Salle de répétition

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Ouragan musical  PV Megan Arrington 

Début septembre, peu après la rentrée - Automne 2043


Elle envoyait les notes virevolter dans les airs, les yeux fermés. Depuis qu’elle était arrivée à Poudlard, Ellanaelle n’avait pas encore eu l’occasion de se retrouver seule. Maintenant que c’était le cas, elle comptait bien en profiter et son premier réflexe avait été de sortir son violoncelle de son étui. Quelques cordes à vide, des gammes pour s’échauffer, quelques morceaux classiques… Puis l’improvisation. Laisser les pensées vagabonder, s’envoler en musique, évacuer l’anxiété et le nouveau rythme, la timidité et s’exprimer enfin librement. Elle avait trouvé cette salle de répétition dont lui avait tant parlé Edgar, son frère. Elle aurait pensé qu'il y aurait plus de monde, mais la pièce était vide. Ce n'était pas pour lui déplaire, bien au contraire. Un fantôme était passé alors qu’elle s’amusait sur un morceau de débutant et était resté l’écouter un peu avant de repartir sans un mot. Étrangement, être entendue par des fantômes la troublait moins que par des êtres bien vivants…

La musique lui rappela sa famille et leurs concerts improvisés. Ses parents lui manquaient atrocement. Bien sûr, ils lui envoyaient des hiboux assez souvent. Toutefois, l’histoire du soir, lue par son père au coin du feu, les promenades dans les champs avec Lucky, le border collie de la famille, le baiser de sa mère avant d’aller dormir… Ellanaelle secoua la tête et souffla tout l’air que ses poumons contenaient. C’était sa façon à elle de chasser la mélancolie.

La petite fille, contente de sa solitude, s’était un peu étalée dans la salle. L’étui de son instrument gisait dans un coin, à côté de son sac de cours qu’elle avait posé négligemment par terre. À moitié ouvert, son contenu se déversait lentement mais sûrement sur le sol. Au bout d’un temps qu’elle ne mesura pas, elle décida de faire une pause et d’aller jeter un coup d’œil à ses nouvelles partitions. Elle les avait déjà déchiffrées et écoutées dans le parc lorsqu’elle avait rencontré la jeune photographe, Camille, mais elle n’avait pas encore eu l’occasion de les jouer. Elle traversa donc la salle pour les chercher. Au passage, elle aperçut un livre que Jack lui avait fait parvenir. C’était un ouvrage énorme et le hibou chargé de lui apporter l’avait boudée pendant au moins une semaine (il s’était odieusement détourné quand elle était montée à la volière pour envoyer des lettres à ses parents).

Ellanaelle, un peu fatiguée des efforts musicaux qu’elle venait de fournir, se dit qu’elle avait bien mérité une pause. Elle épousseta paresseusement le sol du pied, puis s’assit sans plus de formalités. Son violoncelle était couché au milieu de la pièce, mais elle ne s’en préoccupa pas plus que ça. Après tout, il n’y avait personne d’autre, alors bon…

Une fois avoir retourné le livre dans tous les sens, après avoir caressé rêveusement la couverture en imaginant l’histoire qui se cachait derrière, Ellanaelle se lança et alla à la première page…

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Ouragan musical  PV Megan Arrington 

Et me voilà encore sur un palier inconnu, à un étage différent de celui sur lequel je voulais me rendre… Je ne sais pas s’ils font des coups comme ceux-là juste aux première année ou si les élèves s’habituent tout simplement, mais depuis la rentrée, les escaliers n’arrêtent pas de changer de direction juste quand je les prends. On pourrait croire qu’ils veulent me faire visiter le château, mais ça me perd plus qu’autre chose. Jetant un coup d’œil derrière moi, je vérifie la volée de marches. Non, elle n’a pas l’air de vouloir bouger de sitôt. La Volière, que je comptais visiter, attendra pour plus tard.

Je me retourne, et observe la grande porte qui se dresse devant moi. Un peu plus loin sur le palier se trouve la Bibliothèque - ça, j’ai repéré -, mais je n’ai pas envie de m’y rendre maintenant. Je m’avance et pousse la porte lentement.

Une grande salle pas tout à fait vide se dévoile devant mes yeux. Enfin, je suppose qu’elle est censée être à peu près vide, en temps normal - si l’on ne tient pas compte du tas d’instruments à gauche et des canapés à droite. Mais son occupante actuelle, une élève de ma maison, a l’air de s’être chargée de combler tout ça, et il y a des papiers partout. Elle a raté un sort, et c’est le résultat, c’est ça ? Pourtant, elle lit tranquillement, donc ça me paraît étrange… Ne voulant pas l’interrompre dans sa lecture, j’hésite un instant, la porte encore entrouverte, puis m’avance finalement. Je me racle la gorge avant de prendre la parole :


« Ahem… Salut ? T’as eu un souci avec un sort ? Je peux t’aider à ranger, si tu veux. »

Je détaille un instant la fille pour essayer de deviner en quelle année elle se trouve. Il me semble bien l’avoir vue porter le Choixpeau lors de la répartition, donc elle doit être en première année elle aussi. Je me présente :

« Je suis Megan, et toi ? »

Attirée par les feuilles à mes pieds, je n’aperçois qu’à peine le violoncelle qui se tient près d’elle. Je me retrouve soudain intriguée par les signes que je peux voir sur les pages, et je m’accroupis pour m’en saisir d’une. Comment peut-on lire ça ? Les symboles ne ressemblent à aucun alphabet que je connais - certes, je n’en connais qu’un. À moins que… Ne pratiquant aucun instrument, je ne sais pas lire les notes figurant sur une partition, mais ce que j’ai devant les yeux semble s’y rapporter. Après dix bonnes secondes à fixer la page, je demande à la Poufsouffle :

« C’est des partitions ? Tu joues d’un instrument ? »

Sur le moment, fière de ma découverte, je me rends à peine compte de l’incohérence de ma question. Nous sommes dans une salle contenant de nombreux instruments de musique, et elle a un violoncelle près d’elle. Bien sûr qu’elle joue d’un instrument.

Megan Arrington
1ère année RP et devoirs - Couleur : #783F04

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Plongée dans son livre, Ellanaelle n’avait pas entendu les pas légers de la petite fille qui venait d’entrer dans la salle. Elle tourna la page au moment exact ou l’autre se raclait la gorge, manquant dont le signal d’une prise de parole et c’est pour cette raison qu’elle sursauta lorsqu’elle entendit une voix s’élever dans la salle où elle pensait être seule :

« Ahem… Salut ? T’as un souci avec un sort ? Je peux t’aider à ranger, si tu veux. »

Dans sa précipitation, Ellanaelle avait fermé son livre d’un coup, perdant sa page au passage, comme prise en faute. Surprise en flagrant délit… Mais de quoi ? De dérangement compulsif, de tornade massive, d’ouragan musical… Elle s’aperçut, en rougissant (ou cramoisissant plutôt), que l’autre élève la dévisageait. Sûrement pour essayer de savoir si elles se connaissaient déjà. Ce qui était certain, c’est qu’elles ne s’étaient jamais parlé. Elles étaient pourtant dans la même année : Ella se souvenait de l’avoir aperçue à la cérémonie de répartition, puis pendant les repas à la Grande table et dans certains de ses cours.

« Je suis Megan et toi ? »

Pendant que Megan s’accroupissait et ramassait une partition, l’air intrigué, Ellanaelle se leva, faisant tomber son livre et un mélange d’objets hétéroclites par terre. Elle se baissa pour les fourrer tant bien que mal dans son sac et se demanda pourquoi elle avait pris tout ça avec elle, comment elle avait fait pour tout faire rentrer en premiers lieux, et d’où venait cette fâcheuse tendance à prendre le plus de place possible. Une fois ce coin-là à peu près déblayé (le sac débordait et crachotait un truc ou deux à intervalle régulier), elle se redressa et s’apprêtait à se présenter à son tour quand l’autre petite fille lui demanda :

« C’est de partitions ? Tu joues d’un instrument ? »

Ellanaelle hocha la tête et se mit à bredouiller, toujours un peu honteuse du bazar qui régnait :


« Euh… Oui, je… Je joue du violoncelle… »

De la tête, elle désigna son violoncelle, dissimulé sous les partitions et autres parchemins. Un peu plus assurée, elle fit quelques pas et se mit à rassembler les feuilles qui traînaient.

« Et je m’appelle Ellanaelle, Ellanaelle Gordon. Tu joues d’un instrument toi ? »

Megan s’étant plongée dans la contemplation d’une partition, Ellanaelle crut qu’elle venait peut-être de trouver une camarade musicienne…

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La fille brune ne semble pas m’avoir entendue arriver, et fait un bond de surprise lorsque je l’apostrophe. Elle referme brusquement son livre et rougit violemment, puis se lève tout en s’empressant de ranger les affaires éparpillées au sol. Sa réaction m’amuse autant qu’elle me laisse perplexe. Je suis en première année comme elle, et je suppose qu’elle a totalement le droit de se trouver là, alors pourquoi agir comme si je l’avais surprise en train de cacher un œuf de dragon ?

Alors que je tiens toujours une de ses partitions, elle répond à mes questions, tout en désignant la grosse caisse courbée en bois qui se trouve à quelques pas d’elle, couverte par quelques feuilles :


« Euh… Oui, je… Je joue du violoncelle… Et je m’appelle Ellanaelle, Ellanaelle Gordon. Tu joues d’un instrument toi ? »

Ainsi, je ne m’étais pas trompée quant à la nature de l’instrument, c’est bien un violoncelle - je dois admettre que, ne m’y connaissant pas très bien, j’ai eu un doute. Et elle s’appelle Ellanaelle, aussi. Je me fais la remarque qu’il y a beaucoup de personnes ayant des noms peu communs à Poudlard. Avec un sourire, je secoue la tête tout en répondant :

« Enchantée ! Ah non, pas du tout, par contre ! J’admire les gens qui peuvent lire tout ça, ha ha ! »

Je ponctue ma phrase d’un petit rire, puis continue :

« Non, Papa et Maman sont pas trop portés sur la musique, donc j’ai jamais eu l’occasion d’en faire. Ça a l’air compliqué quand même… Tu as commencé il y a longtemps  ? »

Tout en parlant, je fais quelques pas pour me rapprocher de la Poufsouffle et lui tendre la partition. Je me dis que cela aurait quand même été très sympathique de pouvoir l’accompagner à un autre instrument, si j’avais été capable d’en jouer. Une autre pensée fait apparaître un sourire sur mon visage : étant donné le fatras qu’elle a laissé dans la pièce en probablement assez peu de temps, je pense que je l’aurais remarqué si on avait été dans le même dortoir.

Megan Arrington
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Toujours affairée à rassembler ses affaires et ranger l’incroyable bazar qu’elle avait réussi à créer, Ellanaelle prêtait une oreille attentive aux propos de Megan :

« Enchantée ! Ah non, pas du tout, par contre ! J’admire les gens qui peuvent lire tout ça, ha ha ! »

Mince, Ella n’avait donc pas trouvé de partenaire de musique. Tant pis, elle venait à peine d’arriver, elle finirait bien par rencontrer d’autres élèves musiciens ! Et puis rien ne l’empêcher de devenir amie avec l’autre petite fille. Elle sourit en entendant la remarque sur la lecture de partitions. Elle avait appris à lire les notes presque en même temps que les lettres et c’était pour elle comme une seconde langue maternelle. Elle allait se mettre à parler lorsque Megan se remit à parler, après un petit rire.

« Non, Papa et Maman sont pas trop portés sur la musique, donc j’ai jamais eu l’occasion d’en fait. Ça a l’air compliqué quand même… Tu as commencé il y a longtemps ? »

L’autre élève s’était rapprochée en parlant et lui tendit une partition. Ella, qui s’était accroupie, se redressa. D’un doigt, elle repoussa ses lunettes qui étaient en train de glisser lentement mais sûrement le long de son nez et récupéra les feuilles de parchemin avec un petit sourire.

« J’ai commencé il y a… »

Elle pinça les lèvres en réfléchissant, fronçant légèrement les sourcils : c’était l’effet que calculer lui faisait. Cela la plongeait dans un état d’intense réflexion… En réalité, elle avait surtout du mal à retrouver le moment exact où elle avait commencé à apprendre la musique. Elle avait l’impression que cet élément avait toujours fait partie de sa vie. Elle était née dedans. C’était ça. Mais bon, elle ne pouvait pas non plus dire qu’elle s’était mise au violoncelle à deux ans, ce n’était pas vrai : elle avait commencé sur un petit violon qui ressemblait plus à un jouet qu’à un véritable instrument et avait pu s’amuser sur le piano familial. C’est vers l’âge de cinq ans que ses parents lui avaient laissé le choix : elle avait opté pour le violoncelle, elle ne savait pas vraiment expliquer pourquoi. L’instrument imposant était aussi grand qu’elle. C’était le son qui en sortait qui l’avait charmée. À la maison, elle mettait en boucle les mêmes morceaux sur le phonographe et on entendait à longueur de journée des suites pour violoncelle de Bach, de Britten, la sonate d’Ysaye…


« Disons cinq ou six ans, pour le violoncelle. Mes parents adorent la musique : mon père est pianiste et il a joué dans un groupe. C’était ma mère la chanteuse ! Et mon frère est violoniste professionnel, il joue dans l’orchestre sorcier de Grande-Bretagne. »

Elle s’arrêta, se rendant compte qu’elle pouvait passer pour une crâneuse, mais c’était la dernière chose dont elle avait envie. C’était juste qu’elle avait tendance à s’emporter dès qu’elle parlait de musique, et puis elle était très fière de son frère.


« Et ce n’est pas si compliqué ! »

Elle avait enchaîné pour rebondir sur les propos de sa camarade. Consciente qu’on se moquait d'elle quand elle disait ça, elle se hâta d’enchaîner :

« Je t’assure. C’est juste une question d’entraînement, comme pour tout, et un peu de sensibilité quand même. Mais si tu as un bon prof et que tu es motivée, il n’y a pas de raison de ne pas y arriver… »

En parlant, elle retourna vers son violoncelle et posa ses partitions en une belle pile bien nette sur le sol. Lui vint alors une idée.


« Je peux te montrer si tu veux ! Une première leçon, pour essayer. »

Elle souleva son violoncelle, prit son archet en main et se tourna vers Megan.

« Alors, qu’est-ce que tu en dis ? »

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Ellanaelle se lève pour reprendre la partition que je lui tends, après avoir remonté ses lunettes sur son nez :

« J’ai commencé il y a… »

J’attends quelques instants la fin de sa phrase tandis qu’elle réfléchit, les lèvres serrées et la mine concentrée. Elle a commencé il y a autant de temps que cela ? On n’est pas bien vieilles, pourtant… Mais sa réponse dépasse ce que ma vision enfantine du temps peut imaginer :

« Disons cinq ou six ans, pour le violoncelle. Mes parents adorent la musique : mon père est pianiste et il a joué dans un groupe. C’était ma mère la chanteuse ! Et mon frère est violoniste professionnel, il joue dans l’orchestre sorcier de Grande-Bretagne. »

Les yeux écarquillés, je me fais la réflexion que cela représente plus de la moitié de sa vie, et qu’elle a probablement commencé avant même d’aller à l’école primaire. Certes, sa famille baignant dans le milieu l’a probablement bien influencée, mais dans mon esprit, cela ne fait que renforcer le sentiment d’admiration qui s’est emparé de moi. Je murmure, bouche bée :

« C’est super impressionnant… »

L’autre Poufsouffle fait une petite pause avant de reprendre, comme pour se justifier :

« Et ce n’est pas si compliqué ! Je t’assure. C’est juste une question d’entraînement, comme pour tout, et un peu de sensibilité quand même. Mais si tu as un bon prof et que tu es motivée, il n’y a pas de raison de ne pas y arriver… »

Je hoche la tête, quelque peu dubitative. Un instrument de cette taille, et sans touches, ça doit quand même être un peu compliqué, non ? D’un autre côté, elle a l’air de s’y connaître bien mieux que moi, donc je ferais mieux de la croire sur parole.

Elle commence à ranger ses partitions tout en se redirigeant vers son violoncelle, pendant que je reste statique à l’entrée de la pièce - à ce moment, il ne me vient pas à l’esprit de l’aider. Je finis tout de même par faire quelques pas pour la rejoindre près de l’instrument à cordes, puis m’arrête net lorsqu’elle me propose une idée tout à fait saugrenue à mes yeux :


« Je peux te montrer si tu veux ! Une première leçon, pour essayer. Alors, qu’est-ce que tu en dis ? »

La baguette - l’archet - dans une main, son instrument dans l’autre, elle m’invite clairement à essayer le violoncelle. Je ne suis pas particulièrement maladroite, mais je trouve quand même l’opération risquée. Cela doit valoir cher, un truc aussi gros, non ? Hésitante, je la préviens :

« Euh, t’es sûre ? J’ai jamais touché à un instrument, j’aurais super peur de le faire tomber… »

M’asseyant sur le sol près de la pile de partitions, j’en fais voler une, que je m’empresse de rattraper immédiatement et la repose sur le tas. Avec un sourire, je reprends :

« Par contre, je veux bien te voir jouer, si ça te va ! »

J’observe un temps les courbes de bois verni ainsi que l’épaisseur des cordes. C’est drôlement beau, n’empêche. Les bras croisés sur les genoux, je continue :

« Et peut-être après ? »

Je suis toujours incertaine quant à ma capacité à sortir un son de la caisse sans l’endommager, mais ma curiosité commence à doucement prendre le dessus.

Megan Arrington
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L’autre élève avait l’air quelque peu intriguée et aussi intimidée par sa proposition. Ellanaelle se tenait toujours debout, tenant son violoncelle par le manche. La volute lui arrivait au niveau du visage et elle y appuya distraitement sa joue en attendant la réponse de Megan.

« Euh, t’es sûre ? J’ai jamais touché à un instrument, j’aurais super peur de le faire tomber… »

Ella réprima un sourire. La tendance à sacraliser les instruments la dépassait, sans doute parce qu’elle était habituée à en manipuler, dès son plus jeune âge. Megan s’assit par terre et reprit :

« Par contre, je veux bien te voir jouer, si ça te va ! Et peut-être après ? »

Elle ne s’attendait pas vraiment à ça… Mais pourquoi pas ? Après tout, même si elle aimait jouer pour se décontracter et transposer ses émotions en notes de musique, elle appréciait aussi divertir un auditoire. Elle hocha la tête et alla s’asseoir sur une chaise. Elle bloqua la pique dans une rainure, sur le sol. Pendant qu’elle faisait ces préparatifs, machinalement, elle réagit aux propos de sa nouvelle amie :

« Tu sais, si tu ne le jettes pas par terre, il n’y a pas de raison de le casser ! »

Elle coinça l’instrument entre ses jambes.


« Tu vois ? Tu es assise et tu le tiens comme ça, contre toi. Difficile de le lâcher ! »

En parlant, elle tendit son archet. Elle vérifia que le bois n’était pas trop courbé, puis réfléchit un instant à ce qu’elle allait jouer. Improviser ? Ou alors… Quel morceau avait-elle dans son répertoire ? Elle ferma doucement les yeux… Elle se laisserait porter par l’atmosphère, par la rentrée, le début d’année…

Ses doigts se placèrent en haut du manche, elle fit le vide dans son esprit et commença. Son choix se porta sur la Fantasiestücke de Robert Schumann. Un peu plus dynamique que certaines sarabandes de Bach et assez mélancolique pour correspondre à son état d’esprit actuel. Elle ne maîtrisait pas le morceau en sa totalité et sa main gauche lui fit défaut à plusieurs reprises. Pourtant, elle ne s’arrêta pas et malgré quelques erreurs, elle parcourut les premières minutes par cœur, suivant la partition dans son esprit. Lorsqu’elle arriva au moment qu’elle n’avait pas travaillé, elle continua et prolongea la mélodie en improvisant. Elle jouait, concentrée et oublieuse de son environnement.

Détendue, enfin. Elle qui n’avait jamais été si à l’aise à l’idée de se produire devant des membres autres que sa famille, se surprenait. Elle se sentait fière de le faire, de l’avoir fait. D’avoir pris son courage et de faire entendre les mots chantés. Si elle arrivait à la toucher… À toucher l’autre, par sa musique, pas si parfaite, mais vraie. Elle croyait en le pouvoir de l’Art et de la poésie, sous toutes ses formes. Son but était de le répandre et de partager. En toute simplicité…

Le son du violoncelle résonnait chaudement contre les murs de la salle. L’air continua de vibrer encore quelques instants après qu’elle eut levé l’archet pour la dernière fois. Son bras retomba doucement sur sa jambe. Elle se sentait fatiguée, mais heureuse : elle avait bien joué une petite dizaine de minutes. Ses lèvres s’étirèrent lentement. Joyeuse d’avoir pu jouer pour quelqu’un, enfin, plutôt que pour elle-même. Elle espérait avoir réussi à faire de ce moment, de ces notes, les leurs et que Megan avait été aussi touchée qu’elle. Ou qu’elle avait apprécié du moins.

« Alors, tu veux essayer ? Je promets que tu pourras en tirer un son ! »

Ellanaelle repoussa un peu ses lunettes sur son nez et sourit malicieusement.

« Et puis, on pourra toujours s’entraîner à lancer des sorts de reparo sinon ! »

Elle se leva, se décala un peu et désigna la chaise à Megan.

« À toi ! »

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Ma camarade paraît tout d’abord surprise par ma proposition, puis accepte d’un hochement de tête. J’observe le violoncelle alors qu’Ellanaelle plante la barre dépassant du bas de l’instrument dans le sol, et qu’elle bloque celui-ci entre ses genoux :

« Tu sais, si tu ne le jettes pas par terre, il n’y a pas de raison de le casser ! Tu vois ? Tu es assise et tu le tiens comme ça, contre toi. Difficile de le lâcher ! »

Avec un petit sourire, j’acquiesce à ses paroles. Il est vrai que le violoncelle est joué dans cette position. Pendant un instant, j’avais imaginé qu’il était tenu comme un violon, sur l’épaule. Mais l’instrument à cordes est bien trop gros pour cela, et mon sourire s’élargit lorsque je réalise mon erreur.

Le menton posé sur mes bras croisés, je regarde et écoute l’autre Poufsouffle se mettre à jouer, les yeux fermés. Je ne connais pas le morceau, n’étant pas vraiment férue de musique classique, mais j’apprécie le numéro de voltige effectué par l’archet sur les cordes et le son que cela produit. Whoah, c’est impressionnant… Je ne relève pas les quelques fausses notes, ne les ayant même pas remarquées. Pendant toute la durée du mini-concert, je dodeline de la tête, entraînée par le rythme de la musique. Au dernier coup d’archet, je me redresse pour applaudir bien fort la musicienne. En remontant ses lunettes, elle reprend la parole :


« Alors, tu veux essayer ? Je promets que tu pourras en tirer un son ! Et puis, on pourra toujours s’entraîner à lancer des sorts de reparo sinon ! À toi ! »

À ses mots, je ris tout en me relevant et m’avance vers la chaise. Une fois assise, je saisis le manche comme s’il était fait de sable et allait s’effriter entre mes mains. J’entoure ensuite la caisse de bois de mes genoux, imitant la précédente position d’Ellanaelle. Cependant, je reproduis sans m’en rendre compte cette position en miroir, et le manche se retrouve appuyé contre la mauvaise épaule.

De ma main droite, j’attrape l’archet, puis suis forcée de le prendre à deux mains dans un premier temps. Après quelques essais, je pense avoir réussi à mettre ma main à la bonne place. Enfin, je veux placer ma main gauche sur les cordes, mais avec le manche mal placé, je suis obligée de croiser les bras - ce qui, sur le moment, ne me gène pas du tout. Plaçant mon index sur une corde au hasard, je donne un coup d’archet pris à pleine main. Le son qui en résulte, dû à mes quelques erreurs de placement, est une harmonique douteuse.

Plutôt fière, je lève la tête vers Ellanaelle en lui adressant :


« Comme ça ? »

Megan Arrington
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Sans se faire prier cette fois, Megan se lève gaiement et s’approche du violoncelle. Ellanaelle la regarde s’installer. Elle ne dit rien et laisse faire l’autre élève. Elle veut d’abord voir comment elle se place, si elle réussit à reproduire sa posture, ses gestes, sa tenue… Elle tremble un peu, mais veut paraître assurer, alors elle ne tremble pas, ou seulement à l’intérieur. Elle est loin d’être professeur et craint de mal s’y prendre, de donner de mauvais conseils… Après tout, elle n’est qu’une enfant. Mais une enfant qui connaît son instrument comme sa poche, voire mieux même, puisque dans sa poche traîne toujours un tas de trucs inutiles et elle ne sait jamais trop sur quoi ses doigts vont se refermer…
Ella fait quelques pas en arrière pour laisser de l’espace à Megan. Elle s’est bien installée, le violoncelle a une bonne inclinaison et semble bien calé entre ses jambes. Pourtant le tableau sonne faux… Autant que la note qui retentit lorsque l’archet vient frotter la corde avec une maladresse maîtrisée.


« Comme ça ? »

Megan la regarde, pétillante de fierté. Ella lui rend son sourire et hoche la tête.

« Oui, c’est pas mal pour un début ! Tu as vu ? Tu as réussi à sortir un son. C’est pas si difficile que ça ! »

Tout en parlant, elle se rapproche et pose la main sur la volute en bois.

« Il faut juste que le manche soit de l’autre côté. Tu seras plus à l’aise ! »

Elle l’aide à bouger l’instrument et assure la prise de la pique dans une autre aspérité du sol pour ajuster l’instrument.

« Maintenant, pour l’archet. En fait c’est le plus difficile je trouve. Il faut avoir une bonne prise pour ne pas avoir à crisper la main, et en même temps il faut pouvoir bien le tenir pour éviter qu’il ne s’échappe pendant que tu joues… Regarde ! »

La fillette attrape sa baguette et fait comme si c’était un archet. Elle place ses doigts sur le bâton de bois.

« Tu vois ? Mes doigts sont bien ronds et détendus. Il faut que tu le prennes plus à cet endroit-là… »

Elle pointe le bout de l’archet.

« Tu auras un meilleur équilibre ! Et tu n’es pas obligée de poser tes doigts sur les cordes pour faire un son. Tu peux aussi juste jouer sur les cordes comme ça ! C’est un début. Et sinon, tu peux poser ton premier doigt – c’est l’index – juste ici, et ça fera une note juste ! »

Son doigt vient se poser en haut du manche. Le rôle de professeur commence à lui plaire, même si elle ne sait pas encore si elle s’y prend bien. Quoi qu’il en soit, elle prend plaisir à partager son savoir et elle espère que sa nouvelle amie apprécie cette petite séance de musique improvisée.

« Maintenant que je t’ai tout montré, tu peux faire ce que tu veux ! Je te montrerai où poser tes autres doigts si tu veux. »

Elle s’écarte un peu, pensive. Elle a l’impression d’avoir oublié quelque chose…

« Ah oui ! Et aussi, fais attention à ce que l’archet reste bien droit quand tu tires et tu pousses. Ça fait beaucoup de choses à retenir, mais on s’y fait… Et puis pour le moment, tu peux faire un peu ce que tu veux, c’est le meilleur moyen de commencer ! »

Elle allait s’asseoir, mais se retint, préférant rester près de Megan pour pouvoir facilement corriger sa position ou la tenue de son archet, sans pour autant être trop oppressante…

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Ouragan musical  PV Megan Arrington 

La Poufsouffle me sourit et s’approche en répondant :

« Oui, c’est pas mal pour un début ! Tu as vu ? Tu as réussi à sortir un son. C’est pas si difficile que ça ! Il faut juste que le manche soit de l’autre côté. Tu seras plus à l’aise ! »

En effet, maintenant qu’elle me le dit, je me rends compte que la position curieuse dans laquelle j’ai placé l’instrument m’empêche de placer tous les doigts de ma main gauche sur les cordes. Si cela ne m’a pas gêné au début, je trouve maintenant cela bizarre.

Ellanaelle en profite pour mieux planter la pique sous l’instrument, et je peux sentir que j’ai moins besoin de le tenir. Essayant de tout retenir, je hoche lentement la tête.

L’ajustement suivant est celui qui me laisse le plus perplexe :


« Maintenant, pour l’archet. En fait c’est le plus difficile je trouve. Il faut avoir une bonne prise pour ne pas avoir à crisper la main, et en même temps il faut pouvoir bien le tenir pour éviter qu’il ne s’échappe pendant que tu joues… Regarde ! Tu vois ? Mes doigts sont bien ronds et détendus. Il faut que tu le prennes plus à cet endroit-là… »

Mes yeux vont successivement de l’archet à sa baguette, puis de sa baguette à l’archet. Comment est-ce qu’elle réussit à faire ça ? Je me fais la réflexion que la position actuelle de ses doigts ressemble à des pattes d’araignée, et cette pensée me fait avoir un petit frémissement.

Ma camarade continue en désignant la pointe de l’archet :


« Tu auras un meilleur équilibre ! Et tu n’es pas obligée de poser tes doigts sur les cordes pour faire un son. Tu peux aussi juste jouer sur les cordes comme ça ! C’est un début. Et sinon, tu peux poser ton premier doigt – c’est l’index – juste ici, et ça fera une note juste ! »

Ellanaelle pose son index sur une des cordes, bien plus haut qu’à mon précédent essai, avant de reprendre :

« Maintenant que je t’ai tout montré, tu peux faire ce que tu veux ! Je te montrerai où poser tes autres doigts si tu veux. Ah oui ! Et aussi, fais attention à ce que l’archet reste bien droit quand tu tires et tu pousses. Ça fait beaucoup de choses à retenir, mais on s’y fait… Et puis pour le moment, tu peux faire un peu ce que tu veux, c’est le meilleur moyen de commencer ! »

Tendue et les sourcils froncés par la concentration, je réponds avec un demi-sourire :

« Oui… C’est vrai qu’il y a vraiment beaucoup de choses, rien que pour la position. Je pensais pas qu’il y en aurait autant. »

Je fais une pause pour rétablir la position de mes doigts, peu habitués à tenir un objet aussi “lourd” que l’archet en équilibre, avant de reprendre :

« Mais ça doit être comme faire du vélo… Ou lancer un sort, je pense. Au début, il faut se concentrer sur pleins de trucs, et après, ça vient plus facilement. »

Sur ces mots, je lâche la corde que je pinçais de ma main gauche, et effectue un grand mouvement de l’archet en le tirant vers la droite. Immédiatement, je m’arrête, saisie par la beauté - toute relative - du son produit par le violoncelle. Je lance un regard émerveillé à ma camarade Poufsouffle, puis entame le mouvement inverse. Il se trouve que celui-ci est plus complexe à réaliser, l’archet déviant par moments sur la partie noire.

Pendant une bonne minute, je teste différentes positions des doigts sur les quatre cordes, avec des résultats plus ou moins concluants. Puis, assez fatiguée par cette position assez inhabituelle pour moi, je tends l’archet à Ellanaelle :


« Je pense que je vais m’arrêter là, c’est plutôt fatigant en fait ! Merci, c’était vraiment super gentil de m’avoir laissée l’essayer ! »

Après avoir décollé mes genoux de l’instrument, je me rends compte que mes cuisses sont restées tétanisées un peu trop longtemps, et n’ose pas me lever de peur de faire tomber le violoncelle. Je me contente donc de saisir le manche et de le faire avancer vers l’autre Poufsouffle.

Megan Arrington
1ère année RP et devoirs - Couleur : #783F04