Salle de répétition

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À Petits Pas

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Privé, Saul Lingtomn
14 Janvier 2044, 19h27

Je frappe trois coups contre le bois dur de la porte. Aucune parole ne m'invite à entrer, j'en conclus donc que la salle de répétition est vide et qu'elle n'attend que moi. Je pousse le battant, la porte s'ouvre. S'il m'était interdit d'y entrer, elle serait restée close. C'est de sa faute, pas de la mienne. Assez de réprimander les innocents quand on est soi-même fautif. La salle est bien vide. Elle n'attend que moi.

Je n'avais pas pu écouter de musique depuis des semaines. Ce manque d'énergie symphonique commençait cruellement à se faire ressentir et ça n'était pas les comptines vocalisantes de mes compagnons de dortoirs qui sauraient me faire oublier la douce mélodie du piano, les grisantes vibrations des cuivres et les enivrants grincements des cordes frottées. D'un pas assuré, je me dirige vers le fond de la salle, là où étaient rangés les précieux instruments. Ils sont bien là ! Flambant neufs. Ils avaient indéniablement envie de me jouer un petit air de Jazz. Parfait ! Je sors un saxophone et une trompette du carton. Je tire le drap qui couvrait le grand piano à queue, trônant en plein milieu de la salle, je sors la contrebasse du placard et dépose les baguettes de la batterie sur le tabouret qui la juxtapose. Bon... Plus qu'à mettre tout ça en route !

Je sors ma baguette magique et me concentre de tout mon coeur sur mon air préféré. D'un geste circulaire, j'insuffle cette magie musicale aux instruments qui avaient eu l'honneur de faire partie de mon orchestre improvisé. Les objets entonnent alors leur douce mélodie. En soi, faire jouer un orchestre imaginaire ne demandait pas tant d'effort. Il fallait simplement... Laisser son coeur diriger le choeur !

Première note. Il est temps. Je retire mes chaussure afin de ne pas m'écorcher les pieds. Je souffle profondément. Je ferme les yeux. C'est parti...

Sono Celo. Solo piano. Mes pas trottinent. Ce sont des notes. Le son des notes. Sur un clavier. Je saute un peu. C’est plutôt doux. Une clé de Do. Tourne le dos. La clé de Sol. Frappe le sol. Piano est strict. Mais pas en jazz. Il montre un rythme. Il guide un boeuf. Le piano frappe. Ses marteaux frappent. Il frappe un pas. Mes tympans vibrent. Un pas à gauche. Un bras à droite. Mes yeux fermés. J’écoute un jazz. Danse un tempo. Solo piano. Sono Celo.

La contrebasse liait l’ensemble.

Elle ne jouait que quatre NOTES.

L’instant d’avant, la corde tremble.

Et l’instrument liera l’ensemble.

Jouera toujours ses quatre NOTES.

En coup de vent, la corde tremble.

Mon corps se meut dans son ensemble.

Concentré pour ses quatre NOTES.

La contrebasse lia l’ensemble.

La contrebasse lie l’ensemble.

Elle n’a joué que quatre NOTES.

Un jour nous danserons ensemble.


Et je danse je danse et mes pieds tournoient et ma tête se meut et je danse et je me déchaîne encore et encore de plus en plus vite mes pas s’enchaînent rapidement au grès de la musique symphonique qui émane de cet orchestre invisible qui ne cesse de jouer le jazz que je souhaite entendre résonner dans cette pièce au parquet maltraité par mes pieds nus chauffés par les Mambos successifs mes poumons s’enflamment au son strident des saxophones mon coeur cogne en cadence avec les crissements des charlestons mes tympans vibrent en écho aux frappes du piano qui suit la contrebasse qui suit la batterie qui suit la trompette qui suit le saxophone qui me suit moi moi qui danse encore et qui ne s’arrêtera que lorsque mes jambes n’auront plus assez de force pour soulever le poids de mon corps insaisissableet c’est de plus en plus fort de plus en plus grand et personne ne peut stopper ce boeuf ce jam personne sauf moi et je veux qu’il continue pour toujours qu’il ne s’arrête jamais je veux pas je veux tellement pas alors je tournoie encore encore encore encore encore et j’ai le tournis j’ai la nausée mais c’est bon c’est vivant c’est du Jazz, ça !


Stop.

Mes pas ralentissent. Mon souffle haletant tente vainement de reprendre un rythme normal tandis que mon coeur cogne toujours contre les os de ma cage thoracique. La musique. C'était beau. Je souris de tout mon être tandis que je tombe à terre, épuisé par l'effort que m'avait demandé ce jam. De la musique. J'en voulais encore. Je ne pouvais quitter cet endroit sans avoir écouté une autre chanson. À petits pas, je construirai la danse de mon avenir. Je m'étale de tout mon long sur le parquet, les yeux rivés sur le plafond de la salle.

Je t'aimais...

À Petits Pas

Souffle de vent dans le couloir. Sombre couloir. Sa cape volant derrière lui, slalomant entre les torches murales, Saul tentait au mieux de rester illuminée par les flammes. Il sautillait d'un halo à l'autre, comme sur une marelle d'ombre et de lumière. Comme sur les touches d'un piano, noir et blanc. Sur la cadence de ses pas, il fredonne une musique. Se fondant soudain dans l'ombre, la silhouette sautillante fila jusqu'aux escaliers, là où la lumière illuminait à nouveau. Apaisante, réchauffante en cette période de grand froid. Reprenant sa mélodie sur des notes encore plus trépidantes sur les marches, Saul se retourna soudain. Silence. Non. Doucement, il descendit les quelques marches et repris sa route dans les couloirs du quatrième étage. Mais il ne chantonnait plus. Une autre mélodie, extérieure, emplissait son esprit.

Ses pas, peu à peu se firent précipités. Saxophone. Sa respiration s'accélérait. Contrebasse, batterie. Il tourna au dernier angle du couloir la main glissant sur le mur, courant presque. Piano. Les portes défilaient, les lumières des flammes courraient une à une sur le jeune garçon, la musique s’amplifiait, s'amplifiait... Là!

Le Gryffon ralentit, essoufflé, devant la porte de la Salle de Répétition qu'il ouvrit sans attendre bien grand.

Jazz


Depuis quand n'avait-il pas entendu cette musique? La mélodie au tempo si particulier vibrait de partout dans la pièce. Et au centre... Saul stoppa dans l'encadrement.
Une tornade de rythme et de passion dansait, balançait au centre des instruments, faisant comme partie de la musique. Et au centre de cette tornade, un jeune garçon, pas bien plus grand que Saul, qui lui tournait le dos. Au centre de cet énorme tourbillon, il dansait tranquillement, concentré, en des mouvements fluides et rythmés. Saul sourit quand il comprit que la tornade qu'il imaginait n'était que cette flagrante passion qui émanait du garçon.

Sans qu'il ne s'en rendit vraiment compte, Saul se remit à marcher vers les instruments. Ils jouaient d'eux même, sûrement dirigés par ce garçon. Le Gryffon ne le quittait plus des yeux. Il trébucha sur une paire de chaussures sans s'en apercevoir, ses doigts pianotant en rythme sur sa jambe, le regard toujours fixé, émerveillé, sur le petit danseur qui ne semblait pas l'avoir remarqué. Il s'assit finalement au piano et se détourna du garçon pour les touches luisantes.

Piano


Quelques touches s'enfonçaient, poussées par une force invisible. Le sourire du Gryffon s'étira alors qu'il fixait l'instrument. Il connaissait ce morceau. Ses longues mains se serrèrent puis desserrèrent, se levant finalement au dessus des touches.
Un peu de piment?...
Et alors que le piano reprenait un air plus simple, Saul prit une inspiration, prêt à se plonger dans le jazz quand...
. . . . .

Le gamin tourna aussitôt son regard vers sa droite. Le danseur s'affalait sur le sol et la musique s'arrêtait. Quand la dernière vibration du charleston se tue, Saul fixait le garçon au sol, une moue boudeuse collée au visage. Il détourna le regard, piqué et irrité de son élan perdu et sorti sa baguette. Il n'avait jamais vraiment géré ce sortilège, juste de quoi accompagner mais ça suffirait pour ce morceaux là. Un mouvement circulaire vers la batterie et la basse et la musique reprenait. Moins rythmée, moins expressive mais la base était là. Son index se posa en douceur sur un Sol, et Saul laissa la note l'imprégner. Il allait pouvoir jouer...
GO!
Le majeur, le pouce et le reste s'enchaina. Il avait entendu et joué le morceau mainte et mainte fois mais jamais il n'avait été le même, jamais. Le jam s'emparait toujours du musicien. Jam. C'est maman qui aimait dire ça. Papa et Lyra, qui n'aimaient pas le jazz, appréciaient le mot bœuf, peu flatteur de leur point de vue. Mais Saul avait un tout autre mot... Son auriculaire vint lancer une note d'étincelle. Ça arrivait, ça arrivait. Un mot qui pour lui dépassait la signification de Jam ou Bœuf. Son passage favori était là, à quelques notes près. Battant le rythme du pied, le jeune Gryffon osa accélérer... un instant de silence et...

Jazz!!


Les voilà! Mordant sa lèvre inférieure, Saul se pencha un peu plus sur le piano, laissant échapper des étincelles là où elles venaient, laissant leur lumière vive emplir ses yeux. Grisé, il laissa sa main courir loin sur le clavier avant de revenir aussitôt, reprenant la mélodie qu'il connaissait, mais sautant à cloche pied en dehors du chemin, dans l'herbe, l'eau, la boue!
Le morceau n'était pas le plus facile qu'il avait choisi d'apprendre et certaines notes dérapaient mais les étincelles emplissaient ses yeux et Saul se reprenait aussitôt, se redressant sur le chemin, les bras écartés, riant de son faux pas.

Il finit un peu plus calmement, un petit ruisseau courant contre sa tempe gauche, les mains frémissantes, le cœur bondissant. Des étoiles dans les yeux.

Saul Lingtomn, Première année RP
• Le Rire est infini, l'Imagination n'a pas d'âge et les Rêves sont éternels •

À Petits Pas

Ma respiration profonde est désormais le métronome qui résonne entre les murs de cette pièce musicale. Mes yeux entrouverts, pointés vers le plafond immaculé, semblent hypnotisés par un million d'étoiles qui dansent elles aussi au creux de mes cristallins. Le sang bat toujours dans les veines de mes tempes et mes oreilles bourdonnent d'avoir tant tourbillonner. Mon corps entier, épuisé par cette chorégraphie et par la quantité de magie dont il eu besoin pour diriger l'orchestre invisible, voulait rester cloué au sol pour toujours, se reposer après cet effort considérable mais pourtant si libérateur. Plus aucun son ne résonnait dans la salle hormis celui produit par mon souffle régulier. Les boucles noires et ébouriffées qui recouvraient mon front d'ambre étaient les derniers témoins de la force harmonieuse qui porta mon être l'espace d'un jam. Je me sentais bien. C'était plaisant d'écouter de la musique à nouveau. Comme quand mamà joue du piano les soirs de fête, la musique berce mon être dans un écrin de douceurs et d'émotions. Quand mamà joue Funiculì Funiculà au piano, je suis transporté vers les cieux. Ce souvenir est tellement inscrit en moi qu'il me semble entendre le son d'un piano jouer... Encore du jazz. Un jazz que je ne connais pas. Le son est bien trop clair pour n'être qu'un souvenir. La batterie et la contrebasse venaient de se réveiller soudainement, sans que j'en sois à l'origine. Un sol perce le rythme des accompagnements. Je me redresse, prenant appui sur mes avant-bras et me tourne vers le piano. Un garçon y est installé.

Le petit pianiste qui venait d'entrer en scène m'était inconnu. D'après les couleurs de son blason, il était de Gryffondor. Il me semblait un peu plus jeune que moi, ce qui expliquait le fait que je ne le connaissais ni d'Eve, ni d'Adam. Le piccolo pianista s'était lancé dans un nouveau jam pendant que j'étais effondré. M'avait-il vu danser ? Oh la honte... L'idée d'avoir était surpris en pleine transe musicale me fait rougir des pieds à la tête et j'hésite même à fuir en espérant que le jeune homme ne me reconnaîtrait pas dans les couloirs quelques jours plus tard... Comme pour m'assurer qu'il ne se moquait pas de moi, mon regard vient se porter sur son visage et... Il est imprégné par la musique. Ses yeux pétillaient de vie alors que le chant du piano se faisait de plus en plus rapide et mélodieux. Sa lèvre inférieure, pincée entre ses dents, lui donnait un air très sérieux. Moi je souris en le voyant comme ça. Sans savoir pourquoi, sa prestation me fait chaud au coeur, et les rougeurs de mon visage s'estompent d'elles-mêmes. J'écoute avec intérêt le morceau qu'il offre au monde, le monde étant résumé, dans le cas présent, à lui et moi.

Les notes ralentissent, les notes s'atténuent. Le piccolo pianista était arrivé au bout de sa partition mentale. C'était beau. Très beau. Comme la joie qui illuminait son regard lorsqu'il maltraitait les notes blanches du piano. Le silence revient dans la salle. Personne ne dit mot. Je ne sais que dire... Je me redresse un peu plus, croisant mes jambes en tailleur à la manière des indiens d'Amérique, et frappe doucement mes mains l'une contre l'autre en un applaudissement doux mais sonore. C'était la seule chose à faire de toute façon, pas vrai ?


- Bravo, piccolo pianista !

Je me relève enfin. J'avais retrouvé assez d'énergie pour tenir sur mes jambes, marcher, réfléchir et sourire en même temps. Je m'approche du piano et de son artiste, sans prendre la peine de remettre mes chaussures. Accoudé sur le piano, je regarde avec intérêt le petit être qui me fait face.

- C'était vraiment très beau...

Et... Voilà. Que dire d'autre ? Il n'avait pas grand chose à ajouter. Des présentations seraient fortuites à un tel moment. À quoi bon briser la poésie de cette instant.

- Tu t'en sors bien au piano... Tu veux qu'on joue un morceau ensemble ?

Je pose un doigt sur une touche et laisse son timbre clair envahir toute la pièce.

- Duke Ellington. Take The "A" Train ! C'est dans tes cordes ?

Je ris de la nullité de ma blague, appuyant une nouvelle fois sur le clavier. Je m'écarte et me dirige vers une trompette inanimée, posée au sol. Je la ramasse et d'un coup de baguette magique, j'insuffle un léger rythme à la contrebasse et au saxophone.

- Si tu es prêt, piccolo pianista, fais moi savoir !

Mes lèvres se portent à l'embout de l'instrument. Je souffle.

Je t'aimais...

À Petits Pas

Un, deux, trois...
Le gamin repris sa respiration. Ses mains vibrent encore au dessus des touches, ses épaules montent et descendent alors qu'il inspire, expire. Il cligne rapidement des yeux et laisse tout doucement retomber ses doigts sur le clavier. Elles semblent si légères et lourdes en même temps! Mais les touches ne ploient pas, elles soutiennent les doigts fatigués.
...quatre, cinq, six...
Le silence règne dans la salle, faisant bourdonner ses oreilles. C'en est presque assourdissant. Un son sourd qui lui empli la tête, comme s'il entendait toutes les vibrations du silence, comme si rien ne l'entourait plus que le vide. Et le bourdon s'éloigne, et l'air revient.
...sept, huit, neuf...
Maintenant, seul son cœur résonne, un rythme puissant, fort. Pou-poum dans sa poitrine, pou-poum dans sa tête. Poum, le fait raisonner. Poum, le bruit de la vie. Je vis.
...dix.

.


Écho dans la salle, Saul se redressa vivement sur sa chaise, tendu, prêt à bondir... et souffla.
Le petit danseur, assis, frappe dans ses mains.
Il applaudit?...
C'est doux. Si doux. Comme du miel. Saul ne voit que ça en lui. Douceur.

- Bravo, piccolo pianista !

Rayon de soleil, rayon de miel. Le Gryffon sourit au danseur de jazz. C'étaient des mots étrangers qu'il entendait, mots remplis de lumière, de chaleur. Et ça lui réchauffait le cœur.
Comme pour répondre au garçon, Saul inclina la tête en un salut rapide. Il ne pouvait simplement pas parler, ses cordes vocales semblaient l'avoir abandonnée pour celles du piano depuis qu'il avait appuyé sur ses touches blanches et noires. En un rien de temps, le garçon danseur fut accoudé au piano, et Saul lui rend le regard qu'il lui tend. Ils s'observent ainsi, le danseur et le pianiste. Un truc passe.
Un truc...
Ouais, un truc. On ne peut pas écrire ainsi les mélodies, alors oui, un truc, le regard du garçon en est rempli. Et puis il s'approche un peu du clavier et Saul se sent soudain glacé face à ce rayon de miel.

- C'était vraiment très beau...
Tu t'en sors bien au piano... Tu veux qu'on joue un morceau ensemble ?


Un doigt vins appuyer sur une touche blanche devant Saul. Sol. Soleil. Le gamin lui adressa alors un regard curieux. Il jouait de la musique le danseur de jazz? Sans magie? Il voulait jouer avec lui?
Je te suis jazzman!

- Duke Ellington. Take The "A" Train ! C'est dans tes cordes ?

Ni une ni deux, le gamin leva vers son ainé des yeux pleins d'étoiles. Duke Ellington?! C'était comme nommer Harry Potter en défense contre les forces du mal. Et quand le titre fut donné, le Gryffon hocha énergiquement la tête, la voix toujours prisonnière du piano.
À nouveau, le doigt de l'autre musicien vient faire vibrer une corde du piano. Do. Doux. Douceur.

Tandis que Saul repérait les notes sur son instrument, il entendit le saxophone et la contrebasse derrière lui entamer le morceaux.

- Si tu es prêt, piccolo pianista, fais moi savoir !

"Piccolo pianista". À nouveau, le Gryffon sourit au surnom que le petit jazzman lui donnait et se retourna, lui laissant l'honneur de commencer d'un mouvement de la main. Il s'arrêta un instant sur l'instrument que portait le musicien. Une trompette. Ça allait bien avec ce qu'il avait pu voir de lui.
Puis il se retourna, leva un peu ses doigts et glissa sa main gauche sur la première note sautillante du morceau. Libéra ses cordes musicales.

Saul Lingtomn, Première année RP
• Le Rire est infini, l'Imagination n'a pas d'âge et les Rêves sont éternels •

À Petits Pas

Mon souffle léger emplit l'embouchure de la trompette, faisant vibrer ses organes cuivrés tels les cordes vocales puissante d'un soprano d'opéra. L'air parcourt la branche d'embouchure, explore l'entretoise, voyage dans chaque coulisse avant d'exploser par le pavillon. Un son grésillant en sort. Il accompagne les notes que joue le piccolo pianista. Un joli duo. La musique reprend sa place dans l'écrin de pureté musical qu'était cet espace artistique. Une passion déchirante, absolument enivrante déclenche en moi la foudre et la tempête. Une note de bonheur coule dans mes veines bleues, une note de jazz. Les yeux fermés, je me laisse de nouveau transporter par la musique.

Mes poumons faisaient désormais un avec la trompette qui semblait faire partie intégrante de mon petit être. Une fois de plus, le monde cesse d'exister autour de moi et je me sens planer hors de ce monde. Plus rien de concret ne pourrait me rattacher à cette existence qui me semblait bien trop... normale. Seule deux sentiments avaient ce pouvoir : l'amour et la musique... Du moins, ma connaissance bien innocente de l'amour, mais là n'était pas le sujet. Mes pieds nus sur le parquet se meuvent d'eux-même tandis que mes mains, mes doigts, mon souffle, jouaient encore cette mélodie du roi du jazz. Duke Ellington était un model pour moi. Une icône de la musique du XXème siècle. Voilà presque cent ans, l'homme atteignait l'âge d'or de son art. Une légende vivante. Si Duke était le king, Louis n'avait pas à rougir non plus. Ce cher Armstrong. J'essayais aujourd'hui d'arriver à sa cheville en me mettant sur la pointe de mes pieds. Mes pieds qui tournoient encore.

Le rythme de la musique, légèrement plus lent que celui du morceau précédent, me permettait de me mouvoir avec plus de légèreté et d'élégance. Comme marcher sur des nuages, mes talons prenaient grand soin de ne pas toucher terre. Marcher sur l'eau, ne pas transpercer la glace... Et si j'allais faire du patin ? Du patin à glace avec... Saute musicale ! Mes doigts s'agitent sur les pistons du cuivre. Mes orteils frétillent et dansent encore et toujours. Souffle ! Mes poumons chantent avec la musique du piccolo pianista. J'aime tant... Je jette un oeil au garçon pour voir si la musique lui plaisait à lui aussi. Un sourire s'esquisse sur mes lèvres sans pour autant laisser faiblir mon souffle. La musique devait continuer !

Encore quelques notes avant la fin. Mes pieds ralentissent leur danse de façon progressive. Le son de la trompette se fait plus doux et léger, comme atténué par un fin voile de soie invisible. J'accompagne le piccolo pianista jusqu'à sa dernière note. Un petit coup sur la charleston. C'est fini pour nous.

Je fais une petite pose silencieuse. Comme si ma voix briserait la poésie de l'instant. Le silence aussi était mélodieux. On ne pouvait échapper au silence. C'était une chose bien plus constante que la musique, finalement... Je finis par lever les yeux vers le jeune homme et ne trouve rien d'autre à lui dire que :


- Je m'appelle Celo. Je crois que... qu'on fait du bon boulot tous les deux !

Je t'aimais...