Grande salle

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Reflet  Libre 

Début octobre 2042
Table des Gryffondors, Grande Salle
2ème année



Son image ne me quittait plus. La folle idée qui avait été la mienne lorsque je m’étais souvenu de son existence non plus. Elle m’obsédait et m’empêchait de dormir la nuit ; j’y pensais en classe et même à la bibliothèque. J’avais peur car c’était une idée resplendissante. Tellement lumineuse que je ne pouvais la contourner pour voir ce qu’elle cachait, pour la comprendre et l’analyser.
Mais pourquoi l’analyser ? Je n’avais qu’un pas à faire, et alors je serais vengé et la Maison n’aurait plus aucun contrôle sur moi.
On ne réfléchit pas, on agit.

J’avais envie de rire. Cela m’arrivait souvent, ces derniers temps. Je voulais exploser de rire car mon coeur était en fête et que mon corps trépignait d’impatience. Je parcourai le couloir à grands pas avant de me mettre soudainement à courir.

La chaleur me collait au corps. Elle épousait la moindre de mes formes, courait sur mes jambes, remontait le long de mon ventre, chauffait la peau de mon visage ; ma cape, pourtant très légère, pesait lourdement sur mes épaule, m’enfermant dans une prison bouillonnante qui me faisait haleter et suer. Mes pieds glissaient dans mes sandales en cuir en un bruit désagréable qui ne voulait pas s’échapper de mes oreilles. Il m’accompagnait depuis que j’étais sortie de la Salle Commune. Je sentai le cuir humide sous mes pieds et chaud comme une pierre sous le soleil.
C’était insupportable.
Pourtant j’accélérai pour ressentir le vent courir dans mes mèches rendues humide par ma sueur. La brise, pourtant brûlante de l’air d’octobre, séchait l’eau salé de mon corps et laissait une trace fraîche sur ma peau avant que celle-ci ne se remette à me brûler. Les couloirs étaient pourtant à l’abris du soleil harassant, mais si la pierre semblait permettre au froid de rentrer l’hiver, elle le permettait également à la chaleur. Pour un château sorcier, je le trouvais bien inconfortable.

Lorsque je quittai enfin le couloir, je ralenti pour marcher, le pas sautillant. La brise me rafraichissait, me permettant de respirer plus convenablement. L’humidité sous mes pieds rendait mon équilibre instable ; je glissai et je dû battre lamentablement des bras pour ne pas m’affaler sur le sol de dalles. Finalement, je décidai de m’arrêter. Je levai la tête vers le plafond en avalant une goulée d’air qui m’arracha les poumons. Un ricanement m’échappa : le plafond était envahit par les particules de poussière. Elles volaient en tous sens. Comme des fées. C’était foutrement beau, c’était une journée foutrement belle. La pression de mon inactivité m’avait quitté, maintenant que j’avais trouvé un nouveau but. Je n’en pouvais plus d’attendre, parfois j’avais envie de sauter sur tous les lits des Poufsouffle pour les réduire en miette, juste pour avoir le plaisir de les voir élever la voix contre moi.
Je ne sais pas ce qui m’avait empêché de le faire.

Je me baissai pour détacher mes sandales et d’un coup de pied je les envoyai valdinguer dans les airs. Mes pieds brûlant sur la pierre étonnamment fraîche était la chose la plus exaltante de la journée. Un sourire béa s’afficha sur mes lèvres et je me remis lentement en marche pour ne pas laisser ma chaleur voler cette fraîcheur ; à chaque nouveau pas, je me sentais mieux.
Exaltant.

Je ramassai mes sandales d’un coup de baguette magique ; elles se baladaient maintenant au grès de ma marche, me suivant docilement.

D’un pas presque sautillant, je traversai les portes de la Grande Salle. Le bruit et le monde y était toujours insupportable et si je ne m’empêchai désormais plus de manger avec mes camarades, je ne réussissai toujours pas à trouver un quelconque bonheur dans cette action. Je me détournai de la table jaune et or, ils ne m’intéressaient pas. Les verts et argents, je ne voulais pas les voir, leurs têtes m’insupportaient. Les serdaigle ne m’étaient d’aucune utilité. Mais les Gryffondor, eux, détenaient un trésor que j’allai leur voler, car il était mien.

Mon coeur s’agita et je l’ignorai. Je dégluti difficilement et approchai d’un pas lent vers tous ces étudiants bruyants, essayant de me retrouver dans la masse de corps et de chevelure. D’un rapide coup d’oeil, je m’assurai que je ne voyais pas Celle-que-je-ne-devais-pas-voir-près-de-tout-ce-monde. Son absence, ou du moins son absence dans mon regard, me rassura et je me redressai, le menton haut pour partir à la chasse de mon trésor.

C’était amusant de parcourir la table, de voir les regards intrigués de tous ces imbéciles, de marcher près d’eux, si haute alors qu’ils étaient si bas. Mes pieds semblaient voler sur le sol tant ils étaient léger, je me donnai l’impression d’avoir une grâce féline et particulière. C’était très agréable et j’accentuai ce trait en rendant ma marche plus légère encore.

Un fin sourire dansa sur mes lèvres alors que tout mon corps s’agitait. Ma main remonta le long de mon buste pour triturer ma cravate qui m’empêchait de respirer, d’un coup d’épaule nerveux je remis en place ma cape autour de moi ; mes yeux s’agitait pour regarder la table puis le sol, puis la table des Jaunes et enfin celle des Verts.
Regarde, voulais-je dire, regarde Aodren, ce que je suis capable de faire !
Mais je ne dis rien car il verrait bien assez tôt. *Tu verras, Ao’, ca s’ra aussi beau que les fées dans le couloir*.

« He ! » ma voix s’éleva, bien plus forte que je ne l’avais voulu. J’avais cru voir le chemin de mon trésor assis à cette table.

Durant un instant, le nombre de garçons et de filles qui l’entouraient me fit peur mais ma crainte fut rapidement remplacé par l’espoir et l’excitation. Je m’approchai davantage. Presque trop, remarquai-je lorsque mon corps frôla celui-ci d’un étudiant que je n’avais pas vu. Je m’éloignai avec une grimace dégoûté avant de me détourner pour poser un regard brillant de ma folle idée sur Celui qui me Permettrait de me libérer.

Reducio
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Noyée dans l'Océan si plein de Ramifications.

Reflet  Libre 

« Hé, Tyr, tu pourrais me passer l’eau ? »

« Quand tu me passeras le pain. »

« L’eau d’abord. »


« Non, le pain. »

« J.… »

« Le. Pain. »

S’avouant vaincu, William attrapa la corbeille où des petits morceaux de pain chauds reposaient et la lança à Tyr, qui l’attrapa avec agilité sans en faire tomber un seul. Applaudissements. Il écarta les bras, profitant de son quart d’heure de gloire, puis attrapa l’un des pains et mordit dedans à pleines dents. Il reposa ensuite la corbeille avec fracas, puis attrapa la carafe d’eau. Il regarda William, un grand sourire arrogant. Les yeux de William s’écarquillèrent.

« A ton tour d’attraper ça ! » cria Tyr.

William se leva à moitié de sa chaise, surpris par le lancer, et trébucha ; son corps tomba lourdement sur la pierre. Le choc devait déjà être douloureux ; mais la carafe, ne pouvant être rattrapée, s’éclata dans un bruit métallique contre le mur, avant de retomber sur le pauvre Gryffon, déversant au passage sur son visage toute l’eau qu’elle contenait. L’hilarité s’empara de la table des Gryffondor, bruyante, envahissante, et les plus courageux des élèves de l’école s’attirèrent des regards courroucés de leurs voisins plus tranquilles. C’était, bien sûr, des réactions de jalousie : les pauvres n’avaient pas de Tyr, ni de William, pour mettre l’ambiance à leur table, et devait sûrement s’ennuyer à en mourir. Au fond de lui, ils savaient qu’ils n’attendaient qu’une occasion pour se joindre à eux.


« Bon, au moins, ça m’a rafraîchi… C'est pas humain, une telle chaleur.» dit William du ton qui marquait son éternel optimisme.

Jamais Tyr n’avait rencontré d’élève aussi heureux que William. Il avait eu désespérément besoin de réconfort lors de son retour à l’école ; ayant coupé tous les ponts avec Dylan à cause de l’incident, à cause de son œil, il avait cru pendant un moment, qu’il allait passer une bonne partie de l’année tout seul. Mais très vite, les boucles blondes de William Walsh l’avaient attiré dans un nouveau groupe tout aussi agréable, si ce n’était plus, que l’ancien. Les deux garçons, joyeux lurons qui s’étaient tout de suite trouvés des atomes crochus : et aujourd’hui, comme à l’accoutumée, ils étaient encore occupés à faire les zouaves entre deux éclats de rires du petit groupe. William se releva tant bien que mal, tout trempé, et reprit la parole.

« Si ton œil savait viser aussi… »


« Bah, William, William… Ce n’est pas vraiment de ma faute. T’avais qu’à pas trébucher. Et puis, ç’a ses avantages. »

« Genre quoi ? Obtenir les faveurs de l’infirmière ? »

« Ouais, et ça te donne un côté mystérieux, tu comprends. Ça te rend intéressant, ça attire les gens vers toi… »

« J’vois ça. » répondit William en faisant un mouvement de tête pour indiquer à son ami qu’il devait se retourner.

Tyr s’exécuta. Et son sang se glaça lorsqu’il croisa le regard d’Aelle.


Il n’avait pas oublié.

« Aelle. Je t’en prie, assieds-toi. » lui proposa Tyr d’une voix chevrotante, n’oubliant pas la politesse.

C’était la première fois qu’elle le voyait sans son œil.


« Tu as faim ? »

Maïka Cooper : « La question c'est pas de garder Gryffondor pour sauver Poudlard, mais de virer Serpentard pour ne pas avoir à sauver Poudlard.»

Reflet  Libre 

Il ne se retourna pas instantanément, j’eu le loisir d’observer que l’image qu’il me renvoyait à présent n’était pas différente de celle que j’avais aperçu l’année dernière. Elle me paraissait pourtant remonter à des siècles ; j’étais alors si fébrile, si faible. Mais les choses seraient différentes à présent. J’espérais seulement qu’il cesse de m’asséner ses phrases pleines de moral, je savais déjà qu’entendre son ton suffisant me donnerait l’envie de le frapper. Mais je ne devais pas me laisser aller, pas avant d’avoir eu ce que je voulais avoir.

Je tentai de me composer un visage aimable. Ma figure me semblait froide alors que j’avais chaud. Des frissons parcouraient mon corps et je les reconnaissais : ils avaient été mien durant de nombreuses années, lorsque je me plaisais à faire croire à Papa et Maman et aux autres que j’étais ce que je n’étais pas. Merlin, je détestais cela.
*C’est la dernière fois*, me promis-je, *C’est la dernière fois*.
Je ne supporterai de toute manière pas plus longtemps de tels simagrés. J’avais tant de choses passionnantes sur lesquels me pencher lorsque tout cela sera derrière moi.

Avec la sensation de me trahir profondément et de ne pas me comprendre, j’affichai un sourire tordu lorsqu’enfin le garçon se retourna. Je voyais bien que son ami me regardait étrangement mais je m’obstinai à fixer Tyr pour ne pas m’agacer.

Je baissai la tête dès que ses yeux croisèrent mon regard. Les secondes s’étirèrent autour de nous avant que la curiosité ne me pousse à lever les yeux ; mon souffle se coupa et un frisson de gêne me caressa le dos. C’était extrêmement dérangeant de perdre le contrôle dans une situation où il avait tant d’importance. Une bouffée de haine destinée à ce garçon et à son foutu cache-oeil m’étouffa avant que je ne puisse me demander ce qu’il lui était arrivé. La seconde d’après, je compris que je m’en foutai et je dû résister à l’envie de me pencher pour observer plus en détail cette passionnante anomalie.

Le geste qu’eut Tyr pour m’inviter à m'asseoir me réveilla de ma torpeur et je me reculai, gêné par notre proximité. Je retrouvai contenance en secouant la tête, aérant ainsi mon front luisant de sueur.

« C’est pour cacher quoi ? » demandai-je d’un ton curieux en lorgnant le banc sur lequel il était assis, à la recherche d’une place qui ne me maintiendrait pas collé contre ces Gryffondors bruyants qui l’accompagnaient.

J’avais compris, difficilement, que les Autres aimaient que l’on s’intéresse à eux. Je bénissai ma curiosité de m’avoir permis de poser cette question et d’ainsi, effectuer mon premier geste de politesse et le premier pas qui me mènerait à mon but. C’était à double tranchant, je ne pouvais nier être intrigué par ce nouveau style et j’étais fière d’avoir réussi à simuler mon intérêt pour lui.

Finalement, je décidai de prendre place à sa droite, là où le banc me semblait le plus éloigné des énergumènes criards. Sur la table, de nombreuses victuailles accrochèrent mon regard ; je pris le temps de les observer afin de décider laquelle il me plairait le plus de déguster. Je n’étais pas spécialement gourmande de plats salés, mais d'avoir dû subir la délicieuse nourriture de Zakary et son sourire autosuffisant lorsqu’il insistait pour que je le félicite sur sa réussite me donnait l’envie de profiter un maximum de ces buffets quotidiens qui me changeaient allégrement les idées. Il était particulièrement bon de reconnaître tous ces détails qui me rappelaient qu’il n’y avait plus aucune Maison au-dessus de moi.

Je tendis la main et arrachai une part de tourte épaisse ; j’en engouffrai le bout dans ma bouche et mordis avidement dedans. Elle était bien moins bonne que celle de mon frère, et ce constat m’agaça tant que je ricanai d’un air dégoûté. Il était cependant hors de question que je la repose alors je croquai un second morceau que j’avalai aussitôt.

Me rappelant soudainement où j’étais et de l’importance de contrôler mon paraître pour quelques minutes, je me tournai vers Tyr - je trépignais d’impatience à l’idée de quitter cette table et de me débarrasser des frissons gelés qui me collaient à la peau.

« T’en veux ? » demandai-je en avalant une énième bouchée.

Et bien que je me sente particulièrement ridicule, les mots m’ayant douloureusement arrachés la langue, je soutins le regard du garçon en détaillant son cache-oeil. Ce dernier me paraissait bien banal. Je savais qu’il existait des gens sans oeil et je me demandai s’il faisait partie de cette catégorie de personne. Comment était-il sans ce morceau de tissu ? Y avait-il un trou à la place de l’oeil ? Qu’est-ce que je ressentirai face à ce trou béant ? Mais la question revenant le plus était plus profonde, plus dérangeante et alors que je me demandai si ce cache-oeil n’était pas qu’un moyen pour Tyr d’affirmer un style étrange, elle venait me torturer et me tordre le ventre. Machinalement, je posai une main sur ce dernier pour tenter d’en apaiser les tourments ; j’étais terriblement nerveuse, je le sentais à présent. Mais je peinais à comprendre pourquoi je ressentais cette douleur alors que j’étais exactement à la place à laquelle je voulais et je devais être.

Noyée dans l'Océan si plein de Ramifications.

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Un certain silence s’était fait autour de la table. Quelques élèves continuaient à discuter tout bas, mais tous avaient leurs regards tournés vers la nouvelle venue. La connaissant bien, Tyr répéta son invitation à s’asseoir. Il savait qu’elle risquait de ne pas supporter les regards curieux des autres Gryffondor. D’un autre côté, il ne voulait pas non plus demander aux autres de se taire, d’arrêter de la regarder, car ils étaient à la table des Gryffondor, et en cet endroit, ces derniers avaient tous les droits. Les tables des quatre maisons installées dans la Grande Salle agissaient à la manière d’un sanctuaire, tout comme les salles communes ; sauf que ces sanctuaires-là pouvaient parfois être transgressés par les meilleurs éléments des autres maisons. Connais ton ennemi, ce genre de bêtises…

Elle recula même lorsqu’il lui fit une seconde proposition. Ce n’était pas tant parce qu’elle avait peur de Tyr ; mais aussi parce qu’elle venait de placer ses deux yeux sur l’imposant cache-œil qui recouvrait le visage du Gryffon. Il soutint son regard sans ciller. Montrer le moindre signe de faiblesse était faillir, c’était admettre l’échec, admettre qu’il avait perdu face à Dylan, l’année précédente ; or ce combat n’était pas terminé.

« C’est pour cacher quoi ? »

Tyr ne répondit pas tout de suite. Il devait… mesurer la situation. Il n’était pas seul, et même si les autres étaient au courant de son histoire, ils n’avaient jamais vraiment posé de questions dessus, par pure gêne. Avec Aelle, c’était différent.

Il ne manquait pas de courage pour expliquer ce qu’il s’était passé à la Poufsouffle, mais il craignait toutefois que la loyauté de ses amis ne lui fasse défaut une fois toute l’histoire révélée dans les grandes lignes. Tyr avait appris, malgré son jeune âge, que vous ne pouviez jamais connaître les réactions des gens. Plus précisément, il l’avait appris l’année dernière. Compris lorsque Dylan lui avait enfoncé ce bout de collier tranchant dans l’œil.

Il avait aussi appris autre chose : que la trahison était le pire des sentiments. Et il ne voulait pas prendre le risque d’être trahi à nouveau.

Aelle alla s’asseoir à côté de lui, comme prévu : cela étant, elle prenait tout de même ses distances avec lui. Il l’observa attentivement, et repensa à ce qu’il venait d’énoncer dans sa tête. Il ne voulait pas répondre car il avait peur de perdre la loyauté de son nouveau groupe d’amis.

Il restait toutefois quelque chose qui le tracassait. La loyauté était une valeur de Poufsouffle, pour qui il serait tout bonnement impensable d’abandonner qui que ce soit à son sort. Les Gryffondor aussi étaient loyaux, mais à leur manière, loyaux envers quelque chose de différent ; leurs propres convictions. Et l’une d’entre elles, la plus célèbre d’entre toutes, était le courage. Celle que Tyr admirait le plus, celle dont il était le plus fier. La justice n’était rien si vous n’aviez pas le courage de l’appliquer.

Il sentit un mélange de sentiments se former en lui. Drôle de mélange, par ailleurs. De la fierté, à en être arrivé à une telle conclusion. De l’arrogance, car il avait déjà une idée de la manière dont il allait mettre Aelle au courant. De l’anxiété, car il allait faire ça pour la toute première fois depuis le début de sa nouvelle scolarité.

Il vit la Poufsouffle attraper une part de ce qui semblait être… un plat bizarre, et en proposa à Tyr. Avant de l’accepter, ce dernier attrapa une carafe non vidée qui traînait non loin, un verre non utilisé, et le remplit. Puis il le posa devant Aelle, de la même manière qu’il avait posé cette potion, quelques mois plus tôt. Violemment, fermement. C’était sa manière à lui d’évacuer. Devant le bruit du choc, les Gryffondor regardèrent tous dans sa direction : leurs regards passèrent d’Aelle à Tyr.

Parfait. Le plus de gens il y avait pour le voir, le plus courageux on le trouverait.


« Ça, ma chère Aelle, c’est pour cacher… »

Il retira d’un coup sec son cache-œil, sans crier gare. Le bruit du nœud se défaisant de l'arrière de son crâne ne fut audible qu'à son propriétaire.

« …ça. »

Révélant l’horrible morceau de peau fripée qui avait désormais remplacé ce qui était jadis un bel iris aux tons de brun et d’or. Il entendit l’un des Gryffondor déglutir, en vit d’autres tourner la tête ; même William, surpris, baissa la tête sans pour autant quitter le visage de Tyr du regard. Mais le garçon ne remit pas son cache-œil en place tout de suite.

Là, maintenant, il se sentait incroyablement libre.


«J'espère que la vérité a meilleur goût que ta tourte... »

Maïka Cooper : « La question c'est pas de garder Gryffondor pour sauver Poudlard, mais de virer Serpentard pour ne pas avoir à sauver Poudlard.»

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Ma main malaxait mon abdomen avec force, comme si grâce à ce geste, je pouvais en évacuer toute la douleur, l’annihiler entre mes doigts. Je pensais avoir ce pouvoir, être capable de me guérir rien qu’en y pensant ; mais la douleur persistait, allant même jusqu’à maltraiter mon estomac. Je regardai d’un air dégouté la tourte avant de la poser dans l’assiette devant moi. A mes côtés, le garçon prenait le temps pour me répondre et je voyais le secondes s’écouler lentement, bien trop lentement. J’avais envie de le secouer, de lui hurler de se dépêcher car je n’avais pas de temps à perdre avec lui. Mais je ne fis rien, car il ne pourrait comprendre à quel point j’avais besoin de laisser la Maison derrière moi, à quel point ma quête était essentielle. Ce Gryffondor était sans aucun doute trop égoïste pour comprendre ce besoin.

Un bruit mat résonna soudainement devant moi et je levai précipitamment la tête, éjectée de mes propres pensées. Mon estomac se crispa sous ma main ; ils me regardaient tous, les Gryffondors qui nous entouraient. Comme s’il n’y avait que moi à voir, comme s’il fallait me regarder. Je n’y avais pas porté attention et soudainement je me sentis minuscule, presqu’insignifiante. Je me demandai ce que je faisais là, à cette table, à parler avec un garçon alors que je n’avais jamais approché de moi-même une seule personne de ce château.
Il suffit de trois battements effrénés de mon cœur et le visage hilare de Zakary qui dansait devant mes yeux pour que je revienne à la raison.
Je savais ce que je faisais et pourquoi je le faisais. Je me rappelai des sentiments que j’avais ressentis face à cette Stalbeck. Je m’étais senti mourir devant elle. Je ressentais la même chose à présent. Mais mon expérience de cet été m’avait permis de saisir que c’était les autres qui me faisaient ressentir cela et j’étais ici pour détruire ce qu’ils me faisaient, pour me libérer de la Maison et donc de tout ce qui pouvait venir m’empoisonner. Mon visage se ferma et je me redressai ; à l’intérieur, j’étais encore toute tremblante, mais je me battais pour que cela ne se ressente pas, seulement pour cette fois-ci. Après, les Autres ne m’importeraient plus. Presque plus.

Avide d’oublier que je venais encore de mourir face à d’Autres, je tendis la main vers un verre vide. Puis je me stoppai, réfrénant mon envie de faire disparaître de ma gorge le morceau de tourte que ma peur refusait de laisser passer. Tyr avait posé un verre devant moi. Il était là, brillant d’une eau qui paraissait si fraîche. Pourquoi avait-il fait cela déjà ? Pourquoi les autres se sentaient obligé d’imposer leur présence ? Ce n’était qu’une formule de politesse comme une autre, mais elle m’agaçait car je devais y répondre, pour ne pas qu’il se braque et qu’il gâche ainsi mes chances. Je crispai les mâchoires en attrapant habilement le verre qu’il m’avait offert ; je détestais que l’on m’assiste de cette manière, j’imaginai un instant le balancer dans son visage, souillant ainsi son cache-œil inutile. Néanmoins je noyai mon humiliation dans une grande et longue gorgée d’eau. Le liquide glissa le long de ma gorge en un interminable filet glacé qui acheva de me rappeler mes intentions et les raisons pour lesquelles j’étais assise sur ce banc.

Je me retiens de lever les yeux au ciel en entendant sa voix. Il m’insupportait avec ses grands airs. Je me souvenais de notre rencontre. Je me rappelais avoir pensé qu’on aurait pu s’entendre lui et moi, si les circonstances étaient différentes, s’il n’y avait jamais eu Charlie. Maintenant, Tyr existait dans ma conscience justement parce qu’il y avait eu Charlie. Un rictus barra mon visage quand je me tournai vers le garçon. Il me regardait comme je le regardai. L’ambiance était étrange, presque pesante, et je me surpris à me dire qu’il était bien plus mystérieux lorsqu’il ne parlait pas. Et bien plus intéressant maintenant qu’il avait ce cache-œil. Le silence s’épaississant, je penchai la tête sur le côté, interrogative et retenant la phrase qui menaçait de s’échapper de mes lèvres clauses. Mon regard se déporta sur l’un des camarades de Tyr et je plongeai un instant dans son regard intense avant de me détourner, attirée par le garçon à la chevelure cramoisie.

J’attendais, presque impatiemment, je m’en rendais compte, que le garçon finisse la phrase qu’il avait commencée et qu’il me dévoile enfin le fond de sa pensée. Allait-il me dire qu’il savait ce que je faisais ici ? Qu’il allait répondre à ma demande ? L’espoir qu’il le fasse avant que je ne doive m’abaisser à lui poser la question illumina un instant mon regard avant que je ne cligne les yeux, choquée devant le vide qui s’affichait à présent face à moi. Mon espoir chuta dans le fond de mon cœur lorsque je me rappelai la question que je lui avais posée et qui était la seule raison de la réaction du garçon ; il n’avait aucune idée de ce que je voulais et n’était pas près de me le donner. Le trou qui me faisait face en était la preuve ; le spasme qui secoua mon bras me força à lâcher mon verre dont le contenu se répandit en un fracas épouvantable sur mes genoux. Mais je ne baissai pas la tête et je ne ressentai aucune honte : la cavité qui perçait le visage du garçon m’alpaguait et ne semblait pas vouloir me lâcher. Je pris à peine conscience que le garçon tenait son cache-œil dans la main ; je ne me serais jamais attendu à ce qu’il me montre aussi violemment ce qu’il cachait. Cet amas de chair s’était refermé autour du trou béant qu’avait laissé l’absence de son œil, il me rappelait les plis d’une cape usée par le temps sauf que dans ce cas précis, la vision était hautement répugnante. Etrangement, mon estomac se révulsa et j’ouvrai grand la bouche pour me rappeler qu’il fallait que je respire pour ne pas devenir aussi morte et horrible que ce tas de chair.

Une partie de moi imaginait l’appendice manquant baigner dans un bocal emplit d’un liquide de conservation ; l’autre partie l’imaginait caché derrière cet amas de chair qui ne serait qu’un moyen de camoufler une particularité étrange du garçon. Ma question m’échappa avant que je ne puisse l’arrêter. Je savais que je ne devais pas énoncer ces mots, je savais que ce n’était pas ce que je devais dire pour aller dans son sens et moins encore pour le faire aller dans le mien. Mais la tentation était si forte et j’avais si peu envie de me laisser contrôler par le chemin sur lequel me menait la Maison que j’ouvrai la bouche pour annoncer d’une voix tremblante et affaiblie par ma surprise :

«  T’en as fait quoi ? »

Cette faiblesse dans ma voix était insupportable à entendre et un sourire ironique balaya la grimace dégouté qui persistait à s’afficher sur mon visage. Un rire me secoua les épaules avant que je ne le sente mourir dans ma bouche. Les mots du garçon résonnaient dans mes oreilles et je leur trouvais une saveur étrange, sans pourtant parvenir à saisir laquelle ni pourquoi elle me déplaisait tant. Le garçon ne me lâchait pas de son unique œil, c’était là son pouvoir le plus puissant : pouvoir vaincre mon contrôle d’un coup d’œil. Une raison de plus pour vouloir attiser la colère que je ressentais envers lui et qui n’avait pourtant pas raison d’être, ou du moins, pas de raison dont je me souvienne ou à laquelle je puisse porter une quelconque importance.

« Je sais au moins que ma tourte était meilleure que ça, » répondis-je à Tyr d’un ton absent tout en prenant soin de ne pas regarder le trou fripé qui déformait son visage.

J’essayai de lui sourire, car c’était ce que les Autres faisaient dans ce genre de situation mais je crois que seule une grimace s’afficha sur ma face. C’était au moins quelque chose et je ne pouvais douter que le garçon comprenne ce que c’était, même s’il n’avait qu’un œil. Un grand soupir m’échappa et je le laissais détendre mes épaules qui me faisaient souffrir à force de rester crispées. J’avais imaginé ce que me dirait Tyr et ce que je devrais faire pour aller droit au but tout en m’assurant la victoire, mais à présent je ne savais plus que faire ni comment réagir. Et comme je ne pouvais pas réagir naturellement, je savais encore moins ce que je devais faire. Changer de sujet ? Lui dire que j’étais terriblement désolée pour son œil ? Lui demander s’il le gardait quelque part ou s’il ne l’avait jamais eu en main ? Peut-être devrais-je lui poser ma question, au risque qu’il se braque ou ne me pose des questions ? Ou alors j’attendrai que lui me réponde, attendre patiemment qu’il m’ouvre le chemin vers mon but.
Les frissons gelés balayaient encore mon dos et le bout de mes doigts tremblaient tant que je devais les cacher sous la table. Son coup ultime m’avait achevé et je me demandai un instant s’il n’avait pas tout calculé pour me déstabiliser. Mais je rejetais aussitôt cette idée : il n’avait rien à me reprocher, donc aucune raison de vouloir me déstabiliser. Il avait seulement était sincère. Peut-être devrais-je faire de même.

Noyée dans l'Océan si plein de Ramifications.

Reflet  Libre 

Incroyablement libre, tout en étant célèbre.

Célèbre à sa manière, bien entendu. On était loin des multiples paparazzis qui prenaient des photos, des fans en délire qui hurlaient lorsqu’elle voyait un morceau de peau aussi repoussant que celui qui se cachait sous le cache-œil de Tyr, et de la proximité des grands de ce monde. Toutefois… il avait au moins attiré l’attention de la quasi-totalité des Gryffons qui l’entouraient, les autres étant trop timide ou trop dégoutés pour prêter attention à ce qu’il se passait. Tyr contemplait Aelle de son unique iris, comme Polyphème avait jadis regardé Ulysse et ses compagnons. Cela dit, il était loin de lui vouloir du mal.

La dernière fois qu’Aelle et lui s’étaient rencontrés, leur relation avait été pour le moins obscure, sans mauvais jeu de mots bien sûr. Ils avaient dû s’atteler à la préparation d’une potion qui servait à pouvoir voir dans le noir, mais les esprits s’étaient quelques peu échauffés. Ils n’étaient pas partis dans la violence, bien sûr, ils n’étaient pas des idiots, mais l’on ne peut pas dire que cela s’était extrêmement bien passé… Tyr en avait voulu à Aelle pendant les deux jours qui avaient suivi, car il la considérait comme une amie, et il s’était senti trahi. Avant de l’oublier totalement, trahi par un autre de ses amis, perdant son œil droit.

A la table voisine, des chuchotements un peu trop bruyants s’était élevés. Tyr retint un petit sourire. Il devait avour qu’en seulement cinq mois d’handicap à la vision, son ouïe à l’oreille droite s’était plutôt bien développée. Il entendait mieux de l’oreille droite que de l’oreille gauche, il était certain de cela, et sa blessure n’y était sans doute pas pour rien.


« T’en as fait quoi ? »


Le sourire se transforma en franc éclat de rire que le Gryffon ne put retenir plus longtemps. La question était si absurde à ses yeux que la réponse qu’il lui donna le fut tout autant.


« Je l’ai mangé. »


William rigola à son tour, puis un autre Gryffon, et tous les autres. Rigolaient-ils parce qu’ils avaient réellement trouvé cela drôle ? Ou parce qu’ils essayaient de montrer leur présence auprès de Tyr, dans cette épreuve ? La deuxième option, bien entendu. C’était très gentil de leur part, mais Tyr n’osait pas leur dire qu’il n’avait absolument pas besoin de leur soutien. Il arrivait à tenir debout de lui-même. A retirer son cache-œil, et à l’assumer, sans avoir besoin d’être encouragé. A fixer Aelle sans que les autres ne lui soufflent de continuer.

Un instant, il eut peur que les rires ne prennent des proportions trop grandes. Il se rappelait encore de cette fois où elle s’était vexée à cause d’un hibou, d’un chat, d’une remarque en trop… Tyr prit alors l’initiative de se pencher vers elle doucement.


« Non, en réalité, je ne sais pas. On me l’a enlevé à l’hôpital et je n’ai jamais plus eu de nouvelles. »

Une idée lui germa dans l’esprit. Il continua d’une voix encore plus basse, à la limite de l’inaudible.

« Une fois, j’ai rêvé que je retrouvais mon œil, mais qu’il avait changé. Il était ceint d’un collier, je pouvais l’attacher autour de mon visage, et il me permettait de voir à travers les murs. Comme un œil magique, tu comprends ? J’aimerai bien que cette histoire se finisse ainsi… »

En réalité, il n’avait jamais fait ce rêve. Mais Aelle n’avait pas besoin de le savoir.

Lorsqu’elle lui fit une réflexion sur le goût de la vérité par rapport à celui de la tourte, il comprit qu’il était temps de s’arrêter avant de franchir la ligne rouge. Il remit son cache-œil en place, attachant l’élastique à l’arrière de son crâne, et remettant son bandana en place pour qu’il en cache une partie sans le faire totalement disparaître de son visage.


« Je me suis dit que tu préférerais me voir suffisamment sincère. »


Et il avait eu raison de le faire.

« Est-ce que je peux faire quoi que ce soit pour toi, Aelle ? »


Elle était venue s’asseoir pour une raison, c’était indéniable. A Tyr de trouver pourquoi.

Maïka Cooper : « La question c'est pas de garder Gryffondor pour sauver Poudlard, mais de virer Serpentard pour ne pas avoir à sauver Poudlard.»

Reflet  Libre 

Aussi curieuse que me rende le trou béant dans le visage du garçon, l’idée de me tourner vers lui pour lui imposer un regard appuyé me répugnait. Je préférai triturer le lacet de mes sandales qui reposaient sur mes genoux pour m’occuper les mains, pour feindre de voir tout autre chose que sa présence qui m’agaçait autant qu’elle m’attirait. Je me rappelais soudainement que depuis l’instant où j’avais compris que Tyr connaissait Charlie, je n’avais eu cesse d’être attiré par ce garçon tout en m’efforçant de ne pas l’être. C’était une attitude fatiguante et c’est exactement pour cela que je n’avais jamais apprécié la présence des autres. Ils étaient chronophages et je n’avais pas de temps perdre. Je n’en avais plus à perdre.

Être perdu dans mes pensées ne m’empêcha pas d’entendre l’éclat de rire tonitruant qui envahit soudain l’espace autour de moi. Un éclat distinct, sans retenu, d’une voix que je ne pouvais que reconnaître, bientôt suivit par plusieurs autres qui m’étaient aussi ou plus désagréable à entendre. Je ne relevais pas la tête pour regarder Tyr rire, ni pour voir les autres se gausser de mon comportement. J’étais habité par la crainte que la face de l’un d’eux me mette dans une colère si grande que je perde toute l’utilité que Tyr avait pour moi. Une seule erreur et il n’acceptera jamais de me venir en aide ; et il était hors de question que j’aille voir un autre Rouge et or. Il était déjà bien assez difficile d’aller vers ceux que je connaissais.
De quoi pouvaient-ils bien rire, si ce n’est mon comportement ? *Bande de scrout à pétard... *, fulminai-je intérieurement en prenant sur moi pour ne pas laisser sortir de ma bouche les mots vulgaires qui me chatouillaient la langue.

Du coin de l’oeil, je pouvais voir le garçon de Gryffondor qui faisait face à Tyr. Etait-ce mon impression ou riait-il plus que tous les autres ? Je n’eu l’occasion de me pencher sur la question car une forme s’approcha de moi et entra dans mon espace intime. Je m’éloignai de Tyr, qui venait de se pencher vers moi, tout en prenant soin de ne pas m’approcher du garçon qui était à ma gauche. Je serrai fort le cuir de mes sandales dans ma main, peinant à retrouver un comportement normal et serein après ce qu’il venait de se passer ; pourtant, les choses avaient très bien commencé, mais dorénavant, je sentai mes jambes trembler et mon cerveau avait pris possession de mon comportement. Il m’était impossible de lacher mes chaussures ou même de tendre la main vers le morceau de tourte qui baignait dans l’eau.

Je pris une respiration tremblante et je me forcai néanmoins à me tourner vers le garçon aux cheveux cramoisis et au trou béant. Je voyais les regards que tous ces abrutis posaient sur moi. Ils me jugeaient, ils attendaient qu’une de mes réactions les fasse de nouveau rire ; ou pire encore, s’attendaient-ils à ce que je ris également ? *Va t’faire voir chez Merlin, abruti !* pensai-je à l’intention du garçon qui me regardait de ses yeux trop intenses. J’avais envie de les lui crever. Cette pensa m’électrisa les sens et je pu enfin afficher un semblant de sourire et trouver la force de lever la main pour m’emparer de ma fourchette. Je dardai le garçon d’un regard flamboyant, prête à le remballer ; il n’y eu que les paroles de Tyr pour m’empêcher de dire quoi que ce soit et me rappeler qu’il était le seul intérêt de ma présence ici.

« Tu devrais le... le récupérer, marmonnai-je sans quitter le garçon des yeux, il est à toi après tout non ? »

Quelle idée d’abandonner une partie de soi.

« Les oeils magiques existent, je te rappelle , » rajoutai-je en me tournant vers Tyr.

Je me perdais un instant dans le trou de sa figure, *dégoutant… mais fascinant…*. Je me demandais si cela faisait mal. Ce que cela faisait de n’y voir plus que d’un oeil. De ne plus voir le reflet de ses deux iris dans le miroir. De ne fermer plus qu’une seule paupière. Son oeil absent continuait-il à le gratter, à le piquer ?

Mais mon attention, pour une fois, se détourna de Tyr. Les yeux intenses de son camarade faisaient trembler le bout de ma lèvre et me rendaient mal à l’aise. Je lui jetai un second regard noir, dans l’espoir qu’il cesse son petit jeu et qu’il me laisse en paix. Son comportement était d’une malpolitesse inouïe. Et si je n’avais que faire de la politesse, je détestais simplement qu’il me jauge ainsi. Il avait tendance à réveiller des pulsions qu’il n’était pas temps de ressentir. Pour me soustraire à son attention, je me penchai devant Tyr pour attraper un petit pain qui reposait dans une belle panière. Je mordis dedans à pleine dent, appréciant cette nourriture si fade par rapport à celle de mon connard de frère. *Connard…*, Merlin, ce que j’aimais ce mot. Je me rappelai encore de sa face toute rouge lorsque je lui avais hurlé ce mot au visage.

« Je me suis dit que tu préférerais me voir suffisamment sincère, » me dit soudainement Tyr.

Il avait rattaché son cache oeil, cachant la quasi totalité de l’amas de chair. Dommage, j’aimais bien avoir ce trou à regarder, même si mon estomac se révulsait à sa vision ; il me donnait une raison de ne pas remarquer les regards putrides de tous les autres nous entourant. J’haussai les épaules en réponse à sa sincérité avant de sentir soudainement mon coeur battre plus fort dans ma poitrine ! Surprise, je me tournai vers lui, lui offrant un regard arrondi : il l’avait enfin dit, enfin ! Je n’avais plus à attendre qu’il me lance une perche, attendre que tout ces cons me regardent, attendre que je parvienne à lui poser ma question. Il m’avait ouvert une voie de maître, et j’en avais parfaitement conscience. J’avalai difficilement ma bouchée de pain puis m’essuyai la bouche du revers de ma manche.

Tout se jouait à cet instant même. Je ne pouvais dérouler ma pensée comme je le souhaitais et je détestais cela. Mais j’avais conscience de l’importance de rester discrète. Que je sache, les étudiants de Poudlard n’avait jamais brillés par leur faculté à garder un secret. Mais après tout, était-ce réellement un secret ? Que se passerait-il si tous les étudiants Gryffondor savaient ce que je voulais ? Une chose : cela parviendrait rapidement et efficacement aux oreilles de Charlie. J’aurai alors deux fois plus de chance de réussir : la première grâce à Tyr et la seconde, si la première échouait, ce qui ne m’étonnerait pas, les ragots eux-mêmes qui la mèneraient à moi. Une fierté sans égal m’habita ; c’était une idée de génie. Je me redressai légèrement, toute excitée :

« Peu de chose, Tyr. Je veux que tu m’amènes à une de tes connaissances.  »

Que m’avait dit Papa à propos des demandes ? Rien d’intéressant, Papa n’avait plus rien à dire sur ce que je faisais ou non. J’affichai un grand sourire sur mon visage. Il était étrange à ressentir, mais il n’était en rien forcé. Et cela me fit un bien fou. Je sentais le poids de la Maison quitter peu à peu mes épaules.
Je me sentais libre.
Prête à m’envoler.
Si seulement il n’y avait pas les yeux putrides et intenses de cet abruti. Mais j’étais libre, n’est-ce pas ?

Je me tournai vers lui.

« Regarde ailleurs, tu veux ? » lui balancai-je au visage en m’efforçant de prendre une voix neutre.

Une seconde passa avant que l’urgence de la situation ne balaye mes ailes :

« J’aimerai… que tu m'emmènes à elle, » articulai-je en dardant Tyr de mon regard noisette.

Noyée dans l'Océan si plein de Ramifications.

Reflet  Libre 

« Le récupérer ? Mais Aelle… l’œil est fichu. Et puis… »
 
Il baissa la voix.
 
« … le docteur a dit qu’elle me trouvait fort, de réussir à surmonter tout ça. Si je m’attache à lui, je suis faible. Ce n’est pas qu’une histoire matérielle. »

 
N’était-il pas un peu niais à proférer des choses aussi graves ? C’était un sujet qui le tenait à cœur, d’accord… Mais son cœur était celui d’un Gryffondor. Attaché à la justice, à l’honneur, à la force, et à tous ces concepts abstraits qui motivaient son instinct, jour après jour. Il s’étira. Ces réflexions le mettaient mal à l’aise avec lui-même. N’importe quel élève ne se trouvant pas à Gryffondor aurait pu, à son gré, démentir toutes ces théories sur des concepts aussi friables. Un jour, il ferait part au monde de sa vue sur les choses. Et le monde serait d’accord avec lui.
 
Aelle lui évoqua l’existence des yeux magiques. Tyr eut un petit sourire.

 
« Bien sûr que je sais qu’ils existent. Comment aurais-je pu en rêver, sinon ? »
 
*Comment pourrais-je retrouver celui que j’ai perdu ?* ajouta-t-il pour lui-même.
 
Aelle se déconcentra ensuite de lui pour manger un petit peu ;le garçon en profita pour regarder autour de lui. William continuait d’amuser la galerie sans lui ; toutefois, Tyr remarqua qu’il ne pouvait s’empêcher de jeter des coups d’œil, de plus en plus fréquents, à Aelle. Le borgne lui tapa dans le pied sous la table et lui adressa un regard sévère. Il n’avait pas entendu ce qu’il se passait, mais il était clair que son ami faisait son beurre sur le dos d’Aelle ; et la chevalerie de Gryffondor avait bien besoin de Tyr pour revenir sur le devant de la scène.
 
Une fois qu’elle eut fini, elle se retourna à nouveau vers Tyr. L’avait-elle vu prendre cet air dur avec son ami pour elle ? Il l’espérait.

 
« Je veux que tu m’amènes à une de tes connaissances. »

 
« Tu connais déjà William je crois ? » répondit le garçon avec humour.
 
« Regarde ailleurs, tu veux ? » aboya-t-elle à l’intéressé. C’était... très amusant.

Un éclat de rire monta depuis le cœur de Tyr jusqu’à sa bouche : mais il fut incapable de le sortir lorsqu’il vit le ton sérieux que son interlocutrice avait pris.

« Je ne sais pas de qui tu parles, Aelle. Je suis désolé. Cela étant...»

Il marqua une pause.

« Je suis tout à fait disposé à t'accompagner si tu trouves cela nécessaire. Je... »

Rah. C'était terriblement difficile de devoir ravaler cette fierté que vous aviez gagné en cultivant une haine qui n'avait pas de raison d'exister. Encore une autre épreuve.

« ...peux te prêter mon courage. On a toujours besoin de courage. Même lorsque l'on vient de ramener à nouveau une vieille connaissance de son côté. » ajouta-t-il en clignant de son unique œil.
 

Maïka Cooper : « La question c'est pas de garder Gryffondor pour sauver Poudlard, mais de virer Serpentard pour ne pas avoir à sauver Poudlard.»

Reflet  Libre 

Mon pouls battait si vite.
Mes épaules étaient si légères ; elles s’étiraient loin de mon cou, s’affaissaient  pour caresser le sol.
Et mon esprit, surexcité, s’envolait haut dans les airs, pour venir frôler les lointaines chandelles du plafond enchanté. Je n’avais pas connu semblable état depuis fort longtemps et je me prélassais dans ce soudain bonheur. Je savais mes yeux brillants et mes joues rouges ; mon souffle court et mes lèvres entrouvertes. Tyr n’avait jamais été aussi vivant dans mon regard. Je ressentais profondément mon propre corps et c’était une expérience gratifiante qui m’exaltait. Je sentais ma peau se recouvrir de mille frissons, elle enflait sur mon corps et par vague, me secouait toute entière ; mon sang bouillait dans mes veines jusqu’à manquer d’exploser en une slave de gouttelettes carmin tant je me sentais puissante. Pleine d’une puissance si exaltante qu’un sourire vient détruire le tremblement de mes lèvres pour s’imposer sur mon visage.

Je ne pouvais détourner mon regard, je ne voulais pas quitter Tyr de mes yeux, pas même une seule seconde car si je le faisais, il pourrait alors s’échapper, disparaitre, mourir et je resterais sans voie. Je voyais la porte s’ouvrir devant moi, et une petite fille aux yeux si émeraude en sortir. Elle viendrait à moi. Non, elle venait à moi ; elle vient, elle est là ! Je la vois dans le regard de Tyr.
Il allait m’emmener à elle.

Brusquement, mon estomac se crispa et l’acide brûlant de mon corps remonta pour investir ma bouche d’un goût horripilant. Je fermai la bouche et menai une main à mon ventre, avalant difficilement la bile qui m’emplissait de l’intérieur. Un haut le cœur me saisit et je dû me résoudre à quitter du regard ma Voie pour me concentrer pour ne pas vomir sur la table que j’avais fait mienne. Dans le noir de mes paupières, l’effroi me saisit : j’avais peur d’avoir peur. Peur d’avoir peur de laisser la Maison, peur d’avoir peur de ne pas avoir la force de lutter contre son attraction féroce. Merlin, j’avais si peur de me retrouver face à cet Océan.
Non, c’était idiot. *Complètement con, même*, crachai-je en mon for intérieur. J’étais seulement excité à l’idée de montrer à ma famille que j’étais capable de faire mes propres choix et que cela ne nuirait en rien à ma santé. N’est-ce pas ? Oh oui, je ne voulais rien de plus que de me trouver près d’elle pour tous les tuer.

Mon cœur battait aussi vite que les secondes passaient. Mais je ne me sentais plus aussi légère que l’air. En fait, je ne me sentais plus du tout, alors avec toute la force que je pus, j’ouvris des yeux avides que je posais sur Tyr. Je  voulais crier mais j’avais peur de ne pas retenir ce qui voulait s’échapper de mon corps si je ne faisais qu’entrouvrir mes lèvres.
Mon propre corps se montait contre moi et luttait contre ce que je lui imposais. Je m’étais moi-même mise dans ce non contrôle en allant voir le garçon. Je me détournais de tout ce que mon être souhaitait, je le savais, mais je l’avais fait pour être ensuite capable de ne plus jamais sentir la Maison me tenir. Peu importait que je vomisse. J’allais tuer la Maison et ses Habitants, je me l’étais promis. PROMIS.

« Je ne sais pas de qui tu parles…, » me frappa la voix de Tyr.

Je tombais dans un gouffre si profond de désolation que je sentis mon cœur m’être douloureusement et brutalement arraché. C’était si soudain que mon souffle se bloqua dans ma gorge : je n’avais plus de cœur car, face à moi, l’âme désolée de l’abruti aux cheveux carmin venait de me renvoyer dans la gueule mon échec cuisant.  Et puisque je ne ressentais plus mon cœur, deux griffes puissantes venaient de s’agripper à mes épaules pour les rendre plus lourdes que mon propre corps : la Maison.
*Je ne sais pas de qui tu parles. Je ne sais pas de qui tu parles.*. Ne me mens pas, Tyr. Ne me mens pas ou je vais vouloir plonger mon doigt dans ton iris dégueulasse pour te l’arracher et te rendre aussi aveugle que la Maison le faisait pour moi ! Ne-me-ment-pas-Tyr.

Mon souffle s’accélérait en même temps que ma colère enflait. Je fermais les yeux pour m’empêcher de ressentir le soudain plaisir exquis qui l’accompagnait toujours. Ne pas ressentir cette odeur âcre qui emplissait mon nez, ne pas sentir ce chatouillement au creux de mon estomac, ne pas laisser les images belles et  destructrices qui allaient m’habiter.
Il n’y avait pas de colère, *pas de colère*, me répétai-je comme un mantra. Il n’y a rien du tout. Rien du tout. Rien, si ce n’était mon cœur qui me revenait plus douloureux qu’il ne l’avait jamais été depuis que je m’étais éloigné de la Maison. Rien, si ce n’est la déception profonde que j’éprouvais pour la Chose qui se tenait près de moi. Je décidai de me centrer sur lui, rien que lui, pour ne pas voir la colère. Ne voir que ce corps et cet œil débile pour ne pas voir ce que mon corps et mon âme voulait lui faire. Voir le physique pour ne pas voir l’envie.

« … même quand on vient de ramener à nouveau une vieille connaissance de son côté ».

« Aha, » ahanai-je en plissant mes paupières pour voir au travers.

Cela m’échappa, tressauta dans mes épaules douloureuses et disparu. J’avais la tête baissée sur mon assiette sans savoir pourquoi. Une tache blanche me regardait et à ses côtés, la pâté rougeâtre de ma tourte dégoulinante. Je me sentais comme cette bouillie dégueulasse. Toute fondante et désincarnée.

« Une vielle connaissance, » soufflai-je en soulevant mon regard à bout de bras pour le poser sur la Chose que je voulais frapper de toutes mes forces. « Elle m’avait manquée ». J’offrais mon sourire tordu à Tyr tout en éloignant de mon esprit la vision d’une Aelle libérée que j’aimais.
Puis je le quittai du regard, encore, car c’était bien trop éprouvant de le regarder tout en me bridant.

« C’est Ch… ».

Oh. Merlin. Avais-je seulement déjà prononcé son prénom à voix haute ?
Je me levai. Mon pied nu buta contre le banc en bois et je me pliai vers l’avant pour ne pas me ramasser sur le sol en pierre. Mon cœur remonta dans ma gorge. Je me sentais désincarnée du Monde ; le reste s’était effacé et mon regard s’était braqué sur ma victime. Tyr.

Ne me mens pas.

J’avais oublié, encore. Encore !
Les autres me tuaient. Encore.

Mes orteils grattaient le sol, impatients. De poursuivre ma voie ? Ou de lever ma main, qui me démangeait, pour saisir la peau de Tyr, qui me démangeait elle aussi ?

« On y va. C’est…, » ma voix avait pris un ton si roque qu’elle parut étrangère à mes oreilles. J’essayais de prononcer ces lettres si simples. C’était si simple. Des lettres que j’utilisais depuis un temps indéfini. Des lettres qui n’étaient que des lettres. Qui formaient un prénom comme il y en avait des dizaines de semblables.

« Ch… ». Merlin. Je n’y arrivais pas. Les lettres formaient comme un barrage dans ma bouche et j’en fus si frustrée que les larmes explosèrent dans mes yeux. Je baissais la tête pour les cacher, soudainement honteuse. Le Monde venait de me revenir et je me noyais dans toutes les informations qu’il me donnait. Le bruit. Mon propre poids. Mes larmes. Ma colère. Leur regard. Tyr. Moi. Ma déception. Ma perte.

Je ne voulais pas sentir la Maison. *J’t’en supplis, Tyr, j’veux plus… Tu peux pas me mentir…*. Mon cœur pesait si lourd que je me sentais sombrer. Mais je ne sombrais pas. J’étais encore là et je ne pouvais rien faire contre la douleur que je ressentais à l’intérieur.

« Mens pas, » balbutiai-je en me sentant me dissoudre.

La claque, violente, du Monde m’ouvrit la bouche et m’arracha les mots. Je criais : « Tu la connais !».

Noyée dans l'Océan si plein de Ramifications.

Reflet  Libre 

« Bien sûr que je la connais. » répondit Tyr sur un ton de défiance.

La réaction d'Aelle était la réaction de trop pour Tyr. Son énervement, son peu de considération pour l'aide que lui proposait malgré tout le garçon, faisait bouillir son esprit. Il entendit le rythme de son cœur accélérer ; son bras se mettre à trembler, comme il l'avait fait avec Katy. Il devait sortir de la Grande Salle avant de commettre quelque chose d'irréparable. 

Il marcha de manière à se retrouver dos à dos avec Aelle, puis s'arrêta. Il savait qu'elle avait son attention portée sur lui. Il savait qu'il était temps.

Temps de tenter quelque chose.

Le courage de Gryffondor se diffusait dans ses veines. Il avait envie de crier à la face de son interlocutrice tout ce qu'il lui passait par la tête. Le peu de considération qu'elle accordait aux autres, la main de Tyr qu'elle venait de refuser, sa soudaine crise le plongeait dans une rage terrible. Que savait-elle de la souffrance ? De la perte ? Rien.

Personne, à part Tyr, n'en savait quelque chose. 

Les gens qui avaient perdus un proche n'étaient pas à plaindre. Sept milliards d'être humains sur Terre. Des Moldus, des sorciers, des hommes, des femmes, des vieux et des jeunes, des Européens ou des Africains, des intelligents et d'autres plus bêtes : personne n'était irremplaçable. Personne n'était entièrement lui-même. Les noms eux-mêmes répondaient à cette loi simple : ils étaient partagés par les foules. Combien d'Aelle et de Tyr, combien de Dylan ou de Charlie ? Des dizaines, des centaines, des milliers. La seule chose qu'un individu pouvait posséder, c'était son propre corps. Personne ne pouvait dicter la conduite des gestes à quelqu'un sans le faire sous la forme d'un ordre, sans la contrainte, sans la menace. 

On avait arraché une partie de ce corps à Tyr. On l'avait privé d'une partie de son unique possession.

« Je suis là pour toi, Aelle. Mais ne me traite pas de menteur. Ce n'est pas juste, et me traiter de menteur, c'est être un menteur soi-même. Et tu n'as pas plus envie que moi de prétendre quelque chose de faux, car, tu le sais à présent que je te l'ai montré, la vérité a mauvais goût. » termina-t-il en montrant son œil. 

Sur ces mots, il quitta la Grande Salle d'un pas décidé et se dirigea vers la salle commune de Gryffondor, sans même s'arrêter lorsque William l'appela. Il ne se sentait pas très bien.


Il comprenait, en y réfléchissant à nouveau, que sa conception des choses était fausse. Et il détestait avoir tort.

Reducio

Fin du RP pour Tyr ! 

Maïka Cooper : « La question c'est pas de garder Gryffondor pour sauver Poudlard, mais de virer Serpentard pour ne pas avoir à sauver Poudlard.»

Reflet  Libre 

Fébrile, je respirai difficilement. Mon regard me paraissait brûlant tant il brûlait et la force que j'y mettais pour transpercer Tyr de mes yeux me faisait presque mal. Il me paraissait si insignifiant que je pourrais l'écraser pour lui faire ravaler son mensonge. Son courage me semblait soudainement être une horrible chose dont il se servait pour me frapper : je peux t'accompagner ! Je peux te prêter mon courage ! Mais il n'avait rien d'autre que son cache-œil qui finalement, ne servait qu'à montrer ce que ce garçon était : un menteur qui se cachait.

Je sais que tu sais ! aurais-je aimé lui hurler de toute ma rage. Bien sûr qu'il savait. Je pourrais le traîner jusqu'à la volière pour lui rafraîchir les souvenirs, s'il le souhaitait. Depuis cet instant, j'avais su qu'il la connaissait comme il me connaissait.

La scène paraissait irréelle avec ces visages carmins qui me fixaient et son œil unique à lui qui ne me lâchait pas ; mais elle prit tout son sens quand le garçon se décida enfin à réagir. Je fis un pas en arrière pour le laisser parler, comme si la vérité qu'il allait m'asséner serait trop difficile à supporter ; il allait lever son bras pour me montrer Charlie.

« Bien sûr que je la connais, » dit-il simplement.

Voilà. Il l'avait dit. Il n'avait pas levé son bras mais il l'avait dit, il la connaissais. Alors il savait qui elle était.
Alors il était un menteur.
*Menteur !*. Ma bouche se tordit affreusement. Ma rage faisait bouillir mon sang et trembler mes membres ; mes pieds nus se surélevèrent légèrement du sol pour préparer le futur saut qui me ferait rentrer dans le garçon.

Tout mon corps était concentré sur lui ; lui que j'avais cru sincère et assez différent des Autres pour me servir à quelque chose. Mais il était là et il était aussi inutile que ces idiots d'amis qui le regardaient la bouche grande ouverte. Il s'approcha de moi et contre toute attente, mes pieds se posèrent au sol : je ne ferais rien. Dans ma gorge grossissait une boule que je craignais de comprendre. Je retins ma respiration affolée lorsque Tyr passa tout près de moi pour s'arrêter dans mon dos. Je sentais sa chaleur au travers ma robe, elle me caressait la peau et m'hurlait de m'éloigner de lui. Je tournai légèrement la tête pour que sa silhouette apparaisse à l'orée de mon regard ; une odeur de pin flottait autour de lui et je respirai doucement pour la faire entrer dans mon nez, puis dans mon corps, comme Papa me l'avait appris.

« Je suis là pour toi, Aelle, » souffla-t-il soudainement.

Les narines emplit de lui, je ne bougeais pas. Sa voix, si proche, prenait un autre ton, comme si elle contenait mille secrets qui m'étaient destinés à moi seule. Il me parlait comme il n'avait jamais parlé à personne d'autre ; était-ce cela que d'exister pour quelqu'un ? J'écoutai et j'avais l'impression de ne rien y comprendre. Et pourtant, chacun de ses mots étaient comme une nuée qui obscurcissait plus encore ma vision : menteur, vérité, justice. Il parlait bien. Il parlait beaucoup le garçon-aux-cheveux-carmins. Il parlait tellement, le menteur. Menteur !

Je fis volte-face brutalement, les mots dégueulant de ma bouche tordue :

« Tu dis rien ! » braillai-je avant de me taire.

Il avait disparu.
Je fis un pas en avant, puis un second. Il n'avait pas disparu, il était là, au bout de la salle, déjà si loin et pourtant toujours présent. Il était parti sans m'entendre et c'est comme s'il me jetait en pleine face : je ne t'écoute pas car tu as tort, et j'ai raison. Mais je savais pertinemment que sous ces belles paroles inutiles, Tyr était un Menteur.

« Menteur, » ahanai-je difficilement, la voix rendue rauque par la colère.

Près de moi, l'Ami immobile cria et sa voix entra en  résonance avec la mienne ; j'alpaguai Tyr du regard, espérant qu'il se retourne, qu'il s'arrête, qu'il revienne avec Charlie. Qu'il ne me laisse pas seule ici, sans voie, sans raison, sans but. Qu'il ne me laisse pas seule ici.

Mais il avait disparu.

Je me penchai vers l'avant, le souffle court, puis répondant à une impulsion, je donnai un coup de pied dans le banc de la table des Gryffondor en lâchant un : « Merlin ! » plein de rage. Mon pied hurla sa douleur et je fermai les yeux pour la ressentir avec plus de force. Pitoyable Tyr !

Noyée dans l'Océan si plein de Ramifications.