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 RPG+  Myriade de Sens

Solitude


La fillette tremble de tout son Être. Seule. Elle est seule dans l'Obscurité. Une Obscurité choisie et acceptée, mais toujours aussi Terrifiante. Sa main cherche à tâtons le bois dur du lit. Le trouve. L'attrape en le serrant de toutes ses forces, et y reste cramponnée une dizaine de secondes avant de prendre appui sur lui pour se relever, en tendant une main hésitante devant elle.

Idée Idiote


Oui, c'est une Idée Idiote. Plus d'hésitations maintenant. Idiotie Suprême. Mais qu'elle a pourtant choisi elle même. Décidée après une longue réflexion. Une Idée Idiote essentielle pour qu'elle continue d'Avancer dans la Lumière sans avoir peur du Noir.

Cette Pensée aussi Idiote que l'Idée qu'elle est en train de mettre en oeuvre la fait sourire. Elle n'a pas peur du noir. Pas peur de la nuit. Au contraire, ça la rassure bien plus que la journée emplie du vacarme des Autres. Mais elle Pense là au Noir, au vrai Noir, à l'Obscurité du Coeur et de l'Esprit plus qu'à celle du Monde et des Yeux.


J'suis perdue !


Elle a peur. Elle voit plus rien, et c'est pas normal. Son coeur se met à battre à une allure impossible alors que son Esprit lutte pour rester calme parce que lui, il Sait bien ce qu'il se passe. Dans un Instant de Panique, les mains de la seconde année se placent devant son visage et s'y emboitent parfaitement, comme si elle allait Pleurer, comme si c'était encore une enfant.

C'est toujours une Enfant, quelque part. Bien au fond de son Coeur et de son Âme, la lueur de l'Enfance brille toujours. Mais l'Obscurité, le Doute et la Réalité ont empli tout le reste. Tout l'espace Libre en elle.

Ça fait peur. Mais c'est obligé, nécessaire. Elle veut Savoir. Savoir ce que ça fait, Savoir comment Survivre ainsi.


Putain Qiong, c'que t'es courageuse !


Elle l'a connait pas, l'Aveugle. Nan, elle la connait pas. Elle est même pas v'nue à la première épreuve, elle savait quasiment rien d'elle. Et d'toute façon, elle s'en foutait. Elle était pas encore comme maintenant.

Et puis elle l'a entraperçue, ce jour là. Elle était au milieu de la Foule et des Autres, et puis elle Observait le Tournoi. Et c'était là qu'elle l'avait Vu. La fille. La chinoise. Ils avaient pas menti, les Autres, cette fois. Elle était bien Aveugle.


Comment tu fais ?!


Ce Souvenir persistait. Douloureux, Interrogatif. Elle n'avait rien à voir avec Qiong, avec cette fille au Destin grand et Impossible à Atteindre, et pourtant l'Incompréhension grandissait.

Comment ? Comment on pouvait Vivre sans rien voir ? Sans ses yeux, sans pouvoir être sûr de ce qu'il y a autour de nous ? Comment ?

La jeune sorcière en était Incapable. Ça, c'était une Certitude. La seule dans cette affaire et cette Question, d'ailleurs. Et pourtant, cette Autre le faisait. Et ça ne l'empêchait pas d'être Sage.


J'étais obligée.


Oui, elle était obligée d'essayer. Obligée de laisser ses paupières se refermer. Obligée, si elle ne voulait pas que cette Incompréhension continue de la Hanter. Obligée.

Obligée. Une Obligation Informulée et si Présente pourtant. Alors elle l'avait fait. Ce matin, en se réveillant, elle n'avait pas Ouvert les yeux. Elle les avait laissé refermés.

Elle avait laissé ses paupières baissées sans rien voir du Monde.


Avancer.


La petite fille devait se lever. Avancer. Et elle le fit. A tâtons dans le Noir Complet, comme en Pleine Nuit. Mais ses yeux ne s'habitueraient pas à l'Obscurité, puisqu'ils étaient fermés. Clos.

Elle sortit maladroitement de la Salle Commune. Monta un escalier d'un pas d'abord hésitant puis plus ferme.

Et l'enfant avança, les yeux toujours Clos, dans le Couloir.


Ce RPG est Libre. Libre, mais attention. Libre à une Seule Plume. Une Seule. La première sera loi. Eventuellement une deuxième sera acceptée.

Libre. Libre, mais ne lancez pas votre Création au hasard et sans but. Sans question ou sans réponse. Ou plutôt, sans Sens.
Dernière modification par Thalia Gil'Sayan le 7 novembre 2018, 13 h 21, modifié 1 fois.

Comme une Poupée Russe abandonnée qui retrouve sa Moitié.

 RPG+  Myriade de Sens

10 septembre 2043
Couloir - Poudlard
3ème année


Il y avait là quelque chose de très agréable. D’apaisant. Et de légèrement jouissif.

Le sourire qui étira mes lèvres me fit un bien fou. Il ne s’installa ni contre mon gré ni avec mon accord ; il était là. Je l’accueillis comme un vieil ami, une vieille connaissance qui depuis longtemps s’était refusée à me rendre visite. Pour une fois, je décidai de ne pas être rancunière : d’une élégante pression, je l’agrandis ce sourire. Je le sentis creuser mes joues.

La lumière du jour était fade. Elle se frayait un chemin au travers les vitres épaisses et caressait le sol de pierres sans pouvoir le réchauffer. Elle n’était pas plus capable de se faire ressentir sur mon épaule dénudée. Mais ce matin, la lumière de jour, je n’en avais rien à faire. D’un habile mouvement d’épaule, je dépassai l’entrée du couloir et commençai à arpenter ce dernier. La plante de mes pieds nus était douce sur le sol froid ; elle le touchait à peine avant de s’élever dans les airs pour alimenter mon avancée.

Je ne sentais pas mon coeur dans ma poitrine. C’était étrange, mais c’était réel. J’avais beau sonder l’espace au dessus de mon ventre, je ne trouvais rien qui pouvait s’apparenter à un battement de coeur. J’avais pensé un instant à m’en inquiéter, voire à poser une main sur ma poitrine pour le chercher, ce coeur-Fuyant. Peut-être aurai-je agi si je n’étais pas obnibulée par la sensation d’euphorie qui m’avait gagné lorsque j’avais remarqué ce manque. Elle coulait dans mes veines cette euphorie, elle nourrissait mon esprit. Et cette nourriture-là était bien meilleure que le goût dégueulasse qu’avaient les Autres quand je goûtais à leur Regard trop présent.

Plus de regard. Plus d’oeil. Plus de chuchotement.
Ces abrutis-qui-regardent auraient dit que c’était là que la seule oeuvre de l’Aube. Moi, je savais. Je savais que l’Aube n’avait rien à voir dans cette histoire. Je savais que si mon palpitant me faisait défaut, enfin, c’était à cause d’Elle. *Toi, j’te lâche pas*.

Mon regard coula une nouvelle fois sur son dos. Il glissa le long de sa chevelure, suivant les ondulations de la cascade brune. Il dégringola le long du dos, des fesses, des jambes. Il chus sur les pieds maladroits. Puis il remonta doucement ; il fouillait. Il voulait arracher sa Chose à cette personne. Cette fille à la démarche tremblante, à l’avancée incertaine. Tout le long de son cheminement, mon regard avait essayé de saisir. Ce visage pâle n’avait rien eu à offrir d’autre que la barrière de ses paupières : un regard fermé était un regard que j’aimais. C’est à cet instant que mon coeur avait pris la décision qu’il serait bon de cesser de battre.

Le mouvement de mes pieds était une litanie sans fin. Douceur exquise qui voguait sur le sol, glissait le long des pierres comme un écoulement infini. Sans explication, sans autre raison que suivre la Fille-fermée. Je l’avais immédiatement aimé ; ce secret. Un corps sans vie qui marchait, qui peinait. Un corps sans vie capable de respirer et d’aspirer. Je la laisserais volontier aspirer l’âme de mon coeur, lorsque enfin je lui aurais arraché son Pouvoir.

*Attends-moi !*.

Elle s’éloignait. Du pas grinçant et lent de Celle-qui se fermait, mais elle s’éloignait tout de même. J’attendis un peu, les yeux grands ouverts, tellement grands ouverts. J’attendis de voir si mon coeur allait se réveiller dans ma crainte ; allait-il me frapper d’un coup destructeur ? Non, rien n’arriva. Pas le moindre frémissement. J’agrandis mon sourire avant de m’élancer, le corps dansant au-dessus de mes pieds attirés. Elle serait mon carcan pour la journée. Oui, le carcan des Autres. Le mot convenait.

J’étais non loin, à présent. Je vis son nez au travers la cascade ; par dessus tout, je voulais voir ses paupières. Le souffle court, je m’avancai encore, juste un petit peu. Je dépassai ses cheveux puis son torse pour atterrir sur sa joue.
Sa joue toute pâle, sa joue sans intérêt.
Au-dessus, Elles trônaient en reines. Les Reines qui soumettaient les Autres ; les paupières. Fermées comme elles étaient, j'étais invisible. Comme si je n’étais pas là. C'était le cas. Je n’étais nulle part puisqu’elle ne pouvait me voir.

Je poussai le vis jusqu'à marcher dos à l’avant, les yeux écarquillés sur cette Chose-là qui se fermait. Les yeux ouverts sur ce qui ne voyait pas. L’euphorie faisait battre mon sang ; elle le fouettait de sa course ardente.

Qu'il était bon de ne pas être vu. Qu'il était bon de plus être Celle-que-les-Regards-frappaient.

J'aimais particulièrement ne plus être l’héroïne de mon histoire.
Dernière modification par Aelle Bristyle le 20 mars 2019, 6 h 42, modifié 1 fois.

Extase

 RPG+  Myriade de Sens

Le Monde s'était éteint sous ses yeux, ou plutôt ses yeux s'étaient fermés sur le Monde, mais elle commençait à comprendre que le Noir n'était pas complet. Que le Monde était encore là, derrière la fine barrière de ses paupières, et qu'elle le Percevait toujours.

La Vue était absente mais les autres Sens étaient de retour, plus vifs et aiguisés que jamais. La fillette aurait pu comprendre Entendre plus de choses les yeux fermés, étant donné les petits sons qu'elle pouvait percevoir les yeux ouverts, mais l'Ouïe n'était étrangement pas la plus Présente. Des multiples Sons s'élevaient autour d'elle mais ils étaient étouffés par le bruit léger de ses pas qui frôlaient le sol et par le battement Rythmé de son Coeur. Un battement Léger, presque Inaudible, mais qui se répercutait derrière ses paupières closes.

Elle était Aveugle, mais Voyait toujours. D'une autre manière. Le véritable Sens, le Sens premier sans lequel aucun Être Conscient ne peut vivre s'était Eveillé. Le toucher n'était pas le bon Mot pour le désigner, et la petite sorcière s'en rendait compte maintenant. Elle ne voyait plus le Monde, mais le Sentait. Elle percevait le Mur à côté d'elle, le Sol sous ses pieds et les rayons de Soleil qui couraient sur sa peau.

Elle percevait Tout. Absolument Tout. Et, les paupières closes, fermées au Monde des Autres, elle Ecoutait. Elle Ecoutait et Percevait le Monde. Sans les yeux. Sans avoir besoin de regarder.

La Présence se manifesta tout d'abord par un Pressement léger dans son Coeur. Un murmure dans l'Air. Une Ombre dans sa Perception du Monde. Et puis elle devint plus Présente. Et la fillette Comprit.

Il y avait quelqu'un, dans ce couloir. Quelqu'un d'autre.

Et pourtant elle n'en avait pas l'Impression. La Présence des Autres se Sentait toujours comme un Etau dans son Coeur, comme une cage qui Emprisonnait son Esprit et le réduisait au Silence. A un Silence forcé, et non longuement accepté. Un Silence qui la faisait Hurler dans sa Tête sans que les Mots ne sortent de son Âme.

Mais la Présence était apaisante. Légère. Etrange. Presque... Connue. Comme si ce n'était pas un Autre qui se cachait derrière la barrière de ses paupières. Comme si c'était... la fillette n'avait pas encore de Mot pour désigner quelqu'un comme elle, parce qu'elle n'en avait jamais Vu. Sky était Sky et il était différent. Ensuite il y avait la famille, qui était pourtant parfois presque comme les Autres. Et les Autres étaient là, l'entouraient en la réduisant au Silence. Incompréhension.

Si c'était un jour normal, elle l'aurait fermé. Elle aurait regardé la Présence en cherchant le Secret qui la rendait si Proche. Elle aurait savouré ce moment. Si c'était un Instant habituel, elle l'aurait fermé pour ne pas gaspiller de Mots inutiles. Mais c'était pas un Instant habituel. Elle pouvait pas regardé. Et elle voulait la Voir, pourtant, elle pouvait pas. Elle voulait pas. Elle était bien comme ça, à écouter tous ses Sens en éveil.

La Présence était toute proche. Juste là. Si elle tendait le bras, elle l'aurait touché. Presque. Vraiment. Mais elle était pas sûre. Elle hésitait. Et la Présence se taisait. Elle la respectait pour ça, pour la laisser dans ce moment de Calme. Parce qu'elle était Calme. Presque plus Calme qu'avant, et elle savait bien pourquoi, même si elle ne voulait pas l'avouer. C'était grâce à la Présence.


~ Qui t'es ?


Le Murmure s'était échappé de sa bouche, brisant le Silence léger. Elle le regrettait presque. Presque. Pas vraiment.

Qui c'était, la Présence ? Son Esprit lui semblait déjà vu. Sa manière différente d'Être là sans Être là lui disait qu'elle la connaissait. Ou peut être que la Présence lui rappelait elle même, tout simplement. Pareille mais différente.

Comme une Poupée Russe abandonnée qui retrouve sa Moitié.

 RPG+  Myriade de Sens

C’était un Regard sous lequel j’aurai aimé vivre. Si j’avais le pouvoir de faire disparaître tous les Autres pour ne laisser qu’elle, je le ferais. Je l’avais, ce pouvoir. J’étais capable de réaliser cette prouesse et je le savais ; mon sourire ne se dandinait pas sur mes lèvres pour rien.

Dans son Ombre, je me cachais. La Fille-Fermée était plus intéressante que Celle-qui-a-hurlé-dans-la-grande-salle. Elle était plus captivante, plus étrange, plus aisée à approcher.

Mon regard à moi fouilla ses étranges yeux fermés, ses paupières ridées sous la force du Secret. Les deux Reines n’avait aucun autre intérêt que ce dernier ; cette fille également. Je profitai de ma position pour fouiller ce visage, caresser les long cheveux bruns de mes yeux, arpenter son corps de mon regard. Le lien se créa instantanément dans mon esprit : *Poufsouffle*. Je le savais parce que j’avais déjà vu sa face dans les dortoirs, dans la salle commune ou dans les salles de classe. C’était un Autre bien moins inconsistant que Krissel, mais son regard fermé la rendait déjà plus agréable que tous les autres Autres de ce château minable.

Je continuai à faire quelques petits pas en arrière, entièrement focalisée sur ce visage ; ses paupières. Mes pieds étaient velour et ma respiration aussi invisible que l’air. J’étais persuadée d’être aussi insaisissable que ce dernier jusqu’à ce qu’elle agite son corps et qu’elle brasse l’air de ses mouvements.
J’étais son Ombre sans être elle : je me figeai. Elle bougeait assez pour deux. Je ramenai mes bras contre mes hanches, je fermai la bouche, je me fis toute petite dans ma tête, mes yeux exorbités fouillant les Paupières.

Mon coeur était calme. Le silence dans le couloir était froid et doux. Il tournait autour de ma tête, se proposait comme un coussin moelleux sur lequel pouvaient reposer mes oreilles. La lumière enveloppait la tête de l’Autre dans un halo étrange ; Merlin, c’était elle l’étrange.
Cette Fille-aveugle. Pensée stupide : mon coeur s’envola et me fracassa la gorge. *Pas une autre aveugle !*. J’en avais assez de celle de Charlie. Je me renfrognai, secouant la tête à droite et à gauche pour que parte cette pensée, cette image de leurs mains qui se serraient.

« Qui t’es ? »

Je braquai mon regard sur l’Autre, le coeur retournant lentement à sa place. Elle avait parlé. L’aveu… La Fille-Fermée avait ouvert sa bouche et ses mots m’étaient destinés. Des mots qui allaient m’arracher, encore. Me tuer sur place. Puis son Regard viendrait me toucher ; hein ! il allait s’ouvrir et quand il rentrerait en possession du mien, le quotidien reprendra sa marche d’Autres. Foutu Autres.

Je haïssai mon envie. Sans elle, je ne me serais pas rendu si bruyante. Sans elle, je serais resté l’Ombre derrière mon carcan. J’allais lui défoncer le regard, si jamais elle tentait de me l’imposer.

Je m’approchai d’elle, à petit pas. Ma peau frétillait déjà de cette proximité ; elle tremblait de frisson et mon esprit me disait de m’arrêter. Mais je continuai, un peu, jusqu’à ce que mes yeux soient face à son regard Fermé.

« Ton ombre, » marmonnai-je, mes yeux fouillant les traits de son visage.

Ces Mots lancés, je grimacai : ils étaient fades et inutiles. Elle devait garder son regard, elle devait le garder à l’intérieur d’elle. Qu’elle s’étouffe avec, tout pour ne pas me le faire subir.
Je déglutis puis, sur la pointe des pieds, j’observai le couloir derrière la Fille-Fermée. Rien. Je me tordis le cou pour regarder derrière. Rien. Le temps me laissait la chance de me saisir de son pouvoir.

J’étais bien, sous ce Regard-là. Mon corps était mou et chaud, il s’appuyait dans l’air empli de silence et mon sourire s’installa naturellement sur mes lèvres. Ce Regard me donnait la Dominance ; elle coulait dans mes veines, tout le long de mon corps.
J’allais lui défoncer le Regard.

« Aelle…, » lui lancai-je sans pouvoir me soustraire à la peur qui jaillit soudainement dans mon coeur.

Merlin, j’allai me taire et ne plus jamais parler. Et si elle ouvrait les yeux ? Et si elle ne se faisait pas défoncer par mes mots ? S’ils n’avaient pas assez de puissance ?
Je savais : si elle ouvrait les yeux, je courrai. Je fuirai ; mieux valait laisser ce secret que subir la proximité d’un regard, quel qu’il soit.

« Bristyle ! » braillai-je pour faire crever ma peur.

J’étais essoufflé et mon coeur avait perdu de sa douceur. Le silence s’était barré également. Plus de coussin pour mes oreilles : seulement un bourdonnement qui me vrillait le crâne. Mes yeux étaient écarquillés, ils fouillaient l’Autre. Ils creusaient son visage, ses paupière. Je me reculai d’un pas, étouffant de l’Autre.

« Ouv’ pas tes yeux ! » balbutiai-je tout doucement, du bout des lèvres.

Je déglutis. Je fermai les yeux et les rouvris. Je fermai les poings, enfonçant mes ongles dans la paume de mes mains.

Extase

 RPG+  Myriade de Sens

La Présence avait fini par parler... D'abord un Murmure qui s'était transformé en Cri. Un Cri de colère et de désespoir. C'était du moins ce qu'avait perçu l'Enfant. Elle n'avait pas besoin d'Ouvrir les paupières pour comprendre que la Présence était presque affolée... En Colère contre elle pour une raison qu'elle ne Connaissait pas. Peut être parce qu'elle avait parlé. Dans ce cas cela voulait dire qu'elle avait trouvé une Autre Personne qui aimait le Silence.

Il y avait désormais deux battements de Coeurs qui brisaient le Silence de l'Aube. Deux Coeurs qui hurlaient à l'Unisson... Deux Coeurs Affolés et Calmes à la fois dont les Battements avaient remplacé les Mots de la Présence.

Les Mots qui tournaient dans l'Esprit de l'Enfant... Qui étaient familiers tout comme la Présence dans l'Ombre.


« Aelle Bristyle »


Aelle... L'Autre dont elle avait tant entendu parler l'année Précédente. L'Autre qu'elle n'avait Vu qu'une fois. Et elle l'avait même pas Vu car elle ne lui prêtait pas attention. Et pourtant la Présence lui paraissait bien plus familière qu'étrangère et elle ne l'aurait pas qualifié d'Autre si elle n'avait pas connu son Nom.

Son Nom. C'est quoi un Nom ? C'est juste quelques Mots qui définissent les Présences alors qu'ils ont été donné sans les connaitre. Thalia... Ça veut rien dire et c'est bizarre. L'Enfant a apprit à Apprivoiser son Nom mais il ne lui Appartient toujours pas. Aelle. C'est tout de suite bien plus doux et percutant à la fois. C'est Beau.

Les Mots presque Suppliants de la Présence la tirent de ses Pensées. De force, d'un coup. Ouvrir les yeux ? Pourquoi elle f'rait ça ? Ça sert à rien. Elle Entend et Perçoit bien plus de choses là, dans le Noir qui n'est pas Noir car l'Obscurité est Emplie de milliards de Flux Colorés qui mènent à des Possibilités encore plus Nombreuses. Elle Entend tout.

Elle voit pas la Présence mais elle sait où Elle est. Le Murmure de l'Air la guide et le Coeur qui bat lentement aussi. Les yeux toujours Clos, la Fillette Murmure...


~ Aelle...


C'était pas ça qu'elle voulait dire ! Pourquoi ses Mots ne lui appartiennent plus ? Pourquoi elle Dit des trucs à la place d'autres ? Elle a rien d'mandé, elle ! La Présence est là, juste devant. Si l'Enfant tend la main, elle peut la toucher. Et si elle le f'sait, tiens ?

L'Idée lui traverse l'Esprit un Instant et puis se barre parce qu'elle est Idiote. A quoi ça sert ? Et puis elle est remplacée par une autre Pensée, Affolée. Qiong.

Si la Présence Ment pas elle la connait un peu. Puisqu'elle l'a approché en allant voir l'Autre Con. Le chinois. P't'être qu'elle va Comprendre pourquoi elle fait ça ? Faut pas, non ! Faut plus que les Autres apprenant des trucs sur elle, sinon la Sorcière va être en Danger. Encore. Plus les Autres savent des trucs sur elle, plus ils peuvent s'approcher de la Vérité et de c'qu'elle a dans le Coeur. Plus ils peuvent la blesser.

Y'a pas Intérêt. Plus jamais.

Mais la Présence est pas pareille, nan ? Elle a dit qu'c'était son Ombre. C'est pas vrai parce qu'elle la connait pas, Aelle. Mais si elle s'est barrée d'Poudlard p't'être qu'Elle aussi elle en veut à mort à cette école. Sauf que l'Enfant, elle, elle sait pas pourquoi.

Faut pas qu'la Présence la prenne pour une tarée ! La Pensée est Puissante, Impérative. Faut qu'elle dise un truc ! Un truc avec un Sens pas un truc débile qui ne signifie rien. P't'être qu'il faut répondre à sa dernière phrase. Ouais, sans doute.


~ À quoi ça sert d'Ouvrir les yeux ? J'serais toujours aussi Aveugle à l'intérieur...


Idiote ! Idiote ! Qu'est c'qu'elle a dit ? Pourquoi elle a dit ça ? C'est vrai mais faut pas qu'la Présence le sache, faut pas qu'elle comprenne que là dedans elle est Envahie par l'Obscurité et qu'elle trouve plus la Lumière ! La Présence est Calme et faut pas qu'elle s'en aille.

Faut pas qu'elle s'en aille.

La Pensée grandit pour occuper tout l'Espace disponible dans l'Esprit de l'Enfant.

Comme une Poupée Russe abandonnée qui retrouve sa Moitié.

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De longs coups donnés contre ma poitrine. Lents et puissants. Douloureux.
Mon coeur ruait à l’intérieur de moi ; il se braquait pour me prévenir de ma connerie. Il criait pour me dire qu’une fois encore j’avais agis sans réfléchir. Ce n’était pas moi, ça. Cela n’avait jamais été moi.

Mes yeux écarquillés auraient pu bouffer son visage à elle. Son visage nu de tout, son visage sans Regard. Ils étaient si grands, mes yeux, qu’ils pourraient même la bouffer toute entière. Mon coeur se chargera de la réduire en bouilli avec ses coups puissants. Il en était capable. Je le savais car il battait si fort que je pouvais l’entendre jusque dans mes oreilles ; il faisait battre mon cerveau à son rythme. Il imposait, mon coeur.

Elle allait s’ouvrir. Je pouvais le sentir. Là, juste face à moi, juste devant moi. Elle allait s’ouvrir et j’allais me perdre dans son Regard sans fond. Ce n’était pas moi qui allait la bouffer avec mes yeux, mais elle qui allait m’engloutir de son Regard quand il sera ouvert ; cela ne tardera pas, évidemment. Quand elle aura compris qui était face à elle, elle ferait comme les Autres dont elle faisait partie : elle me jetterait ses gros yeux à la gueule pour me mirer de tous les côtés.

Affolée, je reculai d’un pas ; un pas insignifiant mais suffisant pour me faire reprendre tout doucement confiance. Si elle l’ouvrait, je fuirais en courant. De l’autre côté, derrière moi. Il y avait un grand couloir, puis un deuxième grand couloir. Elle ne pourrait jamais me rattraper. Prête à Subir, je glissai une main dans le revers de ma robe pour toucher le bout de ma Moitié. Mon arme de bois était prête à l’emploi, je n’avais pas chômé ces derniers mois.
Mais je ne voulais pas. *’l’ouvre pas !*. Je ne voulais pas que les choses se transforment de cette façon. Je voulais qu’elle reste Celle-qui-était-fermée. Ainsi, elle pourrait me détourner des Autres ; elle était une Autre bizarre comme je pouvais les aimer. Suffisamment dérangée pour attirer l’oeil.

Je me tordis la tête pour regarder furtivement en arrière, surveiller les coins et les entrées du couloir, quand elle prit la parole.
Non, elle ne parla pas. Elle frémit de l’éclat qu’elle avait arraché de mes paroles. Entendre mon nom dans sa bouche me fit mal. Comme tous les Autres, elle me fit mal. Mon coeur se recroquevilla et mes poings se crispèrent ; mon souffle coupé voulait dire : ta gueule ! Ta gueule, dis pas mon prénom ! Par tous les Mages, pourquoi devaient-ils tous s’octroyer mon prénom, je détestais cela. Je détestais cela !

Le visage renfrognée par ma blessure, mes yeux parcoururent à une vitesse folle son visage, de ses lèvres à son front. Sa voix résonnait dans ma tête. Ses paroles n’étaient rien, mais ce nom-là, ça me faisait mal de l’entendre quand il ne venait pas de la bonne bouche. Et ces petits morceaux de chair pâle n’étaient pas les bons pour dire ce genre de chose.

« A quoi ça sert d’ouvrir les yeux ? J’serais toujours aussi aveugle à l’intérieur… »

Les voilà qui s’agitèrent encore, produisant une voix si faible, si insaisissable que je dus tendre l’oreille pour entendre ce que je ne voulais pourtant pas écouter.
Ses paroles me firent l’effet d’un coup de poing. Un choc que subirent mes poumons et mes côtes, qui me fit reculer et plisser les yeux.

« Dis pas qu’t’es aveugle ! » m’égosillai-je de ma voix grave.

Ce cri me laissa à bout de souffle. Sur le corps de cette fille se superposa l’image de celui de la Chinoise de Charlie. Une espèce de chose à une main ; une seule. Elle s'agrippait sans penser à celle de Charlie. Je la détestais, par Merlin. *J’te déteste, Charlie*.

Le souffle court, la peine m’arrachant le coeur, je me retournai. Je m’offris au couloir qui lui, n’avait pas d’yeux pour me regarder.
Les fenêtres vomissaient l’aube balbutiante d’Ecosse ; derrière, le parc s’allongeait vers l’horizon puis disparaissait sous l’ombre des montagnes.

Soudainement, je n’avais plus envie. Je ne voulais plus lui arracher son pouvoir, ni même me cacher dans son ombre. Je ne voulais plus trouver de Carcan ou de planque. Je voulais m’allonger comme le parc, m’allonger de tout mon long sous les montagnes et vivre avec leur seule présence. Vivre avec la nature et le ciel ; rien d’autre. Surtout pas d’Autres.

Je tournai la tête vers la Poufsouffle-fermée qui était là sans l’être. Elle ne pouvait même pas voir que sans Regarder, elle avait un effet tout aussi destructeur sur moi que les autres Autres.
Et si je partais ? Si je m’en allais ? Cela serait si aisé ; disparaître sous son regard fermé. J’irais rejoindre le parc. Oui, profiter de l’orée des bois. Si je tournais le dos au château, je pourrais avoir l’impression d’être à la Maison.

Extase

 RPG+  Myriade de Sens

Toujours ces Mots précipités et Implorants.
Comme arrachés de Force à l'Ame de la Présence. Comme si ses Mots à elle sortaient sans qu'elle le veuille, brusquement. Comme si elle n'arrivait pas à parler d'habitude mais que les Mots se ruaient dans sa gorge pour exprimer des Obligations. Des Ordres lancés violemment, pour pas se sentir encore plus Mal.

Le battement de Coeur de la Présence a remplacé le sien dans les oreilles de l'Enfant. Rythmé, rapide. Rassurant et puissant. La Fascination est là. Comme elle est là quand la fillette pose ses yeux sur la vraie Aveugle. Qiong. La Fascination est là et elle grandit. Elle est apaisante. Elle force la fille à ne Voir que la Présence, à ne Percevoir qu'elle plutôt. La Présence, c'est toujours ce Mot qui vient à l'Esprit de l'adolescente. Même alors qu'elle connaissait son Nom. Son Nom doux et puissant. Aelle.

Ces Mots arrachés brusquement à une Pensée, suppliants, lui ordonnaient de ne pas dire ça. La brune se recroquevilla sur elle même, à l'Intérieur. Pourquoi ? Pourquoi la Présence aussi lui donnait des Ordres et ne voulait pas voir la Vérité ? Bien sûr qu'elle était Aveugle, comme tout le Monde. Pour cela la fillette n'était pas différente des Autres. Et sans doute que la Présence aussi. Mais p't'être que les Autres étaient tellement Incapables de voir qu'ils ne comprenaient même pas que leur Coeur et leur Esprit était Aveugles.

Vide. Vide Sculpté. Sensation d'éloignement.

Non ! Non, qu'est c'qu'elle fout ?! Elle veut pas qu'elle s'barre, non, faut pas qu'elle s'en aille. Non ! Si la Présence veut s'Enfuir elle la forcera à Rester. Parce que même si elle est forcée sa Présence la Calme et elle la laissera pas s'Enfuir loin de son Regard Clos. Jamais. Reste là, Aelle ! T'en vas pas.

Elle veut pas qu'Aelle la hante comme les deux Autres la hantent. Elle veut pas qu'elle devienne une Obsession comme la Vraie Aveugle et Charlie. Faut pas qu'la Sensation rassurante de sa Présence devienne comme l'Image Envoutante de leurs bras nus et tendus devant les Crocs acérés. Faut pas. Surtout pas.

Etouffement. L'Air redevient Irrespirable et lourd, le Monde lointain et impossible à Percevoir.
Elle doit pas s'en aller ! Et pourtant l'Enfant sent ses mouvements lents qui la font se Détourner. Encore une fois les Mots se bousculent.

Trop d'Émotions et de Sensations à traduire en Mots. Les Regards suffisent dans ces situations, d'habitude. Mais là elle peut pas, elle doit pas Ouvrir les yeux. Elle respectera cet Ordre et laissera ses paupières Closes. C'est étouffant et ça la calme en même tant. Ses lèvres s'entrouvrent, elle suffoque. Cherche l'Air, le Souffle de Vie. Cherche un moyen d'empêcher les paroles de l'étouffer.

Les Mots se bousculent et finissent par trouver la sortie. Enfin. Ils se bousculent, aussi suppliants que ceux de la Présence :


~ T'en vas pas ! S'il te plait, t'en vas pas...


Sa Voix se brise et elle la ferme. Se force à se Calmer.

Comme une Poupée Russe abandonnée qui retrouve sa Moitié.

 RPG+  Myriade de Sens

Elle m’avait eu, je le savais. Je le savais depuis longtemps désormais, et je crois que je l’avais accepté. J’avais fini par me faire à la langueur de sa présence et à sa douce odeur qui me piquait le nez. Peu à peu, je m’étais laissé aller à l’apprécier, à lui sourire ; je l’avais même caressé du bout des doigts, lui offrant un peu de ma douceur. Il était bon, d’être doux.
La Maison m’avait eu, je le savais depuis longtemps.


Je regarde par la fenêtre, imaginant les branches des arbres que je vois au loin se balancer au rythme de la brise.  Je les regarde mais ne les vois pas. Non, les seuls qui peuvent vivre sous mes yeux sont ceux de la Maison, ceux que j’apercevais de mon grenier.
Je cligne des yeux une fois, revenant peu à peu à moi. Une seconde fois, ressentant mon corps, le bout de mes doigts posés contre la vitre froide de l’aube. Au troisième clignement, j’arrache mes yeux de mes souvenirs pour les poser sur la Poufsouffle-fermée.

Elle, elle est douce. Mais c’est une douceur qui cache des choses mauvaises ; les mêmes qui me font mal. Je ne l’aime pas. Non, je n’aime pas cette Autre qui me hurle son secret sans le partager, je n’aime pas cette fille qui a tout pour m’aider. Le pouvoir de l’aube s’affaiblit : je n’ai pas besoin d’elle pour échapper aux Regards des Autres. Je peux seulement m’échapper, regarder à l’intérieur de moi pour voir la Maison. Non ? Je peux ignorer les Regards, n’est-ce pas ? Comme je l’ai toujours fait.
*Pourquoi j’y arrive pas ?*

J’ai envie de pleurer. Mes yeux se remplissent de larmes brûlantes. Mon nez me pique et ma gorge se noue. Je sens mon ventre se crisper, il se crispe horriblement, me hurlant d’arrêter de m’apitoyer ; j’étais si bien sans apitoiement ces derniers mois. Je n’avais pas pleuré, n’est-ce pas ? Je ne pense pas. Si j’avais pleuré, aujourd’hui ce ne serait pas aussi dur.
Mes yeux fouillent la fille ; si elle avait eu un Regard à elle, peut-être mes larmes n’auraient-elles pas habitées mes yeux. Peu importe, je m’essuie le visage d’un revers de manche, frottant mes yeux et apaisant la tension brûlant dans mon front.

*Sale idiote !*, pensé-je en faisant mine de m’éloigner de la Poufsouffle. Ouais, quelle foutue idiote avec sa tignasse et ses yeux fermés.

Je m’éloigne un peu, mais pas trop. Je crois que j’attends quelque chose. Une réponse à une non-question, peut-être. Une promesse de me détourner des Autres, plus vraisemblablement. *Pff*, ce n’est rien de tout cela. Ce que j’attends, c’est le temps. J’attends de voir combien de temps Elle résistera à mon regard. Combien de temps peut-elle près de moi sans me salir comme le font tous les autres Autres ? Combien de temps pourra-t-elle rester près de moi sans que mon angoisse de merde me crispe les poumons ? Ah ! je la connais par coeur cette angoisse, je peux la sentir des frissons à la ronde ; je sais d’où elle vient, ce qu’elle est, ce qu’elle me f…

« T’en vas pas ! »

Sa voix !
Je me retourne en même temps que je me recule ; elle a ouvert les yeux !
Non, me rassure ma compréhension chamboulée par le rythme lancinant de mon propre coeur. Non, elle n’a rien ouvert. Elle est toujours la même avec son visage brouillon et ses paupières de vieille.

« S’il-te-plait, t’en vas pas…, » me vomit l’Autre-fermée d’une voix brisée.

Brisée ? Je la regarde, cette bouche. Ces lèvres pâles et ridicules. Je lance mon regard noir dans le gouffre de sa bouche, frissonne en avisant le monstre de sa langue ; puis je m’arrache, le souffle court. Vers ses yeux, vers son visage qui ne dit rien.

*En fait, j’suis bien*, réussis-je à penser malgré ma stupeur ; grâce à ma stupeur. Mon corps rigidifié par la surprise cherche sur ce visage un mot de plus, une phrase qui dirait ce que la bouche n’a pas dit. Mais il n’y a rien sur ce visage-là, rien d’autre qu’une peau d’enfant froissée. Mais moi, je ne sais pas lire les peaux d’enfants.

D’un pas lent, je me rapproche. Mon coeur bat fort dans ma poitrine ; lui, je sais le lire. Je n’ai pas peur, je me sens seulement incroyablement Trop. Ouais, comme si cette fille savait quelque chose que je ne savais pas et qu’elle me le hurlait. Ma peau s’échauffe. Cela commence par mes jambes ; je les sens gonfler sous ma robe. Puis cela continue vers les bras et le ventre, vers ma poitrine et mes mains. Quand ça me frappe le visage, je comprends que je suis en train de brûler et je commence à sentir les gouttes qui tombent le long de mon dos.
Par Merlin, je brûle de gêne sous un regard qui ne me regarde pas.

Ma bouche se fend d’un sourire.

J’ai retrouvé ma position, non loin d’elle. Mon corps est si chaud. Peut-elle le sentir ? Je me décale d’un petit pas, imposant une torsion à mon dos pour qu’il s’aligne au mur. Je me rapproche de ce dernier et m’appuie dessus. Mes yeux regardent toujours le Fille-fermée.

Mon sourire se barre.

« Je…, » commencé-je d’une voix grave que je laisse résonner avant de la faire taire.

En fait, je rien du tout. Je ne sais pas pourquoi je suis là, ni pourquoi je suis resté, ni pourquoi je trouve l’aube qui me fout son oeil-Soleil en pleine tronche si belle. Je ne sais pas pourquoi je regarde l’Autre comme je n’en ai jamais regardé d’autre ; sûrement parce qu’elle ne me voit pas.
Par tous les mages, voilà ce que j’aime : regarder les Autres quand ils ne me voyaient pas !

« J’aime bien tes yeux fermés. »

Je me sens conne à l’instant même où ces mots quittent ma bouche, mais cela ne dure qu’un instant.
Je lui lance un petit regard, me mords la lèvre, déplace mon regard vers l’aube. J’ai la sensation d’être sans être. C’est vraiment comme si j’étais seule ; sauf que je ne le suis pas. *Oublie-pas !*

« Par contre, faut pas qu’tu paniques. Panique pas, répété-je. C’est moche. »

Mon corps chaud me brûle de l’intérieur. Un monstre grossit dans mes veines, je n’aime pas cela. Je me frotte distraitement la jambe droite ; je me décale sur la gauche, m’éloignant de Celle-qui-me-laisse-seule.

Extase

 RPG+  Myriade de Sens

Le Regard de la Présence pesait sur l'Enfant. Ses paupières tremblaient sous l'effort. *Ouvre pas les yeux !* L'Ordre résonnait dans tout son corps, de plus en plus difficile à Respecter. Son SOuffle se fit sec et rapide, son Coeur battait si lentement qu'elle le Percevait à peine.

*Putain Aelle, t'as un R'gard bien trop Puissant pour moi*, hurle la petite en Silence. Elle ne la voit pas ; pourtant elle Imagine parfaitement la vision de ses Perles Noires. P't'être pas Noires, en fait. Elle sait plus de quelle couleur sont les Perles de la Présence. *Perles*, murmure t-elle intérieurement. *Pourquoi j'les appelle Perles alors qu'les perles sont douces et qu'ces trucs me Brûlent ?* Elle sait plus. Elle se souvient plus quand est-ce que le Mot est venu dans son Esprit et qu'il y a prit sa place. Surement quand elle causait avec Sky. Ouais, surement. Lui il a vraiment des Perles.

Mais la Profondeur des Perles de la Présence est inimaginable pour l'Enfant. Le Regard de cette Autre la brûle doucement. Sa peau pâle chauffe sous la pression des Perles et elle doit forcer ses paupières à rester baissées.
*J'dois pas la r'garder.* La Présence veut pas, et c'est tant mieux. Si ses Perles sont si Puissantes et Lourdes, elle veut pas imaginer l'reste. Dans l'Obscurité de son Esprit, c'est comme si la Présence se réduisait à la Pression de ses Perles.

Un Regard bien trop Puissant. Scrutateur. Comme s'il la sondait, en quête d'un truc inconnu par la Jaune et Noire.
*Qu'est c'que t'as ?* L'Enfant s'affole. La Présence continue de la regarder, elle ne la voit pas mais elle sent la Pression de ses Perles sur elle. Toutes ses forces sont amenés dans sa tête, pour garder le contrôle de son Esprit. Elle doit pas ouvrir les paupières. Le Poids à supporter est Lourd, horriblement Lourd, mais elle ne doit pas ouvrir les paupières.

Les Perles de la Présence sont différentes des Autres. Son Regard et la Pression qu'il exerce est bien plus fort, plus minutieux, attentif. Calme et brusque à la fois, aussi.
*Sensé*, songe soudain l'Enfant. Ouais, y'a un Sens derrière cette Observation.
Pas comme derrière les Regards Vides et Dangereux des Autres. Leurs Perles à eux sont des trous noirs, des trucs vides qui la font se réfugier à l'intérieur d'elle même. Et elle a peur.
Là aussi elle a peur. Une Peur Viscérale et Animale. Qui tord ses boyaux.
*Qu'est c'que tu m'veux ? J'ai pas peur de toi, Ae...*

~ J’aime bien tes yeux fermés.


*T'aime mes Perles ?*
Les Mots de la Présence ont interrompu l'Enfant en plein milieu de son Rejet. De ses Pensées pour Rejeter brutalement sa Peur. Et puis elle continue d'parler. *J'panique pas*, fait elle intérieurement. Refus d'accepter cette Faiblesse Intérieure. Elle paniquait pas. Elle avait pas peur de la Présence.

Si, elle avait peur. Et elle avait toujours peur. Mais après les Mots de la Présence, la Peur s'était calmée. Elle était toujours aussi Puissante, mais moins Brutale. Moins Dévastatrice. Elle l'aidait presque.
*Tu m'fais du bien Aelle*, arriva t-elle à penser malgré l'apaisement qui se répandait dans son corps et la... soignait ? Guérissait ? Elle savait pas. Mais elle aimait bien.

Le sourire léger qui étira doucement ses lèvres pâles, dessinant une étincelle de bonheur sur son visage inexpressif, se pointa sur sa face sans que l'Enfant l'ait voulu. Sans doute qu'avec à peine d'effort, elle aurait pu le faire disparaitre. Mais elle choisi de le garder. Sans trop comprendre pourquoi.


~ D'accord...


Ce Mot avait surgi de nulle part, venant du plus profond de son Âme sombre. Un Mot tâtonnant, hésitant. Qui voulait parler mais ne savait pas s'exprimer.
Elle inspira d'une Respiration sifflante puis reprit la parole, plus assurée.


~ D'accord... J'paniquerais plus. Mais... tu restes là ?


Voix enfantine et craintive. Une Promesse qui la Liait à la Présence, et une Question dont la réponse déterminerait surement de la suite. Une demande, plutôt. Une Supplication qui venait du plus profond de son Coeur.
*Dis oui ! Dis qu'tu restes là !*, hurlent les Ombres qui obscurcissent sa face malgré la caresse de l'Aube.
Et puis d'autres Mots franchissent ses lèvres.


~ Pourquoi t'aime mes Per... mes yeux fermés ? Parce qu'ils peuvent pas chercher les secrets qu'tu gardes cachés dans ton Coeur ?


*Il est là, l'Sens*, songe t-elle. L'Enfant le sent, il est là. Juste devant elle. Si elle avance, si elle fouille, elle trouvera. Elle trouvera pourquoi les Perles de la Présence sont si Insistantes et Profondes. Ses paupières fermées la protègent du Monde. Les Autres peuvent plus la toucher, et puis y'a personne dans ce couloir. Personne. Sauf elle. Et la Présence, la Présence qui est là mais qui est Invisible pour elle. Derrière la barrière matérielle de ses paupières, s'en trouve une autre. Une barrière inexistante pour les Autres, qui protège son Esprit.
Qui est en train de s'effacer peu à peu sous le Regard de la Présence.


*Dis qu'tu restes là. Dis qu'tu resteras là. Toujours*

Comme une Poupée Russe abandonnée qui retrouve sa Moitié.

 RPG+  Myriade de Sens

Avec langueur, je baisse les yeux. Je vogue jusqu’à l’orée de la vitre sans voir la beauté du dehors. Je glisse le long du sol de pierre ; puis mes yeux touchent mon propre corps. La bouche entrouverte, je regarde ma main qui pend. Elle est loin, tout au bout de mon bras ballant, caressant du dos du pouce le tissu fluide de ma cape de sorcière.
Mon coeur bât lentement, pulsion de vie qui m’agite, qui me fait du bien. Le rythme de mon coeur est comme la douceur d’une brise au printemps, une belle caresse qui ne me fait pas chavirer. Elle part de mon coeur et s’infiltre dans mes veines ; douce, paisible, chamboulée.

Le souffle qui glisse entre mes lèvres est chaud et humide. Pendant un instant, un très court instant, le monde s’arrête pour que la seule chose que je puisse sentir soit mon propre souffle. Ma poitrine, nue derrière le tissu léger de ma robe, se gonfle lentement. Elle se réchauffe peu à peu, quittant la brûlure pour devenir une extase de chaleur.
*Chaud*. Mes épaules portent le poids invisible de ma sueur, je me sens frémir sous l’incandescence de mes membres. De mes genoux à ma nuque, je sens la chaleur qui se balade sur ma peau. Mes joues s’échauffent, rougissent un peu.

Au travers mes cils, je regarde cette main qui pend. Ces petits doigts pâles souillés d’encre. Ce poignet gracile nu de toute frivolité. Sans y penser, je lève la main au moment même où je ramène mon regard sur la Poufsouffle-fermée qui est là sans être. Sur ses paupières de vieille, ridées, enlaidie par la beauté de l’absence. Le regard figé sur la bouche pâle de la fille, je glisse mes doigts sous dans l’interstice de ma robe, juste sous mon cou. La pulpe de mes doigts frôle ma peau incandescente ; je frémis : mes doigts sont presque froids sur mon corps brûlant.

D’un mouvement agile, je détache le bouton le plus haut de ma robe, puis le second. Je soupire doucement en sentant l’air s’infiltrer sous ma robe et caresser ma peau. Je surveille l’Autre ; je ne crois pas qu’elle puisse ouvrir les yeux. Pas maintenant. Pourtant, la gêne me paralyse soudainement et je reste ainsi, une main en l’air, mes yeux fouillant le visage de la fille.

Attirés par un mouvement, mes yeux descendent de la bouche à la base du cou. Sa peau est d’une blancheur dérangeante. Le coeur en peine, je détourne les yeux sur l’aube avant de me forcer à regarder encore. Prenant en étau ma lèvre entre mes dents, je me penche en avant : ça bouge atrocement.
*C’est son pouls ?*. Ouais, c’est foutrement son pouls qui s’agite avec une douce ardeur. Je ramène mes yeux sur sa bouche et je vois ce que je n’avais pas vu : la fente, toute petite, de ses lèvres entrouvertes qui laisse passer la folie de son souffle.

Je suis perdue. Est-elle encore paniquée ? Je ne veux pas de panique, elle me dérange. Elle me fait peur. Elle me fait fuir. Mon visage se fronce autant que mon corps sue. Je lui ai dit de ne pas paniquer, elle n’a pas intérêt à prendre mes paroles à la légère. Je laisse tomber ma main, grimaçant en écoutant le bruit sourd du bruissement de ma cape. Un regard vers la fille me rassure : aussi sourde que fermée.

Avant de détourner les yeux, je suis alpaguée par un infime mouvement : elle se transforme si vite que je ne réagis pas. Ses lèvres se fendent en un fin sourire. Pâle le sourire, étrange, mais bien présent. Soudainement, c’est comme si je regarde une autre personne. La surface lisse de son visage s’en trouve troublée, j’ai un moment de recul. Je regarde ce sourire et la chaleur de mon corps augmente.

*Elle t’voit pas*, essayé-je de me rassurer. Non, elle ne me voyait pas, c’est comme si je j’étais seule. Mais elle sourit et je crois que cela me fait un peu peur.

« D’accord… »

Je n’ai manqué aucun des mouvements de ses lèvres. Troublée, je détourne les yeux pour mirer l’aube qui est bien plus homogène que cette chose incompréhensible.
A côté de ma hanche, mes doigts s'emmêlent autour de ma robe.

« D’accord… J’paniquerais plus. Mais… Tu restes là ? »

Je me jette une nouvelle fois sur elle, avalant ses lèvres de mes yeux écarquillés. La surprise me fend le coeur. Mes oreilles tremblent de ses mots mais mon esprit, lui, ne se prend pas au jeu. Il tourne et tourne et tourne dans ma tête pour saisir la compréhension qui ne vient pas.
Un coup il dit : ouf, elle ne recommencera pas à geindre ! et mon coeur s’apaise.
Et l’instant d’après il s’emballe : pourquoi elle veut qu’j’reste ?

En fait, décide ma tête, cela n’a pas d’importance. Je me recolle contre le mur, me forçant à détendre mon visage et mon corps.. Je peux m’en aller selon mon envie, quitter ce couloir à l’instant même où un Autre apparaît. Ou peut-être que je resterais pour que ce soit elle qu’il regarde et pas moi. Ouais, c’était bien ça aussi.

La voix reprend sa danse, bruit de fond qui couvre à peine le bruit du monde en éveil. J’aime les voix qui ne me percutent pas ; celle-ci s’alignerait presque à mes pensées. Comme le souffle du vent : là sans être là. C’est peut-être même bien plus agréable qu’un Autre Inconsistant, me dis-je en songeant à Krissel.

« Parce qu’ils peuvent pas chercher les secrets qu’tu gardes cachés dans ton coeur ? » me murmura la fille.

Je grimace, sentant les traits de mon visage s’effriter de part en part. Je tourne la tête vers le bout du couloir, lançant mon regard loin de la Fille-aux-yeux-fermés. Regarder à l’opposé pour ne pas sentir mon coeur se révolter face à cette question.
*En quoi ça t’regarde ?!*
Les Autres, fermés ou non, sont toujours trop curieux. Ce sont des choses qui ne s’intéressent qu’à ce qui ne se voit pas, qu’à ce qui n’intéresse pas. Mais je ne peux nier que cette fille-là sait foutrement bien poser les questions.

Et il se trouve que cette question est la bienvenue pour ne pas me faire penser à sa précédente phrase. L’éclat de ses mots résonne encore dans ma tête et je n’aime guère leur ton. Ils ont la même teinte qu’un souvenir. *J’ai aucune souv’nir d’un truc aussi con…*. Ouais, cela étant, ils sont foutrement présents dans ma tête ces mots.

Je soupire, lentement, longuement, avant de m’éjecter du mur en un mouvement sec du bassin. Je fourre mes mains dans mes poches et je tourne sur moi-même. Je baisse la tête sur mes pieds puis la relève sur l’aube. Entre temps, je jette un regard à la fille ; un rapide regard. Sa main frôle le mur, comme si cette frêle chose avait besoin de la force de la pierre pour tenir debout. Sa tête est légèrement penchée en avant, au plus près de moi. Ce n’est pas son corps qui se rapproche mais sa tête et ses yeux-fermés.

« Qu’est-ce qui t’fais croire que j’cache des trucs ? » dis-je à voix basse, plantant mes yeux de charbon sur ses paupières fermées.

J’essaie de cacher la rage qui couve tout au fond de moi. Même ici je la sens, mais elle est si peu importante qu’elle en devient invisible. Il ne faudrait qu’un mot de cette fille pour la réveiller, je le sais. Aujourd’hui, ce matin, je n’en veux pas. Je veux rester là, peut-être. Juste être sans réfléchir. Et cette voix, cette voix sans présence, sans existence - sans regard - semble me permettre cela.

« Tu verrais pas grand chose même si tu m’voyais, » lancé-je d’une voix lente et grave.

Je balance mes bras autour de moi, testant la finesse de ma cape dans l’air, m’amusant de sa fraîcheur qui fait sécher ma sueur sur le devant de ma cape entrouverte.

« Les Autres n’voient rien, t’façon, » murmuré-je en me détournant pour regarder par la fenêtre.

Le parc m’appelle. Je m’approche. Et alors que je le regarde, j’éprouve déjà l’envie de me retourner pour surveiller l’Autre. Je me retourne donc ; elle ne bouge pas. Il n’y a que sa tête pour être douée de vie, et ses toutes petites lèvres.
*La pr’mière*. Je tique, presque sans m’en rendre compte : c’est la première depuis mon retour à me parler de choses intéressantes. La première que je regarde sans ressentir le besoin de détourner les yeux.

Extase

 RPG+  Myriade de Sens

*Pourquoi tu t'tais ?*
Les Mots de l'Enfant résonnent toujours dans le Silence du couloir ; et la Présence la ferme encore, pour laisser place à un Vide étrange tandis que les Paroles s'estompent dans l'air. Les Silences ont toujours été Plaisants pour la fillette, mais tout son Être attend impatiemment la réponse de la Présence. Elle veut Comprendre. Trouver la Vérité. Le Sens caché derrière cette Observation profonde et minutieuse. *Cause, bordel !* Le Silence est Vide d'Intérêt en cet Instant, et l'Âme de la petite s'effiloche peu à peu pour essayer désespérément de s'approcher de la Présence. Toucher son Esprit, trouver le Sens ; seule cette Pensée est présente dans le Coeur de la Jaune, cette Pensée Envahissante.

Ce qu'elle redoutait tant est arrivée en quelques secondes ; l'Autre si Consistante et Présente est devenue une Véritable Obsession. Mais une Obsession dont il est foutrement difficile de se débarrasser, plus encore que l'image Attirante des deux bras, l'un blanc et l'autre brun, de l'Aveugle et de la Rouge et Or. Cette Obsession se contentait de monter à son Esprit dès que ses paupières étaient Closes, d'envahir son Esprit par cette preuve Inimaginable de Confiance et de Sentiments. Mais la Présence n'a pour seule représentation qu'un Fantôme de Sens, avec pour seule certitude des Perles Attirantes et horriblement Profondes. La Poufsouffle en est certaine, maintenant. Si la Présence ne répond pas un truc Profond et particulier, immédiatement, ses émotions ne la quitteront jamais. Le souvenir de son Coeur qui bat si vite puis si lentement, de la Peur Calme qui envahit son Esprit, des Sensations si Eprouvantes qui s'étendent dans tout son Être et de ses Mots qui savent effleurer son Âme restera omniprésent. À jamais. Si il ne se passe pas un truc vraiment Puissant, tout de suite, pas un seul Instant de la Vie de l'Enfant ne se passera sans que tout son corps se rappelle d'Aelle. Sans que les Sensations se réveillent à chaque Détail minime. Et même s'il se passe un truc aussi Puissant que ce qu'elle souhaite, et si il faisait l'effet contraire ? Son Coeur qui bat à un Rythme régulier lui souffle dans l'oreille : c'est bien possible que les évènements prochains soient plus Marquants que tout ce qu'elle a déjà vécu. Bien possible qu'au lieu d'estomper l'Obsession, ils la renforcent.
*PUTAIN AELLE, DIS QUELQU'CHOSE !*

~ Qu’est-ce qui t’fais croire que j’cache des trucs ?


Tout, putain, tout ! Absolument tout ! *Tout l'monde cache des Secrets, Aelle ! Même si on s'en rend pas toujours compte, on cache tous des putains d'Secrets, et ils peuvent nous détruire !* Et maintenant, avec ses Mots sans plus d'Importance, la Panique revient. Elle veut la refouler, elle y arrive pas. Tout son Être crie le Désespoir, l'Envie de savoir la Vérité. *Réponds mainte...*

~ Tu verrais pas grand chose même si tu m’voyais


Les Mots sonnent funestement dans l'atmosphère tendue, comme si la Présence cherchait à se convaincre elle-même d'un truc. *C'est un putain d'Aveu, ça, Aelle* Un putain d'Aveu. Sans doute que les Autres y auraient rien compris, p't'être même que ce que l'Enfant découvrit derrière ses Mots n'était qu'une invention de son Esprit ; toujours est-il qu'elle perçue cette phrase murmurée avec une voix grave comme un Appel, une Supplique. Involontaire ou non. Des Mots qui la suppliaient de découvrir le Secret de la Présence sans qu'elle lui révèle. Sans doute qu'elle inventa cette Impression ; mais elle y crut. Et même si elle ne l'avait pas Perçue, elle aurait Insisté. Tout son Être lui gueulait qu'il fallait Comprendre, trouver. Que l'Sens était important, et qu'la Présence cachait un Secret qu'elle voulait savoir. Qu'elle voulait vraiment savoir.

Elle entend la Présence parler, mais il y a comme un brouillard qui s'est formé entre elles deux. Une barrière qui empêche les Mots de pénétrer dans son Esprit. Qui est apparu dès que l'Autre Secrète a prononcé un Mot. Un Mot bien particulier, qui tourne inlassablement dans l'Esprit de la fillette.
« Autres... » *C'est à Moi. C'est mon Mot. Pas l'tien ! T'as pas l'droit d'parler comme ça, Aelle !* Le Choc est Puissant, l'Émotion l'est tout autant. A elle. Pas à la Présence. A elle. *Eh bah Aelle, en fin d'compte c'est sûr que tu vas d'venir une putain d'Obsession* Si cette fille cause comme elle, combien d'Autres qui lui sont inconnus parlent ainsi ? Ou, plus important, PENSENT ainsi. Ces Paroles lui font l'impression d'une violation de son Intimité, d'une Intrusion dans ses Pensées bien plus grande que ce que la Présence avait déjà fait.

Et les Mots se ruent hors de son Être, avec une voix déchirée qui reflète les Hurlements de son Esprit :


~ ARRÊTE DE MENTIR !


Son Souffle est court, sa gorge est asséchée. Une ou deux Inspirations sèches et rapides, et puis elle reprend, plus calme mais toujours désespérée.

~ On cache tous un Secret. T'as l'droit d'pas m'le dire, mais faut pas t'le cacher à toi même. Ça peut t'détruire, sinon. Faut pas qu'ça t'détruise.


*Faut pas* Obligation Hurlée, parce qu'faut pas. Faut pas qu'la Présence soit détruite par ses Secrets avant que l'Enfant ne les ait découvert. Et puis ce Mot Oppressant dont elle a pas encore causé, qu'elle arrive pas à placer dans une phrase dite à haute voix. Dite à une Autre, justement. Une Autre foutrement particulière, mais une Autre quand même.

~ J'suis pas une Autre.


La Majuscule se ressent clairement dans sa phrase qui résonne de manière distincte. *J'suis pas une Autre ! C'est toi l'Autre, Aelle ! Même si j'suis pas trop sûre de ça...* Non, elle n'est pas trop sûre que la Présence soit une Autre, finalement. Pour causer comme ça, Observer comme ça, pour qu'elle perçoive ses Perles sans même les voir, c'est pas forcément une Autre. Faudra voir.

~ Les Autres te détruisent d'un Regard et t'forcent à te renfermer en toi même. J'suis pas une Autre !


*J'veux pas être une Autre ! Pour personne ! Surtout pas pour toi, Aelle !* Pas une Autre. Jamais. Jamais ce Mot si effrayant ne sera utilisé pour la désigner.

Et surtout pas venant d'la fille qui s'Approche dangereusement de son Âme et des Secrets douloureux qu'elle y a enfoui.

Comme une Poupée Russe abandonnée qui retrouve sa Moitié.

 RPG+  Myriade de Sens

« ARRÊTE DE MENTIR ! »

J’étouffe.

« ARRÊTE DE MENTIR ! »

Mon souffle s’est bloqué quelque part entre mes poumons et ma bouche ; il me brûle la gorge, me fait suffoquer.
*Putain*.

Elle était paisible. Douce, comme la surface d’un lac. Fermée, comme tout Autre qui se respecte.

Est-ce que je peux rester près de toi ?

Les yeux de la Poufsouffle ne sont rien. Ils sont inexistants, invisibles, creux. Mais sa voix, c’est à elle que je me raccroche. C’est elle qui me parle et qui chuchote ces mots au creux de mon oreille.

Est-ce que je peux rester près de toi ?

Elle était paisible avant de se transformer.

La glace transforme mon corps. Mon âme se fige, englouti par les mots et les cris. Face à moi, l’Invisible. Mes yeux se bloquent sur ses paupières ridées. Je les sens qui forcent, comme s’ils voulaient se détacher de mon visage. Parce que là, juste devant moi, il y a cette fille qui me hurle des mots qui me font mal.

« J’TE DETESTE ! »

Mes yeux se remplissent de larmes brûlantes, de larmes douloureuses. Je sens mes ongles se planter dans la chair de ma paume et ma respiration qui se fait la malle. Elle se barre le plus loin possible parce qu’elle ne veut pas ressentir le poison qui coule dans mes veines. Je les sens vives sous ma peau, mon sang s’écoule dans tout mon corps, partout sauf sur mon visage. Lui, rien ne le nourris, il est figé en une expression d’horreur qui se répercute dans mon crâne putride.

Son visage est déformé par quelque chose, je ne sais pas quoi. Je ne veux pas savoir, ni comprendre. Je ne le veux plus.
Je pensais me reprendre dans la gueule le revers de ma peur que j’avais enfoui en moi face à ses paupières fermées, mais ce n’est pas cela qui me frappe. Ce n’est ni la colère ni la peine. Ce n’est pas la perdition et moins encore l’envie lancinante de rentrer à la Maison. Ce qui me saisit, ce sont des images fulgurantes ; elles arrivent en masse dans mon esprit, le retournent dans tous les sens, le déchiquette. Et moi je suis droite dans mon corps mou face à cette fille qui s’est transformée en Monstre, et je ne comprends pas ce qui m’arrive.

Tu restes là ?

Non ! *Dégage !*. Ce ne sont pas ces mots. Ce ne sont pas ses mots. Ceux-là, ils viennent d’ailleurs, d’avant, peut-être même qu’ils ne viennent que de moi. Non, les mots que je veux sans vouloir, ceux dont je veux me souvenir pour me persuader que la fille-fermée vient pas de m’Hurler, ce sont ses paroles d’il y a peu. Ceux qui m’ont fait peur. *Reste avec m…  Non ! Est-ce que… Est-ce que j’peux rester près d’toi ?*. C’était ça. Eux.

Tu restes là est-ce que je peux rester près de toi ?

Je ferme les yeux. Presque trop lentement. Comment je peux être aussi lente alors que mon coeur bat si fort ? Par tous les Mages, il m’arrache la poitrine, il s’affaire comme un Monstre carnivore ! Il va me bouffer toute entière.
Dans le noir, je me retourne pour faire face à la vitre. Mon souffle retrouve sa place : il défonce la barrière de ma gorge pour se jeter contre le verre froid. Quand il me revient en pleine gueule, il rencontre la chaleur de mon corps et humidifie le bout de mon nez.
Mes yeux me font mal. *J’vais chialer*. Je sais que je veux pleurer, là tout de suite. Maintenant. Pourtant, je pose mon front contre la fenêtre, écrasant ma peau contre la vitre, et je me concentre sur mon souffle pour refouler tout ce qui me fait mal.

« J’TE DETESTE »
« Ahaaa…, » ricané-je doucement dans mon étau.

Ce n’est pas la fille-fermée. Je ne veux pas de ça. Je n’en veux pas.
*T’entends Charlie ? Dégage…*

Je ne suis plus moi. Je suis en-dehors de mon corps ; je peux presque me voir, agonisante au bord de mon gouffre. Je me trouve ridicule. Pitoyable. Ouais, complètement Pitoyable à geindre sur ma peine alors qu’Elle a sa main accrochée à celle de l’Aveugle. Et moi, je suis là, avec mon aveugle à moi. Ma fille-fermée qui se transforme en Charlie. La fille-Charlie. Merlin.

« On cache tous un secret. »

Elle est encore là. J’ouvre les yeux et la lumière du parc m'éblouit. *’n’est pas dans l’sous-sol ?*.
La voix de l’Autre éclate à mes oreilles et je respire plus doucement. La grimace de mon sourire s’effondre quand je comprends qu’aucun temps n’est passé. Que je suis toujours là.
Je me retourne lentement pour tomber sur la bouche de la Charlie-sans-Charlie. Elle n’est pas aussi touchante. Pas aussi petite. Pas aussi douloureuse. Elle, je pourrais presque l’aimer.

Elle me fait mal. De ses mots sans son. De sa figure sans couleur. De sa chevelure sans profondeur. Elle me fait mal. Mais je la regarde, les bras ballants, les yeux pleins d’eau, la gorge douloureuse et le coeur en feu. Je n’ai pas envie de pleurer. En fait, je ne veux pas.
Au travers mes cils, je regarde mes mains monter et s’aplatir contre mon regard.

« Faut pas qu’ça t’détruises, » gémit la fille avec sa voix qui prend trop de place.

Je veux l’entendre. Elle et aucune autre. Je veux tout entendre, mais pas Charlie. Je l’entends tout le temps Charlie ; la nuit et le jour. Elle me hante, elle me hante autant que je la vomis. Parfois, j’ai envie de m’enfuir en courant, de me barrer pour aller défoncer de mon poing l’entrée qui garde le repère des Gryffondor. Je veux hurler « CHARLIE ! » à plein poumons. Je veux l’avoir en face de moi. Je veux être près d’elle, comme elle me l’avait demandé *t’en as rien à foutre* et je veux la regarder ressentir ce que j’ai ressenti quand elle me les a crié. Ses mots.

J’TE DETESTE !

Pourquoi maintenant ? Mon souffle s’accélère, mon corps s’échauffe. Pourquoi maintenant ? J’étais bien, enfin. Près d’un Autre invisible, j’étais bien. J’étais presque joueuse ; je pouvais encore sentir la brûlure de mon sourire sur mes lèvres.

Parfois, j’ai l’impression de perdre pied. Comme si, en un instant, je pouvais oublier tout ce que je suis pour péter un plomb. Ca me frappe soudainement ; cette peur. Cette sensation est bien présente. Comme si je quittais mon corps. Comme si tout mon être ne demandait que cela : agir. Agir sans réfléchir. Ne pas penser, seulement agir. J’ai peur.

Je m’arrache à mes mains et je jette mes yeux sur la Fausse. Elle est tremblante, je le vois atrocement. Cette scène est une putain de blague, une putain de scène de foire. Et moi j’ai peur de me perdre. Je me décolle de la vitre, je chancelle un peu sur mes jambes. Je renifle. J’ai envie de m’approcher et de m’enfouir. *T’sais, aller frapper au tableau des Gryff…*

« Les Autres te détruisent d'un Regard et t'forcent à te renfermer en toi même. J'suis pas une Autre ! »

Je la regarde sans bouger. Sans être. En fait, je suis là. Derrière mon corps fatigué, je suis bien là et je comprends ce qu’elle dit. Je me dis que ses mots ne pourront jamais être ceux de Charlie. Elle, elle ne sait parler que pour faire mal. L’Autre, ici, elle dit des choses qui parlent de moi ; et qui me font mal aussi.

« J’en ai marre, » soufflé-je du fond de la gorge.

Je mène une main à ma poitrine et sert entre mes doigts le tissu auparavant si fluide de ma cape. Ma respiration est entre sanglot et étouffement. Cette guerre me fait mal et je ramène mes coudes contre mes côtes pour m’empêcher de frissonner. J’en ai marre de n’être qu’un pantin entre les mains de mes sentiments. Je crois que cela n’a jamais été aussi clair : je suis pitoyable.
*’chier*, ahané-je en écoutant sortir de ma bouche un sanglot engorgé de larmes.

Je ne veux pas pleurer ! Pas encore devant un Autre ! Loewy me revient en pleine face avec sa colère d’Adulte. Et Charlie avec sa face sombre tordue. Je ne veux pas pleurer !
Mon visage se tord dans tous les sens. Ma bouche s’ouvre comme dans un grand hurlement sans son. Je secoue la tête à droite et à gauche mais cela n’empêche rien : mes lèvres se retroussent et mes yeux grands ouverts se brouillent de larmes. Mes doigts arrachent ma robe, la tordant dans tous les sens, découvrant ma peau. J’ai mal à la bouche. Je ne peux pas la refermer. Elle s’emplit de pleurs. Elle grouille de larmes.

Aucun son, aucun bruit. La Fausse-Charlie n’a pas de yeux et moi je n’ai plus de voix. Je tente de respirer à grand coup d’inspiration mais ce n’est jamais suffisant. Des mes yeux coulent une cascade de larmes qui salissent mon visage et entrent dans ma bouche. Mon cri est coincé dans mon ventre qui se tord, dans mes veines qui me brûlent.
Et l’Aveugle, elle est là devant moi. Avec sa chevelure en vrac et ses joues rouges, sa bouche béante et son air d’horreur. Je ne veux pas recommencer, je ne veux pas l’entendre encore *Char…* dans sa voix à elle.

Recroquevillée en moi-même, je lance mon corps en avant, dans le couloir. Il est secoué par mes pleurs. Toujours sans bruit ma face s’agite, mon visage se crispe, la morve coule sur mes lèvres et la salive sur mon menton. Je suis pitoyable de toi, Charlie.
Je me jette en avant. Dans le mouvement mon souffle se libère : le sanglot frappe mes oreilles et je déteste ça. Je déteste ce bruit. Cette douleur. Cette incompréhension. Cette faiblesse. Cette connerie. Ce château, ces Autres, Charlie.
Merlin, je me déteste moi. A cet instant précis, je crois que je pourrais me haïr.

J’abandonne. Je pars. Je n’ai pas rencontré le Monstre de Charlie sans apprendre à comprendre. Je ne veux pas la rencontrer encore. Je préfère subir, encore, le regard des Autres. Ouais. Subir plutôt que rester près de l’autre Fausse-Charlie et crever sous sa voix qui n’a pas d’yeux.

Extase

 RPG+  Myriade de Sens

Il y a des choses que l'on n'oublie jamais. Des Souvenirs, des Sensations qui nous hantent chaque jour, sans jamais s'en aller. Certaines de ses choses sont des souvenirs heureux, des bons moments passés avec des personnes qu'on aime. Dans ce cas là, ça fait du bien d'y repenser, notre Coeur se réchauffe et il nous donne envie de Vivre.
Mais la plupart du temps les Obsessions sont mauvaises. Elles partent d'un Secret qu'on se cache à nous même, qui est présent dans un Souvenir, et elles se développent à l'Intérieur de nous. Elles nous bouffent de l'intérieur, elles nous détruisent. On y pense tout le temps, parce qu'elles apparaissent dès qu'une odeur ou une sensation surgit. Ou, pire, il y a celles qui ne nous quittent jamais. Ces Images Douloureuses qui sont gravées au plus profond de nous, ces Voix Hurlantes qu'on entend dans notre Esprit à chaque Instant et qui sont Déformées par le Temps, ces Sensations Brûlantes et Dévorantes qui font Mal, trop Mal. On a tous nos Obsessions, on ne peut pas y échapper. Mais parfois, elles sont tellement Présentes qu'on ne sait même pas qu'elles sont Là, avec nous.
L'Enfant connait bien les Obsessions. Elle a les siennes, celles qu'elle emporte toujours avec elle. Celle du visage déformé par la Douleur de sa mère, du sang qui dégouline sur son corps et du Murmure Muet qui tord ses lèvres. «
Je t'aime... » Elle a celle de sa Mamie, des paroles qui dénoncent violemment Poudlard et la Magie et de ses Perles Perçantes quelques Instants avant sa Mort.
La plus Puissante est pourtant une autre, ancrée au plus profond d'elle même. Une qui n'a rien à voir avec sa famille, du moins pas pour elle. Parce qu'en fait, elle a à voir avec tout. Absolument tout ce que la fillette Est. Cette image contrastée, ces bras marrons et blancs, nus. Côte à côte, près à tout pour l'Autre. Près à Mourir et à se Sacrifier pour que l'Autre vive, près à tout parce que les deux Autres à qui appartiennent les bras se font Confiance. La petite se souvient surtout des bras ; mais les visages aussi sont gravés dans sa Mémoire. Celui détendu et confient de la Rouge et Or.
*Charlie* Putain, ce qu'elle est Puissante celle là. Dérangeante. De la face de la chinoise, seules les Perles sont là. Ces paupières closes. Comme les siennes.

C'est sans doute cette Obsession qui est à l'Origine de cet Instant. Sans doute que s'il n'y avait pas eu ce Souvenir Dérangeant et Envahissant, elle ne serait pas là.
*Et Elle non plus s'rait pas là* Oui, la Présence non plus ne s'rait pas là. Alors peut être que les Obsessions ont aussi un bon côté, non ? Toujours est il que, les paupières closes, la Jaune et Noire voit toujours les deux bras de la chinoise et de la rouge. Deux bras qui la Hantent. Toujours est il que, derrière ses paupières closes, la petite sent quelque chose de Puissant. De Fort. Un truc qui se passe derrière la barrière de ses Perles fermées, qu'elle ne peut pas comprendre. Mais qui est là, juste devant elle. Un truc qui Hurle en Silence. Comme si la Présence aussi avait ses Obsessions à elle. Et qu'elle n'en pouvait plus. *Pire qu'moi* Pire qu'elle. Comme si elle avait atteint le Point de Rupture. Qu'elle allait exploser. Et la gamine sent toutes cette Fureur, cette Incompréhension. Et, plus que tout, elle sent l'Impuissance. L'Impuissance de la Présence face à cette Obsession Inconnue, et son Impuissance à elle. Son Impuissance parce que l'Autre a dit les Mots qui tuent. *'l'a dit qu'elle en avait marre* Non, elle veut pas y croire. Et pourtant, elle le perçoit. Elle entend distinctement le bruit des pas de l'Autre qui *NON !* retentit sur le sol nu. *J'veux pas* Pourquoi qu'elle se barre ? Pourquoi ?

*J'veux pas !*
C'est pas possible. La Présence peut pas s'en aller. Elle a trop d'choses à dire ! Elle a pas répondu à la Question Muette ! Non ! C'est pas possible, c'est pas *Et pourtant c'est vr...* possible. Pas possible. Le Cri monte dans sa gorge, la brûle, la démange, elle en peut plus !

~ NON !


Trop de Puissance et d'Impuissance délivrées en même temps, dans un Hurlement bestial.

~ T'en vas pas ! S'te plait, Aelle !


Ses jambes se mettent en marche d'elles seules. Elle court à la poursuite de l'Autre, les paupières toujours closes. *J'y vois rien !* Elle peut pas, elle s'arrête après quelques mètres. Elle peut pas avancer sans ouvrir ses Perles. Et l'Autre a dit non. Elle le f'ra pas, sinon c'est sûr que la Présence partira.

~ Tu peux pas t'en aller...


Sa Voix se brise et elle tombe à genoux. Elle sent les Larmes qui montent et qui chauffent ses paupières. Elle ferme celles ci encore plus, plus fort ! Elle doit pas pleurer, elle a déjà entendu les Sanglots de l'Autre tout à l'heure. Plus de Sanglots. Plus de Tristesse Impossible à retenir. Plus jamais.

Comme une Poupée Russe abandonnée qui retrouve sa Moitié.

 RPG+  Myriade de Sens

La journée aurait pu être ordinaire. Enfin non … La journée était ordinaire. C'était l'automne et les arbres perdaient leurs feuilles en même temps que de belles couleurs chatoyantes s'installaient doucement autour du château. Tu t'étais levée à l'aube, comme à ton habitude… Et telle une fleur, tu étais allée t'installer dans le parc, à l'abri d'un grand arbre pour pouvoir feuilleter en toute tranquillité un bouquin légèrement ennuyeux au titre pompeux : Les préceptes de la médecine anciennes et nouvelles au travers des siècles. Un bouquin que tu appréciais visiblement beaucoup quand on jugeait l'état assez pitoyable des coins de ce petit livre.



Autour de toi, il y avait cette curieuse petite créature. Ta nouveauté dans cette année scolaire. Il s'appelait Aizon, c'était un mâle à la belle fourrure d'un mauve soutenue. Il grimpa alors sur ton livre et lâcha alors une petite pointe d'urine qui te fit persifler et le chasser de là en vitesse alors que tu poursuivais ta lecture. Enfin … Peut-être pas pour très longtemps encore. Un mot d'échapper et tu avais beau parcourir les lignes dans tous les senpour essayer de l'expliquer que cela s'avéra une tâche beaucoup trop compliquée pour cela.

Tu frémis intérieurement et la frustration sembla s'emparer de toi. Soupirant de mécontentement, tu finis par rassembler ta cape sur tes épaules et chasser de tes cheveux les quelques feuilles mortes qui s'y serait caché avant d'appeler ton petit animal de compagnie qui refusa tout net de te suivre. Tu dus te fâcher, négocier, supplier avant que finalement, au bout d'une dizaine de minutes, la petite boule de poil consente enfin à parcourir l'espace entre sa position et ta main, puis entre ta main et ton cou. Ouf, le voilà en sécurité. Tu te redressas et tu pris machinalement la direction du château. La bibliothèque devait à présent être ouverte et tu pourrais alors sans doute trouver des réponses à tes questions. Peut-être même que la bibliothécaire prendrait la peine de t'aider. C'était plutôt une bonne idée dans ton esprit, alors tu laissas tes pieds glisser sur l'herbe humide et se diriger à pas feutré vers l'immense bâtisse.

Il te fallait franchir les étages et lorsqu'enfin tu arrivas au bon endroit, tu pris le temps pour t'accroupir et laisser Aizon descendre de ta main dans un petit bourdonnement sonore de contentement, puis s'élancer dans le couloir en toute hâte. Cette vision te fit sourire et tu serras doucement ton livre contre ta poitrine avant de t'avancer à ton tour dans le couloir jusqu'à arrivée à un angle. Oui, un angle. Tu ne t'attendais juste pas à trouver ce qui s'y trouvait derrière.

Ton regard croisa le sien et tu perçus immédiatement les pleurs, la tristesse, le goût salé… Tu te stoppas dans ton élan et tu l'observas sans rien dire, juste en serrant un peu plus fort ton livre contre ta poitrine.

Pas le temps de réaliser que c'était la fille que tu avais admiré… Pas le temps de comprendre que c'était celle qui s'était comporté comme la pire des garces suite à la lettre que tu lui avais envoyé. Pas non plus le temps de voir que tu l'as fuyée depuis la rentrée scolaire, non pas par peur de la confrontation, mais plus par honte d'avoir été aussi idiote par le passé. Quel âge avions nous déjà ? Ah oui douze ans … Elle treize.

Une grimace se dessina sur ton visage. Un petit rictus au niveau de ta lèvre inférieure et au niveau de tes yeux flamboyants. Tu aurais pu continuer de l'observer ainsi longtemps. Sans doute, même, très longtemps, si tu n'avais pas entendu l'éclat de voix d'une autre… Ton regard se porta plus en profondeur dans le couloir et tu l'aperçus alors quelques mètres derrière la troisième année… Thalia donc … Ton regard se crispe alors que tu ne comprends pas vraiment la situation. C'est donc d'une voix parfaitement neutre que tu demandes :

"Qu'est-ce qu'il se passe ?"

Le Poufsouffle est Méchant, Le Poufsouffle est Sournois ! Le Poufsouffle Mord, griffe ! Il a les crocs !
3eme Année RP - 5ème Année Devoirs
Membre de la LSE

 RPG+  Myriade de Sens

L’histoire est en branle. Le conte de mon visage défait, les péripéties de mes larmes qui coulent. Je ne peux rien arrêter de tout cela. Ma face est une Chose en vie ; elle s’agite et se crispe. Elle prend des formes que je n’aurai jamais cru la voir un jour prendre. Pas ici, pas avec les Autres, pas au milieu des Autres. Pourtant elle se déchire de tous les côtés, ma face, m’arrachant les yeux et la bouche. Mon corps est secoué de sanglots douloureux.

La bête de ma tristesse. Je crois qu’elle est moche, mais moi je ne vois rien du tout. Au travers mes larmes, le couloir est flou. Mon coeur s’agite si fort, il bat derrière ma poitrine, il vole dans ma gorge, s'aplatit dans mon ventre. *J’te déteste*. J’ai envie de crier, mais je ne peux pas. Ma bouche est emplie de cris silencieux, mais surtout de pleurs. Ils explosent à mes oreilles et s’écoulent de mes yeux, mon souffle s’acharne à les expulser hors de moi ; il me faut prendre de courtes inspirations pour continuer à les faire sortir.
Mes doigts s’enfoncent dans la peau de mes bras, au travers ma cape. Ils déchirent ma peau, la fouillent, la grattent. Mes coudes rentrent dans mes côtes ; une barrière entre le monde est moi.
Mais il n’y a aucune barrière ; les souvenirs se ruent en masse dans mon crâne et partout où je pose les yeux je vois Charlie.
Charlie qui hurle.
Charlie qui pleure.
Charlie qui souffre.
Charlie qui rit.
Charlie.

Elle pourrait bien n’être qu’un pantin désarticulé par ma haine que je souffrirais toujours de sa présence. *Charlie*. J’en explose de sa présence. J’en étouffe.
*J’aurai pas dû t’rencontrer*. Cela me pète à la gueule ; ouais, j’aurais pas dû. Hein ? J’aurai pas dû.

Je ne sais pas comment je peux encore marcher. Mon corps entier se rebelle contre sa présence à Elle ; de mes jambes qui tremblent à mes entrailles qui déchirent mon ventre pour s’étaler contre le sol. Pourtant, je m’éloigne. Je ne sens rien, je n’entends rien d’autre que mes pleurs. Je ne veux rien d’autre que cela. Je suis enfermé en moi-même, enfermé avec une douleur qui grossit dans ma poitrine sans que je ne puisse savoir d’où elle vient exactement.

« NON ! »

Je frémis, je trébuche. Une inspiration brutale et je coupe mon souffle. Il se bloque dans ma gorge. J’arrête de trembler, juste un instant, avant de gémir et de fermer les yeux pour laisser sortir mon pleur retenu. Je me suis arrêté,  je crois. Je me suis penché en avant. Putain, ça fait mal de pleurer. Comment avais-je pu oublier cela ? Comment avais-je pu oublier la douleur de l’assaut des larmes ?

« T’en vas pas ! S’te plait, Aelle ! »

Tu restes là est-ce que je peux rester près de toi ?

Ah ! je les hais ! *Laisse-moi…*

« Non… ». Ma voix dégueule de mon corps. Je la vomis comme je vomis le reste avec mes larmes.

Ça tambourine dans mon dos. Mon coeur se serre, une vague de fatigue me secoue l’âme. Avec peine, je me retourne. Mes larmes se sont fait avaler par les mots de cette Fausse-Charlie. Je la vois courir vers moi, le visage froissé, les lèvres avachies. Je recule de mes jambes tremblantes. Je ne veux pas qu’elle approche ; je ne veux pas la voir.
A côté d’elle, il y a son fantôme. Il marche dans son sillage, il sourit. Charlie. Je la vois comme si elle était là. Je ferme les yeux très fort, explosant la tronche de mon souvenir avec l’obscurité, puis je les rouvre sur la Fausse.

Mon coeur se fait la malle. Mon esprit ondule dans ma tête. Ma vision est floue sur les contours, pleine à l’intérieur. Trop pleine.
Le trop plein peut voir les lèvres de la fille s’agiter. Mon visage tordu se crispe, je respire difficilement, par à-coup.

Et elle tombe. Putain, comme Charlie, elle tombe. Comme Charlie, mon corps frissonne vers l’avant. Mes mains, elles, restent autour de mon corps ; je ne veux pas qu’il s’effrite. Je frissonne vers l’avant. Un pas vers celle dont le visage fermé dégouline horriblement. *NON !*.
Non. Je m’arrête. Mon visage crispé me fait mal. J’essaie de fermer la bouche ; je n’y arrive pas. Elle est ouverte sur la fille, comme pour lui cracher dessus. Ma salive forme une plage sur mes lèvres. La seule chose que je peux faire c’est détacher mon bras pour l’effacer d’un revers de manche. J’aurai dû le laisser tomber, ce bras. Pourtant, il reste contre ma bouche et appuie sur mes lèvres. Le goût du tissu touche ma langue. Mes yeux se remplissent de larmes douloureuses, encore ; ils me font mal ! J’ouvre la bouche un peu plus grand. Mon Regard pisseux est sur l’Autre. *Arrête !*. Mon bras s'insère dans le gouffre de mon visage. Mes dents prennent place autour naturellement ; je serre la mâchoire. Pas fort. Juste un peu, pour sentir la douleur dans ma peau. Pour enfoncer mes crocs dans ma douleur. Pour défoncer mes pleurs.

Des mes yeux coulent des larmes. Le courant prend la forme de mes joues puis tombe sur les commissures de mes lèvres pâles d’étirement. Le goût entre dans ma bouche je déglutis difficilement.

Je n’arrive pas à me détourner. Elle est là, avec ses yeux pleins de larmes et son visage dégueulasse. Il est recroquevillé, il est moche, il est fermé. Et je n’arrive pas à savoir si cela me plait ou non. Elle aurait dû rester à sa place, ne pas m’appeler. Ne pas m’arrêter.

Est-ce que tu peux rester avec moi ?
*Non Charlie ! Non, j’peux pas. J’veux pas. Putain, j’veux pas rester avec toi, ni avec elle d’ailleurs. J’veux pas être... pitoyable*.
Pitoyable. Ce mot me fait mal. Mais il me fait du bien. Il a sa place dans ma tête. Il a sa place en moi. Je le comprends un peu, ce mot. Je le comprends pour l’avoir utilisé sur ‘Naël et peut-être sur les autres, aussi. *Zak’...*. Il me saute à la gueule, ce Grand Con. En un fragment de temps, je veux l’avoir près de moi, Zakary. Ouais, avec sa grande gueule il boufferait ma tristesse. N’est-ce pas ?

Je me retourne brusquement quand un bruit de pas envahi le couloir.
*Pas maint’nant !*.
Mes yeux écarquillés s’agitent sous mes paupières pour éclaircir ma vision. Mes dents lâchent mon bras qui cogne brutalement contre mes côtes *aah*. Je me redresse un peu. Mes épaules se sont tendus.
Il n’y a qu’un Autre qui peut arriver maintenant. Quand je la vois, je ne ressens rien de plus. Je la regarde apparaître devant moi comme un putain de fantôme avec son corps d’enfant et sa cascade brune ; elle aurait pu ressembler à l’Autre à terre derrière moi mais non. Non, elle, c’est une Inconnue qui n’a rien à foutre là.

« Qu’est-ce qu’il se passe ? » demande-t-elle d’une voix lointaine.

Sa voix est fade. Elle coule comme de l’eau. Elle s’accroche à mon âme puis se dilue dans mon corps. Sa voix est incohérente. Elle est Là, alors que nous sommes Ici.
Mais sa voix, j’en ai rien à faire. Ce que je vois, ce sont ses gouffres sans vie. Ils me mattent d’un drôle d’air qui ne me plait guère. Il me fait trembler cet air.
La folie de l’instant se jette sur mon âme et je baisse la tête, le souffle court. Je lève une main pour me retenir au mur. Je me plaque contre lui.

Je jette un regard à l’Autre avant que mon coeur ne commence à s’emballer. Alors je lève mon bras, encore une fois, et j’essuie mes larmes avec le tissu rugueux de ma cape. Je frotte, encore et encore, je frotte car plus j’essuie, plus mes yeux se remplissent de larmes brûlantes que je ne parviens pas à stopper.

Sur ma gauche, j’entends l’Autre-fausse-Charlie chialer doucement et sur ma gauche je sens ses Yeux me fendre le crâne. Et là, en moi, mon coeur pèse si lourd qu’il me fait mal.

« Dégage, grogné-je d’une voix inaudible derrière ma manche. Ça s’voit pas qu’y a rien ? »

Je n’ose plus la regarder. La Fille-à-terre. Quand je tourne mon regard sur elle, une peur sans nom me brûle les veines et je détourne les yeux. Alors je regarde d’Autre fade derrière le rideau de mes cheveux qui lui cache ma misère. Je la regarde et j’ai encore l’impression qu’en une fraction de seconde je pourrais me mettre à hurler alors que je n’ai même plus la force de respirer.

Extase