Astronomie

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 RPG++  L'Imprudence des Étoiles

Mars 2043


Cette idée était complétement stupide, et l’adolescente se demandait comme elle avait pu lui accorder du crédit. Phœbe avait commencé à compter les Veracrasses dans sa tête, suite à un conseil d’un camarade ayant eu vent de ses problèmes de sommeil. L’esprit de la jeune sorcière était constamment en ébullition, et jamais elle ne réussissait à trouver un minimum de calme pour trouver le repos. Ainsi, la Serpentard se traînait en cours avec ses cernes bien marquées et sa fatigue. Cette nuit donc l’élève de troisième année était allongée dans son lit, en train d’essayer la technique qui s’était assez vite avérée complétement inutile. De plus, sa nomination récente de préfète lui avait ajouté un point écrasant sur les épaules, elle ne savait pas si elle serait à la hauteur et ne souhaitait pas décevoir sa maison.

Se disant que toute façon elle ne dormirait pas vraiment dans le dortoir, la petite Swan se résolut à le quitter, même si c’était le milieu de la nuit. La vision du lac était certes plaisante, mais elle avait besoin de voir les étoiles, comme au bon vieux temps. L’étudiante se souvenait encore des nuits passées à observer le ciel nocturne. Elle avait besoin de cela, et où sinon dans la tour d’Astronomie trouverait-elle un paysage assez proche de ce qu’elle recherchait ? Cela lui permettrait aussi par la même occasion de sa familiariser avec la perspective de la voûte céleste depuis l’Écosse.

Le seul petit problème résidait dans les huit étages environ à gravir. Fatiguée comme elle le serait en arrivant, il y aurait peu de chances qu’elle dorme ne serait-ce qu’un peu de toute la nuit, mais au moins Phœbe pourrait un peu apaiser son esprit. Même compter les marches la séparant de sa destination n’eut aucun effet notoire sur l’adolescente, qui faisait cela de manière mécanique. Elle s’imposait comme une sorte de rythme mental et chacun de ses pas était ponctué à contre-temps par le tic régulier de sa montre, qu’elle avait tout de même prise. Elle n’avait même pas ôté ses lentilles, ce qui était pratique pour la petite sorcière, qui arrivait plus facilement à distinguer les ombres et formes. Sa baguette était aussi dans la poche de sa robe de chambre, par simple précaution.

Le chemin fut en fin de compte relativement calme, et l’adolescente eut la chance de ne faire aucune rencontre désagréable, pas un signe du fantôme de Rusard, ou de professeurs. Le silence n’avait pas le côté oppressant qu’il pouvait revêtir pour certains aux yeux, ou plutôt oreilles de la petite Swan. Elle ne risquait pas grand-chose grâce à son poste, elle pourrait prétexter vérifier qu’aucun élève ne fasse de sorties nocturnes.

La plateforme ouverte au sommet de la tour d’Astronomie était relativement spacieuse, et la sorcière verte et argent s’assit sur le sol pour contempler la vue qui lui était offerte. Le temps était légèrement frisquet pour la saison, et la petite Swan en vint à se demander si elle aurait dû prendre couverture. De tout façon s’en encombrer aurait été handicapant. Elle aurait pu se réchauffer avec un feu magique, mais les étoiles semblaient moins brillantes sans le contraste établi par l’obscurité. Après tout elle finirait bien par se réchauffer par elle-même si elle restait quelques heures.

L’étudiante plongeait son âme dans les étoiles, si différentes mais si reconnaissables. Les constellations étaient toujours présentes, et Phœbe esquissa un léger sourire pour elle-même en se remémorant toutes les histoires que ses parents lui avaient narrées pour expliquer la position de ces points lumineux, alors qu’elle n’était qu’une fillette. Elle avait toujours apprécié les explications mystiques, qui nécessitaient de faire un effort ou de faire preuve d’une belle ouverture d’esprit pour y croire. C’est pourquoi elle ne portait pas dans son cœur les scientifiques moldus qui prenaient un malin plaisir à détruire toute la beauté des phénomènes en inventant des mots barbares en en proposant des mécanismes dénués de tout poésie.

Enfermée dans son monde, la petite Swan ne s’aperçut malheureusement qu’une autre personne, arrivée un peu plus tardivement, se tenait pas si loin d’elle.

~ Si l'éclat des étoiles doublait, l'univers serait à jamais ténébreux~
Lâchée en 2029 dans ce Monde, Jetée en 2040 entre ces Murs de Pierre
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Tally Jenkins se réveilla en sursaut. La sueur avait gagné son front et ses draps étaient totalement défais. Cela lui arrivait régulièrement en ce moment. Avant, elle n'avait jamais eu aucun problème pour dormir profondément et sur ses deux oreilles. C'était avant ses visions fugaces sur son massacre de Lyn Felix. Depuis, elle avait beau ne pas vouloir y penser, le souvenir de son poing dans sa figure revenait la hanter certaines nuits. C'était désagréable et cela ne faisait que renforcer sa désapprobation de la Capitaine des Éclairs. Elle avait beau avoir retrouvé une place de choix dans l'équipe... elle sentait qu'elle ne serait sereine qu'à partir du moment où elle serait en mesure de diriger l'équipe. Uniquement lorsqu'elle serait redevenue Capitaine à la place de la naine de Felix.

Tally plongea ses mains dans ses paumes, cherchant à ralentir son rythme cardiaque. Elle était maintenant parfaitement éveillée et le sommeil l'avait fuit aussi rapidement qu'Aelle avait insulté Chu Jung. C'était la seconde source de ses préoccupations actuelles. En dehors du Quidditch, il y avait cette compétition inter-école qui se dessinait progressivement et où elle avait décroché une place de choix. Ce tournoi l'angoissait autant qu'il ne l'excitait. Elle frotta ses yeux de ses mains pour tenter de retrouver le calme paisible afin d'accueillir à nouveau le sommeil. Malheureusement, cela semblait juste être vain. Jenkins se dégagea de ses dernière couvertures et traversa le dortoir à petits pas. Elle se rendit dans la salle d'eau pour se débarbouiller un peu. Elle avait beau s'arroser le visage encore et encore, ses pensées ne cessaient de tourbillonner. Elle finit par se rendre à l'évidence : le sommeil la fuyait.

La troisième année se rendit dans le salon des Serdaigle. Un agréable feu crépitait dans la cheminée alors teintée de couleur violacées. Evidemment, le salon était désert à part... un élève qui s'était endormit sur l'un des canapés. Tally se fit d'autant plus discrète et s'assit un moment sur l'un des fauteuils moelleux. Mais son corps ne semblait pas apte au repos. Elle n'avait qu'un envie : fuir cette tour et trouver un peu d'air frais. Se sentir maître, ne serait-ce que quelques heures, de son histoire et de sa destinée.

Vagabonde et voyageuse, Jenkins sortit de la salle commune. Il était rare qu'elle fasse des bêtises, enfin, si on omettait ses quelques bagarres dans les couloirs. La dernière fois, elle s'était incrustée dans une expédition pour les serres de Miss Chapman. D'ailleurs, elle gardait toujours sa potion de Capilours bien à l'abri. On n'était jamais trop prudents. Tally Jenkins filait donc, pieds nus, à travers les couloirs du château. La salle commune des Serdaigle n'était pas très loin de l'extérieur. Tally avait juste à faire quelques pas, à traverser un ou deux couloir pour se retrouver aux escaliers menant à la Tour astronomie ... et au vent frais de ce mois de mars. Elle hésita un instant à faire demi-tour, après tout, elle était pieds nus et n'avait pas pensé à prendre quoi que se soit pour se couvrir. Finalement, elle haussa les épaules et s'engagea dans la dernière montée d'escalier. Elle parvint à la dernière trappe qui menait à sa délivrance. Elle la souleva et sentit le vent frais fouetter son visage. Elle frissonna mais s'engagea tout de même à l'extérieur. Être là où on ne doit pas être était une véritable expérience grisante.

Elle se leva de toute sa hauteur au sommet de la tour et s'étira de tout son long en émettant un soupire de soulagement. Elle sentit tout ses problèmes lui échapper d'un coup et la tiédeur de la nuit l'envelopper complètement. Puis, son regard fut attiré par quelque chose. Un truc sur sa gauche. Une forme déformée par la nuit. Une sorte d'ombre plaquée au sol. Tally resta un instant sur la pointe de ses pieds, les bras toujours en l'air et la bouche entrouverte. Elle finit par se ressaisir et ferma la bouche jusqu'à redescendre ses talons contre la pierre froide. Finalement, elle abaissa ses bras le long de son corps et concentra toute son attention sur le truc posé par terre. C'était forcément quelqu'un, l'ombre avait une forme trop humaine. Jenkins se déporta un peu sur sa droite pour prendre à revers la personne qui se trouvait là. Après quelques pas elle se trouva enfin en mesure d'identifier quelque chose. Courte chevelure brune, carrure sportive, Tally ne mit pas bien longtemps à reconnaître Phœbe Swan, attrapeuse des Crochets d'Argent qu'elle avait vu jouer récemment. Celle-ci avait mis la main sur le vif d'or dès la première occasion. Cela avait été un beau mouvement malgré la défaite des Serpentard.

Tally s'approcha. D'habitude, elle n'était pas de ceux qui appréciait nouer des liens de manière spontanées. Mais là, il y avait toujours à faire avec une collègue de Quidditch. Et puis, elles n'étaient pas totalement étrangères. Arrivées la même année à Poudlard, elles partageaient quelques cours communs et avaient déjà bien dû s'adresser la parole une ou deux fois même si elle ne s'étaient jamais croisées sur le terrain.

« _ Phœbe... lâcha-t-elle alors en guise d'introduction. »

4ème année RP

Tallirenpher, prenez garde !

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Un silence presque parfait environnait l’adolescente, mais des petits bruits, comme des sortes de froissements atteignirent ses oreilles. La volière n’était pas à une si grande distance, ce pouvait être les oiseaux messagers. D’autant qu’ils menaient une vie nocturne, et pouvaient être légèrement agités à cette heure. Elle les imaginait tous serrés les uns contre les autres, perdant des plumes du fait de la promiscuité dont ils souffraient. La petite Swan cessa rapidement de prêter attention aux sons qu’elle entendait, pensant en avoir identifié la provenance. La Lune projetait une lueur tenue et Phœbe identifia alors une ombre sur le sol, qui n’était indiscutablement pas la sienne.

Son corps ne bougea pas d’un iota, elle ne pouvait se permettre de montrer la moindre réaction, elle ne savait pas de qui il s’agissait et n’osait se retourner pour vérifier l’identité de la personne qui était vraisemblablement arrivée récemment en cet endroit. Quel genre de personne fréquentait la tour d’Astronomie à une heure aussi tardive ou matinale… Parmi ses collègues préfets Phœbe n’identifiait aucun profil pareil et à moins que ce ne soit un enseignant la sorcière aurait affaire à un être aussi inoffensif qu’un camarade élève de Poudlard. Une voix qui ne résonnait qu’à peine de façon familière aux oreilles de la jeune fille s’imposa et prononça le nom de l’étudiante qui coupa son souffle quelques secondes avant de se détendre. Ce n’était pas un adulte donc pas d’attitude spéciale à adopter, elle pouvait rester invariable.


Très doucement, l’élève vert et argent se redressa et se mit debout, elle savait qu’avec sa petite taille la nouvelle venue serait tout de même plus grande qu’elle mais préférait la découvrir ainsi. Phœbe se retourna pour enfin entourer visuellement cette magicienne, qu’elle détailla. Sa silhouette était taillée pour le sport qu’elle pratiquait. Du moins l’adolescente aurait été étonnée qu’elle ne joue pas au Quidditch, il émanait d’elle une sorte d’aura vibrante d’énergie qui trouverait parfaitement sa place sur le terrain. La Serpentard avait conscience qu’en comparaison elle était intruse dans ce sport. En même temps elle ne savait pas vraiment où pouvait se trouver sa place exactement à Poudlard. Ici, au cœur de la nuit, au sommet du château, l’adolescente ne se sentait pas étrangère. Son regard gris se reporta sur la chevelure de sa camarade qui en dépit de l’obscurité présentait de rares reflets que l’étudiante avait déjà vu se refléter sur les fenêtres qu’elle regardait parfois au milieu des heures de cours.


Un flash de la répartition lui revint à l’esprit, le Choixpeau s’était posé sur ces cheveux et la déchirure l’avait envoyé vers l’une des tables de la Grande Salle. Pas la même que l’étudiante verte et argent vu que sans connaître tous les membres de sa maison, elle voyait qui passait dans la salle commune. La petite Swan ferma les yeux pour essayer de visualiser le mouvement de la déchirure de tissu quelques années auparavant, ses lèvres bougeaient en même temps et formèrent le mot Serdaigle. Avec son nom de fin d’alphabet l’adolescente avait suivi ce qu’il s’était passé pour les élèves avant elle et au fil des appels avait imprimé sans le chercher le prénom de l’aiglonne. Puis le collège avait connu des temps agités, avec l’arrivée de délégations venant d’Asie, la petite Swan n’était pas très au fait des évènements qui avaient eu lieu mais elle savait que trois représentants avaient été choisis. C’était le second souvenir que l’étudiante avait de ce nom clamé haut et fort devant les autres élèves de l’établissement. Prénom atypique mais nom outrageusement ordinaire.


Les paupières de Serpentard se relevèrent et ses yeux de la même teinte que la lune prirent quelques secondes à se réaccoutumer à la faible luminosité. Elle connaissait trop peu sa camarade pour savoir ce qu’elle devrait être devant elle. Une légère brise agitait doucement les mèches lâchées de la jeune magicienne verte et argent.


« Tally. Je ne m’attendais pas à être rejointe… ni à avoir quelque forme de compagnie à vrai dire. »


La préfète n’avait pas vérifié si son insigne était sur elle ou non, mais dans cette situation elle n’y pensait pas une seconde. Elle en avait marre de reprendre sans cesse des première année voyous hermétiques, Phœbe avait besoin de répit, qu’importait de savoir si elles étaient en droit de faire des sorties nocturnes ou non. Elle commençait à s’interroger sur ce qui avait attiré Jenkins ici, cette tour n’était pas magnétique pour tous les résidents de Poudlard.

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La Serpentard lui répondit, posée et tranquille en la fixant de son regard étrange. Une paire d'yeux qui reflétait la lune comme nulle autre n'était capable. C'était déroutant et un peu dérangeant. Jenkins n'avait jamais vu cette fille s'énerver. Elle la rangeait dans les personnes discrètes de la classe même si elle se plaçait-elle même dans cette catégorie. La Serdaigle avait beau avoir fort caractère, ce n'était pas en classe où elle excellait de ses conneries. Bref, du coup, elle n'avait jamais vraiment bien pris la peine de chercher à connaître la brune plus que ça. Il y avait des personnes, comme ça, sans réelle explication qui nous faisait ni chaud, ni froid. Des personnes qu'on côtoyait quasiment chaque jour mais sans chercher à approfondir une quelconque relation. Tally avait ce côté chauvin qui la poussait parfois plus à aller vers les membres de sa maison que vers ceux de ses concurrents directs. Parler avec les autres maisons, c'était offrir ses failles sur le terrain. C'était ouvrir la porte aux déstabilisations sanglantes. Cette idée fit frémir Jenkins qui voulut se fermer comme une huître.

Pourtant, elle était toujours en position de force, la jeune Swan ne semblait pas agressive, au contraire même, elle semblait s'être déjà perdue depuis un moment dans la contemplation du ciel. Tally y jeta un bref coup d’œil. Ce genre de nuit de début de printemps ne l’émouvait pas. L'astronomie était de ces matières totalement perchées qui ne l’intéressait guère, comme la divination et même l'histoire de la magie. Faire des trucs, lancer des sortilèges, touiller des ingrédients, ça s'était des choses qu'elle appréciait. Mais observer des étoiles pour y voir soit-disant des choses, c'était au delà de ses croyances. Elle acceptait que des gens s'y intéressent et n'était pas du genre à s'en moquer. Après tout, elle vouait une fervente passion pour un sport qui nécessitait de s'envoyer des cognards en travers de la tronche. Dans le genre débile, elle ne pouvait pas se débiner.

La troisième année reporta son attention sur la jeune fille qui n'avait pas bougé, outre tourner sa tête dans sa direction. Jenkins se sentit gênée. Elle aimait prendre les devants, jouer les dures, être capables d'avoir un ascendant psychologique sur les autres. Bref, elle appréciait ce sentiment de puissance. Mais c'était toujours autre chose que de se retrouver face à quelqu'un qu'on respectait, qui n'avait pas le même regard innocent que Felix ni même le désavantage d'être plus jeune que Jenkins. Et puis, elle devait se rendre à l'évidence : elle restait perturbée par les raisons qui l'avaient poussé à grimper toutes ces marches. Déstabilisée par ses propres cauchemars mais également par ce regard perçant offert par la Serpentarde. Jenkins ne s'autorisa pas à baisser les yeux. Elle haussa les épaules.

« _ Et pourtant, je suis bien là. Elle avait ce ton mi-hargneux avec cette pointe de dédain qu'elle avait souvent du mal à cacher. Tu uses de ton statut pour t'autoriser ces sorties nocturnes ? »

La jeune Jenkins ne savait pas trop à quoi elle s'exposait en étant là, les bras ballants, face à une préfète. Elle n'y avait pas vraiment songé, en fait. Elle ne se sentait pas plus en danger que cela. Elle était prête à argumenter s'il le fallait même si elle n'était pas vraiment sûre de vouloir se battre pour une vaine histoire de balades nocturnes interdites. Après tout, si la verte et argent était également là, ce n'était pas plus un hasard que sa propre présence. A moins qu'elle ne s'amusa à piéger les élèves en attendant les petits plaisantins du pied de guerre à cet endroit précis. Tally trouva cette idée aussi idiote que plausible et se mit à faire la moue.

Après avoir longuement hésité, elle se força à bouger pour réduire la distance entre elle et l'autre. Était-ce son état un peu lunatique, sa sortie de cauchemar ou la protection de l'intense nuit qui la décidèrent à faire quelques pas vers l'autre fille ? Elle n'eut pas le loisir d'y réfléchir et préféra directement poser ses fesses à moins d'un mètre de Phœbe. Elle expira longuement en tendant ses bras derrière elle et en étendant ses jambes sur le devant. Elle pencha sa tête vers le ciel et observa les étoiles. C'était bien cela, la marche à suivre, non ? Usant de son tact légendaire et n'appréciant pas particulièrement le silence, elle questionna la Serpentard.

« _ Alors, qu'est-ce qui t'amène là, en pleine nuit ? Sa tête se pencha sur le côté pour l'observer du coin de l’œil. Énigmatique et troublante. Voilà comment elle parvenait à définir Phœbe jusqu'à présent. »

4ème année RP

Tallirenpher, prenez garde !

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L’attitude de la Serdaigle était analysée par le regard gris de la petite sorcière, qui sentit que la voûte céleste nocturne ne la touchait pas particulièrement. Même en général, Tally ne paraissait pas intéressée par l’environnement. Elle était là. Imposait sa présence encore inexplicable pour l’heure. Et jaugeait Phœbe. Celle-ci se sentait presque mesurée et calculée par sa camarade qui arborait des yeux de stratège. Joueuse même hors du terrain ? La petite Swan resta impassible, ne faisant pas un geste pour faire entrave ou aider cette espèce d’examen. Une atmosphère de confrontation durant laquelle les deux adolescentes n’étaient pas certaines de leur position vis-à-vis l’une de l’autre. Du moins était-ce le ressenti de la Serpentard, incertaine encore sur ce qu’elle pouvait se permettre devant l’autre sorcière.

L’Aiglonne brisa le lourd silence et répondit. Rappelant par la même occasion la position de préfète de son interlocutrice. Évoquer ce détail montrait d’un côté qu’elle reconnaissait une espèce de fonction spéciale, mais le ton qu’elle avait employé, pas loin de la défiance, laissait plutôt transparaître son assurance. Ça ne l’impressionnait pas, la jeune fille sentit le message en filigrane : Je connais ton statut et alors ?

« Effectivement tu es là. Pour quelles raisons ? J’admets l’ignorer. »

Pour se l’avouer, c’était la première fois que Phœbe voyait sa nuit coupée par l’irruption inattendue d’une autre élève. C’est pourquoi elle continuait d’être intriguée par les raisons de la présence de Jenkins. Elle avait tenu tout ce temps tenu cette tour comme sanctuaire quasiment secret, dans lequel personne n’oserait s’aventurer aux heures les plus sombres de la nuit. À la mention de la possible exploitation de son statut de préfète, la magicienne échappa un petit ricanement très discret dans un souffle.

« Je n’ai pas gentiment attendu d’obtenir un quelconque statut pour venir ici. J’étais fautive les premières fois, je devrais l’être aujourd’hui mais quelle importance ? »

La petite Swan savait que les retenues étaient principalement des pertes de temps, si elle pointait du doigt Tally pour sa sortie nocturne, elle se punissait elle-même car une sanction des deux côtés mangeait des heures précieuses. La Serdaigle semblait dubitative sur les intentions de sa camarade, mais Phœbe soupira simplement en regardant le sol. Elle voulait oublier qu’elle était préfète et qu’elle était censé débiter et ressortir des extraits de règlements à chaque écart. Juste penser à n’importe quoi qui ne concerne pas Poudlard directement. L’étudiante en était déjà saturée dans la journée, la tombée du Soleil au profit du règne de la Lune devait lui offrir ce répit.

L’adolescente aux couleurs bleu et bronze s’assit et se rapprocha de la Serpentard qui tressaillit légèrement. Elle ne s’attendait pas à un tel rapprochement mais l’obscurité effaçait bien des choses. La Serdaigle s’imposait réellement. La jeune fille changea de position et, assise en face de Tally, elle plia ses jambes pour les rabattre contre elle et posa son menton sur ses genoux. Elle se sentait « protégée » ainsi. Mais de quoi ? Rien de précis, Phœbe trouvait juste cela plus rassurant.

Lorsqu’elle entendit la question que chacune avait pour soi et qui n’attendait que d’être posée, la sorcière attendit quelques secondes avant de répondre.

« Le sommeil me visite assez peu depuis le début cette année. »

Depuis qu’elle avait recouvert quelques souvenirs cet été, ou bien elle n’arrivait pas à dormir, ou elle faisait des rêves qui lui donnaient des sueurs froides au matin. Sans compter le rythme de l’école, elle ne pouvait même pas penser à elle, forcément à ce qu’elle devait faire et aux responsabilités de collégienne. Elle s’oubliait en quelque sorte. Se poser ici, c’était un retour en arrière, une échappatoire aussi.

« J’aime les histoires que le ciel raconte. Dans les constellations. »

En dépit de quelques figurés parfois abstraits, elles représentaient souvent des personnages de mythes, honorées au point de figurer dans les étoiles. Une reconnaissance sans pareil, Phœbe ne savait pas si ces êtres avaient existé ou si les contes étaient imaginés à partir des alignements d’étoiles. Quoiqu’il en soit l’idée de rendre une figure immortelle de la sorte était séduisante. Tally avait-elle une telle ambition ? Ne jamais disparaître ? La petite Swan essaya de penser à l’adolescente, indépendamment de sa maison, et une lueur interrogatrice dans ses yeux parurent. Elle ignorait les aspirations de sa camarade.

« Le ciel est variable, d’autres le marqueront à l’avenir. Pourquoi être venue ici ? »

Ce n’était pas faux, des points lumineux s’effaçaient et d’autre surgissaient à de rares moments. La question avait été posée sur un autre ton, qu’elle avait cherché pas trop inquisiteur, avec la pointe de curiosité qu’il fallait. La magicienne avait fixé son interlocutrice pendant le même moment.

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Swan ne se laissa pas impressionnée. Alors que Tally aimait montrer qu'elle était présente, qu'elle en imposait toujours un peu, Phœbe sembla saisir l'instant pour lui renvoyer la réplique. Comme si Tally venait briser un moment qu'elle n'aurait pas dû. Comme si... elle avait moins le droit qu'elle d'être ici. Cela ne l'empêcha pas de demander à la Serpentard si elle aimait utiliser son nouveau statut comme excuse pour s'aventurer dans la tour d'Astronomie, en pleine nuit. Aussitôt, la brune répliqua qu'elle n'avait jamais attendu l'autorisation pour ses escapades nocturnes. Cela convint à la Serdaigle qui prit cela comme une acceptation de sa présence et qui s'installa aux côtés de la brunette, sans plus de ménagement. Elle n'avait jamais été du genre délicate mais là, on pouvait dire qu'elle faisait sauter les barrières sans ménagement. Jenkins ne s'appesantit pas vraiment sur les questions troublées et la réponse énigmatique de Swan. Elle n'avait pas le cerveau assez affûté pour s'embêter à aller chercher les raisons qui auraient pu pousser l'autre fille à transformer sa phrase en une interrogation. Une question qui semblait plus rhétorique qu'autre chose, d'ailleurs. Jenkins la trouva assez mélancolique et préféra se taire un temps, renversant sa tête en direction des étoiles. Puis, elle trouva un semblant de tranquillité et s'amusa à questionner à nouveau la verte et argent, lui demandant ainsi la raison pour laquelle elle se trouvait ici, à cet instant.

Un flottement vint accueillir cette question et Tally se demanda même si elle n'avait pas touché une corde sensible. Pourtant, la jeune Swan lui répondit, expliquant qu'elle dormait assez peu en ce moment. Jenkins pouvait parfaitement comprendre cela. Ses nuits étaient également agitées. Un surplus de trop de choses la hantait et elle ne cessait de se demander comment elle pourrait bien être à la hauteur de toute cela. Elle avait l'impression de marcher sur des œufs, et la moindre erreurs la conduisait direction dans un précipice aussi dangereux que ténébreux. Elle sentit une vague de compassion l'envahir. Finalement, elle était loin d'être la seule fourrée dans des meli-melo de sentiments compliqués en plus de situations délicates.

La brune reprit la parole, exprimant ainsi sa fascination pour la voie lactée qui les surplombait. C'était une chose que la Serdaigle avait vraiment beaucoup de mal à concevoir. Elle essayait pourtant, elle voulait voir aussi, comme tout le monde, la beauté que ce ciel pouvait cacher. Mais, à chaque fois qu'elle plongeait son regard entre les étoiles, qu'elle cherchait à dévoiler des mystères, à trouver des secrets, elle se trouvait confrontée à une barrière de pensées bouillonnantes et vibrantes qui la tiraient aussitôt de sa rêverie. Elle était dans l'instant présent, dans la réactivité, dans le besoin impérieux de toujours être occupée à quelque chose et de ne pas perdre de temps en futilités insignifiantes, comme chercher des réponses dans un ciel endormit. Alors que Tally fronçait une énième fois les sourcils pour enfin trouver l'intérêt que pouvait avoir ce voile sombre, elle fut interrompue par Phœbe, qui lui demandait avec curiosité la raison de sa présence ici. Sans oublier ses méthodes énigmatiques.
Cela força Jenkins à réfléchir plus de deux secondes. « D'autres le marqueront à l'avenir » un instant, elle saisit l'immense tâche qui semblait incomber à Phœbe Swan. S'élever au rang d'étoile, de repère astral, d'immensité brûlante et lumineuse. Ce fut avec un regard étonné qu'elle croisa le sien. Elle était loin d'imaginer une chose pareil à son propos. En un instant, Tally en avait bien plus apprit sur la Serpentard qu'à plusieurs années à partager des cours identiques. Une forme de fascination mystique naquit. C'était étrange, mais Jenkins se sentait inspirée par la force de caractère diamétralement opposée à la sienne qui émanait de Phœbe.

Maintenant que l'éclair de génie était passé, aussi fugace que révélateur, elle se sentait presque honteuse de ses raisons à elle. Alors, elle s'éclaircit la gorge pour chercher à se donner un peu de contenance et pour ne pas se sentir idiote en détournant les yeux.

« _ J'avais besoin de prendre l'air. Il se trouve que cette tour reste la plus proche sortie de ma Salle Commune. Alors je suis là. Et puis, stratégiquement parlant, le chemin est le plus sûr. La trivialité dans son plus simple état. Jenkins n'avait rien en commun avec la nébuleuse Swan. Elle agissait à l'instinct, réfléchissait au moyen le plus efficace. Toujours de façon pragmatique. Et, s'il arrivait que les sentiments s'en mêlent. Et bien. Souvent, dans ces cas là, elle échouait lamentablement. J'avais pas prévu de tomber sur une représentante de l'autorité, en fait. Ajouta-t-elle avec un demi-sourire, ayant parfaitement compris que l'argentée de souhaitant pas spécialement qu'on se réfère à son nouvel emblème. Si elles avaient été plus proches, Tally lui aurait peut-être assénée un coup de coude amical en guise de fraternité. Mais là, le moindre contact physique la troublait. L’évanescence de cette fille était si déroutant que Tally en perdait presque sa répartie d'habitude toujours bien affûtée. Je plaisantais... renchérit Jenkins pour s'assurer la bonne compréhension de sa blague dont elle n'était pas sûre que Swan la prenne avec le même humour qu'elle. »

Tally cligna plusieurs fois des yeux, cherchant à échapper à cette fixation troublante. Elle se força même à retourner à la contemplation du ciel, cherchant toujours à percer des mystères. Mais elle était bien trop aveugle pour ça et elle ne saurait probablement jamais trouver le moindre indice dans cet état d'esprit.

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Tally avait été attachée l’image de la fille confiante, qui savait s’imposer, et Phœbe n’était pas forcément très à l’aise en sa présence, bien qu’elle ne le montrât pas. L’adolescente observa sa camarade scruter le ciel, mais elle ne le lisait pas, son regard était simplement posé en sa direction. Par bien des aspects, le caractère des deux filles divergeait, la verte et argent pressentait pourtant qu’une chose au moins les réunissait. Elles étaient posées, face à face, sur ce sol, et pour se retrouver ici il fallait rechercher quelque chose. L’élève de Serdaigle traversait certainement une situation qui l’empêchait de passer des nuits sereines. De l’extérieur, la sorcière verte et argent n’était pas capable de deviner ce qui la tourmentait précisément. Cependant la petite Swan avait conscience que son état n’était parfaitement comparable à celui de sa camarade, ainsi elle croyait la comprendre partiellement, c’était probablement réciproque, mais elle ne connaissait pas suffisamment Tally. Phœbe ne s’était jamais assez intéressée à elle pour la cerner, elle était encore à la surface et ne savait presque rien de ce que l’Aiglonne cachait en elle.

Aux dernières paroles de la petite Swan, cette dernière remarqua que Jenkins avait médité un petit moment, et l’adolescente se demandait quel genre de pensées elle avait suscité. Elle craignit soudainement de s’être trop dévoilé, d’avoir dit plus que ce qu’elle souhaitait partager. Rarement, il arrivait à l’étudiante de parler sans faire attention, et de laisser échapper des mots plus sincères en autres banalités. Il était ardu de tout contrôler et les yeux gris de la collégienne se dérobèrent pour ne pas être confrontée à la réaction de l’élève bleue et bronze. La jeune magicienne avait l’impression que Jenkins avait par sa présence ajouté une pression dont elle ne pouvait visiblement se départir que seule. Levant la tête, elle se focalisa sur un point particulièrement lumineux tout en écoutant sa camarade qui apporta la réponse à sa dernière question. Phœbe y accorda un certain intérêt et fit un imperceptible hochement de tête.

Tally souhaitait seulement sortir, sans grande prise de risques. C’était si direct, sans prise de tête. Au fond d’elle, la petite Swan enviait sa camarade, capable d’agir juste parce qu’elle le voulait, cette simplicité qui l’aidait probablement grandement dans ses prises de décision. Une impulsivité que Phœbe imaginait très bien sur le terrain par exemple. Il était vrai que la tour d’Astronomie était  beaucoup plus facile d’accès pour un membre de la maison des érudits. En comparaison la Serpentard avait avalé de nombreux étages pour arriver aussi haut. L’Aiglonne savait aller droit au but, sans détour et sans ambages, et cette attitude ne définissait pas vraiment la petite sorcière.

La Serdaigle fit une petite remarque sur sa rencontre avec une préfète et celle-ci soupira silencieusement. Bien qu’elle en soit une supposée représentante, l’adolescente ne sacralisait pas l’autorité et ne la plaçait pas avant tout chose. À vrai dire les comportements des plus jeunes à Poudlard qui changeaient du tout au tout, et transpiraient parfois la crainte dès l’apparition d’une figure d’autorité ne faisaient qu’agacer Phœbe. Le ton de plaisanterie employé par Jenkins lui fit cependant réaliser qu’elle n’était pas ce genre de personnes, et qu’elle resterait elle-même, sans prendre en considération le poste de la petite Swan. Elle répondit alors par un sourire en coin pour signifier sa reconnaissance de ne pas être définie par cet insigne. La magicienne bleue et bronze était certainement consciente de cela, devant aussi porter sur ses épaules quelques charges que la petite sorcière ne s’imaginait pas échanger avec elle.

Le capitanat, puis ces épreuves… Phœbe commençait à saisir pourquoi Tally avait besoin d’air, elle vivait un trop-plein d’évènements et émotions. L’adolescente pensait toucher un point de convergence, et questionna sa camarade.

« Quel effet ça te fait d’être une élève… importante sur le papier ? Entre les responsabilités et attentes, tu parviens à gérer ? »

La  petite Swan était curieuse de découvrir si elle était la seule à se sentir évoluer en funambule de temps en temps, tout ce qui lui était demandait finissait par l’entraver et la poussait à changer peu à peu, du moins en apparence. La magicienne tourna la tête pour tenter de croiser le regard de Tally afin d’y déceler des pensées ou ressentis dissimulés.

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L'angoisse emporta quelques secondes de trop Jenkins. Ça y est, elle était allée trop loin, n'est-ce pas ? Elle s'était aventurée sur un chemin trop étroit, un sentier qu'elle avait forcé sans forcément attendre le consentement de la jeune Swan. Mais elle était comme ça ! Jamais de faux semblants, tout était dit, aussi simplement que parfois blessant. Voilà qu'elle avait tenté une petite vanne et l'autre fille s'était fermée d'un coup. Tally paniqua. Son cœur s'emballa. Elle s'imagina un instant redescendre de la tour, pantoise et amère. Encore plus déboussolée qu'elle n'y était montée. Pourtant, ses réactions physiques se calmèrent à l'instant où elle capta le sourire léger sa consœur. Elle n'avait pas trop mal visée. Elle avait entrouvert une porte en y laissant traîner le bout de sa chaussure alors que Phœbe avait tenté durant une fraction de seconde de la lui refermer sur le coin de la figure. Ce semblant de sourire, cet étirement presque fantomatique des lèvres de la brune la rassurèrent sur ses piteuses manières en matière de relation. Au fond, malgré tout ses défauts, elle pouvait réussir des trucs, pour peu qu'on accepte de faire un petit pas dans sa direction et qu'on sache la prendre par le bout de la main pour savoir la guider sur ce petit sentier escarpé.

Tally Jenkins se laissa donc aller à un sourire timide en retour. Elle ne savait pas trop ce qui pouvait bien la prendre de sourire bêtement comme ça mais elle avait un besoin viscéral de se sentir rassurée, presque soutenue. Les signes étaient peut-être infimes mais cela suffisait à la combler à cet instant. Elle se mit à respirer plus librement. Comme si un mur invisible s'était brisé entre les deux filles. Jenkins n'avait plus l'impression de s'imposer, elle se sentait désormais à sa place. Pour signifier ce changement d'état d'esprit à Phœbe, elle resserra ses jambes contre son menton. Était-ce elle ou ce petit vent frais était venu la chatouiller d'un peu trop près ? Il commençait presque à faire froid, là, non ? En réponse à cette sensation, son corps tout entier se mit à frisonner. Elle chercha à cacher cette infime faiblesse derrière un bâillement exagéré. Un bâillement qui lui rappela qu'elle aurait préféré trouver le sommeil que se retrouver là, bêtement, en haut de la tour d'astronomie avec une fille qui avait traversé les trois-quart du château pour s'y trouver également.

Lorsque Tally reposa, pour la énième fois de la soirée, son regard sur le visage pâle de Phœbe, celle-ci avait l'étincelle des personnes qui comprennent. De celles qui n'ont pas un pois à la place du cerveau mais qui sont bel et bien capables d'effectuer des connexions alors que les indices sont pourtant bien maigres. Il ne faisait maintenant aucun doute qu'elle l'avait découverte. Après tout, elles semblaient définitivement liées par les mêmes motivations... le destin leur avait joué un petit tour : celui de se retrouver confrontée l'une à l'autre en cette soirée. Les paroles de la Serpentard ne firent de confirmer les doutes de Tally. Elle savait. Elle n'avait pas besoin de poser la question, elle avait juste compris. Jenkins se sentit chanceler un instant, comme si elle allait rouler en arrière le long de sa colonne vertébrale et ne plus jamais se relever. En instant, elle se rappela des vraies motivations qui l'avaient amené ici. Elle n'avait pas menti à Phœbe, elle n'était juste pas entrée dans les détails. Et elle, elle était arrivée en cherchant à décortiquer les moindre détails. Le pire, c'était qu'elle était arrivée en prenant bien soin de ne pas la blesser. En prenant de minuscules pincettes qui finiraient forcément pas pénétrer dans les moindres recoins de son esprit.

Tally laissa son visage plonger entre ses bras, bien à l'abri de ses deux jambes resserrées. Il faisait meilleur ici. Était-ce vraiment plus chaud ? Ou bien était-ce son visage devenu fournaise qui lui faisait cet effet-là ? La fourbe Serpentard était-elle en train de lui tendre un habile piège -où elle était en train de plonger toute entière dedans- ? Ou bien était-ce parfaitement sincère ? Jenkins ferma les yeux du plus fort qu'elle pu. Peut-être ne valait-il mieux pas le savoir... peut-être que ce léger mystère planant était aussi bon pour elle que pour l'autre ? Après tout... elle ne l'avait pas encore mangé. Et elle était Tally Jenkins, bon sang ! Evidemment qu'elle était importante sur le papier ! Et pas que.
Elle se redressa vivement. Elle fut prise d'un doute. Devait-elle vraiment jouer la Tally Jenkins qu'elle montrait chaque jour dans ce château ? L'arrogante, méchante, bien trop assurée ? Qui devait-elle être dans ce noir pesant ? L'obscurité la protégeait, non ? Pour quelles raisons devait-elle toujours être forte ?

Parce que ta mère a échoué au moment où elle avait lâché la moindre minuscule faiblesse. Parce qu'au moment où tu as cru que tu pouvais lâcher du leste tu es tombée plus bas que terre. Parce que ta seule force réside dans cette faculté à ne plus être capable de faiblir. Ta rage te nourrit. L'abandonner, c'est perdre tout ce que tu as construit durant l'année et demie écoulée. Tu n'as pas envie de jouer avec ça, Jenkins ? - disait une petite voix dans un coin de son cerveau.

Sa mâchoire se crispa. Elle se sentait plus troublée qu'elle n'aurait dû l'être. C'était un moment de faiblesse qu'elle n'aurait jamais dû montrer à Swan. Ce n'était pas une chose qu'elle souhaitait faire valoir auprès de ses pairs. Elle devait se ressaisir. Paraître normale. Être humaine. Ne pas s'adonner aux mensonges mais à la demie-vérité. Elle renifla légèrement pour refouler les larmes mais également le froid.

« _ Je gère. Cette phrase sonnait parfaitement fausse. Autant à ses oreilles qu'elle celle de Swan, elle en était persuadée. Enfin... j'imagine qu'on sait pas trop quoi attendre de ce tournoi, hein ? Elle se fendit d'un sourire où son assurance avait repris le dessus. Et puis... ces Chinois, t'en penses quoi ? Même si Mei avait immédiatement plu à Jenkins, elle n'était pas sûre ni d'être à la hauteur et encore moins d'être capable de s'entendre avec cette forte tête. Puis, elle se rendit compte que le meilleur moyen d'effacer ce petit moment de faiblesse était probablement de renverser la tendance. Et toi alors, ça fait quoi, d'être importante sur le papier ?  »

Son sourire ne cessa pas.

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De curieuses oscillations entre la tension et le relâchement, entre le contrôle et l’assurance confiante. C’était ainsi que Phœbe croyait percevoir sa camarade bleue et bronze. Tel un pendule, pourvu en revanche d’irrégularités dans son balancement. Ces objets la fascinaient, elle en avait même apporté un à Poudlard, qu’elle conservait auprès d’elle dans les dortoirs, il avait un certain pouvoir sur elle. S’attacher à un objet pouvait passer pour la création  d’un lien incongru et inexplicable. Un simple amas de matière, parfaitement remplaçable. Et pourtant… Pour l’apaiser, l’aider à se concentrer, évacuer certaines pensées, elle avait recours à son pendule.  Tally n’avait pas vraiment ce genre d’effet sur la petite Swan, sa trajectoire n’était pas prédéfinie mais beaucoup plus libre et fluide. Elle était aussi à sa manière une source d’étonnement. La Serpentard était susceptible de découvrir cette nuit une facette méconnue de Tally, celle-ci présentait déjà une attitude autre que celle observée auparavant et qui donnait déjà  une image légèrement différente de la première que l’adolescente s’était construite.

L’adolescente ne manqua pas le discret sourire de camarade, certainement apparu en écho de celui que la jeune sorcière avait esquissé la première. Le signe d’une forme de connivence, elles partageaient plus ce que Phœbe n’aurait jamais pu imaginer. Elles étaient chacune capable de comprendre, sans avoir à chercher ou à fouiller plus avant. Bien que ce soit le cœur de la nuit, la magicienne serpent sentait une acuité de ses sens peu commune. La fatigue ne la touchait pas, elle se sentait particulièrement éveillée. Le souffle très doux d’une brise parvenait à ses oreilles, la lueur du ciel permettait d’apercevoir des contrastes pour distinguer plus que des formes dans la nuit. Les petits mouvements de Jenkins dans son champ de vision ne lui échappèrent pas, ni son bâillement peu communicatif. La petite Swan savait que la fatigue la toucherait certainement plus tard, quand elle ne pourra plus se reposer. L’Aiglonne préférerait sûrement dormir plutôt que de se retrouver en la compagnie de l’élève verte et argent.

L’intervention de l’étudiante avait touché quelque chose en Tally et fit mouche en quelque sorte. La formulation employée pouvait être en partie responsable. C’est là que la Serpentard comprit ce que pouvait être la fierté, comprise comme une réelle entité, partie intégrante d’un être. Indubitablement la fierté de l’Aiglonne avait été réveillée par les mots de la préfète, c’était le signe que la Serdaigle se reconnaissait dans la définition d’une sorcière importante. Pour autant cela n’impliquait pas forcément de présomption ou de sentiment de supériorité de la part de Jenkins. Il était question d’importance… par rapport à ce qu’elle défendait. Elle protégeait son cercle, sa sphère d’influence. Est-ce que Phœbe comprenait cela ? L’adolescente n’était pas encore suffisamment affirmée pour avoir toute la force de conviction requise.

De nouveau un balancement perceptible. Comme de la méfiance à l’encontre de la petite Swan, qui imaginait ne pas s’être montrée intrusive. Elle savait préserver les apparences de l’innocence. Le combat interne de pensées affleurait presque à la surface. Tally préparait certainement ce qu’elle s’autorisait à dire à voix haute. Ses premiers mots avaient une résonance bancale. Pour convaincre un interlocuteur la première personne à convaincre était soi-même, la petite Swan le savait, et elle se montra attentive. C’est pourquoi l’adolescente verte et argent arqua doucement un sourcil et soutint son regard. Sa camarade exprima ses doutes. Ce tournoi était très centré autour de ses protagonistes, la Serpentard ne se sentait pas mêlée à ce qu’il se passait, ces épreuves. De ce qu’elle avait vu ça ne concernait pas directement les écoles, mais les duos, les êtres sorciers à proprement parler, ceux qui récupéreraient l’œuf convoité.

L’impact de ces chinois ne se faisait pas clairement ressentir, ils composaient dans leur coin. Ne cherchaient pas à vivre une expérience de découverte culturelle en se mêlant aux élèves de Poudlard, en s’intéressant à leur mode de vie ou à l’enseignement. Jamais la magicienne ne les avait proprement « côtoyés », le seul lien privilégié qu’ils construisaient était avec leur partenaire, choisi sur le volet. Entendre son nom avait dû être un insigne honneur pour Tally, à moins qu’elle n’ait pris comme une évidence d’être choisie par Mei.


« Ce tournoi est singulier sans pour autant être inédit en son genre. Mais tu devras attendre les épreuves pour vraiment découvrir ce qu’il en est. Nos visiteurs sont trop… discrets. Je vois qu’ils sont différents, mais ils s’exposent peu ou pas. »

Un petit haussement d’épaules pour dire qu’elle n’avait pas fait de prévisions, les choses arriveront comme elles sont, la magicienne n’avait pas cherché à se poser des questions précises sur ce tournoi, d’autant qu’elle n’était pas vraiment impliquée. Elle n’avait pas l’impression que les représentants de l’école d’Asie soient particulièrement ouverts pour partager avec les Poudlariens.

Le moment de bascule fut celui où Jenkins retourna sa propre question contre la petite sorcière avec la violence d’une déviation, en affichant un sourire, la batteuse était parvenue à tout transférer sur l’adolescente. Elle se sentait comme un serpent qui avait conçu son propre piège. La petite Swan grimaça, démonstration de son amertume après s’être fait avoir. Trouver le mot juste. Était. Vain. Ses pensées s’étaient saccadées. Sa situation n’était pas tout à fait analogue. Phœbe devait tout au professeur Van Drecken, Tally qu’à elle-même. En cas d’accroc c’est à l’extérieur que la petite Swan verrait la déception, moins à l’intérieur. Pour l’instant, elle devait encore s’affirmer pour retourner la situation. Tout venait à retardement, Phœbe n’était pas encore parfaitement arrivée au stade d’actrice de ses faits. Elle avait reçu un nouveau costume à endosser, et lisait encore la notice. Ses projets personnels d’enquête sur son passé étaient difficiles à poursuivre, si bien qu’elle prévoyait de les conduire hors de  l’enceinte de Poudlard.

« Se voir soudainement gagner une importance tiraille et remodèle. Je suis comme au service de ce que je dois incarner, alors que je préférerais que ce soit l’inverse. Que ce que je devrais représenter soit en moi et non moi en une image. Des lettres, un terme font naître un respect, mais s’il n’était pas présent avant, ce ne sont que des attitudes factices, dirigées par l’intérêt ou la crainte. »

Les propos de la jeune fille étaient confus, mais elle croyait se comprendre. La perception externe était modifiée dès que l’on n’était plus un élément anodin du décor, lui donnant l’impression d’être entourée de faussetés et artifices.

« J’ai besoin de m’approprier ce qu’implique cette ‘importance’, je ne voudrais pas être trop… changée sans que je ne veuille. »

La petite Swan baissa son regard gris comme la Lune vers le sol sur lequel elle était installée. Normalement Jenkins n’était pas seule, l’Aiglonne allait vivre une expérience en binôme.

« Tu parviens en dépit de tout ce qui t'arrive à demeurer telle que tu le souhaites ? »

Le contrôle, et surtout la pleine liberté de se présenter sous un certain jour, était de plus en plus difficile dès que son image commençait à être scrutée pour divers motifs possibles.

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Tally Jenkins hocha imperceptiblement la tête à la réponse de Swan. Elle non plus n'avait bien aucune idée de ce qu'elle pouvait attendre de ce tournoi. Jusqu'ici, elle ne tirait qu'une immense fierté d'avoir eu l'honneur d'être choisie par Mei. Malgré son caractère de feu et parfois imprudent, Tally avait immédiatement accrochée avec la jeune Chinoise. Elle était tout ce dont elle rêvait d'être : sans filtre. Le pire, c'était qu'elle avait toutes les raisons du monde de l'être. Même en anglais, sa langue était aussi affutée que celle du serpent, magiquement parlant, elle était extrêmement douée et elle avait même domptée un crapaud géant ! C'était une immense chance de pouvoir la côtoyer de plus près. En espérant qu'elle serait ouverte à la discussion et prête à lui parler des mystères d'Orient. Jusqu'ici, Phœbe avait raison, les élèves chinois avaient été très discrets. On ne les croisait que rarement, ils ne déambulaient pas vraiment dans les couloirs et s'il arrivait de les voir, ils ne faisaient pas le premier pas pour parler aux autochtones de Poudlard. Tally se sentait du coup bien plus privilégiée à ce sujet. Elle aurait bientôt Mei pour elle toute seule. L'argenté conclut sa réponse avec un haussement d'épaule qui signifiait la fin de la discussion à propos des Chinois : ils étaient là mais presque invisibles et le Tournoi finirait bien pas se dérouler. Il n'y avait pas à monter d'énormes plans pour savoir ce qu'il allait se passer, c'était simplement vain.

En lui retournant la question, certes d'une manière fine, Jenkins ne pensait pas provoquer l'ouragan qu'elle mit en branle chez la Serpentard. Celle-ci lui tira une grimace et échappa à son regard comme si elle cherchait à se reformer à l'intérieur avant d'être capable de montrer quoi que se soit à l'extérieur. Jenkins s'en voulait un peu, elle avait été mal suite à sa question et voilà qu'elle lui renvoyant exactement la même chose dans les dents. C'était rude. Était-ce là un instinct de joueuse de Quidditch ou une maladresse de l'asociale qu'elle était ? Difficile à dire, mais si cela venait de son rôle de batteuse, elle n'avait pas vraiment fait exprès de viser aussi bien dans le milieu de la cible. Heureusement, petit à petit, Phœbe sembla se ressaisir et se mit à lui expliquer comment elle voyait ce nouveau rôle qui lui incombait. Elle usait de mots compliqués et Tally n'était pas réellement sûre de comprendre l'ensemble de son monologue. Voulait-elle dire qu'elle ne maîtrisait pas encore son rôle ? Qu'elle n'était pas fondamentalement prête à l'endosser ? Ou bien qu'elle commençait déjà à être lassé des personnes qui ne voyaient en elle plus que l'insigne frappée d'un P vert et argenté. Après une brève pause, elle acheva son discours en lui expliquant qu'elle ne voulait pas être changée par cette nouvelle responsabilité.

A la nouvelle question, ce fut à Jenkins d'hausser les épaules. « _ Au contraire. Cet évènement arrive à point nommé. Il est la poudre à canon qu'il me manquait pour me projeter vers ce que je désire. J'accepte les changements parce que j'évolue pour atteindre mes objectifs. Peu importe si je perds des plumes en route, je m'en fout si certaines personnes me lâchent sur le chemin. Le but, c'est d'arriver. Pas d'être. » Pour Jenkins, c'était lipide. Aussi simple qu'elle se levait chaque jour. Il n'y avait pas de question à se poser, aucun comportement à remettre en question. Tout était normal. Elles étaient jeunes, c'était normal de changer. Il suffisait de suivre la voie qu'on souhaitant et celle-ci serait capable de les modeler dans la bonne direction. Il n'était pas question de freiner ses changement ni de nager à contre courant. Tout cela était aussi vain que contre productif, ça servait à rien. Elle ne se rendit pas compte qu'elle affichait toujours un sourire énigmatique. Elle s'interrogea alors sur ce que pensais la Serpentard. Car celle-ci avait bien l'air inquiète à ce sujet. « _ Pourquoi t'as peur de changer ? Tant que tu aimes c'que t'es, pas besoin de se poser mille et une questions pour s'assurer que tu vas dans la bonne direction. Faut juste se faire confiance, un peu. » Son ton était limite devenu agressif, comme si elle ne supportait pas l'idée que Swan n'accepte pas ce qu'elle était ou du moins le remette en question. Elle voulait l'aider. « _ Tu voudrais faire quoi, plus tard ? » Parce qu'après tout, il fallait bien des objectifs pour accepter la métamorphose du chemin.

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Trouble. Clair comme de l’eau trouble pour reprendre une expression connue. C’est ainsi que Phœbe supposait que Tally définissait ses propos, et la Serpentard ne pouvait pas lui en vouloir. Elle reconnaissait cette confusion qui faisait qu’en parlant elle déviait de ses premiers mots, ce qui donnait des phrases sinueuses et sibyllines. L’adolescente avait son propos final en tête après avoir conclu, mais ce qui était sorti de sa bouche n’avait pas la netteté présente dans son esprit. Sa question conclusive au moins était fluide, ou du moins n’était pas trop floue. La réaction de la Serdaigle fut très spontanée et surprit légèrement la jeune sorcière aux couleurs vert et argent, qui croyait qu’un moment de réflexion s’imposait avant de parler directement. Le mouvement d’épaules de l’Aiglonne transmettait le message selon lequel ce que pointait sa camarade ne lui importait pas plus que ça.

Un simple mouvement physique qui parlait, transmettait déjà et préparait le dialogue, la prise de la parole de Jenkins. La Serpentard prêta une oreille attentive à ce que s’apprêtait à dire la jeune fille. Elle exposa son point de vue, bien clair et placé. Tally se ravissait de ce bouleversement, elle l’embrassait complètement et sans résistance. C’était… oser prendre un risque pour obtenir ce qu’elle voulait. Mais que voulait Phœbe exactement ? La petite Swan médita les mots de sa camarade, qui avait appuyé deux verbes pour souligner toute la nuance sur laquelle elle se reposait pour s’expliquer. La magicienne bleue et bronze acceptait l’idée de parvenir changée au point d’arrivée. La fin était élevée au-dessus de tout le reste.

La jeune sorcière détourna ses yeux gris et pencha la tête. Elle n’était pas certaine de partager cette vision. L’apparition d’un objectif était en lien avait la personne qu’elle était, subir des transformations internes signifiait adopter un regard autre, modifier ses envies, changer l’ordre d’importance de certains projets. Les essentiels d’hier ne sont pas ceux d’aujourd’hui, ni de demain. Pour elle, changer signifiait se retrouvée détournée de sa voie initiale, certes pour explorer un nouveau chemin, mais c’était aussi se barrer l’accès à ses aspirations premières et originelles. L’impossibilité de faire marche arrière, voilà en somme ce qui la gênait. Chaque décision devait toujours effacer d’autres possibles, si bien que Phœbe avait l’impression qu’un choix était fait pour fermer des portes et non en ouvrir.

La voix  de Jenkins résonnait encore dans sa tête, ce qui permis à la petite Swan de comprendre. Si elle bloquait tout, et empêchait les évènements de se produire et de suivre leur cours, finalement elle ne pourrait rien, n’avancerait jamais.  La Serpentard était au croisement d’Hécate, il était temps de prendre une route, ou de dessiner la sienne. C’était l’alternative la plus tentante, tracer elle-même son chemin vers son arrivée. Si c’était possible, chose que l’adolescente ignorait, mais si elle en avait le pouvoir elle tenterait. Ce serait son moyen de ne partir en roue libre, garder une main sur le guidon en quelque sorte.

« C’est juste… je crains juste que changer n’implique se trahir par rapport à un instant passé. Mais tu as raison, je ne devrais pas rester à jamais sur la même ligne. »

L’Aiglonne s’était un peu emportée sur ses derniers mots prononcés avec plus d’énergie et de véhémence. La petite Swan approcha dans un geste qui se voulait discret sa main gauche sur son cœur, tout en douceur. Il battait vite, beaucoup trop, et elle sentait les pulsations, un point sensible vibrait encore en elle. Aimer ce qu’elle est. Envisageable seulement ? Elle en doutait, le temps devait faire son œuvre, mais il agissait lentement. L’adolescente lâcha alors les quelques mots qui résumaient si bien tout ce qui était enfoui en elle, qui expliquaient sa confusion, ses doutes, ses… peurs.

« Et que suis-je ? »

Sur cette interrogation la magicienne vert et argent s’était brusquement levée comme pour briser un enchantement. Elle ne s’échappa pas pour autant. L’étudiante se tint debout, les deux mains sur le cœur dans une sorte de posture défensive, tournant le dos à Tally, n’osant la regarder. Se définir, se comprendre, cela lui paraissait une tâche si complexe, si délicate, dès lors faire confiance à… l’inconnue qui était en elle ? La  perspective d’un futur rêvé ne suffisait pas pour faire office d’ancre. L’ambiance était devenue pesante, oppressive. Avait-elle une ambition, qui l’aide à se cerner…

« Je… je ne sais plus ce qui m’intéresse. La magie, la belle magie. »

La détresse aurait pu se lire dans le regard brillant et argenté de Phœbe si quelqu’un l’avait soutenu. Elle avait cependant pris garde à ce que ce ne soit pas possible, pas tant que Jenkins restait à sa place. À sa voix mourante sa camarade avait certainement compris que la petite Swan avait perdu de sa mesure, que ses pensées n’étaient plus aussi ordonnées qu’elles devaient l’être. Il y a un an encore elle s’enthousiasmait facilement, se laissait séduire par les merveilles, maintenant elle était hermétique au monde devenu terne. Il manquait une lueur. Si seulement celles du ciel pouvaient s’incarner…

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La jeune Swan ne semblait pas vraiment partager les idéaux que Jenkins aimait clamer haut et fort. Pire que cela, Tally n'était même pas sûre qu'elle les comprenne et les appréhende véritablement. En tout cas, c'est ce que semblait confier le crâne de la Serpentard qui se pencha sur le côté dans un air interrogatif. On aurait dit un chaton s'interrogeant sur le bien fondé de manger sa pâtée. Cela mis quelque peu mal à l'aise Jenkins qui n'avait pas eu pour intention première de remettre en cause la vision de la vie de Phœbe. Elle avait probablement été trop insistante et s'apprêtait maintenant à le regretter. Pourtant, quelques instants plus tard, la Serpentard avoua qu'elle n'aimait pas se trahir par rapport à ce qu'elle avait pu être mais que les paroles de Tally faisaient sens si l'on souhaitait avancer.

Alors que les ombres se faisaient plus noires, plus denses, les mouvements étaient presque imperceptibles. Il fut pourtant donné à Jenkins l'occasion de saisir du regard la lente main de Phœbe se dirigeant inlassablement vers sa poitrine. Que cherchait-elle a faire ? Cela demeura un mystère pour Jenkins. De toute façon, cette fille était un mystère ambulant à elle seule. Elle éprouvait une certaine sympathique, voire une certaine compassion, à son égard mais ne parvenait pas à rattraper les moindres bouts tangibles de cet esprit vagabond. Elle était inaccessible et parfaitement gazeuse. Impossible à enfermer au creux de sa main. Et sa nouvelle question ne faisait que renforcer l'énigme qu'elle représentait aux yeux de Jenkins. Et celle-ci commençait à être lassée de ses ronds de jambes et autres galipettes pour fuir en avant. Elle soupira faiblement et se décida à lui fournir une réponse. Elle ne la satisferait probablement pas mais la rassurerait peut-être ?

« _ Tu es Phœbe Swan. Élève à Poudlard en troisième année, répartie à Serpentard et préfète depuis peu. Mais tu es aussi une jeune fille. Une intrigante jeune fille. » Elle ne savait pas trop pourquoi elle avait voulu ajouter ça. Ni même pourquoi elle l'avait vraiment fait. Venait-elle vraiment de complimenter quelqu'un ? Elle ? Tally Jenkins ? Décidément, elle avait besoin de sommeil. Heureusement, Tally eut la bonne idée de rediriger la conversation vers les espoirs futurs. Inutiles de s’appesantir sur des phrases qui pourraient être interprétées à tord. Sur-interprétées. Ou juste pas interprétées du tout.

Ce fut cet instant que choisit la verte et argent pour se lever brusquement, toujours la main sur son sa poitrine pour finir par lui tourner le dos. Cela lui fit mal au cœur de sentir cette fille autant en détresse. Elle ne savait même pas comment réagir face à cela. Devait-elle prononcer d'autres paroles réconfortantes ? Pfff, il était bien impossible de savoir si elle le seraient tellement elle n'avait aucune idée de commencer gérer ce genre de crises. Même avec le vent qui soufflait sur la tour, il semblait que l'air s'était alourdit. Une réelle tension était née du sein de la conversation. Cela n'était pas très agréable mais Jenkins n'avait bien aucune idée de comment la désamorcer.

Phœbe semblait perdue. Complètement paumée au milieu des étoiles. Encore un petit pas et elle ne tarderait pas à les rejoindre. Tally sentit tout ses muscles se contracter. Elle ne pouvait pas la laisser faire ça. Peut-être était-elle totalement en train, à son tour, de sur-interpréter quelques bouts de phrases mais là la Serpentard semblait avoir perdue les pédales. Ou bien elle ne faisait que mouliner dans la semoule. Jenkins bondit tel un ressort pour trouver l'appuie de ses jambes. Elle ne quittait pas des yeux Swan. Vraiment ? Elle songeait vraiment à sauter de cette maudite tour ? Tout ça partant d'un désespoir insensé ?!

Aux yeux de la Serdaigle, il n'y avait pas quatre mille solutions au problème. Hors de question de la laisser faire une connerie, même si elle n'y songeait peut-être pas du tout. Mais également hors de question de la laisser se noyer dans une bouillabaisse infâme qui semblait la bouffer de l'intérieur. Jenkins fit donc la seule chose qui lui parut logique à cet instant. Elle s'avança d'un pas et enlaça la jeune sorcière par la taille, serrant étroitement son corps contre le sien.

« _ Peut-être, n'est-ce pas si important, de savoir. » Elle, elle avait toujours su. Sans doute. Sans concession. Elle se rendait compte ce soir que ce n'était pas le cas de tous. Et qu'en aucun cas elle devait forcer les autres à emprunter son chemin.

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Tallirenpher, prenez garde !

 RPG++  L'Imprudence des Étoiles

Des mots vinrent percer le voile qui nimbait à présent le monde des pensées de Phœbe qui essayait de se concentrer pour entendre et laisser ces paroles lui parvenir. Son intérêt baissa vite. Factuel, c’était purement factuel. Elle savait ces informations, mais ce n’était pas en ces termes qu’elle souhaitait se définir. Les tout derniers mots en revanche étaient d’une autre nature. Elle, intriguante ? De coutume c’était ce qui l’environnait qui lui échappait, qui pouvait l’intriguer. Elle serait donc devenue à l’image de cet univers composé de nœuds, un être flou et indistinct, un nouveau nœud de cette toile mystérieuse. La Serpentard ne demandait qu’à retrouver les contours de sa silhouette. C’était le tracé de ces courbes qui permettaient d’identifier une personne, c’est ainsi que la petite Swan regardait les personnes s’approcher, s’éloigner : par leurs contours. La distance faisait passer graduellement ces présences du point à la forme aux limites clairement définies. Du flou au net et inversement.

Le sens de la vue n’était pas toujours sollicité, la perception était à l’œuvre. Bien que l’adolescente tournât le dos à l’Aiglonne, elle percevait, elle visualisait une partie d’elle, la jeune sorcière s’était imprégnée de la présence de l’autre, avait saisi peut-être une minuscule parcelle de sa camarade. Quand un être disparaissait physiquement, il n’en allait pas de même au sein de la magicienne qui conservait en elle les empreintes des rencontres. C’est ce que l’on appelait communément les souvenirs, non ? Elle n’était pas sûre, car ce qu’elle retenait allait au-delà des images, des scènes. La sorcière verte et argent ignorait comment nommer ces impressions conservées d’un instant. Mais tout le monde avait ces traces ? Sans forcément avoir l’image des silhouettes.

Noir comme de la poix. Lorsque la jeune fille baisse ses yeux pour contempler le vide qui s’étendait depuis la hauteur de cette tour, il était impossible de distinguer le sol, le parc, tout était sombre. La seule lumière venait du ciel. Il paraissait de cette perspective plus proche que la terre. Voilà qui était étrange. Tally ne la voit pas de face, elle ne peut plus la lire. Pour autant Phœbe ne sent même pas mieux. Elle pensait se réfugier dans une bulle protectrice mais elle était juste isolée dans sa poix. Qui se manifestait et s’incarnait parfaitement dans l’obscurité nocturne. L’adolescente n’a pas le temps de réaliser vraiment que le silence qui s’est abattu, que Jenkins n’a pas parlé. Observe-t-elle la silhouette frêle de sa camarade se découper dans la nuit ?

Le geste fut furtif, si bien que la petite Swan ne put le prévoir. Elle ne cherchait pas à voir avec ses yeux, et ne traitait aucune sensation visuelle. Tout passa à travers ses autres sens qu’elle n’avait pu étouffer. Phœbe sentit quelque chose la prendre, la saisir littéralement. Tout son corps se tendit en réponse, elle n’avait pas eu le temps de comprendre ce qu’il se passait. Un parfum inédit assaillit ses narines. Jamais elle n’avait été à une telle proximité d’un camarade de Poudlard. Pas au point de la sentir de la sorte, intensément. Et de façon tout à fait troublante. La Serpentard en a le souffle coupé et subit dans un premier temps la scène. Elle voit à peine ces bras autour de sa taille. Une batteuse était donc capable de douceur, elle s’imaginait sentir un contact beaucoup plus dur, brut. Une certaine délicatesse se retrouvait dans ce geste. La frontière entre les deux filles est invisible dans le noir, elles se fondent et ne forment plus qu’une silhouette de loin. Elles devraient être deux, une limite devait trancher. Les séparer. Une phrase vient frapper ses oreilles. Elle sonne comme une contradiction. Il faudrait bien savoir, un jour. Avancer à tâtons ne menait qu’à l’errance sans fin.


La Serpentard est toujours complètement figée, ne sachant quel mouvement amorcer. Jenkins est trop proche. La Serdaigle entend-elle le cœur de l’adolescente s’emballer sous l’effet de la panique ? Elles ne peuvent former une entité, elles sont dissociées. Deux silhouettes, deux formes, deux sorcières et ce qu’elles étaient. Au bout de quelques secondes, Phœbe finit par voir en Tally une geôlière, une prison corporelle. C’est ainsi qu’elle trouve la force de se libérer. L’adolescente tente de détacher ces bras et se dégage. Pour reconstituer cette frontière rassurante fissurée par cet instant foudroyant.

Le mouvement s’est certainement fait avec trop de puissance car la sorcière se retrouve projeté à terre. De peu, elle manqua le vide et se retint avec son bras gauche, l’autre manquant d’être aspiré par le vide. L’étudiante tente de souffler doucement, de se calmer sur tous les plans. Elle n’ose pas jeter un regard vers la rousse, qui n’avait certainement pas manqué sa chute. Son visage se met à chauffer, à gagner en température. Une minuscule perle translucide apparaît au coin de son œil. Aussitôt Phœbe pose son doigt pour la recueillir, dissimuler cette traîtresse. Son regard est brillant, à cause du film liquide qu’elle tente de contenir. Au ralenti, toujours sans établir le moindre contact visuel avec la bleue et bronze, la petite Swan se relève et parvient à recouvrir une position debout. Elle pose cependant l’une de ses mains à plat contre la pierre froide, un soutien rassurant. L’adolescente finit par lever la tête pour s’arrêter sur le visage de la capitaine. Une inspiration.

« Je ne peux l’expliquer. »

Elle parlait de ces dernières secondes, durant lesquelles elle n’avait pas mieux compris que sa camarade ce qu’il s’était passé. Elle avait la désagréable de ne pas avoir fait ce qu’il fallait à un moment donné. La gêne s’était emparée de la Serpentard, qui n’avait aucune idée de ce qu’elle pourrait ajouter.

« Je ne peux pas m’excuser. Pour… pour ma façon de voir et sentir les choses. D’être. »

Son ton était moins hésitant, elle commençait affirmer ses propos. La sorcière verte et argent avait sa propre perception, se laissait influencer par celle-ci, et c’était une partie d’elle, qui la construisait, taillait sa forme et sa silhouette.

~ Si l'éclat des étoiles doublait, l'univers serait à jamais ténébreux~
Lâchée en 2029 dans ce Monde, Jetée en 2040 entre ces Murs de Pierre
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Tally Jenkins était maintenant dans une situation délicate. Les bras contre les reins de Phœbe Swan, qu'elle connaissait que peu, la poitrine compressée contre son dos, les yeux fermés et larmoyants dans la peur d'une connerie. Et rien. Il ne se passa d'abord rien. A part leur cœurs battants à l'unisson. Celui de Phœbe dans une forme de surprise et celui de Tally dans la peur viscérale de ce qui aurait pu arriver. Elle avait choppé son propre poignet sur le ventre de la Serpentard et elle était tellement tétanisée qu'elle n'était pas sûre de pouvoir le lâcher. L'autre jeune fille avait bandé des muscles d'un seul coup si bien que si Tally avait voulu la soulever, elle l'aurait emmené tel un panneau de circulation, tout droit.

Alors que Jenkins se rendait peu à peu compte qu'elle avait échappé au pire, elle ne s'attendait pas vraiment à ce que Swan se rebiffe d'une manière aussi violente. L'argenté s'écarta d'un seul coup, laissant Tally les bras ballants et s'offrant une fraction de seconde au vide. La respiration de la jeune Jenkins se bloqua pendant quelques instants et ses yeux s'écarquillèrent si forts qu'elle voyait probablement comme en plein jour. Swan s'était libérée, au prix qu'elle avait faillit passer par dessus bord. On pouvait presque comprendre pourquoi ce lieux était normalement réservé uniquement aux cours d'Astronomie.
La Serdaigle ne manqua pas une seconde de l'action, ni la façon dont elle évitait son regard, ni même la petite larme perler au coin de son œil. Jenkins s'était rarement sentie aussi mal à l'aise. D'habitude, elle ignorait tout ça, passait à côté des relations humaines, préférait la brusquerie, la moquerie, l'offensive. Mais là, elle avait brisé petit à petit sa coquille pour Swan. Elle s'était ouverte. Alors qu'elle avait l'impression de ne jamais avoir autant donné à quelqu'un, voilà que la situation se retournait contre elle. Et ça lui faisait mal. Ça lui titillait le cœur d'une façon inédite. Putain. Pourquoi ça faisait si mal ? Pourquoi ça devait toujours finir comme ça, droit dans le mur ? Jenkins se sentie en proie de vaciller. Elle était fatiguée, vidée, rompue par ses propres émotions qu'elle n'avait jamais sentie si palpables. Elle était à bout de souffle, aussi. Et ça l'enrageait, au fond. Ça la titillait de tout les côtés. Tout ça, c'était pas normal. C'était pas habituel. C'était dangereux. Pourtant, inexplicablement, elle cherchait à capter le regard de la brune. Pour se rassurer. Pour savoir qu'elle était toujours là. Pour comprendre où est-ce qu'elle avait encore fait une connerie. Putain. Elle était irrécupérable. Elle servait vraiment à rien dans ces cas-là.

Sous ses yeux toujours hagards, la petite fille meurtrie se releva, comme au ralenti. Petit à petit, elle se redressait sur ses jambes, jusqu'à trouver une position à peu près stable, juste vers la pierre, juste vers le vide. Jenkins, toujours tétanisée, n'arrivait pas à se défaire de l'angoisse qui la tenaillait. Elle ne voulait pas être spectatrice de cette tragédie. Alors qu'elle s'imaginait toujours le pire, Phœbe reprit la parole, elle ne pouvait pas l'expliquer. Jenkins non plus. Elle capta enfin son regard luisant. C'était intense. Et triste. Putain que ça continuait à faire mal. Elle ne pouvait pas s'excuser. Jenkins non plus. Elle ne lui en voulait pas, enfin, elle ne pensait pas à lui en vouloir. Elle ne voulait pas l'incriminer. Les mots se mélangeaient, devenaient troubles, étaient... inaccessibles. Ils ne voulaient même plus sortir de sa gorge. Elle était bloquée. Les pieds dans le sable, la tête dans la cunette, plus rien ne répondait au feu vert.

Elle ne voulait pas, elle ne voulait plus, elle avait déjà tant donné. Elle avait l'impression que c'était le truc de trop, le retour de bâton du diable en personne. Putain, qu'est-ce qu'elle était à côté de ses pompes. Elle tremblait comme une feuille, ne parvenait toujours pas à avoir des pensées cohérentes et avait déjà abandonné toute idée de répondre à l'autre sorcière. Elle captait bien son regard, elle sentait qu'elle était bien vivante, autant elle que l'autre. Elle voyait que tout tournait autour d'elle et comprenait que l'erreur venait d'elle. Qu'elle était en faute et probablement depuis le début. Mais rien ne sortait, tout s'explosait là-dedans et elle se demandait laquelle pouvait bien être la plus fragile des deux. C'était humiliant, presque inhumain. Pourquoi ça lui arrivait à elle, maintenant ? Elle avait juste envie d'oublier. D'aller se coucher. Faire comme si cette soirée n'était jamais arrivée. Putain. Dans quoi s'était-elle fourrée ? Pourquoi avait-elle accepté ? Par quelle folie était-elle tombée dans ses anciens travers : ceux de faire confiance, d'apprendre à aimer, d'être capable de ressentir. Elle finissait toujours vidée, seule, désespérée... inutile.

4ème année RP

Tallirenpher, prenez garde !

 RPG++  L'Imprudence des Étoiles

Oser regarder Tally, l’effort le plus déchirant. C’était redoutable, redouté, mais détourner le regard ne suffisait pas à se cacher. Phœbe pouvait affronter sa camarade. L’inébranlable Jenkins qui avait en elle une force que l’adolescente argentée n’exprimait pas. *Tally… Que t’arrive-t-il ?* Elle semblait perturbée, troublée après cette scène, et la petite Swan sentait qu’elle y était pour quelque chose. Mais c’était impossible, elle ne pouvait pas toucher l’intouchable, bousculer l’imbousculable, atteindre l’inatteignable. La jeune fille s’était laissé guider par ses émotions, sensations et un peu son esprit. Elle n’avait fait que réagir, en réponse. C’était l’Aiglonne qui avait agi, eu l’initiative. Ni l’une ni l’autre n’était blâmable pour autant. La Serpentard observe l’étudiante de Serdaigle. Elle ne comprend pas. L’adolescente en face d’elle paraît comme blessée. Phœbe n’avait pas cherché à lui faire une entaille ou même à en rouvrir une. Elle ne pouvait détecter ce qui avait provoqué cet état chez sa camarade. Cet état anormal. Invraisemblable, inconcevable. La magicienne bleue et bronze était plongée dans un mutisme, pourtant intérieurement il y avait certainement de nombreux mots, qui fusaient dans tous les sens. Avait-elle figé la grande capitaine ? Celle-ci cachait alors une sensibilité que la petite Swan commençait à percevoir.

Ce n’était plus la peine de retenir plus longtemps, l’énergie lui manquait, et l’étudiante baissa les paupières un instant, laissant une partie de son visage s’humidifier. Elle sentait des torsions internes, son cœur ne s’était toujours pas calmé, et son souffle devenait de plus en plus court. Son poison n’avait pu se cantonner à sa petite personne et était parvenu à contaminer la batteuse. Chaque personne abritait sa noirceur, qui pouvait l’aspirer dans ses eaux troubles. Elle pouvait être en surface, ou sommeiller dans les sombres abysses, où était sa place. Phœbe avait peut-être provoqué le réveil de celle enfouie en Jenkins, autrement elle n’avait aucune explication à ce revirement. Toute une image, une figure venait de s’effondrer, de voler en éclats sous le regard horrifié de l’adolescente. L’aura de puissance affirmée s’était doucement atténuée pour laisser la place à une autre couleur, certes envoûtante, mais que la Serpentard n’aurait jamais imaginé voir autour de la batteuse. L’Aiglonne était humaine, elle avait une petite fragilité. La petite Swan refusait d’y croire et de l’admettre. Si une personne comme elle ne pouvait pas même tout affronter, quel espoir pour tous les autres…

Tally. N’avait. Pas. Le. Droit. D’être. Faible. Phœbe regarde intensément sa camarade. Elle l’a trahie. Elle s’est trahie. Il ne peut en être autrement. Ne jamais se faire d’idées trop hâtivement, ni se permettre d’être sûre de soi. Ou tout pouvait bien s’effondrer sans crier gare. Avançant par petits pas, l’adolescente tente d’arriver au niveau de la rouquine. En s’en approchant de nouveau, la petite Swan ne peut écarter le récent souvenir du contact corporel qu’elles avaient partagé fugitivement. Elle doit cependant faire abstraction pour faire ce qu’elle va faire. C’est à son tour de ne pas laisser le saisissement la figer. De ne pas hésiter.

Les deux minuscules mains de la Serpentard prennent une main de Jenkins pour l’entourer, tandis que la propriétaire doit lever les yeux pour croiser ceux de son interlocutrice. Ses paroles sont murmurées, portées par le vent.

« Tu n’as pas le droit d’être vulnérable. Pas toi. »

Sa voix se tait. Elle avait cru en Jenkins, une ancre que rien ne faisait vaciller. Elle aurait dû se douter que ce n’était pas une machine, que c’était un être magique, une vraie sorcière. Tally avait aussi son existence, et même vécu des évènements l’ayant poussé à se montrer sous un certain jour devant Poudlard. Phœbe était certainement trop égoïste, aveugle, à ne pas réaliser que chaque personne devait gérer son dédale personnel, l’adolescente n’était pas la seule à devoir en affronter les sombres méandres. L’Aiglonne était parvenue à faire parler la magicienne verte et argent, sans qu’elle ne se cache trop, elle s’était permise de lâcher un peu de lest. Cette rencontre imprévue lui avait certainement apporté bien plus qu’une nuit seule à se perdre dans les motifs célestes. Cette confession, la petite Swan ne saurait la faire totalement. La jeune sorcière garde la même posture, mais tourne seulement la tête pour regarder en la direction opposée à celle de sa camarade.

« Je te suis… reconnaissante d’avoir tenu compagnie à cette pauvre fille. »

C’est prononcé si bas qu’elle espère presque que ses mots n’atteignent pas les oreilles de la capitaine. Car cela revenait à laisser une pointe faire éclater sa bulle qui l’enrobait et la protégeait. Et l’adolescente sentait que le contact serait brûlant si quelqu’un profitait de cette brèche pour approcher dans ses tréfonds les plus intimes, la couche de superficialité était sa seule couverture, son unique bouclier. Elle devrait lâcher cette main, non ?

~ Si l'éclat des étoiles doublait, l'univers serait à jamais ténébreux~
Lâchée en 2029 dans ce Monde, Jetée en 2040 entre ces Murs de Pierre
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