Salle des trophées

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Comme un haricot perdu au milieu d'un musée  PV 

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September, 2043

Être à Poufsouffle procurait l'avantage certain de ne pas avoir à se confronter à des escaliers pour entrer dans la salle commune après le dîner. Pourtant, c'est l'épreuve qu'Elian s'infligea une fois son assiette vidée dans la Grande Salle. « Je vous rejoins plus tard. » Cette phrase un peu anodine pouvait signifier tout et n'importe quoi, mais ses camarades les plus proches savaient que le garçon était cachottier ces derniers temps, bien plus que l'année précédente. Il fallait voir comment il réussissait à ne pas raconter toutes ses journées dans les lettres destinées à son père. D'ailleurs, ce fut la main chargée d'une missive qu'il gravit - non sans se retourner plusieurs fois d'un air un peu distrait - les marches en marbre, puisant sur ses dernières forces de la journée.

Au troisième étage, il s'arrêta net et recommença son manège. Aucun sorcier dans les environs, cet horaire était définitivement parfait. Elian compta les armures alignées dans le couloir qui menait à la salle de trophées et, arrivé à la quatrième, tendit la lettre qu'il tenait pour la coincer entre ses jointures en fer, dans son dos. Il resta un moment pour la regarder, un sourire en coin. Voilà qu'ils devaient à présent s'envoyer des lettres à Poudlard pour pouvoir communiquer comme ils le voulaient, les inter-classes ne suffisaient plus à leur goût. Cet arrangement avait aussi l'attrait du secret, quelque chose qu'ils pouvaient partager que tous les deux. Elian avait pris goût à l'écriture - et comprenait maintenant l'attrait de sa camarade Lucy Wood à cet exercice même s'il n'en était pas encore rendu à écrire de jolis poèmes - et faisait beaucoup d'efforts pour ne pas faire de fautes d'orthographe à l'inverse des lettres destinées à sa famille. Il s'était également rendu compte qu'il avait toujours quelque chose à dire à Solal, et que c'était même beaucoup plus facile d'écrire trois feuilles de parchemin pour débattre avec lui que pour faire ses devoirs, même ceux de Botanique.


Cher habitant de la tour ouest,

J'ai omis de te demander des nouvelles de mon homologue crapaud. Est-ce qu'il a survécu à son indigestion de chocolat ou bien devons-nous faire une croix sur notre projet de reproduction de l'espèce crapaud-des-marais-de-Chipping-Campden ? En parlant de projet, mon père continue d'essayer de savoir ce qui me plairait de faire plus tard, et surtout sur mes choix de matières l'année prochaine. Je ne sais pas pourquoi il fait une obsession sur ce sujet en ce moment... Tu sais qu'il a déjà établi une liste de toutes les universités magiques de la région pour ne pas que je quitte le pays ?! Peut-être que j'aimerais bien être vendeur de lacets ambulant, qui sait. Tes parents tentent peut-être de savoir, eux aussi ? Comme si on avait le temps d'y réfléchir avec tout ce qu'on nous demande de faire comme devoirs...
On ne s'est pas beaucoup vus cette semaine, alors ma lettre sera plus longue que les précédentes, tant pis pour toi ! J'espère que ta rentrée s'est bien passée, et que tu as retrouvé un lit confortable. Je me suis rendu compte que j'avais oublié une Suçacide sous mon matelas, elle est restée à sa place toutes les vacances ! Tu crois que quelqu'un fait le ménage au château, des fois ? Heureusement que mon papa m'a donné tout un tas d'échantillons pour me désinfecter complètement après chaque journée, je pourrais t'en passer si tu veux, il y en a un qui sent la cannelle et l'autre la citrouille. D'ailleurs j'ai demandé à mon père si tu pouvais venir à Cardiff aux prochaines vacances, il n'a pas encore répondu à ce hibou, mais il a peut-être dû se perdre en chemin. Tu as eu quelle note au devoir sur Merlin ? J'ai eu un A parce que j'ai trop développé mon idée sur le fait qu'il possédait un Retourneur de Temps, mon père m'a trop rappelé cette hypothèse je crois, quand il me lisait les légendes d'Arthur !
J'attends ta réponse, bon courage pour demain, on doit au moins avoir une leçon en commun cette fois-ci, ou alors les professeurs n'aiment définitivement pas faire cours aux Poufsouffle et aux Serdaigle en même temps.

Le Poufsouffle aux Plantes.

Satisfait de l'accomplissement de sa dernière mission - avant de nourrir son crapaud et se préparer à dormir -, il redescendit aussitôt les escaliers, toujours avec cet air un peu léger. Devenait-il un peu niais ou l'avait-il toujours été sans le savoir ? Ses camarades de Poufsouffle sortaient tout juste de la Grande Salle quand le petit sorcier arriva à leur niveau. Il justifia son absence par "une envie pressante", ce qui ne constituait pas totalement un mensonge selon lui, et aperçut son copain Serdaigle à la table bleue et bronze. Il ne se retint pas de lui faire un clin d’œil pour lui signifier que quelque chose l'attendait à leur endroit.
Dernière modification par Elian Kernac'h le 30 décembre 2018, 21 h 36, modifié 2 fois.

Moi je crois aux histoires auxquelles les autres
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Comme un haricot perdu au milieu d'un musée  PV 

« J'ai oublié ma baguette aux toilettes. »

C'était l'excuse que Solal avait choisi pour quitter la table, la joue encore rebondie par le pain qu'il mâchait, gardé précieusement dans sa poche pour le petit en-cas d'après dîner. Il ne prit pas en compte les regards suspicieux de certains de ses camarades —il avait sorti sa baguette de sa manche pas plus de cinq minutes avant. Elian venait de lui donner le signal qu'il attendait depuis un moment déjà. Il leur était difficile de trouver un moment à passer ensemble, depuis la rentrée, et ils avaient mis au point un petit stratagème pour pouvoir discuter. Certains pourraient trouver ça un peu extrême ; ils pouvaient bien se passer de la présence l'un de l'autre pendant quelques jours, mais la solution s'était proposée tout naturellement à l'esprit des deux garçons, les insatisfaits.

Il avait monté les escaliers comme un automate, ses pensées centrées sur le contenu de ce qui l'attendait. Qu'allait-il lui raconter, cette fois ? La dernière fois qu'il avait reçu un message de la part d'Elian, c'était pour parler du crapaud Solal. C'était d'ailleurs comme ça que leur était venu cette idée de lettres; pour qu'ils puissent se raconter à chacun les progrès et bêtises de leurs crapauds respectifs, qu'ils avaient tous les deux pêchés de façon totalement illégale dans une mare à Chipping Campden pendant l'été. Le Serdaigle n'était pas très adepte de l'écriture, contrairement à ce que son statut d'Aiglon pouvait laisser penser, il fallait réfléchir à l'organisation de ses propos, c'était embêtant. Il aimait, néanmoins, la sensation de la plume qui gratte contre le parchemin et la satisfaction d'une rédaction terminée proprement et sans rature —ça n'arrivait que très rarement, pour lui.

«
Salut, agent numéro quatre. » Il adressa un salut à la quatrième armure, le chiffre préféré d'Elian, avant d'attraper la papier qui était noir d'encre. Si ça avait été un livre, le Serdaigle aurait froncé les sourcils, refermé la page et aurait passé son chemin. Mais ce qu'avait le Poufsouffle à dire était, à ses yeux, bien trop important et il s'assit contre le mur et attrapa une plume et un parchemin qu'ils avaient stocké derrière l'armure pour rendre leur correspondance plus pratique. Il posa un moment la plume contre son menton en lisant la lettre de son ami, les sourcils froncés comme pour mieux se concentrer sur sa lecture. Quelque chose agaçait parfois cruellement le garçon aux cheveux corbeau, bien qu'il ne disait rien. Il était rare qu'Elian puisse partager une conversation sans faire référence à son père. S'il avait accepté l'idée il y a des mois, il avait eu l'espoir que ce petit bout d'été passé ensemble aurait permis à son ami de voler de ses propres ailes. Ce n'était visiblement pas le cas, et pour Solal, pour qui tout était facile et qui n'avait jamais connu autre difficulté que de ne pas réussir à devenir poursuiveur dans son équipe de Quidditch, la réalisation était agaçante. Il avait même remarqué que le Poufsouffle était revenu avec sa dizaine de potions, comme s'il avait oublié le temps qu'ils avaient passé à toutes les vider cet été.

Inutilement agacé, Solal leva les yeux au ciel, les épaules excessivement remontées, et entreprit d'écrire une réponse. Sa plume s'enfonçait bien trop fort dans le parchemin, laissant des pâtés d'encre affreux, mais tant pis. C'était après tout de la faute d'Elian. Il entreprit, néanmoins, de prendre quelques longues inspirations afin de ne pas déchirer son parchemin et de rester agréable face à son ami —ce n'était pas de sa faute s'il n'arrivait pas à être indépendant de son père, il se répétait cette phrase comme un mantra.

Spécimen PaP,

Elian va bien. Je l'ai mis un peu au régime, je crois que ça le met de mauvaise humeur mais bon, il a essayé de me gober le doigt hier. Je crois qu'il commence à délirer, il nous voit comme des hot-dogs qui marchent ou des trucs comme ça. Il a pas la lumière à toute les étages, si tu veux mon avis, l'autre jour il a sauté et il s'est pris le mur.
Je pense pas que tu aies besoin de tes désinfectants, tu sais. Si ça rendait malade d'aller à Poudlard, mes frères le seraient depuis longtemps et mes parents aussi. Tu devrais jeter tes désinfectants, tout comme toutes tes potions, tu sais comme on a fait cet été. Si tu veux je t'aiderai à les jeter dans les toilettes, la prochaine fois.
(Je crois pas que ton père aimerait que je dorme chez toi, ou alors il me ferait boire les mêmes potions qu'à toi.)
Le devoir sur Merlin était cool, j'ai eu un O ! Je comprends pas comment tu fais pour avoir des A alors que t'es pas bête du tout. Et tu vois, ton père il dit encore des bêtises et ça retombe sur toi ! Arrête de l'écouter, je te dis.
D'ailleurs, il veut que tu fasses quoi plus tard ? Et toi tu veux faire quoi ? Moi mes parents s'en fichent, on a même pas parlé des matières que je choisira pour la suite. Ils me laissent faire un peu ce que je veux, mon père a même abandonné l'idée de me voir joueur de Quidditch professionnel : heureusement !

S. R.
PS : t'as un bout de salade dans les cheveux.
Le parchemin semblait moins fourni que celui d'Elian, le Serdaigle écrivait pourtant un peu plus grand. Il plia négligemment son parchemin et le glissa dans la cachette habituelle. Son agacement s'était dissipé, bien qu'il se sentait toujours un peu tendu. Il se demandait si Elian allait finir par, un jour, arrêter de suivre son père aveuglément ? Pour le moment, il ne pouvait s'empêcher de voir son ami comme une brebis qui suit toujours sa mère. Ils étaient tout deux si différents, c'était facile à dire pour le Serdaigle qui avait toujours été une tête dure, qui n'avait jamais suivi personne et qui n'avait jamais été forcé à quoi que ce soit par ses parents. Et s'il s'en rendait compte, il croyait pour autant qu'il suffirait d'un claquement des doigts pour que son ami puise changer. Ce n'était pas le cas.

Quand il se remit à table, il adressa un regard appuyé au Poufsouffle avant de se tourner vers ses amis qui lui demandaient, d'un regard plein de sous-entendu, s'il avait bien retrouvé sa baguette. Comme pour prouver ses dires déjà discrédité, il leva sa baguette en l'air tel un duelliste avant de se remettre à discuter avec ses amis, comme si de rien était.

Tapis en Chef, 2ème année RP.

Comme un haricot perdu au milieu d'un musée  PV 

A dix heures cinquante, Elian trépignait d'impatience. Pendant le cours de Sortilèges sur les sorts mineurs, il avait lancé plusieurs fois Alohomora sur un cadenas sans se rendre compte qu'il était déjà bien ouvert depuis plus d'une demie heure. Autant dire qu'une fois le cours achevé, Elian se précipita pour ramasser cape et sac et disparaître le plus vite possible pour cueillir la réponse de Solal, qu'il n'avait pas pu lire le matin à cause de l'emploi du temps chargé du mercredi. Dans la précipitation, il ignora la remarque un peu sarcastique d'une camarade qui lui disait qu'elle ne l'avait jamais vu aussi rapide pour partir d'un cours et qu'il était peut-être attendu pour un rencard avec une sorcière du château.

La salle de Sortilèges n'était pas loin de l'armure préposée à l'échange épistolaire, Elian se dépêcha donc de retirer la lettre avant que le couloir ne soit envahi. Sur le chemin du retour, il croisa un ami qui lui donna un parchemin oublié à la sortie, un devoir à rendre pour préparer le prochain cours. Il put ainsi cacher la missive de Solal sous la feuille et s'isoler enfin dans le dortoir Poufsouffle pour en prendre connaissance - de la missive, pas du devoir. Il se mit à rire de bon cœur en lisant les nouvelles du crapaud, jetant un regard au sien pour s'assurer qu'il n'allait pas lui aussi bondir d'un seul coup contre un mur, mais il trônait toujours dans sa cage, à l'étroit depuis qu'il réussissait l'exploit d'augmenter encore de volume. Puis son sourire laissa place à une expression soucieuse. Au lieu de choisir entre cannelle et citrouille pour le désinfectant, Solal lui demandait de verser leur contenu dans les toilettes. Elian se rappela alors immédiatement des potions dont ils s'étaient débarrassées à Chipping Campden, en l'absence de son père. C'était étrange car ce souvenir était aussi bon que mauvais pour le garçon : il avait eu un bref sentiment de liberté en compagnie de son ami, mais aussi ressenti beaucoup de culpabilité envers son père. Devait-il refuser systématiquement les précautions que ce dernier mettait en place ? Il y avait-il une différence entre les potions médicomagiques à foison et les désinfectants ? Elian était pensif, mais continuait sa lecture, imperturbable. Il n'était pas impossible que son père essaye de faire boire des potions à Solal s'il venait à passer du temps chez lui, ni qu'il lui demande de fournir un certificat médicomagique.

L'orage grondait au loin, le petit sorcier s'adossa sur son oreiller et observa par la fenêtre le temps de reprendre ses esprits, puis lu les derniers mots de son ami. Ses camarades de dortoir crurent peut-être qu'il s'attelait déjà à terminer le devoir de Sortilèges qu'ils venaient d'avoir, mais sa plume s'activait en réalité à répondre à Solal, les sourcils froncés de concentration.
Cher piaf,

Je suis fier du fait que ton crapaud porte mon nom, il est parfait, dis-lui de ne rien changer surtout. Il y a de l'orage dehors et ça me fait penser à toi. Je n'ai pas très envie de jeter mes désinfectants, ils sentent bons et puis j'ai peur que mon papa s'en rende compte cette fois-ci, une fois rentré à Cardiff (ils ne sont pas dosés comme les potions que j'avais emmenées chez toi). C'est parce qu'il tient beaucoup à moi qu'il fait ça, mais si tu es obligé d'en boire aussi pour venir chez moi, tu le ferais ? (Je ne t'en voudrais pas de refuser).
Mes notes stagnent un peu parce que je fais trop de hors-sujets dans mes copies, au moins je n'ai pas de Troll comme Todd - j'aurais de la peine pour lui s'il n'avait pas essayé de retirer toutes les épines de mon cactus avec des sorts de Découpage. Bravo pour ton Optimal, je t'ai posé la question mais j'avais déjà deviné ta note (est-ce que ça m'autorise à prendre la Divination comme matière l'année prochaine ?). Mon père aimerait bien que je travaille dans la fabrique de chaudrons qui l'emploie, pourquoi pas après tout, même si je préférerais un travail qui m'amènerait à voyager (comme vendeur de lacets ambulant, j'étais très sérieux avec cette idée !). Et toi tu as des idées déjà ? Tu peux faire tout ce que tu veux ? Ça fait beaucoup de choix à prendre en compte, non ? Heureusement qu'on a tous les deux une ascendance sorcière, mon père me dit toujours que les Nés-Moldus trouvent difficilement du travail dans le monde sorcier, c'est sûrement parce qu'ils ont moins de connaissances sur la société Magique en général ! Papa a un ami Né-Moldu qui cumule deux emplois : un dans le monde moldu et un dans le monde sorcier, c'est un peu abuser du système je trouve. Mais bon comme dit Papa, ils ne trouvent pas souvent du travail alors ça nous donnera plus de chance de faire quelque chose qui nous plait à la fin de nos études.
Le premier match de Quidditch de la saison est le 13 octobre et c'est Poufsouffle contre Serdaigle, tu crois qu'il y aura un terrain neutre pour qu'on puisse y assister ensemble ?

Spécimen PaP qui n'a d'ailleurs plus le droit d'avoir de nouvelles plantes depuis que son père a accepté le crapaud (soit l'un soit l'autre...).

PS : merci pour la salade, même si c'est un peu tard et que j'ai dû passer la soirée avec, super.
Satisfait de sa réponse, il changea de feuille pour ne pas éveiller les soupçons et continua d'écrire le titre d'un devoir en pensant au meilleur moment pour déposer le message secret, ainsi qu'un prétexte. Elian se laverait les mains dans les toilettes des étages avant de manger dans la Grande Salle, pour une fois.
Dernière modification par Elian Kernac'h le 22 octobre 2018, 19 h 23, modifié 1 fois.

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Comme un haricot perdu au milieu d'un musée  PV 

Il arrivait parfois qu'Elian soit maladroit. En soi, ce n'était rien de bien grave aux yeux de Solal ; il l'était aussi, il parlait avant même d'avoir le temps de penser à ce qu'il disait. Il lui arrivait parfois de regretter, pas d'avoir été sincère, mais d'avoir fait du mal à son interlocuteur. Elian, lui, c'était une autre sorte de maladresse. Poussé par son père, il croyait lui-même en des choses bancales ou quelque peu irrespectueuses qui avaient parfois tendance à faire remonter les épaules de Solal. Il respirait alors et se calmait, comme s'il parlait à ses petits frères qui pouvaient parfois dire des bêtises. Mais cette histoire de Moldus le tiraillait, l'agaçait. Il avait toujours pensé qu'il était bien heureux d'être sorcier et qu'il était triste pour les moldus de ne pas connaître la magie : certes, mais c'était bien autre chose pour les nés-moldus, il les voyait comme des sorciers comme les autres, parce qu'après tout, tous les sorciers n'étaient pas cultivés, intelligents, ou doués.
Il compta le nombre de fois où Elian mentionna son père dans la lettre : beaucoup trop. C'était beaucoup trop. Les propos démesurés, l'irrespect envers les nés-moldus, et cette admiration malsaine et étrange qu'Elian éprouvait pour son père, qui était loin d'être une lumière aux yeux du Serdaigle. C'était la lettre de trop. Il laissa passer toute une journée pour réfléchir à ce qu'il allait répondre à Elian, et c'est après un cours de potions qu'il remonta devant l'agent numéro quatre avec un parchemin et une plume dans la poche.

Salut Kernac'h,

Les nés-moldus sont pas plus bêtes que les sorciers ni moins compétents, t'as du culot. Reparle moi quand tu auras arrêté de croire tout ce que dit ton père et que tu auras rebranché ton
cerveau, jusque là je suis pas intéressé.
Quelques heures plus tard, dans son lit, il avait beaucoup réfléchit au contenu virulent de sa lettre. C'était peut-être un peu trop ? Il se sentait coupable d'avoir employé des mots un peu trop méchants, et ses pensées allaient d'un coin à l'autre de son cerveau, comme si deux neurones avaient décidé de faire du ping pong : Elian le méritait, mais il était si gentil, pourtant il avait été si méchant, mais c'est seulement qu'il était influençable, non il était bien assez grand pour réfléchir. Les pensées se cognaient avec tant d'intensité qu'il en eut mal au crâne et les oreilles qui sifflent —pas littéralement mais ses oreilles étaient si chaudes qu'il était certain que de la fumée en sortirait. Il posa son oreiller sur sa tête, la joue écrasée contre son matelas pour tenter de faire taire ses pensées et prit sa décision : Elian méritait ce hibou bien salé, il fallait qu'il se réveille et qu'il arrête de suivre son père aveuglément, fin de l'histoire.

Tapis en Chef, 2ème année RP.

Comme un haricot perdu au milieu d'un musée  PV 

Les mots de Solal n'avaient cessé de tourner dans sa tête toute la matinée durant, le laissant comme une cible de choix pendant l'entraînement pratique en Défense Contre les Forces du Mal puisqu'il ne semblait plus vouloir réagir. Incapable de lancer un charme du bouclier convenable, Elian avait décidé de rester un peu en retrait du groupe mais, ironiquement, c'était le meilleur moyen d'attirer l'attention des adversaires. Rebrancher son cerveau n'était donc toujours pas dans ses plans, même si le blaireautin se demandait bien comment appliquer de la meilleure des façons ce conseil inattendu de la part de Solal. Ne se rappelant que partiellement des phrases de la lettre qui avait provoqué une telle réponse, il avait cependant compris que le passage ayant eu pour objet son père et son avis sur les nés-moldus cherchant un emploi dans le monde magique avait quelque peu touché le jeune Serdaigle - le message avait été très clair et, pour une fois, l'esprit du Poufsouffle n'avait pas cherché à lui donner un autre sens. Il passa la fin du cours à se lancer des Finite Incantatem à l'aide de sa baguette pour nettoyer les dégâts, finalement aidé par un camarade qui le voyait échouer à la majorité de ses essais. L'heure suivante était heureusement vacante, il ne rêvait que de se retrouver seul pour essayer de comprendre comment la situation avait pu se dégrader aussi rapidement.

Isolé sur le lit de son dortoir, coincé entre deux coussins qui faisaient la moitié de sa taille, Elian relisait encore des milliers de fois le mot de Solal. Il restait figé dans une expression lointaine, probablement à la recherche d'un seul mot sympathique dans ce nid de reproches - il avait du culot d'après ses mots, c'était une chose plutôt positive, non ? Son nez ne cessait de renifler, mais il parvenait encore à retenir ses yeux de couler, peut-être pour ne pas rendre la blessure un peu plus vive et réelle. Solal attaquait son père, c'était assez étrange à lire car l'inverse lui était davantage commun depuis qu'Elian avait fait part de son intérêt pour ce camarade. Son père lui cherchait tous les défauts possibles en s'attaquant à sa famille, mais Elian ne l'écoutait pas car le petit savait qu'il avait faux. Devait-il aussi passer outre dans le cas présent et simplement se restreindre de mentionner son père en présence de Solal ? En était-il au moins capable... Si son amitié avec le Serdaigle était en péril, il n'avait pas le choix de faire des efforts - même s'il ne comprenait pas très bien où il avait fauté en écoutant son père. Tous les enfants se devaient d'écouter leurs parents, après tout. Il attrapa une plume qu'il commença à activer d'un air songeur sur une feuille de parchemin vierge.

Solal,

Pour rebrancher un cerveau, il faudrait d'abord qu'il eût été branché à l'origine, ce qui n'était apparemment pas mon cas. Je suis désolé si j'ai dit quelque chose qu'il ne fallait pas, quand ça m'arrive - et ça m'arrive très souvent si ça peut encore t'étonner - il ne faut pas hésiter à me prévenir comme tu l'as fait (même si je dois t'avouer que j'aurais préféré que tu me parles de mon père d'une autre façon). Je n'ai pas d'à-priori sur les Né-Moldus, mais selon mon père il y a eu des études sur le fait que l'accès à l'emploi leur était plus compliqué que pour des sorciers déjà bien intégrés dans le monde magique depuis plusieurs générations. Ce serait étrange que cela devienne un sujet de discorde entre nous puisque nous ne sommes pas concernés par ce problème-là, d'après mon père ! Quand il se fâche contre moi il finit toujours par me pardonner, j'aimerais bien que tu me pardonnes aussi simplement.
Il va faire beau dimanche, on pourrait se voir pour en discuter de vive-voix qu'en dis-tu ? Aussi ça serait génial de continuer de faire jouer nos crapauds ensemble !

PaP.
Dans ce message, Elian avait décidé de taire la douleur qu'il avait ressenti en lisant que Solal était capable de refuser de lui parler et donc de risquer la perte de leur amitié aussi facilement. Pour lui, il n'y avait aucune gravité dans le fait de se référer à son père. Certes ce dernier manquait parfois de bon sens, mais c'était un adulte qui savait probablement plus de choses qu'un enfant de douze ans. Empli d'un nouvel espoir de guérison, le petit Poufsouffle confia sa lettre à l'armure du 4 rue des Trophées.

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Salut vieux,

Je t'ai fait signe après le cours de Potions, quand on remontait les marches pour aller manger, mais tu n'as pas dû me voir. Pourtant j'ai bien cru que tu avais tourné la tête. Dit, ça fait déjà une semaine qu'on ne se parle plus... C'est vrai que suivre le rythme des devoirs devient compliqué en ce moment, mais je me demandais s'il n'y avait pas autre chose peut-être, comme le dernier parchemin que tu m'avais laissé contenait quelques reproches. Je vérifie bien tous les matins si l'agent numéro quatre n'aurait pas reçu par hasard l'une de tes missives, mais je dois t'avouer que je commence à ne plus lui faire confiance à force de le trouver mains vides.
J'espère que tout va bien pour toi et que tu n'as pas subitement eu envie de te lancer dans une carrière de Langue-de-Plomb (je ne sais pas si tu as entendu parler de ces sorciers ?!)... Moi je repasse beaucoup de temps auprès de Squib le Voltiflor, si jamais tu veux me trouver quelque part ce sera près de lui - tu verrais comme il a grandi !

Ton ami auprès duquel tu peux te confier ?
E.K.
En déposant le morceau de parchemin derrière l'armure, Elian redouta encore une fois de trouver le message qu'il avait écrit la veille figé à la même place, mais Solal l'avait lu, et il lirait probablement celui-ci également sans lui répondre pour autant. Le petit sorcier rangea plume et rouleau de parchemin dans la cachette et tourna les talons, l'air soucieux. Curieusement, plus le Poufsouffle essayait de rétablir la communication, plus le Serdaigle la brisait encore davantage avec un silence devenu très pesant. Elian était trop honteux pour se confier à qui que cela soit, même son parrain pourtant présent au château avait été rayé de la liste tant il culpabilisait d'avoir fait quelque chose qui avait peut-être brisé la première et la seule amitié qui lui tenait réellement à cœur.

Après une nuit de cogitation extrême, ce qui arrivait très rarement dans le dortoir des garçons, Elian avait décidé de passer à l'action un lundi matin, juste après avoir assisté à une séance d'entraînement de l'équipe de Quidditch. Voir ses amis Jeffrey et Calum s'entraîner avec autant de férocité lui avait peut-être donné la force mentale nécessaire pour affronter un Solal fuyant et sûrement furieux. Pour trouver les Serdaigle, il suffisait de les attendre dans le couloir menant à la salle où se tenaient les cours de Sortilèges. Elian avait passé au moins un quart d'heure dans la salle des trophées à lire distraitement les inscriptions sur les différentes coupes gagnées au fil des années, n'en comprenant pas la moitié tant il réfléchissait à la meilleure des manières de parler à Solal, tant cela faisait longtemps qu'ils ne s'étaient plus adressés la parole.
« Salut Solal, tu vas bien ? Quelqu'un en armure t'attend pas très loin. » Clin d’œil à son reflet, devant une vitre qui abritait une petite coupe en argent. Le sorcier secoua la tête, il était en colère et ce n'était pas du tout la meilleure des façons de l'exprimer.

Les paroles de sa sœur lui parvenaient de nouveau, comme un dernier écho de l'été dernier passé chez Solal : « Arrête d’être gentil d’accord ? C’est pas bien, tu vas te faire dévorer. » Elle ne lui avait jamais donné de conseils, alors Elian le gardait précieusement en tête et ne pouvait s'empêcher de vouloir l'appliquer à cet instant. Le bruit caractéristique d'une classe terminée retentit dans le couloir du troisième étage, et le Poufsouffle passa timidement sa tête dans l'embrasure de la salle des trophées. Une fois qu'il se trouverait devant Solal, il ne pourrait plus reculer. Il lui restait juste assez de temps pour rassembler assez de courage pour aller vers lui, tout en repensant au fait qu'il tenait à la relation qu'ils avaient entretenu tous les deux jusqu'à présent. Ce n'était pas lui faire honneur que de rester dans l'incompréhension, et pour une fois il n'avait pas pensé un seul moment à avoir recours à son père pour régler cette affaire, même si l'image de son parrain lui était peut-être venue en tête lorsqu'il s'était approché du groupe Serdaigle... S'éclaircissant la gorge près d'eux, les bras croisés, Elian ne donna pas vraiment le choix à l'aiglon devant autant de témoins :
« Il faut qu'on parle Solal. »

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Solal n'avait jamais été en colère contre quelqu'un durablement. Bien sûr, il s'était déjà énervé, avait déjà senti ses joues bouillir sous le coup de l'émotion. Il avait senti le mordillement de l'impulsivité sur ses poings, lui criant de frapper. Mais il n'avait jamais senti sa gorge et le creux de son estomac se nouer dans une rancœur démesurée. Il avait lu la réponse d'Elian et l'avait reposé sans jamais y répondre. C'était une situation compliquée pour le garçon qui tenait énormément au Poufsouffle. S'il s'entendait très bien avec les élèves de sa maison, le blond étourdi avait gagné une place de choix dans le cœur du garçon aux cheveux corbeaux. Peut-être était-ce pour les regards amoureux qu'il lançait aux plantes —Squib, par exemple— ou encore parce qu'il était le seul idiot à crier le nom d'une personne exclue de l'école pendant un tournoi. Toujours est-il qu'Elian Kernac'h éveillait en Solal des émotions dont il ne connaissait pas l'existence.

Il avait ressenti le besoin de s'éloigner du blond, comme s'il avait fait quelque chose d'incroyablement mauvais —ce n'était pas le cas— et les heures de réflexion dans son lit ne lui avaient permis de tirer qu'une seule conclusion : il réagissait trop fort, pour rien. Bien entendu, il était réellement en colère que le Poufsouffle suive aveuglément son patriarche, mais il était certain que son ami ne méritait pas un tel traitement de sa part. Pour autant, sa fierté ne lui permettait pas de revenir vers Elian. Il l'avait ignoré bien trop longtemps pour ça et, honteux, il n'avait fait qu'empirer la situation en fuyant son ami.
Il n'avait pas prévu un seul instant que Elian puisse décider de venir lui parler. Il savait que le blond était peiné ou peut-être même en colère, il suffisait de voir le "salut vieux" sur sa dernière lettre, mais il avait naïvement pensé que le blondinet attendrait patiemment que Solal revienne —s'il revenait.
Aussi, quand le petit Kernac'h s'approcha d'un air déterminé, il resta quelques secondes la bouche ouverte, ne pouvant cacher sa surprise. Un regard jeté vers ses amis, avant de finalement faire le premier pas vers le Poufsouffle. C'est dans un silence pesant qu'ils entrèrent dans la salle des trophées, là où il n'y avait personne, le brouhaha du couloir ne leur aurait pas permis de mener à bien leur tentative de communication.

Mais il était hors de question pour Solal de déposer les armes, sa fierté lui sommait de ne pas céder pour le moment et il croisa les bras, le dos posé contre un meuble en bois.

« C'est ton père qui t'a dit de venir me parler ou t'as réussi à réfléchir tout seul ? » Il regretta instantanément ses paroles et pinça ses lèvres entre elles comme pour empêcher des mots pleins de rancœur de dépasser cette barrière physique. Ses pensées n'étaient occupées que par une seule chose : réussir à renouer son amitié avec le Poufsouffle. Pourquoi ne parvenait-il pas à agir en conséquence ?
« Bonjour, sinon. » finit-il par ajouter dans une tentative désespérée de ne pas briser leur amitié pour de bon, le regard porté sur ses propres chaussures, comme s'il refusait de voir la colère ou la déception qui pourrait habiter le visage de celui qui restait, malgré tout, son Blaireau préféré.

Tapis en Chef, 2ème année RP.

Comme un haricot perdu au milieu d'un musée  PV 

Même si Elian s'efforçait de garder les paupières ouvertes, son environnement immédiat fut soudain pris d'un flou abyssal sous le coup de l'angoisse. Il y a quelques mois, il aurait été incapable de se dévoiler ainsi à cœur ouvert, et il ne pouvait pas s'empêcher d'ajouter à la liste des remontrances contre Solal le fait de s'entourer d'autant d'amis à chacun de ses déplacements. Mais c'était un mal pour un bien, Elian se l'était répété bien trop souvent ces derniers jours, jusqu'à ce que cette pensée lui donne assez de courage pour affronter le silence qui l'entourait.

Pour la première fois depuis bien trop longtemps à son goût, ses yeux croisèrent enfin ceux de Solal. Malheureusement, ce premier contact ne lui indiqua pas s'ils demeuraient toujours amis, mais il était dorénavant persuadé de son côté qu'il restait très attaché au Serdaigle, redoutant réellement qu'il lui tourne le dos en mettant fin à leur amitié de façon catégorique. Ce moment parut d'ailleurs s'éterniser dans la tête du blondinet, jusqu'à ce que Solal initie un premier pas. Elian le suivit silencieusement, le cerveau embrumé par un trop plein de pensées contradictoires, mais intimement convaincu que c'était un très bon début. Ils quittèrent l'agitation de la fin de classe pour se retrouver soudainement dans l'ambiance austère de la salle des trophées. Au moins ils auraient des projectiles à portée de mains si la situation continuait de se dégrader. Ce qui ne tarda pas à arriver. Solal avait l'allure nonchalante d'un sorcier qui resterait sur ses positions, adossé contre une étagère. Intimidé, Elian le laissa prendre la parole et regretta instantanément. Les yeux abasourdis, il recula un peu et s'assit à moitié sur un présentoir, les mains accrochées au rebord.

L'enjeu de son comportement se dessinait bien mieux maintenant qu'ils se parlaient de vive-voix. Elian comprenait maintenant que son père était le sujet de leur discorde. Son père et lui-même, comme ça l'avait toujours été. Refusant d'écouter le stress qui pompait toute son énergie, il observa un instant Solal dans la semi-obscurité de la pièce, entrecoupée d'éclairs sur les vitrines lustrées. Il eut droit à un salut qui le fit quand même sourire brièvement, à défaut de le rassurer complètement.
« Je suis désolé. » affirma-t-il timidement comme un enfant prit en faute. Etonné par sa propre prise de parole, il se tut et fixa lui aussi le sol. C'était comme si Elian avait toujours su l'origine du problème, mais que son cœur avait refusé de l'entendre... Du moins jusqu'à aujourd'hui, où il avait compris que sa relation privilégiée avec Solal était en péril.

Le petit sorcier ne proposait pas de solution, rien ne lui venait en tête lorsque sa relation avec son père était sujette à discussion. Mais il devenait conscient que quelque chose devait s'éclaircir, même s'il refusait de passer par ce chemin.
« Je ne mentionnerai plus mon père s'il te dérange. Comme l'ancien gérant du Chaudron Baveur. » Il pensait réellement avoir compris le souci et y avoir apporté une réponse satisfaisante pour Solal, mais aussi pour lui qui n'aurait pas à affronter une vérité un peu compliquée. C'était, selon lui, à son tour de s'assurer de quelque chose. « Est-ce que tu comptais me reparler un jour ? » Bien malgré lui, sa voix s'était couverte d'un ton accusateur. Elian tirait un peu sur sa manche d'un air anxieux, redoutant la réponse.

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La colère et l'appréhension brouillaient le cerveau de Solal. Pour la première fois depuis longtemps, et ça n'arrivait que quand il se sentait en colère, le Serdaigle n'arrivait plus à penser comme un Aiglon. Au revoir la logique, les pensées s'enchaînaient et se bousculaient sans fil conducteur, portés par des émotions amplifiées par... Par quoi, d'ailleurs ? Les quelques heures de réflexions objectives de Solal n'avaient pas permis au garçon de comprendre pourquoi il ressentait tant de colère à voir son ami si dépendant de son père.
Il se dit la réflexion, à nouveau, qu'il allait peut-être simplement trop loin et il plia et déplia le col de sa chemise blanche nerveusement. La dite réflexion fut bien vite balayée par la première remarque d'Elian. La réaction ne se fit pas attendre chez le Serdaigle, il fit un demi-tour sur lui-même en levant les bras au ciel dans un geste plein de désespoir et de frustration. Il ne comprenait rien, et Solal était difficilement dans l'état de lui expliquer correctement : lui-même avait du mal à mettre des mots sur ce qu'il pensait. Dos à Elian, il planta ses dents à l'intérieur de sa joue pour se calmer et être certain de ne pas être plus désagréable que nécessaire —il l'avait assez été comme ça. Mais il lui était difficile de se taire ou même de rester immobile, il ne put pas réfléchir plus longtemps que son corps le mena automatiquement devant le Poufsouffle. Planté devant lui, les sourcils froncés, il finit par souffler un bon coup avant de se faire plus grand en espérant qu'il réussirait à parler ainsi comme un grand.

« T'as rien compris. » Il osa enfin plonger son regard dans celui bien trop doux de son camarade, pinça à nouveau ses lèvres entre elles en enfonçant ses mains dans ses poches avant de reprendre. « J'm'en fous du patron du Chaudron Baveur, j'ai bien compris que t'aimes que les vieux hommes, mais pas grave tu fais ce que tu veux. Puis l'souci c'est pas que tu parles de ton père, c'est que t'avales ce qu'il te dit sans même réfléchir, il ouvrit la bouche exagérément en faisant mine de prendre quelque chose en bouche et de l'avaler avant de croiser les bras, t'as même parlé des Moldus comme s'ils étaient inférieurs à nous et comme si c'était normal de penser ça d'eux, juste parce que ton père le pense. Alors que les Moldus qui font de la magie ils sont comme nous, ils sont juste pas nés au même endroit et ont pas des parents qui font d'la magie. Moi, bah, j'te pensais pas comme ça. J'ai cru que t'étais quelqu'un de gentil, mais qu'tu savais réfléchir par toi-même. Qu'tu manquais pas de respect et que tu t'en fichais de suivre les autres. T'as toujours été un peu bizarre et c'est ça qu'j'aimais bien, mais en fait t'es pas bizarre, t'es pas un électruc libre, tu suis ton père comme un mouton qui suit son berger. Tu comprends, là ? Ou faut que j'te fasse des dessins ? » Il avait avancé son visage près de celui d'Elian sans même s'en rendre compte, lui jeta un dernier regard noir avant de se reculer et de tourner à nouveau le dos pour aller observer les trophées.
« Mais c'était nul, sans toi. » rajouta-t-il presque dans un murmure contrarié, les yeux rivés sur un trophée doré avant de soupirer à nouveau, comme pour se délester d'un peu de la colère lourde qui semblait l'étouffer dans son étreinte.

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Quand Solal s'approcha de lui, Elian se crispa de nouveau, les mains figées sur le rebord du présentoir. Il était certain que son ami ne lui ferait aucun mal, c'était comme un instinct, et craignait bien davantage la proximité qui s'installait entre eux. C'était beaucoup plus difficile de s'exprimer en s'observant droit dans les yeux. De son air ahuri, il écouta le Serdaigle lui démontrer qu'il avait faux sur toute la ligne, et l'alarmer sur cette chose qu'Elian refusait de voir en face : sa dépendance pathologique avec son père. De l'extérieur, on aurait dit que le petit Poufsouffle contemplait le visage de son camarade, complètement perdu dans ses pensées. C'était ce qu'il faisait réellement, essayant peut-être de trouver, en Solal, un dernier moyen de s'échapper du problème qui régissait la moindre parcelle de sa vie en chantier.

Ses yeux s'embuèrent tout seuls au fil des paroles de Solal, il n'avait jamais eu honte de pleurer devant lui, mais cette fois-ci le Serdaigle en était la cause indirecte. Lorsque ce dernier se retourna, Elian n'eut pas le temps de se demander très longtemps s'il avait remarqué ses larmes dans la semi-obscurité de la pièce, il passa rapidement sa main sur ses paupières pour les essuyer, c'était comme un aveu à effacer rapidement. Après cet entretien virulent, il lui était compliqué de réfléchir convenablement. Devait-il parler à son tour ? C'était tout ce que son cerveau était capable de lui dicter de faire à cet instant. Alors il se leva fébrilement et s'approcha un peu, peut-être pour s'assurer qu'il n'avait pas fait pleurer son ami, lui aussi. Ce dernier aurait très bien pu abandonner l'affaire et le laisser méditer sur ces paroles, mais il ressentait visiblement la même envie qu'Elian de régler cette histoire. Il restait présent, et cela n'avait rien d'étonnant pour le jeune Poufsouffle, même s'il aurait donné n'importe quoi pour connaître les pensées de son ami. Celui-ci ne pouvait pas comprendre que le problème allait bien plus loin que le fait d'être constamment en accord avec son père, si Elian ne lui expliquait pas la situation. Et il voulait tout lui dire, son cerveau était bien trop embrumé pour réfléchir, alors il laissa son instinct décider. Et son instinct priait d'impliquer Solal dans l'aspect le plus occulte de sa relation parentale.

Et le fait de savoir qu'il avait quand même un peu manqué à Solal pendant la période où ils ne s'adressaient plus la parole acheva de l'encourager à s'engager sur une confession dont il n'aurait jamais pensé pouvoir se libérer un jour. Elian s'était approché de lui pour observer distraitement le même trophée, c'était peut-être rassurant de regarder dans la même direction.
« Solal... J'-... J'ai besoin d'aide, commença-t-il à articuler, incapable de retenir de nouveaux pleurs qui menaçaient, de toute façon, de se révéler depuis un moment. Il se savait pas s'il avait obtenu de nouveau le droit d'étreindre Solal, pourtant le petit sorcier avait besoin de se reposer sur lui, car c'était le seul qui avait pu se rendre compte que quelque chose clochait et qui ne lui avait pas complètement tourné le dos malgré tout. Son parrain et son père demeuraient des amis de très longue date et Elian craignait de ne pas être pris au sérieux par Sigmund - c'était quelque chose qu'il redoutait peut-être plus que de perdre l'affection de son père.

A défaut de s'autoriser à se laisser aller dans les bras dans son ami - ce n'était pas plus mal car cette position aurait d'ailleurs probablement déclencher d'autres pleurs interminables - le jeune sorcier s'appuya sur son épaule, sa présence à ses côtés réchauffant l'atmosphère glaciale d'un aveu douloureux qui s'apprêtait à se dévoiler. Elian était redevenu machinalement calme même s'il gardait toujours cet air un peu perdu.
« Tu as raison, j'ai sûrement jamais fait les choses autrement qu'à travers mon père. C'est parce que... euh. Il faut que je te dise quelque chose. Il n'avait aucune idée de la meilleure façon d'aborder la chose, mais il fallait bien commencer par le début, même si ce dernier le faisait paraître si vulnérable, car c'était simplement la vérité. « On s'aime trop ? Le Poufsouffle s'arrêta, inspira et précisa avec un peu plus de dynamisme : « Ça a toujours été lui et moi contre les autres. Et euh... J'ai ma part de responsabilité, parce que ça me rassure de savoir qu'il est toujours derrière moi. Donc je l'autorise à garder son emprise, d'un côté. En fait, je ne pense pas comme lui tout le temps, et j'ai rien contre les Nés-Moldus même s'ils sont pas aussi biens que toi, mais personne ne sera aussi bien que toi, de toute façon. » Elian recommençait à prendre peur, il ne voulait pas pousser la confession trop loin et dévoiler à Solal le quotidien désastreux qu'il acceptait de vivre avec son père sous prétexte qu'il le "protégeait", et qui l'empêchait de réagir sous peine de perdre son affection - son courrier vérifié, les potions qu'il devait boire, le fait qu'il ne devait pas prendre des sorcières comme amies, par exemple.

Ainsi, tandis qu'il commençait enfin à se confier, le jeune sorcier avait perdu le contrôle de cet instinct de survie et, sans s'en rendre compte, avait laissé son cerveau reprendre le contrôle. Celui-ci refusait catégoriquement de le laisser approfondir ses secrets et d'initier peut-être la fin de la relation privilégiée qu'il s'était imaginé avec son père. Il avait une idée à lui tout seul pour se protéger. La fuite. Alors, sans prévenir, la main d'Elian alla jouer avec une mèche de cheveux de Solal. Le menton reposé sur sa main libre, toujours appuyé contre l'épaule du Serdaigle, un sourire léger traversa son visage devenu plus mutin que d'accoutumée.
« Tu sais, tu m'as vraiment manqué, tout est nul sans toi aussi, lui susurra-t-il à l'oreille, taquin. A défaut de pouvoir parler plus longuement de quelque chose qui le dérangeait trop, tout autre sujet lui paraissait maintenant plus facile d'accès. Comme les véritables sentiments qui grandissaient en lui lorsqu'il apercevait Solal, par exemple.

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S'il y avait bien quelque chose que Solal détestait, c'était l'idée de faire mal à son ami. Pourtant, il savait très bien que son attitude le blessait. Il était parfaitement conscient que l'ignorer n'aurait fait que casser le moral du blondinet. Il l'avait fait, écrasant ses propres principes, suivant une colère aveugle. Mais c'était ce qu'il fallait pour aider Elian à se réveiller. Ils avaient à présent douze ans, tout deux, et étaient en âge de penser pour eux-même. Les parents du Serdaigle étaient trop occupés dans leur entremêlements de drames et de non-dits pour s'occuper de lui, et pourtant, il arrivait parfaitement à réfléchir et à vivre par lui-même. Pourquoi Elian ne pouvait-il donc pas ?

Le problème était bien plus profond, et Solal refusait de voir cette profondeur. Lui qui avait toujours la situation sous contrôle, semblait toujours croire qu'il suffisait d'un claquement de doigt pour régler les soucis. L'année précédente, il avait connu une période délicate avec le Quidditch, pour autant il avait réussi à se débrouiller tout seul. Personne ne savait à quel point il avait haï le sport préféré des sorciers autant qu'il l'avait adoré, personne ne savait qu'il se sentait à présent plus libre pieds à terre qu'entravés dans les rêves de son père. Il n'avait eu besoin de l'aide de personne pour se rendre compte qu'il n'avait pas à être le pantin des rêves brisés de son paternel. Le garçon avait voulu faire plaisir à son père, comme si fonder sa vie sur les envies de Ciaran n'était qu'un détail, qu'un cookie qu'il apporterait au paternel pour le goûter. Il avait pensé de longs mois durant que le rêve du paternel Rosenberg devait être le sien, avant de se rendre compte une fois dans les airs à poursuivre le vif d'or qu'il ne supportait pas la pression des regards sur lui. En quelques mois, toutes les conceptions qu'il avait faites sur lui-même avaient été brisés et il devait repartir de zéro.

Les yeux rivés sur une des vitres —il ne regardait même plus le trophée, il eut un éclair de lucidité et pendant quelques instants, se rendit compte que sa situation avait quelques similarités avec celle du Poufsouffle. S'il aurait pu utiliser cet éclair pour se mettre un peu plus à la place d'Elian il n'en fit rien et la conclusion tomba à nouveau : son ami n'avait pas assez essayé de s'éloigner de son père.
C'est du moins ce à quoi il pensa l'espace de quelques secondes, avant d'entendre le reniflement caractéristique d'un garçon qui pleure. Il eut l'impression d'entendre son cœur se briser dans sa poitrine et les supplications de son ami eurent l'effet d'un nouveau coup, lourd. La mâchoire serrée, il fixait un point devant lui comme pour ne pas craquer maintenant —sa fierté le lui interdisait, encore, et son poing se referma sur sa propre manche pour la tirer nerveusement. Le compliment d'Elian le détendit un instant, avant qu'il ne se tende à nouveau, les mots du Poufsouffle résonnant dans son esprit. Il comprenait que les Kernac'h étaient unis, mais pourquoi Elian n'arrivait-il pas à s'éloigner de l'emprise de son père alors qu'il vidait ses potions l'été dernier encore ? Pour la première fois depuis longtemps, Solal resta muet : lui-même ne savait pas quoi dire ni quoi penser de cette situation désagréable.

Avait-il eu tort ? La culpabilité fit place en lui, comme un vent violent qui balaya le reste de ses pensées. Avait-il était un mauvais ami ? Il avait repoussé Elian, qui se retrouvait à pleurer dans une salle sombre, entourée des souvenirs de la réussite des autres. Et lui, le Serdaigle trop brutal, qu'avait-il remporté ? De quoi pouvait-il se vanter ? S'il avait cru un moment être quelqu'un de bien, la culpabilité le poussa à penser qu'il avait échoué en tant qu'ami. Il était sans doute le mieux placé pour aider Elian, et il avait décidé de le laisser seul avec ses pensées. Il ouvrit la bouche, prêt à s'excuser, mais le geste —osé— du Poufsouffle lui fit ravaler ses mots. Il referma sa bouche automatiquement alors qu'il sentit un feu encore inconnu parcourir son corps, lui mordiller les pommettes. C'était bien les doigts du blond qu'il sentait sur ses cheveux, et son corps plus proche que nécessaire. Il déglutit, la mâchoire toujours aussi serrée, cette fois pour une autre raison. S'il avait toujours eu l'impression d'avoir l'ascendant sur Elian, il se sentait désormais tout petit, insignifiant. Il lui fallut quelques secondes pour réussir à formuler quelque chose.

« Je... suis désolé. Voilà. Parce que j'aurais pas du te laisser tout seul. Et t'étais pas bien. Et maintenant tu pleures. Je suis naze comme ami. J'ai... eu tort, il n'avait jamais eu autant de mal à prononcer un mot, Maintenant t'es plus tout seul qu'avec lui, moi je suis là, et c'est pas pour autant que tu suis tout ce que je pense. J'comprends toujours pas votre truc avec ton père, mais c'était mal de ma part de t'abandonner comme ça sans expliquer correctement. »
Pour la première fois de sa vie sans doute, le Serdaigle aux cheveux corbeau admit qu'il avait foncièrement tort. S'il ne s'en rendit pas compte sur le moment, les doigts d'Elian dans ses cheveux n'y étaient sûrement pas pour rien et il sentit le feu de sa colère s'atténuer en lui —son cœur, lui, ne cessait pas sa course. Il se tourna vers son camarade, presque timidement, avant de nouer ses bras autour de son cou pour le prendre dans ses bras. L'étreinte lui rappela celle de leur première rencontre dans un premier lieu, mais elle était bien différente. Son geste était presque maladroit, comme s'il réalisait inconsciemment qu'il n'y avait rien de bien amical dans ce que provoquait en lui leur proximité.
« Vraiment désolé.»

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Ainsi accoudé à l'épaule de Solal, Elian pouvait examiner chacun de ses traits, et deviner qu'il avait été surpris par son geste - commençant à comprendre comment discerner les expressions de son ami. Il fallait dire que le jeune Poufsouffle se montrait étourdi par sa propre initiative, aussi agréables soient les sensations qu'elle avait provoquées. Avait-il troqué un sujet pesant à aborder - l'éducation chaotique à laquelle on le confrontait et qu'il s'autorisait malgré tout à vivre - pour une situation peut-être encore plus délicate ? Dans tous les cas, s'il aurait été capable de jeter un sort pour arrêter le temps, Elian n'aurait probablement pas hésité une seule seconde pour se donner l'occasion de réfléchir davantage à la scène qui se déroulait, fut-elle provoquée par lui-même.

L'unique certitude que le jeune Poufsouffle conservait en lui, c'était que son état d'agitation était passé, partiellement distrait par sa volonté de tourmenter gentiment un Solal bien trop silencieux pour être vrai. Bizarrement, son cerveau lui renvoya l'image d'un bac à sable miniature, croisé sur un marché moldu. On lui avait expliqué qu'en ratissant longtemps le sable à l'aide d'un petit outil en bois, on pouvait se débarrasser des pensées négatives qui agitaient notre cerveau. C'était une sorte de magie adaptée aux moldus, avait-il alors pensé. A présent, il découvrait une autre forme de sorcellerie, toute autre que ce stupide jardin zen ou que les diverses potions que l'on désirait lui faire ingurgiter : la présence rapprochée de Solal, qui avait découlé de sa tentative de diversion incontrôlée et qui avait été malgré tout en premier lieu très inquiétante, possédait dorénavant le pouvoir exceptionnel de lui redonner contenance. Et même lorsque la voix de ce dernier s'éleva, ce sentiment de quiétude continua de planer autour de lui, la tension latente de leur dispute n'était plus qu'un lointain souvenir plongé au fond de sa cage thoracique, comme à présent incapable de perturber ce moment.

Elian avait l'étrange sensation de ne plus avoir le moindre contrôle sur rien et se rendit seulement compte du silence qui régnait dans cette salle lorsque Solal reprit la parole, ce dernier le coupant subitement dans son élan. Sa conduite lui semblait à présent incongrue tant elle trahissait sa détermination à changer de sujet, il était presque effrayé de savoir qu'il aurait sûrement pu aller plus loin. Elian devait se rendre à l'évidence, s'il avait du mal à réfléchir selon une logique répondant à celle de la majorité en temps normal, il était tout simplement incapable de réfléchir tout court lorsque Solal s'adressait à lui, et ceci n'avait pas toujours été le cas. Quelque chose avait changé dans leurs interactions. En connivence dès leur rencontre, ils n'avaient pourtant jamais partagé autant que jusqu'à maintenant. Il avait peur de perdre son meilleur ami, le seul qui comptait réellement parmi le flot d'individus qui traversaient sa vie. Plus qu'un ami, c'était un allié et ce mot lui paraissait même encore trop étroit pour contenir réellement tout l'attachement qu'il éprouvait pour lui. Les excuses du Serdaigle lui firent écarquiller les yeux. Il épongea ces derniers avec le bout de sa manche, ayant fini par oublier complètement ses joues humides. Et, plus surprenant encore, Solal l'enlaça.

Comme pétrifié sur place, Elian ne s'autorisa même pas à encercler son Serdaigle de ses bras, et ceux-là restèrent figés le long de son corps.
« Ecoute, disons que c'est de l'histoire ancienne, lui dit-il sans réfléchir. Puis, le fait que ce dernier s'excuse une seconde fois en aussi peu de temps rendit l'atmosphère suffocante pour le Poufsouffle. Il s'écarta légèrement de l'étreinte de Solal en faisant un pas en arrière et posa ses deux mains sur les épaules de ce dernier, comme pour l'inciter à ne pas bouger pendant qu'il le fixait droit dans les yeux. Son envie irrépressible de desserrer sa cravate dût patienter encore un instant, il voulait lui dire quelque chose. « Solal tu es pas naze comme ami, tu es ultra-naze, et c'est pour ça que je t'apprécie tellem-... Ses yeux trahirent l'espace d'une seconde sa propre surprise. « ...beaucoup. Je te promets que je réfléchirai à deux fois avant de suivre mon père comme un mouton maintenant. » Il avait failli déraper, comme à son habitude, et même s'il avait réussi à l'étouffer au dernier moment, la vérité continuait pourtant de cogiter dans sa tête. Elian dissimula ses mains dans les poches de sa robe de sorcier, il tremblait de devoir se mentir à lui-même encore une fois, préférant éviter cette fois-ci tout contact visuel ou physique avec celui qu'il "appréciait tellement". Enfin, un rictus traversa son expression renfrognée. « Pendant la période où on se parlait plus, je suis arrivé en retard huit fois en cours. Il était temps que ça cesse. »

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Dire que Solal n'avait pas été déçu de ne pas sentir les bras d'Elian autour de sa taille serait un mensonge. Le Poufsouffle semblait presque refuser le contact avec le Serdaigle, alors qu'il avait été le premier à l'initié. Il fallut qu'il plante ses dents dans sa lèvre inférieure pour détourner ses pensées de ce détail —il fallait qu'il se rende à l'évidence, ce n'était pas tout à fait commun d'enlacer ainsi son ami. Le feu lui était monté au visage, et s'embrasa davantage lorsque le blond aligna son regard avec le sien. Il avait déjà été proche physiquement de quelques personnes, mais jamais il n'avait ressenti ce genre de sensation et il eut presque l'envie de partir en courant. Pour autant, ses pieds étaient vissés sur le sol comme s'il avait été victime d'un sortilège de durcissement qui l'empêchait de faire quelconque mouvement. Son regard glissait du mur jusqu'au regard d'Elian, repartait sur un trophée avant de trouver à nouveau le courage de croiser le regard du Poufsouffle.
La présence du garçon lui avait beaucoup manqué, bien qu'il avait réussi par un miracle quelconque à ne pas lâcher l'affaire —son entêtement avait gagné sur son attachement, et entendre ces quelques compliments de la part du blond lui donna l'impression de fondre sur place pendant un instant. Il lui fallait tous les efforts du monde —vains— pour réprimer un sourire, ses pommettes saillantes et ses yeux plissés trahissaient cependant son état de contentement. Elian plongea ses mains dans ses poches et le brun glissa ses doigts sur le poignet de son ami sans connaître réellement le but de son geste. Il serra légèrement son poignet avant de le lâcher et de se reculer, son rire léger résonnant dans la pièce.

« Huit fois ? T'abuses. J'aurais du envoyer Elian le crapaud te sauter dessus. T'as réussi le dernier devoir de potions, alors ? Il était trop dur, j'adore les potions mais je crois que je suis trop nul pour ça. Ça va être compliqué pour l'année prochaine. » minauda-t-il d'un ton plaintif en gesticulant de tous les côtés. Il était rassuré de savoir qu'ils pourraient enfin discuter de quelque chose de normal, sans qu'il n'ait besoin de jouer les durs en colère. Il tapota le haut de la tête d'Elian, profitant du geste pour le recoiffer un peu.
« C'est vraiment dommage que tu sois pas à Serdaigle. J'aurais pu te réveiller et tout, pour de vrai. Mais bon j'aurais jamais pu finir à Poufsouffle, c'est pas du tout ma maison. » Il ne s'était jamais réellement imaginé dans une autre maison que Serdaigle, elle lui allait sur tous les plans. Mais s'il avait du choisir une maison où il n'aurait pas pu aller, il aurait certainement choisi Gryffondor ou Poufsouffle. Pour autant, l'idée de partager sa chambre avec son ami lui faisait presque regretter de ne pas avoir rejoint les rangs des gentils et des tolérants —Solal se souvint alors des chants des Poufsouffle durant le Quidditch et se fit la remarque que derrière cette gentillesse se cachait une certaine hargne qu'il n'était pas certain de vouloir partager.

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Curieusement, le furtif contact des mains de Solal sur ses poignets avait eu pour effet de calmer son agitation. Elian avait détourné son attention au même moment, bien décidé à repousser à plus tard le processus d'interprétation de ces gestes qui pouvaient paraître si anodins à première vue, mais qui prenaient toujours un sens hors du commun dans sa tête lorsque, la nuit tombée, toutes les défenses que son cerveau réussissait à fabriquer s'affaissaient enfin, le souvenir de ces tendres signaux défilant alors au creux de son lit. Solal et lui dérivaient seulement sur les eaux troubles d'une amitié féroce, qui nécessitait souvent une intervention mentale du Poufsouffle pour refréner son imagination. Mais il fallait avouer que tout était beaucoup plus beau dans sa tête, où rien ne leur faisait obstacle, où rien n'existait d'autre que Solal et lui, et tout ces signaux exacerbés.

Le rire du Serdaigle résonna, c'était difficile d'imaginer qu'une tempête était passée dans cette pièce à peine quelques instants plus tôt. Elian fit de son mieux pour se concentrer, ses nouvelles résolutions sur le fait qu'il ne devait plus penser à travers son père n'étant absolument pas automatiques. Il pouvait comprendre parfaitement la raison pour laquelle les potions attiraient Solal, il fallait dire que cette matière nécessitait de suivre des protocoles avec rigueur, il n'y avait pas vraiment de place pour l'improvisation. Le sourire du Poufsouffle s'évanouit légèrement lorsqu'il sentit le Serdaigle replacer quelques une de ses mèches de cheveux. Si Elian avait fini par acquérir la certitude qu'un lien trop fort l'unissait à son père, en cet instant, il put sentir cette même vérité s'insinuer en lui à l'égard de Solal. Son cerveau puisa cependant dans ses dernières ressources pour sauver, comme il le faisait maintenant depuis longtemps, leur fausse amitié, en se focalisant uniquement sur les paroles du traître. Il déglutit et se lança dans une réponse en essayant de paraître le moins perturbé possible :
« J'ai pas eu le temps de finir le devoir, il y avait une coccinelle sur le dos d'Herminie Peers, et j'ai pas pu détourner mes yeux d'elle pendant toute l'heure. Il haussa les épaules. « Mais je compte quand même garder cette matière l'année prochaine aussi. Il s'empêcha de toutes ses forces de lui avouer que c'était surtout son père qui souhaitait qu'il continue les potions. « On n'a plus qu'à créer un groupe de travail ! » conclut-il avec enthousiasme.

La perspective de passer plus de temps ensemble, même dans une ambiance plus studieuse, égayait un peu plus cette journée qui avait si mal commencé. Alors il eut un rire franc lorsque Solal lui confia qu'il n'aurait jamais pu appartenir à Poufsouffle, car l'idée lui parut tout à fait absurde à lui aussi, en fait aussi absurde que les probabilités que le blaireautin avaient pour finir à Serdaigle. Elian ferma les yeux en prenant un faux air dédaigneux.
« Tu as tellement raison, c'est à cause de ce vieux Choixpeau si je suis tout le temps en retard le matin. Tu aurais pu me réveiller comme quand j'étais chez toi s'il m'avait réparti à Serdaigle. » C'était un mauvais exemple, ils s'étaient souvent levés le plus tard possible pendant les vacances d'été.

L'évocation de ce souvenir finit de disperser le brouillard qui s'était installé entre eux, et même si Elian était convaincu que la vie au château aurait été nettement meilleure s'ils avaient partagé un emploi du temps identique ou bien même leur propre dortoir, quelque chose lui faisait dire que ce n'était pas une si mauvaise situation d'être ainsi physiquement éloigné. Le Poufsouffle hésita un peu avant d'en faire part à l'aiglon, le bout de ses ongles de ses deux petites mains s'enchevêtrant dans un mouvement anxieux.
« Moi, ça me rassure qu'on soit pas dans la même maison. Au moins je suis sûr de pas être un choix par défaut pour toi. » Si lui considérait qu'aucun de ses amis de la maison des blaireaux restaient avec lui par intérêt, ce n'était pas le cas de tous, car souvent l'on voyait des élèves se rapprocher d'autres élèves par sécurité, pour s'assurer de ne pas être seul. Ses yeux acceptèrent de nouveau d'observer Solal. « Et tu peux être sûr que tu n'es pas un choix par défaut non plus. »

Reducio
J'ai détesté écrire avec toi, c'était le dernier après le prochain RPG qui est déjà en cours.

Moi je crois aux histoires auxquelles les autres
Ne croient pas encore

Comme un haricot perdu au milieu d'un musée  PV 

Il suffisait de parler quelques instants avec Elian pour que le garçon aux cheveux de corbeau oublie totalement les raisons qui l'avaient poussé au mutisme. S'il ne fit pas de commentaire, l'épisode de la coccinelle sur le dos de Peers lui arracha un sourire presque attendrit qu'il s'empressa de réprimer et de condamner à la disparition : il avait une réputation à tenir. Il lui fallut aussi cacher sa satisfaction quant à la proposition d'Elian de travailler ensemble, ils allaient probablement réussir à rattraper le temps que Solal leur avait fait perdre en jouant à la tête brûlée.
Il se contenta de répondre un vague « Mmh. » lorsque le Poufsouffle parla du choix du Choixpeau : il était persuadé que le Choixpeau avait fait un choix tout à fait judicieux pour chacun d'entre eux, pourtant il ne put s'empêcher de se sentir peiné de ne pas savoir Elian dans la même maison que lui —s'il ne le disait pas, il redoutait que le blondinet trouve un meilleur ami que lui, un jour.

Il jeta un nouveau coup d’œil aux trophées qui les entouraient. S'il n'avait pas sa place parmi l'honneur et la réussite qu'évoquaient le lieu, la salle était à présent le lieu d'une avancée significative dans la relation entre les deux garçons. Encore une fois, aucun mot n'avait été associé à cette évolution, mais le Serdaigle sentit en lui que quelque chose avait changé et que leurs regards échangeaient quelque chose que lui-même ne pouvait expliquer. Les dernières remarques d'Elian achevèrent de nouer autour de leur relation ce quelque chose d'indescriptible. De nouveau, Solal sentit une chaleur étrangère s'installer au creux de ses joues alors qu'ils échangèrent un nouveau regard. Il n'était pas certain de savoir comment interpréter le regard d'Elian, mais il eut l'impression que ce dernier était dans l'attente d'une confirmation. Il pinça ses lèvres entre elles un instant avant d'avouer dans un souffle, sans vraiment articuler :

« Biensûrquetul'espas. » Il voulut rajouter quelques propos pour consolider sa confession, mais il se retrouva soudainement muet. Son honnêteté brutale semblait avoir des limites, les mots restaient coincés dans sa gorge sans jamais vouloir dépasser la barrière physique de ses lèvres. Il avait beau tenter de pousser les mots, ils refusaient de se matérialiser en son et il resta penaud devant son ami pendant un instant, le regard posé sur son visage, avant de briser l'étrange ambiance.

« Bon, tu veux que je t'aide pour le devoir ? » Un sourire tenta de dissimuler les vagues que provoquaient Elian dans l'esprit du Serdaigle, alors que le brun déposa sa main dans le dos du Poufsouffle pour le pousser vers la sortie de la salle des trophées. Une fois dans le couloir, il profita de devoir se coller à Elian afin d'esquiver une horde de Serpentard, pour attraper la main d'Elian dans la sienne et la serrer une longue seconde avant d'ériger une nouvelle barrière entre le Poufsouffle et lui, s'éloignant. Il espérait que l'action parlerait plus que les mots qui s'étaient refusés à sortir.
« Allez, direction la Grande Salle. Qu'est-ce que tu ferais sans moi, j'te jure !» se lamenta-t-il, volontairement excessivement dramatique.

Pardon, j'entends pas, j'ai un filtre anti-bêtises.
Merci de mettre fin au calvaire qu'était ce RP, ciao. :unimpressed:

Tapis en Chef, 2ème année RP.