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 FanFic  Souris.


|       ____        I               ____|

[NOUS POUVONS DONC EN CONCLURE QUE TU ES UNE MAGNIFIQUE MUSE]

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La texture de la terre est aussi multiple qu'unique. Reconnaissable les yeux fermés, laissant le seul touché éveillé, c'est une sensation inexplicable. Paraissant au-delà des mots, ancrée avant le langage, innée dans mon sang, gravée sur mon empreinte unique. Elle me portait, cette porteuse originelle. Je ne savais pas pourquoi, je ne savais pas comment, mais elle le faisait. Et moi, j'attendais. Parfois, je donnais des coups sur cette terre en me demandant si elle avait mal ; puis je m'arrêtais subitement, honteux. Son silence ne traduisait pas une insensibilité, j'en étais sûr. Oui. Son silence était pire que des hurlements de douleur. Bien plus sinistre et funeste, il m'évoquait la mort, la fin. L'abandon, le rejet. Alors je me mettais à la caresser tendrement, promettant de ne jamais recommencer. Je la touchais et m'émerveillais de ce contact ; parce que je savais que la terre était éternelle. Même si elle me sera retirée, même si je ne pourrai plus l'effleurer, je n'aurai plus qu'à fermer les yeux et la toucher, ressentir ses aspérités honteuses, ses courbes duveteuses, ses gémissements mielleuses. La terre est en moi, et je pensais qu'elle allait y rester seule, pour toujours. Je n'étais ni bien, ni mal à ses côtés. J'étais simplement là, simplement. Me laissant porter. Pourtant, la terre m'avait remué violemment et m'avait intimé de partir, de suite. Elle m'avait rejetée, et par amour profond, j'ai accepté silencieusement, douloureusement. J'avais compris ce qu'elle pouvait ressentir lorsque je lui donnais des coups. Alors, j'ai gardé le silence et m'en suis allé. J'acceptais tout ce qui venait de ma terre, notre lien sera à jamais réel. Et je n'oublierai pas.
C'est ce que j'ai dit avant de partir. Comme au premier jour où j'avais caressé ma terre en lui demandant comment j'avais atterri là et pourquoi elle. Ma terre m'avait répondu qu'elle n'était qu'une étape avant la Découverte, mais que je n'étais pas prêt. Et elle m'avait fait promettre de ne jamais oublier de partir, un jour. Pour retrouver mon Origine. J'ai attendu avec ma terre, et je n'ai pas oublié. Alors je me suis levé, et maintenant, je m'en vais.

Plume errante, rôdant au gré du rien. J'avançais. En tout cas, j'espérais avancer. Je n'avais jamais marché, je ne savais pas vraiment ce que signifiait le mot se « déplacer ». Il est délicat à comprendre. Me déplacer par rapport à quoi ? Ma terre ? Et si je tournais sur place et revenais vers elle, m'étais-je déplacé ? Se déplacer. Je n'avais aucune idée de ce que cela voulait dire, j'avais simplement appris ce mot et je le réutilisais, à défaut de pouvoir le comprendre réellement. Me donnant une certaine consistance à tenter de maîtriser l'indomptable : Les Mots. Mots… Mots. Pour décrire des mots, il faut d'autres mots. La force des mots n'est que son propre cercle nourricier. La puissance qui se dégage d'eux n'est que le reflet de mon imaginaire. Les mots sont forts à force de mots. Mais je ne vois pas. Où est mon reflet, alors ? SEIGNEUR, où est-il ?! Rendez-moi mon reflet. Je veux mon reflet. Je veux comprendre le mot « déplacer ». Je le désire atrocement.

Je n'étais pas perdu. Pour cela, il fallait que je sois mû d'une destination ; je n'en avais pas. Terre m'avait laissé, sens m'avait quitté, profondeur m'avait nargué. Et je ressentais une grande lassitude, comme si je n'avais plus lieu d'être, plus de raison d'exister. J'avançais, mais je ne savais toujours pas si je me déplaçais. J'appelais, mais je ne savais jamais si on m'entendait. J'étais seul. Même cette lumière crépitante me laissait indifférent. Je ne savais plus depuis combien de temps j'étais immobile. Le « temps ». Encore un mot que je ne comprenais pas vraiment. Je ne pouvais pas y réfléchir plus profondément à cause de cette lumière parasite. Je tentais. ÉCLAIR. Je tentais, je tentais. ÉCLAIR. Coupure. Toutes mes tentatives finissaient brisés sous le poids de cette lueur jaunâtre étrange. Elle s'allumait d'un coup, sans transition pour disparaître aussi soudainement. Vacillante, oscillante, dès qu'elle s'éteignait, elle avalait mes idées aussi sûrement que la noirceur emmitouflait mon corps. Lumière. Happer. Lumière. Expirer. Je levais la tête, observant cette dissonante danse de ma conscience. Un lampadaire. Haut, imposant, fin. L'aiguille recourbée de l'espace, pointant son dard sur mon crâne. Sans même réfléchir, j'envoyais un violent coup dans la base de cette entité diabolique ; provoquant, en plus du vacillement de la lumière, l'oscillation du dard lumineux. Je le quittais facilement du regard, il ne m'apportait rien. Tout ce que je ressentais se résumait à de l'insouciance ; même mon coup me paraissait étranger, distinct de ma propre enveloppe charnelle. « Charnel ». Encore un mot compliqué.
Mon regard se porta sur mon bras. Longeant ses longues traces parfois tordues, parfois droites et parfois se recourbant sur elles-mêmes. Mon corps était plein de cicatrices. C'était une chose que je savais, mais le voir et m'en rendre compte était différent. Si réel. Prendre conscience que je n'avais plus la moindre parcelle de place sur la totalité de mon corps était perturbant. Je n'avais plus de peau saine, pure, elle était entièrement marquée, déformée et aucune de mes blessures n'étaient profonde, toutes superficielles à en vomir. J'étais un être superficiel. Pour la première fois, une larme perla à l'orée de mon existence. Une larme qui m'a été arrachée sauvagement comme un enfant à sa mère. Je ne voulais pas souffrir de ce constat, mais c'était le cas. Une seule larme creusa le sillon originel sur mon visage balafré, indépendante à ma volonté, elle déchira la surface d'une mes cicatrices pour s'engouffrer à l'intérieur, ma première trace de profondeur. C'est à ce moment-là que je sentis un souffle glaçant me pénétrer. Je n'osais plus bouger, raidi, le corps contracté à l'extrême, j'attendais ; déstabilisé. Le Souffle se baladait sur mon cou, caressant les renflements de mes cicatrices, pour finalement remonter vers mon oreille. Le sifflement d'un murmure traversa ma conscience pour créer un déchainement, mon cœur se mit à pulser brutalement, relevant mon esprit par à-coups. M'obligeant à me concentrer malgré la lumière crépitante. Des éclairs partaient de mon oreille en claquant dans tout mon corps. Un Monde se révélait en moi et je n'y comprenais rien. « Monde », sûrement le mot le plus compliqué de tous ! Puis tout s'arrêta, cruellement. Je ne m'étais pas rendu compte de ma chute, j'étais par terre, à quatre pattes, haletant, le corps grouillant d'échos ravissants.

La lumière était devenue plus forte, et n'oscillait plus. Révélant encore plus mes cicatrices ; que j'observais, le souffle saccadé. Je n'avais plus de place pour d'autres blessures, et je n'en avais pas eu assez. J'étais loin d'être détruit, j'étais loin d'être calmé, encore plus loin d'être conquis et bien plus loin d'être rassasié. Cette position au sol me prouvait que je ne connaissais rien, pourtant j'avais beaucoup vécu. Toutes mes cicatrices avaient, un jour, été des blessures ouvertes. Lueur d'Éclat. Oui, je m'en rappelais maintenant. J'étais né dans un carcan de barbelés. J'étais dans ce carcan. Je ne m'étais jamais déplacé, et mes cicatrices n'étaient que mes tentatives ridicules de me libérer en gigotant. Toutes superficielles, toutes inutiles ; mais je ne pouvais m'empêcher d'être fier d'elles. Elles m'avaient emmené jusqu'ici, et ici, c'était l'endroit où je devais être. Mon corps meurtri en surface était beau à voir, tout en étant dégoutant. Je préférais cela au corps immaculé, qui, avant d'inspirer la beauté et la pureté, m'inspirait le dégoût ; les corps sans cicatrices ne dégagent rien, je n'en ai jamais vu puisque je sais qu'ils n'appellent rien. Des beautés chimériques contentées par elles-mêmes, dégoulinantes de leur propre croyance à être les plus pures. Comment prétendre rayonner de pureté sans comprendre la saleté ? Alors, moi, je préférais être sale, gonflé de traces noires, rouges, roses. Je préférais subir cette souffrance pendant longtemps puisque je savais que je ne faisais pas tout cela pour rien. Depuis tout ce temps, je n'avais pas compris, pourtant, je commençais à Voir.

La présence revint, m'enveloppant entièrement cette fois-ci. Elle était Tout. Mes cicatrices commencèrent à frétiller avec passion, communiquant par des liens invisibles entre elles, formant un large système apaisant, m'obligeant à fermer les yeux de plaisir. Je me laissai bercer dans ses bras, dans sa langueur exquise. C'était donc cela, la « langueur ». Exquise. Une chaleur soudaine me frappa, sans pour autant être agressive ou intrusive. Elle était là, simplement, comme si elle avait toujours été là. Je devais regarder. Ouvrant brusquement les yeux, je parcourus d'un seul regard tout mon entourage. J'étais seul physiquement, pourtant la Langueur était là. Je ne voulais plus bouger, rester ici pour l'éternité à ressentir cette somptuosité. Je me sentais détaché. Des tâches de noirceur prenaient place dans mon regard, avalant quelques pans de Lumière. Je ne savais pas qui j'étais, ni ce que je faisais là, mais j'étais vraiment bien.

Je ne détournais pas le regard. Et c'était étrange ; il y a un instant, la noirceur était en train de tout avaler, à présent il y avait Ça. Pas de transition, pas de progression. J'avais la tête braquée, vers le haut. Un ciel noir d'une obscurité profonde éventré par un cercle de lumière flamboyant. Je sentais que la lumière de mon lampadaire était morte, il ne restait plus que Ça. Ce Feu Originel qui venait d'effacer mon être pour mieux me concentrer à l'observer. Il était Transcendant, Sublime, Exaltant. Et je laissais ce Feu calciner chaque image gravée dans ma rétine, chaque filament de mon iris, chaque noirceur de ma pupille.
Dernière modification par Charlie Rengan le 8 janvier 2018, 4 h 46, modifié 1 fois.

*Suffoque*. Tu... Tu quoi ?
« Je [...] » *Murmure de l'Âme ; Tétanie de Manitou*
*Mes lèvres tremblent, mes yeux se suicident, mes joues se cascadent, mon cœur se Noire*

 FanFic  Souris.

|_____________ II _______________|


[ET IL S’AGIT DE CAVALER]


Le Sillon et la Distance. Si chaque éclats de la sombre surface du ciel n’était qu’un vide, leur reflets ne seraient que des images du Rien. Je l’avais toujours cru ; on ne m’avait jamais dit le contraire. Qui l’aurait pu ? Il n’y avait que la quête, la recherche, cet appel putride qui secouait mes sens et les éparpillait en une masse éparse. C’était comme une nage profonde dans les eaux du Ciel, et à défaut de faire face à ma propre noyade, je devais affronter ces vides et ces trous perdus. Qui s’occupait d’eux ? Je ne souhaitais pas le faire, j’étais moi même si remplie qu’ajouter un peu de vide ne ferait que me me perdre dans mon importance. L’importance, était-ce important ? Mon corps dansant sous la voûte céleste aurait aimé crier sa réponse, mais l’Impossible me cloisonnait dans ma propre existence. Je ne pouvais m’échapper de moi même, tout comme je ne pouvais répondre à l’appel de ces milliers de vide qui me regardait de leur face pâle et translucide ; ils étaient tout ce que je ne serais jamais.

C’était une danse sempiternelle, une étreinte passionnée avec le vent ; il jouait avec mes cheveux tout comme je jouais avec ses filaments filasses et mordants. Une fuite, un recul, une recherche. Où aller ? Que chercher ? Que fuir ? Mon âme était si étriqué, et l’appel de la noirceur si profond. Je n’avais jamais pu répondre ni appeler, alors qu’était ce tiraillement, si ce n’est le fracas éternel de mon propre être ? Ce n’était rien d’autre que moi, puisque rien ne pouvait m’atteindre, m’entendre, me voir, me penser, me ressentir. Si je n’étais qu’enveloppe, je ne me ressentais pas. Mais c’est ce qui devait être, n’est-ce pas ? Je n’étais qu’une surface vierge, affreusement blanchâtre, qui ne demandait qu’à être inscrite ; mais rien ne saurait se graver. Peut-être était-ce cela l’appel, le besoin : cette envie charnelle d’être gravée, touchée, marquée. Y avait-il seulement une chose qui le pourrait ? C’était une danse sans fin, celle de la recherche d’un éclat, d’une lumière assez forte pour traverser le nacre de mon regard. Un sourire ignoble se dessina sur mes traits, il étirait douloureusement ma peau, sans toutefois la craqueler ; rien ne Saurait.

C’est ainsi que je l’ai aperçu. L'Ignominie, l’Horreur, peut-être même la peur ; ruisselant dans une cascade de fausse lumière, d’éclat fadasse de ce monde qui réveillait ma honte ; mais j’avais ce sentiment puissant, cette Exaltation qui me disait que c’était le fer dont j’avais besoin pour marquer mon être. Et toujours ce trou béant qui traversait mon visage ; qui aurait pu m’entendre, si ce n’est mes propres doigts qui tentaient sans résultats de marquer ma paume lisse de toutes aspérités ? L’errance d’un corps si léger, le mien, qu’il en devenait Plume, et ces longs filaments, ces morceaux épars d’Univers qui flottait près d’elle, la ramenait vers un sol auquelle elle ne saurait croire.
Mais il n’y avait qu’une seule lumière qui avait pu atteindre ma noirceur et mon vide, cet éclat des millions de trous du Ciel ; elle brûlait devant moi, et mon corps suivait cette force sans même penser à s’en détourner. C’était un appel de la brute, qui rencontrait l’éclat de la légèreté. Etait-ce moi qui me sentait légère ? Je ne m’étais jamais senti légère ; pourtant, sous Céleste, j’avais peur de ne savoir ralentir l’écoulement de mon propre être, élevé par ce terrible

La terre se rappela soudainement à moi ; brutale, douloureuse, froide. La toile de Profondeur avait quitté mon regard, qui à présent scrutait ce qui semblait être le gouffre sans Vide de ce cher réceptable de mon enveloppe charnelle. Le sol. Inconnu et douloureux ; pourtant si familier et doucereux. Je ne voulais pas, rien de tout cela, je n’étais pas destiné à fouler ce sol, je devais m’élever pour que l’on me Voit. Les larmes emplirent mes yeux de nacre, était-ce seulement les miens ? Peu importe, des yeux pleuraient, et je sentais la brûlure de l’acide larmoyante comme si elle coulait de mon propre regard ; ici ou là-bas ce n’était pas important.
L’effroi. J’avais atterri dans une contrée qui me permettait de ressentir mon propre corps. Je me sentais couler, couler, tomber dans des crevasses aussi grandes que l’avait été mon sourire déformé. Et je voulais m’échapper, mais une pointe d'excitation me toucha alors l’ me ; c’était bon, aussi bon que de renaître. La Renaissance d’un corps avec la conscience du Monde. Je pouvais me laisser aller, car j’avais trouvé la contrée où aller. Oui, c’était bon ; un voyage rien qu’une fois. Une descente, pour toujours. Les Vides qui m’appelaient, ces étoiles béantes n’étaient plus, ne restait plus que cet être qui m’enchainait à lui. Je voulais hurler ; j’hurlais. Et mon cri bestial se transforma en un appel toujours plus langoureux. Était-ce cela que d’appeler ? Était-ce cela que d’être entendu ? Sentir se faire happer par le froid, donner sa chaleur pour consumer les attentes d’un autre ; donner ma chaleur pour remplir ces crevasses si profondes. Une peur au fond de moi me chuchota que je n’aurai pas assez pour Remplir, que je n’étais pas assez ; mais ma danse voulait croire alors la peur n’eu pas la force de chuchoter plus haut. Lorsque l’on repense à cette danse au fin fond de nos êtres, nous pensont que nous aurions dû écouter nos chuchotements intérieurs; mais à cet instant où la chaleur passe de ton être à un autre, tu ne peux croire autre chose, voir différemment que ce que la contrée te donne à voir. A cet instant, juste celui-ci.

Et je levais la tête, apercevant l’Ignoble atteindre mon Céleste du regard ; tout ce temps, ce n’était mon voyage sur sa peau abimée, sur cet abîme de répugnance. Qui m’avait rameuté sur son sol inégal et si plein. Une lumière, forte et terrible, pourquoi la voyais-je ? Pourquoi maintenant alors que jamais je n’avais pu apercevoir ? Et je voulais y retourner, me plonger dans l’une de ses crevasses pour écouter son corps éclater de mille feux, pour entendre craquer son être, et sursauter son sang. J’avais entendu, et c’était autre chose que mon être. Pour une fois. Et mes yeux écarquillés de nacre reflétaient un éclat qui n’était pas le mien.

Éclabousse ; le Goudron de tes Souffrances se dilue dans ma Profondeur.

 FanFic  Souris.


|_____________III_____________|

[POURTANT JE NE LA TROUVE PAS ROYALE, MAIS PLUTÔT RAMPANTE]



Le Calcinant me tenait le visage. Les yeux écarquillés, je sentais mon iris se décoller en morceaux, produisant des craquements sinistres dans ma Langueur. Regarder Ça. Le regarder, uniquement, Ça. Des rainures découpaient ma vision, mais je devais Regarder. Je devais avaler cette chaleur, je devais toucher cette douleur. Je sentais ma peau s’étirer pour se planter dans la chair molle de la Terre. Je m’enracinais et mon corps maigrissait. Si je devais jouer avec la mort pour rester là, je n’aurais pas peur de la tromper. La « mort ». Si brute, si impalpable. Elle aussi mourait ; aussi sûrement que Ça me tuait, la mort se suicidait. Et m’emmenai avec elle. Je mourrais ?!

Une masse sombre s’abattit sur ma vision. Elle était si lourde que j’eus un mouvement de recul. Un seul pas en arrière, un unique pas. Je ne voyais plus rien. La Noirceur était Là. Je pouvais entendre ma conscience se démanteler, avec langueur, cette même Langueur qui ne me quittait pas. Pourtant, quelque chose avait changé. Une goutte coula à l’intérieur de ma tête et lorsqu’elle s’écrasa au sol, je sentis son contact froid contre mes yeux clos. La masse. La Noirceur ! J’avais cligné des yeux, je m’étais fait agresser par mes propres paupières. Par moi-même.
Impossible. C’était faux. Non ! C’était faux ! Je ne pouvais pas me faire attaquer par moi-même ! Je ne voyais plus rien. Je tournais la tête dans tous les sens, impossible de dire si j’étais dans la Noirceur ou si j’étais la Noirceur. Aveugle, oui ! J’étais aveugle dans tous les cas. Je ne respirais plus ; frappant l’air d’un grognement, je pris une inspiration si intense que je sentis les particules de vie me taillader l’Intérieur. Elles se bousculaient dans mon corps restreint, devenaient aussi tranchantes que dévastatrices. Mon envie de hurler était si forte. Si forte. J’ouvris ma bouche. Je ne sentais plus mes lèvres. Il n’y avait que cette Douleur. Hurler. Cet aveuglement. Seigneur.

L’éclat de ma voix explosa. Dans le silence brisé de mon être, je m’entendis hurler sans fin. Aucune réverbération, chaque Instant passé était Unique, avait sa propre texture, sa propre mélodie, sa propre toile. J’avais les yeux fermés, mais je voyais Tant. Je ne voulais plus m’arrêter, c’était si bien. C’était si bon. Dans cet étirement de ma propre volonté, des champs dansaient, des chevaux cavalaient, des émeraudes reflétaient, des corbeaux volaient. Une douleur m’arracha un gémissement incrédule. Je ressentais comme du plomb me carbonisant les joues en de longs sillons. J’avais mal, mais je continuais à hurler ; la douleur catalysant mon désir profond. Je n’avais plus d’iris, je voyais avec ma seule pupille. Et je voyais Tout. Je sentais Tout. La douleur était si atroce que mon hurlement se transforma en rugissement, lourd, sombre, avec cette note si aiguë qu’elle en devenait grave, caractéristique des grands oiseaux. Une pression effroyable m’enveloppa le corps. Je sentis mes lèvres s’embraser, tout comme mes poumons. J’Implosais. Mon corps s’écroula par terre, et tout s’écroula avec moi.

Le sol. La terre. Le sol. Oh, la terre ! Je sentais mon propre poids m’écraser. Peut-être étais-je en train de m’écrouler contre moi-même. Je me sentais si bien, mais tout était redevenu Noir. Je tentais d’ouvrir les yeux, c’était deux portails tenaillés par des barbelés. Je poussais un gémissement craintif malgré moi. J’entrouvris les portails. Non. C’était un seul Portail. Unique. Et je Vis, c’était flou, mais je vis les centaines, non, les milliards d’étoiles qui dansaient avec flegme. J’étais certain de pouvoir les attraper si j’arrivais à tendre la main assez loin. Je tentais de lever le fardeau qui me servait de bras, si lourd, si lourd. Seigneur ! Un éclat de douleur m’obligea à fermer le Portail. Une fraction de seconde durant. Une fraction qui, avant même que je rabatte le Portail, m’avait chuchoté qu’elle n’était pas un Instant.
Quand je rouvris les yeux, mon regard se posa sur la dureté de la Terre. Sa qualité robuste et impénétrable. En me craquant le corps, je relevai la tête et j’aperçus la lueur vacillante, jaunie, orangée comme de la pourriture, de ce maudit lampadaire. Celui qui ne m’inspirait Rien. Pourtant, je voyais à nouveau parfaitement bien. Et surtout, je voyais ce que je n’avais pas envie de Voir. Voir le Rien, porteur du Vide porté par le Rien. Mes doigts s’enfoncèrent douloureusement dans la terre, assez pour me brouiller l’esprit de lancinations aiguës. J’étais revenu dans cet endroit. Là où j’avais passé tant de temps. Un temps qui s’était écroulé en moi à une vitesse folle, parce que je n’avais rien vécu jusque-là. Toutes mes blessures étaient des gouffres, et je me rendais compte qu’elles écumaient de Langueur. Certes. J’étais persuadé à présent. Je n’avais rien vécu, jusqu’à cet Instant qui venait de s’enfuir.
Toutes ces blessures infligées de l’extérieur. La Terre, les Barbelés, le Monde. Tout venait toujours de l’Extérieur. L’Extérieur. Depuis tout ce temps, j’avais subi la souffrance extérieure. Et je compris la différence profonde entre « touché » et « marqué ». Moi, je n’avais jamais été touché, seulement marqué. Marqué tant de fois par l’Extérieur, meurtri par Ses pensées aussi Destructrices qu’Inutiles. J’avais toujours été simplement Là, à subir la froideur de cette lumière chaude. À Voir ce que le Lampadaire m’autorisait. Et, Diantre, que je le Voyais bien.
J’entendais mes doigts se casser sous la pression exercée par ma rage. Je n’étais qu’un ramassis marqué par l’inconscience environnante. Exécrable. Putride. Qui m’avait rendu si Sale.

Mon cœur pulsait horriblement, il était Touché. Pour la première fois. Il s’était pris un Éclat tranchant de travers. Mon souffle était normal, mais j’étouffais. J’avais profondément mal. C’était le Portail. Une douleur Intérieure, une douleur venant de Moi. Et elle était effrayante.
Je me rendais compte que j’étais aussi Marqué. Jamais je ne pourrai Oublier mon Hurlement. Ma Voix qui me paraissait si étrangère alors qu’elle venait de moi-même. Marqué par le Touché, et songer à l’Oubli était presque insultant. Plus que Marqué, j’étais Gravé. Pendant un Instant, j’ai cru Renaître Différent. Maintenant, je savais que j’étais simplement Différent au vu de ma Naissance. Une pensée me chuchota la Berceuse de la Terre et la douleur dans mes doigts cessa subitement. Poussant sur mes jambes, je me redressais pour observer mes mains. Infectées. Dégoutantes. Mais pas Cassées. Mon intérêt avait déjà chuté, et je me surpris à observer le lampadaire de sa froideur maussade.
Je n’avais plus envie de hurler, alors que je le voulais férocement. Je voulais revoir ces Champs Infinis, cette Blancheur Aveuglante, ce Monde Impalpable. Pourtant, mon regard persistait à détailler les formes honteuses de ce lampadaire nu. Je lui ressemblais, finalement. Avec mes cicatrices ignobles. Peut-être était-ce pour cela que j’étais Revenu à Lui.
Explosion. Je perdis violemment l’équilibre. Rien n’était à portée pour me tenir. Si ! Le Lampadaire ! Mais je n’irais pas me tenir à ce truc ! Il était trop dégoûtant ! La terre tremblait brutalement, en à-coups sourds. Sourd. Ils étaient si sourds ! Et le silence, si Lourd. Avec la force de mes jambes, je réussis à garder un équilibre précaire. Mon corps encaissait les coups en frémissant sauvagement. Aucun gémissement ne traversa mes lèvres closes. Ma respiration persistait à rester normale, je ne me fatiguais pas, mais mon étouffement était en train de me vider.

Silence Brusque. Les pieds enfoncés par terre, je regardais autour de moi, incrédule. Le tremblement, les à-coups, la violence, tout s’était arrêté net. Je me tenais Là, à la lueur vacillante de cette lumière pourrie, les yeux écarquillés, le regard fixe en face. Loin, là-bas, dans le Noir, une aura se mouvait. C’était impossible pour moi de dire si elle dansait, naissait, courait ou mourait. Elle se mouvait simplement. Avant que je me concentre encore plus, des éclats brillants me brouillèrent la vision. D’un geste féroce, je refermais la main sur ces trucs qui m’aveuglaient. Instinctivement, je faillis les lâcher tant ils étaient froids. Ils venaient de tomber du ciel. Baissant mon regard, je rouvris ma main. C’était de la poussière froide, de la poussière d’étoile. Des flocons de l’espace. Je refermais ma main sur ce présent étrange et je fis voyager mon regard vers le Haut.
Une chaleur me foudroya sur place, avalant mon corps par pans entiers, goûtus. De l’Extérieur, rien ne se voyait. De l’Intérieur, rien ne Voyait. Mes Iris s’arrachaient. Ce truc m’aveuglait. D’une Blancheur Blessante, je contemplais une Lande regroupée en une Seule Forme. Si petite, si puissante qu’un feu incendiait mes pupilles. Je ne pouvais m’empêcher de penser que le blanc est extrêmement salissant. Le charbon de mon crâne frappait le plomb de mes joues. Il frappait, frappait. Et moi, je Contemplais. Je serrais de toutes mes forces la poussière tenaillée dans ma main. Je voulais la Réchauffer sans fin. C’était ce Truc qui me les avait envoyés. C’était cette Étoile. C’était Elle. Je sentais mon corps se consumer. Je ressentais Son regard me calciner. Mes blessures hurlaient, mais moi, je me taisais. Rien ne saurait gâcher cet Instant. Cette Vie Infinie. Je sentais mes organes fondre encore plus fort lorsque je remarquais qu’Elle s’éloignait. Elle s’en allait. Le Ciel la tirait. Je serrais encore plus fort les flocons dans ma main. Je voulais les faire brûler de ma chaleur. Les transformer en grains de sable.
Non. C’était Moi. Elle ne s’en allait pas. C’était ma Terre qui s’affaissait, m’emmenant dans sa chute. Je tombais avec cette maudite terre, lentement, silencieusement. Je ne voulais pas. J’aurais aimé sauter, mais je brûlais atrocement. J’étais Touché, Touché, si Touché. Et Elle était Sublime.
Dans ce Silence, je ne hurlais pas, je ne détruisais pas, je ne pleurais pas. C’était bien pire dans mon Palpitant. Je me tenais Là, simplement Là, et je Contemplais, Elle. Si Elle devait me tuer dans Son feu, qu’Elle le fasse. Pour que je puisse Renaître dans son Ciel. Je n’en pouvais plus de Brûler.

Brûlé. Immobile. Volupté. Touché. Embourbé dans le silence du Temps, je me fis ma première promesse : avec cette poussière carbonisée sur la lande de ma peau, je construirai une Constellation.

*Suffoque*. Tu... Tu quoi ?
« Je [...] » *Murmure de l'Âme ; Tétanie de Manitou*
*Mes lèvres tremblent, mes yeux se suicident, mes joues se cascadent, mon cœur se Noire*