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 LIVRE  - De la Maîtrise de la Magie

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DE LA MAÎTRISE DE LA MAGIE
Par-delà le bien et le mal

Rosy Newtlike
ÉDITIONS OBSCURUS BOOKS

Matières concernées : Défense contre les Forces du Mal, Histoire de la Magie
Mots-clés : Magie, magie blanche, magie noire, Vaudou, Gong Tau




PRÉFACE

Cet ouvrage n’aura pas pour but de faire l’apologie d’une idée. J’ai parfaitement conscience que ces écrits, mal interprétés, pourront être dangereux. Je prierai donc mes lecteurs de ne pas mésinterpréter mes propos : je n’aspire en rien à faire adhérer quiconque à une idée, et mon but s’arrête à la recherche, à la remise en question de certaines idées reçues concernant la magie en général.



Qu’est-ce que la magie ?

    Pour certains chercheurs sorciers, la magie est représentée par un liquide plus ou moins important qui se mêlerait au sang. C’est d’ailleurs en partie pour cette raison que certains qualificatifs tels que « sang-mêlé » sont nés dans le langage courant. Moins concrètement, la magie serait considérée comme une énergie neutre faisant partie intégrante de ceux qui la possèdent. Cette énergie est utilisée par les sorciers et généralement canalisée à l’aide d’un instrument en particulier. Dans de nombreuses cultures, cet instrument est la baguette magique. Cependant, certaines civilisations privilégient d’autres objets afin de canaliser leur magie : bâtons, épées, bijoux, simples bibelots… Sans objet pour canaliser la magie, celle-ci peut devenir particulièrement dangereuse pour celui qui l’utilise. Lorsqu’il y a conscience de la magie qui nous habite, tenter d’utiliser cette magie sans instrument peut mener à une explosion de magie à travers le corps et l’abîmer, voire le détruire de l’intérieur. Nous excluons ici l’exemple des enfants découvrant leurs pouvoirs, qui ne possèdent pas encore d’objet canalisateur : leur magie est encore assez faiblement marquée et ne peut être si puissante qu’elle pourrait être dévastatrice pour l’utilisateur. Néanmoins, certaines écoles obscures existent afin d’enseigner la magie sans instrument. Dans ces cas-là, non seulement l’apprentissage est extrêmement plus complexe, mais il peut aussi s’avérer dangereux pour le corps, alors utilisé comme seul canalisateur d’énergie magique. Ces écoles ne sont pas reconnues officiellement, car se situant franchement à la limite de ce qui est autorisé tacitement par toute la communauté des sorciers.
    Par ailleurs, la magie est une substance active qui doit être nourrie. Si sa maîtrise implique un certain entraînement, son inutilisation peut mener à son très certain affaiblissement. Les écoles de sorcellerie ont été créées dans plusieurs buts, parmi lesquels la maîtrise de cette force qui nous habite, mais également la garantie d’un héritage magique sur de nombreuses générations encore. Sans entrer plus dans les détails, certains cas ont poussé les sorciers chercheurs à s’interroger sur le manque héréditaire de magie chez les cracmols, dont les générations antérieures se seraient, dans plus de soixante-sept pourcents des cas, détachés de la magie pour une raison ou une autre.


Magie blanche, magie noire

    Nous savons aujourd’hui que la magie n’est pourtant pas une unité. Si, pendant longtemps, nous avons pu définir la magie comment étant un outil neutre mis à disposition de quelques personnes, que nous appelons aujourd’hui « sorciers », l’usage qui en a été fait a poussé la magie à revêtir différentes formes. L’Histoire nous prouve que cet outil n’a que rarement été utilisé à des fins purement utilitaires : se simplifier la vie n’a pas suffi aux sorciers. La magie avait un destin plus grand.

    Dans une société à une vision du monde traditionnellement manichéenne, la magie est elle aussi soumise à cette vision stricte séparant distinctement le Bien fondamental du Mal absolu. Poursuivant des idéaux philosophiques simplistes, certains sorciers ont forcé et accéléré la magie à se scinder entre Magie Blanche et Magie Noire. Dans l’esprit de bon nombre de sorciers, la Magie Blanche est destinée faire le bien, tandis que la Magie Noire ne peut mener qu’au mal. Ainsi donc, un sorcier malveillant préférera la magie noire, un sorcier bienveillant la magie blanche. Pourtant, ne pouvons-nous pas aller au-delà de ces idées reçues sur ces principales branches de magie ? Analysons d'un peu plus près les branches secondaires de la magie afin de nous interroger sur ces branches primaires - et d'une certaine manière artificielles - que sont la magie blanche et la magie noire.


Branches secondaires de la Magie

    Par la diversité culturelle qu’offre notre monde, la magie s’est adaptée aux différentes civilisations qui le peuplent. Aujourd’hui, nous listons un bon nombre d’utilisations et manifestations différentes de la magie. Parmi les formes de magie les plus connues, nous pouvons évidemment citer la pratique Vaudou, présente principalement en Afrique, mais aussi sur le continent américain : Brésil, Louisiane - l’une des plus grandes sorcières vaudous étant Marie Laveau, née en Louisiane. D’autres pratiques sont aujourd’hui connues : la magie élémentaire, les pratiques d’Asie du Sud-Est (Gong Tau, Magies de l’Encens…), les sortilèges et incantations chinoises. Attention cependant à ne pas confondre ces réelles branches de la magie avec les imitations moldues qui se réclament de la magie ! Parmi les branches citées ci-dessus, certaines ont été classées d’office parmi les branches primaires (magie blanche et magie noire). De ce fait, on associera généralement bien vite les pratiques vaudous et le Gong Tau à la magie noire n’étant destinée qu’à blesser, et à l’inverse, les Magies de l’Encens seront plutôt associées à la magie blanche, pour les valeurs curatives prolifiques qu’elles proposent.

    Aller plus loin sur…
        … Le vaudouisme.
    Comme nous l’avons vu plus haut, la magie vaudou, née en Afrique et s’étant étendue au continent américain, est généralement considérée comme une certaine branche de la magie noire. Cette classification n’a, semblerait-il, aucune justification réelle et est probablement née d’une méconnaissance certaine de ce type de magie. Le vaudouisme était, à l’origine, une magie répandue et offrait un large panel de possibilités : nous connaissons aujourd’hui évidemment les fameuses poupées vaudous (Dagydes), qui font rêver nombre de sorciers passionnés par ce qu'ils considèrent davantage comme une légende. Ces poupées à forme plus ou moins humaine, censées incarner des personnes, offrent à leur possesseur un contrôle sur la personne qu’elles incarnent. On parle généralement d’une mèche de cheveux entourant la poupée pour définir qui celle-ci représenterait ; mais il y a aussi une ressemblance physique entre la poupée et celui qu’elle incarne. Certaines poupées sont conçues par les sorciers pour avoir une forme particulière, ce qui augmente leur pouvoir, et d’autres peaufinent d’elles-mêmes leur apparence grâce à l’élément d’autrui placé sur elles (la fameuse mèche de cheveux, par exemple). La principale erreur avec ces dagydes, et par amalgame avec le vaudou tout entier, c’est que nous avons tendance à considérer que ces poupées ne servent qu’à lancer des malédictions, à faire souffrir, etc. Nous connaissons bien ces images de sorciers jetant des poupées au feu, plantant des aiguilles à l’intérieur… Pourtant, les poupées peuvent avoir une utilisation bien plus honorable : puisqu’il s’agit en vérité simplement d’agir sur une personne à distance, on peut aussi, par l’envoûtement, œuvrer pour le bonheur de cette personne. Les domaines touchés par les poupées vaudous ne se résument pas à la souffrance et le malheur : il y a possibilité d’agir sur des thèmes comme l’argent, l’amour… de façon négative ou positive… et faire ainsi planer non plus une malédiction sur la personne que la poupée incarne, mais au contraire, une bénédiction.
    N’oublions pas non plus les autres rituels vaudous, qui n’utilisent pas nécessairement les poupées, mais aussi bien des sorts ou des potions. Nous pouvons ici évoquer le rituel de chance, de fidélité, d’amour, par exemple. La pratique vaudou de la magie se différencie des autres branches surtout par le fait que ses effets ont tendance à « forcer le destin » et provoquer de l’imprévu, plus encore que dans toute autre forme de magie, et non pas par les conséquences malfaitrices - ou non - de cette magie.

        … Le Gong Tau.
    Le Gong Tau est une branche de la magie asiatique (plus particulièrement d'Asie du Sud-Est) née de nombreuses fusions de sous-catégories disparues de magies de cette région. Nous parlons de Gong Tau spirituel et de Gong Tau non spirituel, les asiatiques faisant cette distinction particulière entre l’utilisation de potions ou de sortilèges. Ils considèrent en vérité l’utilisation des potions comme une façon plus physique et concrète de pratiquer la magie, puisqu’il y a bien ce contact entre la personne buvant la potion – les potions du Gong Tau sont en effet généralement à boire, plus rarement applicables sur la peau – et les effets qui découlent de l’ingurgitation de la potion. Le Gong Tau spirituel, à l’inverse, se rapporte aux sortilèges – la plupart du temps, des malédictions. Cette forme de magie est toute particulière en ceci qu’elle nécessite divers éléments appartenant à la personne visée par le sorcier, à la manière du vaudou : cheveux, effets personnels… la localisation de cette personne doit aussi être connue et visualisée clairement par le sorcier. Le Gong Tau se rapproche également de la magie vaudou par l’utilisation de poupées de paille, dans laquelle serait renfermée, par déplacement magique des effets personnels, cheveux… de la personne visée, une partie de l’essence de celle-ci.
    Si le Gong Tau se réclamait effectivement de la magie noire, étant une magie destinée avant tout à la vengeance et à la haine, il s’est avéré que plusieurs sorciers ont utilisé cette magie à des fins moins contestables que les autres. Certes rares, car se libérer de cet endoctrinement n’est pas tâche facile, ces sorciers ont figuré parmi les plus grands d’Asie, et d’Indonésie plus particulièrement. Prenons l’exemple d’un sorcier indonésien nommé Wayan Santi, fidèle adepte d’un groupe de sorciers pratiquant le Gong Tau, qui s’est détaché de ce que les moldus appellent une « secte » et qui a utilisé sa magie sur ses anciens supérieurs, afin de prendre leur contrôle et de les empêcher de faire le mal à nouveau : on raconte que par ce contrôle, il les a emmenés se purifier dans de nombreux temples, berceaux de la magie blanche orientale. Si nous pouvons très certainement douter du fond de qualité morale de cet homme, il s’est avéré que cette pratique a empêché de nombreuses catastrophes et a évité la mort à plusieurs dizaines de sorciers et moldus dans cette région du monde. Pour transposer cette histoire à notre culture et notre magie occidentale, prenons le plus grand mage noir que nous ayons jusque là connu : Voldemort. Que serait-il arrivé si l’un de ses anciens disciples avait pris son contrôle au moyen de la magie noire, afin de l’empêcher de tuer plus de personnes ? Aurions-nous blâmé ce disciple, l’aurions-nous félicité ? Les indonésiens de l’époque de Wayan Santi firent le pari de le remercier, et de se rapprocher de l’idée selon laquelle « la fin justifie les moyens ».


    D’autre part, rappelons l’existence de certains sortilèges isolés, apparemment issus de la magie noire, qui sont pourtant destinés eux-mêmes à soigner des blessures, créer des sceaux empêchant alors l’utilisation de sortilèges de la magie noire par autrui... Ces exemples sont peu connus, et cela ne doit pas être dû au hasard, mais bien en raison d’une généralisation forcée et bien-pensante des éducateurs et autres dirigeants de la communauté sorcière d’aujourd’hui, une convention sociale absurde visant à mettre la communauté sorcière au pas, abolissant l’idée même de recherche de curiosités extérieures aux domaines dictés par les aînés.


Abolir le Bien et le Mal ?

    Il ne s’agit pourtant pas ici de faire l’apologie de l’adage « faire le mal pour faire le bien ». Cependant, avant de parler de « faire le bien » et « faire le mal », nous devrions nous poser la question de la signification de ces mots. Les notions de « Bien » et « Mal » n’ont-elles pas été créées selon quelques conventions sociales, comme nous le disions quelques lignes plus haut, puis par les lois établies à partir de ces conventions ? Cherchons alors le point de départ, l’origine des conventions sociales en question. Un enfant pourra les expliquer mieux que quiconque : ce qui fait mal est mal, ce qui fait plaisir est bien. C’est donc à partir d’une connaissance sensible que ces notions ont été établies. Alors que les cartésiens nous diraient que la connaissance sensible est loin d’être fiable, admettons que ce soit effectivement sur cette idée, vraie ou erronée, que le manichéisme ait été créé. Nous pouvons alors embrayer sur une philosophie plus moderne, nous indiquant qu’il n’existe ni bien ni mal, mais seulement ce qui est « vivifiant » et ce qui est « mortifère », c’est-à-dire ce qui rend vivant, et ce qui ne rend pas vivant.

    Nous devons vivre notre vie de manière à ne jamais regretter nos actes. C’est cela, être fort. Le meilleur des sorciers serait celui qui accepterait l’éternel retour, c’est-à-dire qui accepterait de revivre sa vie à l’infini, sans rien changer de celle-ci. Annihilons ces grandes notions de Bien et de Mal et concentrons-nous sur ce qui est vivifiant, ce que l’on ne regrettera pas, et sur ce qui est, au contraire, mortifère et qui génère le regret – je parle ici de regret à court, moyen et long terme. Une personne saine d’esprit sera naturellement attirée par les grandes valeurs et par la vertu : ainsi, elle regrettera tôt ou tard tout ce qui serait contraire à ces valeurs premières. Or, nous ne précisons jamais le moyen d’obéir à ces valeurs-là, le moyen d’atteindre ce qui est pour soi vivifiant.


Là où le fleuve puise sa source

    Il existe un principal contre-argument à ce que nous essaierons d’avancer, c’est-à-dire : la magie noire peut être vivifiante, et la magie blanche peut être mortifère. Ce contre-argument vient des moyens mêmes utilisés par ces magies pour se manifester. Nous ne ferions pas preuve d’une si grande ironie en affirmant que n’utilise pas la magie noire qui veut. La magie noire puise en effet sa source dans les recoins les plus obscurs de l’âme humaine, et est alimentée par les sentiments les plus noirs : haine, jalousie, tristesse, …regret. Ce que nous cherchions à éviter se trouve alors ici, à l’origine même de la magie. A l’inverse, la magie blanche, si elle est plus commune et puise sa source dans toute âme qui n’a pas déjà été « corrompue », sera plus belle et plus efficace si elle puise dans les hauts sentiments de l’âme : bonheur, amour… Comment, alors, ces magies, qui sont impulsées par certains caractères de l’âme, peuvent produire l’inverse de ce dont elles se servent ? Comment le malheur, par exemple, pourrait-il être producteur de bonheur ?


De la versatilité de la Magie

    Une telle situation serait en effet impensable pour un sorcier n’ayant pas de maîtrise sur lui et sur sa magie. Il s’agit donc de prendre conscience à la fois de nos propres sentiments et du caractère de notre âme, mais aussi de l’effet souhaité, et ainsi faire primer notre volonté pure sur nos sentiments les plus profonds, ceux dont est extraite l’essence magique. La magie se dompte. Nous avons défini plus haut la nature de la magie et souligné l’intérêt primaire des instruments dans l’utilisation de la magie. Il s’agit en effet de canaliser ce flux d’énergie qui circule en nous et s’alimente de nos sentiments aussi bien que de notre volonté pour le faire aller là où on le souhaite. Imaginons-le comme un tuyau d’arrosage dans lequel l’eau (ici, nos sentiments) arrive à toute vitesse et à pleine puissance : s’il n’y a pas quelqu’un au bout pour le tenir et le diriger (la volonté pure), il va en tous sens. Il faut rester maître de sa magie, la soumettre totalement à ses désirs, tout en continuant de l’alimenter avec la nourriture que sa nature-même exige : haine, vengeance, regret ; bienveillance, amour, joie… Pour conclure, être maître de soi est un premier pas pour être maître de sa magie, peu importe sa nature, et peu importe l’effet que l’on souhaite au final lui attribuer.


Conclusion

    La magie, comme nous venons de le voir, doit donc être maîtrisée afin d’être correctement dirigée. Que cette magie soit dite « noire » ou « blanche » importe à vrai dire peu : c’est la conséquence des effets de cette magie qui doit compter : est-ce conforme à notre volonté dans son état le plus parfait, le plus achevé ? Regrettera-t-on un jour l'utilisation faite de la magie ? Il faut aussi garder à l’esprit que la maîtrise de ses sentiments précède la maîtrise de la magie, et donc la maîtrise des effets de la magie, qu’ils soient néfastes ou bénéfiques pour autrui - et pour soi - à plus ou moins long terme.

« Si je voulais essayer de définir d'une manière quelconque l'expression singulière de leurs regards, je dirais que jamais je ne vis d'yeux brillant plus énergiquement de l'horreur de l'ennui et du désir immortel de se sentir vivre. »