagrin. Éclair. Un mouchoir, il lui fallait un mouchoir. Je récupérais un petit emballage dans ma poche, contenant un unique morceau de doux papier. J'avais toujours des mouchoirs sur moi en hiver, la base de la base quand il faisait froid. Comme quoi, c'était bien utile. Je posai doucement le paquet sur ses genoux. "Tiens, si tu veux te moucher" J'aurais bien dégagé moi même ses mains de son visage inondé, mais je craignais qu'elle ne le prenne pas bien, que ce soit aller trop loin. 
D'un coup, je ne sais pas ce qu'il me prit, mais je me penchai vers elle. J'ouvris les bras, et je la serrai contre moi, les poings serrés très fort posés contre dans son dos. "Ne me tape pas s'il te plaît" J'avais à peine murmuré ces mots, la voix cassée devant sa détresse. Je voulais à tout prix faire cesser ses larmes, mais quelque part, j'avais aussi terriblement peur de sa réaction. J'avais peur qu'elle n'apprécie pas que je l'ai touchée sans son autorisation. Mais j'avais agit sur un coup de tête, parce que c'était ce qui me semblait le plus approprié à faire, même si ce n'était peut-être pas le plus intelligent. Trop tard pour reculer de toute manière. Je fermai très fort les yeux. *Ne me tape pas, ne me tape pas, ne me tape pas. S'il te plaît*

"En vérité, tout le monde vous fera souffrir. Il suffit juste de trouver ceux qui en valent la peine" Bob Marley
“C'est le temps que tu as perdu pour ta rose qui fait ta rose si importante.” - Le Petit Prince

Accord Mineur  LIBRE 

Noire de Noir. Charlie se métamorphosait en nuance dans ce clapotis si sombre. Plic. Enfonçant ses ongles pointus dans sa peau trop sombre. Plic. Ses ongles s’allongeaient à l’intérieur de sa chair, la transperçant comme une simple croûte. Plic. Ils étaient comme d’énormes aiguilles trifouillant son esprit sans gêne. Plic. C’était des sabres qui perçaient chaotiquement ses peurs. Plic. Des peurs qui étaient pleines de flots. Plic. Qui l’éventraient dans son eau. Plic. Plic.

*Je…*. Le Noir des Orbes crissait dans sa conscience, et tout son visage était tordu de douleur. Elle ne voulait plus penser à la fille des sous-sols, elle s’était promis. *Menteuse*. Mais ses pensées étaient totalement dirigées vers elle.
Les doigts de Charlie se serrèrent plus fort, entrechoquant les lames d’ongles dans son crâne. Elle se demandait si la fille des sous-sols était encore dans le château, et si elle trouverait le courage d'aller la frapper. Un sanglot courba encore plus l’échine de la gryffone. L’envie de la frapper écrasait le cœur de Charlie. Une déferlante d’émotions se succédait sans prendre le temps de respirer, la Rouge et Or était en apnée. Chagrinée. Et ses doigts continuaient à s’enfoncer. *Sale menteuse*.

Elle essayait de toutes ses forces de détruire la douleur de sa poitrine par le hurlement de sa chair ; se créant un carcan autour du crâne à l’aide de ses doigts. Elle aimerait faire exploser son cerveau en miettes, et devoir les ramasser une par une sans la moindre sensibilité. Elle aimerait être froide lorsque le Noir la brûlait. Elle aimerait s’endormir lorsque son cœur s’éveillait. Elle aimerait beaucoup, mais se demandait bien plus. Ses questions pulsaient sans réponses et faisaient battre son palpitant, pendant que son visage caché saignait abondamment les fracas du temps. Un hoquet brisé secoua le corps de Charlie, et son corps fut secoué de plusieurs frissons.
Un.
Deux.
Trois.
Ses ongles glissaient sur la chaleur de ses larmes, presque imperceptiblement. Doucement, et tristement. Ses avant-bras étaient envahis de larmes chaotiques, traçant de longs ruisseaux qui finissaient par se jeter au nouveau de ses coudes.
Son esprit coulait de la même façon, toutes les structures se faisaient balloter par les vagues déferlantes et menaçaient de s’écraser sourdement ; ce doux tremblement d’eau écrasait ses sens, et le clapotis intérieur rappellerait presque les gémissements d’une cataracte.

Charlie se trouvait au centre d’un Océan, sans se demander si la moindre parcelle de Terre pouvait être visible d’ici. Pourtant, la Terre était proche : elle s’échouait déjà face à la Rouge et Or. Pour une fois, c’était la Terre qui se déplaçait pour nager au secours. Prise en peine, cette Terre, face à tout cet Océan invisible. Pour l’instant, la Terre ne se rendait pas compte de la présence étourdissante de l’Océan. Certes. Pour l’instant, la Terre volait au secours de Charlie, et c’était déjà trop.

Quelques mèches récalcitrantes ne voulaient jamais s’attacher autour de l’élastique bleu de la gryffone, alors Solwen utilisa cette faille pour en remettre une à sa place : derrière une oreille qui représentait un ancrage bien plus accessible que l’élastique-tout-bleu inatteignable. La Terre toucha Charlie et son Océan, culbutant le monde de sa présence. « Ne pleure pas s'il te plaît... ». Tout le Noir se figea. Le silence trop pesant s’alourdit de quelques onces. Le bout de Terre grinçait sur la peau de Charlie, craquelant la surface de l’Océan trop égoïste.
L’Océan ne voulait personne, l’Océan devait être seul pour balloter. « Je m'excuse, ne pleure pas ». *Bordel*. La trappe du monde se dilata.

L’esprit de la Rouge et Or vrilla en s’écroulant avec langueur, les particules de Noir n’étaient plus soumises à sa pesanteur ; sa conscience se désaxa horriblement. Plic. Ultime goutte, et l’Océan se vida brusquement.

*HARMONIE !*. Les flots de Charlie se coupèrent, et ses ongles se décrispèrent. *BON DIEU !*. Les paupières écrasées s’ouvrirent avec brusquerie, et le regard de la gryffone se retrouvait obstrué par ses propres doigts. *TU M’AS PAS VUE !*. Elle espérait que ce soit un rêve, et que Solwen n’était pas là. Mais ce doigt crissant contre sa tempe était bien trop réel.
Une autre envie de pleurer envahit la Rouge et Or, violente, mais bien différente de la précédente. Celle-ci était aiguë, aussi perçante qu’un sentiment de trahison. Trahison d’elle-même ou de Solwen ? L’esprit de Charlie n’arrivait pas à se décider, pendant que sa conscience s’en étouffait. Sa respiration s’accéléra dans une recherche d’oxygène. *Non ! Casse-toi !*. Son dos se courba encore plus que possible, et ses mains s’articulèrent pour cacher une plus grande partie de son visage.
La Bleu et Bronze l’avait vu pleurer horriblement. *Non…*. La bouche de la gryffone se referma, et sa mâchoire se serra à s’en faire grincer les dents. *Y’avais qu’toi harmonie alors…*. Elle se maudissait d’être tombée dans le piège des Orbes, sans compréhension, sans résistance. *Bordel y’avais qu’toi !*. Ses pensées envers la fille des sous-sols s’envolèrent d’abandon. Le corps de Charlie ressentait une colère aussi sourde que la honte. Honteuse, rougie par la fureur, elle essuya ses yeux discrètement en agitant ses petits doigts.

Tiens, si tu veux te moucher.

Un poids alourdit son genou, et ajouta une lourdeur atroce à sa honte perçante. La Rouge et Or se sentait humiliée par les Orbes, autant qu’elle se sentait misérable face à Solwen. De nombreuses idées giclaient dans son intimité, et une flopée de pensées s’entrechoquaient. *Tu parles comme elle*. Cette pensée était plus forte que les autres, mais elle restait un fantôme face à la honte ressentie.
À travers ses doigts, Charlie aperçut le bout d’une pochette contenant un mouchoir. Sa mâchoire s’enfonça dans sa bouche. *Oh bon Dieu…*. La honte se transformait en montagne, écrasant sans pitié le corps de la gryffone. Elle en tremblait presque ; sa fureur encore tapie dans ses veines, mais tellement bouillonnante de présence. À l’instant où sa main droite allait quitter son visage pour frapper ce paquet trop lourd – trop blanc – elle sentit le poids de son corps s’alourdir soudainement.
Deux pieux enfoncés dans son dos. *Que…*. Sa poitrine écrasée, son cou à l’étroit, son visage touché par des cheveux trop lourds. *QUOI ?!*. Solwen l’avait prise dans ses bras.

Les bras de la Rouge et Or étaient broyés entre sa poitrine et celle de la Bleu et Bronze, bloquant l’irrigation du sang jusque ses doigts chaotiquement placés sur son visage. Les yeux de la gryffone menaçaient de s’échapper sous la pression, écarquillés à l’extrême, choqués de cette étreinte. *Tape*. Deux blocs de pierre dans le dos, émoussant sa colère. *Pas*. Un ton cassé, brisé d’empathie ; caressant sa honte. *S’te-plait*. Le corps tiré et étiré vers celui de Solwen. Le regard de Charlie était planté en face, contre un mur trop gris ; terne à en crever. Elle ne voyait plus cette fille qu’elle trouvait si belle, mais la ressentait contre son corps. L’étonnement la paralysait, l’esprit gelé, la conscience froide. Son corps lui envoyait des signaux de douleur. *Mais…*. Ses doigts palpaient son propre visage étouffé, ressentaient la caresse des cheveux Parfaits.
Dans son champ de vision, Charlie voyait parfaitement les cheveux de Solwen, mais ne plantait pas son regard dessus.

*Lâche-moi !*. Brusquement. Un sentiment gonfla dans les artères de la gryffone, détruisant toutes les anciennes pensées, et enterrant toutes les futures. Elle ne réfléchissait plus. Elle étouffait. Son corps hurlait.

T’as… sa bouche se coupa et elle déglutit. Sa voix était rocailleuse, presque aussi lourde que la montagne qui l’écrasait. Son buste gonflait en concert avec sa gorge saturée. Trop de mots se bousculaient, s’entretuaient. Le rouge envahissait le regard de la Rouge et Or. Sa bouche s’ouvrait et se refermait, comme si elle était en recherche d’oxygène. « E… ». Ses cuisses se contractaient, sa mâchoire se déchirait. Son corps entier était prêt à attaquer, mais sa bouche s’ouvrit juste avant : « Lâche-moi-tout-d’suite-harmonie ! ».

La voix dure et montagneuse. La mâchoire serrée et rocailleuse. L’esprit de Charlie frappait de saturation.

Tout se mélangeait, et le moindre fait pouvait tout changer.

Que le Monde Meurt. Qu'il Crève pour ne laisser que Nous.

Accord Mineur  LIBRE 

Je la sentais tendue entre mes bras. Mal à l'aise peut-être. Ce n'était vraiment pas une bonne idée de l'avoir touchée sans son accord. Je ne savais même pas ce qu'il m'avait pris. Mais voyons le bon côté des choses, elle n'avait pas levé la main sur moi, ce qui en soi était déjà une victoire. En tout cas, pour le moment elle ne l'avait pas fait. J'hésitais à la lâcher. J'avais la désagréable impression de la gêner, mais une petite voix dans ma tête espérait qu'elle apprécie mon geste malgré tout. Alors j'attendis, contrôlant ma respiration pour ne pas la déranger, attendant qu'elle me fasse signe. Je n'eus pas à patienter très longtemps. Sa voix me parvint de tout près. C'était vraiment étrange. J'en ressentais le moindre tremblement, qui résonnait en vibrant dans ma poitrine. C'était assez perturbant comme moyen de l'entendre, j'avais l'impression que sa voix entrait en moi. Un peu comme lorsque Papa écoutait sa musique un peu trop fort et que les basses se répercutaient dans mon corps, le faisant pulser douloureusement. 
Elle hésita plusieurs fois, ne formulant que des mots sans leur donner de suite, la voix rauque. J'attendis, anxieuse. Peut-être que je venais de tout gâcher, peut-être qu'elle m'en voulait à mort et qu'elle se retenait de me hurler dessus. Mais qu'est-ce que j'aurais pu faire d'autre ? Ses pleurs étaient juste horribles, insupportables. Humainement, ma décision avait forcément été la bonne. Mais j'avais un peu l'impression qu'en ce moment elle n'en avait que faire du "humainement". Pendant un minuscule instant, je cru qu'elle allait finalement me frapper lorsque je la sentis se contracter. Mais à la place de son poing, ce fut sa voix qui me frappa. "Lâche-moi-tout-d’suite-harmonie !" *Aïe* J'en étais certaine maintenant, elle n'avait pas apprécié. Doucement, je me forçai à décrisper mes poings, devenus douloureux. Puis je la lâchai, écartant brusquement mes bras de son corps, redressant mon dos en même temps. Je regardai son visage, si proche du mien. Bien plus proche que ce que je ne m'autorisais avec les autres d'habitude. Il était crispé, les muscles de sa mâchoire contractés. Je m'étais toujours demandé comment faisaient les gens pour serrer leurs dents au point qu'on puisse voir le muscle sous la peau. Moi ça me faisait mal. 
Je basculai d'un coup mon poids en arrière, pour me redresser sur la pointe de mes pieds, en position accroupie. Manquant de tomber en arrière à cause de la brusquerie de mon geste, je me relevai brusquement, avant de reculer d'un pas, à la fois pour me stabiliser, et m'éloigner d'elle, histoire de lui laisser de la place pour respirer. Je ne tenais pas à lui imposer ma présence, et nous serions plus à l'aise pour parler en étant un peu éloignées. Je ne supportais pas d'être collée à quelqu'un lors d'une discussion, c'était presque gênant d'être aussi proche. A la rigueur, avec Lyn ça passait, quand on était assises tellement collées que nos épaules se touchaient. Ça ça allait. Mais c'était tout.
Je m'assis à genoux, à un bon mètre d'elle, les mains sagement coincées entre mes cuisses. Mon regard faisait des vas et viens entre son visage et le mur derrière elle. J'étais un peu gênée d'avoir agi comme je l'avais fait. Je décoinçais une de mes mains, recalai un mèche de cheveux derrière mon oreille, avant de retourner à ma position initiale. J'avais vraiment l'impression de tout rater avec elle. D'abord elle ne croyait pas à ma promesse, me traitant de menteuse, puis je la faisais pleurer en m'emportant. Et enfin Ça. Je laissai échapper un soupir.

Ça va mieux ?

C'était sorti tout seul. J'avais besoin de savoir si elle allait bien. 
En entendant le son de ma propre voix, le dernier mot qu'elle avait prononcé me revint d'un coup, sa voix le hurlant dans mon esprit, comme pour me reprocher de ne pas y avoir prêté attention plus tôt. *Harmonie...* Elle m'avait déjà appelée comme ça la première fois que nous nous étions vues, j'en étais certaine. Et cette fois-là, elle m'avait également demandé de m'éloigner d'elle, si mes souvenirs étaient justes. Mais malgré ça, je ne pus retenir un sourire. J'aimais bien ce mot.

"En vérité, tout le monde vous fera souffrir. Il suffit juste de trouver ceux qui en valent la peine" Bob Marley
“C'est le temps que tu as perdu pour ta rose qui fait ta rose si importante.” - Le Petit Prince