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 La Coupe de Feu  J'aimerai la mort...

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Aelle Bristyle
Personnages imposés : Audric Hitward, Scorpius Malefoy, Bill ou Charlie Weasley
Époque : Temps de Magicland
Écriture : Libre
Genre : Policier
Mots à placer : grassouillet, mathématique (ctrl F, pour les trouver)

Nombre de chapitres : 4

TERMINE  
Dernière modification par Aelle Bristyle le 20 janvier 2018, 2 h 55, modifié 2 fois.

Je ferme les yeux. La toile Carmin les hante. Ciel, qu’elle les Hante.

 La Coupe de Feu  J'aimerai la mort...

- Chapitre I -


La ville de Paris, siège des passionnés de la beauté architecturale. Une ville de lumière et de joie, rassemblant la population élégante que formait les français. Aujourd’hui, la ville était silencieuse. Les bâtiments, d’ordinaire si resplendissant dans leur beau mélange de modernité et de conservation, étaient mornes et gris. Au-dessus de la ville, une couverture de nuages. Le ciel ne bougeait plus, immobile dans cette masse sombre, plongeant la ville dans une inquiétude sordide. De temps à autre, un éclair zébrait le ciel, le séparant en deux sous la force de son éclat. Alors le tonnerre donnait de sa voix, un bruit sourd provenant des profondeurs du ciel, résonnant en cœur avec les vibrations de la Terre. La ville semblait ainsi prise en coupe entre deux forces incontrôlables de la nature, si fragile.
Paris semblait morne, Paris semblait silencieuse et pathétique, sous la force des éléments. La pluie diluvienne ne faisait qu’amplifier l’obscurité du ciel, l’eau plaçait la ville dans une brume plus épaisse encore, malmenant le bitume sans fin. Sur le sol dur, entre les bâtiments et les monuments, hier encore si brillants, quelques rescapés de la nuit, Parisiens et autres, arpentaient sans fin les rues silencieuses. Les quelques hommes ou femmes sursautaient au passage bruyant d’un véhicule, au bruit strident d’une alarme ou d’une porte qui claque. Il est certain que les rues de Paris tremblaient sous la sensation électrique de l’air ambiant. Ou alors était-ce la pression du jour qui, planant sur l’horaire de chacun, plongeait la ville dans l’inquiétude viscéral de ne pas voir la lumière du jour accompagnant l’habituel levé du soleil ? Point de rayon de soleil, point de lumière illuminant les nuages de sa couleur de feu. Aujourd’hui, Paris resterait sombre, le soleil n’avait pas sa place dans le ciel obscur.

Un homme blond, ici au coin de la rue, traversait les routes, filait sous les lampadaires lumineux, sans ne jamais s’arrêter. Il avançait sans ralentir, traversant la foule qui semblait s’écarter sur son passage. Les hommes, les femmes, les enfants, la population parisienne le laissait fendre la masse compact qu’ils formaient, s’éloignant sans y prendre garde, puis reprenant leur place sans sourciller. Il semblait avoir un contrôle absolu sur la foule, il ne se laissait pas frôler, toucher, bousculer. Tout comme les gouttes d’eau qui glissaient autour de lui, dessinant la forme fine et élancée de son corps, sans ne jamais parcourir sa peau blafarde. Il était inatteignable.
Dans l’obscurité de la foule et de la ville, il se démarquait facilement. Au milieu des cadres Parisiens munient de leur costume-cravate sombre et de l’air renfrogné du bougre pressé, parmi les femmes au regard fixé sur l’horizon, l’homme portait ses cheveux blond, presque blanc, tirés vers l’arrière. Cela en parfait accord avec la longue cape argenté qui recouvrait son corps. Il était comme une étoile dans la masse sombre et épaisse du ciel, de la foule déshumanisée. Il se tenait droit, ne détournant pas son regard d’acier de son objectif : le bout de la rue qu’il traversait.

Ce matin était un matin comme les autres. Chacun se dirigeait vers son but, son travail : les grandes tours d’affaires attendaient leurs employés. Soudain, la foule cessa de s’affairer, semblant attendre quelque chose. Les véhicules défilaient les uns après les autres dans un bruit assourdissant. Le blond’ ne se sentait pas atteint par cette pression, il attendait lui aussi, calme. Comme la pluie, le bruit n’était pas présent autour de lui. Il sourit doucement en sentant la foule se presser soudainement. La route avait cessé d’accueillir les étranges véhicules d’acier pour permettre aux dizaines de parisiens de traverser le bitume en sécurité pour prendre la direction du quartier d’affaire.

“Les gens sont si pressés”, pensa l’homme à la cape argenté. Lui, natif londonien, connaissait cette effervescence secouant les grandes villes. Laissant la foule le dépasser, ignorant les quelques péquenauds qui changeaient de direction sans en avoir conscience lorsqu’ils le frôlaient, il longea la route sans la traverser jusqu’à atteindre une bouche d’égout. Ignorant les klaxons et la pluie, il s’arrêta sur le couvercle de fonte et se tint immobile dans l’étrange obscurité de ce jour naissant. Un regard affûté aurait peut-être aperçu quelque chose, l’accoutrement étrange de l’homme, le bâton sombre qu’il agrippait dans sa main, la barrière invisible qui semblait arrêter le bruit et les gens autour de l’homme. Mais les moldus, parisiens ou autre, n'avaient pas le regard affûté. Alors ils ne virent pas la bouche d'égout tourner sur elle même, amenant l’homme dans une danse infernale, puis s’enfoncer soudainement dans le sol dans un bruit assourdissant. Ils ne virent pas tout cela, tout comme aucun ne se souviendrait avoir regardé l’homme aux cheveux blond presque blanc.


La plaque s’était enfoncée profondément dans le sol. Pourtant, l’homme fut soudainement illuminé par un puissant rayon de soleil qui le réchauffa instantanément. Loin était la ville sombre et humide, ici n’était que chaleur et couleur. Les grandes fenêtres offraient aux deux pièces une vue imprenable sur le ciel immensément bleu et la ville illuminée, semblant veiller sur la multitude de parisiens qui marchaient des centaines de mètres plus bas. Ils étaient tous recouvert de parapluies et d’imperméables, dans un beau contraste avec le temps resplendissant que les fenêtres magiques permettaient à l’homme de voir. Ce dernier se dirigea vers le bout de la pièce où un bureau massif faisait face aux grandes baies vitrées. Il se débarrassa de sa baguette après avoir annulé les sortilèges repousse-moldu et d’imperméabilité, et enlevé sa cape argenté. Alors qu’il allait se diriger vers une bibliothèque, une porte claqua derrière lui. L’homme se retourna, et sourit machinalement au grand homme qui venait de sortir de la seconde pièce :

« Nate, bonjour, » lui dit-il de sa voix chaude tout en en sortant de la bibliothèque une pochette cartonnée. « Nous avons quelque chose, aujourd’hui ? »
« Bonjour, » lui répondit la voix tremblante de Nate.

Son employé, collègue et ami était d’une nature nerveuse, mais l’homme ne connaissait pas de personne plus déterminé que lui.

« Pas encore, mais le Bureau nous contacte encore pour nous refiler des dossiers. Je leur ai dit que nous n’étions pas de ceux qui ramassent la bouse de dragons des autres. Comme tu m’avais dit de dire, Scorpius. » se sentit obligé de rajouter l’homme nerveux.

Scorpius sourit en entendant cela. Ce que lui disait Nate était loin d’être surprenant : le Bureau se déchirait pour avoir ses talents, et lui les rejetait sans cesse. Il ne supportait pas qu’on lui dicte son travail.
Après avoir échangé quelques banalités avec son collègue, il laissa ce dernier retourner dans la pièce adjacente à la sienne -celle qui accueillait tout ceux avec qui il travaillait- et s’assit à son bureau.

~


« Je te ramène quelque chose, Scorpius ? »

La voix de Nate bouscula si brusquement l’homme de ses pensées qu’il releva rapidement la tête et grimaça lorsque sa nuque craqua. Ignorant la moue contrit de son collègue, il le détailla dans l’évident désir de comprendre de quoi il parlait. Ce n’est qu’après quelques secondes, lorsqu’il remarqua le vieux blouson en cuir dont s’était revêtit Nate, qu’il compris que ce dernier sortait déjeuner. L’habitude qu’avait l’homme nerveux de s’habiller en moldu laissait Scorpius perplexe. Venant d’une famille composé uniquement de sorciers, il ne parvenait pas à saisir l’intérêt de se fondre dans la masse des moldus en s’habillant comme eux alors qu’il existait des sortilèges pouvant troubler leur perception. Un jour, il avait demandé au jeune brun l’intérêt de cela, et ce dernier lui avait répondu : “j’aime la mode moldue, alors autant m’habiller comme eux lorsque je vais là-bas. Après tout, c’est aussi mon monde”. Scorpius n’avait pas compris. Ou n’avait pas voulu comprendre. Il ne lui avait plus parlé de cela, le laissant faire ce qu’il souhaitait faire. Lui ne cessait de porter ses longues robes sorcières de riche qualité et de jeter des sortilèges à tout va pour se promener comme bon lui semblait dans les rues de Londres ou de Paris.

Revenant au présent, l’homme donna une réponse négative à son collègue qui l’attendait et le regarda s’en aller. Aujourd’hui, malgré le temps sombre et la pluie, il ne souhaitait pas rester enfermé dans son bureau. L’atmosphère autour de lui était électrique, et les fenêtres magiques n’enlevaient en rien le sentiment désagréable qui l’abritait. "Ce doit être la pluie", se dit-il en se levant. Il récupéra sa chaude cape et après un coup de baguette vers ses dossiers éparpillés, il quitta le bureau nouvellement rangé.
Le sortilège qu’il lança sur les fenêtres ensoleillés lui apprit que le Soleil factice était réellement factice : à l’extérieur, le torrent de la pluie s’abattait impitoyablement sur le sol goudronné de la ville. Se préparant au déluge, Scorpius s’abrita sous les sortilèges adéquat.

Son apparition soudaine, au beau milieu du trottoir, ne dérangea aucunement le flot de moldu qui s’échappait de ce qu’ils appelaient métro. Scorpius renifla avec dédain, posant un regard interrogatif sur cette masse compacte qui s’entassait dans des tubes mécaniques. Il était hors de question qu’il monte dedans, il fit le choix de faire le trajet à pied. L’air lui ferait du bien.
Les rues qu’il traversait ne lui restait pas à l’esprit. La brise humide le rassérénait, et son regard acier se faisait de moins en moins dur, ses épaules se détendaient et il se permit même un léger sourire lorsqu’il croisa un sorcier parisien camouflé sous un déguisement fort mal approprié pour l’époque. D’un pas guilleret, fendant impitoyablement la foule, il se rapprochait de son but, et en était heureux. Son travail le passionnait, mais il aimait s’en échapper. Il y avait de cela plusieurs années, lors de son arrivée dans la ville Française, il avait découvert cette merveilleuse boulangerie. N’étant pas habitué à trouver sa nourriture chez les moldu, il avait été bien étonné en goûtant ce sandwich sucré-salé. Il avait aimé, et Merlin seul savait combien cela était étonnant ! Cela lui avait permis d’adopter plus facilement le rythme français, et il était dorénavant bien loin de regretter son cher pays.

L’homme s’arrêta si soudainement que cette étrange femme à l’horrible cardigan vert bouteille l’aurait bousculé, si seulement elle faisait partie du monde sorcier. Comme ce n’était pas le cas, le sortilège se contenta d’agir sur la femme qui fit un écart exagéré sur la gauche, rentrant dans la même occasion dans un jeune homme bougonnant. Mais Scorpius ne vit pas tout cela. Son regard gris était fixé sur une devanture de magasin d’un jaune criard, presque désagréable à voir. Mais le parfum qui s’échappait de la boulangerie était une euphorie, pour les papilles de l’homme au cheveux blonds. Il ferma les yeux et respira longuement, dans un geste habituel, presque rituel. L’odeur le ramena des années en arrière, elle s’accompagnait toujours de la même image : celle de cet enfant aux cheveux presque blanc, riant aux éclats aux mots de son ami. Près d’eux, une magnifique femme souriait tendrement. Le souvenir était teinté de nostalgie, mais si la tristesse était et serait toujours présente, la douleur qui l’avait accompagné s’était depuis longtemps apaisée dans le coeur de Scorpius. Il avait accepté la mort de sa mère.
Affichant maintenant un grand sourire qui illuminait son visage pâle, Scorpius s’avançait pour assouvir l’intense désir qu’il ressentait à l’idée de tenir entre ses mains cette merveille qui ravissait son palais à chaque déjeuner. Il salivait d’avance. Il allait entrer dans la boulangerie, quand soudainement, une voix grave brisa le cocon de silence dans lequel il se prélassait :

« Scorpius ? Nom d’un magyar, si je savais que tu trainais dans le coin, je serais venu te trouver ! »

Le coeur de Scorpius se souleva étrangement à l’entente de cette voix. Il avait tellement de sortilège autour de lui qu’il n’était pas possible qu’une personne puisse ne serait-ce que le sentir. Il n’y avait qu’une explication à cela : la voix appartenait à un sorcier. Hésitant entre ressentir de la frustration de ne pouvoir contenter sa faim et se trouver curieux de découvrir celui qui le connaissait dans cette ville étrangère, le trentenaire se retourna dans un coup de cape vers la source du bruit. Et il ne s’attendait absolument pas à trouver ce qu’il trouva.
Devant lui, ignorant superbement les moldus qui s’étonnaient de le voir parler seul, se tenait un homme imposant malgré sa taille moyenne. Sans pouvoir s’en empêcher, le sourire de Scorpius se fit plus grand encore, tandis que ses yeux gris prenaient une teinte plus lumineuse. L’homme qui lui faisait face avait le visage froissé de rides, mais cela n’enlevait rien à la profondeur de son regard océan, la même que lors de leur rencontre. Le vieillard était trapu et étrangement il paraissait toujours aussi fort et puissant. Le coeur de Scorpius s’emballa alors qu’un sentiment qui ne lui était que rarement connu pris emprise sur lui : la gêne. Un sentiment fort désagréable qui le fit soudainement sentir plus petit, moins fort. Mais il se secoua bien vite, et bientôt il ne resta qu’une joie immense dans son coeur.

« Le temps n’a-t-il donc pas d’emprise sur vous, Charlie ? » sourit Scorpius. « Ou est-ce seulement vos gènes de Weasley qui vous permettent de garder vos cheveux roux ? »

En effet, le prénommé Charlie Weasley avait beau montrer un visage d’homme mûr, il n’avait pas de cheveux blanc ou gris recouvrant son crâne. Il avait la même chevelure depuis ses jeunes années : une masse de cheveux roux éparpillé sur sa tête, ne détonnant étonnement pas avec son visage ridé de vieil homme. Cela lui donnait un air hors du temps. A moins que ce ne soit Scorpius qui le lui attribue ?
Le grand éclat de rire chaleureux de Charlie le ramena des années en arrière, une nouvelle fois. Il n’était qu’un jeune garçon lorsqu’il l’avait rencontré. En vacances en Roumanie avec son père, après le décès de sa mère, il avait absolument tenu à visiter cette réserve connue mondialement. Il se souvenait encore du regard brillant de cet homme, lorsque son lui enfant s’était exclamé : “ Un jour, j’apprivoiserais un dragon moi aussi !”. L’homme, Charlie, avait gentillement sourit puis s'était accroupi près de lui en ignorant son père. “Petit”, avait-il dit, “un dragon ne s’apprivoise pas. Au mieux, tu peux espérer que le dragon t’accepte auprès de lui, mais l’apprivoiser ?”. Il avait alors rit sous les yeux ébahis du petit Scorpius puis : “Jamais tu n’aurais l’idée de faire ça”.
Scorpius avait accepté la proposition de Charlie de visiter avec lui la Réserve, et son père n’avait pas pu le lui refuser. Il les avait suivit tant bien que mal alors que les deux parlaient sans fin de dragon. Mais Scorpius avait toujours été persuadé que son père avait apprécié cette rencontre. Sinon il ne l’aurait pas autorisé à le voir régulièrement, n’est-ce pas ?

« …si sarcastique hein ? Comme ton père ! Pourquoi t’es en France, Scorpius ? »

Scorpius se secoua en attendant la voix grave de son vieil ami. Ce n’était pas le moment de penser au passé, cette rencontre était trop surprenante pour qu’il n’en profite pas.
Il souria amicalement lorsque le roux lui donna un coup viril sur l’épaule en le regardant affectueusement.

« C’est le boulot. Je devrais vous retourner la question, aux dernières nouvelles vous habitez encore en Roumanie. Surtout que l’époque n’est pas la meilleure pour visiter la France, vous n’êtes pas sans être au courant, n’est-ce pas ? »

Scorpius faisait référence à la nouvelle qui avait secouée le monde sorcier de France, il y a peu. L’école des sorciers française, envahit par les Aurors et Ricoter, le Ministre français. La directrice serait enbourbée dans une affaire plus que suspecte. Scorpius n’aimant pas ce qu’il avait appris sur le Ministre de la Magie français, n’avait pas accepté la demande du Bureau qui voulait le voir travailler sur cette affaire. La France semblait bouger, ces derniers temps, tout comme la Grande Bretagne.

« Bah, des querelles politiques ne m’empêcheront jamais de voyager, Petit ! » s’exclama Charlie en évitant un passant pressé. « Et j’habite encore en Roumanie, mais j’ai eu envie de profiter de ma retraite. Je suis heureux de te revoir, tu as bien vieilli. »

Scorpius ria et s’empressa de rappeler à l’homme roux qu’il avait près de deux fois son âge.
Alors que la discussion s'enchaînait naturellement, les yeux scrutateurs de l’homme aux cheveux presque blancs remarquèrent rapidement que si lui-même était invisible aux yeux des moldus, ce n’était pas le cas de Charlie. Les clients de la boulangerie, celle dans laquelle Scorpius n’avait pu entrer, les regardaient de plus en plus étrangement. Ou plutôt, ils regardaient Charlie, qui devait -à leurs yeux- parler seul dans la rue. Soucieux de ne pas éveiller l’attention des moldus, Scorpius décida d’amener Charlie ailleurs. Il reviendrait dans sa boulangerie un autre jour. Aujourd’hui, la rencontre avec son vieil ami était plus importante que tout et il n’avait qu’une envie : s’asseoir devant un café et discuter des heures durant avec le Weasley. Scorpius ne connaissait personne de plus intéressant que lui. Il connaissait un nombre incroyable de choses différentes, les dragons n’étaient qu’une faible partie de sa connaissance.
Les deux hommes prirent sur eux pour ne parler que de banalités sur le chemin, et c’est ainsi qu’ils se dirigèrent vers une rue attenante pour s’installer dans un café bondé.

Assis à une table, l’un à côté de l’autre sous une épaisse couche de sortilèges d’intimité, anti-moldu, et de camoufflement, Charlie et Scorpius avaient cessés de parler. Leurs mains étaient respectivement enroulés autour d’un chocolat chaud recouvert d’une couche exagérément épaisse de chantilly et d’un café court noir. Un choix aussi opposé que l’était leur comportement : si Charlie était affalé sur sa chaise, parfaitement à l’aise, Scorpius perdait l’aisance qui semblait l’animer habituellement. L’homme, anormalement intimidé, levait son regard à intervalle régulier sur le vieux sorcier, ne semblant pas croire à sa présence. Cela faisait plusieurs années qu’ils ne s’étaient pas vu, malgré un échange assidu de hibou.
Aussi loin qu’il s’en souvienne, Scorpius avait toujours été intimidé par cet homme bien plus âgé que lui, qui avait pourtant fini par devenir un ami proche. En sa présence, le Malefoy se sentait facilement timide et peu sûr de lui, et ces sentiments se battaient avec l’amitié profonde et l’admiration qu’il avait pour cet homme cultivé, chaleureux et puissant. Oui, Scorpius Malefoy, qui avaient vécu moult aventure lors de sa scolarité, qui avait vécu des choses affligeantes alors qu’il n’était encore qu’un gamin, qui était connu des services des différents Ministères Européens, ce Scorpius était intimidé par Charlie Weasley, célèbre dragonologiste à la retraite.

« Alors, pourquoi Paris, Charlie ? » demanda-t-il en avalant une gorgée brûlante de café.
« J’ai des amis qui habitent dans le coin, » répondit Charlie, posant ses yeux bleus sur l’homme qui lui faisait face. « Ça faisait longtemps que je ne les avais pas vu alors me voilà. Mais si j’avais su que tu étais là, je serais resté plus longtemps. »
« Et je vous aurait obligé à le faire ! » sourit Scorpius. « Quand repartez-vous, mon vieil ami ? »
« Hum, dans quelques jours je présume. »
« Ca nous laisse du temps ! »

Adossé à sa chaise, un sourire continuellement posé sur son visage ridé, Charlie ne quittait pas des yeux le trentenaire qui lui faisait face. Le Petit, comme il aimait l’appeler, lui avait manqué. Scorpius était une bouffée d’air frais pour le vieil homme qu’il était, il avait toujours apprécié cela. Il avait été un jeune garçon curieux et aventurier et dorénavant, il avait devant lui un homme compétent et passionné. Oui, Scorpius était un homme bien.

« Nous aurons l’occasion de nous revoir, Petit, » dit-il, et, jugeant Scorpius de haut en bas, il rajouta : « tu sembles aller bien, les affaires marchent ? »
« Elles marchent, » confirma-t-il. « C’est calme en ce moment, même si le Bureau me demande de plus en plus… »
« Tu sais qu’ils aiment travailler avec toi, tu vois les choses qu’ils ne parviennent pas à voir. Tu devrais te sentir flatté de leurs demandes, et en accepter quelques-une si tu ne veux pas qu’ils te relèguent au rang de vulgaire informateur, » le taquina le vieux roux.
« Charlie ! Ce n’est pas ce que je suis, vous le savez, » s’enflamma Scorpius. Il haïssait qu’on dénigre son travail. « Je fais du bien meilleur boulot que la plupart des Aurors, français ou anglais confondus ! »

L’homme aux cheveux presque blancs se rendit alors compte qu’il s’était penché sur la table, se rapprochant de Charlie sous le coup de la passion. Étonné, il se recula lorsque le vieil homme éclata brusquement de rire. Puis, regardant son ami rire grassement, il se fustigea mentalement : il le connaissait, il savait que l’homme avait fait cela pour le faire réagir. C’est ce qu’il faisait toujours lorsque Scorpius ne comprenait pas et qu’il refusait de changer d’avis. Cependant, Scorpius n’avait plus quatorze ans, et Charlie n’était plus son mentor. Le travail était une question sensible pour le Malefoy, puisqu’il avait fait de sa passion son métier. Il avait tout donné pour son travail, allant jusqu'à quitter son pays et ses amis. Charlie le savait.
Scorpius soupira et offrit tout de même un sourire à son ami, lorsque celui-ci cessa de rire.

« Petit, » chuchota Charlie de sa voix grave de vieillard, « je sais que tu es le meilleur, j’en ai jamais douté ! »
« Alors pourquoi voulez-vous que j’aille sous les ordres de ces…»
« Je ne veux pas ! » s’exclama le roux, « il en est hors de question ! Tu travailles bien mieux seul, ou avec l’aide de ce… Comment s’appelle-t-il, déjà ? » demanda Charlie en faisant référence au collègue de Scorpius.
« Nate. Il n’apprécierait pas de savoir que vous oubliez toujours son prénom, depuis le temps que je vous en parle. »
« La vieillesse, » s’affligea Charlie d’un air dramatique avant de reprendre sérieusement : «  les Aurors ne savent pas à quel point tu es meilleur qu’eux. Je dis juste qu’il est bon de les avoir dans son camp, de temps à autre. »
« Vous avez peut-être raison, » concéda Scorpius en soupirant. « Enfin, vous viendrez au cabinet ? Vous ne l’avez jamais visité celui-ci. »

Le roux sourit de toutes ses dents, en écoutant son ami. Il laissa les secondes défiler en prenant le temps d’avaler une longue rasade de son chocolat chaud. Puis, s’essuyant la bouche de sa manche il dit :

« Peut-être, si j’ai le temps. J’ai encore pas mal de visite à faire sur Paris et aux alentours, à vrai dire. »
« Très bien, » dit Scorpius, cachant habilement sa déception. « Comment va Tömör ? » demanda-t-il soudainement, souriant largement au souvenir de la belle dragonne de son ami.

Charlie, qui s’amusait à remuer le liquide encore présent dans sa tasse, leva la tête vers l’homme qui lui faisait face. Scorpius fronça légèrement les sourcils lorsqu’il s'aperçut que les yeux bleus du vieillard s’était légèrement obscurcie. Avait-il fait une erreur ? Il sentit son cœur s’emballer dans sa poitrine, mais força ses yeux à ne pas quitter le visage de Charlie. Ce dernier le surprit en lui souriant doucement. Scorpius lui rendit son sourire, bien que toujours surpris par la réaction de l’autre homme.

« Pardonnez-moi, j’ai dit quelque chose d… »
« Non, » l'interrompit Charlie en l’affublant d’une oeillade amusé. « Non. Je suis juste surpris, peu de personne me demande de ses nouvelles ! Elle va bien, bien qu’elle soit fatigué. » Charlie porta sa tasse à sa bouche avant de la poser. Il avait oublié qu’elle était vide. « Et Blize ? Toujours aussi sûr de lui ? »

Scorpius grogna à l’entente du nom de son hibou. Celui-ci était un sacré phénomène. Alors qu’il prenait une gorgée dans sa propre tasse, Scorpius ne pus s’empêcher de sonder son ami du regard, à la recherche d’un indice. Mais rien ne laisser entrevoir ce qu’il avait cru voir, les yeux de l’homme était toujours de la même teinte et il regardait joyeusement autour de lui, se moquant allègrement de l’animal de son ami. Il ouvrit la bouche, interrompant ainsi Charlie et commença à défendre son ingrat hibou. Mais soudainement, le recoin obscur du café dans lequel ils avaient pris place s’illumina d’une lumière vive.
Mû par des années d’expérience, Scorpius se leva brusquement en dégainant sa baguette magique. Il fut surpris lorsqu’il remarqua que Charlie avait fait de même. Devant eux, la boule lumineuse grossissait de plus en plus, semblant happer l’obscurité autour d’elle. Elle se transforma, petit à petit, en un animal trop informe pour être reconnu. Alors seulement, Scorpius baissa sa baguette en faisant signe à Charlie de faire de même. Il n’y avait aucun danger, il s’agissait seulement d’un patronus, celui de Nate. L’homme ferma les yeux, recevant le message de son collègue : “Tu dois rentrer, on a une affaire. C’est… Enfin, ramène toi !”.
Et la lumière disparue, aussi simplement qu’elle était arrivé, laissant les deux compères dans un silence étonné.

Charlie, qui s’était ressaisi, s’approcha de l’autre homme et lui posa une main sur l’épaule. Le regard d’acier qui se tourna vers lui était emplit de questionnement et d’étonnement.

« Que se passe-t-il, Petit ? »
« Un message de Nate, » dit Scorpius en souriant avec dépit. « Apparemment on a une affaire. Il fallait que ça tombe aujourd’hui ! »
« Le boulot est sans pitié, Scorp’, » rit Charlie. « C’est urgent ? »
« Ca avait l’air, oui, » dit le blond en enfilant sa cape. « Il ne m’a pas donné de détail, mais il a l’air pressé. Je ferais mieux d’y retourner... , » rajouta-t-il sur ton hésitant.
« Bien sûr que tu dois y retourner ! » s’exclama son ami. « Envoie-moi un hibou quand tu auras le temps, on se voit avant que je ne parte. »

Après avoir convenu de se revoir bientôt, les deux hommes payèrent leur consommation et sortirent ensemble du café, retrouvant bon gré mal gré la pluie et le mauvais temps. L’un devant transplaner et l’autre préférant les transports moldu, ils se séparèrent rapidement : Scorpius donna une étreinte viril à son ami et mentor à laquelle ce dernier répondit, toujours en riant, avant de quitter les lieux en sifflotant. Grimaçant, l’homme blond le regarda s’éloigner, cet homme trapu à la chevelure de feu, à peine courbé par l’âge, qui s’enfonça dans un métro parisien sans crainte. Il aurait tant aimé passer plus de temps avec lui. Cette rencontre lui laissera une sensation douce-amère pendant les jours qui suivront. C’était toujours ainsi avec Charlie. Son aura semblait haper les gens, il avait un charisme qui impressionnait toujours Scorpius.
Prenant soin de vérifier qu’il était camouflé par ses sortilèges, Scorpius transplana dans un Crak ! retentissant.

Il réapparut sur la bouche d’égout qui gardait l’entrée de son bureau. Sans perdre de temps, il agita sa baguette et l’instant suivant, il se trouvait face à un Nate plus nerveux que d’habitude. Scorpius lança un regard agacé à son collègue, bien que celui-ci ne soit en rien responsable de l'arrêt brutal de ses retrouvailles avec Charlie. A grand pas, il s’avança dans son bureau en accrochant sa cape au porte manteau, près de celle du brun. Puis, soupirant en voyant que ce dernier le suivait sans parler, il s’adossa contre son bureau et planta ses yeux d’acier dans ceux couleur chocolat de son collègue.

« Que se passe-t-il, Nate ? »
« Le Bureau m’a contacté et… »
« Quoi ? » s’exclama Scorpius. « J’espère que tu n’as rien accepté d’eux ! Je ne suis pas d’humeur à travailler avec ces incompétent ni à… »
« Scorpius ! » l’interrompit Nate qui ignora les joues gonflées de son ami et patron. « Scorpius, ils ont besoin de nous cette fois-ci, ce n'est pas qu'une histoire d'objets obscurs que je ne sais quel moldu pourrait se procurer. »

Scorpius se força à respirer calmement en entendant ces mots. Il avait été virulent, mais il avait vite compris qu’il fallait l’être avec le Bureau.

« Ils ont insisté, » continua Nate. « Tu sais qu’ils n’insistent jamais. »
« Oui, je sais. Pourquoi ont-ils besoin de nous ? » soupira Malefoy.
« Et bien… »

Nate hésitait. Nate était nerveux, mais il n’hésitait jamais. Il savait parler à Scorpius, allant droit au fait et n’hésitant pas à dire les choses comme elles l’étaient. Alors pourquoi hésitait-il, se demanda l’homme blond en soulevant ses paupières, posant un regard scrutateur sur son collègue.

« Nate. »

Ce dernier leva un regard nerveux sur son patron et soupira soudainement, comme si expirer tout l’air de ses poumons l’aidait à dire ce qu’il devait dire. Il regarda sans un mot Scorpius se déplacer vers lui et lui attraper l’avant bras, qu’il serra dans un geste amical.

« Nate, que peut-il bien se passer ? » demanda Scorpius, haïssant l’agacement qu’il entendait dans sa voix.
« Cela fait des jours qu’ils sont sur l’affaire, » souffla Nate. « Ils disent que c’est horrible et qu’ils ne trouvent pas d’indices, rien pour les mettre sur la piste d’une réponse. Et…, » hésita une nouvelle fois Nate. « Et ils m’ont dit que c’était d’une violence inouïe… La dernière fois que nous avons travaillé sur une affaire semblable, Scorpius, c’était lors de la Récidive. »

Le sang de Scorpius se gela dans ses veines à l’entente de ces mots. Bouche bée, il regardait Nate, et sans s’en rendre compte, ses doigts s’étaient crispés sur l’avant bras du brun qui ne dit rien, comprenant la surprise et l’horreur du blond.

« La Récidive ? » répéta Scorpius, blanc.

“La Récidive” était le nom d’une sombre affaire qu’il avait mené au début de sa carrière, la plus difficile. Non parce qu’ils avaient difficilement trouvé le coupable, mais bien parce qu’il avait vu des choses qui l’avaient marqués pour toujours. Son travail n’était pas des plus facile, ni des plus sécurisé. Il avait fait face à toute sorte de voyous, de criminels de bas étages, de voleurs. Il côtoyait la violence et la peur, mais depuis la fin de la Guerre, les meurtres étaient rares dans le monde sorcier. “La Récidive” était une affaire de meurtre, de mage noir et d’horreur. Il avait mis de nombreux mois à se remettre et à rêver des corps mutilés et rouge de sang. Il n’avait jamais oublié. Scorpius ferma les yeux, tentant de repousser les souvenirs. Il apprécia la main de Nate qui se posa sur la sienne.
Une affaire semblable à la Récidive ? Cela voulait dire meurtres, ou pire encore. Scorpius sentait déjà ses entrailles se retourner, la colère enflammer ses veines. Malgré son métier, il haïssait la violence.

« Dis-moi, » dit-il froidement à Nate, plantant son regard d’acier dans le sien.

Nate était aussi blanc que lui, ce qui jurait avec sa chevelure brune et son teint habituellement hâlé. Il tremblait légèrement.

« Un meurtre. De provenance sorcière à coup sûr, » murmura Nate. « Mais il y aurait la présence de violence physique. D’après le bureau, le corps a été retrouvé dans.. »
« Dans quoi, Nate ? » dit Scorpius d’une voix dans timbre.
« Dans des défections de dragons… »

Des yeux étonnés se levèrent sur Nate. La technique était peu commune, mais Scorpius devina rapidement que le corps serait difficilement identifiable. Il soupira en se frottant les yeux, se préparant mentalement à des jours voire des semaines d’horreur.

« Je suppose qu’on va devoir aller au Bureau… »

Il s’écarta de Nate pour remettre sa cape.

« Attends, Scorpius… »

L’homme blond se retourna presque avec crainte, n’aimant pas le ton qu’avait pris la voix de son ami.

« Quoi ? »
« Le corps, ils ne l’ont pas identifié. Mais c’est inévitablement celui d’un jeune enfant. »

Je ferme les yeux. La toile Carmin les hante. Ciel, qu’elle les Hante.

 La Coupe de Feu  J'aimerai la mort...

- Chapitre II -



« Ces abrutis se pavanent alors qu’ils ne savent rien ! » s’énerva Scorpius.

Son air colérique en aurait effrayé plus d’un, mais Nate resta droit devant son ami, se refusant à quitter des yeux ce regard d’acier qui le foudroyait. En son fort intérieur, l’homme brun soupira. Il connaissait ce scénario par coeur, il savait que cela allait se passer ainsi. Naïvement, il avait cru que son collègue avait laissé derrière lui ces querelles d’enfants.
Face à lui, Scorpius faisait les cent pas. Ainsi, il lui faisait penser à son jeune fils au caractère impétueux, qui n’hésitait pas à crier haut et fort qu’il n’était pas content. Pourtant, Nate seul savait combien Scorpius était loin d’être un gamin.

« S’il-te-plait, Scorpius, cesse dont de t’agiter ainsi ! Penses-tu qu’ils t’auraient appelés s’ils savaient tout de l’affaire ? »
« Je n’ai pas à faire tout le sale boulot ! C’est leur rôle de me rassembler les preuves pour que je sois le plus compétent possible lorsque j’arrive. Et arrête cette agaçante habitude, Nate ! »

Le-dît homme ne se laissa pas atteindre par les paroles de son supposé supérieur. Il inspira une grande bouffée du fin tube en papier qu’il tenait entre ses doigts, appréciant la fumée qui se répandait dans ses poumons. Scorpius avait une certaine difficulté à faire face à ses habitudes prises chez les moldus.

« Peu importe, ils se sont occupés de l’expertise de la scène de crime et du cadavre. C’est le sale boulot. Nous avons le meilleur, le plus palpitant. »

Nate écrasa son mégot dans un cendrier mis à cette disposition. Surveillant le blond du coin de l’oeil, il enfouit ses mains tremblantes dans les poches de sa veste en cuir. Les bourrasques de vents ne se lassaient pas de secouer Paris, ce matin.

« Ou peut-être que tu veux rester ici et attendre sagement qu’ils ne te retirent le commandement ? » sourit Nate, en se délectant de la surprise qui s’étala sur le visage pâle de son collègue.
« Ils ne le feront pas, » cracha l’homme de mauvaise foi. « Je suis apparemment leur dernier espoir. »

Scorpius avait repoussé leur arrivée au Bureau autant qu’il le pouvait. Il avait feint se pencher sur le dossier de l’affaire Dragon durant toute la journée de la veille, ne se souciant guère d’être attendu dans le repaire des Aurors. Une fois au Bureau, la matinée était passé lentement. En réunion avec les membres de l’équipe assignée à cette affaire, Scorpius n’avait eu cesse de s’agiter, de soupirer et de se plaindre. Il regardait d’un oeil morne les éléments que l’on lui apportait, trouvant une faille dans chacun d’eux et n’hésitant pas à en faire part. La pause du déjeuner avait été une bénédiction pour chaque âme du Bureau comme pour Nate.

En soupirant, l’homme blond daigna suivre son ami à l’intérieur du vieux bâtiment Parisien. Le Bureau, siège des Aurors français, était ni plus ni moins caché dans l'École Militaire, située dans le Septième Arrondissement de la célèbre ville. Le bâtiment crépitait tant sous l’effet de la magie que l’on se demandait comment les moldus pouvaient se promener devant sans en ressentir le brusque changement d’atmosphère. Sous le ciel pâle plein de grisaille, l’Ecole Militaire se levait, haut et long édifice, vestige d’une splendeur d’antan. Pourtant, il n’était que peu, face à la Tour Eiffel qui l’achevait par sa taille. L’anglais et le français slalomèrent entre les moldus qui habitaient la bâtisse. Bientôt, tous ces gens finirent par s’effacer pour laisser place à des hommes et des femmes vêtus de robes sorcières étranges et colorés, à des hiboux qui s’échappaient de la foule, à des avions en papiers qui volaient dans tous les sens, soucieux de livrer leurs missives. Le bâtiment était si grand que l’on pourrait croire que personne ne se marchait sur les pieds. Pourtant, toute la population parisienne sorcière semblait s’être retrouvée dans le hall d’entrée. Il régnait un tel capharnaüm que chacun devait crier plus fort que son voisin s’il souhaitait se faire entendre.
Scorpius baissa la tête pour éviter un hibou couleur de terre. Il étouffait. Il avait la sensation d’être oppressé par toute cette agitation. Près de lui, Nate s’égayait de tout ce qu’il voyait. Lui n’y parvenait pas, tout comme il ne parvenait pas à dénouer son ventre depuis qu’il avait appris quelle affaire serait la sienne. Un mal de tête lancinant lui vrillait le crâne, faisant doucement pulser ses yeux. Il ne souhaitait qu’une chose, s’enfermer dans son petit appartement sous les toits à Londres et s’éloigner de cette frayeur. Car dans les yeux brillants de son collègue, dans les sourires admiratifs des Aurors, les poignées de mains amicales des agents de terrain, dans tous ces gestes, Scorpius pouvait déceler le tremblement de trop, la crispation, le léger froncement de sourcil qui étaient preuves de la crainte de tous. C’était palpable, pourtant chacun agissait comme s’il ne voyait rien. Et cette hypocrisie, Scorpius l’aborrait.

Silencieux, les deux amis prirent le chemin du second étage, où se trouvait les meilleurs Aurors de France, spécialisés dans les affaires sensibles. Si la plupart de ces hommes et de ces femmes étaient mobilisés pour l’affaire Luneau, ceux qui restaient s’étaient vus intégrés à l’équipe de Scorpius.
En sortant de l’ascenseur ils se dirigèrent vers la grande salle que l’on pouvait percevoir au travers des vitres. Contrairement au bureau personnel de Scorpius qui, à l’image de sa carrière d’Auror indépendant, était calme et agréable, le Bureau était une grande salle bruyante dont l’effervescence le fatiguait déjà. Ils passèrent à grand pas le patio grouillant de monde pour atteindre une salle isolée coincée entre une cheminée et une pile d’avions en papier.
Lorsqu’il entra, il remarqua dans l’instant que tout le monde était déjà présent. Personne ne le regardait mais il voyait les regards en coin qu’échangeaient ces hommes et ces femmes. Tous l’aimait, mais personne n’osait l’approcher. Soupirant, l’homme blond s’approcha d’un Auror grassouillet qui se tenait à part, le visage plongé dans un épais dossier. Il leva la tête lorsque Scorpius s’approcha de lui :

« Malefoy, » dit-il, « qu’as-tu fais à mes hommes ? » Il faisait référence à son comportement de ce matin.
« Absolument rien, Taborne. L’affaire ne se résoudra pas seule. »
« Bien sur. »

Scorpius n’aimait décidément pas le regard que lui lançait Taborne. Le chef du département n’était pas intimidé par ses anciens faits d’arme, on ne pouvait dire le contraire. Scorpius ne l’aimait pas. Il n’avait jamais aimé la façon dont ses yeux froid le regardaient. D’un air négligent, il vérifia que ses barrières mentales étaient bien levées.

« Nous ferions mieux d’installer le tableau, » intervient Nate pour couper court à l’affrontement entre les deux hommes.
« Effectivement, » grinça Taborne en lorgnant Scorpius.

Ce dernier s’éloigna. La rivalité était une chose toujours présente entre eux, peu importe combien l’un respectait l’autre. Il s’approcha du reste des hommes et des femmes tandis que Nate ramenait magiquement à lui un tableau couvert de documents. Sur la table, une pile de parchemins éparpillés ; chaque fait et interrogation était soigneusement rédigé par la plume à papote ; malgré les apparences, chaque parchemin était à sa place, visible à tous. La réunion du matin avait été retranscrite fidèlement et un sortilège plus tard, chaque information était soigneusement trié par catégorie. Scorpius avait décidé de cette marche à suivre. Lorsqu’il était arrivé le matin même, il avait été effaré par l’organisation des investigations. Puisque le Bureau l’avait désigné comme commandant pour cette affaire - au grand dam de Taborne -, il avait exigé que tous se débarrasse de sa pile de parchemins inutiles qui leur dégueulait des informations sans les soumettre à leur compréhension.

Il soupira en s’asseyant. Peu à peu, les hommes cessaient leur discussion pour le regarder. Il y avait un respect flagrant dans leur regard. Il se sentait étrangement rassuré par la présence de Nate à ses côtés.

« Bien, » s’exclama Nate. « Nous devrions nous mettre réellement au boulot, maintenant. »

A ces mots, une vague d’excitation fit trembler les rangs. Scorpius les regarda un à un. Dans le lot, il remarqua un grand basané dont il avait oublié le nom. Sa froideur était un signe quant à l’appartenance de son sang. C’était le seul qui ne s’était pas précipité vers lui lorsqu’il avait mis un pied dans le Bureau. Il l’avait salué poliment puis s’était contenté de l’écouter toute la matinée durant. Scorpius avait été très surpris d’observer les différentes expressions qui froissaient le visage de l’homme. Il n’arrivait pas à le cerner, cela le rendait intéressant. Il décala légèrement son regard et tomba dans un banal regard brun. Il frissonna légèrement en avisant la femme qui lui faisait face. Loin d’être dérangé par ses yeux qui le sondait, il détailla lentement la longue cicatrice qui défigurait son visage ridé. Il tourna les yeux. La plupart de ces hommes et femmes avaient été abîmés par le métier. Certain cachait leur cicatrice avec des sortilèges, d’autre les exhibait d’une façon presque dérangeante. Distrait, Scorpius se gratta la poitrine, des frissons recouvrant son corps lorsque ses doigts frôlèrent sa propre cicatrice.

« Scorpius, comment procédons-nous ? »

L’homme en question leva les yeux pour tomber sur ceux de Nate qui le fixait avec insistance. Il soupira une fois encore, ne se souciant pas de se montrer irrespectueux, et rassembla ses esprits.

« Bien. Ce matin, nous avons listé ce que nous savons, » commença-t-il en regardant chacune des personnes présentes. « Ce qui se résume à peu de chose. Je me fous de connaitre la manière dont vous avez réussi à récupérer le corps, ce que je veux savoir, c’est qui était ce gamin et comment est-ce qu’on l’a tué. Est-ce clair ? » Il attendit que chaque personne eu acquiescé gravement puis continua : « c’est notre priorité, une famille attend le retour de son enfant. La Réserve était-elle ouverte aujourd’hui ? »
« Oui, Mr. Malefoy. Ils n’ont pas voulu prendre le risque de diminuer leur chiffre d’affaire, » répondit d’une voix hésitante un homme barbu.
« Ce sont des abrutis, » soupira Scorpius. « Bien, nous irons les voir. La faille dans la barrière de protection est notre premier indice. Nous devons savoir ce qui l’a créé et ce qui y est passé. »

La plume à papote s’affairait sur les parchemins, grattant avec frénésie pour garder une trace du moindre de ses mots. Les hommes étaient pendus à ses lèvres et attendaient leurs ordres.

« Monsieur, » intervient une voix. Scorpius regarda le concerné d’un regard morne avant de l’inviter à continuer : « Comment savons-nous qu’il ne s’agit pas d’un accident ? Le gamin peut être tombé accidentellement dans la fosse du dragon. »

Scorpius gonfla ses joues, montrant son mécontentement avec la flegme qui lui était propre. Il s’était attendu à cette question, mais il avait pensé qu’on ne la lui poserait pas directement.

« Vous avez raison, qu’est-ce qui nous montre qu’il s’agit d’une scène de crime ? Une réponse ? »
« Peut-être, » commença une femme à la chevelure blonde, « que le fait qu’une faille ait été retrouvé dans la barrière magique peut nous mettre sur la voie. »
« Et des protections empêchent quiconque de rentrer dans les enclos, Monsieur. »
« Oui. » dit Scorpius en regardant l’homme qui avait posé la question. « Voyez-vous, l’accident est impossible avec tant de précautions. Si l’enfant était plus âgé nous aurions pu envisager un sucuide, mais à onze ou douze ans, le gosse n’était guère capable de faire plus que de lancer un Lumos. Mais la question était pertinente. »

Puis, se tournant vers le reste de ses hommes, il continua d’une voix sans appel :

« Ce n’est pas à moi de décider qui fera quoi. Je veux une équipe pour le gamin, une autre pour la réserve. Ceux qui resteront s’occupe de la paperasse. Tout est clair ? Bien, je veux des résultats à la fin de cette journée ! Le coupable est sûrement déjà assez loin pour que nous nous permettions de prendre du retard. »

Rapidement, la dizaine d’Auror se sépara en trois groupes distinct. Scorpius et Nate, bien qu’à contre coeur pour le premier, furent soufflés par leur efficacité. Ils se connaissaient parfaitement, et bien qu’aller sur le terrain en compagnie de Scorpius Malefoy soit une chose que chacun voulait, aucun des hommes affectés à la recherche de l’identité de l’enfant ou à la paperasse ne rechigna : ils savaient à quel instant leur compétences seraient le plus utiles.

Scorpius se leva, et en compagnie de Nate il quitta le bureau suivit du groupe affecté à la visite de la Réserve. Le reste de son équipe s'affairait déjà à préparer les tâches sur lesquelles ils avaient été assigné.
Il allait atteindre la zone de transplanage lorsqu’une voix l’interpella :

« Malefoy ! » s’exclama Taborne en rapprochant de lui. « Vous représentez le Bureau pour cette affaire, et non plus votre petite personne. » Il darda le blond d’un regard d’avertissement. « Je ne veux pas de débordements ni de problème, soyez responsable. »
« Monsieur, » dit Scorpius en s’efforçant de garder son calme - la bras de Nate qui le frôla à ce moment fut d’une grande aide. « Vous êtes l’un de ceux qui ont souhaité ma présence et le fait que je dirige cette affaire. Je ferais ce qui me semble devoir être fait. »
« Vous n’êtes pas intouchable. Le Bureau pourrait décider de se passer de vous. »
« Si seulement c’était le cas. »

Sur ces mots, Scorpius s’éloigna, ignorant la colère de l’autre homme. Le sourire aux lèvres, il pénétra dans la zone et il transplana dans un Bang ! sonore. Avant de s'éclipser, il eu le loisir de voir la colère du chef de département s’étaler sur son visage.


Comme un seul homme, le groupe réapparu au beau milieu du brouhaha parisien. La Réserve parisienne était un lieu familier à Scorpius ; cependant il n’avait jamais compris pourquoi les sorciers français persistaient à investir la ville de Paris. N’aurait-il pas été plus simple de créer ce parc au milieu des montagnes ? Dans un coin naturel ? Non, les parisiens avaient décidés qu’il serait plus intéressant d’installer la Réserve à la périphérie de Paris. Une zone de vide pour les moldus qui ne pouvait voir l’immense Réserve. Malheureusement, les sorciers qui visitaient et habitaient l’endroit n’avait pas la possibilité d’être préservé de la présence infernale des grandes tours parisiennes. Ils avaient une belle vue sur la ville, mais Scorpius se serait bien passé de cet éternel rappel à l’urbanisation.

La Réserve française n’était rien comparé à la Réserve mondiale de Roumanie. Scorpius se demandait ce que Charlie pensait de cet endroit. Il était persuadé qu’il s’y était déjà rendu, les dragons étaient toute sa vie. Le parc était impressionnant : la magie permettait de préserver les centaines d’hectare de terrain aux yeux des moldus, et c’était l’affaire d’une petite cinquantaine de sorciers que de protéger le parc et de s’occuper des barrières magiques. Des dizaines de dragons vivaient dans cette réserve, ils avaient besoin de quantité d’espace.

L’entrée de la Réserve se trouvait face à eux. Semblables à d’hideuses gargouilles, deux grands dragons de pierre trônaient au sommet de chacune des colonnes composant l’arche de l’entrée. Elles représentaient un Boutefeu Chinois et un Noir des Hébrides selon Scorpius. Il pouvait aisément reconnaître la grande queue se terminant par une flèche du second qui s’enroulait autour du pilier de pierre. Il sourit légèrement en les observant. Ils étaient de belles représentation des grandioses créatures qu’ils étaient.

Le groupe n’eu pas le temps de s’avancer qu’une femme se précipita vers eux. Scorpius et Nate reconnurent Doria Adrale. Ils avaient déjà rencontrés la femme durant l’une de leur visite commune. En tant que réel passionné, Scorpius prenait plaisir à parler avec les personnes travaillant ici. Il en connaissait quelques uns. Aujourd’hui, il était agacé de se rendre ici par obligation. Parce qu’une personne a tué un enfant. Le coeur lourd, il se força tout de même à sourire à la belle femme qui s’approchait. Il allait lui tendre la main pour la saluer, mais cette dernière se pencha vers lui pour lui poser quatre bises bruyantes sur les joues. La douce peau de la femme le frôlant, il eu l’occasion de respirer l’odeur rafraichissante d’un quelconque parfum parisien. L’odeur entêtante persista dans ses narines quelques secondes durant, et il l’apprécia à sa juste valeur. Il sourit moqueusement en remarquant que Miss Adrale avait réservé le même sort à son collègue. La femme était d’une sociabilité effarante, fort heureusement elle se contenta d’un geste de la tête en direction des Aurors. Lorsqu’elle se tourna vers lui, Scorpius détailla son visage, de ses lèvres charnues à sa chevelure brune. Doria était une belle femme. La directrice de la Réserve francaise attirait les vendeurs de dragon, son charme était aussi ensorcelant que son esprit était acéré.

« Miss Adrale, » la salua Scorpius.
« Mr Malefoy » si la femme avait le contact facile, elle n’en restait pas moins une femme forte et puissante. « Est-ce une visite de groupe, que vous nous faites aujourd’hui ? Au moins que ce ne soit une autre affaire ? »

Sa voix était doucereusement teintée de sous-entendu. Elle ne prendrait jamais le risque de faire fuir ses clients en criant haut et fort qu’un cadavre avait été retrouvé dans sa réserve. Elle sourit largement à une famille qui passait près d’eux. Doria Adrale était une personnalité parisienne fort connue des sorciers français.

« Ce n’est malheureusement pas aujourd’hui que nous passerons des heures à échanger sur la qualité des écailles de Boutefeu, Madame le directrice, » sourit Scorpius.
« J’apprécie tout de même que ce soit vous deux qui vous occupiez de cette affaire, je n’aime pas tellement que des Aurors fouine ma Réserve. »

Les Aurors échangèrent des regards gênés, ne se sentant pas les bienvenus. Pourtant, l’un d'eux osa s’approcher et Scorpius reconnut avec surprise le grand basané au ton si froid.

« Madame. Auror Luc Anglenoir, » se présenta-t-il lorsqu’elle posa son regard sur lui. Il présenta rapidement ses collègues puis continua : « nous ferons tout pour résoudre cette affaire sans porter préjudice à la Réserve. Cependant vous comprenez bien que nous devons faire notre travail. »

Scorpius leva un sourcil à l’intervention de l’homme. Ainsi se nommait-il Anglenoir. Il regarda d’un nouvel oeil l’homme qui osait faire face à cette puissante femme qui ne cachait pas son aversion pour les Aurors. Préférant avorter la colère de la femme qui ne tarderait pas à venir, il sourit et dit :

« Merci, Anglenoir. » Puis se tournant vers Adrale : « nous ne sommes pas Aurors, Miss. Malgré tout, nous nous occuperons de cette affaire, comme vous l’a dit mon collègue. »
« Peu importe que vous soyez indépendant, Mr Malefoy. »

“Vous êtes plus compétent”, aurait-elle pu rajouter que le message ne serait pas mieux passé. Elle sourit froidement aux Aurors présent, puis s’éloigna vers l’entrée de la Réserve.

« Anglenoir, » dit Nate en suivant la directrice. « Vous ne devrez pas vous opposer ainsi à cette femme. »

Le groupe fit de même avec plus de réticences, Scorpius était curieux de voir comment les Aurors feraient face à l’adversité de la femme. Anglenoir ne semblait pas être du genre à laisser ces choses entraver son travail. Du moins, Scorpius l’espérait.

Le blond rattrapa rapidement Adrale ; il ne savait pas où elle les menait et il n’avait pas le temps de crapahuter. Ils devaient aller à la faille.

« Miss Adrale, nous souhaitons aller voir la faille dans la barrière et rencontrer vos enchanteurs. »
« Bien sûr, » dit-elle. « La faille est apparue à des kilomètres de là où nous avons retrouvé le corps. Près de l’enclos d’un jeune Boutefeu chinois. »

Il l’écoutait parler du comportement perturbé du Boutefeu qui, après avoir subi le stress de la visite de tant d’humain, n’était pas au meilleur de sa forme. Scorpius hochait la tête de temps à autre, préoccupé par un détail dans le discours de la femme. Pourquoi la faille était-elle aussi loin du lieu de la découverte du corps ? S’il se souvenait bien, ce n’était pas un Boutefeu qui s’était sustenté du jeune enfant. Nate parut en venir à la même conclusion, car il se pencha vers le blond et dit :

« Ce n’est pas un Pansedefer Malaisien qui a … » Il s’interrompit et finit sa phrase à grand renfort de geste.

Scorpius ne dit mot. Les gestes de Nate n’avaient pas besoin d’être traduit pour être compréhensibles. Tous ici ressentaient un malaise profond en imaginant les derniers instants de l’enfant. C’était d’une violence inouïe, et au fond de lui, Scorpius espérait que le meurtrier avait arraché la vie de l’enfant avant de le jeter dans les crocs d’un dragon affamé. Il acquiesça lentement et rectifia les propos de l’homme :

« Un Pansedefer ukrainien, Nate. Les Pansedefer malaisien n’existent pas. »

Puis il reporta son attention sur Doria pour faire taire la crainte sourde qui grondait dans son coeur : et si le meurtrier recommençait ? Scorpius était effrayé à l’idée de faire face à une nouvelle vague meurtrière, semblable à celle qui avait frappé le pays lors de la Récidive.
Il récupéra le fil de parole de la femme comme s’il n’avait jamais cessé de l’écouter. Ils avaient à présent dépassé l’entrée du parc et traversait les grandes plaines de verdures. Des visiteurs grouillaient tout autour d’eux, et les Aurors -qui avaient pris soin de faire disparaître leur insignes-, gardaient leur esprit concentré sur leur tâche : ils observaient le moindre recoin et la moindre personne. Le trajet jusqu’à l'enclos du Vert gallois fut long, mais la discussion de Doria était assez passionnante pour les tenir tous concentrés. elle leur fournissait de précieuses informations quant à l’organisation de la Réserve. Elle leur apprit ainsi que le lieu était constamment surveillé, que les sortilèges de protections étaient vérifiés chaque semaine et que plusieurs gardiens vivaient sur le territoire. L’endroit n’était donc jamais vide, de nuit comme de jour la vie gravitait autour des dragons. Tous se demandaient comment le meurtrier avait réussi à rentrer dans la Réserve.

« Nous y sommes ! » s’exclama Adrale au bout de quelques instant, pointant un espace vide devant eux.

La femme et les Aurors faisait face à un près. En tant qu’humain, ils ne voyaient rien d’autre qu’un par-terre d’herbes avec au loin, l’effervescence de la ville parisienne. Mais en tant que sorcier, tous pouvaient ressentir le crépitement habituel d’une barrière magique. Scorpius attrapa sa baguette magique et ferma les yeux. S’il se concentrait suffisamment, il ressentait parfaitement la grande barrière qui entourait la Réserve de dragon. Ici, proche de la limite, elle était plus perceptible encore, et l’homme blond fut soufflé par la quantité de magie qui était utilisé pour créer une telle protection. Pourtant, l’air semblait souffrir d’une lourdeur inquiétante. Tout sorcier qui se respectait remarquerait qu’une chose n’allait pas. Scorpius n’eu pas à chercher bien loin pour comprendre : près de la barrière invisible, légèrement sur leur gauche, une dizaine de sorciers qu’il n’avait pas aperçu s’agitaient en secouant leur baguette magique. La faille était là.

Adrale se dirigea vers eux. Son joli visage lisse se froissa quelques secondes durant, laissant passer un frisson d’angoisse. Elle salua un homme de grande taille puis présenta ses invités.

« Gordon Tarbes est sans aucun doute le meilleur sorcier pour comprendre cette brèche, » dit-elle au petit groupe hétéroclyte d’Auror.

Sérieux et respectueux, Gordon salua personnellement chacun des Aurors avant de s’adresser à Scorpius, que Doria avait qualifié de “celui qui prenait en charge l’histoire du jeune garçon”. Le visage du grand homme s'affaissa quelques secondes durant, et Nate et Scorpius échangèrent un regard entendu : voilà l’homme qui avait trouvé ce qui restait du garçon. Taborne avait dit qu’un dragonnier et un enchanteur avaient été les premiers à arriver sur la scène de crime.

« Enchanté, » fit Scorpius en serrant la main que Tarbes lui tendait. « Est-ce vous qui avez mis la barrière en place ? »
« Oui, » répondit l’homme. « Cela remonte à de nombreuses années, maintenant. L’ensemble des sortilèges ont été réfléchis et liés par un petit groupe d’enchanteur dont je faisais parti. L’objectif était de créer une barrière impénétrable, protectrice et qui résiste au temps. Nous avions réussi sur tous les points jusqu’à maintenant. »
« La magie n’est jamais éternelle, Monsieur, » le rassura Nate. « De quoi est fait votre protection ? Sa taille est impressionnante et ce qui en émane, plus encore ! »
« L’entretien doit être exponentiel, » renchérit Scorpius avec cependant moins de fougue que son collègue.
« Je vous remercie, Messieurs, mais cela n’est pas grand chose lorsque l’on sait combien de personne ont travaillés pour réaliser cela. Une quantité de sortilège la maintiennent. Les sortilèges habituels évidemment : des boucliers, et des repousses-moldus. Il faut aussi compter tout ce qui nous dissimule, les sorts empêchant le bruit de sortir de la zone, de repérer les dragons qui s’échappe, les signatures magiques. Des dizaines de sortilèges mineurs qui n’ont pas grand d’intérêt. La magie la plus lourde de ce bouclier sont ceux permettant sa taille et toute les signatures magiques qui le composent pour le renforcer. Comme vous le voyez, toutes ces précautions étaient destinées à éviter une erreur de ce genre. Sur toute la surface du bouclier, chaque sortilège est doublé d’une alarme magique. Le meurtrier n’aurait pu toucher à un seul de ces sorts sans que l’un de nous ne soit prévenu. »

L’homme, semblant très professionnel, baissa toutefois la tête, accablé par une culpabilité évidente. Sans le vouloir, Scorpius s'agaca. Il n’avait pas le temps de réconforter un homme qui se pensait coupable d’une chose qu’il n’avait pas faite. Laissant Nate mener la conversation, il s’éloigna de quelques pas pour s’approcher de la faille. Il ne pouvait la voir, mais la ressentait aussi sûrement que si elle était dans son coeur. La magie était étrange, parfois elle se faisait discrète, et d’autre fois elle brillait comme un soleil.
Près de la faille, un homme était déjà présent. L’Aurore Anglenoir détaillait d’un regard acéré la brèche, la baguette en l’air. Il semblait s’y connaître. Scorpius l’imita.

« Que comprenez-vous ? » demanda-t-il d’une voix professionnelle à l’Auror.

Surpris, celui sursauta en le voyant si près de lui. Il se rattrapa cependant rapidement et dit :

« Pas grand chose, Monsieur. Si l’enchanteur a raison, le meurtrier n’aurait jamais pu ouvrir une brèche sans déclencher une alarme. A moins qu’il ne soit extrêmement puissant, mais je doute que cela soit le cas. S’il s’avérait l’être, il ne se serait pas contenté d’ouvrir une brèche, il aurait fait sauter les protections pour entrer plus facilement. Non, ce qui me dérange, c’est la raison de tout cela. A quoi cela a-t-il servit ? Il aurait pu se débarrasser du corps n’importe où. »
« Peut-être, » répondit Scorpius. « Mais les Aurors ont mis des jours avant de le retrouver. Et un dragon mettrait des jours à digérer un humain de la taille d’un enfant. »

Scorpius s’exprimait sur un ton égal. Sans se laisser aller au sentimentalisme, il repoussa au plus profond de lui-même le dégoût qu’il ressentait. Les émotions ne faisaient pas partie de son travail, il pouvait les ignorer. Il ressentit une belle satisfaction lorsque Anglenoir, après s’être tourné vers lui avec un air choqué, avait installé sur son visage un masque de professionnalisme.

« Vous pensez qu’il voulait gagner du temps, c’est cela ? »
« Oui, » dit Scorpius alors que la réponse était inutile. « Cela doit expliquer pourquoi il n’a pas donné le corps au Boutefeu. La brèche découverte, rien ne nous menait jusqu’au Pansedefer. »
« De toute manière, » chuchota le grand homme basané, « la brèche a été découverte après le corps. »

Les deux hommes restèrent silencieux lorsque le reste des hommes et des femmes les rejoignèrent. Scorpius échangea un regard avec Nate, lui demandant silencieusement s’il avait appris quoi que ce soit pouvant les aider. Le brun hocha la tête de gauche à droite. Scorpius soupira et se tourna vers Tarbes.

« Si la barrière ne peut être détruite ou affaiblit sans qu’une alarme ne se déclenche, comme est-il entré ? »
« Je… Je ne sais pas, Monsieur. Théoriquement, si l’on croit la barrière… »
« Oui, » l’encouragea Nate alors que Scorpius perdait patience.
« La barrière nous dit que l’alarme a sonné. »

Le masque de professionnalisme de Scorpius s’ébranla lorsqu’il émit un grognement surpris. Ce que l’homme racontait n’était pas logique, et il se demanda un instant si l’enchanteur n’était pas plus bouleversé qu'il ne paraissait l’être par la découverte du corps de l’enfant et de la faille.

« Donc, » commença Nate, « vous dite que l’alarme a résonné au moment même où la barrière s’est fissuré, mais aucun de vous ne l’a entendu ? »

Tarbes acquiesça. Aucun d’entre eux n’avait entendu retentir l’alarme depuis des années.

« Monsieur, » intervient une Auror dont Scorpius avait oubliée le nom. « Si je puis me permette, serait-il possible que le meurtrier ait ensorcelé les enchanteurs afin qu’ils n’entendent pas l’alarme ? »

La jeune femme semblait mal à l’aise sous tous ces regards sceptiques, mais elle les ignora néanmoins et se contenta d’attendre la réponse de son supérieur. Celui-ci la regardait, perdu dans ses pensées. Ce que disait la jeune femme était-il seulement possible ? Existait-il un sortilège capable de couper un créateur de sa magie ? Car c’était de cela dont il s’agissait. Une alarme magique reliait son créateur à la protection, ce faisant la magie du premier vibrait lorsque l’alarme se déclenchait. Ainsi, le meurtrier aurait dû couper ce lien ou l’étouffer. Il n’avait jamais entendu parler d’ une magie capable de réaliser cet exploit, sinon toutes les protections sorcières seraient désuètes. Ils devraient se renseigner.

« Cela peut-être possible, en effet, Auror. Vous tous, » dit Scorpius en s’adressant aux enchanteurs, « rejoignez le Bureau cette après-midi avec le reste d’entre vous, notre équipe s’occupera de vous examiner. Nous devons vérifier qu’aucun sortilège ne vous a été posé dessus. »

La réaction des sorciers-enchanteurs ne se fit pas attendre. Soudainement, tous se tournèrent vers l’homme blond et prirent la parole au même moment :

« Quoi ? »
«  Mais vous pensez que nous… »
« C’est dangereux ? »
«  Je ne veux pas qu’un meurtrier puisse prendre mon contrôle ! »

Dépassé, Scorpius soupira en fermant les yeux. Son mal de tête cognait contre son crâne. Il souhaitait être ailleurs.

« Messieurs ! » s’écria Nate d’un air directif qui étonna tout le monde sauf son collègue. « Calmez-vous. Vous semblez tous en forme, ce n’est qu’un contrôle de routine destiné à comprendre comment le meurtrier est rentré dans la Réserve. »
« Oui, » intervient Doria en s’avançant au milieu des hommes. « Rien ne sert de s’agiter. Passez le temps qu’il faudra au Bureau et rentrez chez vous. Non, Tarbes, laissez-moi finir. Ce n’est pas à discuter. Je veux des hommes capable de faire leur travail. Monsieur Malefoy ? » questionna-t-elle en se tournant vers le concerné. « En avez-vous fini ? »
« Oui. Je passerais tout de même voir le Pansedefer. »
« Bien. Maintenant vous convient-il ou plus tard ? »
« Plus tard, si possible. Je souhaiterais demander l’avis d’un professionnel. »

La directrice Adrale, Nate et lui-même s’éloignaient de la barrière, prenant la route du centre de la Réserve. Le reste de ses hommes et de ceux de la femme les suivait. Sous leurs pieds l’herbe s’agitait agréablement au rythme la fraîche brise. Le ciel était dégagé et il faisait bon ; un sortilège permettant de feindre une bonne température.

« Prévenez-moi lorsque vous viendrez, nous avons quelques professionnels du Pansedefer ukrainien. Je vous enverrai une personne capable de répondre à vos questions. »
« Je vous remercie, Miss Adrale. Mais si vous permettez, je souhaiterais tout d’abord en parler avec un camarade qui me vient de la Réserve de Roumanie. »

Scorpius ignora le regard curieux et surpris de Nate sur lui.

« La Réserve de Roumanie ! Par Merlin, nous ramenez-vous une perle rare ? » demanda-t-elle sur un ton avide qui dérangea l’homme.
« Toutes mes excuses, » dit Scorpius avec un sourire crispé, « mais mon camarade est à la retraite. »
« Oh. Et bien, je vous souhaite qu’il puisse vous aider. Messieurs, vous avez carte blanche pour vos prochaines visites. Je vous pris de m’excuser, mais les affaires m’attendent. Au plaisir de vous revoir, » dit-elle, toute souriante à Nate.

La femme s’éloigna alors à grand pas, instaurant rapidement une distance entre eux. Ils étaient parvenu à l’entrée de la réserve. Le retour de la foule agaça Scorpius qui grimaça lorsque Nate, moqueur, lui mis un coup d’épaule.

« Nate ! » protesta Scorpius. Finalement, il souria : « Je pense qu’elle t’aime bien. Merci, je ne parvenais pas à la détacher de moi. Tu as vu comme elle me suivait ? Elle me fait toujours le coup, c’est aberrant. »
« Tu es le dernier homme que je connaisse à te plaindre de plaire à une belle femme… Tu crois vraiment qu’elle m’apprécie ? »
« Oui, » soupira le blond.
« Bien ! Tu l’as vexé. » dit Nate en souriant.
« Peu m’importe, » marmona Scorpius.

Nate jeta un regard à son collègue et ami. Celui-ci semblait ailleurs. Il regardait autour de lui d’un air distrait, ses yeux d’acier perdu dans le vide.

« Tu vas bien ? » demanda-t-il, hésitant.
« Oui, Nate. »

Scorpius souria doucement à son ami avant de s’enfoncer une nouvelle fois dans ses pensées. Il avait en tête d’écrire une missive qu’il enverrait à Charlie. Il ne parvenait pas à s’éloigner de cette idée. Le roux lui permettrait de comprendre le dragon, et peut-être le meurtrier. Mais une pensée bien plus réconfortante que les autres remplaçait ses excuses : l’envie de revoir son vieil ami. Cette seule idée le tourmentait bien plus qu’il ne le pensait, et pour la première fois depuis les dernières vingt-quatre heures, il se sentait plus léger. Charlie avait cet effet sur lui, et si auparavant il n’avait jamais été troublé par ce fait, aujourd’hui était différent. Depuis quand faisait-il passer son travail en seconde place ? Charlie était une personne très importante pour Scorpius, et après les stress de ces derniers jours, la nuit plein de cauchemars dûent aux souvenirs de la Récidive et le fait de savoir qu’un enfant avait été assassiné, le blond souhaitait penser à lui. Il enverrait un hibou en rentrant au Bureau. Peut-être que Charlie serait rapidement disponible pour le rencontrer à la Réserve.

« Tout va bien, Nate, » répéta-t-il en se tournant vers lui. « Ce monde me donne mal à la tête. Retournons au Bureau, nous avons du travail. »

~


Hibou de Scorpius Malefoy à Charlie Weasley

Charlie,

J’ose croire que vous foulez encore le sol parisien à ce jour. C’est avec ce fol espoir que je vous invite à nous retrouver dès que le temps vous le permettra. Ma première intention est de vous voir avant que vous ne partiez et que les années ne nous séparent. Mais j’ai également besoin de votre aide concernant une affaire qui, je le sais, vous intéressera particulièrement et vous rendra véhément. Je m’excuse par avance du mal que cela pourrait vous faire éprouver, mais je vous connais assez pour dire que vous ferez tout pour m’aider à appréhender d’un nouvel oeil cette malheureuse affaire qu’il m’incombe de dépoussiérer de son mystère.
Je vous propose ainsi de nous rencontrer à la réserve française, ce lieu sera un beau reflet du prémisse de notre rencontre.

Scorp’.

PS : Blaze est particulièrement excité aujourd’hui, méfiez-vous.


Hibou de Charlie Weasley à Scorpius Malefoy

Petit,

Je n’allais pas tarder à m’envoler retrouver ma Roumanie lorsque Blaze m’a surpris. Je n’ai pu résister à l’envie de rester un jour de plus afin d’avoir l’occasion de te revoir. Me voilà fort surpris de la demande que tu me soumets, mais tu me connais assez pour savoir que je manifeste un grand intérêt à tes mots.
Retrouvons-nous à 15h à la réserve. Ce sera un bel endroit pour une dernière rencontre.

N’ais crainte de mes sentiments, rien ne pourrait entacher le bonheur de partager quelques heures avec toi.

Charlie.

Je ferme les yeux. La toile Carmin les hante. Ciel, qu’elle les Hante.

 La Coupe de Feu  J'aimerai la mort...

- Chapitre III -



Le soleil, puissant, avait repoussé les nuages du ciel parisien. Comme une renaissance, la ville s'éveillait pour rendre hommage à cet éclat, le seul qui pouvait chasser le gris de ses rues. Au rythme de la fraîche brise qui balayait les boulevards, les passants avaient ralenti pour profiter du beau temps, du doux rayon jaune qui osait régner sur les basses températures. Le soleil éveillait, réchauffait, mais calmait aussi l’effervescente Paris, la domptant facilement de sa beauté.

Sans honte, un homme profitait lui aussi de cet éclat. La tête relevée, la nuque pliée, il offrait entièrement son cou au ciel, laissant les timides rayons réchauffer sa peau déjà bien hâlée et craquelée par les rides. Dans l’obscurité de ses paupières, il acceptait les sons qui l’atteignaient sans chercher à les comprendre ; sous la douce mélodie des rugissements bestiaux, il pouvait deviner leur provenance comme s’il devinait des notes musicales. Il aimait particulièrement le hurlement primitif de ce Magyar qui déchirait le ciel aussi sûrement que le faisaient les éclairs la veille. Pourtant, Charlie pouvait entendre dans ce bruit que la dragonne était particulièrement heureuse, alors lui aussi souriait.

Muni d’une certaine intuition, l’homme quitta la chaleur du soleil et ouvrit les yeux sur le monde. Sans éprouver la moindre surprise, il suivit du regard l’homme qui semblait se diriger vers lui. Son regard caressa sa chevelure blonde, presque blanche, son corps enveloppé dans une épaisse robe de sorcier argenté, pour s’arrêter sur le visage masculin du personnage. Un visage froissé par un quelconque problème, des yeux gris ternes, des cernes violettes. Charlie sourit en remarquant l’éclat qui illumina soudainement le visage de l’homme lorsque celui-ci l'aperçu. Il le laissa approcher, riant de cet air renfrogné qui était caractéristique de son ami.

« Charlie, » dit Scorpius avec un soulagement non feint.
« Scorp’. »

La crainte que Charlie ne se présente pas à leur rendez-vous avait secouée l’homme blond bien plus qu’il n’aurait voulu l’avouer. Comme les minutes s’écoulaient, l’angoisse l’avait pris au coeur. Il n’était habituellement pas d’une nature angoissée, laissant cela à Nate ; mais aujourd’hui il n’aurait su dire si sa nervosité était dû aux éléments que Charlie allait lui offrir ou à l’homme lui-même. Cela faisait des années qu’ils ne s’étaient pas retrouvés lors d’un rendez-vous prévu. Le hasard était une part importante de leur relation. “J’espère qu’Adrale ne se ramènera pas”, pensa Scorpius en dévisageant Charlie.

« Je suis heureux que vous ayiez pu venir ! »
« Moi aussi Petit, Blaze a bien fait de voler à tir d’ailes, ou il aurait trouvé chambre vide. »

Un sourire en coin, Charlie chassa quelques mèches rousses qui s'échappaient de son catogan.

« Marchons, veux-tu ? » proposa-t-il en se mettant en marche. « J’aimerais apercevoir quelques-unes des magnifiques créatures qui habitent ce parc. »
« J’allais vous le proposer. Il nous faudra passer visiter le Pansedefer. »
« Bien. C’est une formidable créature… »

Le chuchotement émerveillé de Charlie éveilla l’ombre d’un sourire sur le visage crispé de Scorpius. Il avait toujours était attendri de l’amour de son ami pour ces grandes créatures qu’étaient les dragons.
Ils marchèrent sans bruit quelques minutes durant, observant le parc qui s’étalait devant leur yeux. Il leur faudrait parcourir de nombreux mètres avant de ne serait-ce qu’apercevoir un des dragons de la réserve, mais les hommes étaient patients. Inconsciemment, Scorpius ralentissait le pas, appréciant ces instants dans leur juste valeur.

« Tu vas bien, Petit ? »

La voix de Charlie le destabilisa et il quitta non sans regret la forêt du regard pour atteindre les yeux bleus inquiet de son ami. Parler de ce qu’il ressentait ne lui plaisait guère, même lorsque son interlocuteur était la personne en laquelle il avait le plus confiance.

« Je… Oui, Charlie. Tout va bien. »
« Mh, » dit le vieil homme en levant l’un de ses sourcils. « Je ne sais pas qui tu veux convaincre, mais j’espère que ce n’est pas moi ! »
« Je sais, grimaça Scorpius. « Je ne peux rien vous cacher. »
« En effet. Qu’y a-t-il ? »
« Une affaire, rien qu’une affaire. Ce sont les aléas du métier, Charlie, je devrais être habitué après tant d’années sur le terrain. »

Une minute de silence s’étira entre les deux hommes, chacun étant plongés dans ses pensées. L’un plus morose que l’autre.

« L’histoire des autres ne devraient pas tant t’atteindre, Scorp’. »

Chaude, la voix de Charlie réchauffa le corps de l’homme.

« Tu fais ton métier, et tu le fais bien, » continua-t-il. « C’est tout ce qui compte, tu es là pour apaiser des familles et appréhender des coupables, non pour te détruire en pensant au mal qui a été fait. »
« Ouais... Ouais, » chuchota Scorpius, secrètement soulagé que son ami le bouscule ainsi.
« Ne t’apitoies donc pas en ma présence, » rit Charlie. « Dis-moi plutôt ce que je peux faire pour te venir en aide. »

Rapidement et sans rentrer dans les détails, Scorpius raconta comment ils avaient retrouvés le corps de l’enfant dans l'enclos du Pansedefer. Ce qu’il voulait de Charlie était simple : il voulait simplement qu’il lui parle de la créature concernée. Et aussi d’un Boutefeu chinois. Pourquoi l’un et pas l’autre ? Tout à son explication, Scorpius ne remarqua pas le regard troublé que le vieil homme roux posa sur lui. Il leva cependant les yeux lorsque celui-ci l’interrompit pour dire de sa voix rieuse :

« Avais-tu réellement besoin de moi, Petit, ou est-ce seulement une excuse pour me voir ? Tu es capable autant que moi de répondre à ces questions. Je t’ai appris tout ce que je savais, mais j’aime croire que tu as encore besoin de moi. »
« Je…, » commença Scorpius, soudainement gêné par le regard entendu que l’autre homme lui lançait.
«Je comprends » sourit-il avec un brin de moquerie. « Le Pansedefer est une créature extraordinaire, Scorpius. »

Ce dernier soupira de soulagement. Il prit une grande respiration pour dissiper sa gêne. Il se sentait ridicule d’avoir sollicité Charlie pour des broutilles dont il aurait pu s’occuper seul. Soudainement, son comportement lui parut enfantin. Il n’avait pas l’âge de trouver des prétextes idiots pour rencontrer l’un de ses amis, pourquoi agissait-il ainsi ? Avec Charlie, tout était disproportionné, étrange. Il le voyait si peu souvent que cette constatation le surprenait à chacune de leur rencontre.
Il leva sa main pour se frotter le visage, ne cessant d’écouter la voix de son ami. Charlie avait un don lorsqu’il s’agissait des dragons. Sa voix se transformait et paraissait plus vivante qu’elle ne l’était déjà. Il parlait de ces créatures comme si elles étaient ses véritables compagnes de vie, les faisant vivre au grès de ses connaissances. C’était passionnant, l’écouter ramenait Scorpius à sa jeunesse, lors de ses innombrables heures passées à écouter ce même homme, près de son familier, une magnifique dragonne.

« … n’est pas inutile. Il te faut comprendre que même si un vulgaire bouquin dit le contraire, un dragon ne se contentera pas de se sustenter de ce qu’on lui donne. Aussi domestiqué soit-il, » ironisa Charlie. « C’est une créature, une bête. Agite-lui un morceau de viande devant le museau, il le croquera aussi sûrement que tu avalerais une chocogrenouille. Sa taille est sa principale force, mais ce qui rend le Pansedefer si extraordinaire, c’est sa capacité à s’adapter. L’ont pourrait croire qu’une bestiole de cette taille est lésée niveau intelligence, mais ce serait une erreur que de se persuader de cela, tu le sais. »
« Oui, ils ont une intelligence remarquable… »
« Je suis heureux de voir que tu te souviens de cela, » sourit Charlie, même s’il n'avait jamais douté de ce fait. « Il n’y a pas à chercher à comprendre pourquoi le Pansedefer a croqué ton corps, il l’a fait, c’est tout. »

Scorpius était secoué d’entendre son ami parler ainsi du corps du petit enfant qu’ils avaient retrouvés en morceaux, mais il n’en montra rien. Il se contenta d'acquiescer lentement, tout à ses pensées.

« Mais le Boutefeu l’aurait plus sûrement fait, pourquoi se fatiguer à déplacer le corps si profondément dans la réserve ? Regardez, » dit-il soudainement en montrant un coin de la réserve à Charlie. « Un Dent-de-vipère… »

Un petit dragon venait de prendre son envol, profitant de l’espace que lui octroyait les barrières magiques de la réserve. Les deux hommes purent observer les marques noirs qui zébraient son échine, et les crochets qui se dessinaient sur sa gueule.

« Ca, c’est un bouffeur d’humain, » chuchota Charlie en regardant avec passion la créature planer dans le ciel bleu. « Le Pansedefer a répondu à un vieil instinct là où ce dragon aurait pris plaisir à déguster le corps. »

Ignorant son estomac qui se tordait, Scorpius quitta du regard le Dent-de-vipère pour regarder Charlie. Il l’observa tandis que l’autre portait toute son attention vers le ciel. Comment faisait-il pour paraître aussi insensible ? La mort ne l’effrayait donc pas ? Jamais Scorpius n’avait connu Charlie aussi cru. A moins que ce ne soit cette affaire qui le chamboule et qui le rende susceptible à chaque remarque qu’il jugeait alors faussement déplacé.

« Continuons, » marmonna-t-il alors, se réjouissant intérieurement du regard que Charlie baissa sur lui.
« Tu es toujours aussi impatient, » rit le roux, le suivant néanmoins avec un plaisir évident. « Pour revenir à ta question, il n’y a aucune raison de préférer le Pansedefer au Boutefeu lorsqu’il s’agit de se débarrasser d’un corps, je présume. »

Éternel était le rire de Charlie. Quoi qu’il dise, il le faisait de ce ton humoristique et avec ce sourire qui ne le quittait jamais. Il était étrange de voir un homme s’exprimer avec joie lorsqu’il parlait de se débarrasser d’un corps. Mais Scorpius jugea que l’homme était ainsi. Il ne laissait pas le malheur des autres l’atteindre. Finalement, peut-être devrait-il prendre exemple sur lui.

« Le Boutefeu mange des humains, mais le Pansedefer est plus impressionnant. Mais attends ! » s’exclama Charlie comme si l’évidence venait de lui sauter aux yeux. « Pourquoi ne s’agirait-il pas d’un accident ? Cela correspondrait mieux à l’histoire, ainsi la victime serait tombée dans l’enclos du Pansedefer. Tu sais que cela est déjà arrivé en Roumanie, ce n’est pas un accident anodin, mais il reste cependant envisageable. »
« J’aimerais que ce soit le cas, Charlie…, » soupira le blond. « Mais rien ne montre cela, contrairement aux preuves que nous avons concernant le meurtre. » Il remarqua le regard avide que posait son ami sur lui. « Je ne peux malheureusement pas vous en dire plus, vous le savez… »
« Bien sûr ! Mais cela reste frustrant, tu le sais, » sourit Charlie.

Scorpius grimaça, partageant l’avis de son compagnon. Il aurait aimé partager toutes ses interrogations avec lui, mais le secret était une règle qu’il prenait très à coeur dans son travail. Il ne dirait rien de plus que ce qui apparaîtra bientôt dans la presse sorcière parisienne.

« Nous arrivons. »

Ainsi, Scorpius espérait peut-être apporter du réconfort à la frustration de son ancien mentor. C’est avec une joie non dissimulée qu’il ouvrit grand ses bras pour englober le paysage lui faisant face ; un gigantesque enclos composé d’une végétation montagneuse était le repère du Pansedefer ukrainien de la réserve de dragons française. Les yeux rayonnant d’un plaisir semblable, côte à côte, Charlie et Scorpius regardaient la créature qui vivait sans les remarquer, de l’autre côté d’une barrière magique. C'était un beau dragon dont le corps arrondi et lourdeau était recouvert d’écailles de couleur gris métallique qui lui donnait l’air d’un gros rocher. Son immense gueule s’ouvrait et se refermait sur le tronc d’un arbre à demi plus petit que lui, l’arrachant sans effort pour le mastiquer. Ses longues griffes à l’éclat meurtrier l’aidait en fouillant la terre à la base de l’arbre, déterrant les racines qui retenait le morceau de bois.
La passion qui brillait dans les yeux du roux était une chose absolument magnifique à voir. Jamais un homme n’avait paru si heureux aux yeux de Scorpius. Il était heureux de partager cela avec lui. Cela lui rappelait le jour où Charlie lui avait présenté son familier, Tömör le Cornelongue roumain. Quel lien y avait-il entre eux ! A deux, ils étaient une harmonie, une musique que Scorpius savait ne jamais connaître. Ce moment avait était unique à voir, cela avait été un grand privilège.
Sous ses yeux ébahis, son vieil ami mena sa main à sa bouche qu’il ouvrit pour y passer ses doigts. Le long sifflement aigu retentit si fort que Scorpius se boucha les oreilles de ses deux mains. Il regarda le dragon à qui était destiné le sifflement, et sans surprise, il remarqua que sa tête s’était tournée vers eux. Il aurait pu être effrayé, mais il avait entièrement confiance en son ami. Alors il supporta, comme ce dernier, le regard de braise que posa le dragon sur eux, acceptant d’être jugé comme ils jugeaient le Pansedefer.

« Vois-tu, » cria Charlie, ravi, pour couvrir le hurlement du dragon. « Le bois l’aide à entretenir ses crocs ! »

Scorpius, bien que connaissant l’information que venait de lui offrir son rouquin d’ami, opina de la tête avec force, la jubilation lui empoignant les tripes. Les dragons lui avaient toujours fait cet effet là.

« Comment le trouvez-vous ? » demanda-t-il.
« Magnifique. Il est en forme. Peux-tu me dire pourquoi ? »
« Bien sûr, » sourit Scorpius à cette phrase qui les ramenait tout deux au temps où le premier enseignait au second. « Ses écailles sont lumineuses et l’éclat de ses yeux est tellement flamboyant, qu’on ne pourrait douter qu’il les a rouges. Ce sont des signes annonciateurs. Mais ce qui l’est plus encore, c’est ce cri qu’il ne cesse de nous lancer. Nous sommes des proies, et il le sait. Sans la barrière, il nous aurait foncé dessus pour nous écraser de sa taille. Ce dragon répond parfaitement à ces instincts, rien ne saurait l’arrêter. »

L’homme eu la présence d’esprit de rougir sous le regard fier que lui lança Charlie. Il sourit et se redressa légèrement. Il n’avait jamais oublié les leçons du plus âgé.

« Et bien, tu as raison, Petit ! » s’exclama Charlie en frappant gentiment l’épaule du blond. « Ce dragon n’est pas traumatisé d’avoir mangé un humain, ne t’en fait pas. Allons voir ton Boutefeu, maintenant. Malheureusement, je suis pressé par le temps. Les affaires m’attendent en Roumanie. »

Le coeur de Scorpius se serra si soudainement dans sa poitrine qu’il sentit sa respiration se couper. Sans transition, il passait de la joie la plus pure à une étrange déception. L’idée que Charlie allait le quitter bientôt lui était difficile à accepter ; tout comme le soudain changement de sujet le bouleversait. Il ne s’y attendait pas.

« Je… Très bien, » dit faiblement le blond. « Mais pourquoi aller voir le Boutefeu ? Charlie ! »

Le roux s’était déjà éloigné à grand pas, et ce comportement agaça Scorpius. Le revirement de la situation le laissait pantois, et il laissa l’homme s’éloigner de quelques pas avant de le rattraper en courant.

« Charlie, qu’est-ce qu’il vous prend ? » s’énerva-t-il en posant sa main sur l’épaule musclée du roux.
« Tu as besoin d’aide, je t’aide, » dit-il sur un ton évident, haussant un sourcil.
« Vous partez soudainement, êtes-vous donc si pressé ? » Scorpius ne faisait pas référence à son soudain déplacement.
« Oui, je te l’ai dit. »

Le blond laissa retomber son bras sur son flanc.

« Je dois repartir bientôt, et je préfère t’aider tant que je le peux. » Puis, après un instant d’hésitation il rajouta : « et passer le reste du temps à discuter avec toi. »
« Bien… Mais pourquoi vouloir aller voir le Boutefeu ? »
« Je ne sais pas, tu m’as parlé de lui, il doit y avoir une raison, non ? »
« Oui, » avoua Scorpius sans lui avouer que le meurtrier était sans doute rentrer par là.
« Alors allons-y, peut-être que l’observer nous permettra de comprendre certaine chose. »

Ses grands pas les menèrent tous deux à l’enclos du Boutefeu, le premier suivant les directives du second. Leur marche fut silencieuse, mais ce silence contrastait bien avec celui qui les avait bercé plus tôt. Intrigué, le blond ne cessait de jeter des regards à l’homme roux qui se faisait un devoir de l’ignorer, semblant absorber par ce qui lui faisait face. Le malaise emplit peu à peu le coeur de Scorpius. Il n’aimait pas voir Charlie si distant. Sans raison.

» Bon ! » s’exclama Charlie d’une voix joyeuse lorsqu’ils arrivèrent à l'enclos (“Était-il aussi lunatique, il y a quelques années ?”, pensa Scorpius en lui jetant un regard hésitant). « Qu’as-tu à nous dire, Boutefeu ? »

Scorpius s’avança lentement pour se placer aux côtés de son ami, laissant son bras frôler le sien ; il écoutait de toutes ses oreilles sa voix chaude, il sentait son odeur pimenté et sauvage. Il était Là de toutes ses forces, car il avait la sensation que cette fois-ci, Charlie disparaîtrait pour longtemps. Peut-être était-ce l’âge, mais l’homme supportait de moins en moins ces adieux qui lui torturaient le coeur. Il voyait une fois encore partir cet homme à la chevelure de feu sans n’avoir de réelles raisons de le retenir, si ce n’est l’appel de son amitié.


~



« Tu es parti gai comme un niffleur devant de l’or et tu reviens aussi sombre qu’un détraqueur. Il y a une raison à cela ou est-ce l’effet de ton éternelle mauvaise humeur ? »

Nate, cigarette à la bouche, regardait approcher Scorpius en le dévisageant avec moquerie. Ce dernier l’ignora et s'assit près de lui, prenant soin de ne pas se mettre sous la fumée qui s’échappait du brun.

« N’es-tu pas censé travailler sur la barrière ? Je croyais que tes talents allaient nous servir, » rétorqua Scorpius.
« Je prends une pause, » dit-il en montrant sa cigarette. « Et pendant que tu disparaissais sans ne rien dire pour consulter ton professionnel, nous avons avancé. Figure-toi que que les enchanteurs n’ont pas été ensorcelés, comme nous nous en doutions. »
« Comme tu le dit, nous nous en doutions. Qu’as-tu à m’apprendre ? »

Ignorant l’air courroucé de Nate, Scorpius braqua son regard devant lui dans l’attente d’une réponse. Le départ de Charlie lui laissait un goût amer dans la bouche, comme s’il avait raté quelque chose d’important. Il détestait cette sensation, il détestait le fait de savoir qu’il ne reverrait pas le roux avant de nombreux mois. Il était de mauvaise humeur, et il l’assumait.
Nate, lui, ne quittait pas du regard son collègue, ne comprenant pas que sa mauvaise humeur soit aussi forte après une visite qui aurait dû le rendre heureux. S’était-elle mal passée ?

« La barrière l’a été, » dit-il en observant le visage neutre de Scorpius.
« C’est-à-dire ? »
« Je ne suis pas spécialiste, » commença Nate, « mais apparemment la magie noire aurait empêché l’alarme de sonner. »

Soupirant, le blond se courba pour poser ses coudes sur ses genoux, plongeant sa tête dans ses mains.

« J’ai ai assez des mages noirs… »
« Cette fois-ci, ce n’est pas une utilisation meurtrière, » tenta de le rassurer Nate.
« Non, » persiffla le blond, « elle a seulement servi à un acte meurtrier, rien que ça. Très bien, si c’est la barrière qui a été visée, cela nous permet de comprendre comment la faille a pu être créée sans en avertir quiconque. Je n’imagine pas la force de ce sombre sortilège, ni le sacrifice utilisée pour y parvenir. »
« Une force à la hauteur de celle nécessaire pour tuer un enfant…. »

Scorpius ne se sentait pas la force de répondre. Cette affaire le touchait plus qu’il ne le pensait.

« Avons-nous enfin la preuve irréfutable qu’il s’agit d’un meurtre ? » dit-il enfin en se tournant légèrement vers Nate, l’espoir de voir l’affaire avancer brillant dans ses yeux gris.

Grâce à une quelconque avancée de la connaissance magique, les experts du Bureau avaient pu reconstituer le corps ; il était dorénavant une forme vague, une trace magique trônant dans la pièce qui accueillait leur recherche comme une sordide image de ce qu’il avait été un jour. Cela était aberrant, mais les hommes avaient besoin de cela pour trouver une raison à leur enquête. La reconstitution permettait de montrer le corps de la victime telle quel, entier et détruit par son ou sa meurtrière. Nate aurait pu annoncer de dix façons différentes la mort qu’avait connu l’enfant, mais il ne trouvait pas les mots pour parler à Scorpius sans que celui-ci ne soit épouvanté. Comme tous les autres, il devait voir les faits en face pour mieux les assimiler. Au fond de lui, le brun espérait que son collègue en sorte plus fort. Il prenait cette affaire bien trop à coeur.

« Ouais, » dit-il en laissant s’échapper une bouffée de fumée. « Nous avons les résultats de l’équipe qui s’occupait du corps. Ils ont de véritables sortilèges permettant de la reconstitution, bien plus précis que les nôtres. »
« Evidemment, c’est pour cela que nous devons nous les coltiner, Nate, » railla Scorpius. « Qu’ont-ils trouvés ? »
« La restitution a été placée dans la salle de réunion… Attends, » dit-il en voyant le regard noir de son collègue, « ils ont de bonnes raisons pour ça. Tu sais que les Aurors ont besoin d’une motivation, et nous aussi. Il faut que l’on se rattache à quelque chose pour avoir la force de retrouver le coupable. »
« A force de penser ainsi Nate, tu pourrais avoir ta place au Bureau. »

Sur ces mots, Scorpius se leva et s’avança à grand pas vers le bâtiment. Nate jura en jetant son mégot par terre et se précipita derrière lui.



« Quelle innocence », pensa Scorpius en regardant, comme fasciné, le visage de l’enfant. La restitution magique de ce dernier était immobile, mais ses yeux étaient grand ouverts. On aurait pu le prendre pour un fantôme, si seulement il dégageait une quelconque froideur. Mais rien ne s’échappait de lui. Ni sentiment de vie, ni sentiment de mort. Ni chaleur ni fraîcheur. Il était comme une photo, à ceci près qu’il flottait légèrement au dessus du sol et que son image tremblait doucement, comme secouée par une quelconque brise.
Cette vision était incroyablement difficile à voir. L’enfant avait tous les traits d’un cadavre ; son visage, portant encore les affres de l’enfance, paraissait presque transparent tant il était blanc. Ses cheveux retombaient en masse sur sa tête, luisant et brillant. Leur couleur paraissait terne, presque délavé. La restitution avait reproduit l’enfant avec les habits qu’il portait le jour du meurtre, soit un sweat gris taché et un pantalon marron déchiré aux jambes. Son aspect entier était négligé. Mais ce qui était le plus frappant était sans aucun doute son visage. Scorpius n’osait guère le regarder tant celui-ci le faisait trembler d’horreur. Il était incroyablement doux, et cela mettait en avant les marques de la violence dont il avait été victime. Lorsque le regard de l’homme se posa sur son cou, que laissait entrevoir le col de son pull, il haleta, la respiration soudainement coupée ; une trace épaisse le prenait de part en part, une trace rouge et noirâtre. Lentement, choqué par ce qu’il venait de voir, les yeux de Scorpius se relevèrent légèrement pour atteindre le regard de l’enfant. Peut-être était-ce le seul endroit de la restitution qui brillait d’une certaine forme de vie : les yeux du gamin, l’un marron l’autre bleu, laissait voir l’horreur et la peur qui l’habitait au moment de sa mort. Une forme puissante d’angoisse dans le regard d’un enfant trop jeune, qui n’aurait jamais dû quitter le monde de cette façon.

Incapable de subir cette vision plus longtemps, le blond se détourna, le cœur au bord des lèvres. Cela était plus difficile à supporter qu’il ne l’aurait cru. Nate l’avait pourtant prévenu, mais têtu et de mauvaise humeur, il l’avait ignoré.
Les hommes et les femmes qui se trouvaient là ne dirent rien, respectant sa douleur. Chacun était passé par cette épreuve, supportant difficilement cette vision. Anglenoir, un éclair de compréhension passant dans ses yeux habituellement si froid, se rapprocha pour se poster près de lui, échangeant un regard avec Nate.

« Nous savons de qui il s’agit. Sa famille a été prévenue. »
« Bien, » soupira Scorpius. « Comment s’appelle-t-il ? »
« Audric. Il était étudiant à l’école de Sorcellerie de Grande Bretagne, voilà une nouvelle qui n’arrangera pas les relations de la France avec eux…»
« Poudlard ? » s’étonna Nate en jetant un regard à Scorpius qui avait fait ses classes dans cette école.
« Oui, » continua Anglenoir, « d’après ce que nous savons, le père est anglais et la mère française. Une promotion du premier a menée la famille en Angleterre. »
« Ils ont rejoint Paris pour les vacances, » dit Scorpius, songeur.
« Le meurtrier devait avoir connaissance de ce fait. »
« Pas obligatoirement, Anglenoir. Nous devons déjà savoir si la mort d’Audric était préméditée ou non. Peut-être était-il au mauvais endroit au mauvais moment. »
« L’homme devait être sévèrement malade pour s’en prendre ainsi à un enfant qu’il ne connaissait pas, avec une telle violence, » souligna Nate en s’asseyant lourdement sur une chaise.

Son mal de tête se faisant de plus en plus fort, Scorpius se massa les tempes du bouts des doigts.

« Pourquoi n’a-t-il pas usé de sa magie ? » marmonna-t-il. « Un Avada et le tour est joué. Avec la haine qui semble l’habiter, son sortilège aurait eu assez de puissance pour tuer cet enfant. Nous savons déjà qu’il a une certaine prédisposition à la magie noir… »
« Il a utilisé sa magie contre l’enfant, Mr. Malefoy. Il l’a immobilisé, nous avons retrouvé sa signature magique sur le corps. Ou du moins, ce qui semble l’être. Nous la confrontons à celle de ses proches afin de les éliminer de la liste des suspects. »

Scorpius regardait Anglenoir, son visage se froissa durant un instant pour laisser entrevoir une expression de surprise. Une fois la signature magique découverte, il ne manquait plus qu’à la confronter à celle des suspects pour trouver le coupable. Mais s’ils ne trouvaient aucune correspondance, le meurtrier leur sera échappé. Son visage se durcit soudainement ; il lui était impossible de penser à une quelconque défaite. Il ne laissera pas ce meurtre impuni.

« Pourquoi passer de la magie à la force physique ? » s’exclama Nate, pensif.
« Parce qu’il est également prédisposé à la violence ? » suggéra Scorpius, ironique.

Si les éléments s’embriquaient facilement dans l’esprit des aurors et des enquêteurs, Scorpius en avait assez de tourner en rond. Il avait besoin de réponse, de savoir qui avait commis cet ignoble affront, et surtout pourquoi. Il avait la sensation que cette affaire était là pour leur faire perdre leur temps. Tout arrivait facilement, il était aisée de deviner les intentions du meurtrier, tout comme ils n’avaient eu aucun mal à déterminer la cause de la mort. Ses collègues le regardaient d’un air grave, dans le silence de la pièce présidée par la restitution sordide d’Audric ; Scorpius se rendait doucement compte que le meurtrier n’avait rien fait pour couvrir ses arrières.

« Cela peut expliquer son besoin de s’occuper de l’enfant à la manière d’un moldu, » dit-il.
« Cela se tient. Mais nous devons avant tout connaitre son mobile…»
« Et pour cela, » acquiesça Nate, « il nous faut savoir qui est le meurtrier. Donc trouver une correspondance avec sa signature magique. »
« Un auror s’est-il occupé de l'interrogatoire des parents ? » interrompit Scorpius en arpentant la pièce.

L’homme réfléchissait, déterminer à ne rien laisser de côté. Les parents avaient-ils quelque chose à voir avec le meurtre de leur enfant ? Savaient-ils quelque chose ? Pourquoi le meurtrier n’avait pas caché sa signature magique ? Ce n’était pas aisée à faire, mais pas impossible , il avait démontré une forte puissance magique, il en était capable.

« Ils sont en deuil, Scorpius, » commença Nate d’une voix nerveuse.
« Je m’en moque, Nate ! Crois-tu que le meurtrier attendra que leur période de deuil prenne fin pour s’enfuir ? Non, alors j’exige de voir ces gens ! »

Il ignora le soupir agacé de son coéquipier pour se tourner vers Anglenoir. Celui-ci ne fléchit pas devant le regard d’acier de celui qui était son supérieur. Ses yeux froids se plongèrent dans ceux de Scorpius et il laissa quelques secondes passer avant de courber poliment la tête ; il le mènerait là où il souhaitait aller.

Rassuré, Scorpius pris une grande respiration pour se calmer. Une entrevue avec les parents pourrait l’aider à préciser cette affaire. Peut-être même qu’ils connaissaient l’identité du meurtrier. Tout était possible, dans ce genre d’enquête. Il devait s’attendre à tous les retournements possible ; l’affaire pouvait être résolue avant la fin de la journée, tout comme elle pouvait perdurait encore des semaines.

« Ils ont été installés dans la salle de repos, » dit Anglenoir en invitant Scorpius et Nate à le suivre. « Comprenez que ce n’est pas un interrogatoire pour eux. Nous leur avons annoncé le décès de leur enfant il y a peu, ils sont encore sous le choc et…»
« Donc disposés à tout nous dire. S’ils savent quelque chose, ils nous le diront facilement. »

Le regard fixé devant lui, Scorpius ne vit pas l’oeillade choquée dont l’asséna l’auror. Il essayait de se brider au mieux, se préparer à affronter deux adultes dévastés. Il ne souhaitait pas sortir de cette entrevue plus affaibli qu’il ne l’était déjà.

Ils traversaient les couloirs et les portes sans ne s’arrêter devant aucune. L’auror lui décrit rapidement la vie des deux adultes ; un père cadre dans une grande entreprise, une mère écrivaine, et d’autres éléments dont il devait avoir connaissance. Plus ils semblaient se rapprocher de l’endroit fatidique, plus Scorpius sentait son coeur battre dans sa poitrine. Il sentit plus qu’il ne le vit Nate se rapprocher de lui, lui prouvant une nouvelle fois qu’il était là pour le soutenir.

« Nous y sommes. »

Ils se trouvaient devant une porte noire qui fermait vraisemblablement une pièce dont les murs vitrés permettaient de voir à l’intérieur. Un coup d’oeil suffit à Scorpius pour repérer les parents du petit Audric. Son souffle se coupa lorsqu’il remarqua les yeux boursouflés du père, un grand homme roux aux yeux qui paraissaient incroyablement bleu tant ils brillaient. Près de lui, s'agrippant à sa main comme si sa vie en dépendait, la mère, une belle femme de taille moyenne au regard couleur noisette. Etonnamment, cette dernière ne pleurait pas. Elle se contentait d'acquiescer aux propos de l’homme qui lui faisait face - Taborne, remarqua Scorpius-. Mais on ne pouvait passer à côté de son visage aux traits tirés et du tremblement de ses épaules. Une épouvante si grande s’échappait du couple que l’enquêteur fut tenté de reculer. Mais il se retint au dernier moment.
Taborne, une main sur son ventre grassouillet, le remarqua et se dirigea instantanément vers lui. Comme soulagé, le couple se confondit soudainement en un seul et même être, se blottissant dans les bras l’un de l’autre pour y trouver un quelconque réconfort.

« Malefoy, » grommela Taborne en le dardant de son regard froid.
« Taborne, » lui répondit-il, plus par la forme que pour un quelconque esprit compétiteur.

Difficilement, il détacha son regard du couple en deuil pour regarder l’homme qui lui faisait face. Celui-ci semblait particulièrement en colère et Scorpius se demanda un instant s’il avait fait quoi-que ce soit pour le mériter.

« Ils ne sont pas net. »
« Pourquoi ? » s'interrogea Scorpius.

Il n’était pas étonné de la réponse de l’homme, mais qu’avait-il remarqué ?

« Leur regard. Je ne sais pas ce que je manque. »
« Bien… Je verrais cela de moi-même, » marmonna Scorpius, agacé par le manque de précision de l’homme. « Taborne, » salua-t-il en rentrant dans la pièce.

A peine fit-il un pas vers le couple, que ce dernier leva vers lui un regard fatigué. Deux paires d’oeil, l’une noisette l’une bleue, qui le regardaient avec tant d’intensité que Scorpius en ressenti une grande gêne. Il se racla la gorge et se présenta. Les voix qui lui répondit étaient faible, si bien qu’il dû tendre l’oreille pour les entendre. Il faisait face à deux adultes à bout de force, tant physiquement que psychologiquement. Son coeur se serra douloureusement dans sa poitrine. Il ne pouvait comprendre, mais il imaginait leur peine. Il sourit pour effacer le trouble de son visage.

« Mr. et Mrs Hitward, cela ne sera pas long. Ces questions sont essentiels pour la suite. »
« Nous comprenons, Mr. Malefoy, » souffla Andrew Hitward d’une voix désespérée. « Nous espérons vous apporter des éléments. »

Scorpius hocha la tête rigidement. Il ne se sentait pas à l’aise face à tant de douleur. Il laissa Nate et Anglenoir se présenter puis chacun pris place dans un siège. Comme épuisés par l'effort de s’être levés, la mère et le père en deuil retrouvèrent en tremblant leur canapé. Laissant Nate mener la conversation - un coup d’oeil vers ce dernier lui permis de voir qu’il en était capable -, Scorpius se déroba à la peine du couple pour se plonger dans le dossier que Taborne lui avait laissé sur place. Rien de palpitant de ce côté-ci ; rien ne semblait déconcertant dans les propos des Hitward. Silencieusement, il décida de les observer. Le père ne cessait de renifler, et la mère s’était de nouveau accroché à lui. Ce n’était qu’un couple en pleine tragédie. Taborne les avait-il secoué ou s’était-il montré doux et patient ? Malgré ses ressentiments envers l’homme, le blond opta pour le premier choix. “Le sale boulot me revint donc”, hasarda-t-il en soupirant.

« Y a-t-il une chose, » commença-t-il en interrompant la conversation « que vous regrettez ? Une chose qui aurait pu mettre votre fils en danger de mort ? »
« Que voulez-vous dire ? » trembla Mrs Hitward, le regardant d’un air horrifié. « Nous n’avons jamais rien fait qui ai pu mettre Audric en… En… »

Concentré, le blond observa le mari prendre sa femme dans ses bras, la soutenant difficilement alors qu’il semblait autant dévasté qu’elle. Il jeta un regard hagard à Scorpius qui ne détourna pas ses yeux d’acier des orbes bleus de l’homme. Ce regard océan n’était pas sans lui rappelait celui de Charlie et il repoussa habilement la tristesse que son coeur ressentait. Ce n’était pas le moment ; il se pencha et pris appuie sur ses jambes.

« Nous avons toujours pris soin de notre fils ! » dit vaillamment le père.
« Je n’en doute pas. » chuchota Scopius. « Cela pouvait être inconscient. Il est facile de se laisser aller aux cadeaux de la vie, n’est-ce pas ? »

Il se força à faire apparaître sur son visage un grand sourire entendu. Comme s’il partageait un secret du couple. Il ne savait rien, mais même si cela leur faisait du mal, il devait les pousser jusque dans leur retranchement pour être sûr qu’aucun d’eux n'ait un élément sur le meurtre de leur fils. Il avait bien trop souvent fait face à des proches qui ne se doutaient même pas de connaître jusqu’à l’identité du coupable d’un quelconque méfait. Durcissant ses yeux, il se prépara à faire face à la colère des parents. Près de lui, il intercepta sans y répondre le regard interrogateur de Nate. Il devait comprendre.

« Que voulez-vous dire ? Nous ne sommes pas des malfrats ! » lui cracha soudainement le père avant de regarder sa femme.

C’est à cet instant précis que Nate compris. Il se déplaça pour se poster non loin de Mr. et Mrs. Hitward.

« Monsieur, Madame, » amorça-t-il d’une voix douce « nous ne sommes pas ici pour vous faire souffrir. Ces questions pourraient paraître maladroites (“Et elles le sont”, songea Scorpius), mais elles essentielles pour nous permettre de parcourir toutes les pistes… »
« Je… Je ne sais que vous dire », marmona Mrs. Hitward d’une voix sourde.
« La vérité ? » proposa Scorpius avec un sourire sarcastique.
« Malefoy ! »

Le-dît homme regarda Nate qui venait de crier son nom. Il était étrange de voir son ami l’appeler ainsi, chose qu’il n’avait faite depuis des années. Il retient au dernier moment le sourire qui menaça d’étirer ses lèvres ; les parents d’Audric l’en fustigeraient et ils auraient raison. Jouant le jeu, il leva les yeux au ciel et haussa un sourcil légèrement hautain.

« Monsieur et Madame ont-ils un problème avec la vérité ? »
« Cessez. » répliqua froidement Andrew Hitward.

Scorpius fut décontenancé par cette réponse, bien qu’il ne montra rien. Son instinct l’avait-il donc trompé ? Peut-être que les parents ne savaient rien. Le désespoir lui emplit le coeur à cette pensée ; non, ils devaient lui donner une piste, quelque chose qui puisse lui permette de continuer. Il n’eu pas besoin de simuler sa colère. Comme un poison violent, cette dernière traversa ses veines. Il se leva brutalement.

« Bien ! » lâcha-t-il d’un ton glacial.

Il se tourna vers la porte, près à partir, lorsque la faible voix de la mère s’éleva dans pièce silencieuse. “Notre point faible est ici”, pensa-t-il.

« Non… Attendez, nous… »
« On ne peut attendre ! » éclata-t-il soudainement. « Attendre quoi, Mrs Hitward ? Votre fils est déjà mort, à force d’attendre, c’est le coupable qui nous échappera ! Êtes-vous inconscient ou juste id… »
« Ne criez pas ! » protesta le père en haussant la voix. « Cessez donc de nous presser ! Ne comprenez-vous pas que nous sommes dévastés ? »

Sa femme s’était levée près de lui, comme un soutien fort jusqu’au dernier instant. Elle regardait l’enquêteur avec une détresse si palpable que ce dernier hésita à continuer. Pourtant, il sentait qu’il arrivait enfin à l’instant fatidique. Il s’approcha d’Andrew Hitward et planta ses yeux d’acier dans les siens.

« Mr. Hitward, votre enfant est mort. Nous parler de vos méfaits est une aide que vous lui apportez. Alors parlez, ou vous resterez dans cette pièce jusqu’à ce que j’obtienne l’autorisation d’utiliser du Véritasérum. »

La menace n’en était pas réellement une ; l’utilisation du Véritasérum était bien trop stricte. Mais l’important était que l’homme y croit.

« Je... Vous ne pouvez pas ! » hargua Mr. Hitward.
« Peu m’importe que vous n’y croyez pas, » sourit le blond en amorçant un geste vers la sortie.
« Peut-être que… mais cela n’a pas de lien et… »
« Vous n’en savez rien. Parlez ! » tonna Scorpius.
« Du commerce illégal ! Vous êtes content ? Nous faisons du commerce illégal ! »

Jeanne Hitward, hors d’elle, venait de crier ces mots. Un silence pesant s’installa dans la salle alors que le couple se rassemblait à nouveau. Mr. Hitward avait baissé les yeux sur ses genoux, comme honteux d’avouer ces actes illégaux.
Scorpius respirait enfin. L’affaire avançait. Mais il ne savait pas encore si cet élément allait les mener vers la vérité. Se pouvait-il qu’ils soient tombés sur un commerçant malhonnête ?

« Soit, » susurra-t-il. « de quel commerce s’agit-il ? »
« C’est… », commença Mr. Hitward en passant la main dans sa chevelure rousse. «Tout ce que nous pouvons pour gagner de l’argent. Je suis dans le métier, je sais gérer les chiffres et le commerce…»
« Audric adorait les mathématiques avant de rentrer à Poudlard… Il voulait… Il voulait suivre tes traces » pleura soudainement Mrs. Hitward.

Son mari, décontenancé, la serra un instant dans les bras sans cesser de regarder Scorpius. Lorsqu’il pris la parole, sa voix était plus grave.

« Nous… Nous revendons nos produits à des sorciers ou des moldus désireux d’en savoir plus… »
« Quoi ? » s’écria Anglenoir. « Mais c’est une trah…»
« Anglenoir ! » l’interrompit Scorpius. « Si vous ne pouvez vous contrôler, veuillez sortir de cette pièce. Bien, le commerce illégal est malheureusement Gallion courant dans le monde Sorcier. Vous nous ferez une liste de tous vos contacts et de vos marchandises. »

Ignorant les visages désemparés du couple, il leur tourna le dos, s'apprêtant à quitter la pièce. Il n’accordait aucune importance à la crainte de ces adultes irresponsables de finir derrière les barreaux. Il avait peut-être une piste.

« Mr. Malefoy » l’appela Mrs. Hitward dans son dos.

Il soupira en passant une main devant son visage ; il était fatigué, il aurait aimé retrouver son appartement, et oublier durant une soirée toute cette histoire. Las, il se retourna pour plonger son regard dans les orbes noisettes de la mère d’Audric. La voix de la femme aurait dû le mettre sur ses gardes, mais à ce moment-là il n’y porta guère d’attention.

« Ce n’est pas tout, » commença-t-elle. « Nous sommes… »

Soudainement, elle se tourna vers son mari, hésitant visiblement à continuer. Ce dernier la regarda fixement puis, comprenant qu’elle n’en avait pas la force, se plaça devant elle pour continuer à sa place.

« Nous commerçions régulièrement avec une certaine personne. Nous ne connaissons pas son identité tout comme il ne connaît pas la nôtre. Nous nous retrouvions en général dans un lieu neutre. C’était notre plus gros revenu, » dit-il d’une voix nerveuse là où un jour avait dû pointer une once de fierté.

Les sourcils froncés, Scorpius s’avança de quelques pas dans la pièce ; il croisa les bras sur sa poitrine, ne quittant pas du regard les yeux bleus emplit d’hésitation de son interlocuteur. Il y avait comme une discussion invisible entre l’homme et la femme. Ils se regardaient de biais, se lançant de longs regards perçant qu’eux seuls comprenaient. Sans un mot, Scorpius observait.

« De quel commerce s’agissait-il ? » demanda-t-il pour les encourager à parler.
« Dragon, » souffla Mrs. Hitward, un sanglot déformant sa voix. « Des cornes, de la peau, des coeurs, des griffes. Et des oeufs, surtout des oeufs… »
« Bien, » articula lentement Scorpius, trouvant la force de ne pas réagir à ce commerce qu’il trouvait aberrant. « Et ? »

Sa voix froide froissa les deux adultes qui se firent plus hésitant encore.

« Lors d’une revente, nous nous sommes rendus compte que nous avions été dépassés. Nous nous sommes vengé. Peut-être avez-vous là votre monstre…»

Un élégant sourcil se souleva sur le front de Scorpius alors qu’il dévisageait Mr. et Mrs. Hitward. Pensaient-ils qu’avec si peu de détails, il laisserait tomber l’affaire pour passer à autre chose ? Un rictus barrant son visage, Scorpius durcit sa voix, exigeant des éclaircissement.

« Les… Les oeufs étaient des faux. Des illusions. Pouf ! ils ont disparus sans demander leur reste, quelques jours après l’achat. Pouf ! » répéta Andrew Hitward avec un rire nerveux.

Rire nerveux qui se répercuta chez sa femme. Scorpius les regarda sans ne rien dire. Le couple avait l’air épuisé. A les voir ainsi, riant l’un avec l’autre sans raison, alors que leur fils venait de mourir, Scorpius se demanda si venir les voir était une bonne idée. Inquiet, il allait intervenir lorsque le père parla. Ses yeux larmoyant étaient dérangeant à voir.

« C’était facile de deviner d’où il venait, vous savez, il avait un collier qu’on ne pouvait pas louper ! Ha ha ! » fit-il soudainement. « Il nous a fait perdre des millions, cet enfoiré ! »
« Andrew, » gémit Mrs. Hitward en posant une main sur son épaule, comme pour le retenir. « Nous… Nous l’avons retrouvé et… Comme on vous l’a dit, nous nous sommes vengés. Nous avons risqué beaucoup pour ce commerce, et l’idée qu’il s’en sorte nous était insupportable. Les gens à qui nous voulions revendre ces oeufs n’étaient pas n’importe qui… »
« Oh non, » s’exclama Andrew Hitward. « Tout risqué, tout ! Alors nous sommes allés chez lui et nous aussi nous avons mis en danger ce à quoi il tenait. »

Dans un sublime contraste avec ses yeux emplit de larmes, sa voix s'était faite venimeuse. Son visage entier se transformait en une grimace haineuse qui n’était pas agréable à voir. Il s’exprimait avec tant de hargne que des postillons s’échappaient de sa bouche pour atterrir sur le sol. Mais passionné par ce qu’il se tramait face à lui, Scorpius ne réagit pas.

« Et que cela était-il ? » osa demander Nate près de lui. Il l’avait presque oublié.
« Sa foutue bestiole dont provenait ses… prétendu oeufs ! Cet espèce de dragon… Comment s’appelait-il, Jeanne ? »
« Je ne me souviens plus, » chuchota-t-elle, les yeux fermés pour ne pas laisser couler ses larmes. « C’était un mot roumain… Toumor ? Tomor ? »

Soudainement, Scorpius lâcha le gobelet qu’il avait en main. Celui-ci s’écrasa sur le sol en éclaboussant de café tout ce qu’il y avait près de lui. Une grande respiration déchira les entrailles de l’homme qui ne quittait du regard les deux adultes qui lui faisaient face.

Tömör. Tömör. Le mot résonnait à ses oreilles. “Non”, souffla sa conscience, comprenant avant lui la portée de ses parole.
La conversation s’éloigna de ses oreilles jusqu’à devenir un faible bourdonnement. Un battement de coeur ébranla son corps ; sa peau se couvrit de frissons et il dû prendre une grande goulée d’air pour s’approvisionner en oxygène. Il ne comprenait rien.
Tömör. Que se passait-il ? Le manque d’air mena bientôt des larmes aux coins de ses yeux. Il les ferma. Sans en prendre réellement conscience, il se courba sur lui-même dans l’espoir que ses pensées s’arrêteraient de s’enchaîner.

« Scorp… »

Il repoussa le bras de Nate qui s'avançait vers lui. Son regard se faisait trouble. Il peinait à prendre sa respiration, alors il ouvrait la bouche en grand. Il tituba vers l’arrière, tamponnant violemment un quelconque objet qui lui lacéra le mollet. Les larmes aux yeux, le corps tressautant sous l’effort, il s’effondra sur le sol moelleux de la salle de confort.

« Merde, il fait une crise d’angoisse ! » jura Nate. « .. potion calmante, tout d...»

Autour de lui, le monde s’agitait. Mais cela n’avait plus d’importance. La seule chose que Scorpius voyait, c’était Tömör. La grande dragonne fière et sublime. Le familier de celui qui lui était le plus cher ; Charlie.
L’obscurité emplit soudainement son champs de vision, voilant ses pensées aussi facilement qu’elle couvrait son coeur.

Je ferme les yeux. La toile Carmin les hante. Ciel, qu’elle les Hante.

 La Coupe de Feu  J'aimerai la mort...

- Chapitre IV -


Tout s’est si vite accéléré. Je ne comprenais plus rien. Je ne savais pas si j’avais un jour compris.
« Tu ne peux plus gérer l’affaire, Scorpius, » m’avait dit Nate. Ses yeux bruns m’avaient regardé avec tant de pitié. Je l’avais détesté à cet instant. Lui et tous les autres, je les haïssais profondément. Ils m’avaient extirpé son nom comme on arrache son venin à un serpent. « Charlie Weasley ». Je leur avais craché comme on donne un os à un clébard. Ils s’en étaient saisis avec la force du désespoir.
Tremblant, je menai mon verre à mes lèvres et pris une grande gorgée du liquide ambré. Il brûla en passant dans ma gorge et la sensation perdura quelques secondes. C’était foutrement agréable.
Je n’avais plus rien contrôlé. Mais c’était le cas depuis des jours maintenant. Taborne devait bien rire dans son coin, jouissant de sa victoire sur moi. On m’avait renvoyé à la maison en me conseillant de “prendre soin de moi”. J’aurais aimé leur hurler toute ma haine ! Mais j’étais rentré la queue entre les jambes.

Tout s’est accéléré si vite. « Nous devons prouver qu’il s’agit bien de lui, » m’a dit Anglenoir en me regardant avec son foutu air de sang-pur coincé. « Prouvez-le nous ! » avait tonné Taborne. « Scorpius… », avait chuchoté Nate. Tous s’étaient rassemblés autour de moi, entourant Celui qui n’avait pas Vu. Comme si je faisais dorénavant parti d’un autre foutu monde. Tous ces sorciers qui m’admiraient. Par Merlin, que leur chute avait été belle à voir ! Leurs regards, auparavant si brillant lorsqu’ils me regardaient, s’étaient soudainement empli de déception. Qui étais-je, moi, grand Auror Indépendant, si je ne pouvais voir que l’homme qui m’était si proche était un meurtrier ? Je n’avais rien vu.

Une trace de lui, c’est ce que vous voulez ? Arrachez-moi le coeur ! Je leur ai donné sa lettre. Comme je l’avais deviné, Charlie avait usé de magie sur ce simple morceau de parchemin. Pourquoi ? Pourquoi ? Un simple Wingardium Leviosa l’avait trahis. TRAHIS !

Je me levai en grognant, titubant pour atteindre la fenêtre. Dehors était gris. Je cognais mon front sur la vitre fraîche. Mes mains se crispaient dangereusement sur le verre, mais je m’en fichais. Ma douleur crépitait en moi.

Wingardium Leviosa. Je ricanais. Un sortilège d’enfant, paradoxalement, le seul que devait savoir lancer Audric. C’était affligeant. La trace de ce sortilège avait été confronté à la signature magique que les Aurors avaient trouvé sur le corps. C’était la même.
Ce n’était pas sa magie qui l’avait trahis. C’était moi.

Mon souffle se bloqua dans ma gorge. M’en voulais-je réellement de l’avoir dénoncé ? Il n’était plus rien pour moi. Je le haïssais. Mû d’une soudaine pulsion, je donnais un coup brutal dans la vitre ; elle trembla sous ma force. La douleur qui pulsait dans mes phalanges arrivait presque à me détourner de ma douleur morale. Presque.

Mr. et Mrs Hitward, ce beau couple martyr, m’avaient regardé comme si j’avais moi-même tué Audric. J’aurais aimé leur faire ravaler leur face larmoyante. Ne comprenaient-ils pas que ma douleur était plus forte que la leur ? « Nous pouvons vérifier que cela n’est pas une malice de votre part ! » avaient-ils osé me dire. Comme l’ont extirpe son jus à une citrouille, Nate avait récupéré le souvenir du fameux collier qu’ils avaient vu au cou de l’Homme. De Celui qui avait sûrement tué. A cet instant, j’avais encore de l’espoir. C’était fou, j’étais le dernier à y croire, mais mon esprit s’accrochait foutrement à cet espoir. Semblable à la restitution d’Audric, une illusion pâle et frissonnante était apparue ; une vision qui poignarda mon coeur. J’aurai aimé hurler, mais j’en avais perdu la force. Je ne pouvais que regarder. Regarder ce collier, qui était le sien. Une dent de Cornelongue Roumain. Que l’on ne trouve qu’en Roumanie.

Qu’ils avaient rit, tous les autres ! « Nous avons notre meurtrier ! » s’étaient-ils exclamés dans leur euphorie écoeurante. Après m’avoir poussé à leur avouer que je ne savais pas où il créchait mais que je connaissais son adresse fixe, il m’avait renvoyé comme un enfant. Où étaient-ils, à présent ? L’avaient-ils trouvés ? Croupissait-il déjà dans une vieille cellule d’Azkaban, attendant son destin ?

« Non, » pensais-je alors en ouvrant mes yeux sur le ciel gris de cette ville onie. « Ce n’est pas à eux de le retrouver. »

J’avais besoin de réponse. Mon Monde s’était écroulé, Charlie méritait de voir qu’il m’avait détruit. Et j’avais besoin de voir qu’Il était réellement ce meurtrier.

Je quittai mon appartement en titubant, sentant les affres de l'alcool nourrir mon désespoir. Ma conscience semblait s’éloigner de moi, comme si elle me permettait de ne pas réfléchir, de ne pas répondre à cette pensée qui me disait que ce que je faisais ne répondait pas à la Loi. Mais je me foutais de la loi. Alors je transplanai difficilement pour me retrouver face à ce café qui nous avait vu, tous les deux, lors de nos retrouvailles.

La tristesse me poignarda le cœur. Merlin, qu'était devenu Charlie ? C'est faux, les choses ne peuvent pas s'être ainsi déroulées ! Mais au coin de la rue, dans l'obscurité de la nuit, une présence me confirma que mon instinct ne s'était pas fourvoyé : Charlie voulait être retrouvé et tous les deux nous connaissions le seul endroit où cela pouvait se faire. Celui-là même où Charlie m'avait fait croire qu'il était l'homme que j'avais aimé.

Il s'approcha de moi d'une démarche nonchalante, un léger sourire déchirant les rides de ses joues. Sous l'emprise de l'alcool, il me paraissait plus grand que jamais, plus puissant. Plus resplendissant. Je m'avançai également et quelque chose en moi me rappela que je n'avais jamais su résister à son charisme. Et aujourd'hui moins encore : je voulais aller vers lui.

Je m’engouffrai dans la sombre ruelle sans le quitter du regard. Il avait cessé de venir vers moi. Il savait que c'était à moi de le confronter.

Son sourire ne le quittait pas. Il s'agrandit plus encore quand il parla :

« Et bien Petit, es-tu donc si pressé de me retrouver ? »

La haine, brûlante, irrigua soudainement mes veines et avant que je ne puisse réfléchir à ce que je voulais faire, je fonçai tête baissée pour diminuer cette distance insupportable qui nous séparait.

«  LA FERME ! », hurlai-je de toute la force de mes poumons.

Je ne pensais même pas à sortir ma baguette  Je me précipitai vers lui, ne supportant pas de le voir si à l’aise. Mon corps percuta violemment le sien, et nous nous effondrions tous deux contre le mur de pierre. Il ne fit rien pour se défendre lorsque je me saisis des pans de son manteau. Avec toute la force de ma colère, je le poussai brutalement contre le mur et serrai sa gorge entre mes doigts. Il me sourit moqueusement et me lança :

« T’en avais rêvé, n’est-ce pas Scorp’ ? »

« Ne m’appelez plus ainsi, enfoiré ! » lui crachai-je au visage.

Je voulais lui arracher sa sérénité. Mon visage se déformait en grimace de haine ; le coin de ma bouche se retroussait, répondant à un instinct aussi ancien que le monde. Il était si près de moi que je sentais sa chaleur. Mon corps entier était tendu, dans l’attente qu’un geste de sa part ne m’autorise à le frapper de toute mes forces.

« Me hais-tu ? » demanda-t-il lentement, laissant couler les mots sur sa langue.

Ses yeux bleus me vrillait le crâne. L’effroi de la situation dans laquelle je me trouvais me frappa soudainement. J’étais là, dans toute ma colère et ma tristesse, toute ma vie semblait s’être déroulé pour me mener à cet instant fatidique. Qui était cet homme, ce vieillard roux qui souriait sous mes coups ? Je ne le reconnaissais plus.

« Pourquoi ? » soufflai-je d’une voix rendue rauque par l’émotion.

Il sourit. De ce sourire que je voyais si joyeux auparavant mais qui me semblait aujourd’hui horriblement vide.

« Pourquoi suis-je ici ? » hargua-t-il, provocateur. « Pourquoi n’ai-je pas fui ? Précise tes questions, Scorpius, n’est-ce pas ce que je te disais ? »

« Espèce de… » Je pris une grande respiration. J’étais ici pour avoir des réponse. « Pourquoi … Pourquoi êtes-vous ici ? »

Il m’était difficile de m’exprimer alors que la seule chose que je souhaitais, c’était agir. Mes muscles étaient tétanisés sous l’effort, et je tremblais tant qu’il n’aurait pas été difficile à Charlie de s’extirper de ma poigne. Il n’y avait que l’adrénaline qui me permettait de tenir debout.

« Pourquoi, Petit ? Mais tu sais pourquoi. Je suis resté pour te voir, » me chuchota-t-il.

Je sentis son souffle glisser sur mon visage. Un souffle chaud qui m’amena une douce odeur pimenté, la même que j’avais apprécié la veille. Un haut-le-coeur me souleva l’estomac, mais je l’ignorais. Je raffermi ma poigne sur son cou chaud. Mes doigts se crispaient sur la gorge, s’enfonçant presque tendrement dans sa peau halé. Près de mon pouce, je sentais la faible pulsation de son poul vibrer à un rythme régulier. Etrangement, je m’accrochais à cette sensation. Charlie, gémit doucement sous ma force, mais il ne se débattait pas. Il me regardait, comme si j’étais le seul être qui existait. Ses yeux brillaient, mais pas de larmes. Ils brillaient autant que sa bouche souriait. Un éclair de haine me foudroya le coeur ; il n’avait pas le droit de sourire, il avait perdu ce droit. Je poussais un cri bestial en ramenant son corps vers moi. Pendant un instant, nous nous retrouvions l’un contre l’autre, sans support ; je sentais la chaleur de son corps, le sourire de Charlie grandit sous mes yeux effarés. Je plaquais avec force son corps contre le mur appréciant de voir ses yeux se fermer sous la douleur.

« Sais-tu à quel point c’était bon, Scop’ ? »

Pourquoi continuait-il de parler ? Je ne comprenais rien à ses mots. Ses yeux papillonnaient et se faisaient de plus en plus brumeux. Je desserrais légèrement mes doigts ; de mon autre main, je lâchais son manteau pour me saisir de ma baguette magique. Un frisson d’excitation me traversa lorsque je l’enfonçais dans le cou de l’autre homme. Il avait suivi de ses yeux mon entreprise et maintenant il gémissait en sentant ma magie crépiter sur sa peau. Je souris sinistrement.

« Sais-tu à quel point…, » il se stoppa, un sursaut l’ébranla soudain et il se répandit en tout grasse et étouffé. Je ne desserais pas mes mains pour autant. Lorsqu’il pu retrouver son souffle, les larmes aux coins des yeux, il dit : « à quel point j’ai pris du plaisir à… »

Qu’il se taise. Il devait se taire. Je me plaquais contre lui, lui envoyant mon genou dans le ventre. le coup le força à se plier en deux, mais je le plaquais contre le mur pour l’en empêcher. Mon regard d’acier l’avertissait de ne rien dire de plus. Pourtant il se laissa aller contre moi comme s’il était dans une étreinte et ricanna en crachotant.

« Le bonheur de serrer mes mains autour de son cou, de voir la vie s’échapper de ses yeux.. C’était comme si elle renaissait dans mon coeur. C’était tellement bon… »

« POURQUOI ? » j’hurlai soudain, m’abimant la voix dans ce cri désespéré. L’impression de vivre un cauchemar se faisait plus vive encore. J’étouffais. « Pourquoi l’avoir tué lui ? CE N'ÉTAIT QU’UN ENFANT ! »

Ne pouvant résister, je laissais mes larmes couler sur mes joues. Mon coeur semblait exploser dans ma poitrine tant il me faisait mal ; mais ma plus grande douleur provenait de ma tête, je ne comprenais pas comment cet homme que j’avais tant estimé avait pu devenir un tel montre.
Il vrilla ses yeux dans les miens ; il ne riait plus. Son regard s’était fait dur et impitoyable. Enfin, il ne jouait plus.

« Sais-tu ce que cela fait, Petit, » lâcha-t-il, « de sentir le lien avec ton familier s’éteindre brutalement ? Ce lien que tu partageais depuis plus de la moitié de ta vie ? Tu ne sais rien, ha ha, » croissa-t-il, « tu ne connais pas ma douleur. »

-- Flashback --


Charlie Weasley était un homme qui avait toujours vécu pour son coeur. A cet instant, lorsque l’oeuf de Cornelongue avait éclaté dans ses mains, il avait senti son corps se diviser en deux. Non, il ne se divisait pas. Il accueillait. De son plein grès, il avait offert la moitié de son âme à cette dragonne qui le regardait de ses grands yeux. Des années, des siècles, des ères étaient passés depuis, et Charlie n’était plus Charlie. Il était Charlie avec Tömör.

Quand elle avait été tué, il s’était effondré. Son âme s’était déchiré, on avait arraché la partie qui appartenait à Tömör pour le laisser à nu. Son âme flottait désormais dans un néant innommable. Il avait essayer de respirer. Il avait même tenté de vivre. Mais on ne peut vivre lorsque notre âme est lacérée. Alors il avait survécu.

Ce jour-là, la haine qui brûlait dans son coeur était si intense qu’il cru devenir fou. Peut-être le serait-il devenu s’il s’était battu. Mais il n’avait aucune envie de se battre. Il se plongea à corps perdu dans cette fureur qu’il ressentait ; pourquoi résister alors que sa seule envie était de se venger ?
La vie devint étrange après ce jour. Il souriait encore, il parlait et riait. Rien n’avait changé aux yeux des autres. Pourtant, si la façade montrait l’homme qu’il avait toujours été, à l’intérieur, tout avait disparu. Sa haine alimentait ses sourires joyeux, sa fureur motivait chacun de ses réveils. Une colère froide et sourde montait en lui, et il s’y adonait avec un plaisir qui ne lui avait jamais été donné de ressentir. Un contraste qu’il avait alors trouvé magnifique.  Sa dernière beauté.

Son plan avait pris forme. C’était facile, bien trop facile. Et la plus grande difficulté avait été de gérer sa propre impatience. Retrouver le couple, un jeu d’enfant qui ne dura pas plus de quelques semaines. Charlie avait de nombreux contacts. Lorsque ses yeux  s’étaient posés sur ces lettres, qui formaient le nom de Ceux qui l’avait tué, tout avait été plus clair.Hitward. Jeanne et Andrew Hitward. Le sourire carnassier qui avait déformé son visage était désormais le masque qu’il porterait jusqu’à la fin.
Un ultime voyage en France, lieu où Audric Hitward passerait ses dernières vacances. Il avait patiemment attendu. Maintenant qu’il avait une Voie, il n’avait plus besoin de crier son désespoir. Les choses iraient là où il voulait qu’elles aillent. Faire le choix de ne pas se cacher avait coulé de source. Après cette ultime quête, plus rien ne le ferait vibrer. Il acceptait de laisser son esprit lui être enlevé par le baiser des créatures noires qui avaleraient son âme. Il attendait ce moment avec une hâte presque dérangeante. Il voulait mourir.

Charlie Weasley s’était coupé du monde entier. Il avait feint un voyage de retraite. Il ne voulait voir personne, plus rien n’avait d’importance. Sauf ça. Et un jour, il l’avait vu. Cet enfant joyeux et réservé. Oh, sa dragonne l’aurait aimé cet enfant, et c’est cela qui était douloureux. L’amadouer avait été facile, le gosse l’avait pris pour un quelconque guide. Et toute sa haine avait explosé.
Un sortilège, que Charlie lui lança, brisa toutes les certitudes qui avaient un jour régit la vie d’Audric. Devant lui se tenait un monstre dans le corps de l’homme à qui il avait accordé sa confiance. Sa vie avait pris fin sur une note d’horreur que Charlie avait pris soin de fournir.

Des larmes avaient coulés sur les joues tannés du dragonologiste lorsque ses doigts s’étaient refermés sur le frêle cou blafard de l’enfant. Il avait regardé la mort prendre possession du petit être en revoyant le dernier souffle de sa Moitié. Il avait crié tant cela était douloureux. Mais ce n’était rien face au vide qu’il ressentait dans son coeur, face à la déchirure qui hantait son âme. Alors il avait tué en pensant à la désolation d’Andrew et Jeanne Hitward.

Une créature céleste avait été sacrifié, il punirait cela en répondant aux instincts primitifs de ceux qu’il aimait tant. Sans ne ressentir aucune émotion, il avait regardé le Pansedefer ukrainien planter ses crocs dans le corps sans vie d’Audric. Il avait vu le sang couler, et il avait partagé durant une seconde la joie bestiale de l’animal.

Il n’avait plus qu’à observer de ses propres yeux la chute dans les abîmes des parents désolés.
Il n’avait pas prévu le solitaire battement de coeur qui l’avait secoué lorsque son regard s’était posé sur Scorpius Malefoy. Tout avait été évincé de son esprit, Scorpius n’était qu’un écho de ce qu’il avait aimé. Pourtant, il avait décidé de profiter égoïstement de l’amour que lui portait l’autre. Il s’était noyé dans son regard d’acier, il s’était plongé dans la myriade d’émotions qu’il ne comprenait plus que ressentait l’autre. Et il s’était réjouit que Scorpius Malefoy soit celui qui le mènerait à la mort.

-- Flashback --

« Je la sentais quotidiennement dans mon coeur. Je savais qu’elle était à tel endroit et ce qu’elle ressentait. J’avais cette sensation que tu ne connaîtras jamais. Tu sais, c’est comme si mon coeur battait pour deux. Ou comme si j’avais deux coeurs au lieu d’un. Je n’ai jamais vécu pour moi, Scorpius, j’ai toujours vécu pour Nous deux. Il n’y avait que cela qui comptait pour moi. Elle était Tout. Et du jour au lendemain, c’est comme si j’avais cessé de battre. COMPRENDS-TU ? »

Il hurla si soudainement que je sursautais. Mais il ne me laissa pas le temps de répondre. Le visage rouge, suffoquant tant il tentait d’avaler les quelques filets d’air que je lui accordais, il parlait difficilement :

« J’avais cessé d’être. J’espère avec ardeur que leur peine  a été aussi forte que la mienne lorsqu’ils ont appris la mort de leur gamin. J’espère du plus profond de mon coeur qu’ils se sont effondrés comme je me suis écroulé devant le corps de Tö… son corps. Qu’ils ont senti leurs coeurs s’écrouler dans leur poitrine. Ces gens sont venu jusqu’à moi pour me prendre ce que j’avais le plus cher, alors je suis allé jusqu’à eux. Ca n’a pas été difficile tu sais. Croyaient-ils qu’un vulgaire changement d’identité allait me les cacher ? TOUT CA POUR DES FOUTUS ILLUSIONS ! »

Plongé dans l’écoute de son récit, j’avais sans le vouloir laissé faiblir l’étreinte de mes mains. Il se tordit dans tous les sens, pour évacuer sa colère ou m'échapper, je ne le savais pas. Son coude frappa brutalement mon nez et je gémit sous la douleur qui explosa dans ma conscience. Une voile d’obscurité s’installa devant mes yeux et je battai les bras afin de ne pas le laisser s’échapper. Il ne pouvait pas s’en aller, pas maintenant. Je mourrais s’il vivait plus longtemps ! La rage au coeur, j’empoignai son bras pour le jeter contre le mur. Alors que je pensais qu’il allait essayer à nouveau de m’échapper, il se laissa soudainement faire. Sans effort, je lui agrippai les cheveux d’une main et de l’autre j’appuyas sur son cou mis à nu avec le bout de ma baguette. « Ne bougez plus, enfoiré, » haletai-je avec difficulté.

Tout à coup, il se mit à rire. d’un rire gras et horrible. Des larmes coulaient sur ses joues, une goutte de sang s’échappa de sa bouche pour couler le long de son menton en rigole visqueuse. Je compris soudainement qu’il n’avait pas voulu me fuir. Il faisait ça pour que je le maîtrise avec plus de force. L’esprit embrumé, refusant de croire que je lui obéissais, je raffermis ma prise sur ses cheveux, tordant sa nuque dans un angle douloureux.

« Je savais que tu faisais du bon boulot, petit, » respira-t-il. « Ces merdeux n’ont pas aimé être doublés, oh non ils n’ont pas aimés. Comment des parents si avides et assoiffés de vengeance et de sang pouvaient-ils avoir un enfant aussi doux qu’Audric, Scorp’ ? »

« Tu ne le connaissais pas ! » lui assenais-je avec force en enfonçant ma baguette dans son cou.
« Oh si, » gémit-il, « Audric a passé une belle journée à mes côtés, il me souriait encore de ce pâle sourire enfantin lorsque je l’ai immobilisé. Si tu avais vu ses horribles yeux bleu et marron se remplirent de peur, te serais-tu précipité à son secour, Auror Malefoy ? »

Il chuchota cette question avec tant d’impertinence que je ne réagis pas. C’est ce qu’il souhaitait, il jouait. Ses yeux brillaient d’un éclat d’amusement que je trouvais abominable. Mon estomac protesta violemment lorsque je compris que l’homme que j’avais aimé n’était plus. J’avais envie de vomir ; je ressentais sans peine la tendresse qu’il avait eu pour l’enfant. Il ne l’avait pas haït. Sa fureur allait vers les parents d’Audric, mais il n’avait rien laissé se mettre sur le chemin de sa vengeance. Son but n’avait jamais été autre que tuer cet enfant.

« Sais-tu ce qui est le plus hilarant, Petit ? » me sourit-il.

Ses lèvres s’entrouvrirent légèrement pour laisser voir une rangée de dents blanches. Le filet de bave qui lui coulait sur le coin de la lèvre, se mélangeant au sang qu’il avait recraché, lui donné un visage plein d’animosité. Je doutais à cet instant qu’il est un jour ressenti autres sentiments que sa haine actuelle. J’aurais aimé le faire taire, mais sa voix m’hypnotisait à un point qui n’était pas permis. “Comme avant”, pensais-je avec desespoire.

« Ce qui est si marrant, » continua-t-il en fermant les yeux « c’est mon collier. Tu te souviens ? Ce ne sont pas mes tromperies dans le commerce, qui m’a détruit, non. C’est le foutu croc dont elle m’avait fait cadeau lorsque nous nous sommes liés. Ce présent inestimable, a été sa perte… »

Sans ne rien dire, un sentiment d’horreur dans le coeur, je regardais la peine s’écoulait de l’homme. Une part de moi, que j’essayais de toute mes forces d’étouffer, pleurait en songeant à la douleur qu’avait subit Charlie. Mais une autre part rejetait chacun de ses mots pour ne voir que l’assassinat qu’il avait commis envers un être innocent. Et cette part-là était bien plus forte que la précédente. La mauvaise foi suintait dans sa voix. Il était le seul responsable de son malheur.

« J’en ai rien à faire, » dis-je d’une voix rauque. « J’en ai rien à faire. Rien ne vous excusera jamais de ce que vous avez  fait. »

« Je veux pas être excusé, » dit-il, et je sus qu’il ne mentait pas. « Lorsque j’ai trouvé Audric dans cette rue, j’ai su que j’allais enfin pouvoir aller en paix.. »

Il déglutit difficilement, et je suivais sans réellement la voir la boule qui déforma un instant durant sa gorge. Étrangement, je ne parvenais pas à me bouger pour arrêter son flot de parole. Comme un plaisir sordide, j’écoutais tout ce qu’il me disait avec l’ardeur d’un homme qui savait ne plus jamais entendre cette voix qui le berçait.

« Je me suis approché lentement de lui. Il me regardait comme si je l’avais trahis, ha ha. Je lui ai dis que c’était ses parents qui étaient responsables. Il était si petit entre mes doigts. C’était facile de l’étouffer, mais j’ai fait durer le plaisir. Ses yeux se sont lentement assombris, voir la vie quitter un corps est majestueux. »

Un silence sans fin  nous prit dans son étreinte. Le poids de ma tristesse et de mon dégoût était si grand que je n'arrivait pas à m’exprimer. Que dire ? Que faire ? Les phrases se mélangeaient dans ma tête, fusant les unes après les autres, se ressemblant toutes et n’ayant aucune signification.
Il fermait les yeux, détendant son visage comme s’il ne se trouvait plus ici.

« Vas-y, » haleta-t-il soudainement « fais-le. »

Sans comprendre, je le vis mettre à l’épreuve ma force pour s’empaler sur ma baguette. Cette dernière crépita légèrement, et les étincelles qui touchaient sa peau halée laissaient des traces rougeâtres de brûlure. La compréhension ne parvenait pas à dépasser la brume de mon esprit. Faisant fi de la douleur, le roux s’appuyait de plus en plus fort contre le bout de ma baguette ; ses yeux fous ne me quittaient pas, ma respiration déjà laborieuse se fit plus difficile encore. Sa bouche, à quelques centimètres de la mienne, me chuchotait des phrases fiévreuses :

« Tues-moi, Scorpius. C’est ce que tu veux n’est-ce pas ? » Il éclata soudainement d’un rire étranglé. « J’aimerai la mort autant que j’ai aimé la vie. Je te le promets. Je te le promets… »

Ses yeux bleus océan, voilés par sa folie, se firent plus insistant encore.Tiraillé par des sentiments que je croyais enfouis pour toujours, je restais pétrifié contre lui. Ma haine, toujours ardente, brûlait encore dans mon coeur, tétanisant mes muscles, réchauffant ma colère. Soudainement, l’image de son visage ruisselant de larmes fut remplacé par celui d’Audric. Cet enfant pâle comme la mort qu’il cotoyait à présent.

Je criais.
Aveuglé par ma colère, je faillis ne pas voir le regard triste qu’il me lança. Il voulait mourir n’est-ce pas ? La mort le soulagerait, il n’était qu’un monstre que j’aurais préféré ne jamais connaître. Je me mentais à moi-même. Je n’avais jamais autant aimé une autre personne que lui. Pinçant mes lèvres pour empêcher la bile qui remontait dans ma gorge de sortir, je pointai mon arme entre ses yeux deux. Je le haïssais.

- Fin -

Je ferme les yeux. La toile Carmin les hante. Ciel, qu’elle les Hante.