Volière

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Épanchement

Un Écoulement après une Danse



Le sol jonché de plumes, celles des hiboux et des chouettes qui régnaient en ce lieu. Et parmi elles, dissimulées parmi leurs semblables des plumes d’écriture à la pointe cassée. De frustration, de rage. L’adolescente qui avait grimpé jusqu’à la volière du château était présente depuis des heures, assise dans un recoin qu’elle avait magiquement nettoyé avant de s’y installer. Une pile de papiers alignés à sa gauche, quelques parchemins froissés à sa droite. Ces plumes qui imbibaient d’encre les autres de leurs presque semblables présentes dans cet espace. Le Soleil n’avait pas encore point, elle était dans une obscurité relative puisque baignait dans l’éclat de la Lune qui brillait encore. L’encre argentée qu’elle employait se révélait à la lumière de la Nuit. L’atmosphère était moins sombre qu’elle ne l’était quelques heures auparavant. Son temps lui était compté si elle souhaitait s’éclipser avant que n’arrivent les premiers visiteurs du matin, quand Éos se serait manifestée. La jeune sorcière tenait en main sa dernière plume encore en état de produire les boucles de ses lettres, après ce massacre elle devrait certainement renouveler ses fournitures. Elle posa sa tête contre le mur derrière elle et réfléchit avant d’apposer le propos liminaire. Pourquoi cette missive lui tenait-elle tant à cœur ? Phœbe avait trop peur de côtoyer de nouveau la présence physique de cette Fille, sa prestance de corps. Ses mots seraient son rempart pour revenir à elle, juste après leur fuite commune. L’attraction n’était pas morte. Au contraire après avoir été malmenée elle s’en revenait, plus violente, plus imposante. La petite Swan se sentait aussi étrangement coupable. D’avoir heurté alors qu’elle aurait certainement dû faire preuve de plus de délicatesse. L’avait-elle aussi été ? Probablement, certes… La Serpentard n’avait pas confiance en son référentiel de perceptions qui avait certainement cafouillé en cette Soirée. Où elle avait été transportée dans l’inédit, dans l’irréel.
Irradiante Perle,
Sa main gauche se leva du papier après avoir posé l’adresse. Elle ne connaissait pas même son nom. L’adolescente était curieuse d’entendre la voix de la Fille l’entourer, le prononcer comme sien. Écrire à présent. Ce devait être sa préoccupation. L’horloge avançait. Réfléchir les mots, les constructions. Elle n’avait plus le droit à l’erreur et s’interdisait strictement des ratures. L’image devait être propre.
Je crois que je m’en veux. Quel être irrespectable je suis ! J’ai certainement tout gâché en dépit d’un engagement appréciable qui aurait pu mener à un moment agréable et en bonne compagnie. Tout est inexplicable avec toi. Tout est dit, n’est-ce pas ? Je me justifie de ne pas développer puisque justement rien de cohérent ne daigne sortir de moi. Il faudrait plonger dans les Tourments de mes pensées pour savoir ce qui est en moi et ne parvient à s’aligner comme je le souhaiterais tant. Tu as réveillé un Chaos. Pour comprendre tu devrais le voir, mais il m’est si intime que je peinerais à te le montrer. Je suis désolée de t’avoir fait intrusion pour tenter de me discerner. Désir égocentré que je regrette. À toi seule devrait venir la détermination de ce que tu es prête à offrir. Je recule. Je me mets en retrait. Tout en gardant un œil attentif, disposée à t’accueillir.
Phœbe relisait, la main tremblante au-dessus du parchemin, ce qu’elle avait écrit, sachant pertinemment que toute façon elle n’y réapposerait rien du fait de sa résolution première de rédaction. Elle écrivait peu sur des états personnels. Jamais à vrai dire. Pour la première fois elle découvrit que des émotions pouvaient la prendre par la formation de ces lettres alignées destinées à quelqu’un qui n’était pas elle. Intenses, mais surtout contradictoires. De complexes enchevêtrements et ramifications. Le coin de ses yeux s’était naturellement humidifié, comme l’écoulement spontané suivant le cours et le flot de ses mouvements internes.

À la place où la signature aurait dû figurer, elle trempa la pointe de sa plume dans la goutte qui venait de s’écraser contre le parchemin, tirant l’eau se mêlant avec l’encre pour former des sortes de volutes tout autour de ce Cœur humide. Elle posa le papier pour lui donner le temps de sécher et se leva pour regarder les oiseaux de la volière. La petite Swan s’arrêta devant une chouette au plumage particulièrement sombre, presque noire. Sa messagère était choisie. Même le plus infime fragment de son action comptait, d’où le choix qu’elle venait de faire et qu’elle ne jugeait pas anodin. L’adolescente se baissa pour ramasser sa lettre et la roula avant de l’attacher à la patte du volatile. Elle murmura alors en s’approchant de sa tête, alors qu’elle savait que l’ouïe fine de la chouette ne demandait pas cet artifice. Il s’agissait plus de ne pas être entendue par des oreilles indiscrètes.

« Je ne sais comment vous faites, mais le courrier arrive toujours à destination quand vous l’acheminez. Une bénédiction d’Athéna ? Quoiqu’il en soit, je compte sur vous pour la trouver et lui porter ces mots, même si je ne saurais vous donner son Nom. »

Éternelle nouvelle Lune
Sombre Ciel

Épanchement

Depuis l’incident de la soirée de Noël, je me cachais d’elle. Tout pour l’éviter, ce qui constituait en soi une épreuve car les cachots n’étaient pas si grands et malgré mon habituelle propension à éviter d’être sur le devant de la scène, je ne pouvais échapper à certaines réunions communes. Par chance, nous avions perdu un match et le soir de celui-ci, j’évitai la traditionnelle soirée festive qui couronnait chacune de nos victoires. J’avais fait l’effort d’aller en tribune pour une fois mais sans conviction. En tout cas pas plus que d’habitude. Cela faisait toujours un soir de moins à manigancer des stratagèmes.
Si j’avais bien compris, elle avait plutôt correctement joué, et l’attrapeur adverse s’était montré très talentueux. L’égo Serpentard en avait pris un coup mais je m’en moquais. En fait, je cherchais à me distraire, oublier ce que je n’avais pas compris, qui m’avait bousculée parce que je n’étais pas sur ce terrain-là, parce que je ne le savais pas mais une intuition me disait de… me méfier. A tous points de vue. Des soucis, j’en avais suffisamment, Neptuna avait sorti un certain nombre de vieilles histoires de famille auxquelles j’aurais préféré ne pas être associée. Il aurait été facile de se considérer hors d'un jeu de leur époque. Elle n’était pas la mienne mais je sentais qu’un jour ou l’autre, j’allais entrer dans la danse…. Encore une que je devrais éviter, sans parvenir à y échapper. Du travail, j’en avais pour dix, les devoirs, les recherches toujours infructueuses sur la Russie, les origines de Père, ce sang ALEKHIN qui coulait en moi (« Prononce toujours ALEKHINE, Circéia ! ALEKHINA tu seras, ne l’oublie pas ») Il m’obsédait avec ses fixettes, on aurait dû dire lubies mais bon, je faisais comme si tout n’était que légèreté. Personne ne m’avait appris la nonchalance, celle que je voyais dans la démarche des garçons de dernière année. Ils m’énervaient, tous. L’affaire tenait là, j’étais… énervée. Et les plumes en prenaient pour leur garde. Jamais je n’avais travaillé autant, c’était une folie, une frénésie. Se perdre pour oublier une soirée qui n’avait pas de sens. Je n’aimais pas les souris et j’avais clairement l’impression d’être entre les pattes d’un chat se jouant de moi. Voilà pourquoi j’évitais de me retrouver en situation autre que formelle.
Une fois, nous avions dû manger assises l’une en face de l’autre. Je m’étais tue, mais comme c’était mon comportement habituel personne n’avait rien remarqué. S’efforcer de ne pas croiser quelqu’un est assez facile, le plus dur est de ne pas y penser, ne pas en faire une obsession. Les leçons de Père étaient utiles. « Ne pas focaliser sur les talents de l’adversaire, sinon tu les renforces sans qu’il agisse ». C’était cela, éviter de faire grandir la bête en soi.
Avec les semaines, j’y parvins. C’était une forme de libération, ne plus y penser, vivre pour l’Histoire de la magie, l’étude des moldus… même les potions devenaient un jeu. C’était un signe. Et puis je reçus un soir un hibou. L'animal semblait m’attendre depuis longtemps, sans reproche mais avec une insistance d’enfant qui a besoin de passer au plus vite par les toilettes. Il ne s’était pas gêné d’ailleurs pour y passer mais bon…

- Tergeo !

Un hibou… de Phoebe Swan. Comme une redécouverte de ce que signifie une douche glaciale ! Le saut dans le Baïkal sans les bénéfices qu’on en retire. Par politesse, je la lus, on doit toujours le faire, même si l'on sait ce qu’on en pensera. Car rien n’est écrit. Ou justement si… mais faut-il en prendre connaissance pour en prendre la mesure. C’était donc cela. Je ne m’étais pas trompée. Moi qui n’avais rien fait, rien voulu. Peut-être avais-je été sotte, inconsciente de ce que j’étais mais je ne me posais pas la question  exactement ainsi. Pourquoi moi, pourquoi ça, dont je ne voulais pas. Par moments, je sentais autour de moi d’étranges forces qui maraudaient en attendant de me cueillir. C’était passablement désagréable. Passablement, un mot de Mère. Qu’il était bienvenu, bienveillant mais signifiant.
J’étais gênée, et me sentais prise au piège. Le plus dur était là. Ne voulant pas m’en faire une ennemie, je me voyais mal faire une scène dramatique comme les grands auteurs savent en installer une dans les romans célèbres. Il me fallait adopter une stratégie globale, décider de la suite de la partie. Et trancher.

- Incendio !

Le parchemin brula dans une flamme aux contours mauves que je m’efforçai de ne pas contempler. Une étrange idée me vint, comme si…. par réflexe, je mis les cendres dans une fiole, qui un jour me servirait au moins de comparatif avec les cendres des hiboux de Neptuna. Tout en ayant soin de ne pas les toucher, par protocole sorcier, je les enfermai donc et les mis dans mon sac. Comme à son habitude, il m’attendait dans un coin précis, sous un meuble que personne jamais ne remarquait tant il était un meuble.
Personne ne m’avait remarqué, et c’était tant mieux. Seules mes camarades de chambre auraient pu voir quelque chose mais elles devaient être en train de travailler... Désormais assise dans un fauteuil en cuir où tant d’adolescents avant moi avaient dû se poser des questions abominables, je frottais le cuir de mes mains, espérant sans doute trouver la chaleur d’une situation heureuse. Je savais quoi faire, l’évidence me sautait aux yeux mais je ne pouvais m’y résoudre. L’inaction. Si seulement j’avais pu refuser cette danse, si seulement j’étais restée prostrée au lieu de jouer les fières. Ma bêtise me revenait en pleine face, bonne leçon, chère  mais instructive. Je refusais de laisser le hasard décider, il fallait adopter une attitude claire. Je n’écrirais pas, ni ne parlerais. Il fallait oser l’immobilité. Cette partie-là ne se jouait pas au temps, et comme je disposais de lui comme bon me semblait, j’allais le laisser filer, que le sable érode les souvenirs pour qu’un jour la montagne disparaisse enfin. Et il ne resterait que moi, à l’idiotie béante, seule face au vide. Seule mais sans la crainte.
On ne demeure pas jolie éternellement alors autant décider de la façon dont on resplendit.

Ils entendent nous enseigner la vie, eux qui n’ont aucune idée de ce qu’est le bonheur.
Comment dire sans le faire ?

Épanchement

Les jours s’étaient lentement égrenés sans que rien ne se produise. Phoebe n’aurait pu déterminer si cette inertie était préférable à un… quelque chose ? Elle avait longuement attendu, ne sachant pas vraiment si c’était un retour ou plutôt un mutisme qu’il aurait pu faire baisser la tension ressentie depuis l’envol du hibou. Rien. Silence. L’adolescente avait tenté d’accueillir avec flegme la situation, mais oublier ce fragment offert n’était pas aussi aisé qu’elle le voudrait. Elle aurait certainement dû demeurer sur leur fuite commune. Ce moment où les deux Serpentard avaient su être en phase. Elles savent se fuir. Sauraient-elles s’engager dans le mouvement inverse? L’interrogation était l’une de celles que la petite Swan s’était posée et dont elle avait souhaité connaître la réponse. Cette dernière était claire. L’autre Fille s’accoutumait à cette distance, en tout point et sur tous les plans. Il devait être temps d’effacer le souvenir de ceci, continuer sa route seule. En théorie c’était le schéma à suivre, parfaitement raisonnable, rien de plus simple puisqu’il n’impliquait pas de faire grande chose. Faire comme si rien n’avait pas été partagé, comme si deux ne pouvait exister. Une partie de la Nuit, l’adolescente avait tenté de ne plus penser à cette lettre, à sa camarade troublante. Elle ne se sentait même pas excusée, chaque prolongement du silence était un poids de plus ajouté son tort d’où découlait une très désagréable sensation. L’une de celle qui pousse à vouloir contrôler le Temps pour parfaire les instants d’échec. La jeune sorcière n’avait pas envie de poser le mot, même en pensée, sur ce ressenti dont elle aurait aimé pouvoir se débarrasser. Quand elle regardait le Ciel, insolent celui-ci la dessinait, cette sublime Perle russe, la sentence cruelle de ce qui devient impossible à occulter en dépit de la puissance du vœu.

Au bord de l’implosion, elle remonta à la volière, ne résistant plus au désir de recherche. Elle était bruyante. La vie manifestée par les bruissement d’ailes, les sons produits pas les animaux nocturnes créaient une Symphonie bien plus saturante du point de vue auditif que tout ce qu’elle avait eu à entendre récemment. Ils parvinrent même à dépasser son tourbillon interne pour une fraction. La démarche droite – ce qui était exceptionnel chez l’argentée au pas souvent zigzaguant – elle passa devant les niches accueillant hiboux et chouettes de toutes sortes. La Vert et Argent fit le tour selon un parcours lapidaire réduit au nécessaire. Son corps s’immobilisa devant un oiseau au plumage bien caractéristique. C’était la chouette. Reconnaissable parmi toutes. Phœbe leva doucement la main gauche pour passer délicatement ses doigts entre les plumes sombres de son émissaire. Si elle était de retour, c’est qu’elle devait obligatoirement avoir mené sa mission à bien. Pas de raisons qu’il y ait eu interception, ce n’est qu’une innocente missive d’enfant à enfant. L’ignorance était volontaire. Une ultime plongée dans les grandes pupilles ambrées avant de se retourner. Puis de s’effondrer sur le sol. Que de faux pas de sa part. Elle ne savait pas danser. Il lui faudrait un jour apprendre. Pour pouvoir entrer dans une belle Danse, au lieu de saccager la piste, cela étant la seule chose qu’elle paraissait disposée à entreprendre à ce stade.

L’étudiant glissa pour atteindre les quelques fournitures dont elle avait subitement besoin. Une très large bande de parchemin, une plume, un encrier d’une encre noire aussi sombre qu’était la Serpentard en cet instant. Elle commença par un ‘chère A…’ mais son adresse fut très rapidement avortée. Sa cousine ne saurait lui être d’aucun secours, ce n’était pas par l’écriture que l’échange était fructueux avec Æglé, il était nécessaire de venir directement à elle. D’un trait rageur et très épais, débordant largement des limites des lettres inscrites, la petite Swan raya ce semblant de début. Elle n’avait personne. Personne, concrètement, pour accueillir ses méandres personnels. Du moins par ce biais. Persévérance oblige, quelques minutes plus tard l’argentée était encore penchée sur le papier tâché d’encre, le bras tremblant, à tenter vainement de sortir quelque chose hors d’elle. Cette entreprise ne fut pas concluante. Elle aurait aimé briser cette plume, ainsi que tous les éléments traîtres qui s’étaient immiscés depuis peu dans ses affaires. Au lieu de cela, elle fit un geste d’une simplicité incroyable, expression de ce qui était dans ses moyens pour sortir sa frustration. L’encrier avait basculé fugitivement, mais suffisamment pour tracer une coulée noire sur le parchemin. Indélébile. Car telles doivent être ces marques. Phœbe récupéra le morceau rectangulaire devenu dichrome par son acharnement. Semi-blanc, semi-noir. Elle se redressa sur sa hauteur modérée et commença l’élaboration d’un pliage, contre les pierres du mur. Un qu’elle avait déjà eu l’occasion d’apercevoir sans que ses mains ne soient passées de l’autre côté jusqu’à présent. Une fois terminé, sa base tenait sur la paume de la sorcière, signe d’une taille importante pour un pliage figuratif de cette nature.

Un Cygne. Qui était tout à la fois. Deux facettes ne sont que des fragmentations d’un unique ensemble aux nuances infinies. Ses Perles d’Argent se déposèrent quelques secondes sur l’animal mélange de grâce, souffrance, noirceur avant que ne mût le bas de son corps pour l’emmener vers une ouverture. Il faisait si sombre en cette Nuit qu’il était impossible de distinguer quoique ce soit en contemplant vers le bas ce qui aurait dû être le Parc. Sa paume droite accueillant l’oiseau, les doigts du côté opposés trifouillèrent entre des plis de tissu avant de se resserrer autour d’un morceau de bois. Une énergie désordonnée bouillonnait, ne demandant qu’à sortir. *Accordé.* L’adolescente pointa le parchemin plié et laissa sortir la Magie. Sans rétention. Le Cygne décolla, mu par un élan surnaturel, s’envola vers une trajectoire que l’étudiante ne voulait pas connaître. Si elle la contrôlait inconsciemment, au moins n’en avait-elle pas idée. Ne se souciant pas de l’heure plus qu’indécente, la petite Swan cria en observant la chute contrôlée par les élégants battements de la créature qu’elle avait indirectement créée.

« Vole ! Vole à t’en briser les ailes… »

La jeune fille se retira alors de quelques mètres avant de s’allonger, sa vision ne pouvant rien accueillir de concret par le manque de lumière. Elle brûlait. Deux traînées ardentes tracèrent leur sillon brillant sur les tempes du visage d’enfant, leur extrémité se perdant au sein d’une sombre chevelure. Une pensée nette se dessina, prit progressivement toute la place de l’esprit de Phœbe.

Je ne suis qu’un Cygne de Papier.

Éternelle nouvelle Lune
Sombre Ciel

Épanchement

Je me  promenais tranquillement dans le parc. Une de ces journées d’Avril dont on pourrait croire qu’elles sont un avant-goût de l’été. J’avais obtenu des résultats intéressants ces derniers temps et mon humeur s’en ressentait, joyeusement. Les Serpentards étaient comme à leur habitude occupés à compter les points en vue du prochain match. Et les amoureux se laissaient aller à leurs ébats d’une façon inégalement discrète. Je cherchais à les éviter, plus pour ne pas les déranger qu’autre chose. Le vent était faible mais il soufflait, de sorte que le lac se voilait le plus souvent d’une écume subtile, par moments et par endroits. J’en étais à penser à Ivanovna quand j’eus une étrange impression. N’était-ce que mon imagination ou Neptuna trainait-elle dans les parages ? Je me sentais observée, d’une façon lointaine mais avérée, comment dire, une « surveillance éloignée ». Mais une surveillance étroite. Ce n’était pas bon signe s’il ne s’agissait pas de ma tante. J’avais déjà parlé trop souvent, et de mauvaise manière, au sens pas discrète, de ce qui touchait ma famille. Une fois, passait encore mais deux, trois… On m’avait mise sous surveillance, j’en étais certaine et ce sentiment me dérangeait. Le mieux était encore de ne rien montrer dans un premier temps, tout en cherchant à débusquer le planton. M’allongeant dans l’herbe, je me mis à réfléchir et si j’avais eu la bonne idée, immédiatement, j’aurais pu savoir dès cet instant. Mais non, j’étais bête. Je ne pouvais pas savoir, pas à ce moment-là. Car il était un peu trop tôt. Plus tard, je décidai d’aller naturellement à la volière, après tout elle constituait le meilleur endroit pour dominer le château, le parc et plus encore… le meilleur endroit si l’on excluait des zones plus ou moins interdites de présence ou de vol pour qui aimait utiliser son balai. Une fois tout en haut des escaliers, je pus contempler ces lieux, je ne les admirais que trop rarement. Poudlard est un endroit merveilleux, il fallait juste ouvrir un peu les yeux afin de regarder vraiment. Je sentis à ce moment précis un picotement, puis un autre. On frappait à ma porte, ou plutôt à ma tête. Picotis, picotements... Et ce n’était pas une ombrelle. Point de Neptuna, ou alors une autre façon pour elle de me contacter. En me retournant, je vis un petit avion voleter face à moi, celui qui picorait mes cheveux était devant moi, enfin… derrière… Une étrange façon de me parler.
Mais les avions ne parlent pas. Et puis d’abord, ce n’était pas un avion. La chose se donnait plutôt des airs d’oiseau, un long cou, sans qu’il soit possible de déterminer précisément l’espèce dont il était question. Peut-être un héron athénien. Ou l’un de ces échassiers que l’on croise en Sibérie, si l’on a la chance d’en voir car ils sont devenus rares. Il me donnait en tout cas l’impression de m’avoir cherché longtemps, ses pliages étaient usés, même le papier semblait avoir essuyé plusieurs jours de pluie. Pour tout dire, j’avais comme le sentiment qu’il venait mourir à mes pieds, ou dans mes bras.
Qu’était-ce donc ?

- Neptuna ?

Je me souvenais qu’elle prétendait pouvoir se trouver à moins de deux mètres de moi sans que je ne m’en rende compte alors pourquoi pas ? Mon idée était stupide mais je m’y accrochais car c’était à mes yeux l’hypothèse la plus logique. L’oiseau éreinté se posa, à moins qu’il ne meure, ou que le sortilège soit « épuisé ». Alors qu’il allait choir sur le sol, je tendis la main pour le rattraper.

- Dis donc petit bonhomme, tu ne crois pas que je vais te laisser aller comme ça !?! Viens vers moi.

Mes gestes se voulaient délicats. Et ils le furent. Je pris soin de ne pas l’exposer au vent. J’avais mon sac avec moi, il fut mis au chaud, dans une petite boite qui contenait mes pièces d’échecs. Il semblait mort, j’avais l’impression tout d’un coup d’être la faucheuse. Plus tard, j’ouvrirais le coffret et m’apercevrait qu’il bougeait encore. L’envie de vivre ne disparait pas si facilement, même en magie. Il me fallait trouver Neptuna, elle ne pouvait pas être bien loin mais imprudemment, son nom avait été prononcé, le meilleur moyen de la faire fuir, ou d’éveiller les soupçons. Alors je restai là, à faire semblant de regarder le paysage de manière distante. Mais j’épiais le moindre mouvement suspect dans les arbres, la moindre sonorité inhabituelle. Plus d’une heure je restai là, à attendre un signe.
Je ne pouvais pas savoir, pas à ce moment précis. J’étais trop jeune, un an, peut-être deux, manquaient pour que je sois en capacité de comprendre. Tout cela était une impossibilité, une sensation que l’on n’apprend pas dans les livres. Je n’avais aucun des codes. Et quand bien même les aurais-je eus... Je finis par me dire que c’était le hasard, une circonstance. Certains croisent des aigles, moi je n’avais qu’un oisillon de papier en poche. Mais il constituait le début d’une drôle d’histoire car il volait. Et respirait. Et n’appréciait pas le noir du coffret. Ni celui d’une cage. Ni aucun mur. J’allais avoir avec moi désormais, le plus souvent mais jamais durant les cours, un petit compagnon, discret, fidèle et insensé. Combien de temps cela allait-il durer ? Et aucun indice sur son origine. Comme j’avais tout fait pour oublier, mon cerveau refusait toute association possible. Et il faisait bien car cela valait mieux. Peu à peu, il m’apprivoisa jusqu’à m’adopter. L’inverse aurait été moins singulier mais la vérité imposait cette lecture-là. Lui savait aussi bien que moi se fondre dans un paysage et n’être visible de personne. J’aimais ça. Compagnon.


Quand les clepsydres sont remplies, alors elles déterminent le temps. Des semaines ont passé entre l'envol du cygne et ces picotements. D'où les ecchymoses. Désormais, l'ADN de Circéia apparaît, enchevêtrement d'histoires, entrelacements déterminés par le hasard et le destin. Les missives demeurent une charpente mais son histoire épouse les dimensions d'un éparpillement fractal. Nous sommes à la croisée des chemins, dans ce cimetière où l'on meurt et l'on revit. Parfois il est bon de déplier le papier, parfois mieux ne vaudrait pas brusquer les élans.
Dernière modification par Circéia Alekhina le 25 septembre 2019, 16 h 26, modifié 1 fois.

Ils entendent nous enseigner la vie, eux qui n’ont aucune idée de ce qu’est le bonheur.
Comment dire sans le faire ?

Épanchement

Quand l’aveuglement gagne des yeux qui ont refusé de voir, quand une tempête ravage des pensées qui ont refusé la cohérence, quand la lame profite de la vulnérabilité, reste un enfant brisé. Ses lambeaux tombés dans un gouffre sans fond errent au sein de l’insondable. Qui pour les récupérer ? A-t-il le droit à une seconde enveloppe ? La chute risque d’être fatale, de l’avaler et de l’absorber dans d’obscurs tréfonds. Quand la conscience a perdu son réceptacle, égarée elle se jette dans les plus violents tourbillons, oublie la notion de limite.

Gouttes de la folie, épanchement d’une Fureur, tracé fébrile de flots, amplitude rejetée. Elles s’écoulent, les gouttes sont les pions qui cavalent et frappent une mesure implacable. Sont-ce les Blancs qui priment, à moins qu’ils ne soient qu’un vide attendant la plénitude des Noirs… Le Temps court sur un tapis vierge et laisse ses sombres empreintes en témoignage. L’action humaine pareillement marche en son sens et génère ses marques. Des marques que rien n’efface. Pas même le Temps. L’altération parfois souhaitée ne peut tout ravager.

Ce qui se dote pourtant d’un apparent Non-Sens en dissimule certainement plus que l’imagination daigne lui prêter. Le décryptage n’intéresse pas l’enfant qui compose, protégé dans sa bulle, une transcription complexe de ses visions. Esquisse des mots. Traits de sensations. Touches de couleurs. Déplacement. Couverture. Agencement temporel et spatial de minuscules entités glissant le long d’une paroi lisse.
Frivolités pourtant perçantes
Ectoplasme d’un espoir
Hauteurs si entêtantes
Gisante après choir
Béance noire
Annihile
Du soir
Ciel

Froid
Éteint
Huit des rois
Gîtant en vain
Blottis en un cœur
Attisé d’une flamme
Des souffles brûlent broyeurs
Confiance bafouée d’une femme
Arraché à l’adolescente, ce suc intime d’une extrême densité avait coulé en boucles tortueuses dichromes. Le mystère d’une confession interdite. Il n’y avait aucun destinataire, il s’agissait du lieu d’accueil d’un débordement personnel. Ses doigts serpentèrent les longs de ces lignes courbes qui auraient pu être la figuration d’un objet particulier. À dessein ou non, l’identification paraissait presque évidente. La vraie figuration résidait cependant ailleurs, révélée par une autre lecture. Une seule personne connue pourrait déchiffrer cela, elle le savait. Jamais elle n’y aurait accès quoiqu’il en soit. Ce fragment sera dissimulé en une cavité qui ne devra être exploré. Puisse la curiosité ne pas détruire la clef qui scelle le bouclier.

De sa baguette magique la petite Swan fit un petit symbole au-dessus du parchemin qui accueillait ce qui ressemblait à un calligramme par sa forme particulière. Ce Souffle magique était sa signature en quelque sorte, il aiderait aussi à préserver ces mots de la perversion ou de la perte. En ce lieu de vie des messagers ailés elle déambula jusqu’à trouver la brèche qu’elle attendait de débusquer. Une fente fine entre deux pierres de la construction architecturale. Des failles de taille infime qui devaient être au moins en quelques endroits de cet espace presque millénaire. Habilement de ses petites mains Phœbe s’employa à glisser la papier dans l’interstice, où personne n’osera l’y tirer. Ainsi disposé il comblait parfaitement le mur. L’encastrement était tel qu’aucune aspérité n’était donnée à voir par la manœuvre.

Délivrance providentielle. Adossée contre la pierre, la Serpentard récupérait une respiration régulière en constatant la légèreté ressentie après avoir largué la vision obsédante qui l’avait fait complètement vriller. Qui l’avait arrachée à sa lucidité et clarté d’esprit aussi longtemps qu’elle avait dévoré l’esprit de l’adolescente. À présent elle n’était plus en la jeune fille mais tissée dans la construction verbale contenue dans le parchemin enfoncé. Cette Étoile étrange n’obscurcissait plus le Ciel de la Verte et Argent, elle lui offrait un répit en s’étant laissée enchaîner par les machinations de sa victime. La force lui viendrait prochainement, quand elle se sera assurée que l’objet de sa hantise demeure inactif, de sceller l’ouverture donnant sur ses tourments les plus ravageurs. L’enfant fragile a tendance à laisser les pics acérés l’approcher avant de comprendre qu’il serait sage de s’en éloigner. L’Étoile rayonne, mais irradie au point d’aveugler. N’est-il pas trop tard pour se protéger de cette cécité ?

Éternelle nouvelle Lune
Sombre Ciel

Épanchement

L’été approchait. Mais je préférais ne pas y penser. De toute manière, je n’avais aucune prise sur cette partie de ma vie alors autant ne pas ressasser. J’avais avec moi une sorte de fétiche invisible aux yeux du monde. Et j’aimais cela. Le cygne voletait systématiquement et il aurait pu être abattu par un mal intentionné alentour... mais une petite protection me permettait de le sécuriser. Jusqu’à un certain point sans doute. Mais c’était un compagnon important et celui qui y toucherait ferait une grossière erreur. L’habitude vient des rituels que nous construisons au cours de nos vies, j’avais lu cela dans je ne sais plus quel roman et la constatation était claire, c’est plus qu’un aphorisme. Depuis quelques semaines, je montais très régulièrement faire un tour dans la volière. Une idée étrange en fait, comme si l’oiseau de papier allait pouvoir y retrouver les siens. Fétichisme idiot, mais fétichisme scrupuleusement respecté.
Ayant fini mes examens, je me sentais légère et considérais que certaines connaissances apprises ces derniers mois devenaient convenables. Il serait bientôt possible, je le sentais, de passer à une étape décisive de mon apprentissage. J’avais résolu de ne plus rien dire à personne. Mes dernières expériences ayant été instructives tout autant qu’infructueuses, le silence s’avérait être la seule possibilité accompagnant mes recherches. Elles occupaient tout mon esprit et je dois avouer, confesser même, que ce petit morceau de papier avait muté en porte bonheur. Il ne m’aidait pas à apprécier la solitude de cette partie haute du château, ni à faire passer le goût de cette tranquillité plus ou moins contrainte. J’étais épanouie, heureuse de mon sort parce que pour une fois, il me semblait que la vie m’avait laissé un peu de répit. Les soucis ou angoisses étaient loin et je buvais cet air comme on aurait avalé cul sec une bièraubeurre.
Les enfants de toutes les écoles aiment à marquer de leur empreinte les lieux où ils passent, une façon de laisser une trace de soi. Dans un élan un peu puéril, je sentis qu’il me fallait marquer d’une pierre visible ce jour précis.

- Diffindo.

Je commençai à entamer légèrement la pierre à la base de la petite esplanade se trouvant au sommet de la tour de la volière. Une petite zone comme à peine plus grande qu’un balcon. Je n’étais pas la seule à avoir souillé la pierre mais je n’allais pas graver des insanités ou des mots d’amour. J’aimais les poèmes courts, j’en faisais à mes heures perdues et recommençai ce jour-là. Mais il n’était pas question de laisser n’importe qui comprendre. J’utilisai mes savoirs nouveaux quant aux runes pour placer des signes étranges en guise de lettres. Ce fut amusant, dès la première fois. Cela sortit de moi comme une inspiration naturelle, un souffle d’air chaud.
Plusieurs jours de suite, je montai en ce lieu, le mois de Juin rendait la chose non seulement agréable mais presque caniculaire.

- Diffindo.

Découper la pierre ainsi était une gageure mais avec un peu de motivation, ce n’était pas plus dur que de la peau de dragon, chose que je ne connaissais pas mais qu’il me plut d’imaginer moins dure que le roc. J’avais décidé de m’en tenir à quatre, un par saison, ou âge de la vie c’était selon. Mon premier, je l’avais porté en moi, mon enfant. Le deuxième, au printemps, les mots de l’enfance extérieure. Quant au reste, une évidence trop forte pour moi en l’état. Mais ces mots existaient eux aussi.
Au quatrième jour, j’eus l’idée étrange de convoquer mon ange gardien. Il avait l’habitude de se rapprocher dans certaines circonstances que je parvenais désormais à provoquer, le plus souvent. Il me tourna autour, très proche. Je ne sais pas pourquoi mais je lui parlai alors.

- Regarde…

Le cygne donnait l’impression de lire, et comprendre, et intégrer le sens.

Image


Ses ailes de papier ne bougeaient presque plus, le suspendant tout au plus.

-… va dire que ces mots existent.

Je sentis alors la brise de son élan. Comme à la surface d’un lac, les ailes d’un vrai cygne marquant les eaux de leurs plumes immenses... Il partit. Et je le regardai. A mon grand étonnement, il prenait la direction de l’école, du château, d’un couloir vers les cachots mais je n’en saurais pas plus. Compagnon remplissait sa mission. Compagnon avait un grand voyage devant lui, Compagnon…


Les mots sur la pierre sont hermétiques, d’autant que mes compétences en runes comme en écriture sont très limitées (d'où les erreurs sans doute nombreuses mais bon... pas plus que sur les vrais murs d'expression ^^ ). Aussi la traduction viendra-t-elle un jour. Peut-être. Et si besoin. Quant à l’analyse. Je n’ai moi-même pas fini celle de l’échiquier alors…

Ils entendent nous enseigner la vie, eux qui n’ont aucune idée de ce qu’est le bonheur.
Comment dire sans le faire ?

Épanchement

Il faisait froid dans cette alcôve de recueillement que l’adolescente était la seule – croyait-elle du moins – à connaître. La tenue de la sorcière devait être particulièrement légère pour ces profondeurs mais elle appréciait ce frisson ressenti. Elle avait l’impression de vraiment être en contact avec l’air, l’être qui l’enrobait. Caressait sa peau de sa fraîcheur. Une présence très volatile qui ne la comprimait pas, voilà qui était appréciable. Sa tête reposait contre la pierre froide qui donnait l’impression de faire couler une énergie de gel de sa tempe vers le bas de son corps. Ses doigts posés sur le mur devant elle étaient l’extension qui faisaient aboutir ce trajet de pierre à pierre. Elle sentait à ces extrémités ses battements vriller jusqu’à la surface de sa peau de façon ponctuelle. Témoin physique d’un courant qui l’anime. Des froissements intrus atteignirent son ouïe qui n’était alors que touchée par les remous internes. Un Vent messager qui venait à elle. La perturbation d’un héraut. Comme un appel mourant, un souffle très doux. L’invocation fut entendue. La forme repliée sur elle-même se déploya et s’éleva lentement pour quitter la cavité qui l’avait accueillie et protégée. La roche est ici rugueuse comme elle l’est ailleurs, mais elle paraît comme gorgée d’une sorte de puissance – la proximité du Lac ? – que celle plus légère des hauteurs n’a pas. L’eau compresse mais raffermit.

En quelques pas elle quitte son espace pour pénétrer vers des territoires moins familiers. Pourquoi un tel magnétisme venait-il de l’étranger ? Elle suivait sans considération réelle de ce qui l’entourait. Les couloirs étaient sombres et peu fréquentés. Elle se sentait mieux quand elle n’avait pas l’impression que ses Contours étaient érodés par l’insistance des étudiants et adultes. Phœbe arriva à cette zone irradiante de son attraction indéfinissable. Sa main se posa par reflexe sur un soutien pour ne pas flancher en ce lieu d’agitation peu commune. Avançant doucement, elle laissa la pulpe de ses doigts effleurer cette pierre lisse et sèche, fixant l’ouverture du bout. Celle d’une chute. Elle foulait les plumes éparpillées sur le sol mais le bas de son corps présentait une certaine insensibilité au regard de la saturation de sensations qui la prenait jusqu’à la naissance de ses bras. La Serpentard se figea à la perception d’aspérités. Sa tête se tourna avec une lenteur presque blasée. L’écriture runique fut bien vite identifiée. Les Runes… Poudlard devait certainement être beaucoup trop mal situé géographiquement pour prodiguer un enseignement digne de ce nom en la matière. La petite Swan n’avait pas l’impression que ces cours risibles proposés ici apporteraient un quelconque bagage exploitable. Si Durmstrang devait avoir un quelconque attrait, ce devait être celui-ci. La Magie nordique devait y être un peu mieux maîtrisée. Ainsi que la langue. Si l’enfant devait trouver une quelconque reconnaissance pour l’éducation dont elle avait bénéficié, c’est une aide à l’appréhension de certains langages considérés comme rares mais d’une richesse d’expression séduisante.

Elle était Russe. La Fille qui l’obsédait inexplicablement. Elle saurait certainement lire mieux que ces purs anglais l’inscription dans la pierre, si un lien était avec Durmstrang. La première fois, n’était-elle pas… Mais il faudrait qu’elle hante ce lieu pour y trouver ces caractères, l’argentée peinait l’imaginer ici, aussi. Pourtant ce lieu est à tous… Il n’empêche que ce temps est à elle. La petite Swan s’approcha pour discerner les lettres de plus près, suivant le tracé de celles-ci. La gravure avait une caractéristique particulière. Des irrégularités à l’origine inconnue qui semblaient apporter elle-même une teinte propre au propos. Si ces mots pouvaient être lus par le fruit de ses Mirages… Elle apprécierait certainement. Quelque chose dans la cohérence entière de la composition demeurait hermétique pour la Vert et Argent. Il était gênant, intrusif de sentir comme des résonances personnelles en quelques fragments. L’adolescente se laissa glisser vers le sol, le dos appuyé contre le mur.

Ainsi posée à terre elle sortit baguette. Pendante entre deux doigts de sa main gauche elle pointait au hasard devant, une cavité vide. Resserrant sa prise Phœbe marmonna quelques syllabes aux consonances latines alors que se traçait un symbole aux courbes souples et rougeoyant évasé sous ses yeux de Lune. Ils commencèrent à la brûler. *Tu me manques… l’éclipse est longue.* Elle ne devait pas penser à elle, elle qui était partie, elle qui avait décidé de tout oublier. La jeune sorcière n’aurait pas dû repenser à ce Soleil, cela la blessait plus qu’autre chose. La blessure vive se remettait à couler, comme au jour de son apparition. Un écho survenu mystérieusement. Mécaniquement la petite Swan posa sa main sur son cœur. Ce rempart physique était purement inutile. Donnait simplement l’illusion d’une protection, le temps de la rémission.

La Serpentard posa la tête sur ses genoux, s’isolant momentanément. Sa respiration devenait le plus fort impact sonore. Lui manquait encore une clef pour comprendre ce poème. Elle était actuellement sur le sol... Sans vraiment y réfléchir elle dessina un symbole bien connu en volutes sur une dalle dans son champ de vision. Clef. De Sol. Une requête.

Éternelle nouvelle Lune
Sombre Ciel

Épanchement

Il n’était pas revenu. Le petit signe, que j’avais tant aimé avoir à mes côtés durant quelques temps, n’était pas revenu de son périple. Que fallait-il en penser ? La destination était-elle trop lointaine pour lui ? Ou juste non encore atteinte ? Le message avait-il été mal compris ? Une visite à  mes poèmes marqués dans la pierre avait été l’objet d’au moins un constat. Ils étaient encore là, bien présents. Mais leur impact, voir même leur sens se perdait dans les soubassements de mon cerveau. La source était tarie, le vent avait emporté avec lui odeurs et fragments du désert.
Je ne comprenais toujours pas ce qui avait pu se passer. Et le sentiment d’être prisonnière d’une chose incompréhensible me laissait un goût amer, léger mais clairement amer. Car je n’avais rien fait, rien recherché ; rien provoqué.  Mais il en est ainsi des mystères de l’existence, on ne les résout jamais vraiment. Tout au plus les porte-t-on.

Aux quatre vents
les pierres de Sisyphe
déroulent un fil ininterrompu


C’était peut-être cela que le fil incarnait. La continuité dans l’errance. Il n’est jamais facile de subir les choses, de les voir vous échapper sans aucun fondement. Rester soi malgré tout. Essayer, ne pas déplaire, ne pas se déplaire, oser, ne rien regretter, toujours de l’avant, marcher, respirer, vivre. Vivre.

Redoux
fonte des esprits.
la forêt ensanglantée


J’avais effectivement le sentiment d’être ensanglantée malgré moi, et peu importait que cela soit mon sang ou celui d’autrui, une blessure existait. La manipulation est un danger, quand on veut se jouer, et non jouer. De et non avec. Je détestais cela...
Mes soucis familiaux me prenaient tout mon temps, et des difficultés en Etude des runes contrariaient passablement mes projets immédiats. De sorte que je décidai de mettre de côté cette époque bénie durant laquelle j’avais été accompagnée par un sort quelconque qui n’était pas le mien mais que j’aimais. Il avait peut-être fini par être rompu, ou juste achevé. Hasard ou décision.

La plume à l’encre beige
Potions embrumées
car il neige


Quelques questions persistaient mais je ne comptais pas me faire du mal plus que nécessaire. Puisque le silence était redevenu la norme, je n’avais qu’à m’y plier, après tout, j’étais habituée. Et cela avait le mérite de rimer avec calme. Enfin, dans l’idée… nébulosités qui ne durent qu’un instant, nécessités techniques et manières d’être. Le combat avait toujours été pour moi une chose que je ne pratiquais qu’à mon encontre et jamais contre un tiers. Je ne comptais pas poursuivre des moulins à vent, ni tenter d’expliquer l’inexplicable. On peut se tromper, on peut vivre mais on doit le faire pour soi. Dans l’idée de nous épanouir sans nous étouffer.

Petit oiseau dans
les lespédèzes
à la fin de l’hiver


Le prince peut à chaque fois décider en qui il croit. Quel cygne va-t-il prendre au final, les mains seront tendues mais laquelle sera prise ? Fuir est donc une activité plus commune qu’il n’y parait car le prince lui aussi prend la fuite, d’une manière ou d’une autre il trace son propre destin. Le lac de Poudlard, avec ses cygnes et ses créatures des eaux, froides et dominatrices. Implacables. Etais-je l’hiver ? Le lespédèze ? La fin ? Je ne pense pas avoir écrit que j’étais l’oiseau ; mais va savoir.
Le renoncement au sens est une superbe démonstration de notre finitude. Le lâcher prise, voilà, libération des eaux intimes trop longtemps restées à stagner dans un ventre flétri.
Le printemps, cette année-là fut magnifique, et mes pensées allaient vers Ivanovna et notre petit frère. La vie, dans son habituelle témérité à me résister.

La neige passe, elle obstrue le col.

Mes travaux, mes devoirs, surtout mes devoirs, celui de tenir debout en toutes circonstances, sans le poids du jugement des adultes, ceux qui passaient leur temps à me donner des notes, et des récriminations, et des injonctions quant à être une ALEKHIN. Je me possède et suis à moi.


Herméneutique
Dernière modification par Circéia Alekhina le 25 septembre 2019, 16 h 20, modifié 1 fois.

Ils entendent nous enseigner la vie, eux qui n’ont aucune idée de ce qu’est le bonheur.
Comment dire sans le faire ?

Épanchement

Non, non à cette obsession. Ils refusent de la laisser et continuent à défiler sans discontinuer. Des lettres de feu, des symboles brûlants d’un sens dont elle sent qu’il piquera lorsqu’elle osera le saisir. Diffère. Diffère encore. Encore et jusqu’au débordement. Infiltrés, ils se propagent sans limites dans un monde où sont créées des frontières artificielles. Je. Ne. Vous. Veux. Pas. Évidemment, et ce n’est nullement une surprise, ils sont sourds, ou font mine de, le résultat demeure le même. Si l’insignifiance persiste à vouloir prendre tant d’importance, l’est-elle réellement ? Fidèle, le doute s'insinue et retrouve sa place dans les remous. Tant de réticence à reconnaître qu’un espace en l’adolescente ne lui est plus exclusif mais semble avoir accueilli l’étranger. Frisson incontrôlable.

*Sons résonnent

Sans raison       

Cent rayons      

Sang        *



Tourne en boucle ce chant, cette voix qui l’accompagne et qu’elle connaît. Trouver une clef ne la satisfera pas. Les résistances sont infinies et jamais elle ôtera cette couche floue qui entoure ce qui exerce irrésistiblement son attraction. Ces assaillants sont des forces puissantes, les définir d'un infini pouvoir justifierait d'y succomber. Si elle ne savait pas lire elle pourrait se soustraire à tant d'éléments qui actuellement s'enfoncent en elle sans effort. Si elle n'identifiait ce ne seraient que d'innocentes courbes dépourvues de signification qui flotteraient sans la blesser. Si elle fermait les yeux en revanche il n'y aurait aucune différence, les formes se densifient, se bousculent sans avoir besoin de quelque support que ce soit.

Dissipe. Dissipez-vous. Dissipe-moi. Dissipation...


Dissipation à disparition. Quelques lettres seulement les séparent, pourtant ce n'est pas analogue. À la dissipation demeurera un fragment tandis que son presque-homologue annihile sans faire exception.
Les fendre, les couper d'autres pour les absorber. Ils se mêlent tant et tant qu'il se diluent. Imperceptibles. Pas encore égarés, ni perdus. Un tamis d'une extrême finesse pourrait encore les extraire. Sans recherche, l'affleurement spontané ne sera que de leur fait.

Une Plume tombe, ballottée par des vents contraires, les Cardinaux sont ennemis, ou amis, on ne le sait pas. La ballet des airs qu'ils forment est d'Harmonies sonnantes quand une autre perspective décrit un combat féroce d'entités impitoyables. À force de voyager, si bien transportée, le terme de la chute est différé au point d'être presque oublié en dépit de son imminence, alors que ce couperet est le seul coup inévitable qui saura la trancher.

Indivisible ; au contraire. Capable de tant se diffracter, en cent rayons qui sait. Éclairant jusqu'à l'aveuglement. Révélant toutes les facettes profitant de l'ombre pour se dissimuler, diffuses. Même la plus belle des Brillances, asphyxiée, meurt. L'intérêt ne se mérite, il tient de l'inexplicable certainement. Protège, entoure, enveloppe pour lui.

Attraction
à

Répulsion

Attraction

à

Répulsion

Une Silhouette si délicate à imprimer, même en s'y appliquant. Si elle cherche à s'échapper toujours, certainement est-il temps de la laisser filer et glisser souplement entre ses doigts, aller naviguer en d'autres eaux. Une infinité d'impulsions aurait de toute évidence fini par avoir raison d'elle. Laquelle ? Elle. Prête à arrêter la course effrénée dont elle n'avait compris la direction mais qui l'animait d'un flux clair. Ce qu'elle connut trop en revanche fut conservé à distance. Le scellé saute et les lettres honnies tentent de se propager, avides. Elles constituent un flot assoiffé, cherchant à absorber tout sur leur passage. Oubliant les résistances les plus indestructibles.

Je t’efface.

Mensonge, Elle sera indélébile.
Ob...

Ce mot n'existe plus.
Obl...

Persistance inutile.
À la chirure.




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Quelque part au sein d'une immense Geôle de pierre, nul n'a encore témoigné de l'emplacement exact, une adolescente a souhaité graver quelques traits, dans l'urgence, dans l'Ultime. Cinq lignes alignées, parallèles. Vierges, semble-t-il. Elles paraissent pourtant si vides ainsi, comme si destinées à accueillir des marques. À certains elles seront familières. Créeront cette impression désagréable. L'attente d'autres lignes pour combler. Ce Silence qui est devenu roi au sein de cet espace arraché aux Sons.

FrisSon

Éternelle nouvelle Lune
Sombre Ciel