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Je chante  L.W|T.G'S 

[Décembre 2043]
Il décala soigneusement la petite chaise de bois à quelques pas de lui, faisant de même avec l'étui à violon qui reposait à côté. Ses gestes, une fois n'est pas coutume, étaient lents et soigneux. Même s'il n'avait jamais vraiment eu la fibre musicale, il chantait seulement, il savait que les instruments étaient précieux. Autant pour leur prix que pour ce qu'il représentaient pour leur propriétaire. C'était un peu comme une baguette magique, un allongement de leur corps, toute une façon nouvelle de s'exprimer. Lui n'avait jamais eu l'envie de commencer à apprendre, comme toute la famille. Il venait d'une famille des champs, ils ne s'étaient pas embarrassés de savoir se tenir en société ou d'apprendre à jouer. Il était le seul à aimer si fort la musique. Il aimait l'entendre, la sentir et la voir. On pouvait voir la musique, il suffisait de savoir où regarder. La musique coulait sur les traits des uns et des autres modifiant leur visage. La musique coulait sur les murs dans l'air, la musique était magnifique. Comme un filet de bonheur. Nul doute que si on lui avait proposé d'apprendre à jouer d'un instrument il aurait dit oui. D'ailleurs, une fois plus âgé, il avait bien l'attention d'apprendre. Pour le moment, il chantait.

  II chantait l'amour, la peine. Il chantait la vie et la mort, parce que c'était ça chanter c'était exploser les sentiments aux visages des autres, leur crever le cœur ou leur réparer. Chanter ça pouvait faire mal autant que ça faisait du bien. Il n'y avait pas de bonne façon de chanter, chacun y donnait ce qu'il pouvait, selon sa sensibilité, son envie. C'était comme la magie. Chacun avait sa façon de lancer des sorts. Et on ne pouvait pas changer ça, c'était un morceau de leur identité, une façon de se faire reconnaître. On ne pouvait pas demander aux autres de chanter pareil, d'avoir les mêmes sentiments, le même timbre de voix et pire encore, la même expérience. On ne chantait pas pareil les chanson d’amour que de deuil si on en avait vécu un. L'expérience jouait beaucoup. Se mettre à la place de la musique, sentir les notes couler sur son corps et arriver à interpréter la chanson. Il ne suffisait pas de la chanter il fallait y mettre son cœur, ce qui faisait que nous étions nous et pas un autre. Il ne faisait pas que chanter, il vivait la musique.  

  Il tourna la tête pour ne plus voir la porte, certain que si quelqu'un rentrait et qu'il le voyait au lieu de l'entendre, cela le déconcentrerait et figea son regard sur la partition accompagnée des paroles qu'il avait posé sur un pupitre. Avec son humeur du jour, il avait choisit une musique assez douce, pas qu'il se sente triste ou quoi que ce soit, c'était même l'inverse, mais il avait simplement envie de chanter la tristesse, l'amour, le deuil et la douceur et pas la joie, tout simplement. Alors il avait simplement tiré une feuille dans son recueil de parole au hasard jusqu'à trouver une chanson qui lui faisait envie. 

  -I thought I sa... Rrrrrrrr rrrrr rrrr. 

  Il s'échauffa la voix quelques minutes avant de faire des exercices de respiration, comme ses professeurs le lui avaient apprit avant de se replacer correctement, les bras le long du corps, les épaules droites et les jambes légèrement écartées. Il leva la tête fièrement. 

  -I thought I saw the devil.... this morning
Looking in the mirror, dropofmmy on my tongue
With the warto help me seemyself clearer
I never meant to start a fire,
I never meanto make you bleed,
I'll be a better ma-an today...

  Ce qu'il appréciait, c'était d'avoir encore la voix assez aiguë pour chanter sans avoir l'air de marcher sur des légos.  Ce n'était pas parfait, certains mots étaient à moitié mâchés et il n'était pas chanteur professionnel, mais ce n'est pas mauvais non plus. Et il n'avait jamais chanté en pensant à la performance. Il chantait pour éclater les sentiments, si sa voix était moche, tant pis, le message était le même et seuls importaient les sentiments qu'il donnait aux autres. 
...
Dernière modification par Herschel Sherringford le 11 mai 2019, 20 h 49, modifié 4 fois.

Parfois ce sont les personnes qu'on imagine capable de rien qui font les choses que personne n'aurait imaginé
PoissIrene, je te choisis ! Attention, Poisson roux a prit la fuite !
RDD et rédacteur, deuxième année RP

Je chante  L.W|T.G'S 

Lucy avait toujours aimé la musique. Ayant grandi à Camberwell, la jeune fille entendait régulièrement des concerts de rue, dans ce quartier artistique, et elle rêvait depuis longtemps d'apprendre à jouer d'un instrument. Cependant, elle n'avait jamais osé formuler cette demande, et maintenant qu'elle vivait quasiment toute l'année à Poudlard, il lui serait difficile d'apprendre chez les moldus.

Ce jour-là, elle s'était aventurée dans la salle de répétition, pour voir ce qui se passait musicalement à Poudlard. Elle poussa la porte, et vit un autre élève, qui chantait. Lucy connaissait un peu la chanson, pour l'avoir entendue à la radio plusieurs fois, et, d'après son oreille inexpérimentée, c'était juste, et joli. Ayant facilement les larmes aux yeux, la jeune fille essuya le plus discrètement une larme. Sans s'en rendre compte, elle commença à fredonner, ne sachant pas les paroles.

Elle comprenait le texte de la chanson, et chanté par un garçon aussi jeune, voire plus jeune qu'elle, cela lui donnait des frissons. L'insouciance dans la voix contrastait tellement avec le message porté par les mots.

Lucy fredonnait de plus en plus fort, et, à un moment, elle ouvrit la bouche, sur le refrain, pour quelques paroles en yaourt, d'après ce qu'elle avait retenu des quelques écoutes de la chanson. A cet instant, elle stoppa net.

La Poufsouffle n'osa pas s'excuser, de peur de troubler davantage encore le garçon qui chantait. Elle s'assit sur une chaise, évitant de taper dans les instruments posés au sol, et l'écouta.

Merci pour la découverte de la chanson, elle est super !

Luehssyie Woudde Pecker
PATA-P & GIFeuse w/ C.M²
Parce que tous les nuages du monde n'empêchent pas les pleines lunes

Je chante  L.W|T.G'S 

DÉCEMBRE 2043
Devant la salle de répétition, Poudlard
Thalia, 12 ans
2ème année

« Toi, dit-il, tu es quelque chose de terriblement réel dans un monde qui est terriblement faux. Et c’est pour ça, je pense, que tu souffres tellement. »
Inconnu

Image


Certains Sons me font vibrer toute entière, et je n’ai jamais compris pourquoi. J’en suis presque dépendante. De ces dépendances sublimes, ces seules dépendances que je ne veux pas briser. Ces dépendances qui vont vivre mon cœur, qui anime mon esprit, qui me transcende toute entière. Tant que ce ne sont que des Sons, des fragments d’infinis, cela me va. Musique de la vie, harmonie parfaite, les Sons me brûlent et me rafraichissent, ils me dévorent l’âme pour la faire renaitre. Les Sons sont de ces choses qui ne sont pas uniquement créées dans l’unique mission de détruire. Pas comme les Autres et leurs mots terribles, non. Juste des Sons purs, uniques, parfaits, sublimes. Dans ces Sons vient le Chant du Domaine, comme le nommait Maman. Le murmure si beau du Domaine des Sylves. Ou le rugissement sans nom des rivières et des mers, cette eau qui s’élève et s’étend, rugit et s’anime. Ou encore le froissement des pages des bouquins, ressources infinies de Savoir. Tout comme le battement de mon cœur d’enfant, rythme d’une vie. Tant de bruits capturés et captivants, signe d’une immensité qui me dépasse mais qui me parle. Des Sons de la nature et de la vie. Mais ceux nés des Autres me touchent parfois aussi profondément. L’harmonie de l’assemblage des notes que Maman effleurait sur son piano mélodieux était la symphonie de ma Bulle. Mais elle a cessé. Si rares sont désormais les Sons des Autres qui me bouleversent. Ces musiques déchirantes et hurlantes que sont le rap, le rock ou d’autres créations non-magiques peuvent parfois me faire crier jusqu’à m’en déchirer la gorge, crier de terreur devant tant de beauté. Des mélodies sublimes arrivent à transpercer ma carapace, mais si rarement.
J’aimerais que cela se passe plus souvent.
Devant tant de beauté, j’aimerais que les Sons bouleversants soient plus nombreux. J’aimerais vivre au milieu d’eux.
*Pour toujours*.

Devant cette voix qui chatouille mon âme et qui lui parle, j’aimerais tant me plonger dans ces instants chargés d’exaltation pour oublier tous les autres. Celui là en vaut la peine. La porte me cachait, mais dans son entrebâillement, je voyais le gamin qui chantait si joliment. Un petit. Petit innocent, pas encore assez grand pour savoir me blesser. Ses mots, en l’occurrence, me font tant de bien.
Un bruit me fait soudainement sursauter ; à l’orée du couloir, une silhouette s’approche lentement. Immédiatement, je saisis un bout de parchemin plein de notes d’Emily qui trainait dans ma poche, l’approche de mes yeux et commence à marcher en sens inverse de l’inconnue. Ma concentration apparente est on ne peut plus fausse, mais mes cheveux sombres ondulent autour de mon visage et forment une barrière qui me soustrait à la vision de l’Autre.
*L’Autre*. Bercée par le chant naissant, même ce mot sonnait étrangement à mes oreilles. L’Autre, quelqu’un qui pourrait me blesser, me faire du mal. L’Autre, juste une inconnue que je ne veux même pas regarder. L’Autre. Pourtant, moi aussi je fais du mal. Moi aussi. Moi plus que les Autres. Ils me détruisent et je les frappe en retour, n’est-ce pas ? Et j’en détruis tant. Tant de hurlements qui franchissent ma bouche pour tenter de renforcer ma protection, et qui se retournent finalement contre moi. *Aelle*. Suffocante, je souffle, peine à respirer. Elle me fait mal. Mes yeux me piquent. *Je t’aime, je t’aime, je...*. Non, non, il faut que j’arrête, je ne dois pas pleurer. Elle n’aime pas cela, je ne dois pas pleurer. Que disait-elle, déjà ? *Ne pas pleurer.*
« Sois pas pitoyable.
J’sais pas pourquoi tu l’es mais...
J’aime pas t’voir pleurer. »

*J’aime pas t’voir pleurer*. Alors je ne pleurerai pas. JE NE PLEURERAI PAS ! *J’aime pas t’voir pleurer*. Derrière moi, l’Autre pousse la porte devant laquelle j’étais tapie. Immédiatement, je lâche mon parchemin et m’y précipite de nouveau. Mes yeux me piquent toujours, et mon cœur me brûle. Il bat trop fort. Ses battements sont rythmés mais disharmonieux, douloureux. *J’aime pas t’voir pleurer !*. Ne pas l’oublier. Aussitôt, un ricanement muet me prend. Comment pourrais L’oublier ? JE NE PEUX PAS, C’EST BIEN LE PROBLÈME ! Ou pas.
Et le chant continue, me prenant droit à l’âme.

«
I thought I saw the devil.... this morning
Looking in the mirror, dropofmmy on my tongue
 »

Explosion. MON MONDE TOURNE ! La petite voix aigüe du gamin me fait mal tout en me faisant tant de bien.
*Moi aussi j’ai vu l’diable c’matin*. Comme tous les matins, je pense avoir vu le diable. *En m’regardant dans l’miroir, ouais*. Ma face dans le miroir, le pire des démons. *Mais sur ma langue, c’tait pas du rhum...*. Jamais de l’alcool, et pourtant ça aurait été si bien. *Non, plutôt du sang*. Et son goût amer, qui me déchire. Ce gosse chante pour moi, n’est-ce pas ? Moi je suis le diable, que je vois à chaque instant dans les miroirs, terrifiée par le goût sanglant de la peur.

«
With the warto help me seemyself clearer
I never meant to start a fire,
I never meanto make you bleed
 »

Ses paroles me tuent.
*Et je me vois plus claire, moi aussi...*. J’ai mal. *Ou peut-être plus flou, en fait*. Un gosse si petit. Même pas un Autre. Je n’ai jamais pensé ça, je ne suis pas sûre que ce soit bien. Mais il chante si bien, il me fait mal. Des paroles si vraies. Si horribles. *Je n’ai jamais voulu commencé ce feu*. Comme dans la chanson. Mais moi, j’ai mes variantes encore pire. *Surtout pas à l’intérieur de moi*. Surtout pas. Les flammes me brûlent. *Je me consume et je brûle les autres avec moi*. Première fois ; pas de majuscules à « autres », je les englobe tous. *Je n’ai jamais voulu te faire saigner...*. Les Autres, des fois, oui. Même si je n’aurais pas dû. Mais pas toi. Jamais. *Je n’ai jamais voulu te faire saigner... Aelle...*. Ma tête qui se baisse, qui se balance au rythme des paroles.

«
I'll be a better ma-an today... »

Moi aussi.
*MOI AUSSI !*. Par l’entrebâillement, j’observe la fille rousse s’approcher du petit et s’asseoir. La rousse. Sa silhouette me dit quelque chose, mais ce n’est pas important. L’important, c’est la musique. Ça me fait mal. *Je serai une meilleure enfant aujourd’hui*. Voilà l’important. Mais je n’y arrive pas. Je ne peux pas. Trop nulle, voilà ce que je suis. Pitoyable. *Je serai meilleure, aujourd’hui*. Voilà, ça hurle, ça hurle. Dans ma tête, ça hurle. La chanson, elle hurle. *JE N’AI JAMAIS VOULU TE FAIRE SAIGNER !*.

« 
Je n’ai jamais voulu te faire saigner ! »

J’ai murmuré, mais j’ai murmuré fort, tout de même. Et voilà.
La chanson me défonce par sa vérité.

La Nuit est toute-puissante.
Par peur de mourir elle s’interdisait de vivre ~ par peur d’être blessée elle s’interdisait d’aimer.

Je chante  L.W|T.G'S 

  Il posa ses mains sur son ventre, sentant sa respiration et sa voix vibrer contre ses petites mains. Fermant les yeux, perdant de vue l'affiche d'un groupe qu'il ne connaissait pas, il se concentra sur tous les petits détails de la chanson. Les paroles enveloppèrent la pièce d'une douce ambiance, rebondissant sur les murs pour venir à nouveau chatouiller ses tympans. Dans sa tête dansaient les notes de la musique, une jolie valse de notes. Une jolie mélodie claire comme de l'eau de roche, caressant les parois de son crâne et lui faisant oublier toutes les choses qui auraient pu mal se passer dans sa journée, ne laissant derrière elles que le puissant sentiment d'être à sa place, d'être en ce moment là où il serait le mieux. A sa place. Comme une rose éternelle, la chanson était belle et ne se perdrait jamais. Il ne remarqua pas l'entrée de l'autre avant qu'il ne l'entende chantonner à ses côtés. Il écarta légèrement les bras et les mit plus haut, levant sa tête vers le ciel, comme si les nuages pouvaient couler sur lui et envelopper sa mélodie de coton.

  -I'll be good, I'll be good
And I'll love the world, like I should
Yeah, I'll be good, I'll be good
For all of the time....
That I... never could

  C'est une fille. Elle chanta quelques paroles mâchées sur la fin mais se tue quelques secondes après. Il finit le refrain et ferma la bouche, baissant la tête vers l'origine du bruit et ouvrit les yeux pour les poser sur la nouvelle arrivante. C'était bien une fille, presque aussi rousse que lui. Il ne la connaissait pas, même de vue, alors elle ne devait pas être en première année. Poufsouffle d'après son uniforme. Il gratta sa gorge et ouvrit la bouche.

  -Bonjour ! Tu veux venir écouter ou tu veux venir chanter ? Ça me dérange pas alors tu peux continuer. Il s'approcha d'elle et lui tendit sa main. Herschel, et toi tu es ?

  Il allait se détourner à nouveau quand un murmure fort lui parvint du couloir. Il se stoppa, tourna sa tête vers la porte et n'osa plus bouger. Il détestait se faire espionner, il préférait mille fois chanter devant quelqu'un qu'il voyait plutôt que devant quelqu'un dont l’existence lui échappait. 

Parfois ce sont les personnes qu'on imagine capable de rien qui font les choses que personne n'aurait imaginé
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RDD et rédacteur, deuxième année RP

Je chante  L.W|T.G'S 

Les yeux du garçon se posèrent sur elle dès qu'il eût fini son refrain. Elle ne sentait pas de méchanceté dedans, ni même de jugement. Non, c'était plein d'émotions, mais pas d'émotions négatives. C'était… Bienveillant. Ce regard, elle l'avait rarement vu dans des yeux d'inconnu, et elle était sûre que dans ses yeux à elle, la bienveillance ne transpirait pas.

Il lui demanda si elle voulait chanter avec lui. Lucy eut un bug pendant quelques secondes.

- Attends... Tu veux bien ? bafouilla la jeune fille, qui demeurait toujours surprise.

Elle se demandait s'il ne se moquerait pas d'elle, après, quand elle se mettrait à chanter. Tous les gens avaient fait ça, alors, elle essayait au maximum de se retenir de chanter. Là, elle n'avait pas su faire, pas su intérioriser les émotions que lui inspiraient la chanson. Alors, sans réellement pouvoir l'expliquer, la Poufsouffle se laissa tomber sur la chaise la plus proche et fondit en larmes. Elle explosa en sanglots.

Lucy n'avait aucune notion du temps. Elle aurait pu passer des heures à pleurer sans s'en rendre compte. Alors, au bout de quelques secondes, elle leva la tête sur le garçon. Herschel. Un prénom allemand, sans doute. Comme sa maman. Et, en croisant le regard du rouquin, la deuxième année rougit de honte. Comment avait-elle pu se laisser envahir à ce point par ses émotions ? Elle se martelait, depuis des années, qu'on ne pleurait pas devant des inconnus. Et même devant des gens qu'elle connaissait, c'était difficile pour elle de livrer ses sentiments. Alors, craquer devant un garçon qu'elle ne connaissait pas... Lucy s'en voulait.

- Désolée, lança-t-elle, sincèrement.

Elle voulut s'enfuir, courir se réfugier dans son dortoir. Mais elle n'était pas capable d'enclencher le processus pour se lever. Elle était condamnée à rester ici. 

Excusez moi pour le retard !

Luehssyie Woudde Pecker
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Je chante  L.W|T.G'S 

Les Autres sont mauvais. Ils me détruisent. Ils arrivent, et me tuent avec leurs mots si tranchants. On dit que les mots sont des armes, et c’est vrai. Je sais d’expérience que les coups font mal, et qu’ils peuvent laisser des cicatrices. Mais les mots sont plus vicieux. Ils s’infiltrent à l’intérieur de l’être comme l’eau dans la roche : sans bruit, silencieusement, doucement. Répandant leur poison, ils rongent l’âme. Eux aussi laissent des cicatrices, mais pas les mêmes. Des cicatrices et des bleus qui ne sont pas visibles. Qui restent enfermés sous la peau, dans l’âme, et qui veulent sortir. Mais qui ne peuvent pas. Ceux là font mal, très mal. Ils tuent en douceur. Alors les Autres sont mauvais. Ils attaquent bien en face et trouvent toujours les mots justes. Parfois, ils se font même passer pour des gentils. Et ils attaquent de l’intérieur, en détruisant ta confiance, ton respect, et toute ton innocence. Ceux là sont les pires. C’est pour ça que je ne dois jamais m’attacher. Parce que je risquerais d’oublier que les Autres me blesseront toujours. Et que je pourrais leur fournir des armes plus aiguisées encore.
Pourtant, parfois, je vois des Autres qui ne sont pas encore totalement des Autres. Des Enfants. Totalement passionnés, ou totalement libres. Eux ne blessent pas, pas encore. Mais j’ai toujours peur qu’ils grandissent et finissent par me faire mal. Les Enfants ne sont pas mauvais, ils peuvent même être bons. Parfois. Je crois que Wood fait partie de ceux là, car je ne peux penser à elle que comme la petite fille recroquevillée dans cette rue de Londres. Je crois que le petit garçon qui chante est aussi un Enfant, parce qu’il est beau et que ses mots me touchent. Mais ils ne me touchent pas en mal : je crois même qu’ils me font du bien.

Alors quand Wood fond en larmes et se laisse tomber sur une chaise, je tressaille. La voir comme ça me rappelle l’École, et ce jour là où elle cachait ses cheveux. Le gamin —
*Herschel* me rappelé-je —, lui, tourne sa tête vers la porte et vers moi. Et reste là sans bouger. Il m’a vu, il m’a entendu, je le sais. Je devrais m’en vouloir de m’être fait découvrir, mais non. Je devrais m’enfuir en courant, mais non. Je me mords la lèvre inférieure puis je pousse un peu plus la porte. En entrant, je sens quelque chose me serrer le ventre. Et si je m’étais trompée ? Et si c’étaient des Autres et qu’ils me faisaient mal ? *Alors je leur ferais mal aussi* me promis-je fermement. Après toutes ces années, j’ai appris à me défendre contre les Autres, à leur rendre leurs coups.

Et pourtant, debout devant eux, je me sens vulnérable. Tentant un sourire, j’essaye d’ignorer Wood — je ne sais pas vraiment ce qu’elle pense de moi. En regardant le garçon, je lance la première phrase qui me passe par la tête :


« Tu chantes bien. Vraiment bien. » Ma voix est mal assurée, elle tremble un peu. Jamais je ne parle comme ça aux Autres. Pourquoi je fais ça ? « Je... j’ai beaucoup aimé. »

Encore tremblante de cette prise de parole idiote, je me demande pourquoi je ne suis pas en colère contre moi-même. Je sais que je devrais l’être : je devrais me fustiger intérieurement d’avoir dit quelque chose comme ça. Pourtant, je n’arrive qu’à maintenir mon sourire bancal mais sincère, et à jeter des coups d’œil en coin à la rousse qui a les joues aussi rouges que sa chevelure. La honte. Ben tiens, voilà encore quelque chose que je connais bien.

La Nuit est toute-puissante.
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    Quand il chantait, il hurlait tout. Il hurlait qu'il aimait, qu'il vivait, qu'il chialait parfois. Il chantait son animation. Il chantait son amour. Il chantait pour pas mourir, pour pas pourrir au fond. Si un jour il stoppait tout ça ? Si un jour il vivait sans chant, ça irait ? Il savait pas. Il avait la foi d'un truc grand, mais il pouvait pas. Un sanglot. Trois, dix, vingts. Toujours. L'abandon, tout c'qui faisait d'lui un garçon. Son tout. Illusion d'un vivant. Pantin aux mains d'un roi plus haut. Il vous voit, tout là bas. Vision, si haut, si grand, si imposant. Un Roi. Il vous voit mal mais il sait tout. Pas d'abris à sa vision. Son sourcil droit mit plus haut. Pourquoi ? Pourquoi un chant ? 

    La mort du tout, sauf du tout qui fait d'lui, lui. La mort du tout autour. Il sait pas pourquoi. 

    -Tu chantais toi ? J'tai vu. Pourquoi ?  

    Il chialait toujours. Pourquoi ? Pouls actif, trop vif pour lui. Sanglotait-il avant ? Trop abrupt. Tout noir autour, si noir qu'il voit plus. Bijou brillant. Trop. 

    -Ça va ? 

    Qui ? Aucun mot pour lui. Iris, Cassy', Kyanna ou Rubis ? Il sait pas. Gamin qui chialait toujours. Pourquoi lui ? Pas lui. Y'a pas d'raison qu'il soit ça. 

    -Piano, violon. Tu connais ? Toi aussi ? 

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RDD et rédacteur, deuxième année RP