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Charrette impromptue  PV Léon Nebor + libre 

3 Janvier 2042
1ère année
La Grande Salle
12h03


L’entrée de la Salle Commune se referma dans mon dos. Sans un mot, je traversais le Petit Salon, zigzaguant parmi le flot d’étudiants qui allaient déjeuner. La matinée avait été longue. Extrèmement longue. Bien que toutes les matières me passionnaient, les cours de Métamorphose et de Sortilège que j’avais eu le matin même m’avaient paru durer une éternité. Pourtant, le contenu avait été passionnant ! J’avais appris plusieurs sortilèges et j’avais utilisé ma baguette après deux semaines d’inactivité avec joie. Mais la douleur avait rendu insupportable cette matinée.
En arrivant dans le Dortoir Ouest désormais vide, je balançais mon sac sur mon lit, près de Calmar. Je m’assis pour jeter un oeil à ma main droite. Celle-ci était entièrement enveloppée par des compresses blanches. Mes doigts étaient douloureux. Lentement, j’enlevais les différentes couches de bandages, laissant entrevoir mes phalanges boursouflées et mes doigts bleuis. J’avais la sensation qu’un coeur battait dans ma blessure. De ma main valide, j’attrapais la fiole que m’avait donnée Narym avant de me laisser rentrer à Poudlard et coinçais le bouchon de liège entre mes dents. Je débouchais la fiole dans un poc ! retentissant et crachais le bouchon sur ma couette jaune et noire.

Le contact de la potion avec ma peau était désagréable. C’était chaud, et c’était froid, c’était douloureux et ça m’apaisait. Je préférais lorsque Narym le faisait, il accompagnait ses gestes d’un doux sourire et de son agréable voix grave. Il parvenait à me faire oublier les souvenirs qui me revenaient à l’esprit à chaque fois que mes yeux se posaient sur cette main.
Une fois ma tâche accomplie, je rangeais le flacon dans le tiroir de la table de chevet. Les mots de mon frère résonnèrent dans ma tête, comme tous les jours : “je te laisse soigner tes autres contusions, Ely”. Et comme tous les jours, je ne l’écoutais pas, préférant ressentir chacun de mes bleus pour ne pas oublier.

Je me levais et quittais le dortoir, après avoir rangé mon sac. J’étais proche de la Grande Salle, je reviendrais le chercher avant d’aller étudier à la bibliothèque.
Dans la Salle Commune, je croisais quelques Poufsouffle qui me saluèrent d’un sourire. Je me contentais de leur faire un signe de tête, ne les connaissant pas plus que cela, comme tous mes autres camarades. Je ne pensais pas être “bien intégrée”, comme me le demandait si souvent Papa et Maman. J’échangeais quelques banalités avec les Jaunes et Noirs qui m’adressaient la parole, je saluais mes camarades de dortoir, mais à part cela, je ne parlais avec personne. Je n’avais pas de réelles discussions, cela arrivait rarement, à Poudlard. Cependant, la solitude était moins difficile qu’en début d’année. Elle était même bienvenue, surtout après ce qu’il s’était passé à la fin des vacances.

Le tableau claqua derrière moi, lorsque je sorti de ma Salle Commune. D’un pas rapide, laissant mes capes noires d’hiver voler derrière moi, je me dirigeais vers la Grande Salle.

*Trop de monde...*, s’éveilla ma conscience lorsque je passais les grandes portes. Je n’étais pas à l’aise dans ce genre d’endroit. Un coup d’oeil vers le plafond m’indiqua que le temps était à la neige, à ma plus grande indifférence. Rapidement, je rejoins la table des Poufsouffle, craignant le regard et la présence de deux personnes, et de deux tables. Gryffondor, pour Charlie et Serpentard, pour Ao’. Je me sentis légèrement mieux lorsque je m’assis sur le banc, au bout de la table, près des professeurs. Ce coin était toujours vide.

Je levais la tête pour observer les plats proposés, quand soudainement, je me figeais.
En face de moi, sur le banc juste en face de moi, se trouvait le seul étudiant de Poufsouffle que je voulais éviter. J’ouvrais la bouche en plongeant mes yeux dans les orbes bleus de Léon Nebor, puis la fermais. Ignorant mon coeur qui semblait vouloir s’échapper de ma poitrine, ignorant mon dégout soudain pour toute nourriture, ignorant l’éclair de colère qui passa dans mes yeux charbons, je me levais. Sans un regard pour le garçon, je m’éloignais en longeant la table.
Je ne tenais pas à le voir, j’espèrais qu’il l’avait compris et qu’il ne me suivrait pas. Lui et moi, nous ne nous étions pas revu depuis ce qu’il s’était passé en Salle Commune, cette nuit-là. Après l’avoir accompagné à l’infirmerie et m’être pris une remontrance désagréable de la part de Mme Lloyd, j’étais rentré dans mon dortoir. Et j’avais alors évité Nebor jusqu’aux vacances, le fuyant lorsqu’il souhaitait me parler, ne lui adressant plus aucune parole. Cette nuit-là, je n’avais rien contrôlé, il était hors de question que je le mette une nouvelle fois en danger. Pas que je craignais de le blesser, non, je craignais de le blesser sans le vouloir. Aodren m’avait prouvé que je devais faire fuir toutes les situations que je ne pouvais pas contrôler. Les Autres étaient incontrôlables.

Ne trouvant pas d’autres places isolées, je m’assis en soupirant au milieu d’un groupe de jeunes Poufsouffle, ignorant leurs regards surpris. Malgré le noeud dans mon estomac, je me servais un verre de jus de citrouille que j’avalais d’un trait et piocha négligemment dans le plat rempli de légumes.
Après réflexion, je sorti mon livre du moment -une merveille traitant des différents types de magie-, et, enfournant un haricot dans ma bouche, je me plongeais dans ma lecture pour ignorer le monde qui m’entourait.


Reducio
Premier post réservé à Léon Nebor.

Tu es Moi ; et tant d'Ailleurs.

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Après une demi-journée d'étude en cours, j'allai manger à la Grande Salle. Je pris un plat qui me faisait envie et je commençai à manger le regard dans le vide en pensant encore à mes petites douleurs que j'avais dans mes poignets qui pourtant étaient réparés. J'avais comme la sensation que c'était toujours cassé ou je ne sais pas quoi. C'est alors que la personne responsable s'assied en face de moi. Elle m'évitait depuis longtemps pourtant. Pourquoi venait elle ici ? Voulait elle s'excuser même si je ne lui en voulais pas ? Elle plongea ses yeux dans les miens et je lui fis un petit sourire. Elle sembla alors me remarquer car elle prit rapidement ses affaires et elle s'éloigna pour s'asseoir au milieu d'un groupe de jeunes Poufsouffle. Elle ne voulait surement pas que je vienne lui parler ni rien mais c'était plus fort que moi. J'arrêtai de manger et j'allai m'asseoir devant elle entre le groupe. Je sentis la tension monter en un éclair. Je lui lançai un regard qui voulait dire que je m'excusais et je regardai ses poings me demandant pourquoi elle ne s'était pas faite soignée magiquement. J'avais quand même appris de cette soirée à ne plus poser de questions indiscrètes à Aelle. Aussi quand je vis ses poings, je ne lui demandai pas pourquoi ils étaient comme cela mais Je lui demandai d'une voix qui je l'espérais était neutre tout en priant pour qu'Aelle ne s'en aille pas encore :

Ca te fait mal ?

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Ces derniers temps, je me demandais si Poudlard saurait apporter des réponses à mes questions. Ma rencontre avec Kristen Loewy, et surtout notre séparation, m’avait fait me poser énormément de questions sur la magie. Quel était le rapport entre la magie noire et l’utilisation corporelle que je souhaitais faire de la magie ? Etait-ce cela que je recherchais, lorsque je souhaitais utiliser mon corps pour contrôler ma magie ? Ces questions persistaient à rester sans réponses, et mes recherches n’avaient rien données. La boutique de Papa était vide de livres traitant de magie noire, et ceux qui en parlait se contentait de la décrire comme une magie nocive. Comme Loewy. Je n’avais pas osé demander à Papa ce qu’il pouvait me conseiller, il me connaissait assez pour savoir ce que j’en ferais. Je ne voyais pas de raison de cacher mes questionnements, mais ma famille ne me comprenait pas assez ces derniers temps pour que je prenne le risque de leur parler d’un sujet aussi sensible. Quant à Poudlard… Il n’y avait rien d’intéressant. J’avais trouvé ce livre traitant des divers types de magie, mais la magie noire n’y était décrite que rapidement. Peut-être me trompais-je de sujet ? Peut-être que la réponse n’était pas cette forme de magie ? Devrais-je chercher ailleurs ? Moins je trouvais d’informations sur la magie noire, plus je souhaitais continuer mes recherches pour en apprendre plus encore.

Je soupirais discrètement en tournant une page de mon livre. La nourriture de Zak’ me manquait, mais celle de Poudlard savait contenter mes papilles. Je mâchais longuement ma viande, appréciant le goût salé qu’elle m’apportait. Je peinais à piocher dans les plats, la douleur de ma main m’empêchait de m’emparer sereinement des couverts et je n’étais pas ambidextre. Cependant, je faisais en sorte que cela ne se voit pas, je ne souhaitais pas être dérangé pour des noises.
Les étudiants de Poufsouffle près desquels je m’étais installé par défaut riaient bruyamment, mais cela ne me dérangeait pas. Rien ne pouvait déranger ma lecture. Cependant, une alarme restait allumée dans mon esprit. Elle était à l’affût, craignant qu’un quelconque assaillant ne se cache derrière une de ces bouilles d’enfants. Elle craignait aussi qu’un certain Poufsouffle ne comprenne pas le message et se ramène avec son sourire affligeant.
*Au nom de Merlin, Nebor, respecte au moins cela…*. J’aurais d’avantage préféré faire face à une horde d’Erklings assoiffés de sang que de lui faire face. Et Zeus seul savait combien je craignais les Erklings.

Finalement détournée de ma passionnante lecture par ces pensées parasites, je levais négligemment les yeux vers la table des professeurs, ignorant superbement les quatre autres tables.
*Loewy n’est pas là…*, pensais-je, alors, observant la rangée d’adultes se sustantant. Le sentiment de déception qui transforma ma bouche en moue dépitée me laissa pantoise. Je n’avais pas réellement eu conscience d’avoir l’envie de revoir cette femme avant ce jour. Mais je ne niais pas qu’elle m’intriguait, j’aurais une fois de plus aimé être plus âgée afin d’avoir l’occasion de mener une conversation sans barrières avec elle. Elle pourrait répondre à certaine de mes questions… Mais je n’étais pas naïve, je savais que Loewy ne dirait pas tout. Non, c’était à moi de trouver mes réponses.

Je baissais à nouveau la tête sur les pages noircies du grimoire, lorsqu’une voix que je connaissais m’interrompit. Cela aurait pu être n’importe quelle autre voix, une jolie voix inconnue, un timbre agréable, mais mes espoirs furent vains : elle était indéniablement masculine et enfantine. Je fermais lentement les yeux, me soustrayant au monde.
*Nebor… Il n’a donc pas compris ?*. Je ne voulais pas le regarder. Mon attrait soudain pour la Grande Salle disparu aussi vite qu’il était arrivé. J’aurais dû aller dans les cuisines, comme je le faisais lorsque je ne souhaitais pas faire face aux autres. Cela m’aurait évité cette rencontre impromptue et les questionnements incessants que cela enjoindrait. Je respirais profondemment, résistant à l’envie de m’enfuir.
Je laissais les secondes défiler, ne sachant comment réagir. Sa question idiote avait eu pour conséquence de me rappeler la douleur que j’avais oublié durant un instant. Comme en réponse à Nebor, ma main droite pulsait douloureusement au rythme de mon coeur. Mon envie de serrer les poings pour calmer la panique et la colère que créait la présence du garçon était persistante, mais je résistais, sachant que je ne ferais qu’aggraver ma douleur. Alors je serrais les mâchoires.

Mes pensées, elles, s’affolaient. Que lui répondre ? Pouvais-je fuir ? La question était idiote, je le pouvais évidemment, mais en avais-je seulement l’envie ? Et si je m’énervais ? J’ouvrais les yeux et regardais d’un air morne mon assiette qui ne m’attirait plus. Les choses n’avaient pas évoluées, et mes pensées à propos de Léon Nebor non plus. Alors je levais mes yeux sur lui, ignorant la petite voix qui me dit :
*c’est un des premiers à s’être intéressé à toi, Ely…*.
Il ne souriait pas. Tiens donc, avait-il compris une chose de mon enseignement ? Incapable de m’en empêcher, je laissais ma panique et ma honte parler : je plaçais un sourire ironique sur mes lèvres et plongeais mon regard dans les yeux bleus de mon camarade.

-Si j’avais oublié que j’avais ça, lui dis-je en levant ma main blessée vers lui, maintenant c’est raté.

Je ne me connaissais pas ce côté-là. Lui avais-je vraiment dit cela sur un ton ironique ? Je repris calmement ma lecture tout en me servant un nouveau verre du liquide orangé, montrant une attitude inintéressé.
Je ne lisais pas réellement. Je pensais. A ce que j’avais dit, à mon besoin de me retrouver seule, à mon envie de voir Nebor s’en aller. J’avais eu le temps de réfléchir, depuis notre dernière rencontre. J’en avais conclu que je n’avais plus de raison de voir le garçon. Il ne me comprenait pas, sa présence ne m’apportait rien, ni en connaissances ni en questionnements. Au-dessous de cette couche de différence qui nous éloignait, il y avait un voile de culpabilité poignant qui éveillait ma colère. J’étais peut-être responsable de ses blessures, mais il les avait cherché. Ce n’était certe pas voulu, mais je me connaissais assez pour savoir qu’il aurait bien pu les avoir sans cet accident.

En un fragment de seconde, le souvenir du regard emplit de déception de ‘Naël accusa ma violence et un violent frisson me traversa. Je bus rapidement mon verre de jus de citrouille pour faire disparaître les images. Je jetais un regard vers les élèves qui nous entouraient, reprenant doucement contenance. Mes yeux croisèrent rapidement ceux d’un élève à la tignasse brune, et dans un éclair de lucidité, je me pris à espérer qu’il intervienne pour une quelconque raison, me permettant d’interrompre ce moment. Mais il détourna le regard, riant à une plaisanterie de son ami. Me mordant la lèvre, je baladais mes yeux sur les poignets de mon camarade, osant les détailler rapidement. Il n’avait rien. L’infirmière l’avait bien soigné. Alors que je recommençais pour la troisième fois ma page, en me demandant pourquoi Nebor souhaitait me voir alors que je lui avais brisé les poignets. Ce n’était pas habituel, et je n’aimais pas ça. Nous n’étions pas compatible, je l’avais déjà prévenu que je le blesserai.

Tu es Moi ; et tant d'Ailleurs.

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-Si j’avais oublié que j’avais ça, maintenant c’est raté.

Merde. Je lui avais rappelé son geste mais au moins, elle n'avait pas fui enfin pour le moment. Je ne pouvais pas lui parler de ce qu'elle avait fait, ça ne servait à rien. Je ne pouvais pas non plus lui parler d'elle. Je ne savais plus trop quoi lui dire. Je pouvais juste lui parler de sujet comme les cours ou autre sans qu'elle ne se froisse. Peut-être qu'elle deviendra par la suite plus conciliante mais j'en doutais. Je ne pensais pas avec ce que j'ai vécu avec elle qu'elle puisse changer. Elle avait l'air bien ancré dans son comportement et elle n'a pas l'air de s'en rendre compte. Pour quelqu'un qui croyait pouvoir la changer et qui croyait comprendre les gens, j'étais de loin le pire des "psychologues" comme disent les moldus. Je n'avais même pas su l'aider et je ne peux même pas m'aider moi-même. Je me rendais bien compte qu'à part Aelle, je n'avais aucune relation avec les autres personnes. J'ai tellement été obnubilé par elle que je n'ai même pas vu que je n'essayais de faire connaissance avec personne. De toute façon, je n'avais jamais réussi à régler les problèmes pour moi-même mais pour les autres, ça marchait mieux. J'étais vraiment nul... Une larme se mit à couler sur mes joues. Je n'allais plus l'aider et puis voilà même si ça me déchirait le cœur... Je n'essayais pas de cacher ma tristesse à Aelle. Je n'allais quand même pas fuir pour cacher le fait que je pleurais. Je me perdis dans mes pensées obscures des larmes coulant le regard dans le vide.

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Le brouhaha était incessant, dans la Grande Salle. Pourtant, je me sentais entouré par une bulle silencieuse plus que désagréable, me coupant entièrement de la vie Poudlarienne. Si j’avais pu donner un nom à cette atmosphère, je l’aurais nommé “Nebor”. Je savais que le jeune garçon me faisait toujours face malgré ce que je lui avais dit, et son attitude me désespérait.
Je persistais à faire semblant de lire mon livre, mais j’avais depuis longtemps cessé ma lecture. J’avais compris que je ne saurais plus me concentrer tant que le Poufsouffle serait en face de moi. Dans ma tête, se rejouait inlassablement la scène de notre dernière discussion. Je n’arrivais pas à dépasser le sentiment d’horreur que j’avais ressenti lorsque j’avais remarqué l’état de ses poignets. Je serrais la mâchoire, essayant de retenir le flot de paroles venimeuses qui souhaitaient s’échapper hors de ma bouche.
*Tu peux pas comprendre que je veux plus te voir, Nebor ?*. Toutes nos rencontres s’étaient soldées de la même manière : je m’énervais et lui posait des questions indiscrètes. Il tentait de m’aider, je me vexais. N’avait-il donc pas compris ?

Je soupirais, n’osant pas lever mes yeux sur lui. Il ne disait rien.
*Tant mieux*, pensais-je avec soulagement. Nebor avait le drôle de pouvoir de m’agaçer dès qu’il ouvrait la bouche, je m’étais rendu compte de cela rapidement. Mais nous nous étions rencontrés en Octobre, et depuis, nos rencontres furent nombreuses. Je ne pouvais nier que j’avais apprécié ce garçon, mais depuis quelque temps, depuis Novembre, j’avais des difficultés à faire face aux autres. Je me mordillais la lèvre, me rendant soudainement compte que si Nebor était moins indiscret, et si j’étais moins… Moi, nous aurions pu nous entendre. Je me souvenais de notre conversation sur les Botrucs, j’avais adoré échanger avec lui, même si je ne l’avouerais jamais. Peut-être qui si nous ne parlions de rien d’autre que de créatures, nous pourrions nous entendre ? Mais au fond de moi, j’avais conscience que les relations sociales ne marchaient pas comme cela. Que nous étions sensé en apprendre sur l’autre et partager des éléments de sa propre vie. J’étais bien trop secrète à ce propos, sans réelles explications. Peut-être qu’avoir subi douze ans durant les assauts de Papa et Maman qui prônaient le partage des émotions m’avait rendu cachottière ?

Je soupirais une seconde fois, observant mon assiette d’un regard morne. Ce silence ne servait à rien. Je ne pouvais ni reprendre ma lecture, ni ignorer plus longtemps le Poufsouffle. Prenant mon courage à deux mains, je le regardais. Chose que je regretta instantanément. L’ambiance chuta d’un degré lorsque je me rendis compte que sur les joues de mon camarade, coulaient des larmes. J’observais le chemin que prit la goutte, glissant sur les joues enfantines de Nebor, se perdant dans son cou où je savais pouvoir trouver une tache de naissance. Lorsque je pris conscience que je l’observais outrageusement, je baissais mon regard gêné sur la table, ne supportant pas l’image du garçon.

L’atmosphère n’était plus ennuyante. Elle était terriblement gênante. Je n’aimais pas voir les gens pleurer. Je ne savais jamais comment réagir, et je haïssais ne pas savoir comment réagir. Il y avait ceux qui espérait que je les réconforte et qui s’en allaient déçu. Ceux qui pensaient que j’allais me moquer et qui se trouvaient heureux face à mon ignorance. D’autres qui me reprochaient de ne rien faire. J’aimais encore moins cette catégorie.
Je toussotais légèrement, comme pour détendre l'atmosphère. Evidemment, cela n'eut aucun effet. Alors de ma main gauche, j’attrapais ma fourchette et essayais de piocher maladroitement dans le plat de pommes de terre. Je ressentais mon estomac se tordre à la vue de tous ces aliments, mais c’était le seul moyen de paraître occupé. Finalement, je me contentais de les écraser dans mon assiette.
*Pourquoi il pleure ?*, cette question tournait au fond de mon esprit. Je ne comprenais pas pourquoi le garçon s’était soudainement effondré. Je n’avais rien dit de répréhensible, non ? Ce n’était peut-être pas de ma faute, il avait l’air empathique, pleurait-il pour l’état de mes mains ? Cette idée me fit sourire ironiquement, il serait le premier à verser des larmes pour cela. Peut-être devrais-je lui expliquer comment cela s’était produit, le choquer suffisamment le ferait sûrement partir.

Ce qui était incompréhensible dans mes propres émotions, c’était qu’à chacune d’entre elles que je jugeais désagréable, la colère ne tardait pas à suivre. Cela m’avait poursuivi toute mon enfance, malgré un contrôle flagrant face à ma famille. C’était la partie de moi que je haïssais le plus, la moins contrôlable, la plus effrayante. A Poudlard, cette partie s’était développée pour devenir, semble-t-il, une part intégrante mon caractère. Et je n’aimais pas ça.
Dans la situation présente, ma gêne était si grande que je sentais mes joues se colorer doucement de rouge. Un rouge particulièrement horripilant, qui ne correspondait pas à la situation. J’avais la sensation de me trouver au mauvais endroit au mauvais moment. Voilà, Nebor s’était trompé, il ne pouvait réellement croire que j’allais faire quoi-que ce soit pour ces larmes. N’est-ce pas ? Je n’étais plus sûre de rien, voilà ce que créait chez moi une situation aussi gênante que celle ci. Alors sans que je ne puisse me contrôler, je sentis l’agacement s’installer. Un agacement qui me donnait envie de lever les yeux au ciel, de secouer Nebor, d’implorer Merlin et Arthur de faire quoi-que ce soit pouvant interrompre cette scène étrange. Mais rien n’arriva. Le ciel ne nous tomba pas sur la tête, la foudre de Zeus ne nous frappa pas. Non, il ne restait que mon silence face aux larmes de Léon Nebor. Et cela eu le don de m’agacer.

Je jetais ma fourchette devant moi, l’envoyant percuter mon verre vide. Le bruit qui s'ensuivit fit se retourner plusieurs tête que j’ignorais. Je crois que c’était un moyen de secouer Nebor, de le sortir de sa transe affligeante, de cette tristesse écrasante. Je lui lançais un regard du coin de l’oeil, essayant de ne pas me sentir blessé par ces larmes. Puis, inspirant profondément, je me frottais les yeux de ma main valide et restait ainsi, la tête reposant entre mes doigts, bien décidée à ne plus bouger jusqu’à ce que le garçon s’en aille. C’était cela ou le noyer sous un flot de paroles désagréables. Jugeant que je lui avais fait assez de mal comme ça, -c’était la raison pour laquelle je souhaitais qu’il s’en aille-, j’avais choisi de subir en silence ses larmes. La tête entourée de mes mains abîmés, je fermais les yeux, attendant patiemment que cette scène cesse. J’essayais de ne pas me sentir coupable, mais le dégoût que je ressentais dans mon coeur était bien différent de ma gêne. L’un concernait toute effusion de sentiment, l’autre me concernait moi et moi seule.

Tu es Moi ; et tant d'Ailleurs.

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J'étais perdu dans mes pensées quand j'entendis un bruit de quelque chose lancé contre un verre. Je vis que c'était une fourchette. Elle avait surement été lancée par Aelle. Je la regardai alors. Elle avait l'air gênée par ma réaction et m'avait fait sortir de ma torpeur en balançant sa fourchette dans son verre. Je m'efforçais alors de ne plus penser et essuyai mes larmes doucement. Elle avait l'air de s'en foutre de comment je me sentais. Cette relation que nous avions n'était pas saine, c'est certain mais bon. C'était la seule qu'on avait. Mais comment allait elle évolué plus tard si elle restait comme cela ? Seule au monde dans une petite maison sans contact avec le monde ? Ou alors arrivera t'elle d'elle-même à s'épanouir, à s'ouvrir au monde et à être aussi sociable que les autres ? Je ne savais pas comment elle y arriverait en tout cas. J'avais été incapable de la faire réagir même si mes larmes à la base n'étaient pas un moyen de voir comment elle réagirait. Mais cela montrait bien son caractère. Elle ne pensait qu'à sa propre personne sans se soucier des autres et par conséquent, elle se sentirait peut-être seule mais je commençais à en douter. Du moment qu'on ne parlait pas de quelque chose qui l'intéressait, elle s'en fichait. Je ne savais pas quoi faire. Arrêter tout contact avec elle en estimant qu'elle était perdue ou alors parler avec elle que de sujets qui lui plaisait pour stimuler sa sociabilité à supposer qu'elle en avait une ? Je ne savais pas du tout. Tout ce que je faisais l’agaçait de toute façon sauf quand on avait parlé de Botrucs. Etais-je prêt à passer du temps avec elle à ne parler que de créatures magiques ou des cours ? Conversations certes intéressantes mais ennuyeuses à la force. Que devais-je faire ? Je me perdis dans mes pensées regardant mes mains.

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Les bruits des couverts s’entrechoquant, les baragouinements des élèves qui discutaient entre eux, le crépitement de la flamme des bougies, le raclement des bancs. Tout cela était agréable à mes oreilles, bien plus que lorsque mes yeux avaient accès aux images qu’accompagnaient ces bruits.
Ma main était douloureuse. Je ne pouvais dorénavant plus bouger les doigts sans ressentir un vif tiraillement au niveau des phalanges. Cela m’ennuyait, car j’aimais beaucoup prendre des notes lorsque j’étudiais. J’avais rapidement remarqué qu’écrire de la main gauche me ralentissait énormément. Mais j’aurais donné tout ce que j’avais pour écrire, à ce moment précis. Me perdre dans les méandres des mots pour ne pas à avoir à supporter le silence de Nebor. Que me voulait-il ? S’il était ici, c’était pour parler, n’est-ce pas ? Alors il devrait me parler, et non rester dans ce silence larmoyant. Je me demandais s’il ne le faisait pas exprès. S’il ne faisait pas exprès de pleurer pour m'apitoyer, pour créer chez moi une autre réaction que le dédain que je lui montrais. Et bien, si c’était cela, il avait de l'espoir. Je ricanais doucement entre mes doigts. Il n’y avait pas plus rempli d’espoir que Nebor. Cela s’opposait en tout point avec ma façon de fonctionner. Lui faisait tout pour aider les autres, moi je faisais mon possible pour ne pas à avoir les aider. Ou à les aider lorsque cela m’apportait une chose. J’avais pris une décision, il y a de cela quelques semaines, avant même que les vacances ne commencent. Je m’étais promis de ne pas me laisser affaiblir par Nebor. De ne pas le laisser m’approcher. Pourtant j’aurais pu. Le garçon était prés à me pardonner.
*J’aurais pu me servir de lui*. Oui, avoir de la compagnie. Avoir une personne près de laquelle m'asseoir dans le Petit Salon. J’y avais pensé. Mais le garçon n’avait rien à m’apporter, si ce n’était sa connaissance des créatures. Mais ce n’était pas suffisant… J’avais mal de penser ainsi, parce qu’au fond, j’avais apprécié les moments que j’avais passé avec lui. Mais il y avait une chose plus importante encore que le savoir, que j’avais découverte il y a peu, et qui m’obligeait à tenir l’enfant loin de moi.

Lentement, je relevais la tête, posant mon menton dans le creux de ma main gauche. Je laissais mes yeux rendu trouble par la lumière se balader sur le visage de Léon Nebor. Il avait le regard baissé sur ses mains. Il avait l’air penaud. Son attitude m'agaçait plus qu’elle ne me fit culpabiliser. J’aurais aimé qu’il me hurle dessus, qu’il me dise que j’étais un monstre, tout plutôt que ce jeu, ce rôle de victime. Il restait des traces de larmes sur ses joues, et je me focalisais sur elles.
Nebor était une personne indiscrète qui savait m’intéresser. Son côté indiscret était cependant rédhibitoire. C’est à dire qu’une once de notre relation serait intéressante, et que le reste ne servirait qu’à le détruire. Nos disputes seraient incessantes, je n’arrêterais jamais de le froisser, de le blesser, et même de le détruire. Car j’étais ainsi. J’acceptais Tout. Sauf ce qui me concernait. Et Nebor ne saurait pas accepter cela. Je savais comment je fonctionnais. Je l’avais arrêté, une fois. Il avait peut-être compris, mais il recommencerait. A sa prochaine indiscrétion, je passerais au niveau supérieur. Maintenant je comprenais. Je savais que je ne devais pas laisser les choses s’envenimer. La prochaine fois, je le frapperai dans sa fragilité. Était-ce ce qu’il voulait ?
*Nebor, tu peux pas accepter ça, réagit…*, j’avais envie de le secouer. Je ne devais pas accepter qu’il revienne ainsi vers moi, je ne voulais pas devenir celle que je me voyais devenir. C’est cela qui m’obligeait à tenir l’enfant loin de moi : je ne souhaitais pas le détruire sur le chemin de mon Devenir.

J’avais compris. Je me redressais, laissant mes mains reposer sur la table. J’observais Nebor, qui me cachait ses orbes bleus. Il fallait qu’il comprenne maintenant, que rester avec moi ne lui amènerait rien de bon. Il devait le comprendre avant qu’il ne me fasse perdre le contrôle.


- Nebor… Commençais-je d’une voix étonnamment grave. Lorsque tu comprendras que je ne veux plus te voir, peut-être que tu cesseras de pleurer.

J’utilisais cette colère que créait en moi le sillon de ses larmes, pour transformer mon visage en une grimace agacé. J’avais parlé lentement, pour donner au garçon la possibilité de saisir chaque nuance de mes mots. *Au nom de Merlin Nebor, comprends !*. Je le regardais de mon regard que je savais charbon. Et d’une voix hargneuse, je lui dis en articulant exagérément :

- Dégage.

Tu es Moi ; et tant d'Ailleurs.

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- Nebor… Lorsque tu comprendras que je ne veux plus te voir, peut-être que tu cesseras de pleurer. Dégage.

Bon elle ne voulait plus me voir apparemment mais je pense que c'est pour ne plus me blesser. En plus, je ne pleurais même pas pour cela mais je ne pense pas que je ne puisse me confier à elle sans déclencher sa colère car ça la concerne aussi indirectement. Que faire... Il fallait que je prenne ma décision. Ça allait surement changer mon avenir à moi car à part elle pour l'instant, je n'avais personne. Bon, ma décision était prise. J’allais quand même lui parler de tout sauf d'elle. On verra bien ce que cela donnera. Bon je ne savais pas trop de quoi lui parler non plus. A part des cours ou des créatures magiques. Elle avait l'air de causer beaucoup de dégâts autour d'elle quand on parlait de sa vie privée. Je ne sais pas si cela changera mais bon. Je voulais bien tenter. Après tout là, je n'avais plus rien à perdre. Si elle change, tant mieux mais sinon, tant pis. Elle m'avait au moins appris à me détacher un peu de mon désir obsessionnel d'aider les autres à tout prix. Je me mis alors à la regarder avec un regard déterminé et je lui demandai :

-Sur quoi tu travailles ?

Charrette impromptue  PV Léon Nebor + libre 

Son regard bleu, emplit de détermination, qu’il posait sur moi me semblait irréel. Sans que je ne puisse m’en empêcher, je sentis ma colère fondre comme neige au soleil. Mon visage, crispé, se détendit soudainement, tandis que mon regard noir s’adoucissait. J’aurais aimé dire que j’étais intervenu pour le secouer, pour rire ou tout simplement pour laisser tomber ma tête d'abattement sur la table, mais je ne fis rien de tout cela. Je ne fis rien d’autre que regarder le garçon. Nos regards étaient plongés l’un dans l’autre, et pour une fois, cela ne me dérangeait pas. Je n’en avais pas conscience, mes yeux voyaient mais mon esprit était bien loin.
*T’es sérieux, Nebor ?*. La partie de moi la moins sauvage, celle qui parvenait à se contrôler devant sa famille, aurait aimé lui répondre et sourire. L’autre partie, la vrai, celle qui n’était pas contrôlable, était en train de hurler derrière mes yeux charbons. Dans mon esprit, je lançais un cri colérique provenant du fond de la gorge, je saisissais les bords de la table et je la renversais, envoyant tout son contenu valser sur le Poufsouffle qui me faisait face. Dans ma tête, je saisissais le garçon pour le secouer dans tous les sens : “tu peux pas accepter que je te parle comme ça, fuis-moi par le caleçon de Dumbledore !”. Mon coeur semblait vouloir exploser dans ma poitrine, il se gonflait et valsait sans explication, envoyant une myriade de frissons sur tout mon corps.

Ce n’est que lorsque je me rendis compte que le bruit assourdissant des couverts s’était calmé que je quittais Nebor du regard pour observer autour de moi. Je m’étais levé, faisant ainsi tomber mon banc. Les élèves autour de nous me regardaient étrangement. Je leur jetais un regard noir, haïssant soudainement d’être victime de leur attention. Celle de Nebor était déjà bien assez dérangeante et anormale. Ce garçon n’était pas compréhensible, il ne l’avait jamais été. Ne lui avais-je pas dit de partir ? Pourquoi ne le faisait-il pas ? Lentement, je reportais mon regard sur lui. Ses yeux bleus avaient semblaient si déterminés.
Je sentais mes yeux me piquer. Comme un rappel, mes larmes menaçaient de couler, elle me menaçaient. Je battais rapidement des paupières pour les faire disparaître, il était hors de question que je pleure ici. Que je pleure tout court. Ce que je ressentais ne me plaisait pas. Tout comme les larmes du Poufsouffle avaient réveillés ma culpabilité, sa détermination l’entretenait. Un sentiment fort désagréable que celui-ci. Je me sentais comme une mauvaise personne face à lui. Nebor, si aimable, pardonnant si facilement, avec une telle envie d’aider les autres. Face à moi, qui ne cessait de le rejeter et de vouloir sa douleur. Je me sentais coupable, et soudainement je compris ce que c’était. Pas le fait de l’avoir blessé, non cela faisait partie des dommages collatéraux, pas le fait de l’avoir rejeté, cela je ne pouvais le regretter. Non, je me sentais coupable de m’être mis sur le chemin du jeune garçon. Nous n’en serions pas là si j’avais su, si j’avais su dès les premières disputes que Nebor ne serait pas capable de refuser le mal que je lui faisais. Etait-ce donc ainsi que ça devait fonctionner avec moi ? Seules les personnes sachant me rejeter pouvaient attendre quelque chose de moi ?

Debout, face à Nebor, je me passais la main sur le visage en rigolant. Un rire sans joie, que j’avais découvert il y a peu. J’avais une certaine tendance à rire de ce qui ne faisait pas rire, plus que de ce qui provoquait l’hilarité. J’étais monté à l’envers. A l’envers des Bristyle, à l’envers des enfants, à l’envers de Charlie, à l’envers de tout. Charlie… J’eu soudainement l’envie de regarder autour de moi. Quitte à faire plonger Nebor, autant me faire plonger aussi, n’est-ce-pas ? Qu’il serait bon de me plonger dans son regard émeraude, de ne plus me con…
*Non, non ! Ca servirait à rien, laisse-là !*. Je pris une respiration tremblante, me sentant soudainement lasse et triste. Comme à chaque pensée que je lui destinais.
*Nebor, je dois me concentrer sur lui…*. Grâce à un effort surhumain, je parviens à me détacher de mon esprit pour reporter mon attention sur le garçon. Je ne pouvais le regarder sans que ma culpabilité ne se réveille. Ma colère était envolé, mais ma détermination à l’éloigner de moi était toujours présente. Dans le souhait de cacher la fragilité que je sentais, je croisais les bras sur ma poitrine, dans un mouvement qui m’était dorénavant familier. Ainsi, je devais paraître plus forte, oui, c’était sûrement le cas.

-Tu comprends pas grand chose quand on te parle, hein ? Je dis d’une voix calme, cette fois-ci non contrôlée par la colère et l’envie de rejeter.

D’un geste brusque, je me penchais sur la table pour récupérer mon livre. Je le serrais contre moi, prenant le temps de réfléchir à ce que je devais faire. Je n’en savais rien. Je ne souhaitais pas lui répondre, ni même le laisser me parler. Je me sentais mal, ainsi debout dans une salle emplit de regard pouvant me voir. Les étudiants près de nous s’étaient détournés de moi, se contentant de nous lancer quelques regards interrogatifs. Derrière moi, la table des Serpents, devant, la table des Griffons. Je n’avais pas intérêt à regarder dans ces directions si je ne souhaitais pas tomber sur un regard indésirable.
Alors je gonflais les joues, perdue. Il fallait que je parte d’ici. S’il y avait bien une chose que Léon Nebor savait faire, c’était réveiller ma colère. Il était hors de question qu’il y parvienne. Je sentais mon esprit s'apaiser lentement. La lassitude ne semblait cependant pas me quitter, je me sentais aucune envie, si ce n’était de quitter cet endroit.
*Mais pour faire quoi ?*, je n’avais pas la réponse. Je ne savais plus rien.

Je me détournais du garçon, sans plus un regard pour lui, et d’un pas lent je pris la direction de la sortie. Ici non plus, je n’avais pas ma place. Je retournerais dans mon dortoir, ou peut-être irais-je ailleurs ? Cela n’avait pas d’importance, tant que je parvenais à détruire cette lassitude dérangeante. Tant que Nebor ne me suivait pas. Il était derrière moi, notre relation aussi, cela valait mieux.

Tu es Moi ; et tant d'Ailleurs.

Charrette impromptue  PV Léon Nebor + libre 

Elle plongea son regard dans le mien pendant longtemps mais elle ne semblait pas me voir. Elle semblait perdue dans ses pensées. Elle se leva alors brusquement et renversa son banc au passage. Les élèves autour la regardèrent étonnés. Elle leur jeta un regard noir puis reporta son attention sur moi. Elle ferma rapidement les yeux comme si elle voulait se débarrasser de quelque chose. Peut-être qu'elle voulait pleurer, je ne savais pas. Elle passa sa main devant son visage en faisant un rire sans émotion. C'était extrêmement bizarre. Ça me rappelait quand elle se tenait devant le feu et qu'elle ressemblait à un démon. Elle avait maintenant le même rire je pense. Elle me demanda si je comprenais quand elle me parlait mais je ne répondis pas. J'étais trop occupé à l'observer. Elle prit alors ses affaires et se dirigea vers la sortie. Que faire, que faire ? Devais-je la suivre ou alors la laisser tranquille ? Quelque chose me disait que si je la laissais partir comme cela, je n'aurais surement plus l'occasion de lui parler ni quoi que ce soit et cela m'était insupportable. En plus, c'était ma seule amie que j'avais ici. Enfin, je n'avais pas cherché à créer d'autres relations avec les autres personnes. Elle me fascinait tellement que je n'avais pas fait attention à qui que ce soit. Je ne pouvais pas la laisser partir comme cela. Il fallait que j'essaye. Je me levai à mon tour et je m’élançai à sa poursuite. Je la rattrapai dans un couloir et je me mis en face d'elle lui coupant la route. Je lui dis alors :

-Aelle, oublions ce qui s'est passé et redevenons amis. Ça te dit qu'on joue aux cartes dans le dortoir ?

Charrette impromptue  PV Léon Nebor + libre 

Bientôt, la cacophonie du réfectoire laissa place à un silence bienveillant et réconfortant. Je fis quelques pas dans le couloir silencieux. Le bruit de mes bottines résonnait au rythme de mes pas, et je me laissais presque bercer par cette agréable mélodie. Le pic qu’avait atteint mes émotions face à Nebor semblait dorénavant lointain, quasiment inexistant. Je ne parvenais pas à me rappeler la raison pour laquelle je m’étais énervé. A présent,je me trouvais lasse de ma discussion avec l’enfant de Poufsouffle. Je me sentais lasse de mes émotions contradictoires, de ma douleur à rejeter ainsi Nebor. Je savais que c’était la meilleure chose à faire, tout comme je savais que le garçon ne m’apportait rien d’autre que la colère et la perte de contrôle. *Alors pourquoi c’est douloureux ?*. J’aurais aimé ne rien ressentir. Me fermer à tous ces sentiments qui entravaient mes capacités.
Doucement, je laissais ma cadence ralentir, jusqu’à ce que finalement je me stoppe au milieu du couloir. Le regard hagard, je regardais autour de moi. Je reconnaissais ce couloir : il menait aux cuisines, donc à la Salle Commune des Blaireaux. Je fermais les yeux, un air douloureux sur le visage. Je haïssais cette sensation, par Merlin. Pourquoi l’idée de rejoindre mon dortoir ne me mettais donc pas en joie ? Avais-je perdu mon intérêt pour la connaissance ? Non, cela était impossible, la preuve était ce livre que je portais sous le bras, que j’avais lu avec avidité jusque tard dans la nuit, la veille. Pourtant, je ne ressentais étrangement pas l’envie de me plonger dans un livre. Mais ce qui était plus étrange encore, étais mon manque d’envie d’aller me promener dans le parc ou dans le château. L’idée même de travailler sur mon devoir de DCFM ne m’intéressait pas. Il n’y avait absolument rien qui me donnait envie. J’aurais pu m’horrifier à ces pensées, mais ce ne fut pas le cas. Je me contentais d’ouvrir les yeux et de regarder devant moi.


Des bruits de course se firent soudainement entendre, derrière moi. Ils se rapprochaient, j’attendais qu’ils me dépassent. Ils le firent. Et je ne m’étonnais guère de voir Nebor apparaître devant mes yeux, me coupant la route. *J’aurais dû y penser*, se lamenta ma conscience. Léon Nebor n’était pas du genre à abandonner facilement, cela je ne pouvais le lui reprocher. Lasse, je plongeais mes yeux dans les siens. Ce qui arriva alors me laissa pantoise : alors que je ne réagissais pas à ce qu’il me proposait -"redevenir amis" ? L'avons seulement déjà été ?-, je ne ressentais aucune vive émotions dans mon cœur. Je ne ressentais ni l’envie de rajouter une couche de méchanceté pour le faire fuir, ni l’envie de m’énerver. Je ne savais juste pas quoi faire. Et cette sensation, bien qu’elle me permettait d’avoir un minimum de contrôle, n’était pas agréable. Alors que je regardais les yeux bleus de Nebor me sonder, je me surpris à penser : *non, je contrôle rien du tout..*. Merlin seul savait combien cela était véridique. Alors pour m’échapper de cette atmosphère pesante et de l’attente gênante dans laquelle je nous laissais tout deux, je tournais lentement ma tête de droite à gauche, n’ayant pas la force de faire plus. Ainsi, j’offrais à Nebor sa réponse.
Je ne savais pas si ce que j’étais en train de faire me ferait du bien. Mais j’étais persuadé que cela ne me ferait pas plus de mal. Alors sans un mot de plus, je me tournais et parti dans la direction opposé. Finalement, j’allais peut-être aller dans le parc. Oui, c’était une idée plaisante.

Alors que je quittais Nebor et réapparaissais dans le hall, le bruit de mes bottines résonnant sur la pierre, je sentais soudainement mon cœur se faire plus lourd encore. C’était comme si une chape de plomb m’empêchait de m’envoler. Je me retrouvais coincé dans mon propre corps, atterré par des sentiments et une sensation de vide, incompréhensibles et douloureux. Pourtant, au fond de moi, j’étais reconnaissante envers Nebor. J’avais la certitude que la Aelle de Septembre aurait accepté -certes difficilement- cette partie de carte. Cela aurait été agréable, étrange mais agréable. Mais la Aelle de maintenant, celle qui était encore hanté par ces récentes actions, n’avait pas envie de cela. Tout comme elle n’avait pas envie d’autre chose. Ou peut-être d’une chose, oui. Mais je ne savais pas ce dont il s’agissait.

Tu es Moi ; et tant d'Ailleurs.

Charrette impromptue  PV Léon Nebor + libre 

Elle me fit non de la tête doucement comme si elle n'avait pas envie de me parler ou comme si elle n'en avait pas la force. Elle partit alors dans la direction du parc me laissant seul. Je ne savais plus quoi faire. Je devais la laisser seule enfin c'est ce qu'elle souhaite et ça n'aboutira à rien à part l'énerver si je la poursuivais encore. J'espérais au moins qu'elle décide de me reparler un jour mais ça me semblait impossible. Et vu que je n'avais aucun ami à part elle... Je n'ai pas forcément envie d'aller vers les autres donc plus mais si je ne fais pas de premier pas, c'était peu probable qu'ils viennent vers moi. Je n'avais pas forcément créer de liens avec les autres personnes non plus. Je n'ai pas forcément envie après d'aller vers les autres donc je vais attendre. Même si je serai seul pendant un moment, ça ne me gênera pas. Je m'occuperais à lire des livres dans la bibliothèque ou ailleurs. Déjà durant ma scolarité avant que je vienne à Poudlard, j'étais souvent seul. Les autres me trouvaient bizarre. Et ça n'a fait que s'aggraver quand quelqu'un m'a vu déplacer un objet pour m'exercer à la magie alors que je me croyais seul dans la rue. Bizarrement, on a cru l'élève car c'était le plus réputé du collège plutôt que le fait qu'il était peut-être fou. Résultat, personne ne me parlait et je passais mon temps libre à lire. Mais bon c'est du passé. Je me dirigea alors vers les dortoirs pour lire.