Astronomie

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Au clair de lune  PV 

Le printemps était arrivé à Poudlard sans se faire remarquer, de la façon la plus discrète qu'il fut. Les journées de pluie s'espaçaient, le temps se faisait plus agréable et les élèves commençaient à sortir dans le Parc. De même, les nuits étaient plus claires et se réchauffaient. Si jamais vous avez eu l'occasion d'aller à Londres, vous savez que printemps ou pas, la pollution lumineuse est telle qu'apercevoir ne serait-ce que quelques étoiles relève de l'exploit. Les grandes villes n'ont jamais été propices à l'observation d'un ciel parfaitement dégagé d'avril, et Dali n'avait malheureusement jamais eu la chance d'habiter en campagne. Le ciel nocturne, dans toute sa beauté, lui était presque inconnu. Elle avait cependant très vite compris en arrivant à Poudlard que les verts paysages d'Ecosse était bien loin de tout ce qui lui avait été familier. Et elle avait bien compris que perdu dans les Highlands, l'école était loin de tout ce qui pouvait avoir attrait à la ville.

Lors de son septième mois à Poudlard, la jeune Poufsouffle avait décidé d'aller quelque part où elle n'avait encore jamais eu l'occasion d'aller. Les cours d'astronomie n'étant pas dispensés en première année, elle n'avait jamais mis les pieds dans la plus haute tour du château. Et pourtant, à ciel ouvert, il n'y avait pas meilleur endroit pour observer les étoiles. L'enfant était particulièrement sensible au monde qui l'entourait, d'une manière que peu pouvaient comprendre. La nuit, elle ne voyait pas dans un ciel les étoiles comme de simples points lumineux. Elle les interprétait d'une façon que seul quelqu'un ayant ce quelque chose de si propre aux artistes pouvait comprendre.

Ainsi, un vendredi soir, alors que le château s'endormait, Dali se leva discrètement de son lit pour ne pas déranger ses camarades dont les soupirs témoignaient de leur sommeil paisible. La jeune enfant avait conscience qu'il était interdit de se promener dans les couloirs par une heure si tardive, mais elle ne se sentait pas concernée par cette règle. Elle pensait, dans toute son innocence et son inconscience, que si elle avait envie de se lever, ce n'était de pauvres mots écris dans un règlement qui allaient l'en empêcher. Attrapant sur sa table de nuit un roman dont la lecture l'inspirait, elle sortit donc telle une ombre du dortoir. Être à Poufsouffle, à ce moment précis, présentait un inconvénient majeur : la quantité monumentale de marches qu'il fallait atteindre pour monter dans la tour d'astronomie. La fillette s'attela néanmoins à la tâche, essayant d'être la plus silencieuse possible.

Dali prenait bien soin de vérifier que personne ne se trouvait dans les couloirs. Croiser Peeves, Rusard ou un professeur aurait été bien fâcheux. Au bout de minutes qui lui parurent interminables, elle aperçut finalement les derniers escaliers qu'elle devait gravir. Les muscles contractés et douloureux, ce fut avec un sourire qu'elle arriva enfin en haut de la plus haute tour de Poudlard. Une légère brise caressait son visage, faisant voleter ses cheveux sans être pour autant désagréable. Elle sentait le vent se glisser sous son pyjama blanc comme neige. Pieds-nus, la pierre froide ne semblant nullement la déranger, Dali alla s'asseoir sur les créneaux. Elle leva les yeux au ciel et poussa un soupir de satisfaction. C'était exactement comme elle se l'était imaginé. Les étoiles brillaient, telle une multitude de lampions, et le ciel était d'un bleu profond, limpide. La lune baignait la première année de sa pâle lumière. Jamais elle n'avait vu la voute céleste ainsi.

Dali, seule, se sentait enfin bien. Même si elle adorait Poudlard, elle était très souvent en compagnie d'autres personnes. Que ce soit dans sa Salle Commune, lors des repas ou pendant les cours, les occasions pour se retirer étaient peu nombreuses. Isolée en haut de sa grande tour, elle avait enfin l'impression de pouvoir se laisser aller à ses pensées, et pouvait enfin s'enfermer librement dans sa bulle. Apaisée, elle ouvrit alors son livre et se laissa aspirer par son histoire.

« Et les airs à la mode, que jouaient les orchestres cette année-là, transposaient en rythmes nouveaux toute la tristesse de l’existence et des désirs insatisfaits. »