Grande salle

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Burning cauldron  PV 

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Ce RPG se déroule après l'aventure ci-dessus.


 
   Était-il possible de sentir le sang bouillonner dans chacune de ses veines ? Apparemment, oui. Kristen sentait chaque carrefour veineux palpiter sous sa peau et son cœur pomper tout ce sang à une vitesse frôlant la plus sincère extravagance. Les dents serrées, elle attendait. Sa mâchoire atrocement contractée lui faisait mal, mais cette douleur était un sceau qui lui permettait de ne pas laisser éclater sa colère. Elle regardait droit devant elle, se sentant désormais étrangère à ce qui se passait sous ses yeux. Elle se sentait profondément humiliée et n’avait qu’une envie : que toute cette cérémonie se termine au plus vite pour aller toucher deux mots à celle qui était la cause de tout ceci : Aelle Bristyle. Une gamine, une simple enfant, si petite, si rien-du-tout, qui avait souffleté d’un mot tout l’honneur de Poudlard.

    Mais sagement elle patienta. Kristen était incapable de prononcer le moindre mot, ou elle aurait explosé de rage. Il fallait pour le moment faire bonne figure et essayer de sauver les meubles. Quand tout cela prit fin, ses épaules s’élevèrent et s’affaissèrent au rythme dégénéré de sa respiration. Elle prit une inspiration plus profonde, souffla un bon coup et se leva sans rien dire. D’un pas rapide mais souple, elle se dirigea vers la table des Poufsouffle. Elle sentit d’abord quelques regards rivés sur elle, puis de plus en plus en fur et à mesure que la rumeur de son mouvement se répandait dans la grande salle. À cet instant, il était clair que personne n’aurait eu envie de se trouver à la place d’Aelle Bristyle.

    Elle ne dit toujours rien en la prenant d’une main ferme par le bras et en la faisant se lever. Elle ne dit rien non plus quand elles disparurent dans un tourbillon d’air distordu et se retrouvèrent à l’étage du dessous, dans un couloir désert du début des sous-sols. En regardant bien, on s’apercevait vite qu’on se trouvait à quelques mètres de l’entrée des cuisines, et donc de la salle commune de Poufsouffle. Aelle Bristyle pouvait bien vomir de ce transplanage, tourner de l’œil même, Kristen n’en aurait cure.

« Faites vos valises, dit-elle en indiquant l’entrée de la salle commune. »

C'est les matins comme ça qui m'font pleurer ~

Burning cauldron  PV 

En revenant vers la table des Jaunes, j'avais été heureuse d'enfin quitter l'estrade puante ; j'avais regardé ma place s'approcher avec avidité, sans faire attention ni aux autres ni à sa présence dans mon dos. Je m'étais assise et j'avais laissé éclater ma joie et mon exaspération.

A présent, je les sentais sur moi. Ils me perforaient de toute part. Devant moi, à mes côtés, dans mon dos. Même les étoiles qui planaient sur le plafond magique me tuaient de leur regard. Je gardais obstinément la tête baissée sur mon assiette car si je levais les yeux et que je tombais sur leur Regard, j'avais peur d'exploser de rire, ou peut-être colère. Regardez ailleurs, sales cons ! Regardez plutôt ces Chinois qui accusent sans raison ! Mais je ne disais rien parce que j'étais effrayé par l'atmosphère qui régnait dans la Grande Salle.
Je leur en voulais, à tous. Je leur en voulais car j'aurai aimé rire et sauter de joie : j'avais tellement crains de  devoir participer à cette mascarade. Maintenant je n'avais qu'une envie : me cacher de sa présence qui était plus effrayante que celles de tous les Autres ; Charlie.

Je n'avais toujours rien mangé et mon estomac avait reprit ses cris d'agonie. Je levai la tête en entendant les paroles des Autres se faire plus avides. Tous les Poufsouffles qui m'entouraient me jetaient des regards du coin de l’œil. Se pensaient-ils discrets ? J'affichai un sourire sur mon visage. C'était pourtant ma colère et mon dégoût que je voulais leur montrer, mais j'avais compris qu'afficher ma joie d'avoir été refusé par l'autre Idiot de Chinois serait bien plus destructeur. Effectivement, je m'amusai à voir le visage de cette brune se gonfler de colère ; elle allait parler et moi, j'allais lui parler de mon bonheur. Mais sa tête se tourna vers la table des professeurs et c'est trop tard que je me rendis compte que je l'avais imité.

Avant d'avoir une belle vue sur l'idiotie qui se déroulait là-bas, j'aperçus la tête blafarde d'Aodren. Tout au fond, assis au milieu de ses camarades Serpents. Sa tête se détachait des autres. Comme s'il était la seule personne que je devais voir. Mon sourire se fana sur mon visage et je lui lançai un regard noir à ce Con de frère. Sa tête toute blanche me montrait une grimace d'effroi et je ricanai en apercevant sa bouche grande ouverte. Mais il ignora mon regard tueur et me fit un signe de tête vers la droite.

A peine eus-je tourné la tête que la grande face de Loewy me sauta à la gueule. C'était la même tête qu'elle présentait à chaque fois que je l’apercevais ; une face d'adulte, sans dessin ni compréhension. Juste une putain de sale gueule plate et quand mes yeux croisèrent la foudre de son regard, je me souvins de ces paroles qu'elle m'avait adressé sur l'estrade puante. Mon esprit me hurla de m'éloigner mais je ne pus bouger. Un poids immense me tint assise sur le banc et mes poumons s'écrasèrent à l'intérieur de moi. Je ne pus rien faire quant elle enroula sa grande main autour de mon bras ; un étau puissant qui m'arracha un cri de douleur et un cri du cœur. *Me touche pas !*

« Qu'est-c'que v..., » gueulai-je avant que le monde ne s'effondre.

C'était comme cette fois où Maman m'avait obligé à dire au revoir à Gontag. Un regard qui m'enfonce dans le sol, une poigne puissante qui m'empêche de respirer, qui m'empêche de bouger. C'était comme avec Maman et mon cœur explosa de colère.

Le monde s'effaça avant de se mettre à tourner. Les regards goguenards des élèves disparurent pour laisser place à une ribambelle de couleurs et de flashs aveuglants ; mais la force qui me faisait tourbillonner était trop forte et je ne pus fermer les yeux. Lorsque le monde cessa de tourner et qu'un mur de pierre se dessina lentement devant mes yeux, je pris conscience que jamais la Main n'avait lâché mon bras qui criait de douleur. Elle le fit soudainement et alors la réalité du transplanage vint saluer mon corps.

Je m'effondrai par terre, les jambes tremblantes et douloureuses. Un haut-le-cœur me souleva l'estomac et je me penchai vers l'avant, la bouche ouverte pour évacuer ce qui voulait sortir. Mais rien ne s'échappa de mon corps. J'essuyai le filet de bave qui coula sur mon menton, les yeux fermés pour ne pas voir le sol trembler. Quelque part au fond de mon esprit, une Chose voulait me faire comprendre : c'est la Directrice, elle a transplané avec moi ! C'était grisant. Mais j'étais effrayé car une autre chose, plus forte celle-ci, gémissait de crainte.
J'ouvrai les yeux. Elle était devant moi, la grande sorcière à la face toute plate. Elle resplendissait dans toute sa splendeur noire. Il n'y avait que son étrange mèche blanche pour échapper au repas de haine auquel je semblais être convié.

Je me relevai rapidement, détestant me trouver à ses pieds. Je m'éloignai tout aussi vite, détestant me sentir étouffer par ce qui semblait suinter d'elle.

« Faites votre valise, » dit-t-elle soudainement et une vague de noirceur m'écrasa.

Je me recroquevillai, le cœur battant à tout rompre et la respiration coupée. Je tournai la tête dans la direction qu'elle m'avait montré et je remarquai que nous n'étions pas allé loin. La salle commune des Poufsouffles était juste ici.

Malgré la Main qui se serrait autour de ma gorge pour m'empêcher de parler, j'ouvrai la bouche :

« Qu... Quoi ? »

Ma voix trembla affreusement ; plus que mes jambes. Je m'éloignai encore de la sorcière, ne détachant pas mon regard d'elle. Je me rapprochai sans le vouloir de la salle commune, mais je préférais me tenir loin d'elle et de cette chaleur qu'elle irradiait.

Ma colère n'était qu'un animal blessé au fond de mon corps : jamais je n'avais été effrayé au point de ne pouvoir la laisser sortir.

« Qu'est-ce qu... Pourquoi j'ferais ma valise, c'est même pas les vacances ! » crachai-je en direction de l'Adulte-qui-ressemblait-à-Maman.

J'étais fière de moi. Malgré mon effroi que je ne saurai comprendre, j'avais pu faire vivre ma rage au travers mes mots. Je voulus sourire, parce qu'elle aussi elle allait détester cela, mais je ne pus que mener ma main à mon bras qui pulsait douloureusement. La crainte me faisait me sentir toute petite. Si petite que même debout, ainsi éloigné de la Colère qui me faisait face, je me sentais étouffer. J'étais inexistante. Comme si elle avait le pouvoir d'avaler tout ce que j'étais. Pour me faire disparaître, pour m'évincer parce que j'avais mis en colère un Chinois. Était-ce pour cela qu'elle s'en prenait à moi ?

Je reculai jusqu'à sentir le mur froid dans mon dos. Mon cœur battait de ma peur. Il m'étouffait. Et il allait m'étouffer jusqu'à me faire crever.

« Je crois que je vais Finir par pleurer, mais mes Larmes ne couleront pas. »

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La colère laissait peu à peu place à l’exaspération, puis viendrait la lassitude. Kristen était fatiguée des protestations, de cette gamine qui cherchait à comprendre au lieu de s’exécuter. Elle voulait que la soirée prenne fin au plus vite, et hop là on plie bagage – littéralement, en l’occurrence. Le ton que Bristyle employait ne plaisait toujours pas à Kristen, qui la voyait de plus en plus comme une petite sotte mal élevée. La directrice exhala sa lassitude dans un long soupir et approcha de l’enfant. Elle se pencha jusqu’à atteindre un peu plus que son niveau et souffla :

« Mais vous en avez, de la chance ! J’ai décidé que vous étiez en vacances, et ce jusqu’au mois de septembre prochain… »

Elle se redressa et prit un air impérieux en ajoutant :

« …au moins. »

Kristen saisit à nouveau la Poufsouffle par le bras et l’amena devant la pile de tonneaux qui indiquaient l’entrée de la salle commune des Jaune et Noir. Elle compta de l’index un certain nombre de tonneaux, s’arrêta sur l’un d’eux, compta à nouveau et toqua sur celui que son doigt avait désigné comme étant le bon. La salle s’ouvrit. Kristen lâcha l’Insolente et crut bon d’exprimer quelques précisions :

« Vous profiterez de votre dernière nuit à Poudlard. J’enverrai un message à vos parents et vous partirez dès demain par le train. Vous aurez le Poudlard Express pour vous seule... »

Elle plissa les yeux et conclut :

« C'est beaucoup d'honneur pour un si petit être, n'est-ce pas ? »

C'est les matins comme ça qui m'font pleurer ~

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Le mur était bien trop petit. J’avais beau m’arracher le dos sur ses dents de pierre, j’étais toujours trop proche de la Colère me faisant face. Ce couloir qui me voyait vivre chaque jour qui passait me paraissait soudainement trop étroit, trop emplit de sa présence étouffante. Elle m’enserrait les poumons et le coeur ; allait-elle m’agresser ?

Elle s’approcha et je rapetissai : si le mur ne voulait plus me protéger, le sol s’en occuperait. Mes jambes tremblantes se plièrent mais refusèrent de me laisser tomber. Une force cachée les aidait à tenir bon, à supporter le poids de mon corps mort de peur. Je pouvais la sentir vibrer dans ma poitrine. Pas dans mon coeur, lui était crispé par l’étouffement de la Sorcière. Non, elle provenait de mon ventre, de mes entrailles. C’était une force chaude et puissante, comme je pouvais la ressentir de temps à autre. Une force qui me donnait envie d’ouvrir grand la bouche pour dégueuler toute ma colère. Mais je ne pouvais rien faire d’autre que de subir la proximité dégoûtante de Loewy.

Quand elle parla, son souffle me balaya le nez et je plissai des yeux. Elle avait l’air d’une putain d’idiote à se pencher ainsi, n’est-ce pas ? Je détournai la tête pour ne pas voir ses yeux, ils me pétrifiaient sur place.

« Mais vous en avez, de la chance ! J’ai décidé que vous étiez en vacances, et ce jusqu’au mois de septembre prochain… »

Sa voix, une sorte de son glaçant et brûlant, peina à atteindre ma conscience. Il flotta autour de ma tête comme le faisait tous les autres sons depuis que j’avais été appelé sur l’estrade puante ; un horrible bourdonnement me plongeait dans une irréalité dérangeante. Mais si le son n’avait que peu de chance de se dessiner dans mon esprit, la compréhension elle, était si limpide que j’en tremblais plus fort encore. Bientôt, le bourdonnement s’effondra pour que ne reste qu’un mot, celui-ci plus clair que ne l’avait été tous les autres : septembre. Ce mot ne pouvait signifiait qu’une seule chose. *Septembre ?*

Mon coeur s’affola de trois lourds battements ; trois longs et et puissants coups qui me laissèrent chancelante. J’ouvrai la bouche, pour respirer ou pour crier, lorsque la Sorcière s’empara de mon bras. Encore. Sa poigne était aussi glaçante que l’était sa voix. Elle s’agrippa à moi et ne me lâcha plus. Je pouvais sentir que sa Force à elle ne provenait pas de ses entrailles mais de son coeur. Une Force mue par une colère injuste et pitoyable. Une colère qui n’avait aucun sens et dont je n’aurai jamais du être la victime. *Septembre*. Une colère qui ne pouvait avoir une telle conséquence.

Mon esprit brumeux sembla s’enfoncer dans un puit obscur à l’odeur nauséabonde. Quelque temps durant, la seule chose qui parvint à passer la barrière de mon brouillard fut ce mot *septembre* qui ne semblait vouloir me quitter. Il habitait mon coeur et mon âme, ce vaurien, et il me tenait emprisonné dans des liens qui semblaient intouchables.

C'est seulement lorsque je sentis mes jambes tremblantes céder sous l’appel de la gravité que je me rendis compte que Loewy m’avait lâchée. En m’affalant sur le sol, je reconnus sans mal la salle commune ; je crispai ma mâchoire à m’en faire grincer les dents. Je me relevai aussi tôt et je me retournai pour faire face à la Sorcière. Mon coeur battait à ton rompre dans ma poitrine, et mes poings s’étaient fermés douloureusement. Elle trônait dans cette salle avec grâce, mais elle n’y avait aucunement sa place. Et moi non plus, mais je n’avais aucune envie de comprendre ce qu’elle me disait. Pendant un temps, mon esprit miroita mon éventuel futur : moi, coincée pendant plus de six mois dans la Maison. Plus de temps qu’il n’en fallait pour que ses griffes se plantent dans mon coeur et ne me l’arrache. Un étrange son rauque s’échappa de ma gorge, je déglutis difficilement pour tenter de ravaler ma peur. J’aurai aimé ne ressentir que de la colère. Comme Loewy. Ouais, comme Loewy j’aurai aimé puer la rage.  Mais j’étais terrifié, par Merlin, et c’est sur le ton de la peur que parla ma voix lorsqu’enfin je pus ouvrir la bouche :

« Vous n’pouvez pas faire ça ! »

Je m’étais reculée et j’avais percutée un quelconque fauteuil. Je serais tombée si ma main ne s’était pas crispée sur l’accoudoir. Je voulais m’éloigner de cette aura dangereuse qui me faisait mal au coeur.

« C’est pas possible que vous m’virez jusqu’en septembre, j’ai rien fait !  » ahanai-je en essayant en vain de faire transparaitre ma colère. « J’ai rien fait !  » répétai-je. Et cette fois-ci, ma voix s’échappa avec plus de force du gouffre sombre qu’était ma bouche et s’envola dans les hauteurs de la salle commune.

Alors que je faisais face à la Directrice, le corps horrifié et les mots tremblants, je pris conscience que retourner au Domaine signifierait mettre mes parents au courant. Et si l’idée de les décevoir ne m’importait aucunement, je pouvais cependant me douter quelle serait leur réaction. Mon coeur déjà bien mort se momifia et à mon plus grand désarroi, un océan d’eau s’infiltra dans mes yeux.

« J’reste ici !  » lançai-je à l’autre Sorcière-qui-foudroyait-n’importe-qui.

Je me laissai aller contre le dossier du fauteuil. Mon corps voulu s'effondrer et pour rien au monde je l’aurai laissé faire devant la Chose qui se tenait face à moi.

« Je crois que je vais Finir par pleurer, mais mes Larmes ne couleront pas. »

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Kristen scrutait le moindre geste de l’enfant, le moindre mouvement de faiblesse, de peur, et, loin d’en éprouver la moindre satisfaction morbide, en était dégoûtée. C’est que cette peur faisait durer l’affaire, et Kristen n’avait pas envie d’y passer la nuit. Ses yeux bleus percèrent la gamine figée contre son fauteuil, ce petit chiot qui aboyait fort, la queue toute retroussée entre les jambes. La directrice émit un son empli de dédain, sortit sa baguette et visa les pieds de l’enfant.

« Si telle est votre volonté. »

La baguette de la directrice siffla et un jet incolore se dirigea vers les chaussures de la gamine qui avait tout fait rater. Le temps que l’impertinente comprenne qu’elle ne pourrait plus faire un pas serait certainement considérable, et Kristen s’imaginait que le temps qu’il lui faudrait pour comprendre qu’elle pouvait enlever ses chaussures serait interminable – cet enfant ne devait pas avoir autre chose que de la purée de petit-pois dans le crâne. Kristen se dirigea rapidement vers le dortoir des filles de Poufsouffle. Ses radars firent le tour de la pièce. Elle ne se soucia pas des vêtements en boule dans un coin du dortoir, pas plus que du doudou qui trônait, fier, sur l’oreiller de telle élève, ou que des papiers d’emballage de chocogrenouilles qu’elle remarquait dépassant de sous un lit. Elle pointa sa baguette au centre de la pièce, murmura une incantation, et la valise d’Aelle Bristyle racla le sol jusqu’aux pieds de la directrice. Elle agita à nouveau sa baguette et plusieurs affaires volèrent dans la salle pour aller se ranger, mal pliées en raison de l’impatience et de l’exaspération de Kristen, dans la valise de la fillette. Quand plus rien ne vola, elle referma la valise d’un nouveau geste et attrapa la valise par la poignée. L’opération avait été extrêmement rapide.

Kristen revint dans le petit salon et posa la valise aux pieds de l’enfant.

« Et dire que je voulais vous ménager, vous permettre de dire au revoir à vos camarades et à l’école… malgré la honte que vous m’avez fait subir, malgré votre impertinence qui a mis en péril les chances d’une relation privilégiée entre deux écoles du monde magique… »

Sa tête fit un mouvement vers l’arrière, comme par dégoût.

« Comment pourriez-vous comprendre, vous qui ne voyez pas plus loin que le bout de votre minuscule nez ? »

Un soupir, et elle conclut :

« Apprenez à être avant d’apprendre à être une sorcière. »

La directrice ferma les yeux un instant, soupira longuement et leva à nouveau sa baguette. Elle pensa à l’image de sa Paix, prononça la formule, et un loup argenté apparut au milieu de la salle commune de Poufsouffle.


Évitez l'abondance de vulgarités de vos écrits. Elles sont moins pénalisées dans les RP que dans les Flood où elles sont tout simplement interdites, car nous comprenons que cela puisse faire partie du style, mais il reste peu utile d'en abuser.

C'est les matins comme ça qui m'font pleurer ~

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Mon règne allait prendre fin. Je pouvais le sentir jusqu’au bout de mes cils plein de larmes. Je sentais ma couronne vaciller au rythme de ma peur et bientôt, je m’effondrerai, réduite en cendres par ma propre grandeur.

La femme qui me faisait face n’avait rien d’exceptionnel - si ce n’est son horrible mèche blanche. Elle n’était qu’une femme. Je voulais la comparer à une autre pour savoir s’il était normal qu’elle soit telle quelle, mais mon unique comparaison de femme était Maman. Cette sorcière colérique n’avait rien à voir avec elle. Maman était comme un glacier quand elle était en colère : une surface gelée sur laquelle nous ne pouvions que glisser. Insensible aux mots. Douce comme le froid. Calme comme l’hiver. Loewy, elle, était étouffante et effrayante. Méchante et injuste. L’un de ces adultes qui hurlent sans expliquer, qui prennent plaisir à battre. Oh oui, cette femme-là prenait du plaisir. Derrière sa force brute il y avait un lac de joie. Derrière la mienne, un océan de haine.

Le sortilège frappa sans prévenir. Un éclat brillant s’échappa de la baguette que je n’avais pas aperçu jusqu’ici et frappa mes pieds.  J’attendis une douleur quelconque, une brûlure ou peut-être même un brouillard de sang. Mais mon corps ne sentit rien d’autre qu’une immobilité sans douleur et sans couleur. Rendue statue, je m’échappai de ma contemplation larmoyante pour baisser la tête sur mes pieds, une grimace déformant mes traits. Je secouai mon genou gauche. Il tremblota lamentablement sous ma hanche mais ne se leva pas. Le droit agit d’une manière semblable, il bougea seulement avec plus de force, comme pour me narguer quand je compris qu’il ne se lèverait pas non plus. Un râle d’effroi m’échappa. Je levai la tête, me résignant à montrer toute ma peur à Loewy, mais mon regard ne rencontra que du vide. Elle avait disparu et mon râle se transforma en un cri blafard qui ne pu exprimer toute ma colère cachée :

« Ah ! » fis-je en frappant le fauteuil du plat de ma main. L’abruti jaune ne bougea pas non plus.

Il m’était aisée de savoir où la Femme-en-colère était partie : dans les dortoirs, pour toucher à ce qui m’appartenait. Pour faire ce qu’aucun n’avait jamais osé faire. Même Papa n’agissait pas ainsi, puisque lui savait me respecter.  *Papa...*. Mon coeur s’arracha soudainement de son socle pour s’affaler sur mes entrailles : Papa et Maman, je ne pouvais les revoirs, pas maintenant ! *Septembre*. Voilà ce qu’elle avait dit. Septembre. C’était impossible.
La Peur, qui en l’absence de Loewy s’était amoindrie, se réveilla. Je gémis en agitant mes jambes avec plus de force, l’espoir de me libérer effaçant les larmes dans mes yeux.

Elle m’avait lancé un sortilège ! Elle l’adulte, à moi l’enfant. J’étais certaine que ce n’était pas autorisé. Mais je me foutais des lois. Tout ce que je savais, c’est qu’elle m’avait lancé un sortilège et que j’avais réagi comme une idiote de moldue à ne pas y avoir pensé avant elle. Le fait qu’elle ait près de quatre fois mon expérience en matière de magie n’excusait en rien cette erreur.

Je tendis une oreille vers les dortoirs et je fourrai ma main dans ma poche pour en extraire ma baguette magique. Avec elle, je me sentai plus forte, prête à me défendre et à retrouver mes droits.
Elle pendait au bout de mon bras, tout contre ma jambe immobile, lorsque Loewy réapparut. Cette dernière déposa avec toute la vulgarité que lui permettait sa Colère ma valise devant moi. Celle-ci était gonflée comme un bourgeon et elle tomba sur le côté en un bruit qui ne résonna ni dans la pièce ni dans ma tête. J’étais bien trop occupé à aviser l’Autre sorcière pour l'entendre. Et j’étais bien trop obsédé par mon coeur déchiqueté de colère qui ramollissait peu à peu dans ma poitrine. J’haletai pour essayer de garder ma force en sentant la peur s’installer dans mon corps. Encore. C’est que Loewy avait un regard glaçant d’une lourdeur certaine. Voulait-il me faire disparaître ?

Le pouvoir de Loewy agit d’un traître coup. La femme se planta face à moi, toute noire, et sa voix flippante me secoua une nouvelle fois. Elle dit beaucoup de chose et je n’en retint que peu, occupée comme je l’étais à me battre avec le souffle de crainte qui gambadait sur ma chair. Mon dos se glaça d’abord, puis mon cou et enfin mon crâne. Une peur qui m’immobilisa autant que le sortilège qui gardait mes pieds enfermés.
J’étais totalement coincé dans mon corps lorsqu’elle acheva son discours en prenant la pose de celle qui songe, yeux fermés et l’air concentré. J’aimais croire que j’avais gardé tout mon contrôle en n’ayant écouté aucun de ses mots de feu, mais sa voix crissait dans mon esprit et j’aurai voulu me secouer dans tous les sens pour lui renvoyer mon immobilité dans la gueule. Elle qui me parlait de honte et d'impertinence, se voyait-elle en train de me traiter comme un elfe de maison ? Et pourquoi, disait-elle, pour la honte. Mais je n’avais pas honte d’avoir dit à l’autre Chinois ce qu’il était. Qu’elle me laisse profiter de la liberté qu’il m’avait rendue !

C’est à peine si je remarquai le Patronus qui m'éblouit en apparaissant non loin de moi.

« Libérez-moi, » grinçai-je difficilement.

Je me maudis de ne pas réussir à la regarder dans les yeux.

« Je crois que je vais Finir par pleurer, mais mes Larmes ne couleront pas. »

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Kristen fit claquer sa langue contre son palais et libéra la fillette du sortilège d’un coup de baguette. Elle dit à son Patronus, qui s’était sagement assis ses pattes arrières :

« Dis aux parents de Mademoiselle Bristyle qu’à compter de ce soir et jusqu’au moins de septembre au moins, elle est renvoyée de l’école pour comportement inapproprié, insolence et mise en péril de relations internationales de la plus haute importance. Je leur enverrai un courrier complet dans la semaine, pour les détails en tous genres, mais leur fille ne dormira pas au château ce soir. Je la ramène chez elle. Nous passerons par le réseau des cheminées. »

Il est vrai que Kristen Loewy avait souvent tendance à mettre les autres devant le fait accompli, et que c'était parfois... surprenant. En fait, elle s'imaginait qu'elle n'avait besoin de la bénédiction de personne pour prendre des décisions.

Un nouveau mouvement, et le loup d’argent se leva, vaporeux, courut à travers la pièce et disparut. Elle se concentra ensuite sur le dossier d’Aelle Bristyle, que sa fonction lui rendait relativement accessible, et prononça la formule : « Apareceris. » Une petite pochette en carton blanc cassé, qui ne payait pas de mine, apparut dans sa main. Sur la première page, il y avait plusieurs informations sur l’élève : date de naissance, statut, statut des parents, adresse. Les parents de Bristyle étant bel et bien des sorciers, il serait plus facile de leur ramener leur fille via le réseau des cheminées : une très grande majorité des foyers était reliée au réseau, pour que les résidents puissent se rendre sur leur lieu de travail, par exemple. Le plus long serait d’emmener la gamine jusqu’à une cheminée reliée, ici, car toutes celles de Poudlard étaient condamnées – Kristen faisait de son école une véritable forteresse. Même Hagrid, le garde-chasse qui se faisait vieux, s’était fait bloquer sa cheminée : Kristen lui avait dit d’aller jusqu’à Pré-au-Lard, ou bien elle déplacerait sa cabane hors du domaine et des protections… Ce qui, sur le moment, n’avait pas tellement plu au demi-géant.

La directrice prit la main d’Aelle de sa main valide et fit apparaître deux pattes de canard à sa valise pour que celle-ci les suive.

« On y va, dit-elle. »

Elle traîna la gamine hors de sa salle commune. De temps en temps, elle trouvait que le trajet n’allait pas assez vite, alors elle serrait Aelle contre elle, l’entourait de ses bras et s’avançait de quelques dizaines de mètres – comme par magie. Elle reprenait ensuite sa course terrible, la valise à pattes de canard faisant des bonds absurdes derrière elles deux, pour rattraper son retard. La gamine pleurait, se débattait, mais Kristen continuait de la traîner jusqu’à Pré-au-Lard.

Arrivées devant la Tête de Sanglier, Kristen toqua à la porte. Voir la directrice avec une gamine gigotant et pleurant au bout du bras devait avoir un côté comique. À cette heure-ci, dans cette auberge miteuse, il n’y avait que quelques sorciers bizarres. Kristen traça sa route, fit un signe de tête entendu à l’aubergiste et se dirigea vers la cheminée. Elle jeta un dernier coup d’œil au dossier Bristyle et mémorisa l’adresse.

Kristen prit de la poudre de cheminette dans la main qui ne tenait pas Aelle et la lança dans l’âtre. La valise sur pattes de canard arrivait au même moment dans l’auberge, toujours en retard. Elle sauta, pattes palmées en avant, dans la cheminée. Kristen y entra également, tira l’enfant par le bras, la serra contre elle et l’enveloppa pour que rien ne dépasse et ainsi éviter les accidents, attrapa la valise et prononça l’adresse de la demeure des Bristyle.

Un éclair, des images floues de centaines de familles de sorciers dans leur salon, et l’atterrissage.

« Bonsoir, dit-elle en s'essuyant les pieds à la sortie de l'âtre, Aelle au bout des doigts. »

C'est les matins comme ça qui m'font pleurer ~

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PDV ZILE ET NATANAÊL BRISTYLE

Il n’y avait d’instant plus paisible que celui qui est en train de se dérouler dans le salon du Domaine Bristyle. Ce lieu, à l’abri des affres du temps de l’hiver et des remous du monde, pulse lentement au rythme de la vie de ses habitants. Ce jour-là, il ne sont que deux. Un père et son fils qui se fondent dans la masse bienveillante d’une soirée d’hiver, au son d’un rock sorcier endiablé.

Zile remonte tout juste du sous-sol, un lourd carton encombrant ses mains. L’effort ne peut se lire sur son visage tant l’homme remue au rythme de la musique. Mais quand le Patronus apparaît sur la table en bois où s’étale quantité de copies et de fioles, l’air lui-même s’en trouve troublé. Les cris et les instruments courent avidement autour de Zile. L’homme s’est stoppé au beau milieu du salon et il regarde le loup de lumière qui l’ébloui. Il reconnaît un Patronus mais pas sa provenance ; lorsque la voix féminine se fait entendre, un faible son sort de sa bouche et se perd dans la musique qui résonne encore à ses oreilles. Les mots peinent à se suivrent et à former une phrase cohérente dans son esprit.

« P’pa ? P’pa, c’est la voix du Professeur Loewy… Qu’est-ce qu’il se passe ? »

La voix de son fils s’élève devant lui et il lève les yeux pour le regarder. Le jeune homme fixe le loup d’un air mal assuré et sursaute lorsque celui-ci disparaît. Zile aimerait lui répondre, le rassurer et lui dire de ne pas s’en faire. Mais il y a de quoi s’en faire et il sent son sang bouillir dans ses veines.

Lorsque la cheminée dégueule ses prisonniers, Zile ne tressaille pas, contrairement à Natanaël. Il se retourne et jette à peine un regard au Professeur Loewy. Il n’a d’yeux que pour sa petite fille qui tremble de tout son corps au bras de cette femme qu’il rencontre pour la première fois. L’enfant arrache sa main de la poigne de cette dernière et ne bouge plus. Le souffle de Zile se bloque dans sa poitrine et il détourne les yeux, tentant d’anéantir son instinct qui lui hurle de protéger son enfant de cette femme. Le père comprend à cet instant que le message disait vrai : Aelle s’était faite renvoyée et la voilà à présent face à lui. Et elle le serait pour les six prochains mois.

Un battement de cil plus tard, Zile réagit. Il pose son carton sur la grande table et s’approche lentement de l’étrange couple. Il contourne le canapé, regarde Aelle mais détourne rapidement les yeux de son visage bouleversé. Il se campe devant Kristen Loewy, l’observe de son regard franc et lui tend la main :

« Miss Loewy, bienvenue au Domaine. Zile Bristyle, son père, dit-il en désignant Aelle d’un geste du menton. Puis, en regardant son fils qui était resté derrière lui : voici Natanaël, l’un de ses grand-frères. »

Si sa voix ne montre en aucun cas son bouleversement intérieur, son visage lui, exprime parfaitement son inquiétude : ses yeux noirs brillent et ses épais sourcils froncés assombrissent son visage auparavant si heureux. L’homme grimace soudainement et éteint d’un coup de baguette la musique assourdissante qui continuait d’hurler dans le salon. Il s’excuse auprès de son invitée qui n’en était pas une pour le dérangement avant de se pencher vers Aelle, posant un genou au sol pour être à sa hauteur. Sous ses yeux, l’enfant semble pleurer avec plus d’ardeur encore. Ses fins cheveux châtains sont désordonnés et son visage pâle brille de larmes et de rougeurs. Zile soupire. Il lève la main vers sa fille avant de la laisser retomber.

« Aelle, bienvenue à toi aussi, » dit-il d’une voix douce. Il laisse un silence planer, se fustigeant de ne pas réussir à sourire à sa fille. « File en haut, veux-tu ? Natanaël va venir avec toi. »

Il se relève difficilement et jette un regard entendu au jeune homme blafard qui est resté près de l’escalier. Ce dernier grimace et son père s’en veut de lui imposer cette épreuve. Mais Natanaël n’attend pas que son père insiste. Il arrive près de l'âtre et s’empare de la valise de sa soeur d’une main. L’autre, il l’a tend à Loewy en la gratifiant d’un signe de tête respectueux. Il se rappelle très bien d’elle.

« Viens Aelle, » dit-il d’une voix tremblante.

L’enfant avait déjà été beaucoup de chose et Natanaël l’avait vu dans de nombreux états différents, mais aujourd’hui elle semblait s’être transformé en une chose pitoyable et larmoyante qu’il peine à reconnaître.
Il attend, craignant que sa soeur ne le suive pas mais cette dernière se dirige vers les escaliers en trébuchant. Après avoir lancé un regard incertain vers la femme, Natanaël la suit en tirant derrière lui la valise aux pattes de canard. 

Le frère et la soeur allaient disparaître dans l’ombre des étages quand la voix de Zile s’éleve dans leur dos.

« Attends, Aelle. » Les deux s’arrêtent, le premier se retournant et la seconde s'immobilisant, le pied sur la première marche. « Je t’ai déjà dis de ne pas partir ainsi. Salue ta directrice et remercie-la de s’être déplacé. »

Son ton est froid et son visage colérique. Son regard est sans appel : il est hors de question que la directrice, déjà bafouée, le soit plus encore par la faute de son propre sang. Il n’admettait aucun irrespect de la part de ses enfants.

Aelle se retourne. Elle efface enfin ses larmes du revers de sa manche et le regard qu’elle lève sur Loewy est habité par tant de colère que Natanaël grogne tout près d’elle. L’enfant hésite d’abord, ouvrant la bouche et la refermant. Finalement, elle baisse la tête sur son corps tremblant.

« Au r’voir, dit-elle la mâchoire crispée. Et… »

Elle hésite encore, sa voix grave se brise. Puis rapidement, elle se détourne et s’élance dans les escaliers. Ses pas résonnent dans le salon silencieux.

« Je m’en occupe, marmonne Natanaël qui a l’air de celui qui ne voulait pas s’en occuper. Madame, rajoute-il à l’intention de la directrice. »

Il disparaît à la suite de sa soeur et enfin, Zile peut se retourner vers la directrice en soupirant. Il passe une main dans ses boucles grisonnantes, la détresse se lisant sur ses traits.

« Je… J’ai bien reçu votre Patronus mais… Auriez-vous un instant à m’accorder ? Je crains ne pas avoir bien cerné le problème. Que s’est-il passé ? Ma fille ne peut pas être renvoyée de Poudlard sans une très bonne raison. »

L’homme ne sait que ressentir. La colère de comprendre que le comportement de sa fille s’empire, l’inquiétude de voir que cette femme agit sur la vie de son enfant, ou la peur de ne pouvoir venir en aide à Aelle qui transpire de mal-être.
Il baisse son regard hanté sur le plancher avant de s’approcher de la table qui trône au milieu du salon. Il écarte une chaise et la propose à la femme. Il s’assoit ensuite de l’autre côté, reconnaissant intérieurement le besoin de reposer son corps troublé. D’un coup de baguette, une théière en fonte bleu nuit apparaît sur la table, accompagnée de deux tasses fumantes.

Son regard se perd sur le plafond. Sa petite fille est rentrée à la maison mais il aurait aimé que cela ne soit pas le cas.

« Je crois que je vais Finir par pleurer, mais mes Larmes ne couleront pas. »

Burning cauldron  PV 

    Kristen n’avait même pas fait attention à cette chanson qu’elle aimait bien, trop concentrée sur ce qu’elle était en train de faire – elle trouvait ça si étrange, d’être là, dans le salon de parents d’élève, quand elle aurait dû profiter de la soirée après la cérémonie avec ses invités. Elle se demanda pourquoi les règles qui font l’univers avaient tourné dans ce sens, pourquoi cette suite d’actions l’avait menée là, dans le salon des Bristyle, un soir où elle aurait dû être à Poudlard, à dire à Aude qu’elle était décidément bien contente de son coup.

    La directrice de Poudlard salua le père de son élève avec beaucoup de politesse et de distinction, de même que son frère, Natanaël. Elle inclina doucement la tête, serra la main du paternel et dit quelque chose d’absurde, de totalement invraisemblable, du genre que c’était bien de les rencontrer ; or ce n’était pas bien du tout. Elle épousseta son vêtement d’un geste et fit attention à ce qu’aucune poussière ne vienne salir la pièce.

    Cela n’a pas l’air d’avoir de l’importance pour la suite de l’histoire, car les conséquences sont ce qu’elles sont, mais Kristen remarqua rapidement que cet homme, Zile Bristyle, avait l’air d’être un père correct. Un parent peut-être (sans doute) plus correct qu’elle ne l’était elle-même, et ça ne l’empêchait pourtant pas d’échouer de la même façon.

    Une autre poignée de main, au frère cette fois, qu’elle n’était pas bien sûre d’avoir eu en classe de Défense contre les Forces du Mal lorsqu’elle l’enseignait encore à Poudlard. Kristen sentit une sorte d’hostilité à son égard. Peu importe, elle avait l’habitude - et si elle l'avait bien eu comme élève, cette hostilité était compréhensible ; Kristen n'avait pas une très bonne réputation en tant que professeur, d'autant plus faisant passer les A.S.P.I.C.

   La gamine s’éloigna comme une petite souris fuyant un chat. Le père prouva une fois de plus qu’il était quelqu’un de bien – c’est ainsi qu’on appelle cette catégorie de gens qui font de leur mieux, contre l’autre catégorie d’êtres humains, celle qui se laisse glisser, peu importe si la pente mène aux enfers. Le passage d’une catégorie à l’autre est possible, et plus facile dans un sens que dans l’autre. La gamine n’obéit pas à son père, mais Kristen ne s’en formalisa pas : elle se fichait royalement qu’on la remercie pour le déplacement.

    Le père, très courtois, invita Kristen à s’asseoir. Elle hésita d’abord, et finit par accepter cette chaise, tout en répondant :

« Monsieur, je ne souhaite pas m’attarder. Ma présence est requise à Poudlard, d’autant plus après la… la honte qu’a fait tomber votre fille sur mon école. »

    Elle n’était pas du tout décidée à toucher au thé offert par Zile Bristyle, bien qu’elle trouvât l’attention tout à fait charmante et à son goût – elle aurait fait pareil. La présence d'un adulte qui lui semblait civilisé la calmait progressivement.

« Vous aurez certainement appris l’arrivée d’une délégation de sorciers chinois, de l’école Zhuangyán, à Poudlard. Nos deux écoles ont décidé d’organiser une compétition en binômes afin de resserrer les liens entre sorciers de différents continents. Votre fille a eu l’immense honneur d’être choisie par l’un des jeunes chinois pour participer à ses côtés à cette compétition. Seuls trois élèves pouvaient être sélectionnés. »

    La directrice de l'école de sorcellerie haussa légèrement le menton, plus par habitude de vie que pour exprimer quoi que ce soit, et croisa les jambes.

« Cependant, votre fille a aussi eu l’ingénieuse idée d’insulter le garçon qui l’avait choisie devant l’ensemble de l’école. Je n’explique pas ce comportement. J’ai connu votre fille l’année dernière. Pour être honnête, je l’avais trouvée brillante. Peut-être même un peu trop.  »

    Kristen n'était pas sûre d'avoir déjà eu de conversation si intéressante avec une enfant de onze ans que celle qu'elle avait eu avec Aelle Bristyle, des mois plus tôt. Et puis, il lui avait semblé qu'Aelle avait changé, déjà au moment où l'enfant assistait aux quelques cours qu'elle donnait concernant les magies du monde. Kristen fronça les sourcils et poursuivit ses explications :

« Vous comprendrez, Monsieur, que seule une décision forte pouvait laver le déshonneur qui pesait sur mon école. Garder votre fille à Poudlard n’aurait fait que le renforcer. »

    Kristen décroisa les jambes.

« Par ailleurs, comme je l’ai dit à Aelle, j’estime qu’il lui faut apprendre à être avant d’envisager d’apprendre à être une sorcière. Il me semble qu’il y a en elle quelque chose de trouble que seule sa famille pourrait éclaircir. »

C'est les matins comme ça qui m'font pleurer ~

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PDV Zile Bristyle



Zile a du respect pour cette femme qui pourtant, lui a ramené sa gosse comme si elle déposait un colis encombrant. Seul son sang-froid lui permet de retenir le rouge qui manque d'habiller ses joues ; la honte veut le marquer lui aussi. L'idée que sa fille ait pu avoir un comportement déplacé à l'école et que cela lui porte préjudice lui semble insurmontable. Comme si sa fille venait de gâcher le restant de ses jours pour une erreur d'enfant. Alors il retient le rouge qui veut lui monter au visage, car il ne veut pas montrer qu'en son fort intérieur il est mortifié.  Zile est respectueux mais le mot honte que la directrice use à l'encontre d'Aelle le fait grimacer et cette expression-là, il ne l'empêche pas de déformer ses traits. La voix de la femme semble contenir une colère qu'il ne peut que comprendre mais qui lui semble déplacée. L'agacement l'habite également. Il enflamme son cœur mais à aucun instant ne peut se voir dans sa posture ou sur son visage. Il écoute attentivement, ne pouvant s'empêcher de visualiser dans son esprit sa fille et le comportement déplorable qu'elle avait eu lors des vacances de Noël et d'été.

L'homme s'empare de sa tasse de thé. Il enroule ses doigts autour de la porcelaine pour se réchauffer. Une boule énorme grossit dans sa gorge et il lutte pour ne pas interrompre Kristen Loewy. Sa seule réaction arrive à l'instant où il apprend qu'un Chinois, dont la magie devait être aussi exceptionnelle que celle de ses confrères, a choisit Aelle pour être sa partenaire. La fierté remplace la colère et ses yeux se font brillants.

Zile Bristyle a toujours su que son unique fille était particulière. Il connaissait sa solitude aussi bien qu'il voyait ses facilités et la réussite de tout ce qu'elle entreprenait. Il est fier que sa petite fille brille devant son école. Il est fier jusqu'à l'instant où il se rappelle sa présence à l'étage ; comme pour accompagner sa pensée, un coup s'échappe soudain du plafond et il jeta un regard gêné à la femme. Il craint que Natanaël ne puisse gérer la crise d'Aelle. Sa fierté s'échoue plus bas encore et il soupire. 

« Je comprends », dit-il quand la femme se tait.

Il comprend et se déteste de l'avouer ainsi. Il se dit qu'un père doit défendre sa fille mais cette pensée ne subsiste que peu de temps : Aelle devait être punie pour ce qu'elle avait fait. Lui aussi a honte. Honte que son éducation n'ai pas suffit à empêcher sa fille d'insulter un invité officiel de son école.

« Je ne sais pas pourquoi..., commence-t-il, mais dès le premier retour d'Aelle l'an dernier, son comportement avait changé. »

La voix de Zile se fait songeuse. Il se rappelle les silences et les coups. Il se souvient d'Aodren et alors il acquiesce comme s'il répondait à une question que lui seul entendait.

« Peu importe. Aelle est une enfant fragile qui cherche à ne pas l'être. Elle a été prise en charge et elle continuera à l'être. »

C'était une belle façon d'annoncer que sa fille voyait un professionnel. Ce n'était certainement pas la première fois que l'on disait d'Aelle qu'elle avait quelque chose de trouble. Mais entendre une nouvelle fois qu'il avait échoué à rendre heureux son dernier enfant réveillait une crainte qu'il pensait avoir enfouit depuis longtemps.
N'en pouvant plus de faire face à cette femme et aux vérités qu'elle amenait, Zile se lève avec un sourire d'excuse. Les bras croisés sur son torse, il se place devant la fenêtre. Derrière les carreaux, la nuit est sombre et profonde mais il devine la présence de la cour et des champs.

« J'enverrai un hibou d'excuse au responsable de la délégation de Zhuangyàn, Madame. Ce n'est certainement pas à vous ni à votre école de porter la responsabilité du mauvais comportement de notre fille. »

Arya n'acceptera jamais, songe Zile en se frottant le visage. Il repousse cette pensée en secouant la tête. Peu importe ce que sa femme en pense. Certaines choses devaient être faites. Il se tourne vers Loewy et l'observe un instant. Il se surprend à chercher une trace de colère sur ce corps étranger mais il ne trouve rien. Ni tressaillement ni grimace. Rien.

« Je m'excuse une nouvelle fois. Je ne peux qu'espérer  qu'Aelle saura redevenir l'enfant brillante qu'elle a toujours été... Pardon, » s'interrompt Zile. Il vient de remarquer que la femme n'a pas touché à sa tasse et il se maudit pour son oubli : « Peut-être souhaitez-vous un peu de lait ou de sucre dans votre thé ? J'ai complètement oublié de vous en proposer. »

Sans attendre de réponse, il secoue sa baguette et marmonne un sortilège. Sur sa droite commence à s'affairer sucrier et pichet de lait dans la cuisine. Quelques instants plus tard ces derniers voltigent par-dessus le bar et viennent se poser en douceur près de la femme.

« Aelle pourra-t-elle valider sa seconde année ? Demande-t-il abruptement. Son erreur ne doit pas pénaliser son apprentissage. »

« Je crois que je vais Finir par pleurer, mais mes Larmes ne couleront pas. »

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  Elle se surprit à chercher dans sa mémoire une explication plausible au trouble d’Aelle : qu’est-ce qui avait pu arriver, l’an dernier, qui aurait tant affecté la jeune fille ? Le cerveau de Kristen eut beau surchauffer par habitude, il ne trouva pas d’élément qui puisse expliquer ce changement soudain ; ce devait être quelque chose de très personnel. Kristen fut presque prise d’une once de remords : au lieu de punir, n'aurait-elle pas dû venir en aide à cette gamine mal dans sa peau ? Lui demander ce qui n’allait pas, tout simplement l’accompagner et l’aider à surmonter ces épreuves ? Elle aurait pu, si elle avait été quelqu’un d’autre, mais sur le moment cela ne lui avait pas seulement paru absurde : elle n’avait même pas pris en compte l’existence de cette possibilité. Elle s’en était tenue à ce vieux crédo : action, réaction, et avait puni l’enfant. Elle avait traité les conséquences sans se soucier des causes. Elle fixa le père du regard et se rassura bêtement en pensant qu’après tout, ce n’était pas son rôle.

   Kristen comprit tout de suite ce que Zile Bristyle entendait par « prise en charge ». Owen aussi avait été « pris en charge ». Le cœur de mère de Kristen surgissait des méandres de ses artères bouchées par une colère aveugle et se sentait une profonde sympathie, mêlée de compassion, envers ce père qui voulait faire de son mieux, mais dont « le mieux » n’était jamais suffisant.

   Par politesse, Kristen mit un demi-sucre dans son thé – elle ne le sucrait pas, mais il lui fallait bien une excuse pour ne pas y avoir touché avant. Elle y trempa ses lèvres et reposa la tasse.

« Merci pour votre délicatesse, Monsieur Bristyle, dit-elle avec un sourire à moitié désolé sur les lèvres. Aelle s’en sortira, avec un père tel que vous. »

   Cet homme avait un côté émouvant que Kristen Loewy ne pouvait négliger. Elle avait de la peine pour lui, car il était à ses yeux totalement improbable que d’un père comme ça, naisse une fille comme Aelle. Il devait y avoir un élément extérieur au petit cercle de la famille qui avait mis un caillou dans le rouage.

« Concernant son apprentissage, elle a la chance d’être issue d’une famille de sorciers. Si elle a le niveau pour entrer en troisième année en septembre prochain, il n’y aura pas de problème. En revanche, il va de soi qu’elle devra travailler dur la théorie le temps qu’elle restera ici. »

   Elle se leva doucement, peu à l’aise à l’idée d’être la seule à être assise alors qu’elle n’était pas chez elle.

« Je pourrais éventuellement demander une dérogation pour la pratique, à condition que l’usage de sa magie soit rigoureusement encadré par un adulte. »

   Son regard était sévère quand elle ajouta :

« C’est là tout ce que Poudlard pourra faire pour elle le temps de son renvoi. Son retour à l'école dépendra également de son attitude quant à ce geste. »

C'est les matins comme ça qui m'font pleurer ~

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Pdv Zile Bristyle


Sa main est plongée dans sa poche et trifouille le morceau de parchemin qu'il y avait fourré il y a à peine une heure, lorsque ses pensées concernant sa fille étaient beaucoup moins fortes et présentes. Zile plie le morceau entre ses doigts, le fait passer sous son ongle et le plie à nouveau. Quand la femme attrape un demi-sucre et trempe ses lèvres dans le thé, il froisse le parchemin et ôte sa main de sa poche. Il croise, encore, les bras sur son torse pour ne plus laisser ses membres bouger sans contrôle.

Au fond de lui, il s'imagine l'échec de sa fille et son impossibilité à reprendre Poudlard. Il connaît le système de l'école mais ne sait pas s'il est possible d'exclure une élève pour toujours ; que ferait Aelle si tel était le cas ? Mais la directrice n'est pas ici pour lui annoncer cela, alors Zile force son souffle à s'apaiser.
Entendre de cette femme dire que sa fille pourrait s'en sortir grâce à lui lui met du baume au cœur. Mais il affiche un sourire contrit car il ne croit pas en ces mots ; pour l'instant, rien n'a marché avec Aelle et malgré sa présence constante à ses côtés, elle ne va pas mieux. Au contraire, son comportement empire.

Il acquiesce aux mots de la directrice et émet quelques sons étouffés d'appréciation. Il comprend rapidement qu'il devra faire travailler Aelle s'il espère la voir en troisième année l'an prochain. Se déroule déjà dans sa tête la liste de livres à lui ramener de la librairie et l'ébauche d'un programme draconien. Il ne la laissera pas s'apitoyer sur son sort.

« Elle travaillera. Comme vous dites, nous sommes une famille de sorciers, nous l'encadrerons et veillerons à ce qu'elle étudie pour rattraper le retard que son absence lui imposera. »

Si le Ministère leur accordait la dérogation dont parle la directrice, Aelle n'aurait aucun mal à entrer en troisième année. Elle avait le niveau et savait travailler dur. Ils étaient assez de baguettes dans la famille pour lui enseigner la pratique ; Natanaël et Arya avaient amplement le niveau en potion pour lui enseigner ce qu'elle avait à savoir.

« On peut reprocher beaucoup de choses à Aelle, mais on ne peut pas dire qu'elle soit mauvaise en classe, » sourit Zile. Ou du moins essaye-t-il de sourire. Énumérer les bons côtés d'Aelle n'est pas suffisant pour arracher la boule qui lui comprime la gorge.

Il s'accoude au haut dossier de la chaise en bois pour soulager la lassitude de ses jambes.

« Cette dérogation serait une bénédiction, Madame. Aelle sera correctement encadrée, elle n'abusera pas de cette offre. Je pourrais travailler à la maison pour surveiller son apprentissage. Et n'ayez crainte pour son retour... »

Il veut ajouter qu'Aelle leur présentera de sincères excuses et qu'elle sera une enfant transformée, respectueuse et plus sereine. Qu'elle aura étudiée sérieusement et qu'elle méritera sa place et à Poufsouffle et en troisième année. Mais la vérité est que Zile ne sait absolument plus comment gérer sa fille et que le travail qui s'annonce à lui l'effraie horriblement. Au fond de son cœur une pensée douloureuse le fait douter : il ne sera jamais capable de se faire comprendre d'Aelle. Ni de la comprendre.

L'homme plante son regard noir dans celui de la directrice. Il remarque seulement l'étrange mèche blanche qui strie sa chevelure et sa concentration s'effrite un moment. Finalement il se redresse et plonge une nouvelle fois sa main dans sa poche. La douleur frénétique de son cœur s'apaise quand il attrape le morceau de parchemin.

« Je vous remercie pour ces efforts. Je ne suis pas sûr que ma fille les mérite. Je peine encore à l'imaginer insulter ce jeune Chinois devant l'école entière… »

Des pas discrets se font entendre dans les escaliers et attire le regard de l'homme. Ce dernier espère que ce n'est pas Aelle. Heureusement pour eux tous, c'est Natanaël qui lui lance une oeillade épuisée. Zile lui grimace un sourire en retour et regarde Loewy du coin de l'œil. Natanaël comprend le sous entendu et s'enfuit dans la chambre de Zakary en cachant son visage pâle dans le col de son pull. Son père a évidemment remarqué le rouge qui salit les yeux de son fils et son cœur se serre ; la confrontation entre le frère et la sœur ne s'est pas bien déroulée. Et au vu de la mauvaise humeur dont Aelle avait fait preuve la dernière fois qu'elle avait été à la maison, Zile ne doutait pas que sa future confrontation avec lui-même ou sa mère se déroule aussi mal. Ils auraient droit aux cris et aux regards noirs ; le pire serait son silence. Zile était bouleversé par le silence de sa fille.

« Je crois que je vais Finir par pleurer, mais mes Larmes ne couleront pas. »

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Le travail de directrice de Kristen était terminé et la demeure de la famille Bristyle prenait une ambiance de drame familial. Le professeur inclina respectueusement la tête et mit fin à sa visite :

« Eh bien, je m’occuperai des procédures. Je vous écrirai lorsque ce sera en place. D’ici là, pas de magie pour Aelle. »

Kristen fit quelques pas vers la cheminée et ajouta :

« Merci encore pour vos efforts, Monsieur Bristyle. J’espère qu’ils porteront leurs fruits. »

Un dernier salut et Kristen prit un peu de poudre de cheminette, puis entra dans l’âtre et prononça le nom de sa destination. Elle disparut dans un océan de flammes vertes, vit plusieurs foyers de sorciers défiler à une vitesse étourdissante et atterrit finalement à Pré-au-Lard. Les sorciers qui fréquentaient la Tête de Sanglier cessèrent momentanément leur conversation pour la regarder, leur pinte bien serrée dans leurs poings rouges. Kristen arqua un sourcil et disparut dans un tourbillon d’air distordu. Elle était de retour à Poudlard.

Le couloir était désert. Elle soupira profondément. Quelle soirée… Et il fallait encore qu’elle s’occupe de contacter le Ministère pour la dérogation d’Aelle, qu’elle règle quelques papiers concernant son renvoi provisoire, qu’elle trouve le moyen de gérer la colère de Xixia, qu’elle trouve un remplaçant à Aelle pour être le partenaire de Chu-Jung… Kristen sentit une immense fatigue s’abattre sur elle. Elle passa devant la Grande Salle : elle était déjà vide. L’attitude d’Aelle Bristyle avait si bien cassé l’ambiance que le dîner avait certainement été écourté. Kristen soupira à nouveau et remonta dans ses appartements, espérant trouver du calme auprès de sa compagne. Elle devait se préparer à la suite : le délai que lui avait donné Hua Cao pour remplacer Aelle était désespérément court…



Fin du RP pour moi, merci pour cette grande première !

C'est les matins comme ça qui m'font pleurer ~

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Pdv Zile Bristyle


L’homme ne cesse de jeter des regards inquiets vers la chambre qu’il aperçoit de sa place. La porte est fermée mais il connaît assez son fils pour savoir que celui-ci a le dos collé à la face intérieure, attendant que la femme s’en aille pour se confier à son père.

Kristen Loewy fait preuve de compréhension. Ou peut-être décide-t-elle simplement qu’elle n’a plus rien à faire dans ce salon. Elle certifie à Zile qu’elle s’occuperait des procédures concernant Aelle et l’homme en est soulagé ; en son fort intérieur, il est bien heureux qu’elle soit celle qui gère toute la paperasse administrative. Pour le moment, il a le coeur bien trop lourd pour penser à de telles choses.

« C’est à moi de vous remercier, Madame. Au plaisir de vous revoir dans de meilleures circonstances, » sourit difficilement mais sincèrement Zile à la directrice de Poudlard.

Il s’approche d’elle lorsqu’elle rentre dans la cheminée et se poste non loin pour lui offrir un dernier salut avant qu’elle ne disparaisse dans un éclat de poussière. Le silence éclate soudain aux oreilles de Zile et il soupire : il est soulagé que la sorcière soit enfin partie.
La maison, suite à son départ, ne retrouve pas la bonne ambiance qu’elle avait avant son arrivée. Le professeur Loewy laisse derrière elle une ambiance morose accompagnée d’une présence que personne ici ne s’attendait à accueillir. Zile aimerait être heureux de revoir Aelle, mais il ne peut s’empêcher de sentir la colère pondre dans son coeur : sa fille est un problème particulièrement épineux depuis quelques mois et il s’en veut énormément de s’en fatiguer. Tout comme il n’assume pas totalement le fait de la catégoriser de problème.

Il agite sa baguette mollement et la cendre qui s’est étalée sur le tapis devant la cheminée disparaît. Après un instant de réflexion, Zile redémarre la musique sorcière qui rythmait auparavant ses pas. Peut-être espère-t-il que cela rende ses prochaines actions plus faciles. Il n’a pas énormément d’espoir que cela fonctionne ainsi.

Sous les cris bestiaux de cet air qu’il aime tant, Zile se laisse tomber sur le canapé, profitant d’un instant de répit avant que les évènements ne s'enchaînent. Avant que Natanaël ne sorte et ne communique sa tristesse, avant qu’Arya ne rentre et qu’il doive reprendre toute cette histoire à son commencement. Avant que n’arrive le moment de monter voir sa fille qui, tout en haut de cette maison, devait brûler de colère et de peine.
Zile ferme les yeux, la nuque reposant sur le dos du canapé. Sous le poids de la musique, il apaise son souffle et son coeur. Il prend une inspiration profonde qui gonfle ses poumons et soulève son torse. Puis il expire bruyamment, sa fatigue s’échappant de ses lèvres. Lorsqu’il ouvre les yeux, la porte de la chambre claque et Natanaël sort.

« Papa ? »

Parfois, Zile oublie qu’être père est difficile. Il aimerait l’oublier plus souvent.

- Fin -

Expérience très enrichissante ! Au plaisir de côtoyer de nouveau votre plume.


« Je crois que je vais Finir par pleurer, mais mes Larmes ne couleront pas. »