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Le garçon qui avait du courage  Solo 

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Ezra


I. L'ASSAUT
Décembre 2043


« Fermez-la ! ordonna-t-il d'une voix qui se voulait sévère mais qui dissimulait difficilement son malaise. »

Les éclats de rire redoublèrent ; la tablée n'était à l'évidence nullement intimidée par l'exigence du brun. Il y avait, parmi ce groupe très bruyant, un garçon aux jolies boucles blondes qui semblait particulièrement amusé par la situation. Ses lèvres s'étirèrent en un sourire narquois.

« Non mais sérieux, t'es à Gryffondor et t'as peur d'une meuf ? lança-t-il d'une voix moqueuse. »

Ezra lui jeta un regard assassin.

« Je n'ai pas peur. »

C'était vrai, il n'avait pas peur ; il n'avait simplement pas envie d'engager une discussion avec elle - pas maintenant, en tout cas. Il risquait de se prendre un râteau et ses amis se moqueraient de lui pendant des années. Il irait l'aborder quand ça lui chanterait.

« Alors va lui parler, si t'as pas peur ! »

« Bah ouais, approuva un autre garçon avant d'avaler une nouvelle bouchée de bacon. Au pire, tu te prendras un râteau. C'est pas la mort. Demande à Davin, il a de l'expérience là-dedans, s'amusa-t-il. »

Le sourire dudit Davin s'effaça en entendant la pique de son ami. 

« Mange ton bacon en silence, toi. Tu fais rire personne. »

Ezra ne dit rien, content que ses amis changent de sujet et se désintéressent de ses épopées amoureuses. Pendant un instant, il pensa même qu'ils l'oublieraient et lui ficheraient la paix. Bien sûr, il n'en fut rien.

« Ceci dit, ils ont raison, reprit Davin. T'as rien à perdre, mec. »

Ezra souffla d'exaspération.

« Foutez-moi la paix, sérieux. J'irai lui parler quand j'voudrai. De toute façon, c'est peine perdue, j'suis sûr qu'elle est à fond sur le mec avec qui elle traîne tout le temps, là, le Serpentard... Arthur Grimms. »

Le garçon aux cheveux blonds haussa les sourcils.

« N'importe quoi. Arthur Grimms, il est avec Nora Starks.

- Sérieux ? s'étonna le garçon au bacon. Ça craint... J'pensais qu'elle était célibataire. »

Davin laissa échapper un rire moqueur.

« "Ça craint", l'imita-t-il. Comme si la préfète-en-chef allait s'intéresser à un pauvre mec comme toi.

Bah elle s'intéresse bien à Arthur Gr... »

Il n'eut pas le temps de finir que Ezra le coupa en se levant soudainement. 

« Ok, c'est bon. J'vais aller lui parler. »

La petit groupe se mit à l'applaudir et à le siffler et plusieurs élèves se retournèrent vers eux ; Ezra, terriblement gêné, regretta immédiatement d'avoir cédé à la pression. Il aurait voulu faire marche-arrière, mais c'était trop tard. Il se dirigea donc vers la table de Serdaigle d'une démarche fébrile et vit que la source de ses tourments était plongée dans un livre. Il n'avait vraiment pas envie de la déranger, de peur qu'elle le prenne mal et le recale dès les premières secondes - il avait déjà remarqué à plusieurs occasions que Joy Wedenjack pouvait être très cassante.

Quand il fut arrivé à la table des Serdaigle, il s'assit en face d'elle. Elle ne bougea pas d'un millimètre. Il avait envie de partir. À la place, il lui tapota l'épaule. Quand elle leva ses yeux glacés vers lui, il crut qu'elle allait le transformer en pierre. De loin, il avait toujours pensé qu'elle avait de beaux yeux - d'un bleu très profond, couleur océan. À cet instant, pourtant, il ne décelait dans ces pupilles qu'un profond agacement ; son regard lui hurlait de lui foutre la paix.

« Quoi ? »

« Joy, c'est ça ? demanda-t-il, bien que cela fasse deux ans qu'il connaissait très bien ce prénom. »

Elle haussa les épaules. Elle semblait terriblement froide. Il savait qu'il n'aurait jamais du l'aborder.

« Toi c'est Ezra, non ? Tu fais partie du groupe des Gryffondor qu'arrêtent pas d'gueuler. Sans vouloir être méchante, c'est insupportable. »

Ses yeux glacés, si violents, si cassants, s'arrêtèrent sur ledit groupe de Gryffondor - qui, évidemment, ne les quittait pas des yeux. Elle fronça les sourcils.

« Qu'est-ce qu'ils ont à nous regarder ? Tu m'veux quoi, d'ailleurs ? Si c'est un pari, balance tout de suite, qu'on en finisse. J'dois aller en cours, là. »

Sans lui demander son avis, elle se leva, ne lui laissant même pas le temps de répondre à ses questions. Il se leva à son tour et la rattrapa tandis qu'elle se dirigeait vers la sortie de la Grande Salle. 

« C'est pas un pari, écoute... C'est pas facile pour moi, tu pourrais être plus gentille. »

Elle le fusilla du regard. Ce satané regard.

« C'est juste que je te trouve très jolie - plus tellement, en fait, depuis quelques secondes - et t'as l'air sympa - désormais, il pensait qu'elle n'avait plus l'air sympa du tout, mais il continua - et je me demandais si, peut-être... on pourrait se revoir après les cours ? »

La honte. Il allait se prendre le râteau de sa vie.

Les gens du pays pensent que la vie est belle ici. La vie est belle, oui, mais quand on la rêve.

Le garçon qui avait du courage  Solo 

II. LE MUR

Elle fronça les sourcils et ne le quitta pas du regard pendant cinq bonnes secondes. Elle avait l'air d'attendre qu'il craque, qu'il explose de rire, qu'il lui dise que tout ceci n'était qu'une farce, une erreur, qu'il était désolé, qu'il ne viendrait plus l'embêter. Il resta immobile et soutint son regard glacé. Il venait de lui ouvrir son cœur et il avait la sensation qu'elle le défiait. Il se demanda s'il y avait la moindre once de compassion en elle.

Finalement, sans prononcer le moindre mot, elle tourna les talons et quitta la Grande Salle. Ezra n'esquissa pas le moindre geste, trop sonné par l'attitude méprisante de la Serdaigle pour songer à bouger. Il crut que c'était fini, qu'elle venait là de sonner la fin de leur court échange, qu'il passerait le reste de sa scolarité à l'éviter, le feu aux joues, mais après quelques secondes, elle se retourna vers lui et l'interpella :

« Bah viens. »

Son corps retrouva ses capacités motrices et il la rattrapa en quelques foulées. Maintenant qu'ils avaient passé la porte de la Grande Salle, la table de Gryffondor ne pouvait plus les observer ; Ezra comprit que c'était probablement pour cette raison que Joy s'était éloignée sans rien dire.

Elle continuait de marcher en silence - ce qui le mettait un peu mal à l'aise, car il ne s'était pas attendu à ça ; il avait d'elle l'image d'une fille très bavarde. Il avait envie de lui rappeler qu'il était juste là, à côté d'elle, qu'il venait de lui proposer un rendez-vous et qu'elle n'avait toujours rien répondu, mais il préféra se taire, histoire de s'éviter une énième remarque cinglante. Son comportement le déboussolait ; quel genre de fille à l'ego surdimensionné pouvait agir d'une façon aussi distante après la déclaration qu'il venait de lui faire ? Il n'était même plus certain d'encore vouloir apprendre à la connaître ; si elle était aussi désagréable en permanence, à quoi bon ?

 « Maintenant qu'on est loin de tes potes, tu peux m'le dire clairement, que c'était un pari. Je t'en voudrai pas, je sais bien qu'les Gryffondor sont un peu débiles. »

Il leva les sourcils en signe d'étonnement. Non seulement elle venait d'insulter sa Maison gratuitement mais en plus, et surtout, elle ne croyait absolument pas en la sincérité de ce qu'il venait de lui avouer. D'un côté, il en était rassuré ; si elle le traitait avec tout ce mépris, c'était pour une raison valable.

« Je te jure que c'est pas un pari. Je pense vraiment tout ce que je t'ai dit. »

Il soupira.

« Mais si je t'intéresse pas, tu peux juste me le dire, j'comprendrais, dit-il en détournant le regard, las de céder à ses exigences en restant dans le flou. »

Elle s'arrêta de marcher et le jaugea, laissant un nouveau silence s'installer. Il était mal à l'aise, mais cette fois-ci, il ne semblait plus être le seul ; elle n'avait soudainement plus l'air si sûre d'elle. Il en fut presque satisfait.

« Non, c'est bon, dit-elle tandis qu'elle se saisissait de l'élastique attaché à son poignet et coiffait sa tête d'un chignon approximatif. On peut reparler après les cours, ça m'dérange pas. »

Elle semblait malgré tout un peu embêtée, car elle ne le regardait même plus dans les yeux ; elle ne fixait que les murs qui longeaient les couloirs qu'ils traversaient.

« D'accord, fit-il, retrouvant quelques couleurs en comprenant que contre toute attente, il ne venait pas d'essuyer un refus cinglant. À dans deux heures, alors. Dans le Parc, près des serres de Botanique ? »

Il cessa de marcher - il n'allait tout de même pas la suivre jusqu'à sa salle de cours - et elle l'imita. Elle tourna la tête vers lui et, pour la première fois depuis qu'ils avaient entamé une discussion, elle lui sourit. C'était un sourire très léger, mais il était bien là. Elle hocha la tête en signe d'approbation. Elle reprit sa marche mais il ne put s'empêcher de lâcher quelques mots.

« Tu comptes pas t'excuser pour avoir été si méchante ?
- Non, fit-elle sans même se retourner. »

Il laissa échapper un rire, même si elle semblait diablement sérieuse. Son sourire resta fixé sur ses lèvres tandis qu'il la regardait s'éloigner. Elle lui plaisait vraiment.

Les gens du pays pensent que la vie est belle ici. La vie est belle, oui, mais quand on la rêve.