Couloirs

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On créait nos propres Démons  G.V 

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Je serais bonne,
Pour toutes les fois où je n'ai pas su l'être.

Souvent, certains ne comprenaient pas les choses, même quand on leur montrait. Peut-être était-ce là une preuve de leur naïveté d'enfant toujours un peu présente ? La beauté d'un enfant, il n'y avait sûrement rien de plus beau de voir comment, eux, étaient purs. Les gens finissaient par se convaincre que préserver cette innocence serait se pardonner de toutes les choses qu'ils avaient fait dans le passé. Avaient-ils raison ? Ou, au contraire, avaient-ils tort ? N'étaient-ils pas hypocrites de penser pouvoir se racheter avec un enfant ? L'avenir du monde...Mais que fait-on quand cet avenir est brisé ? Perdu ? Personne n'a jamais apprit aux gens comment soigner un cœur qui saigne, un esprit qui hurle silencieusement, un cri se répercutant mille fois contre les parois d'un crâne pas complètement formé. Elle avait espoir que sa tête grandisse quand elle prendrait de l'âge, pour que l'écho de ses hurlement se fasse moins entendre. Pourtant, elle n'avait pas forcément envie de grandir. Elle était toujours partie du principe que cela changeait les gens. Elle ne voulait pas devenir comme les autres. Si, du haut de son mettre 43, elle était loin d'atteindre une bonne taille pour son âge, elle ne voulait pas la changer. C'était une des protections qu'elle utilisait contre le monde. Ses cheveux comme rempart, sa taille comme camouflage. Qui irait se demander si quelqu'un se cache en haut des branches d'un arbre dans le parc ? Personne. Logique.
Elle aimait grimper aux arbres. Elle y était tranquille et pouvait observer toutes les choses autour d'elle, écouter le bruit de la nature comme une musique enivrante à ses oreilles.

On créait nos propres démons.
Elle n'aurait simplement pas dû l'oublier. 

~°~

Son corps tremblant se leva de lui même dès que ses yeux furent ouvert, comme pour se protéger d'une menace imaginaire qui, dans ses cauchemars, ne l'était pas du tout. Ses pupilles dilatées au possible par la peur couvraient chaque centimètre de la chambre de leur couleur verte pour rassurer leur propriétaire sur le fait que rien ne se cachait dans l'obscurité et qu'elle était bel et bien dans son lit. Son cœur qui battait à mille et la désagréable sueur froide qui lui coulait le long du dos n'arrangeaient rien à son état. C'était le troisième cauchemar qu'elle faisait d'affilée et, même si elle le voulait très fort, elle ne pouvait pas aller réveiller Solenn toutes les nuits à cause de cela, particulièrement quand la troisième année semblait bien dormir, chose déjà assez rare. Elle savait qu'elle devait apprendre à s'en sortir toute seule mais l'idée même de s'éloigner de Solenn lui donnait la nausée. Il fallait se rendre à l’évidence, elle était loin d'être autonome et ne le deviendrait pas avant longtemps, peu importe le fait qu'elle fasse de son mieux pour remonter la pente. Si elle n'était pas capable de laisser Solenn, elle ne grandirait jamais.
L'enfance est le royaume où personne ne meurt.
Elle ne veut pas mourir.
Elle ne veut pas grandir.
Pas après tout ça, pas maintenant.
Pas après Solenn.

~°~

Enfoncée dans le lac jusqu'aux genoux, elle regardait les étoiles, la tête levée vers le ciel. L'eau froide lui mordait la peau et la faisait frissonner mais elle se sentait tellement bien, comme si plus rien n'avait d'importance, comme si elle pouvait tout faire, quand elle le voulait.
Comme dans un rêve, elle ne se souvint pas d'être sortit de l'eau ou de s'être séchée avant de se rendre compte qu'elle descendait les marches qui menaient aux cachots comme si cette nuit n'avait jamais existé, comme si le lac n'avait jamais été qu'un songe qu'elle avait oublié une fois ses yeux ouverts.

Moi ? Je n'fume pas, je n'bois pas, mais je M.L. Chacun son truc.
Mascotte Officielle des Crochets d'Argents, laissez passer s'il vous plait.

On créait nos propres Démons  G.V 

Je crois que dans la vie Rytz, il y a plusieurs types de personnes. Il y a celles qui semblent plus normales, que tout le monde arrive à comprendre. Les personnes qui parlent fort, qui aiment se faire entendre. Les personnes que certains pourraient qualifier de « gentilles » de « drôles » ou de « normales ».
Et puis, d’un autre côté il y avait l’autre groupe de personnes, les personnes un peu plus comme toi je crois. Les personnes plus « discrètes » sûrement moins « égocentriques ». Celles qui aiment rester seuls, celles qui trouvent les gens et la vie barbants. Celles, qui en général ont beaucoup soufferts auparavant.

Oh oui ! Je crois que c’est impossible de naître triste mais, je pense qu’on le deviens facilement. Je crois qu’on ne s’attend pas à ce qu’un jour le sourire de quelqu’un disparaisse à tout jamais, comme s'il lui eut été volé, arraché…

Même toi Rytz, tu aurais bien pu dire vouloir dominer le monde, dominer les gens pourtant, tu préférais rester indifférent.

Et, puis, tu étais là.
Debout.
L’air ahuri, ébahi.
Tu étais encore là, à observer comme inlassablement cette lignée de visages bien rangée ronflant paisiblement dans leurs lits douillets. C’était un peu près toujours la même scène. Il faisait froid, humide. Mais toi, tu aimais souvent te réveiller pour regarder les gouttes de pluie tambouriner sur la vitre argentée. Peut-être parce que tu faisais toutes les nuits le même cauchemar, et, peut-être parce que tu avais peur de t’en séparer.

Peur de l'oublier ? Peur de le trouver ? Peur d’enquêter ?


C’était vraiment quelque chose que j’arrivais très peu à discerner chez toi Rytz.
Et, je crois qu’au final tu devais ressentir à chaque fois comme un long frisson.
Une prison.
Arriverais-tu seulement un jour à traverser ses lourds barreaux ? A t’infliger un peu de répit ?

Arrêteras-tu seulement un jour de porter sur tes épaules, ce fardeau bien trop lourd qui t’anéantit jour après jour ?

Ce fardeau qu’un jour, tu avais décidé de porter sur les épaules, et celui qui était bien trop lourd pour un petit gosse de ton âge !
C’était bien là une ambiance triste et lasse qui régnait chez toi Rytz… On le sentait et tu savais bien l’exprimer.

*J’ai toujours préféré la nuit au jour. C’est le seul moment où je me sens libre. Le seul moment où je peux exploser tel un feu d’artifice mémorablement coloré*

Alors, tu restais toujours là accroupi ici, je crois que c’était vite devenu ton coin favori.

Le bruit de la pluie qui frappait à la fenêtre provoquait chez toi une nouvelle avalanche de questions… *Que ce cache t-il dans l’au-delà ? Suis-je bien réel ? ou uniquement une pincée du cauchemar d’autrui ? *

Un jour parfois, tu finissais par t’endormir, te réveillant le matin la tête pendante et haletante, l’esprit vide le cerveau et l’estomac creux.
Alors comme perdu dans une prison, comme enfermé dans un château sombre, tu descendis cette nuit-ci, les marches du dortoir.

Pour aller où ? Je ne sais pas ? Nulle part ? Pourquoi fuguer Rytz ? Cela ne sert à rein, tu n’y arriveras pas !


L’un sortait l’autre rentrait et, c’est ainsi que tu tombas nez à nez avec une petite fille qui semblait mesurer la moitié de ta taille. Tu la regardas longtemps comme cela sans rien dire. La fixant avec ton regard vide.
Je ne comprenais pas toujours pourquoi tu faisais cela Rytz ? Tu allais lui faire peur !

Tu étais drôle à voir ! Vous étiez drôle à voir je crois. Quoique, je pense qu’il était bien difficile de parvenir à discerner une lueur d’espoir dans ce tableau si maussade.

- J’ai toujours préféré la nuit au jour, c’est le seul moment où l’on peut observer ce nombre infini d’étoiles illuminées par les nombreuses personnes parties contre la souffrance de leur famille…

Erreur n°404

On créait nos propres Démons  G.V 

Elle se perdit bien assez entre ses murs de pierres qui semblaient ondulés comme parsemés d'insectes grouillants et dégueulasses. Comme s'ils étaient tapissés de petite bêtes gluantes qui auraient pu l'aspirer si elle s'était approché trop près. Elle était déjà assez perdue, pourquoi lui avoir rajouté une parti dont elle ne se souvenait pas ? Sa tête roula sur ses épaules, telle un pantin désarticulé, elle sembla s'éteindre un court instant. Elle s'effondra sur elle-même sans toucher le sol mais en restant seulement là, debout dans ce couloir trop noir, trop froid, les bras ballants à regarder devant elle comme si toute vie l'avait quitté. Pourquoi elle avait oublié ? Ça n'avait aucun sens, son cerveau n'avait aucune raison d'oublier quelque chose de si simple ! Elle était seulement allée dans le parc et, après cela, c'était un trou noir, comme dans les films. Sauf que là, elle ne regardait pas la scène derrière un écran, elle la vivait jusqu'au plus profond de ses cellules comme une partie de sa vie qui lui avait été arrachée au scalpel dans le sang et la douleur. Ce n'était, certes, qu'une poignée de minutes mais le fait qu'elle commence à oublier la terrifiait. Elle n'avait pas le droit de ne plus se souvenir. Elle n'avait pas le droit d'oublier le fait qu'elle n'ait pas le droit d'oublier. Oublier, ça voulait dire faire comme si rien n'avait jamais existé, comme si elle avait loupé toute une partie de son existence sans jamais pouvoir le comprendre, comme si elle ne l'avait jamais vécu. Elle ne pouvait pas oublier. Elle devait passer à travers, continuer à avancer en laissant les choses derrière mais en se souvenant toujours des choses qu'elle avait mal fait pour ne pas recommencer. Elle ne devait pas oublier parce qu'elle devait se créer sa propre histoire en utilisant toutes les choses qu'elle détestait pour arriver à construire une jolie machine. Mais elle oubliait quand même et ça lui glaçait les os.

De toutes les choses qu'elle aurait pu oublier, elle se souvint trop bien de celle qui stipulais qu'être faible n'était pas une option quand elle entendit un bruissement de pas. Presque imperceptible mais dans le silence, elle pouvait presque sentir en se concentrant assez fort, le château se mouvoir et battre de la magie en lui. Etre faible, c'était accepter qu'on aurait pu être fort mais qu'on avait pas réussi. Admettre qu'elle était faible, c'était admettre qu'elle n'avait, encore une fois, pas réussi quelque chose alors elle redressa sa colonne vertébrale et, quand il arriva -car c'était de toute évidence un garçon qui avait une bonne dizaine de centimètres de plus qu'elle-, leva les yeux pour les planter dans ceux de son camarade insomniaque. Elle leva le menton, comme pour lui dire qu'elle était au dessus de lui et qu'elle pouvait l'écraser, enfoncer le talon de ses pieds gelés par l'eau et les couloirs en le pressant contre son dos. Ses petits pieds tout blancs et tout nus qui s'écorchaient sur le sol de pierres comme ils l'avaient fait bien des fois auparavant, sans qu'elle ne s'en soucis même pas un peu. Le corps n'est qu'un transport qui peut être réparé. C'est tellement plus facile de penser comme ça parce que ça veut dire que toutes les attaques ne l'atteindront plus jamais. Qu'elles ne seront dirigées que sur l'enveloppe qui cache tellement, tellement plus de choses. 

-C'sert à rien de regarder les étoiles pour y déceler un message subliminal si t'es même pas fichu de comprendre c'que tu penses. Comprends-tu tes pensées ? Non. Sinon tu s'rais sûrement pas là.
Et pis, pourquoi il parle de famille, exactement, lui ? Elle bronche face au terme. Elle en a eu deux et la première, elle aurait souhaité la voir crever la gueule ouverte dans un incendie ou dévorés par les chiens comme les vulgaires moutons qu'ils étaient.

Moi ? Je n'fume pas, je n'bois pas, mais je M.L. Chacun son truc.
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On créait nos propres Démons  G.V 

Et ça grouillait d'insectes.
De fourmis dans tes pieds, d'araignées dans ta tête qui semblaient comme tisser une toile nauséabonde de confusion et de tristesse.


Mes méninges embrouillés père, mon esprit perforé mère


Comprenais-tu réellement tes pensées Rytz ? Pensais-tu réellement pouvoir, comme elle te le disait si bien, parvenir à déceler un message subliminal dans les étoiles ?

« J’ai le droit de faire ce que je veux non ? Et ce n’est certainement pas une poussière en ton genre qui va me l’en empêcher. »

Oh ! Tu te plaisais à essayer de la rabaisser, à la dévisager de haut en bas de ton regard blasé. Tu la dominais de par ta taille, ta voix et peut-être ton caractère. Cette satanée volonté à essayer de rester calme face à ce petit être t’amusait plutôt. Pourtant, elle devait avoir au moins ton âge.

*Pfff c’est vrai qu’elle n’est pas complètement débile sa remarque. En vrai, parfois je me sens un peu comme une poussière et puis en même temps parfois un peu comme une pierre ou un démon. Au fond, je ne sais pas si je les comprends mes pensées mais bien souvent, elles me guident. Enfin j’en ai l’impression*

« Des gens s'amusent sûrement à dire que l'on peut lire des messages dans les étoiles et que le ciel nous raconte à chacun sa propre histoire, mais tu vois par exemple là, imagine dans ta tête une constellation, tu y vois quoi toi ? »
Un soldat de fer une épée de fer,
Bing Bang
L'arme trop lourde pour l'homme tombe à terre, s'écrase sur le sol comme pour le délivrer de toutes souffrances
Et puis là il vole l'homme, il est libre l'homme.


Tu y voyais et revoyais toujours le même problème, les étoiles elles te dictaient tes souffrances. Elles te les rappelaient, pourtant toi tu croyais être soulagé. En réalité, les douleurs il suffisait qu’on les nommât pour qu’elles prissent toute la place. Tu pouvais alors devenir un garçon triste, un criminel, un pleurnichard.
Mais il est d'autant plus vrai que beaucoup de gens ne comprennent pas ce genre de messages théoriques ou philosophiques. Et toi pensais-tu réellement les interpréter à juste titre ?
Une théorie du complot.


« Au fond peut-être que tout cela ne veut rien dire je n’en sais pas vraiment plus que toi »

Et que les vérités que l’on côtoie se sont formées au fur et à mesure du développement du monde. C’est ainsi que les hommes ont commencé à diaboliser certains objets, certaines couleurs, certaines personnes.
Si tu t’amuses à prendre un autre exemple Rytz, tu comprendras sûrement.
Un démon c’est noir et rouge. Pourquoi ses couleurs ont-elles été choisies ? Puisque désormais les gens les trouvent tristes et méchantes.

Pourquoi un démon ne serait pas plutôt rose ou bleu ou même vert ? Il vole ou il part en fumée ? Quel aspect même doit-il prendre ? Et que fais-t-il exactement quand il nous possède ? Est-t-il uniquement destiné à une personne ou en renferme t'il plusieurs semblables ? Rejoint-il au fond les étoiles ou trafique t'il nos pensées ?

As-tu déjà pensé à ton potentiel démon toi Rytz ? Et alors il était grand ? Ton opposé ou ton semblable ? Crois-tu en sa potentielle existence ?


« Penses-tu que les démons, ils existent ? Il est comment le tien ? »

Erreur n°404

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17 Novembre 2043
Dortoir — Poudlard

Thalia, 12 ans
2ème année

« Petite. Pourquoi parles-tu aux étoiles ? Dis moi, Petite. Dis moi pourquoi tu parles au Monde mais que tu te fermes aux Autres ? Dis moi, Petite. Tu sais très bien que la Lune ne te répond pas. À moins que ce ne soit pour cette raison précise, Petite ? »

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Un pas. Fraction. Implosion. Morceaux. Un autre pas. Dispersion. Attraction. Diffraction. Encore un pas. Sensation. Murmure. Appel. Et, toujours, un nouveau pas. Âmes. Amas. Submersion. Le compte est passé. Des Temps différents pour se trouver et se parler. Fragments d’un Infini, que jamais vous ne trouverez. Remontées d’un Passé, trop dur à oublier. Ouverture de l’esprit, trop belle pour la quitter. Fracture.

Et le crâne qui me lançait si fort, et ces piques de glace dans la chair de mon corps. Les hurlement d’une âme devant la torture des pensées. Et un complot du Château tout entier. Chaque pierre de ce lieu dirigée vers son but ; oppresser, réduire l’espace. Les murs qui se rapprochaient et qui fermaient tous les possibles. Pièce unique pour évoluer. Et mon crâne qui continuait à hurler sous la pression de la douleur. Lorsque le Carcan se referme, plus de sortie possible. Juste la pression montant, encore et encore. Jusqu’à quel point le corps humain peut-il supporter la montée en pression de l’air qui l’entoure ? Je n’en avais aucune fichue idée. L’important était juste de savoir que bientôt, j’allais lâcher. Et l’alcôve de mon lit qui rétrécissait jusqu’à épouser exactement la forme de mon corps et de presser, presser, pour faire lâcher mes os, pour me briser. Quinze centaines de craquent résonnant en un seul accord, les éléments unis pour détruire. Fracas du Monde.

Devant la Masse du Monde, mes jambes et mes bras se cambrèrent d’un accord commun — sans solliciter mon esprit — et heurtèrent si fort mes couvertures qu’elles n’eurent pas l’impolitesse de revenir choir sur mon corps : elles dégagèrent du lit si vite qu’on aurait cru qu’elles avaient une conscience, une conscience ayant compris que sinon, elles finiraient en morceaux. Mes membres étaient encore plus douloureux maintenant que j’avais tenté de résister à la Masse ; elle ne faisait que revenir à l’assaut, plus forte encore. La disparition des couvertures n’était qu’un espace de plus qu’Elle pouvait remplir. Mes doigts étaient blancs tant leurs phalanges étaient crispées ; je ne sentais plus mes membres supérieurs et ceux inférieurs me faisaient terriblement mal. Sous la pression terrifiante de la Masse, mes lèvres serrées se décollèrent brutalement pour inspirer une grande goulée d’air inexistant ; elles étaient tellement sèches que je cru que la salive ne reviendrait plus jamais les mouiller. L’Erreur s’abattit de tout son poids sur moi lorsque mes lèvres furent définitivement éloignées ; le poids de l’Erreur plus horrible encore quand il s’affaissait par dessus celui de la Masse. Séparées, mes lèvres étaient une porte grande ouverte pour la Masse, et sa visqueuse épaisseur si lourde ne se fit pas prier pour se glisser lentement dans cette porte si gentiment ouverte à son intention, envahissant ma bouche de son goût amer puis dégoulinant dans mon œsophage et brûlant chaque organe de mon petit corps. Le haut-le-cœur survint dans les secondes suivantes ; sans le vide dans mon corps, je ne pouvais plus respirer. Incapacité ! Totale incapacité à Être. Le haut-le-cœur me projeta en avant si brutalement que le souffle ne me revint pas lorsque la Masse s’éjecta de mon corps pour retourner envahir l’Extérieur et faire pression. Mais l’envie de vomir était toujours présente, se renforçant au fur et à mesure que la Masse continuait de presser chaque pore de l’Extérieur pour trouver une nouvelle entrée vers l’Intérieur. Mes lèvres étaient, cette fois, si résolument fermées qu’alliées avec mon nez qui n’osait plus inspirer, j’avais l’impression que jamais l’air ne pénétrerait de nouveau dans mon corps. Car avec l’air viendrait la Masse ; c’était inacceptable. Elle devait rester confinée à l’Extérieur, mieux valait perdre la vie en retenant mon souffle à l’infini que me faire de nouveau envahir.

Ou mieux, je pouvais répondre à l’appel de la Masse. Ouais, si le Monde-du-Château faisait tout entier pression sur moi pour m’étouffer, il ne pouvait pas le faire sans raison. Quel intérêt aurait-il a me tuer ; il n’aurait plus de jouet à torturer, après, n’est-ce pas ? Il m’appelait donc. Il m’étouffait dans le dortoir pour m’en faire sortir. *Stupide !*. Non, non, ce n’était pas ça. La Masse voulait juste me tuer, Elle n’avait aucune conscience, Elle n’était que démoniaque. Mais Elle me tuait à petit feu dans mon alcôve de ce minuscule dortoir, alors je devais m’en échapper. Le plus vite possible. Mon souffle retrouvé, je pressais le plus possible sur tous mes membres engourdis pour qu’ils se dépêchent de me mettre debout, une cape sur le dos et la baguette à la main. Le sortilège d’Allumage ne franchit pas mes lèvres mais roula dans ma bouche ; il était près pour attaquer si un Autre se présentait. Pour le moment, seule comptait la fugue. S’enfuir loin de la Masse, dans un recoin d’Elle, un recoin du Château : j’étais presque certaine qu’Elle ne me chercherait pas dans son refuge.



Juillet 2037
Jardin — Domaine des Sylves

Thalia, 6 ans
5 ans avant la 1ère année


« M’mens pas. »

Ma tête était dressée vers le Ciel. Un V se dessinait sur mon front, formé par mes sourcils trop froncés. Assise en tailleur sur la pelouse en plein cœur de la nuit, j’étais certaine que personne ne me verrait ; je pouvais bien causer autant que je voulais, surtout pour une chose aussi importante que celle-ci. Mon souffle se fit saccadé, mes ongles rentrèrent dans mes paumes de frayeur. Elle n’avait pas le droit, n’est-ce pas ? Non, Elle n’avait pas le droit. Tout le monde me mentait, mais Elle, Elle ne possédait pas ce droit là. Elle était la vérité pure, Elle ne devait pas se salir par le mensonge. Mon front était un monde rien qu’à lui : des plis, des creux et des montagnes, se dessinaient à sa surface, formés par mes réflexions profondes. « S’te plais. Pas toi, hein. Toi, t’as pas l’droit ! » Supplique intérieure : tout le monde me ment, mais je m’en fiche je les aime pas, toi je t’aime, alors t’as pas le droit de me mentir hein ? *Belle Orbe, t’as pas le droit de me mentir ?*. Le vent qui soufflait était le pire des mensonges ; il avait failli me renverser et la mèche qui était arrivée dans ma figure était la plus grande témoin de ce mensonge ignoble. Elle ne pouvait pas mentir ; l’Orbe n’avait pas ce droit là. Elle ne l’avait jamais eu et ne l’aurait jamais. L’intermédiaire du Monde ne pouvait mentir, car le Sens était la vérité et que le mensonge était donc un accroc au Sens du Monde. L’interdiction était totale, alors Elle ne pouvait pas. Mais Elle restait impassible, immobile. Et dans les creux de mon visage de petite, une des rides de concentration fut emplie par une rivière d'eau soudaine. *NON-J’VEUX-PAS-D’MENSONGES !*. Les larmes étaient des mensonges. Et l’Orbe me mentait encore !

« Je... j’te jure que j’te déteste, l’Orbe ! »

Mes bras se croisèrent aussi vite que ma tête se baissa, mais je restais immobile dans la nuit. Elle ne pouvait pas mentir. Elle n’avait jamais menti. Pourquoi, quand je lui demandais si les Autres avaient raison, ne me répondait-Elle pas ?

« Petite, tu connais la réponse. »

Ma tête bascula en arrière en même temps que mon corps et mes poignets se tordirent douloureusement en m’empêchant de tomber. Le murmure était né directement dans ma tête et je décochais un regard noir à l’Orbe si méchante. Si belle. Si méchante. Raaah ! C’était la même chose.

« J’connais rien du tout, s’pèce de menteuse ! »

L’envie de défoncer l’Orbe me prenait, mais Elle était bien trop inaccessible. *Peut-être que...*. Ah non ! Tais-toi ! *P’t’êt’ que Papa a raison quand i’ m’dit que j’devrais pas lui parler, hein ?*. C’était faux, Papa avait tort, c’était obligé. Il ne connaissait rien au Language du Monde, c’était tout. Mais pourquoi l’Orbe ne voulait-elle plus répondre ?

« Qu’est-ce que la Raison et la Déraison ? »

Ah ! Elle répondait encore. Douloureuse. Et profondément incompréhensible. *C’est... c’est rien-du-tout, donne moi ma réponse !*. « J’en sais rien. » Bien sûr que je savais. Les leçons avec Maman, à étudier des livres et des livres depuis quelques temps, n’étaient pas inutiles. Je possédais tous les éléments de réponse, il fallait juste les trouver, n’est-ce pas ? *C’est... ah ! C’est rien-du-tout, pa’c’que c’est tout*. Oui, oui, l’incommensurable vérité du mensonge revenait dans mon esprit. *Sachant que c’est tout mais qu’c’est aussi rien... et bien ça n’a aucune importance tout en avant la plus grande des importances*. Parfait, c’était ça. La suite, maintenant, il y avait une suite. L’image de la raison déraisonnable, c’était cela. *En fait vu qu’personne est pareil mais u’personne est différent, tout le monde appartient au Monde sans le savoir et comme l’Monde a toujours raison, tout l’monde a toujours raison, mais comme l’Monde a aussi toujours tort, tout l’monde a toujours tort*. Maintenant, ajouter la touche de l’ignoble réalité de l’illusion. *Tout l’monde ayant raison et tort à la fois et tous les avis étant différents en étant les mêmes, bah la Raison n’existe pas mais la Déraison existe, ce qui revient à dire que la Raison existe mais que la Déraison n’existe pas*. Et ? Que disait donc le monde des conclusions personnelles sans conclusion réelle ? *Donc l’avis de chacun est juste et faux à la fois, et quand quelqu’un a un avis divergent du notre il faut comprendre qu’il a raison mais que nous avons également raison, car puisque nous avons tous tort, nous avons tous raison*. Ce qui signifiait ? Selon... ah, il n’y avait pas de livre là-dessus. Selon moi ? *Et il faut donc se dire que deux avis totalement opposés sont tous deux justes en tous points, que personne n’a donc raison puisque tout le monde a tort en ayant raison !*. Parfait !

« Alors, tu le savais, Petite ? »

Je jetais un coup d’œil énervé et reconnaissant à l’Orbe. « Ouais. » Puis je pris conscience du problème. « Mais j’ai pas ma réponse. J’veux ma réponse, l’Orbe ! » Alors, Papa avait-il tort ou raison lorsqu’il me disait de parler aux gens et non aux Choses ? Mais les Choses étaient plus puissantes que les gens, non ?

« Il avait tort tout comme tu avais tort, et vous aviez tous deux raison. Suis ta réalité, Petite, celle des Autres n’est valable que pour eux ! »

Je reniflais bruyamment. La réponse n’était pas satisfaisante, mais je savais que je n’en obtiendrais pas d’autre. « Merci, l’Orbe. »

Et je partis, les poings dans les poches, sans me dire que la Lune n’était peut-être pas très objective quand Elle me soufflait que j’avais raison de lui parler.


Couloirs — Poudlard


Parler à la Masse pour la faire s’alléger, hein ? C’était ça, mon idée stupide ? Mes pieds nus martelaient le sol de pierre tandis que j’y réfléchissais. Les mots brisèrent le silence.

« Penses-tu que... » Ah, j’pense plus rien, moi ! « ... les démons... » Démons démons démons... les démons sans nom de mes nuits sans fin... lequel vaincra, quelle nuit sera la dernière ? Et les jours qui s’enfilent, créant encore plus de démons horribles. « ... ils existent ? » *C’con !*, remarqué-je. Bien sûr que les démons existent. La Masse en est un ; le plus fort. Jusqu’à ce qu’un autre la surmonte. « Il est comment... » Hein ? « ... le tien ? » *Bon dieu d’m...*, lâché-je bruyamment en pensée.

Y’avait un Autre, là-bas. Pensée stupide ! Bouge toi un peu, Petite, réagis correctement ! Un Autre qui pensait et qui crachait des choses horribles, bizarres, et douloureuses. Un Autre comme je les détestais tant ! Mais il parlait, hein ? Il s’en fichait, que je le déteste. Il parlait à un Autre, encore un. Mais la silhouette de cette Autre se leva très vite et disparu devant moi ; mon corps se plaqua contre le mur pour ne pas être découvert, et je grimaçais quand les deux petites pointes de ma poitrine naissante s’écrasèrent contre la pierre bien plus douloureusement que prévu.

Une seconde interminable. Une grimace énervée. Deux secondes encore plus longues que la première. Pourquoi restais-je là ? Tout m’intimait de partir, mais je m’obstinais à rester. Trois sec... *oh par Merlin ferm’la !*. Non, avant les trois secondes, mes jambes se mirent en marche d’elles seules. Mon esprit n’était-il pas censé être la tour de contrôle de tout ce petit monde ? Fichus membres qui ignoraient royalement mon avis. Mais je me plantais devant la silhouette — un Grand un peu trop Grand — qui faisait ma taille. Non... un peu plus grand. Non, non, il faisait ma taille. Peut-être même étais-je plus grande que lui, c’était obligé.

Je le toisais d’un regard sans vie. Ou plutôt, un regard brûlant de tout un tas de choses ; mais ni rage, ni colère, ni mépris. Pour le moment. Je repensais à ses paroles précédentes. « Penses-tu que les démons ils existent ? » Inspiration. Je ne savais pas. Expiration. Bien sûr que je savais. Inspiration. Mais le dire n’était pas important. Expiration. Mais alors qu’est-ce que je fichais ici, par tous les Mages ? « Il est comment le tien ? » *Certain’ment pas pour répondre à ça, en tous cas*, décidé-je fermement. Je le toisais donc, puis je lâchais du bout des lèvres mon cœur brûlant de Recherche. Oui, je voulais savoir pourquoi il sortait des choses si douloureuses, en pleine nuit censée être un havre de paix.

« Sais-tu seulement c’que c’est, un démon ? » Mon souffle haché balayait le silence d’une expiration inspirée. « Hein, tu sais c’que c’est, les démons qui bouffent tout sur leur foutu passage, et puis qu’il reste plus rien sauf toi qui serre dans tes bras ton cœur de gamin sans plus pouvoir rien faire sauf essayer d’tout r’construire, sauf que t’y arrive jamais sauf si tu croises une... ton Sens, c’ui ou celle qui r’met tout en place, pa’c’qu’on peut dire c’qu’on veut, quand les démons nous ont tué, nous on peut juste essayer d’survivre alors qu’on est déjà mort, et y’a qu’notre Sens qui peut tout r’construire, sauf que l’problème c’est qu’i’ peut aussi tout briser encore plus, alors que plus personne peut l’faire. » La Haine montait en moi, mes yeux brûlaient de cette Haine. J’avais Peur de Haine. « Alors gamin, tu sais c’que c’est, ces démons là ? »

J’avais envie de sangloter. Mon cœur était brisé encore plus, alors qu’il aurait du être intact. Le Sens. Mon Sens. Sens. DONNE MOI MON SENS ! J’avais envie de supplier, de hurler, de pleurer. C’était dégoutant. Pitoyable. Alors je le dévisageais avec toute ma Haine et mon Espoir. Je voulais mon Sens, mais Elle n’était pas là. Elle ne pouvait pas être là. Je ne comprenais pas pourquoi j’étais là, à parler de choses aussi douloureuses, alors que je voulais être avec Elle et la prendre dans mes bras. Sa main dans la mienne. Encore. Encore et toujours.
Pourquoi étais-je là alors que je voulais être avec Aelle ?

Il n’y a plus que ce [Néant,
Qui me bouffe en me [Brisant