Poudlard Express

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L'alvéole de la frénésie  PV 

Vingt-quatre. Gouttes de pluie tombées sur le carreau depuis que Maïka observait la fenêtre de la voiture.

« Évidemment, au moindre souci, tu nous envoies un hibou. Ne désespère pas si tu as de mauvaises notes, c'est pas grave, ce n'est pas une fatalité. J'insiste, tu ne dois surtout pas te laisser abattre si tu rencontres quelques difficultés, l'important c'est de comprendre tes erreurs et de faire l'effort de demander aux enseignants des explications complémentaires. Si tu veux correspondre avec ton psy par courrier, c'est toujours possible, il suffit de nous prévenir et on lui expliquera que tu souhaites continuer la thérapie à distance. Au moment de la répartiti... Maïka, tu m'écoutes ? »

Aria avança sa petite main vers sa grande sœur et secoua doucement son bras, lui faisant silencieusement comprendre que leur père l'appelait. Maïka s'arracha à sa contemplation des gouttes de pluie qui traçaient leur sillon sur la fenêtre et croisa le regard de son père dans le rétroviseur. Elle avoua qu'elle n'écoutait plus trop ce qu'il lui racontait depuis quelques secondes et il répéta donc ses conseils. Maïka savait qu'elle avait de la chance d'avoir des parents si patients et calmes ; plus d'un père aurait soufflé d'exaspération à la place d'Allan. Le psychologue de Maïka avait bien expliqué à ses parents qu'ils ne parviendraient à rien en reprochant à leur fille d'être trop agitée ou dissipée ; au contraire, cela ne ferait que contribuer à lui faire croire que tout était de sa faute, qu'elle était le cœur du problème et qu'elle était moins bien que le reste du monde. Ils pouvaient l'encourager à faire des exercices de concentration, lui demander avec bienveillance d'essayer de se canaliser dans les lieux publics, mais lui parler de ses troubles sur un ton de reproche était la pire chose à faire.

Maïka nota les conseils de son père dans un coin de sa tête, même si elle les avait déjà entendus mille fois et qu'elle savait que ce n'était que du charabia destiné à l'encourager qui avait vivement été recommandé par son psychologue. Il faisait de son mieux pour l'aider, alors la plupart du temps, elle l'écoutait ; il n'était pas méchant, très drôle et c'était la seule personne qui semblait comprendre ce qu'elle ressentait. Parfois, il faisait de fausses suppositions, et ça frustrait beaucoup Maïka, mais elle le pardonnait rapidement. Il n'était pas omniscient, il ne pouvait pas tout deviner. L'important, c'était qu'il lui propose les solutions adéquates et qu'il continue à être avenant avec elle.

Allan parla également de la répartition, même si cela n'avait aucune espèce d'importance pour Maïka. Elle se fichait bien de savoir quelle maison le Choixpeau lui attribuerait, car elle savait que ce choix aurait toutes ses raisons d'être. Son père, qui avait été à Poudlard, et plus précisément à Gryffondor, lui avait expliqué que toutes les maisons se valaient et qu'elle n'avait pas à s'en faire. Il existait des préjugés, mais selon son père, ces stéréotypes étaient colportés par des sorciers sans cervelle qui se pensaient plus malins et plus méritants que le reste du monde.

Si cette habituelle peur de la répartition était inexistante pour Maïka, elle était pourtant loin d'être lavée de toute crainte. Son angoisse, à elle, c'était qu'elle devrait apprendre à vivre loin de ses parents. Maïka, dont les moindres faits et gestes avaient toujours été surveillés de près, là voilà qui était envoyée dans un château immense sans aucun repère ! Cette aventure était certes inédite, excitante, unique, mais elle était également effrayante.

Lorsque la famille Cooper arriva à la gare, Anastasia dut arracher sa fille à la contemplation de l'imposante horloge qui accueillait les visiteurs. Le train partait dans une dizaine de minutes et il était inenvisageable que Maïka le rate parce qu'elle avait tenu à observer des aiguilles bouger. Ils pressèrent donc le pas et arrivèrent devant le fameux mur qui menait à la voie des sorciers. Après avoir vérifié que personne ne l'observait, la famille traversa le passage et découvrit le merveilleux quai caché de King's Cross. Maïka serra sa mère et sa sœur dans ses bras, leur promit de leur écrire aussi souvent que possible, puis se tourna vers son père qui insista pour lui donner quelques consignes supplémentaires – mais Maïka était dans une situation beaucoup trop excitante pour retenir un seul des mots qui sortaient de sa bouche. Le bruit des conversations et les mouvements alentours la déconcentraient ; elle ne finissait aucune des opérations mathématiques qu'elle tentait de résoudre. Lorsque Allan en eut finalement terminé avec ses dernières recommandations, Maïka se jeta dans les bras de son père, le serra de toutes ses forces, puis se mêla à la foule qui tentait de pénétrer dans le train.

Quand elle réussit finalement à se hisser dans le Poudlard Express, elle se mit à balader sa lourde valise dans les couloirs en jetant un œil aux différentes cabines, pour la plupart déjà occupées, tentant d'en trouver une qui lui semblait appropriée. Après quelques secondes de marche, elle fut intriguée par un compartiment qui n'était occupé que par une seule personne au comportement assez inhabituel ; cette jeune fille brune tournait en rond dans la cabine et semblait assez angoissée. Ne pouvant lutter contre sa curiosité, Maïka ouvrit la porte de cette cabine, pencha légèrement la tête et demanda :

« Heu... Ça va ? »

Moins présente.

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La gare de King's Cross était bondée. Bryn observa une file de personne sortir du métro avant de s'engouffrer dans la gare. Leur déplacements étaient assurés. Chacun savait ce qu'il avait à faire, où il devait aller. Bryn admirait cette organisation de l'être humain. Les adultes savaient ne pas rêvasser sur leur chemin. Leurs interactions sociales étaient réduites au maximum malgré leur proximité physique. Comment faisaient-ils pour se comprendre sans se regarder ? Pas de bousculade, pas de problèmes, le trafic des humains était fluide devant la gare. Sa mère arrêta la voiture sur le parking, et se tourna vers sa fille :

« Bryn, s'il te plaît regarde-moi »


Bryn tourna vers la tête vers sa mère et elle planta son regard dans le sien. Elle n’aimait pas particulièrement regarder le visage des autres, mais cela procurait beaucoup de plaisir à sa mère. Elle observa le visage tendu de sa mère. Était-elle encore inquiète à l'idée de la laisser partir ? Bryn rentrait après tout en troisième année maintenant. Partir loin de sa famille n'était plus un problème. Elle avait trouvé ses habitudes dans le château. Le Quidditch occupait bien son emploi du temps, l'empêchant de rester seule à se morfondre dans un coin. Un sourire s'anima sur le visage de sa mère. Etait-il triste ou joyeux ? Les cours sur les émotions n'étaient plus qu'un lointain passé depuis son entrée au château.

« Tu n'oublies pas de nous écrire quand tu es arrivée. Tu es prudente sur ton balai s'il te plaît. Tu te tiens bien en cours, tu ne rêvasse pas trop. Essaye de parler un peu aux autres. Évite de bondir quand on te frôle. Et arrête de t'angoisser avec tes nouvelles matières, tu étudies comme d'habitude, et ça va bien se passer. Et tu nous demandes si tu as besoin de quelque chose, d'accord ? »

Bryn acquiesça silencieusement avant d'ouvrir sa portière. Elle n'avait plus envie de parler. Elle contourna la voiture, et ouvrit le coffre de la voiture. Sa valise lui paraissait plus lourde d'années en années. Peut-être était-ce dû à son équipement de Quidditch qui était venu agrémenter sa collection d'affaire. Le coffre claqua, et Bryn chercha des yeux ses parents. Leurs présences étaient rassurante. Elle hésita un moment, puis elle attrapa la main de son père. Sa main était rugueuse, il avait encore dû faire du jardinage la veille. Un téléphone sonnait au loin, mais Bryn était concentrée sur les portes de la gare. Se faufiler dans la foule était son nouveau défi.

Le quai 9/10 était bien heureusement moins bondé que l'entrée de la gare. Bien entourée de ses deux parents, Bryn s'avançait vers le mur de pierre qui permettait le passage vers le monde des sorciers. Sa mère tendit la main pour attraper la valise, mais Bryn recula. Elle voulait y aller seule. C'était son nouveau monde à elle, pas celui de ses parents. Pour avoir essayer de s'intégrer parmi les gens normaux pendant des années, elle savait combien cela était difficile, et elle ne voulait pas imposer cet effort à ses parents. Elle serra rapidement sa mère dans ses bras, et elle lui déposa une légère bise sur la joue. Elle fit de même avec son père qui l'a regardait en silence. Ils étaient habitués à ces grands silences si caractéristique d'une émotion chez Bryn.


« Je préfère y aller seule. C'est plus facile pour moi de ne pas vous faire traverser le mur. Je vous écrirais. »

Bryn jeta un dernier regard à ses parents qui s'enlaçaient, avant de foncer dans le mur.

Le quai 9 ¾ était bruyant lui aussi. Les cris des enfants lui vrillaient les oreilles. Elle se fraya rapidement un chemin jusqu'au train priant pour ne croiser personne qu'elle connaissait. Elle ne se sentait pas très bien à vrai dire. Trop d'incertitude sur sa nouvelle année, trop d'angoisse, trop d'émotions qu'elle ne savait pas forcément gérer. Elle monta rapidement dans le train, refusant l'aide qu'on lui proposait pour hisser sa valise. Elle se jeta dans l'un des compartiments vides qu'elle pouvait voir, rangea sa valise, puis s'assit, le front collé à la vitre, tentant de calmer la terreur qui montait en elle.

Elle se releva. Comment allait-elle diriger son équipe cette année ? Elle fit rapidement le tour de la cabine avant de se rasseoir. Comment allait-elle monter leur stratégie ? Elle se releva, triturant ses doigts dans l'espoir de se rassurer. Serpentard avait fini dernier du classement au Quidditch, comment allait-elle remonter la barre. Elle marchait à travers le compartiment sans pouvoir s'arrêter. Ses pensées tourbillonnaient à une vitesse folle. Et si elle ne s'en sortait pas finalement ? Elle allait probablement devoir recruter de nouveaux joueurs, mais elle n'en n'avait pas envie. Elle s'assit, coinçant ses mains sous ses cuisses, pour tenter de s'arrêter. Les nouvelles matières lui faisaient extrêmement peur. Comment les professeurs allaient-ils réagir face à elle ? Elle se releva, et recommença à tourner. Si ça se trouve, ils étaient déjà tous au courant pour son étrangeté, elle était peut-être déjà fiché. Bryn ne pouvait plus s'empêcher de bouger. Elle se mordit le poing quelques instants avant d'arrêter. Elle ne rêvait pas, tous cela était bien réel. Elle secoua la tête comem pour s'en dégager. Elle ne voulait pas, elle ne voulait plus.


« Heu... Ça va ? »


Bryn se tourna vers la porte du compartiment, et regarda l'inconnue. Depuis combien de temps se trouvait-elle là ? Bryn recommença à marcher, mais un peu plus doucement. Il fallait qu'elle parle. Elle se stoppa net et se retourna. Elle ne pouvait pas s'empêcher de triturer ses doigts, et elle espérait que l'inconnue n'y fasse pas trop attention. Elle fit un faible sourire avant de s'asseoir. Il fallait qu'elle reprenne les étapes au calme. ~Étape 1 : Regarder dans les yeux. Étape 2 : Préparer ce qu'on va dire. Étape 3 : Respirer un bon coup. Étape 4 : Parler~ Une suite de phrase si simple pour le commun des mortels, mais si compliqué à mettre en place pour Bryn. Elle se releva, et tenta de prendre une bonne inspiration.

« Non. »


Cette réponse n'était clairement pas suffisante. Bryn le savait. Elle se rassit, et attrapa sa tête dans ses mains, tout en fermant les yeux. Il fallait qu'elle se vide l'esprit, mais elle en était incapable. Le visage de l'inconnu restait gravée derrière ses paupières. Elle n'avait pas l'air méchante, bien au contraire. Et Bryn ne faisait pas la moindre preuve d’amabilité. Elle se redressa, et respira. Est-ce qu'elle pouvait encore rattraper le coup ? Elle n'en savait rien. Le Poudlard Express allait bientôt partir, et les compartiments devaient être quasiment bondés. En s'excitant comme ça seule dans le sien, elle avait probablement maintenu à distance les autres élèves. Elle se releva, faillit recommencer à tourner, mais s'arrêta, fixant les chaussures de l'inconnue.

« C'est pas grave, je dois être angoissée. Tu peux rester ici si tu veux, je vais me tenir tranquille. Si je te dérange, tu me le dis, je sortirai. »

C'était mieux. Bryn esquissa un semblant de sourire. Elle se doutait qu'elle faisait probablement peur, mais elle espérait encore que la jeune fille reste avec elle. Le voyage était long jusqu'à Poudlard, et elle ne se sentait pas de rester seule pendant autant d'heure. Elle se rassit sur la banquette, tout en se mordillant nerveusement un doigt. Elle s'arrêta subitement. On allait finir par la prendre pour une cannibale. Elle recommença à jouer avec ses doigts. Elle avait juste besoin de penser à rien.

Reducio
Bryn entre en troisième année dans ce RPG

« Le monde est notre échiquier, et toi, un pion de ma volonté. »
~Capitaine des Crochets d'Argents~
~Serpy du mois de juin 2016~
"Le fromage est infâme ! C'est, à ce jour, mon seul combat !"

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La fille du compartiment, comme Maïka l'avait renommée, prit une éternité pour répondre. Elle marcha, s'arrêta, tritura ses doigts, sourit, s'assit, se concentra, se leva, puis prononça enfin quelque chose, un simple petit « non » qu'elle semblait avoir mentalement répété mille fois.

Maïka avait l'impression qu'un miroir avait été placé face à elle, tant le comportement de cette inconnue lui faisait penser au sien. Elle n'arrêtait pas de bouger, de s'arrêter, d'entreprendre un petit rituel qui n'appartenait qu'à elle, de changer à nouveau de place, de s'asseoir, puis elle recommençait, inlassablement. La fille du compartiment reprit donc ses drôles d'activités avant de s'arrêter devant Maïka, de fixer ses chaussures puis de lui annoncer qu'elle pouvait rester ici si elle le souhaitait.

Beaucoup d'élèves se seraient sans doute sentis mal à l'aise et auraient trouvé une jolie excuse pour éviter de passer le trajet avec cette fille, mais Maïka, elle, était intriguée. Elle avait rarement eu l'occasion de rencontrer des personnes plus agitées qu'elle. Elle se demandait pourquoi la fille du compartiment était si turbulente ; avait-elle des troubles permanents et diagnostiqués, comme Maïka, ou bien cette agitation était-elle due à un stress temporaire ?

Maïka s'assit donc sur une banquette et observa plus ou moins discrètement sa partenaire de voyage, qui s'était mise à mordiller son index avant de s'arrêter subitement et de recommencer à triturer ses doigts. Tandis qu'elle se levait pour aller s'installer sur la banquette d'en face sans même s'en rendre compte, Maïka prit la parole, largement plus curieuse que gênée :

« T'es bizarre. »

Elle se tourna vers la fenêtre, laissant le paysage estival emprisonner son regard quelques secondes, puis elle se détourna de la vitre sale du Poudlard Express et se remit à partager ses réflexions personnelles avec sa voisine.

« Quand tu stresses, c'est pas à moitié, hein ? »

Maïka ponctua sa phrase d'un sourire amical, histoire de bien lui faire comprendre qu'elle n'avait aucune intention moqueuse à son égard, et même qu'elle la comprenait. Il en fallait beaucoup pour angoisser la jeune fille aux cheveux noirs, mais dès lors qu'elle touchait au terrible sentiment de l'anxiété, il lui en fallait beaucoup pour se rassurer. Elle devenait pire que d'habitude, incapable de rester dans la même position deux secondes de suite, tapait du pied sur le sol, faisait des petits sauts en permanence, bref ! Elle devenait l'enfer sur Terre. Maïka, cependant, n'était pas franchement stressée par la rentrée. Elle appréhendait sa vie à Poudlard, car elle savait qu'elle devrait affronter beaucoup de changements, mais elle ne craignait pas sa première journée ni la répartition.

« Qu'est-ce qui t'angoisse ? La rentrée ? »

Entrait-elle en première année ? Elle n'avait pas l'air d'avoir onze ans, mais peut-être qu'elle faisait plus vieille que son âge. En attendant une réponse, qui viendrait peut-être dans longtemps, étant donné que sa voisine semblait avoir quelques problèmes de locution, Maïka changea à nouveau de banquette.

Moins présente.

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La jeune fille resta dans le compartiment pour la plus grande surprise de Bryn. La jeune Serpentarde était vraiment agitée ces dernières minutes. En général personne ne voulait demeurer près d'elle dans ces moments-là. Elle regarda la fille s'installer sur une banquette. Bryn était vraiment nerveuse. Qu'est-ce que cette personne pouvait penser d'elle ? Ses doigts s'agitaient à toutes vitesse, se tournant et se retournant dans le creux de ses paumes. La jeune fille changea de place. Était-elle nerveuse elle aussi ? Pour la première fois, Bryn prit le temps de regarder l'inconnu. Elle semblait un peu plus jeune qu'elle. Peut-être rentrait-elle en première année. Bryn se rappelait bien de son premier trajet. Elle n'était pas vraiment angoissée, mais plutôt effrayée. Elle était restée mutique, prostrée dans un coin jusqu'à l'arrivée. S'en était suivie son plus grand défi : ne toucher personne dans une foule d'élèves surexcités. Un moment difficile où elle avait du retenir ses cris, ses larmes. Repenser à ce moment était encore douloureux pour elle. Mais au moins, elle voyait le chemin parcourue. Grâce à Poudlard, elle savait affronter la foule sans piquer des crises maintenant.

La voix de l'inconnu troubla le silence qui s'était formée. Bryn bizarre ? Si seulement elle savait. C'était plus que de la bizarrerie, c'était un trouble. Un trouble qui occupait chaque part de son existence. Mais l'inconnu ne pouvait pas le savoir. Bryn devait lui dire, mais cela impliquait un nouveau contact. L'angoisse de cette nouvelle année multipliait chacun de ses troubles un par un. Elle devenait visible, elle qui s'acharnait à disparaître. Ses yeux virevoltaient à travers le compartiment sans oser se poser sur la personne qui venait de lui parler. Bryn regarda attentivement ses chaussures tentant de se raccrocher à la réalité. Elles étaient fort heureusement extrêmement propres. Le seul défaut qu'elle pouvait remarquer était une petite griffure sur le cuir sur sa chaussure gauche. Une pierre en avait été responsable tout à l'heure. Bryn avait nettoyé au mieux en allant vers la gare, et le résultat était convenable. Une fois à Poudlard, elle pourrait de toute manière récupérer son cirage dans sa valise.


« Quand tu stresses, c'est pas à moitié, hein ? »

Bryn releva la tête, et fixa un point juste à côté du visage de l'inconnue. C'était une technique qu'elle utilisait très souvent pour donner l'impression de regarder quelqu'un sans avoir à croiser le regard de l'autre. Non, elle ne stressait pas qu'à moitié. Mais il fallait surtout qu'elle arrête de se parler à elle-même sans laisser sortir le moindre son de sa bouche. Le silence était confortable pour Bryn, mais l'autre devait trouver ça irrespectueux. Comment le savoir ? Le regard de Bryn se porta sur les chaussures de la jeune fille. Elles étaient propres, elles avaient l'air neuves. La semelle n'était que très peu poussiéreuse, témoignant de la faible distance parcourue. Bryn ne pouvait s'empêcher de penser que ces chaussures très peu usées n'allaient pas durer. L'inconnue avait l'air d'être habituée au mouvement.

« Qu'est-ce qui t'angoisse ? La rentrée ? »


Le temps devait commencer à paraître long. Bryn prenait son temps. Elle n'était pas en état de maintenir une interaction normale pour le moment. Cela viendrait peut-être au fil du trajet, mais il fallait qu'elle se calme pour ça. La fille en face d'elle avait l'air plutôt bienveillante quand Bryn y réfléchissait, bien qu'elle venait de changer à nouveau de banquette. La jeune Serpentarde secoua un instant ses bras et ses mains, avant de se remettre à triturer ses doigts. Elle ne devait pas commencer des stéréotypies. Elle ne pouvait plus s'arrêter ensuite, tant le soulagement de ses mouvements répétitifs pouvait être intense. Il fallait qu'elle réponde. L'inconnue était franche, et Bryn allait l'être. C'était dans sa nature, elle ne savait pas mentir. Ses paroles étaient même parfois blessantes. Elle tenait au moins en place pour le moment. Elle fixa le cou de l'inconnu, se préparant à répondre. Fixer les yeux était encore trop difficile pour elle.

« Je suis pas bizarre, je suis autiste. Toi t'es pas mieux, t'es étrange aussi. »

Bryn préférait le terme d'étrange à celui de bizarre. Elle-même se sentait étrangère aux autres, étrangère au monde, étrangère à la société. Se pouvait-il d'ailleurs que la jeune fille soit particulière elle aussi ? Bryn n'avait pas rencontré d'autres sorciers dans son cas, mais cela devait exister. Elle ne pouvait pas être la seule sorcière à avoir une particularité. Elle ne faisait que peu attention aux autres il est vrai, mais elle était sûre d'être la seule différente dans son équipe de Quidditch. Elle ne voyait personne à Serpentard qui lui ressemblait vraiment énormément d'ailleurs. Elle n'avait répondu qu'à la première phrase de l'inconnue. Elle pouvait en dire plus, elle en était sûre. Elle respira un bon coup, comme avant de se lancer dans un exercice de grande concentration. Son regard remonta légèrement s'arrêtant au niveau des lèvres de son interlocutrice. Petit pas par petit pas, elle avançait vers une communication basique. C'était la meilleure solution. Bryn savait ce qu'elle allait dire. Les phrases tournaient sans cesse dans sa tête, se tournant et se retournant pour adopter le forme la plus appropriée à une enfant de son âge.

« Ça sert à rien de faire les choses à moitié. Je stresse forcément totalement. C'est pas vraiment la rentrée, c'est plutôt mes nouveaux professeurs. Je veux paraître normale. Mais bon, ils sont probablement déjà au courant. »


Elle se tourna vers la fenêtre. Parler ne l'aider pas vraiment à se sentir mieux, mais elle appréciait de ne pas filtrer ses paroles. L'inconnue ne semblait pas connaître cette notion non plus. Bryn espérait juste que cela ne lui pose jamais de problèmes dans la vie.

« Le monde est notre échiquier, et toi, un pion de ma volonté. »
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Encore une fois, il avait fallu à la fille du compartiment de longues secondes avant de répliquer, comme si elle mâchait et façonnait minutieusement chacune de ses phrases avant de les exposer au monde. C'était comme si chacune de ses paroles était fragile, hésitante, comme si chaque syllabe lui coûtait le ciel, un effort surhumain, une réflexion profonde. Ses mots avaient l'air si compliqués à prononcer que Maïka ne pouvait s'empêcher de songer que chaque réponse de l'inconnue était un cadeau qu'elle lui offrait.

Je suis pas bizarre, je suis autiste. Hésitant et abrupt à la fois. Clair, précis, sans peinture ni paillette. L'énonciation pure d'un fait. Cette explication brutale ne perturba pas vraiment Maïka, qui avait l'habitude, elle aussi, de s'exprimer trop clairement un peu trop souvent. Elle se souvenait des tas de reproches qui lui avaient déjà été faits suite à cette franchise incontrôlée auxquels devaient faire face ses interlocuteurs. Ses intentions étaient rarement mauvaises, et elle n'avait jamais vraiment souhaité faire du mal à quelqu'un, alors lorsqu'elle s'exprimait, elle avait tendance à oublier le fait que ses paroles pouvaient être blessantes, que chaque personne construisait sa propre interprétation de ce qu'il entendait. Elle expliquait en toute simplicité ce qu'elle ressentait, se plaignant toujours de situations et non de personnes. Quand elle disait à quelqu'un qu'elle s'ennuyait, elle ne voulait pas dire que ce quelqu'un était ennuyant ; juste qu'elle s'ennuyait.

L'autisme, Maïka en avait déjà entendu parler. Un jour, son psychologue lui avait parlé des autres troubles comportementaux qui existaient, et il avait naturellement évoqué l'autisme. Maïka n'avait pas retenu grand-chose de ce qu'il lui avait dit, comme à chaque fois qu'il rentrait dans des explications moins personnelles et plus théoriques. Elle ne parvenait pas à assimiler le savoir pur. Il lui fallait des émotions, des sensations, il lui fallait vivre pour retenir. Dès lors que quelqu'un s'engageait dans des explications, des monologues, farfelus ou pas, Maïka perdait le fil, car elle avait l'impression de ne rien faire, ce qui était particulièrement frustrant.

Alors, au final, que savait-elle de l'autisme ? Pas grand-chose, sinon que ce trouble avait vraisemblablement quelques similitudes avec le sien. Finalement, l'explication de l'autre élève n'était pas vraiment satisfaisante. Je suis autiste, ça ne voulait rien dire d'autre que je suis bizarre mais j'ai été diagnostiquée. Un jour, Maïka avait demandé à son psychologue si elle était bizarre, et après une longue discussion, elle en était venue à la conclusion que oui, elle l'était, mais que ce n'était pas grave, parce qu'être normal, c'était être comme tout le monde, sauf que personne n'est pareil, donc tout le monde est bizarre. Il y a juste des gens plus bizarres que d'autres.

D'ailleurs, quand l'inconnue fit remarquer à Maïka qu'elle aussi, elle était étrange, la jeune fille haussa les épaules. À l'évidence, ce n'était pas un compliment, mais Maïka ne pensait pas que ce soit une insulte. La fille du compartiment la dévisageait, elle le sentait, et elle sentit aussi que le rouge lui montait aux joues. Personne n'aimait être observé et détaillé avec tant d'attention, et Maïka ne pouvait s'empêcher de rougir dans ces situations-là - même si elle ne s'en rendait pas toujours compte. Finalement, l'inconnue lui expliqua que ses nouveaux professeurs étaient sa principale source d'angoisse, et pour toute réponse, Maïka hocha la tête, puis elle se leva, se dirigea vers la porte du comportement et observa les allées et venues des élèves par la vitre. Elle se mit automatiquement à les compter. Un, deux, trois, quatre... Après douze, elle se souvint où elle était, se tourna vers sa camarade de compartiment et fut soudain envahie d'un doute.

« Pardon, tu as parlé ? »

Elle lui répondit que non, elle n'avait rien dit et Maïka se sentit soulagée ; elle se serait sentie coupable si sa voisine avait repris la parole et que, trop absorbée par la contemplation de ses futurs camarades, elle ne l'avait pas remarqué. D'ailleurs, elle se souvint aussi qu'elle n'avait même pas pris la peine de vraiment répondre aux explications qui lui avaient été fournies, alors, retournant s'asseoir sur une banquette, elle dit :

« Je connais pas trop l'autisme. »

Elle se coucha sur sa banquette, entreprit de s'étirer, puis se releva et ajouta :

« Enfin, j'en ai entendu parler, mais je sais pas ce que c'est. Mais t'es pas obligée de m'expliquer, ça m'intéresse pas vraiment. »

Moins présente.

L'alvéole de la frénésie  PV 

Bryn s'extrayait lentement de son angoisse. Le regard tourné vers la vitre elle oubliait peu à peu l'échange un peu étrange qui venait de se produire. L'autre fille s'était relevée, et avait l'air d'être plongée dans les mouvements du couloir. Bryn ne pouvait que le comprendre. N'avait-elle pas elle-même observé avec attention les mouvements de la foule dans la gare un peu plus tôt. Son regard dérivait vers le loin, laissant les pensées de son esprit s'enchaîner. Le compartiment était devenu beaucoup plus silencieux maintenant que la Serpentarde ne tournait plus en rond. Après tout, elle avait toujours essayé de donner l'illusion d'être normale. Et elle n'aurait pas tant de nouveaux professeurs cette année. Les matières principales restent inchangées, elle n'aurait pas forcément à se limiter. Chaque cours pour elle était devenu un rituel. Le sac qui doit pouvoir être posé à sa gauche uniquement. L'ordre précis avec lequel elle sort ses affaires quitte à tout ranger si jamais l'ordre n'est pas respecté. Une façon uniforme de présenter son cours, quelque soit la matière, le sujet. Des sortes de tocs qui ritualisait sa vie jusqu'à rendre tous les jours identiques les uns aux autres. Parfois, elle se demandait quand elle avait cessé d'être normale. L'autisme est sensé être présent depuis la naissance, mais elle n'avait été diagnostiqué qu'à quatre ans. A quel moment son développement avait-il pris une direction vraiment différente des autres ?

Plus elle grandissait, plus son rapport aux troubles changeait. Elle appréciait de plus en plus de passer inaperçue, de faire comme les autres, de se conformer aux règles de la société. Plus jeune, elle n'essayait pas de se cacher. Ses parents essayaient tant bien que mal de lui faire comprendre qu'elle ne pouvait pas se permettre de n'être pas comme les autres en public, mais Bryn avait eu beaucoup de difficulté à le percevoir. Après tout, pourquoi aurait-il fallu qu'elle ne soit pas elle-même devant les autres ? Et cette manie de ne pas se préoccuper de ce que peuvent penser les autres avait subitement cessé la première fois qu'elle s'était éloignée de ses parents. Il n'y avait pas d'autres mots pour décrire ça, si ce n'est celui d'invisible. C'est ainsi qu'elle avait passé sa première année dans le château. Invisible aux yeux de tous, à ne connaître personne, à ne se faire connaître de personne. Mais cela lui avait permis de prendre le temps pour accepter sa condition de sorcière. A se rendre invisible en permanence, elle avait fini par comprendre qu'elle montrait sa différence. Sa place était à Poudlard, et non dans une école spécialisée comme elle l'était au début. Lorsqu'elle revenait sur sa deuxième année passée au sein du château, elle ne pouvait que visualiser comment elle avait changé, comment elle avait progressé. Ses relations sociales était passées de inexistantes à faible, et seule elle pouvait ressentir à quel point cela pouvait tenir du miracle.

Elle fut tiré de ses pensées par la voie de l'autre fille. Elle en avait presque oublié sa présence. La réalité la frappa à nouveau dans les yeux. Le compartiment, le Poudlard Express, sa troisième année à Poudlard, la peur de ne pas être à la hauteur. L'angoisse revenait au galop, tandis qu'elle se concentrait sur les paroles de son interlocutrice. Elle n'avait pas parlé dans la dernière minute écoulée, elle en était sûre. Est-ce que cette fille qui avait l'air d'avoir la bougeotte entendait aussi des voix ? Bryn se tortilla un peu sur son siège. Comme d'habitude, la situation la mettait mal à l'aise. Elle avait presque envie de prendre ses affaires et de se ruer dans un autre compartiment, mais elle ne savait pas  si il en restait encore un de vide. Elle marmonna une sorte de non qui eu l'air de satisfaire sa voisine de compartiment. En silence, elle observait l'étrangeté de ce wagon. Ses doigts se tortillaient légèrement entre ses mains, mais cela lui faisait du bien. La jeune fille venait de se rasseoir sur la banquette. Elle parle trente seconde, s'allonge, s'étire, se relève, rajoute une phrase. Pour le coup, ses propos étaient un peu trop hachés, mais Bryn avait saisi l'essentiel. Elle appréciait de plus en plus sa voisine de voyage. Elle avait l'air d'oublier de filtrer ses paroles. Elle sentait bien que quelque chose clochait chez elle, mais elle était incapable de dire quoi. Elle n'était certainement pas autiste en tout cas.

"Mais t'es pas obligée de m'expliquer, ça ne m'intéresse pas vraiment." Cette dernière phrase tournait en boucle dans son esprit. Les autres font d'habitude semblant d'être intéressé, de retenir les choses, même si la calligraphie ou le Quidditch ne les passionnent pas. Son professeur le lui avait expliqué 6 ans auparavant. Il faut dire que Bryn n'avait jamais su détecter l'ennui chez son interlocuteur. Et lancé sur un sujet qui la passionne, elle était capable d'en parler des heures en continue, elle qui a tant de mal à adresser un bonjour à ses camarades. Quant à l'autisme, elle n'aimait pas particulièrement en parler. Cette pathologie, elle la trouvait encore complexe. Et puis, les autres avaient tendances à se focaliser sur des anomalies qu'ils n'auraient peut-être pas remarqué avant, comme si connaître le syndrome d'Asperger leur donnait le privilège de détecter toutes les anomalies. Ses yeux se reposèrent sur sa voisine agitée. Une question lui taraudait l'esprit, mais le plus dur était de l'exprimer. Elle avait envie d'être franche, mais elle avait peur de la blesser. On ne peut pas dire que l'autre enrobait ses paroles d'artifice et de pailettes, mais elle ne savait pas si la franchise s'appréciait dans les deux sens. Son regard se posa juste à côté des yeux. Elle n'était pas prête à échanger un regard encore. De toute façon, son interlocutrice n'avait pas l'air d'être concentrée à 100% sur Bryn.


« Tu bouges comme ça tous les jours ou seulement dans les trains ? »


C'était dit, c'était fait. Bryn était fière d'être encore capable de parler. Sans même attendre une réponse, elle entreprit d'escalader la banquette afin de récupérer sa valise. L'entreprise était périlleuse. Bryn manquait encore terriblement de coordination. Sans même jeter un regard pour voir ce qui se passait dans le wagon, elle commença tâtonner ce qui pouvait se trouver au niveau du porte bagage. Sa main suivait le contour de sa valise , qu'elle connaissait si bien. Ses parents lui avaient acheté presque 10 ans auparavant. Elle avait passé ensuite des heures à la caresser pour s'habituer à son contact. Son équilibre devenait un peu branlant au fur et à mesure que les secondes s'écoulaient, mais sa main se referma enfin sur la poignée. Elle tira d'un coup sec pour la faire tomber sur la banquette, manquant de tomber par la même occasion. Son seul salut provenait du mur du compartiment qui lui avait permis de s'écraser joliment dessus, plutôt que de connaître le contact rude du sol. Elle entreprit de se rasseoir en sécurité sur la banquette, puis elle ouvrit sa valise à la recherche de quelques objets. Elle étala sur la banquette un paquet de barre chocolaté. Cela lui servirait pendant le long voyage jusqu'à Poudlard. Elle ouvrit une poche sur le côté, et récupéra sa montre. Ses parents avaient insisté pour qu'elle la range, mais elle se sentait incomplète sans. Son regard se détacha de sa valise un court instant, et elle reprit conscience de la présence d'une autre personne dans le compartiment. Elle fit un petit geste en direction des barres de chocolat.

« T'as le droit de te servir si t'as faim. Et t'as le droit de te servir aussi si t'as pas faim. »

Elle avait presque envie de tenter un sourire, mais elle ne savait pas encore si elle allait en être capable. Son regard tomba sur ses chaussures. La petite griffure sur sa chaussure gauche était bien visible. C'était peut-être le temps de s'en occuper. Elle commença à enlever méthodiquement des piles de vêtements jusqu'à tomber sur une boîte en velours noir. Elle réservait d'habitude l'entretien de ses chaussures dans son dortoir lorsqu'il était plus ou moins désert. Mais là, elle ressentait le besoin d'enlever l'imperfection. Son doigt caressa le velours de la boîte. Son grand-père lui avait offert peu de temps après qu'elle ait demandé à apprendre à cirer les chaussures. Un bon moyen de ranger le matériel sans qu'il ne se renverse en permanence dans sa valise. Elle étala ses petites affaires, occupant presque la moitié de la banquette, et entreprit de faire disparaître la rayure de sa chaussure. Ce qui pouvait se passer dans le compartiment devenait de plus en plus lointain. Bryn rentrait à nouveau dans son monde.

« Le monde est notre échiquier, et toi, un pion de ma volonté. »
~Capitaine des Crochets d'Argents~
~Serpy du mois de juin 2016~
"Le fromage est infâme ! C'est, à ce jour, mon seul combat !"