Dans le sillage d'yeux

Eldan & Adaline
Œillades dispersées par l'espace et le temps
2044 – 2045
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Animagus renard polaire
Post ASPIC

Dans le sillage d'yeux
Le 1er septembre 2044
Pendant la soirée
Grande Salle – Poudlard

2ème année


Je soupire, je pense à mes bagages qui ont été montés ; j'ai envie de les retrouver, je pense à Lune et à la boîte dans laquelle elle dort sûrement ; j'ai envie de la retrouver, je pense à ma baguette dans la profonde poche de la robe de sorcier que je porte – tout ce qui me reste de mes bagages ; je suis heureuse de l'avoir prêt de moi. Pourtant, toutes ces choses qui ne sont pas vers moi ne me rendent pas triste ou en colère. Je ne me sens pas mal, presque bien. Je suis accoudée là, les chaussettes et les chaussures un peu mouillées par le trajet en barque jusqu'au château – c'est désormais le seul moyen de rejoindre le château mais je le déplore : je n'ai pas eu la chance de m'asseoir dans une diligence pour me faire tirer par des créatures que je ne peux pas voir –, sur la table Rouge et Or et tout ce qu'il me reste à faire c'est attendre. J'attend patiemment mais avidement. Revenir au château c'est une sorte de délivrance pour moi parce que j'ai eu envie de faire de la Magie tout l'été. Je n'ai pas pu. Je meurs d'envie d'en faire, cette soirée se dresse entre moi et ce que je convoite. Mais je me sens bien.

Sur toutes les bouches cette cérémonie dont les contours se profilent au fur et à mesure des minutes qui s'écoulent, mais pas sur la mienne. Elle est close, définitivement je le crois, et depuis que j'ai quitté ma grand-mère – en réalité, depuis que j'ai quitté le quai, ma mère et ma tante Alice ; il a bien fallu que je leur adresse un au revoir – mais mes écoutilles sont toutes ouvertes. Les conversations qui m'apparaissent sont étouffées, faiblardes, et peu enjouées. Certains sont restés au château, cet été, n'est-ce pas ? *Pas d'chance* pensé-je en entendant une plainte – une jérémiade d'enfant à qui ses parents manquent – qui plaque une moue sur mon visage. Une moue désolée. Je crois que je n'aurais pas aimé rester ici. J'ai appris plus de Cassiopée que j'aurais appris de moi-même ici. Alors je me sens bien.

Je suis surprise par le brouhaha de nombreux pas. Ils claquent durement sur le sol, nombreux et impétueux. Ma tête se tord et mon regard se fixe sur la grande porte, comme tous les sorciers assis autour de moi, ou même tous ceux assis ailleurs ; elle s'apprête à laisser entrer la horde de jeunes sorciers qui attendent de passer sous la sonde.

Un sourire vague passe sur ma face quand le bruit de leur pas se fait plus clair. Et bientôt, Miss Almeida – que je ne vois que rarement si bien que son visage me semble lointain et inconnu – et tout un nuage noir de petits sorciers qui traversent l'allée. Nombreux sont ceux qui décident de se tourner vers l'allée en faisant passer leurs jambes de l'autre côté du banc. Mon voisin Rouge, sans m'accorder un seul regard – il aurait pu s’excuser d'un œil désolé –, me met un coup dans son entreprise. *Argh* Je grogne. J'étais déjà décidée à ne pas me tourner vers l'allée, pour quelques raisons pratiques et je dois l'avouer sentimentales, mais cela achève de me décider. Je croise les bras sur la table, et ramène mes yeux et ma tête à l'intérieur de ceux-là. Derrière moi passent Almeida et son essaim fourmillant de Magie – car finalement, c'est de cela qu'il s'agit.

Les tambourinements de chaussures s'arrêtent quelques mètres plus loin. C'est le moment que je choisi pour lever les yeux ; sur Almeida et sa carrure imposante – je m'en rend compte maintenant qu'elle se tient sur cette estrade –, sur la table des professeurs et sur la rangée épaisses de nouvelles faces. Mes billes curieuses cherchent celui que ma tête ne veut pas voir, dans l'indiscipline qui les caractérise. *Non* je secoue la tête et j'en profite pour la détourner de cette estrade.

Tonnent bientôt les mots qui composent le discours, celui que l'on sert à chaque rentrée. J'appuie ma tête sur mon poing, dubitative ; même si il résonne probablement différemment que celui des autres années, je suis incapable de me souvenir de ce que j'ai entendu l'année dernière, lorsque j'étais une fourmi de l'essaim noir. Je ne sais plus rien de ce moment.

*

Je regarde le Choixpeau avec intérêt, un sourire vague au coin du cœur, et je tente de me souvenir de ce qu'il m'a dit. Mais c'est une causse qui je crois est perdue. *Mince* pensé-je. Sous mes yeux miroitant mes souvenirs défilent des sorciers. Ils prennent place sous le Choixpeau sans que je ne guette leur visage.
Jusqu'à ce qu'une tignasse désordonnée de cheveux châtains s'asseye sous les pourtours de tissu vieilli du vieux chapeau. Et que mes yeux – par leur curiosité déplacée et mordante – se ruent sous ces cheveux pour regarder les traits qui y sont associés. Je n'ai pas entendu le nom qui a été appelé. Mais je vois bien que c'est pas lui. Je souffle, soulagée, et je me détache du visage de ce garçon inconnu. « Serdaigle ! » s'étouffe sous les applaudissements de la table voisine, dans mon dos.

Je fais le choix de ne regarder que mes mains, en attendant le repas qui me fait envie ; mon estomac crie sa faim jusque dans mes oreilles, et dans celles de mes voisins certainement. Mais mon cœur fait un bond quand, tout haut, j'entend : « Nils Bennet ! » je cesse de respirer un instant, combattant mes yeux curieux, combattant la faim qui me tiraille, combattant mon cœur qui veut s'enfuir. Je veux juste que le Choixpeau l'annonce, et qu'il me délivre. *Dis-le* pensé-je, pressée, sans toujours jeter un œil sur ce qu'il se passe là-bas, sur cette estrade. « Poufsouffle ! » Un sourire se dessine mesquinement sur mon visage. Nils, mon fichu cousin, n'est pas dans ma maison.

Animagus renard polaire
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