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L'ébène et le cristal

Restée dans l’encadrement de la porte, les bras croisés, Kristen observa Aude prendre possession de ses appartements, attendant un peu, afin d’être disponible si Aude avait besoin de quoi que ce soit. Finalement, la française la remercia de toutes les façons possibles, essayant toutes les tournures les plus aimables, et Kristen ne sut pas vraiment ce qu’il convenait de répondre, alors elle se contenta de sourire timidement mais sincèrement. Puis, la française s’allongea sur son lit et alors qu’elle lâchait un dernier mot d’amitié, elle ferma les yeux et le silence se fit : elle devait déjà s’être endormie ou en tout cas, en avait l’air, bien qu’elle fut toujours habillée et n’ait pas pris le temps de se glisser sous les draps.

Kristen retint un petit rire expiré et attendri. Elle décroisa les bras et attrapa sa baguette. Elle n’osa pas s’approcher de plus de quelques pas, comme s’il y avait une certaine distance à respecter pour ne pas troubler la religiosité d’une Aude endormie. Elle pointa sa baguette sur Aude et se mordit la lèvre en regardant ses petits yeux fermés. Kristen revit clairement la française telle qu’elle lui était apparue un an auparavant : une pierre précieuse magnifique, fragile, dont il faut prendre extrêmement soin et qu’il faut absolument chérir.

Elle fit un petit mouvement de baguette et alors, sans bruit et tout en délicatesse, sans pouvoir déranger Aude, les draps et les couvertures enveloppèrent l’endormie. C’était comme ces fameux tours où l’on retire la nappe d’une table couverte de vaisselle : la nappe s’enlève mais rien, sur la table, n’a bougé – mais ici, il n’y avait pas cette rapidité dans le mouvement. Kristen dirigea ensuite sa baguette vers les lumières de la pièce et celles-ci s’éteignirent, puis elle ferma d’un autre coup de baguette les rideaux qui couvraient un vitrail. Elle tenait à ce qu’Aude puisse dormir aussi bien que possible, aussi longtemps que nécessaire, et donc, que tout soit parfait.

Enfin, elle se retira, ferma la porte et fit trois fois le tour du château, passant par les grands couloirs, devant les passages secrets dont elle avait connaissance, et questionna quelques tableaux, afin de savoir s’ils n’avaient pas vu des élèves hors des couloirs. On lui dit que le professeur Almeida s’était déjà chargée des élèves dans leurs salles communes. Kristen rejoignit alors le hall d’entrée, puis le parc. Elle y vit deux des gardiens qu’Aude avait invoqués, qui semblaient patrouiller. La directrice fit elle-même son petit tour et renforça les protections autour du domaine. Jusqu’ici, elle s’en chargeait une nuit par semaine, mais elle trouva qu'il serait plus prudent, dorénavant, de répéter ce petit rituel toutes les nuits.

Il était trois heures du matin lorsqu’elle put remonter dans ses propres appartements, et cinq heures lorsqu’elle trouva le sommeil.


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Il en est du romantisme fiévreux comme de la moule pas fraîche : quand on en abuse, ça fait mal au cœur.
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