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 RPG+  Myriade de Sens

Sa main fouille dans les replis de sa robe et se referme sur la Baguette. Ah ! Elle est encore là, celle ci. La Gamine n'a pas eu la force de la laisser au dortoir, au milieu des Autres. Ses doigts se serrent autour du bâton, ses phalanges blanchissent sous l'effort. *J'peux pas* Elle peut plus la lâcher, tout son Être s'accroche à ce morceau de bois dégueulace sans lequel elle n'est rien.
*J'la déteste* Elle hait ce... ce truc ! Et pourtant sa main s'y agrippe s'y puissamment qu'elle en a mal, parce qu'elle en est dépendante, et qu'elle le sait au fond d'elle même. Sans la Baguette, l'Enfant n'est rien, elle est encore plus nulle que d'habitude. Encore plus incapable.

*Pitoyable*
Elle est pitoyable. Son incapacité à se détacher du bâton, c'est pitoyable. Ses Obsessions qui reviennent à chaque instant alors qu'elle leur hurle de dégager, c'est pitoyable. Elle est juste... pitoyable. Tout son Être est pitoyable.
Et l'pire, c'est qu'elle se cramponne à ce bout de bois alors qu'il lui sert à rien. Elle a juste besoin d'un truc pour pas Sombrer. Pour pas tomber, là, tout de suite. Elle est déjà par terre, pourtant. Sur le sol et dans sa tête, elle est par terre. Tout au fond. Là où elle peut plus remonter. Elle est tout au fond et elle a même pas envie d'essayer de remonter. C'est trop dur, elle en est incapable.
*Pitoyable*

Elle est pitoyable du Monde. Pitoyable de la Vie qui lui a été donnée ; de la Vie qu'elle veut balancer. Pourquoi elle le f'rait pas, tiens ? Pourquoi elle Arrêterait pas ? *J'pourrais* Elle pourrait rester là pour toujours. Partie. Morte. Sauf qu'elle est déjà Morte. Ah ! Elle est déjà Morte. Oui, c'est ça l'truc qu'elle avait pas saisi. Le Sens. Ou alors p't'être qu'y'a un autre Sens. Le Sens de la Présence. *Aelle*
Elle sent toujours le poids de ses Perles sur son corps mais c'est plus pareil. Comme si elle n'était plus là pour Aelle. *Déjà Morte* Oui, la Présence regarde quelqu'un d'autre. Elle existe plus, elle. Elle est déjà Morte.

Si elle est déjà Morte elle peut peut-être repartir Vivante.
Mmh... Peut être que c'est pas à la Vie de dégager, mais plutôt à la Mort. Ouais, elle est déjà Morte. Alors elle pourrait peut être Vivre. Nan ?
Elle pourrait peut être ; mais elle en est incapable.
*Pitoyable* Les Larmes dégoulinent toujours sur ses joues pâles, tombant sur le sol avec un bruit claquant. Elle veut arrêter de pleurer mais elle y arrive pas, elle est pitoyable. Et ses Larmes vomissent tout ça, font dégager son Incompréhension et sa Haine. Sa Haine d'elle même.
Sa Haine de l'Autre.
De la Présence.

*J'te Déteste, Aelle*

Elle est pitoyable. Pitoyable à cause d'Aelle. À cause des Mots d'Aelle, des Actes d'Aelle. À cause de la véracité d'Aelle. À cause de ses putains d'Perles qui sont bien trop Puissantes et qui creusent un trou dans la tête de la Gamine. De son Regard qui est Ici sans être Là. Tout à l'heure, il était Là. Mais ça a changé, il est Ailleurs. La Présence est Ailleurs. Et l'Enfant n'existe pas dans cet Ailleurs, et elle en est tellement dégoutée que ses sanglots redoublent de puissance.

Elle est pitoyable. Pitoyable devant Aelle.

*J'te Déteste* Elle veut que l'Autre dégage, tout de suite. Elle veut pas être pitoyable devant elle. Elle veut pas être Morte devant elle.
Elle avait dit "Plus jamais Faible". Elle avait dit qu'elle serait Forte. Sauf qu'elle est déjà Morte, elle peut plus rien faire. Elle est incapable de revivre. A t-elle seulement déjà été Vivante ?


Et un bruit de *Que...* pas se fait entendre dans le couloir. Une voix d'Autre, une voix neutre, sans Vie, sans Sens. Une voix déjà entendue. *Mcwood* C'est quoi son prénom ? Aucune idée. Elle le connaissait avant, elle avait causé à la gamine qui le portait. Les longs et pourtant si courts mois d'été lui avaient fait oublier ce détail insignifiant. Rien à faire.
Qu'est-ce qu'elle fout là ? Non, elle n'est pas Là. Elle aussi elle est Ailleurs mais pas dans le même Ailleurs que la Présence, parce que cette dernière est dans un Ailleurs qui touche celui de la Gamine. Qui l'effleure, qui s'en approche d'instant en instant.


*Y s'passe pas rien !*
Pourquoi qu'elle dit ça, Aelle ? Il ne se passe pas rien, non, pas rien. Il se passe quelque chose, quelque chose d'important, mais la Jaune n'est toujours pas capable de savoir quoi. Mais ça regarde pas MacWood. Elle n'a qu'à dégager, à les laisser tranquille. Toutes les deux. *Les Quatre*
Toutes les quatre. La Présence s'est éloignée, mais elle est toujours Là ; tandis que les deux Autres l'ont rejoint. Elles. La Poufsouffle aurait dû s'en douter. L'Obsession planait dans l'air depuis trop longtemps pour ne pas la rejoindre à ce moment là. Qiong & Charlie.

Elle peut pas voir Aelle. Et dans le Noir elle est vraiment avec les Autres. Sauf qu'elle veut qu'Elles dégagent. Qu'Elles la laissent Seule. Seule avec Aelle.

*J'dois ouvrir les yeux ?*
Est-ce qu'elle doit ouvrir les yeux, laisser la Lumière de l'Aube entrer par ses Perles ? Ouvrir les yeux pour lancer un Regard de Glace à Mcwood et lui dire de dégager ? Ouvrir les yeux pour forcer Qiong et Charlie à partir ? Ouvrir les yeux pour que ce soit elle que la Présence regarde ?

*Non*
Elle ne doit pas le faire. Elle l'a promit. Elle va tenir sa Promesse même si ce s'rait peut être mieux qu'elle ouvre les yeux. Peut être qu'elle les ouvrira après.
Avant elle doit faire dégager l'Autre.


« Mcwood..., vomit elle. Dégage. Il s'passe rien ! Rien qui t'regardes ! »

Le Murmure s'est transformé en Cri. *Dégage*
Laisse la Seule. Seule avec Aelle.
Et peut être qu'elle ressortira d'Ici Vivante.
Dernière modification par Thalia Gil'Sayan le 16 novembre 2018, 16 h 48, modifié 1 fois.

Il n’y a plus que ce [Néant,
Qui me bouffe en me [Brisant

 RPG+  Myriade de Sens

Ton regard se planta dans celui de la troisième année. Tu ne savais pas comment réagir pour l'instant et tu te montrais donc patiente. L'observant en restant insensible à ses pleurs et à son… Apparente détresse. Ce n'était qu'une garce après tout et elle aimait être méchante gratuitement. Tu n'aimais pas ce genre de comportement et cela t'avait beaucoup appris.

Heureusement pour toi, tu faisais partie de ces personnes qui apprennent beaucoup de leurs erreurs. Depuis lors, tu t'étais endurcie et surtout, tu avais grandi. La maturité, mais aussi l'adolescence et la crise qui allait avec. Cette fameuse crise qui faisait travailler tes neurones, mais aussi exploser dans d'effroyables colères quand tu te sentais poussé dans tes retranchements. Ou encore dans des situations que tu n'appréciais guère.

Dès que l'impolitesse sortie de la bouche d'Aelle, tu sentis ton sang monter en température. Le rouge te monta aux joues et tu lui répondis en dégueulant toi aussi ses paroles :

"Et pourquoi je dégagerais bouffonne ?"

Tu la regardas de haut en bas, la jugeant clairement du regard et un sourire de moquerie, oui de la pure moquerie se dessina sur tes traits juvéniles :

"T'as cru que le château était à toi Bristyle ? T'as pensé que t'avais bien fait de revenir ? T'aurais mieux fait de rester chez toi !"

Mais déjà, l'autre se mettait à parler. Au début, tu pensais qu'elle n'allait pas bien, mais la ferveur qu'elle mit à te dire de partir avec un langage qui n'avait rien de poli mis un terme à toute ta bonne volonté de comprendre ce qui se passait ici, mais surtout, à vouloir leur venir en aide. Seulement, voilà, au lieu de passer ton chemin et de les ignorer comme tu l'aurais fait normalement, tu ne pouvais pas rester de marbre face à des paroles pareilles.

Tu fermas les yeux quelques secondes, juste le temps de remettre en place une mèche de cheveux rebelle et aussi, d'arranger un peu ta frange. Ton regard se planta alors sur Thalia, oui elle-même, celle qui avait décidé de nettoyer le sol avec sa culotte. Visiblement, elle aimait bien se mettre dans la merde dans tous les sens du terme :

"Toi aussi, t'as cru que le château t'appartenait ? Tu joues les princesses Gil'Sayan et pourtant, tu te roules dans la merde …"

Ces deux filles étaient franchement navrantes. Tu posas tes yeux sur Thalia et pleine de méchanceté, tu lui crachas :

"Tu prends exemple sur les mauvaises personnes ! Toi aussi, tu veux te faire virer ? Tu veux rater ta vie comme elle ?"

Puis, une nouvelle fois ton regard, plein de provocation se porta sur l'élève d'une année de plus que toi . La déchus… Celle qui avait mis l'honneur des poufsouffle à mal … Celle qui ne méritait pas de faire partie de cette superbe maison.

Tu n'aimais pas qu'on t'interdise de faire quelques choses, pour toi, c'était la meilleure des façons de te faire sortir de tes gongs et de justement, faire la chose en question.

Tu soupiras de façon plus que prononcer, puis sans prendre la peine de demander pardon, tu passas, bousculant fortement Aelle, et ignorant superbement Thalia. Qu'elles restent toutes les deux dans leur petit univers, seules au monde !

Le Poufsouffle est Méchant, Le Poufsouffle est Sournois ! Le Poufsouffle Mord, griffe ! Il a les crocs !
2eme Année RP - 5ème Année Devoirs

 RPG+  Myriade de Sens

Sa face lisse est une insulte. Un gros mot qu’elle me lance à la figure. Je le prends comme une attaque personnelle ; je regarde, mon souffle est court. Il y a dans les yeux de l’Autre une normalité qui me frappe. Ses yeux bruns sont vides de larmes et sa gueule pâle comme la lune. Pas d’eau, pas de rougeur, pas de grimace. Une face d’Autre. Sans pouvoir m’en empêcher, le coeur au bord des lèvres, je regarde la Fausse du coin de l’oeil. Son visage à elle est complètement défait, ravagé. *J’comprends pas*. Par Merlin, je ne comprends pas ce qu’il se passe ici.

Ma main qui est accolée au mur est la seule chose de ce corps qui ne tremble pas. Elle est solidement aplati contre la pierre, puissante et forte. Le reste, lui, est habité d’une peur sourde qui me hante les veines et qui fige mon esprit. Cette peur, douloureusement liée à ma perdition, me fout à terre. Elle est si forte que mes jambes tremblantes perdent toute leur fougue. Je ne peux faire rien d’autre que rester ici. Coincée entre une fadeur et une folle. Une folle qui m’en rappelle une autre.

Soudainement, je tourne la tête vers l’Autre. Son visage s’est légèrement modifié. Peut-être. Je n’en sais rien. J’en ai rien à faire. Mais à cet instant, le sursaut de mon coeur me dit que c’est ici qu’il Faut regarder. Bouche bée, mon esprit s’éloigne du Reste pour mater cette tronche qui se recouvre de rouge. Je vois ses joues se faire envahir par la couleur et quand je remonte pour me plonger dans son regard, mon coeur se tord : je les connais, ces yeux. Ouais, je les connais.
Mais je n’ai pas le temps de songer :

« Et pourquoi je dégagerais, bouffonne ? »

*Qu…*.
Mon souffle se bloque dans ma poitrine, j’écarquille les yeux. De tout mon regard, de tout mon crâne vide, je regarde cette Autre et je frémis quand ses yeux me quittent pour scruter l’ensemble de mon corps. Je gémis intérieurement quand je la sens passer le long de mes bras pour couler sur mes jambes. Elle voit tout ce que je suis et je crois, comme le hurle mon corps, qu’elle n’aime pas ce qu’elle voit. Je me crispe, je détache lentement ma main du mur. La pulpe de mes doigts frôlent encore la pierre.

Ce dessin qui se matérialise sur son visage, je le connais. Je le vois souvent depuis que je suis revenu au Château. Mais ces traits-là sont d’une puissance particulière et par tous les mages, ils me font flipper.

« T’as cru que le château était à toi, Bristyle ? »

Elle me connaît ! Mon coeur rate un battement et s’emballe dans ma poitrine. Il bat furieusement, m’alpague dans son rythme fou que me fait flancher. Ma respiration qui s’était bloquée retrouve son cours et me déchire la gorge. J’ouvre la bouche pour le laisser passer.
Elle me connaît.

« T’as pensé que t’avais bien fait de revenir ? »

Elle crie comme un chien en colère. Les quatre pattes plantés au sol pour que son cri parte avec puissance ; il le fait, il me frappe. Je détache ma main du mur et je ramène mon bras tout contre moi. T’as pensé que t’avais bien fait de revenir ? *’raison*. Ah ! Merlin, non ! Non, je n’ai pas fait le choix de revenir. Je ne l’ai pas fait, putain ! C’est Papa et Loewy qui ont voulu ça. Moi, je voulais rester à la maison. Au Dôme Libre, rester avec Papa et Maman, et aussi Narym et Zakary. Et Natanaël, aussi. Je ne voulais pas revenir !

J’ouvre la bouche pour respirer, mais rien ne dépasse la barrière de mes lèvres. Et pourtant, la fille en face de moi est claire, bien trop clair. Je vois les détails de ses cheveux sombres qui tanguent sous sa colère et je vois la lourdeur de son regard qui fracasse mon âme sur le sol de mon crâne. Et sa bouche pâle et tordue, je la vois bouger horriblement :

« T’aurais mieux fait de rester chez toi. »

Je recule, touché. Un son faiblard sort de ma bouche, pas assez puissant pour se faire entendre de mes oreilles. *J’aurais mieux fait d’rester à la Maison*. Je le sais. Et pourtant, ma gorge se noue et mes yeux me brûlent comme si j’allais me remettre à chialer. Comme si les mots de cette Autre pouvaient me toucher. Comme si je pouvais laisser une inconnue me dire ce que je savais déjà.

OUI, J’AURAI DU RESTER A LA MAISON !

Je vais te le hurler et te défoncer la gueule avec ! Je veux lui dire, ma colère flambe tout en bas de mon corps. Au dessus, la recouvre une couverture de peine qui me tord le coeur. Non, c’est la colère qui me fait mal. La peine n’est rien. Si ma gorge est nouée, c’est parce que les mots sont coincés dans ma gorge. N’est-ce pas ?

« Mcwood… »

*L’autre !*.
Je me souviens soudainement de sa présence. De son horrible et imposante présence. Elle m’écrase alors, comme si elle avait toujours été là mais que je l’avais oublié. Elle m’écrase l’esprit de sa présence déstabilisante.
Je me retourne. J’écarquille les yeux en avisant son visage fermé qui tremble sous ses mots.

« Dégage ! Il s’passe rien ! Rien qui t’regarde ! »

La bouche s’est déchirée pour jeter ses mots à la face de l’Autre. Le cri passe à côté de moi mais ne me fait pas mal. Pourquoi il ne me fait pas mal ? Il aurait dû me secouer, au moins me faire frémir. Mais il ne fait rien d’autre que me caresser, avant de frapper l’Autre.
Inconsciente, je le suis du regard jusqu’à ce que mes yeux se posent sur l’Autre. Maintenant, je sais qu’Elle est derrière moi. La Fausse. Juste là, à crier encore. Juste ici.
Et moi. Moi, je ne sais pas où je suis. Je suis coincée dans mon corps recroquevillé, la gorge douloureuse et les yeux brûlants, le crâne rempli des paroles de l’Autre. Mais je ne veux pas pleurer, non. Je veux seulement me détacher. Laisser mon corps là où il est pour aller voir Ailleurs. M’échapper.

Mais l’Autre, Mcwood, *’m’dit un truc*, elle est encore là. Et par tous les mages, ses cris à elle me font mal.

« Toi aussi t’as cru que le château t’appartenait ? »

Je frémis légèrement. Derrière moi, je sens les Mots arriver sur le corps de la Fermée. Ils sont pour eux, ceux-là.

« Tu joues les princesses Gil’Sayan, et pourtant tu te roules dans la merde… »

*Gil’Sayan*.
*Gil’Sayan*.

Elle ne parle plus, elle crache. Elle crache. Elle me frappe.

« Tu prends exemple sur les mauvaises personnes ! »

Elle me hante.
Laisse-moi !
Elle me fait mal.
Mes ongles se crispent dans la peau de mes bras. Je me recroqueville, encore. Encore et encore, comme si je pouvais disparaître dans ma propre étreinte. Comme si, en me roulant sur moi-même, je pouvais cesser d’Entendre. Les paroles de cette Autre me font plus mal que tous les Regards qui m’ont déchiré l’âme ces dernières semaines.

« Toi aussi, tu veux te faire virer ? »

Putain, mais bouge-toi ! Réagis. Pourquoi je ne suis pas en colère ? Il n’y a rien, rien du tout ! Juste ce corps inutile qui ne bouge pas, cette face qui tremble et ses doigts qui se crispent. Il n’y a rien du tout ! Rien, si ce n’est mon coeur qui bat lentement au rythme des mots et mon esprit qui flanche sous la tornade de la colère. Et la mienne, hein ? Hein, la mienne elle est où ? Pourquoi je ne réagis pas ? Pourquoi je ne fais pas comme face à Zakary ou Natanaël ? Pourquoi je ne soulève pas le menton pour planter mes yeux dans ceux de cette Autre ? Pourquoi je ne souris pas et ne lève pas ma baguette, hein ?

« Tu veux rater ta vie comme elle ? »

Je ferme les yeux. C’est tout ce que je peux faire. C’est tout ce dont je suis capable avec ma gorge nouée qui me brûle le corps. C’est tout ce que je peux faire pour tenir éloigné de moi le sanglot qui me fouette.
Quand j’ouvre les yeux, elle avance. Je sursaute et libère mon corps. J’écarte les bras de mon buste et je me tends. Je n’ai le temps de rien. Déjà l’Autre est sur moi. Son épaule me défonce le bras, son souffle me caresse et j’ai le temps de voir plus près que jamais les stries sur ses lèvres avant que le coup ne m’envoie contre le mur. Le parfum de l’Autre envahit mon nez et je retiens inconsciemment ma respiration.

Le temps en arrêt, mon corps se meurt.
Le moindre de mes pores hurle l’attaque que je viens d’essuyer.
*Putain d’merde…*.
Mon corps tremble, tout mon corps. Du bout de mes mains à mes jambes trop faible. Je tremble terriblement mais je parviens à me retourner pour planter mon regard dans le dos de l’Autre-en-rage qui dégage, en reine. Je baisse mes yeux sur la Fausse *Gil’Sayan*. Je la regarde mais je vois au travers.

Tu veux rater ta vie comme elle ?

J’ai raté ma vie ?
Elle a tort, ça me saute à la gueule. Je veux crever plutôt que rester dans ce Château douloureux, crever plutôt que de continuer à La voir ; rien ne me donne plus l’impression d’avoir raté que Charlie. Je tourne ma tête vers l’Autre. La vie, ce n’est rien du tout. Ce n’est que le fil des jours qui passent. Ce n’est que moi. Juste moi. Et moi, je ne suis pas raté.

*Et elle ?*.
Gil’Sayan.
La fille fermé.
Elle est ratée, elle ? Elle est dégoulinante et elle me fait mal avec sa seule présence. Ce qui est raté, c’est sa voix qui me rappelle trop de choses. Il ne faut pas qu’elle l’ouvre, surtout pas, parce que ma gorge nouée est la seule chose cohérente dans mon putain de corps figé.

Je m’écarte doucement du mur, la peau tremblante de l’attaque de Mcwood. J’ai envie de grogner. Je retrousse mes lèvres pour faire sortir un peu de cette colère qui se bat avec la peine.
Je revois passer dans mon esprit les images de l’attaque, encore et encore. Du coup qui m’a renversé. Mais surtout, j’entends les mots.
Je ne peux pas rester là. Je ne peux pas rester sans bouger. Merlin, la Aelle d’avant aurait été fébrile de coups. Merlin, je peux encore sentir la marque de l’envie sur mon corps, mais je ne la ressens plus à l’intérieur. Et pourtant, pourtant mon corps boue, gardant en lui tout ce qui me fait mal. Dans son écrin, tout est plus douloureux. Charlie, les Autres, Gil’Sayan. Cette foutue, foutue, foutue Gil’Sayan et ses yeux de merde. Et la Aelle d’avant, elle, elle savait faire. Oh, par Merlin, elle savait tellement. Elle pouvait crier ! Elle se serait ruée sur la Mcwood et, par la Magie, elle aurait foutrement aimé lui balancer un Flamavo dans la tronche. Elle aurait fait cela, n’est-ce pas ? Ouais, j’en suis persuadé.

D’un mouvement habile je sors ma baguette magique.
Je me décale du mur, mes pas sont tremblants quand je passe devant la Fausse - sans la regarder surtout - pour me poster près d’elle, au beau milieu du couloir. L’Autre, elle est juste là. Pas très loin. Je reste plantée au milieu du couloir.
Un Flamavo et tout serait réglé. La pression qui me défonce le corps disparaîtrait. Je crois que je sentirais mieux après.

*J’me sentirais mieux après*.

Que cette visite soit aussi belle que nos Élans.
Qu'elle te chavire ; qu'elle te Ramène.

 RPG+  Myriade de Sens

L'Obscurité devient peu à peu oppressante, se referme comme un étau de fer autour de la Gamine. Son souffle se fait peu à peu rauque, précipité ; le Noir l'entoure et ça lui fait peur. Ses yeux clos la coupent du Monde, la coupent des Autres ; et elle aime ça. Le Monde n'existe plus, elle ne le voit plus. *Mais...* Mais les Autres sont là, elle le sait, maintenant. Il y avait eu un moment où elle les avait presque oublié, où elle s'était sentie ailleurs, loin des Autres et de l'Oppression qu'ils exerçaient sur elle. Et elle avait été bien dans cet ailleurs, dans ce lieu coupé du Monde ; Seule avec Aelle. Aelle... la Présence n'avait pas de corps pour Thalia, pas de représentation. Elle n'était que Sensation ; Sensation et Regard. Un Regard qui se faisait sentir, maintenant, qui pesait encore plus qu'avant sur la Poufsouffle ; parce qu'il n'était plus là. Que la Présence ne la regardait plus. Et elle n'avait plus de repère dans le Noir, elle y était perdue sans pouvoir en sortir.

Avec cette fille, dehors. Dans le Monde que la Jaune ne voyait plus, il n'y avait pas uniquement Aelle ; plus uniquement Aelle. Mcwood était arrivée et elle avait tout gâchée. Elle avait arraché à Thalia ses dernières chances d'être bien, d'être Seule. Elle avait brisé son Cocon de bien-être. *Quoique...* Ou alors celui-ci s'était brisé avant. Oui, il s'était brisé avant. Quand Elle avait dit qu'elle en avait marre. Quand Elle avait commencé à se barrer. Mais Mcwood était arrivée et avait empêché Aelle de partir avec sa Présence ; et la petite lui en voulait. Parce que maintenant, Aelle était là, mais elle ne la regardait plus. Elle ne lui prêtait même plus attention, elle ne voulait pas être là ; Thalia n'existait plus pour elle.

*Dégage*
Dégage, Mcwood. Dégage, Bristyle. Dégagez, foutez lui la paix, un peu. Elle n'a plus envie d'être là, maintenant. Elle a compris qu'elle était Vide, Morte, mais trop tard ; trop tard pour devenir Vivante. Et elle veut juste s'allonger dans un coin et pleurer, et vomir tout ce qui ne va pas avec ses larmes. Se vomir elle-même ; devenir quelqu'un d'autre, quelqu'un qui n'a pas d'Obsessions, qui n'a jamais rencontré Aelle, ni vu Charlie et Qiong, ni regardé sa mère et sa grand-mère mourir.
Elle est Seule dans le Noir, désormais. Réellement Seule.
Et puis l'Autre se met à causer.

« Toi aussi t’as cru que le château t’appartenait ? »

*Qu'est c'qu'elle...*
Mais... Que... La Gamine ne sait même plus si l'Autre s'adresse à elle ; visiblement oui. Pourquoi ? Ah ouais, c'est vrai. Elle lui a causé, tout à l'heure. Elle lui a dit d'dégager. *'l'a pas fait* Elle l'a pas fait, elle est encore là.

« Tu joues les princesses Gil’Sayan, et pourtant tu te roules dans la merde… »

Les Mots se précipitent hors de la bouche de Mcwood – elle l'imagine bien, ouais, sa grande gueule toute noire qui vomit des insultes. Et ils viennent la frapper, elle. *'tain* Elle a rien d'mandé. Son corps tout frêle se plie sous les Mots-qui-blessent, ses mains touchent le sol et se perdent dans ce contact froid.

*Gil'Sayan*
'tain. Elle avait pas l'droit. Oh non ! L'Autre avait pas l'droit d'utiliser son nom comme ça ; de s'en servir comme d'une insulte. Non, pas devant Ae... Quoi ? Non, elle n'avait pas l'droit de donner son nom, comme ça. Y'avait que Thalia qui avait le droit de dire à Aelle comment elle s'appelait, s'était pas à Mcwood de l'faire.
*J'te Déteste*
Encore une Autre qu'elle détestait. Ça commençait à faire beaucoup.

« Tu prends exemple sur les mauvaises personnes ! »

Ses traits se tordent sous le poids des Mots ; sa face toute pâle rejette les Paroles. *DÉGAGE !* Les larmes recommencent à couler, et elle hait Mcwood – le temps qu'ça lui avait pris pour les arrêter. L'Autre agrandit la faille de son Coeur à chaque syllabe, la frappe, l'enfonce plus profondément dans le sol. Elle n'aurait jamais cru que c'était possible de descendre plus bas, de se sentir plus nulle ; et pourtant ça arrive, là, maintenant.

« Toi aussi, tu veux te faire virer ? »

Oui !
Oui, elle veut s'faire virer, elle veut s'barrer ! Elle serait jamais retournée à Poudlard si elle avait pu ! Elle voulait rester chez elle, merde, elle voulait ne jamais être entrée dans c'château ! *Non*
Parce que si elle n'était jamais allée à Poudlard, elle n'aurait pas aussi peur d'en partir. Parce qu'elle peut même plus faire confiance à ses propres Pensées, trop confuses et contradictoires qu'elles sont. Parce que, si elle n'était jamais allé à Poudlard... elle s'rait pas là en train d'écouter Mcwood, elle s'rait pas là en train de se faire torturer par ses Mots et par le Silence d'Aelle.

« Tu veux rater ta vie comme elle ? »

*ARRÊTE !*
Ah ! La peur est remplacée par la fureur, dans les veines de la Poufsouffle. Une fureur viscérale qui la brûle plus que jamais, qui la fait trembler, mais qui lui fait du bien ; du bien et du mal.
*Dis pas ça !*
La Gamine a déjà ratée sa vie, tiens ! Elle l'a déjà foutue en l'air, dès l'instant où elle est née. Mais pas Aelle. Pour qui elle s'prend, l'Autre, tiens ? Pour qui elle s'prend, à dire ça ? PERSONNE n'a le droit de dire des choses pareilles. Thalia les pense assez souvent comme ça ; assez souvent pour qu'elle n'ai pas besoin que Mcwood en rajoute encore plus !

*Ferm'là !*
Elle s'effondre vraiment, cette fois. Les Mots se sont arrêtés mais elle les prend toujours en pleine face, elle entend toujours la voix de Mcwood en train de lui vomir à la gueule. Ses mains se plaquent contre ses oreilles, brusquement. Elle ouvre la bouche mais rien n'en sort, parce qu'elle n'est même plus capable de gueuler. C'est juste un Cri Muet qui résonne dans l'air, un cri de douleur et de désespoir. Ah ! Elle en peut plus, vraiment plus, cette fois. Elle arrête tout. Elle arrête de penser, de ressentir. Elle arrête d'Être Elle, parce qu'elle se dégoute.

Et puis elle entend le bruit des pas, des pieds qui claquent dans le couloir. Qui s'en vont. C'est elle, oui, c'est Mcwood. Elle s'en va, enfin. Mais c'est trop tard, elle l'a défoncée avant de s'en aller. Mais elle s'en va quand même.

TU DIS QU'ON S'PREND POUR DES PRINCESSES MAIS TU FAIS C'QU'ON T'A D'MANDÉ, IDIOTE !

Raaah... Ce qu'elle a envie d'lui hurler à la face, à l'Autre. Mais elle en est plus capable, plus du tout.
Et c'est là que le Silence la frappe.
La frappe de plein fouet.

Beaucoup plus fort que les Mots de Mcwood ; si telle chose est possible.
Le Silence.
Le Silence d'Aelle.
Ça fait bien trop longtemps que la Présence n'a pas causé.

*Qu'est c'qu'elle a ?*
Qu'est ce qui se passe ?
Est-ce qu'elle est seulement encore ici ?
Pourquoi elle la ferme ?
Elle est partie ?

*DIS QUELQUE CHOSE !*
Mais y'a que le Silence qui lui répond.
Et ses paupières fermées deviennent de plus en plus Oppressantes.
Les larmes amères collent ses cils à sa peau pâle.
La brûlent.
Lui font mal.

*J'en peux plus*
Elle n'en peut plus. Non pas d'être elle, d'être ici. Elle en peut plus d'être comme ça.
Dans le Noir. L'Obscurité devient réellement terrifiante, maintenant.
Et Aelle ne cause plus.
Est-ce qu'elle va bien ?

Peut-être que c'est pour ça que Mcwood s'en va ; parce qu'Aelle est partie aussi. Après tout, elle est bien plus intéressante que Thalia, n'est-ce pas ? Peut-être qu'elle est vraiment Seule dans ce couloir ; non plus Seule avec Aelle mais Seule sans Aelle.
Sans personne.
Perdue.
Dans le Noir.

Elle peut plus résister.
Elle peut plus continuer.
Elle est obligée.

Alors, lentement, ses paupières se décollent.
Et elle ouvre les yeux.

Il n’y a plus que ce [Néant,
Qui me bouffe en me [Brisant

 RPG+  Myriade de Sens

La rage au ventre et le cœur serré, tu étais passé devant elle. Un poids semblait s'être soudainement envolé de ton esprit. Ce poids immonde que tu portais depuis que tu avais reçu la réponse à ta lettre. Cette même lettre que tu avais envoyée à Aelle pour lui dire que tu la soutenais après son éviction du château. Qu'elle bêtise, tu avais commise ce jour là. Elle n'était qu'une paria. Une fille seule incapable de s'intégrer à la société. Une personne méchante qui ne savait pas voir la gentillesse et la bienveillance. Pour elle était tout noir et puisqu'elle avait décidé ainsi, tu étais toi-même décidé à lui montrer, les cinquante nuances possibles du noir le plus profond.

Comment on disait déjà ? Quand on a touché le fond on ne peut que remonter ? Grosse erreur. Tu allais lui montrer par A + B que lorsqu'on touchait le fond, on pouvait encore continuer à creuser !

Ce temps-là avait changé. Cette leçon, tu l'avais bien comprise et désormais, tu n'aurais d'admiration que pour toi-même et les personnes qui en valaient le coup. Bristyle, elle de son côté ne mériterai que du mépris et le petit chien chien qui essayait de l'imiter aurait le même traitement de circonstance.

Qui était la plus idiote désormais ? A d'ailleurs. Tu étais à peine arrivé au bout du couloir, que tu décidas une fois de plus d'enfoncer au clou bien profond. Tu te retournas presque théâtralement pour ouvrir les yeux face à la future attaque de ta congénère. Elle … Tremblante, sa baguette en main… Elle est si pitoyable que tu ne peux empêcher un sourire ironique de se dessiner sur ton visage alors que tu poses d'un geste négligeant ta main sur ta hanche, prenant la pose :

"Tu vas fais quoi avec ta baguette Bristyle ?"

Tu t'avances vers elle. Le regard flamboyant et la langue qui te démange. Auparavant, tu aurais eu peur d'elle dans une telle position. Auparavant, c'est quand tu lui vouais une certaine admiration… Quand cette fille représentait pour toi des rêves, des espoirs, de l'assurance et de la maturité ? Tout cela s'est envolé en même temps que les mots qu'elle a consignés dans cette missive que tu as précieusement gardée dans ton journal intime. Cette claque épistolaire qui t'a fait te réveiller et surtout réaliser que personne n'avait le droit de te parler de la sorte. Voilà qu'elle te menace de ta baguette, mais toi, tu n'as pas besoin de baguette.

Ta démarche est parfaitement assurée alors que tu t'approches d'elle, ce regard toujours aussi certain et flamboyant au cœur de tes pupilles.

Le geste et rapide et sec et la frappe à la main pour laisser sa baguette s'envoler d'une façon, tout ce qu'il y a de plus ordinaire avant de soupirer en me moquant. Je m'approche alors d'elle et murmure de façon à ce que cela ne soit inaudible que de nous deux :

"Alors Aelle* … Qui est la plus idiote des deux désormais ! Celle qui te juge de haut et qui marche fièrement, ou celle qui n'a plus d'avenir, de prestiges …. D'amis …"

Tu laisses en suspends la fin de ta phrase avant de t'éloigner un peu et de parler un peu plus fort …

"Ah non … C'est vrai … Des amis, tu n'en as jamais eu …"

Le pieu et désormais planté profondément en elle et tu la regardes une dernière fois … La dernière… Avant de quitter les lieux.


*Accentuation de la prononciation sur le prénom.


Merci pour ce RP les filles. Si aucune de vos deux personnages ne réagit ... Rapidement, cela marque la fin du rp pour moi.

Le Poufsouffle est Méchant, Le Poufsouffle est Sournois ! Le Poufsouffle Mord, griffe ! Il a les crocs !
2eme Année RP - 5ème Année Devoirs

 RPG+  Myriade de Sens

La Lumière qui la frappe lui semble bien trop forte pour être celle de l'Aube. Pourtant, le jour vient juste de se lever. Ses paupières s'entrouvrent comme si elle venait de se réveiller. Mais elle ne vient pas de se réveiller ; et elle a entendu beaucoup de choses. Beaucoup trop de choses. Les Mots d'Aelle, ces Mots si étranges qu'elle aurait voulu scruter chaque détail de la face de la Présence tandis que celle ci les prononçait. Et puis les Mots de Mcwood, les conneries que l'Autre lui avait dégueulé à la figure. Qui l'avait fait se plier en deux. Mourir une deuxième fois. Tomber plus bas que terre.

Il fallut du temps à la gamine pour comprendre sur qui s'ouvraient ses yeux. Devant elle, il y avait deux filles, dans le couloir. *'l'est pas partie* Aelle était toujours là. Son Silence avait une autre explication que sa Non-Présence, une explication que les yeux clos de la fillette n'avaient pas pu percevoir. Mcwood se fit repérer rapidement, sa démarche désinvolte et imposante ne trompait pas la Poufsouffle. C'était l'Autre, là, devant.
*Mais...*
Pourtant, cette fille, avec la Baguette sortie et son petit Être tremblant, était-ce vraiment Aelle ? Oui. Oui, c'était évident. Et pourtant, la normalité apparente de la Présence frappait Thalia en plein ventre. En apparence, la Jaune qui se trouvait devant elle était une gamine comme les autres ; une Autre, justement. Oh ! Mais c'était une Autre, dans tous les cas. Une Autre avec un sacré Don pour faire chier et faire réfléchir la gamine, aussi. Pour l'attirer, un peu trop fort à son goût. Beaucoup trop fort. Aaah... Même les yeux ouverts, le Monde révélé, elle n'arrivait pas à comprendre le Secret d'Aelle. Ce truc qui l'avait rendu si bizarre, si proche, si... si dans le même Monde, dans le même Ici, que Thalia, quand cette dernière était plongée dans l'Obscurité.
Mais la posture tremblante et féroce de Celle qui avait désormais une Apparence ne laissait pas de doute ; c'était Aelle. Les yeux fascinés de la Poufsouffle dévalèrent la courbe de son dos, descendant jusqu'à ses pieds puis remontant explorer les cheveux courts de l'Autre, avides de découverte. Aelle faisait face à Mcwood ; sa face était cachée par le reste de son corps. *'tain* Elle pouvait pas voir ses Perles ; elle aurait tellement voulu voir ses Perles. Mesurer leur Profondeur. Leur Réalité.

Et puis il y avait cette... chose qui attirait désespérément son Regard. Ce Bâton-de-Magie que Aelle tenait dans sa main. Fidèlement, Sincèrement. Sans peur, sans crainte. Sans dégoût. Comme si le bout de bois était son Âme-Soeur, une autre partie d'elle. Raaah... La honte et la colère se frayèrent immédiatement un chemin dans son Esprit, essayant de détrôner l'Incompréhension et l'envie qui régnaient quand elle pensait à l'Autre. Elle n'était pas comme ça, elle. Le bâton qu'elle sentait tout contre elle, à sa ceinture, pressant sa peau... elle le haïssait. Elle en était dépendante. Beaucoup trop dépendante. Elle le détestait ! Comment était-ce possible que la Présence ait l'air aussi à l'aise avec sa Baguette ? Thalia était-elle vraiment la seule à être dégoutée de cet objet si Puissant ?
*Oui* Oui, elle était la seule. Oui, elle était la seule à être aussi anormale. La seule à avoir un lien aussi conflictuel avec sa Baguette. Ah ! Car le Bâton-de-Magie le lui rendait bien. Oh que oui ! Les sorts n'étaient jamais ceux voulu ; ou très peu souvent. Quand c'était essentiel, elle n'y arrivait pas. Ou elle y arrivait. Tout dépendait du bon vouloir du bout de bois.
Ou de son incapacité.
Parce qu'elle balançait toutes les fautes sur la Baguette.
Sauf qu'elle était tout aussi nulle que celle ci.
Incapable.
Pitoyable.

Et les deux Autres semblaient à l'aise avec leurs Baguettes ; Aelle tout du moins. Elle semblait normale. Normale mais différente. Sa posture, sa démarche. Sa face aussi, sans doute. *Mais elle est cachée* Les Perles de la Présence se dérobaient à sa vue ; se cachaient derrière les cheveux mi-longs qui dégoulinaient sur les épaules. *Magnifique*
Non. Pas magnifique, juste belle. La Présence était juste belle. Rien de plus. Magnifique était un Mot qui ne pouvait être attribué à un humain ; qui ne pouvait désigner qu'une Énergie, une force de la Nature. Ou un Élément, un Minéral, un Être Vivant Animal. Pas un humain. Les humains étaient tous moches, dégueulasses. Certains plus beaux que d'autres. Plus brutes, plus réels. Comme celle qui se trouvait devant elle. *Aelle*

Et pourtant le Mot magnifique semblait adapté. Naturel. *Magnifique* Le Mot roulait sous sa langue, même en Esprit. Adapté non pas à l'Apparence de l'Autre, mais à l'Être. À l'Aura bizarre et inhabituelle qui se dégageait d'Aelle.

Un mouvement attira son attention, soudainement. L'Autre, la brune, Mcwood. Qui se retournait, brusquement. Lançait une pique amusée et moqueuse en direction d'Aelle :

« Tu vas fais quoi avec ta baguette Bristyle ? »

Instictivement la gamine retient sa respiration ; tous ses muscles se tendent, près à Subir. Mais l'Impact ne vient pas ; les Mots blessants ne sont que pour Aelle. Ils bousculent Aelle, foncent sur son corps. Mais ne touchent pas Thalia ; parce que Mcwood n'a plus de Mots pour Thalia. La Poufsouffle de son âge ne l'intéresse plus ; seule compte l'autre, celle contre laquelle elle semble avoir un sérieux problème. Oui, il semblait y avoir de la haine en Mcwood ; de la haine dirigée vers Aelle.
*Ben tiens*
Mcwood était donc en tous points normale. Oui, sa normalité à elle aussi était frappante. Moins blessante que celle de la Présence, pourtant, parce que celle-ci semblait normale quand elle avait les yeux ouverts alors qu'elle l'avait fait espérer quand le Monde lui était caché.

Les Autres étaient si étranges. Si stupides. Mais au moins, ils n'étaient pas incapables, ni pitoyables. Pas comme elle. *Quoique...* Mais en cet instant, la Poufsouffle se demandait si elle ne préférait pas être inutile qu'être comme les autres, qu'être pareille. Pas comme Mcwood ; parce que Mcwood suivait le troupeau.
Aelle s'était fait renvoyée. Pour s'être apparemment mal comportée. La Jaune ne savait pas, elle n'avait pas vraiment écoutée. Dans son coin, à sa table, elle était plus concentrée sur un bouquin que sur les chinois. Sans doute était-ce pour ça qu'elle n'avait pas vu Qiong avant. Elle n'avait relevée la tête que quand la directrice s'était levée ; quant elle avait attrapée Aelle pour la forcer à se lever. Mais elle ne l'avait pas regarder ; elle ne s'était même pas souvenue de cette fille. Mais toujours était-il que l'Autre s'était fait renvoyée, et que cet élément inhabituel avait suscité de la haine, de la haine et de la moquerie.
Oui, Mcwood suivait le troupeau. On détestait Aelle, elle détestait Aelle.
*Moi aussi, j'la Déteste*

Elle aussi, elle déteste Mcwood. Et Aelle. Pas pour les mêmes raisons ; pas pour avoir eu le courage et la force de survivre hors du Château. Elle la détestait pour l'avoir troublée ainsi. Pour avoir été la seule personne assez intéressante et troublante qu'elle avait vu depuis la rentrée. Pour avoir failli comprendre ce que la petite était et révéler ce qu'elle était, et pour s'être dérobée juste après.

Mcwood s'est approchée d'Aelle ; lui murmure quelque chose. *Quoi ?*, hurle tout l'Être de la petite. Qu'est c'qu'elle lui dit ? Thalia tend l'oreille ; mais elle n'entend rien. Rien d'autre qu'un Murmure persistant. *'tain* Et puis l'Autre se recule, et un sourire moqueur tord de nouveau sa face tandis qu'elle ouvre son Gouffre. *J'avais raison* Ah ! Elle avait bien imaginé le Gouffre de Mcwood, cette bouche toute noire qui s'ouvrait, puis qui crachait des Mots blessants.
Et ça ne loupait pas.

« Ah non … C'est vrai … Des amis, tu n'en as jamais eu … »

*Idiote*
Pourquoi Mcwood ne savait faire que ça ? Blesser les gens.
Mais peut-être que c'était vrai. Qu'Aelle n'avait jamais eu d'amis ; après tout elle n'en savait rien.
Dans ce cas, sans doute que la Présence serait blessée encore plus.
Idiote.

La brune tourne les talons, s'en va. *Tant mieux*, pense tout d'abord Thalia. Sauf que non. Pas tant mieux. Elle ne s'est toujours pas expliqué avec Mcwood. Elle ne lui a toujours pas fait ravaler de force les Vérités Blessantes qu'elle lui a dégueulé à la face. Le Cri monte dans sa bouche, laisse un goût amer. Mais elle le ravale, de force. Est-ce qu'elle ne doit pas laisser Mcwood s'en aller ? Rester tranquille.
*Non*
Parce qu'il y a Aelle, et qu'elle a trop peur que celle-ci se barre dès que Mcwood ne sera plus là.

Alors sa face à elle aussi se tord, mais ce n'est pas un sourire qui s'y dessine, ce n'est rien, en fait. Sa face est comme elle : rien.

« Comment oses-tu ? »

Le Cri est sorti tout seul ; a dévalé sa langue pour se déverser dans l'air.

« Comment oses-tu dire des choses comme ça sur des gens que tu ne connais même pas ? »

*Peut-être qu'elle la connait*

« Tu dis qu'elle n'a pas d'amis ; peut-être est-ce vrai. Je m'en fous. Mais toi, en as-tu seulement ? »

*Moi, non* Elle n'a pas d'amis, Thalia. Pas de vrais amis.

« Tu dis à Aelle qu'elle ferait mieux de rentrer chez elle. As-tu seulement pensé une seule seconde qu'elle pourrait avoir eu envie de rester chez elle ? »

Pas elle. Oh non, si c'était vrai, la gamine ne comprenait pas comment cela pouvait être possible.

« J'la comprendrais, au moins tu s'rais pas en train d'la faire chier. »

Fini de causer de l'Autre. Et les Mots si blessants qu'elle lui à jeté à la face, à elle, tout à l'heure ?

« Tu dis que je prends exemple sur elle. »

C'est vrai. *Non*

« Tu dis que je veux rater ma vie comme elle. »

Aelle a raté sa vie ? Sans doute pas ; mais Thalia, elle, l'a déjà ratée.

« C'est faux. Je ne prends pas exemple sur elle. »

Si.

« JE LA DÉTESTE ! »

Oh oui, putain, elle la hait. Elle la hait d'être aussi troublante et importante, et de l'être devenue en quelquesminutes.

« ET TOI AUSSI J'TE DÉTESTE, MCWOOD ! »

Ah ! Ça fait du bien d'gueuler.

« J'vois même pas pourquoi j'te cause. »

De toute façon l'Autre part.

« Idiote. »

Elle se détourne, tourne le dos à Mcwood, et puis se relève. Fait quelques pas, s'adosse contre le mur. *J'suis comme Arthus* Quand elle a causé à Mcwood, quand elle lui a gueulé dessus, elle était comme son frère. Comme les Autres. Elle parlait même plus comme elle ; elle criait comme les Autres savaient crier.
*Pitoyable*
Ressembler à celui qu'elle haïssait le plus au monde, plus qu'Aelle, plus que Mcwood... le seul Mot pour désigner ça, c'était bien lui. Pitoyable.

Derrière ses cheveux sombres qui se rabattent sur son visage, elle jette un coup d'oeil à Aelle. Elle n'a toujours pas causé. Elle est Silencieuse ; comme Thalia d'habitude. Elle trône en Reine du Silence dans ce Monde plein de cris.

Mais elle, elle n'en peut toujours plus.
Finalement, ce n'était pas une si bonne idée d'ouvrir les yeux.

Il n’y a plus que ce [Néant,
Qui me bouffe en me [Brisant

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Qu’est-ce que je fais, par Merlin ?

Je sens ma baguette contre la peau moite de ma paume. Je sens mes jambes qui tremblent et mon coeur qui se révolte.

*J’fous quoi ?*

Mes yeux transperçant le dos de Mcwood, je ne vois rien d’autre. Rien d’autre que cette chose vide. Vide de ma propre volonté. Je devine mes cheveux autour de mon visage ; pourquoi eux, hein ? Je m’en fous de mes cheveux. Et pourtant, je les sens. Ils encadrent mes joues, des mèches partent dans tous les sens. Je vois même le bout de l’une d’elle gravir l’orée de mon regard. Mes cheveux sont fluides autour de moi, je dois me faire violence pour ne pas détourner mon regard de l’Autre pour les regarder.

*J’fous quoi ?*

C’est l’moment !
Ah, la voilà. L’Ancienne. Je me rends soudainement compte qu’elle est vraiment là, cachée quelque part sur le bord de mon oeil droit. L’Ancienne Moi qui gémit de colère. Par tous les Mages, comment puis-je être capable de deviner aussi facilement ce que j’étais ? Je la vois avancer et lancer un sortilège de toute sa force. Ah, qu’elle est belle. Je suis belle.

*C’est l’moment !*

Mcwood. Elle est là, devant moi. Elle s’est retournée ! Ma gorge se serre face à son regard ; non, face à son sourire. Il déforme son visage. Ah, Merlin, que je me déteste de trembler alors qu’elle s’avance vers moi. *Elle arrive !*. Mes yeux s’écarquillent. Je veux reculer mais je ne peux pas. J’ai peur ? Merlin, est-ce que j’ai peur ? Mes entrailles se tordent, mon ventre se révolte. Mon coeur bat dans ma gorge. J’ai tellement chaud.
Je crois que j’ai peur.
Dans le coin de mon oeil droit, l’Ancienne Aelle a déjà ri face au sortilège qu’elle a créé. Elle rit déjà devant l’air déploré d’une Mcwood hurlant de douleur.

Moi, je ne fais rien. Je ne fais rien du tout et cette Autre est tout près de moi, maintenant. Mon coeur bat si fort qu’il me fait mal. Il me fait tourner la tête ; je cligne des paupières pour éclaircir ma vue brouillée. Je ne pleure pas, non. Je suis seulement paumée dans ma tête. Paumée entre toutes mes pensées. Paumée dans mon propre corps.
Soudainement, je sens ma main. Ma peau me fait mal. Je ne peux pas regarder parce que Mcwood me capture. Ouais, elle me retient foutrement prisonnière de son sourire. Ma main, je sens ma main qui se fait mal en serrant ma baguette. Putain, je la serre si fort que ses aspérités me rentrent dans la peau !

*Mal*

Mcwood est là et je comprends instantanément que je ne bougerais pas. Je comprends que je n’en suis pas capable, que mon corps ne me répond plus. Je ne peux que Regarder en sentant mes veines se tordre sous la glace de ma peur.
Oh, par tous les Mages, j’ai envie de hurler et d’empêcher mon coeur de se liquéfier comme il le fait. Pourquoi il me fait si mal ? J’ai envie de pleurer. *Non !*. Non, ne montre rien. Ne fait rien. Surtout, ne montre rien. Rien du tout, hein Aelle ? Ne montre rien.

Le parfum de Mcwood m’explose les veines. Ah, je ne retiens pas ma respiration. L’odeur s’invite dans mon nez puis dans mon crâne. Je la déteste. Oh, je la déteste doucement et presque sans douleur. Je la déteste tout au fond de mon coeur, tout au fond de mon corps. Je la déteste sans trop le sentir.

Quand elle quitte ma main, je ne réagis pas. Soufflée, ma respiration se coupe. Je plonge dans le regard de Mcwood, j’y vois mon propre reflet, ma propre tétanie.
*NON !*. Mon coeur me fait si mal qu’il m’arrache une inspiration erratique. *Non !*. Je bouge les doigts de ma main. Ma baguette ! Non, non, pas ma baguette !

L’angoisse me vrille le corps. Je le sens planter ses griffes dans mes membres pour m’empêcher de bouger. Toutes mes pensées sont tournées vers elle, ma baguette. Je ne la sens plus entre mes doigts. Par Merlin, je ne la sens plus.
Je suis complètement à poil. Je suis complètement à toi, Mcwood. Je ne peux rien faire. Rien faire. Je n’arrive pas à m’arracher de ta poigne pour réagir à l’ordre de ma main qui tremble si fort qu’elle me cogne la cuisse : ramasse-la ! hurle-t-elle. *Baguette !*.

Et quand Mcwood se penche au-dessus de moi, que je sens sa chaleur frôler ma joue, je ferme les yeux car je suis tétanisée. Je suis tétanisée de sentir ses cheveux me caresser.
Ma peau se couvre de mille frissons. *Ma baguette…*.
Je ferme les yeux. Je ferme les yeux.
Je suis tétanisée. L’Autre, elle m’explose à la gueule. Elle m’arrache la peau, elle me déchire l’esprit, elle me pourfend l’égo. Il s’écrase sur la surface de mon existence. Non. En fait, je ne sais pas vraiment. Je ne sais pas trop. Je ne sais plus rien. *Ma bagu…*.

Elle est si chaude. *Mcwood*. Pourquoi suis-je ici ? Qu’est-ce que je fous là ?

« Alors Aelle… »

Sa voix. Elle est lointaine.
Pourquoi je la déteste si sourdement ? Pourquoi ne puis-je pas exploser de ma colère ?
Je suis tétanisée. Je tremble. Je tremble fort. Oh Merlin, je n’arrive pas à penser. Je n’arrive pas à penser.

« Qui est la plus idiote des deux désormais ! Celle qui te juge de haut et qui marche fièrement, ou celle qui n'a plus d'avenir, de prestiges… »

Je vais tomber. Je vais me ramasser la tronche par terre. Je vais tomber en avant, dans les bras de cette Autre. Je me sens flancher, renverser.
Ma respiration est laborieuse. Les mots peinent à se frayer un chemin dans mon crâne, pourtant Ils sont bien là. Dans mon coeur qu’ils marquent de leur feu.

« D'amis… »

J’ai mal. Ça y est, je me penche en avant, blessée. L’Autre dégage avant que je ne la touche. Je n’arrive plus à respirer.
Je ne suis pas blessée. J’ai juste peur. *D’amis*. Juste peur. Je secoue la tête. Je secoue la tête et j’ouvre grand mes yeux déchirés pour les foutre sur Mcwood. Elle est si grande, Merlin. *D’amis*. Je secoue la tête ; la tête mentale. J’envoie la pensée au loin, je l’envoie très loin. Je lui fous mon pied dessus et bientôt je ne l’entends plus.

Mcwood s’en va. Ma gorge est si nouée ; mes yeux me font si mal. Je la regarde partir, mes épaules tressautent sous ma respiration difficile.
*Qu’est c’que j’fous ?*.
Penchée en avant, la douleur est plus forte. Les yeux gorgées de larmes, je déplace tant bien que mal ma face vers le sol. Je sais que je dois récupérer ma baguette, mais je ne sais pas ce que je dois faire. Je ne sais plus comment me pencher, comment la ramasser.
*J’la vois pas !*.
Perdue, je relève les yeux sur Mcwood qui se barre.
*Non, baguette !*.

Où est-elle ? Le sol est flou, le monde tangue. Mon corps n’existe plus, je ne suis qu’un esprit qui Cherche. J’entends ma respiration dans mes oreilles, elle me déchire les tympans. Je n’arrive pas à faire partir ma peur. Elle est dans la moindre parcelle de mon coeur, me réduisant à l’état de rien, me bouleversant. Je suis bouleversée.

Un sanglot s’échappe de ma bouche. J’écrase mes dents sur ma lèvre.

*Mcwood*.
*Où elle où ?*.

Je tremble si fort que je vais tomber. Je tremble si fort que je me sens tomber.

Je suis complètement figée. Perdue dans mon propre corps. Je tremble si fort que j’ai l’impression de bouger ; mais rien ne bouge. Je suis plantée là, le regard rivé sur le sol et je ne vois pas ma baguette. Je ne la vois pas et c’est ça qui m’empêche de bouger.

« Comment oses-tu ? »

Le cri me frappe, je sursaute.
Sur ma gauche, il vient de là. Je tourne ma tête défaite ; elle est là.

Je gémis. Je peux bouger. Le monde tourne autour de moi quand je me recule. Elle est là. *Gil’Sayan*. Et alors ? Hein, et alors ? Je la regarde, et je ne ressens rien d’autre que la douleur qui me tétanise déjà. Je la regarde et mon coeur est toujours aussi vide de ce trop-plein. Celui qui me dit que rien ne va. Rien ne va.

Les mots s'enchaînent. Je les entends. Et alors ? Ils n’ont aucun sens. Je ne peux pas bouger, de toute façon. Je ne peux plus.
Le monde tourne sans moi. La bouche un peu ouverte, j’avale de mes yeux la fille-fermée qui ne l’est plus. Je la regarde sans la voir.

« JE LA DÉTESTE ! »

*Je…*

Je me détourne. Vers le couloir, vers les fenêtres.
Les Mots, comme une arme, se sont rués sur moi pour se planter dans mon coeur. Une douleur sourde se répand dans mes veines et dans ma tête. Une douleur pleine de chaleur qui fait flamber mes joues et roussir mes yeux.
*Ça r’commence*. La pensée est si claire dans ma tête. Elle s’impose naturellement dans mon crâne et s’installe confortablement avec tous ses souvenirs qu’elle déroule devant mes yeux ébahis. En fait, j’ai vraiment mal. *Ça m’fait mal d’partout*. Je cligne des yeux, je regarde le ciel puis le plafond. Ça me fait vraiment mal dans le corps et dans la tête.
Je crois que c’est la première fois que je m’en rend compte.

Je sais où je suis. Tout me revient. Je cligne à nouveau des yeux, de chaudes larmes s’en échappent et roulent sur mes joues. Je cligne encore et une goutte dégringole le long de mon menton.
Un hoquet me secoue la gorge ; un sanglot. Puis mon visage se froisse et je baisse la tête sur mes pieds sans trop de raison. Mes épaules se soulèvent autour de ma tête, en rythme avec mes pleurs. Ça me fait vraiment mal ; j’en envie de rire en même temps que je pleure. J’ai envie de m’arracher le coeur. Je lève la main et je crispe mes doigts sur ma robe.
Merlin, ça fait mal.

Et plus rien. A un moment, j’arrête de pleurer. Je veux juste m’en aller. Je veux juste marcher. Je me retourne ; du coin de l’oeil je vois Gil’Sayan, pas loin. Je la vois, Elle. Elle est exactement la même que celle qu’elle était lorsqu’elle avait les yeux fermés, quand je pouvais la voir sans qu’elle ne me voit. Je la regarde et mon coeur se tord. *’ouvert ses yeux*. Ils n’ont aucune beauté, mais ils me font mal. Elle me fait mal toute entière et soudainement, je me rends compte que je ne la reconnais pas. Quelle qu’elle soit, elle n’est pas celle qui me faisait me sentir bien il y a… Il y a quoi ? Cela parait si loin. Mon coeur me fait mal comme s’il attendait autre chose d’elle ; mais quoi ? Il n’y a rien à attendre. *l’est comme Charlie*.

Oh non. Je regarde avidement sa face pâle. Elle n’en a pas l’air, mais elle est comme elle. Violente. Douloureuse. Écrasante. Dangereuse. *Comme Charlie*. Oh Merlin, je ne peux pas rester là. Je ne peux pas. 

Je me baisse ; elle est juste là, à mes pieds. Ma baguette. Je n’ai même pas envie de rire, ni même de sourire. Je la ramasse et je ne ressens même pas sa fréquence bouillonnante. Je la fourre dans ma poche intérieure.
Je veux seulement m’en aller. M’éloigner de cette Charlie. Je ne veux plus jamais la voir, par Merlin. Plus jamais jamais jamais. Je vais aller me coucher ; oui. Peut-être me coucher.

Je tourne le dos à Mcwood, je marche quelques pas et je m’arrête. Je reprends ma route, passe tout près de Gil’Sayan. Je passe tout près et je ralentis. Je peux ralentir, hein ? Je ne veux plus jamais la voir, alors je peux bien ralentir. La dernière fois, avec Charlie, je n’en ai pas eu le temps. Mais là, je peux ralentir un petit peu, comme ça après je ne penserais plus à elle et à la connerie qu’elle représente. Cette Autre, c’est une grande blague. Une grande connerie que je dois vite faire disparaître. Mon épaule la touche et je soupire tout doucement. Quand je m’arrache à ce contact, j’ai vraiment la sensation de perdre pied. Vraiment. Mon esprit se renverse en arrière et disparaît derrière mes yeux vides. Mon corps, lui, avance.

Il avance sans s’arrêter, m'emmenant Ailleurs. Ailleurs d’ici. Je crois que je me mets à courir. Qu’elle importance ? Il me faut seulement de la distance ; entre elle et moi.

Que cette visite soit aussi belle que nos Élans.
Qu'elle te chavire ; qu'elle te Ramène.

 RPG+  Myriade de Sens

C'était les larmes qui l'avaient achevée.
Oui, c'était elles qui l'avaient tuée ; ou plutôt qui l'avaient fait s'effondrer. À l'intérieur, uniquement. De l'extérieur, elle était restée appuyée de tout son corps contre le mur, bien calée, pour ne pas s'effondrer pour de vrai, comme tout à l'heure. Les aspérités de la pierre lui meurtrissaient l'épaule, mais ses yeux de gamine restaient fixés vers Elle. La fille qui pleurait attirait désespérément son regard avide ; avide d'Aelle pour une raison incompréhensible à Thalia.

*'faisait longtemps*

Combien de temps ?

*Un, deux, trois, quatre... nan, un*

Oui, ça faisait à peine un mois qu'elle avait vu un Autre pleurer. Quand Mamie était Morte. Ils avaient pleuré ; ouais, ils n'avaient pas réussi à faire autre chose que de pleurer. Et puis elle, elle les avait regardé sans rien faire. Sans verser une larme. Oh ! Ce qu'elle s'en était voulu, ah ça oui ! Mais elle n'avait tout simplement pas réussi à pleurer ; toute sa Tristesse était restée à l'intérieur et en avait profité pour la dévorer toute entière. Ça avait du être un beau festin pour sa Tristesse, ouais. Un festin digne d'un roi.
Mais avant ce jour là, ça f'sait combien de temps ?

*Un, deux, trois, quatre, cinq...*

Trop de temps ; beaucoup trop. Pourquoi les Autres avaient-ils toujours les yeux secs alors qu'elle passait son temps à dégueuler des larmes salées ? Elle n'avait jamais trouvé la réponse ; à la place, des larmes coulaient sans relâche de ses Perles toutes ternes. Sauf là.
Là, elle ne pleurait pas ; elle ne pleurait plus. Les larmes qui n'avaient pas arrêtés de dégouliner depuis que le Cocon s'était brisé s'étaient enfin taries. À la place, le Monstre inconnu se déchainait à l'intérieur. Ravageait tout son petit Être de gamine, morceau après morceau. Mais les larmes ne coulaient plus, plus depuis qu'elle avait gueulé contre Mcwood. Et au moment où elles s'étaient taries, Aelle avait commencé à pleurer. D'un coup, comme ça.

*'ma faute*

Pourquoi ?

*'MA FAUTE !*

Pourquoi ne pouvait-elle pas s'empêcher de penser que c'était de sa faute, à elle ?
Ah ! Pourquoi la Présence s'était-elle mis à vomir toutes ces larmes, aussi ? Chaque goutte qui tombait à terre attirait désespérément la gamine. L'eau salée parcourait le sol de pierre par petites rigoles et s'étalait lentement en une petite flaque.

*Pourquoi ?*

Pourquoi tu pleures ?
Peut-être que c'était pour ça que ses yeux de gamines ne voulaient plus lâcher les larmes d'Aelle du regard ; elles étaient trop inattendues. Trop spontanées. Aelle était la dernière personne que Thalia se serait attendue à voir pleurer, là. Ah ! Comme elle aurait aimé que ce soit Mcwood à sa place, tiens. Comme elle aurait aimé voir son poing de gamine s'écraser sur la face déformée par la colère de Mcwood, écrabouiller les conneries que l'Autre lui avait balancées. Sauf que si Mcwood s'était trouvée devant elle, là, elle n'aurait pas été capable. *Si !* Non. Elle n'aurait pas été capable de lui balancer son poing dans le ventre, puis dans la tête, encore et encore. Parce qu'elle était faible. Pitoyable.
Elle voulait plein de choses, mais elle n'était capable de rien.

Et là, devant la Jaune, il y avait Aelle qui vomissaient des torrents et des torrents de larmes. Les sanglots incontrôlés qui s'échappaient de sa bouche fascinait la gamine ; littéralement.

« JE LA DÉTESTE ! »

*'ma faute*

Pourquoi elle avait gueulé ça ?

*'fait chier*

Et pourtant elle le pensait, merde, elle le pensait plus fort que tout.
Elle la détestait.
Mcwood était définitivement partie mais elle ne s'en était même pas rendue compte ; seule Aelle comptait. Aelle et ses larmes trop bruyants, trop dérangeantes. Trop présentes, trop consistantes. Ah ! Il n'y avait qu'elle pour être aussi consistante alors qu'elle ne devrait pas être là. Oui, Thalia devrait être seule, ici. Si elle était seule, ses paupières seraient encore closes. Si elle était seule, elle aurait atteint son but de la journée : découvrir comment la chinoise y arrivait.
Si elle était seule dans ce couloir... il n'y aurait rien. Si elle était seule dans ce couloir... pourquoi tant de si ? Non, la question était plutôt : voulait-elle être toute seule dans ce couloir ? Hein ? Voulait-elle avoir été toute seule depuis le début.

*Oui*

Non.
Non, elle voulait pas. Parce que maintenant, elle voulait trouver Aelle. Ah ! Elle voulait fouiller pour lui arracher son Secret. Comme avec la chinoise. Et la rouge. *Y'en a trop* Il y avait trop de personne, cette année, qui se dérobaient à sa vue. Qui laissaient percer leur Secret, comme ça, et puis qui l'enfouissaient bien profond quand elle voulait le saisir. Elle les détestait.

Pourquoi tu pleures ?

À cause d'elle. *NON !* Si. Elle le savait ; elle le savait très bien. Mais pourquoi ça la dérangeait, hein ? Elle devrait être contente ! Elle détestait Aelle et elle avait réussi à la faire pleurer.
Pourquoi elle était pas contente, tiens ? Hein ? Pourquoi ?! Raaah... Elle arrivait pas à être contente d'avoir fait pleurer Aelle, et ça la mettait en rogne.

« JE LA DÉTESTE ! »

*Arrête !*

Pourquoi la voix dans sa tête ne voulait-elle pas la fermer ?
Pourquoi était-elle obligée de la torturer ?

« JE LA DÉTESTE ! »

*Non !*

S'il-te-plait-tais-toi !
Elle ne la déteste pas.
Si.
Non.

Est-ce qu'elle la déteste ?
*Je sais pas* Un peu. Ou pas. Elle sait plus ; elle arrive plus à penser. À rien. Dans sa tête, c'est le Néant. Un Néant trop-plein. C'est le Vide parce qu'il y a trop de choses ; c'est le Silence parce qu'il y a trop de Cris. Elle n'y arrive plus.

L'épaule d'Aelle la défonce sans prévenir. *J't'avais pas vu approcher* Tout son bras tremble, encaisse le choc. Elle perd son appui ; son épaule dérape contre le mur et elle s'effondre à nouveau par terre, à genoux. L'impact se répercute dans ton son corps, tel une décharge électrique.

Et, éclair au milieu de la douleur, il y a le Regard. Les Perles d'Aelle qui croisent les siennes pendant une fraction de secondes tandis que l'Autre se barre en courant. *'tain* Pourquoi il est brûlant ? Furieux ? Dégueulasse de Profondeur, comme prévu. Son estomac se serre alors que l'Autre n'est déjà plus rien, elle est prise d'un haut le coeur qui la projette encore en avant.

« JE LA DÉTESTE ! »

Elle ne sait même plus qui parle à qui. C'est elle qui a gueulé ça ? Ouais, elle croit bien. À qui elle causait ? À elle-même ? Non. À qui, déjà ? *Aelle...* Ah oui, c'est vrai. À Aelle. Ben tiens, pourquoi elle se causait pas à elle-même ? Elle aurait du se causer à elle même.
Parce qu'elle se détestait, ça oui. Plus que tout, même. Ah... Ses yeux de gamine s'emplissent de la chaleur soudaine de l'air. Elle suffoque, elle étouffe. Elle veut gueuler, elle veut pleurer ; mais elle y arrive plus. Ses Mots, son Souffle, ses larmes... Tout se bloque dans sa gorge. Elle peut plus, elle n'arrive à rien.

Et le Monstre la dévore de l'intérieur, plus fort que jamais. Douleur. Tristesse. Colère. Incompréhension. Qu'est-ce qu'elle a fait ?

« JE LA DÉTESTE ! »

Est-ce qu'elle est Vivante ? *Peut-être* Elle ne sait pas.
Quand elle n'était qu'une enveloppe Vide et sans Âme, elle n'avait jamais eu aussi Mal.



Il semblerait... que cette Myriade soit finie.
Il semblerait... que ce soit à moi de la conclure.
Alors je le déclare :

- FIN -

Sauf si l'une d'entre vous veut reposter.
Parce que la Vie ne se fini jamais, n'est-ce pas ?

Il n’y a plus que ce [Néant,
Qui me bouffe en me [Brisant