Botanique

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Tirer un trait ? Plus facile à dire qu'à faire.

Début Septembre 2043.
RP privé avec Sigmund Charleston.

Solar n'avait pas prit la peine de déballer toutes ses affaires à son arrivée. Les responsabilités qui l'incombaient furent nombreuses dès le début, et ses angoisses aussi. La jeune femme avait eu à se familiariser avec son rôle de Directrice de Maison, la paperasse qu'on aime tous, et les cours de Botanique. Sans parler de la serre, qu'elle souhaitait réorganiser... Bref, s'installer pour de bon ne fut pas sa priorité.
Aussi, cette après-midi là, rien ne l'obligeait à courir quelque part. Installée à son bureau à côté des serres, elle essayait de l'organiser un peu, et de ranger ses dossiers, notes pour les cours, et autres parchemins. Et puis agrémenter la pièce de végétaux, c'était tout aussi important.

Solar déposa une petite malle sur le bureau. La plupart de ses bagages étaient en vrac, signe probant qu'elle n'avait absolument pas organiser son déménagement. Ainsi, entre deux ou trois livres, il y avait des sous-vêtements, des sacs de graines, ou encore des fioles diverses. Elle s'affaira à ranger cette malle en emportant les vêtements dans sa chambre: le bureau donnait accès à ses appartements.
La jeune femme passa un moment à organiser ses affaires, à rester plantée au beau milieu de la pièce, observant certains objets, évoquant dans sa tête des souvenirs. Cela faisait désormais presque trois mois qu'elle avait quitté le Brésil, sa famille, la proximité de son école, Vicente...

Et c'était plus difficile que prévu.

Partir était une alternative pour oublier certaines douleurs, comme son amour pour son meilleur ami. Elle se disait que loin de lui, ce serait plus simple. Mais ça ne l'était pas. Surtout en découvrant une lettre qu'il lui avait laissée avant leur séparation. Solar ne connaissait pas son existence, jusqu'à maintenant: il avait dû la glisser dans ses bagages.
La professeure resta un moment à la fixer. Il avait prit la peine de la mettre dans une enveloppe où son prénom était inscrit. L'écriture élégante raviva à elle seule des souvenirs.
La jeune femme la posa vivement sur la table en soupirant. Ce n'était pas le moment de ressasser tout ça. C'était idiot, il vivait encore, c'était déjà ça non ? Contrairement à sa meilleure amie. Si elle était là, Renata dirait sûrement qu'il serait temps de tirer un trait sur tout ça. Solar continua ses rangements sans prêter attention à la lettre, multipliant les voyages entre le bureau et ses appartements. Mais, malgré ses efforts, elle était de plus en plus attirée par le contenu. C'était plus fort que tout. Même en allant faire un tour dans les serres...

N'y tenant plus, elle s'empara de la lettre et l'ouvrit délicatement, pour ne pas abîmer l'enveloppe. La lettre tenait sur une page de parchemin. Vicente racontait sa joie de voir Solar prête à s'épanouir dans un nouveau pays et un nouveau travail: une nouvelle vie, en somme. Il espérait qu'elle puisse construire sa vie, et ne plus souffrir des sentiments qu'il savait encore présents. Mais ce qui déclencha les larmes, ce fut la confession, vers la fin. Vicente et Felipe comptaient se marier l'année prochaine.

La nouvelle eu l'effet d'une bombe. Le mariage. Elle aurait dû le voir venir, un jour. Elle savait pourtant que c'était stupide de nourrir un espoir. Et désormais, il mourrait, par cet aveux fait à l'écrit. Solar ne parvenait pas à définir le pire dans tout ça: être autant meurtrie par cette heureuse nouvelle, ou l'apprendre par un bout de parchemin. Il n'avait pas osé le dire clairement, de vive voix, face à face, avant qu'elle ne parte loin.
La jeune femme se sentait profondément triste, mais aussi très en colère. Elle trouvait stupides les larmes qui perlaient, grossissaient pour rouler sur ses joues. Elle fourra la lettre dans la malle et referma cette dernière pour la ranger hors de vue. Solar tenta de se ressaisir, debout devant son bureau. Tout en faisant les cents pas, elle essuyait ses larmes d'un geste énervé.

Ça ne commençait pas aussi bien que prévu, cette nouvelle vie.

Tirer un trait ? Plus facile à dire qu'à faire.

L'un des premiers réflexes de Sigmund Charleston, lorsqu'il eut prit possession de ses appartements, fut de ranger et de nettoyer très soigneusement chacune de ses affaires ; chaque bibelot et accessoires divers. A l'instar de sa moustache parfaitement lustrée : tout était lisse, brillant, sans la moindre imperfection. Si une comparaison de ses appartements avec sa bien-aimée moustache pouvait en faire sourire plus d'un ; pour cet homme d'âge moyen, cela était tout à fait pertinent. C'était ainsi qu'il fonctionnait, avec ses priorités et ses passions qui semblaient étranges à la fois aux moldus qu'ils côtoyaient tout comme aux sorciers. Le dos droit bien calé au fond de son fauteuil, ses yeux plissés parcouraient un parchemin à travers ses lunettes rondes. Il jouait avec sa plume, la faisant rouler entre ses doigts, puis s'arrêtait et se massait les tempes, fatigué. Il corrigeait ses premières copies et cela n'était pas tâche aisée. Il avait quitté les bancs de l'école il y a de cela une trentaine d'années ; n'avait pas jugé bon de poursuivre ses études et s'était toujours attelé dans sa vie à des tâches relativement simples. Il relisait sans cesse les mêmes phrases, grognant parfois lorsqu'un mot lui était inconnu. Certains élèves ; et pourtant, qu'ils semblaient jeunes et ignorants ! utilisaient un langage bien plus soutenu que le sien ; ce qui rendait la compréhension de certains écrits très difficile pour cet homme un peu simplet. Il était trop honnête pour griffonner un "Optimal" signe de capitulation. Alors il lisait des livres ; se renseignait de son mieux et essayait de combler ses lacunes. 

Après trois heures de dur labeur, il lâcha prise et décida qu'une pause lui serait grandement bénéfique. Son regard se posa alors sur l'unique chose imparfaite présente dans son bureau : une plante ; banale, achetée dans un marché moldu, qui semblait grandement souffrir de manque de soin. Il quitta son fauteuil pour observer le végétal de plus près. Il était vraiment mal au point. Sigmund était quasiment certain qu'il ne lui fallait qu'un peu d'eau ; et enlever les feuilles mortes, mais ses connaissances en botanique étaient rudimentaires et il jugea préférable d'avoir l'avis d'une professionnelle sur le sujet.  Prétexte. Sans réfléchir davantage, il glissa la plante dans son sac banane. Un bruit retentissant se fit entendre ; comme si quelque chose s'était cassé. Il haussa les épaules, indifférent. Solar pourrait aussi lui montrer comment rempoter une plante avec amour. Quelques minutes plus tard, il se trouvait déjà devant son bureau. Il ne lui fallait pas longtemps pour atteindre cette zone de Poudlard ; ses pieds l'y avaient régulièrement emmené sur ces derniers jours, sans qu'il osa à chaque fois franchir le seuil de la porte de la jeune professeure de botanique, de peur de la déranger. Cette fois-ci, la situation était différente : la porte était déjà ouverte. D'étranges bruits semblaient provenir de l'intérieur du bureau ; des bruits de pas ; certes rien d'anormal jusque-là, mais aussi... des sanglots ? Le sorcier fronça les sourcils. Solar... ? Il resta hébété, sur le seuil de la porte, sans oser esquisser le moindre mouvement. Et s'il la dérangeait à un moment inopportun ? Elle apparut brièvement dans son champ de vision ; et il aperçut ses yeux légèrement rougis et quelques larmes. Son coeur se serra dans sa poitrine, lourd d'inquiétude. Il frappa aussitôt à la porte, par de petits coups discrets.

« Solar ? C'est Sigmund. Puis-je entrer ? As-tu besoin de quelque chose... ? »

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Solar tentait de se calmer, et même si c'était un peu complexe, elle reprenait peu à peu ses esprits. Mais son empressement à se ressaisir augmenta lorsque Sigmund l'informa de sa présence. Se faire surprendre dans cet état, la dernière chose dont elle avait besoin. Essuyant au mieux ses larmes et soufflant un peu pour avoir une voix correcte, la jeune femme lui tourna le dos pour chercher un mouchoir.
Si au début, Solar songeait à le renvoyer gentiment pour qu'ils se voient plus tard, une autre idée lui vint en tête. Se changer les idées, c'était mieux que de se morfondre dans son coin. Elle n'avait pas envie de s'épancher sur ses problèmes, de se confier à cet homme qui pourtant avait peut-être plus d'expérience dans la vie. Sigmund était un bon ami, mais pour Solar, ils se connaissaient encore bien trop peu pour y voir un confident. Alors, après avoir bruyamment mouché son nez coulant, elle lui répondit:

"-Bonjour Sigmund, oui, tu peux entrer.

Puis, elle se retourna et ajouta sans crédibilité:

-Tout va bien, et toi as-tu besoin de quelque chose ?

La jeune femme essuya quelques vestiges de larmes. Maintenant, elle était calmée, mais il lui suffirait de repenser à la lettre pour se remettre à pleurer. Alors c'est avec un effort non négligeable qu'elle se concentra sur son ami, et sa moustache impeccable. Une sacré moustache, tout de même. Au Brésil, Solar n'en avait jamais vue de telle.
Se tenant contre son bureau, Solar sentait qu'il risquait d'être plus curieux, ou de faire remarquer qu'elle ne semblait pas bien. Alors il fallait trouver vite une excuse pour éviter le sujet.

-J'ai... J'ai reçu une mauvaise nouvelle, mais rien de grave, tenta-t-elle.

Au moment où elle finissait sa phrase, la jeune femme comprenait déjà que cette excuse n'allait rien arranger. Se sentant bête, elle préféra ne plus rien dire à ce propos, histoire de ne pas s'enfoncer encore plus. Elle jeta le mouchoir usagé dans sa corbeille à papiers, et se dirigea vers la porte de ses appartements.

-Tu veux visiter ?" Proposa-t-elle pour changer de sujet.

Ne pas penser à Vicente, au mariage... Ne. Pas. Y. Penser !

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Lorsque Solar l'autorisa à entrer, il n'hésita pas une seule seconde. Il franchit le seuil de sa porte et la ferma délicatement derrière lui, avant de se tourner à nouveau vers la jeune femme. Comme il le craignait, elle ne semblait pas au mieux de sa forme. S'il n'y avait désormais plus de larmes sur ses joues ; ses yeux rougis et brillants ne laissaient place à aucun doute. 

« Si j'ai besoin de quelque chose... ? » Une ébauche de sourire, mi amusé mi triste, naquit sur ses lèvres. Il repensait à cette malheureuse plante qui devait souffrir au fond de son sac et qui risquait d'attendre encore un peu -si elle ne mourait pas suite à ces mauvais traitements. Il la regarda sans un mot. Même avec une petite bouille triste et les yeux larmoyants,  Solar était magnifique. 

Sa voix qu'elle semblait essayer de garder calme trahissait sa peine. Elle avait reçu une mauvaise nouvelle : naturellement, Sigmund se demandait de quoi il en retournait. Il espérait avant tout que cela ne soit pas trop grave. Solar ne semblait pas être le genre de femme qui pleurait pour avoir raté une séance de dédicace avec un quelconque beau sorcier apprécié par la gente féminine ; ou pour ne pas avoir obtenu cette jolie robe multicolore en édition limitée ; cela pouvait sembler un peu extrême, mais c'était ainsi qu'étaient son ex-femme et sa fille. Le sorcier se sentait démuni ; il ne savait quel comportement adopter. Il avait beau être quelque peu simplet -il faut l'avouer, il bénéficiait cependant d'une certaine expérience avec les femmes en pleurs ; vestige d'un mariage tumultueux. Il comprit alors rapidement que Solar ne souhaitait pas s'étendre sur ses problèmes ; et il n'insista pas.

Il aurait aimé lui dire qu'elle pouvait lui parler ; il la savait un peu perdue ici, elle débarquait dans un autre pays pour commencer une nouvelle vie et n'avait pas de réel lien ou attache. Il avait envie d'être là pour elle, de pouvoir l'épauler ; et pourtant, ils se connaissaient à peine, il en avait conscience. Elle l'attirait comme un aimant ; pourquoi fallait-il toujours qu'il voulût être à ses côtés ? C'était insensé.

« Visiter ? Oui, avec plaisir. » répondit-il d'une voix douce. Il lui adressa un chaleureux sourire ; un de ceux qui voulait dire « Je sais que tu ne vas pas bien, mais si tu ne souhaites pas m'en parler, je respecte ton choix. » Elle l'entraîna dans une autre pièce -si toutefois on pouvait appeler cela une « pièce » ; c'était un espace très lumineux ; le sol était recouvert d'une herbe luxuriante où quelques fleurs colorées se frayaient un chemin ; des plantes grimpantes ornaient les murs. Les yeux du sorcier s'écarquillèrent de surprise. Une grande baie vitrée offrait une vue imprenable sur un joli paysage boisé. Tout était végétal ; ou presque : des souches pour s'asseoir, à la bibliothèque qui ressemblait à un arbre ; c'était comme s'ils étaient à l'extérieur.

« Oh, Solar, c'est splendide ! » s'émerveilla-t-il comme un enfant. Il avait envie de s'allonger par terre ; de sortir sa plante maltraitée de son sac et de la planter dans le salon de Solar, mais il n'en fit rien. Il resta bouche bée à contempler la pièce.

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Les efforts portaient leurs fruits, mais c'était comme un barrage de fortune: ça menaçait à tout moments de lâcher. En attendant, elle gardait son calme, mais son sourire solaire de d'habitude semblait peiner à revenir prendre sa place. L'avantage, c'était qu'il ne demanda rien, n'essaya pas de savoir ce qui se passait. Solar trouvait ça parfait: elle aurait craqué sinon.

La jeune femme n'avait pas encore les idées bien claires. Elle le conduisit dans son salon, et se sentit un peu mieux dans cet environnement. Son regard se perdit dans la contemplation du paysage avant de sentir un chatouillement sur une jambe, quelques minutes plus tard. Sigmund s'émerveillait devant un dur labeur: parce que Solar avait un peu galéré à obtenir un tel résultat. Cependant, ça en avait valu la peine !

"-Tu trouve ? dit-elle d'une voix encore tremblante. Merci.

Solar esquissa un sourire en se rapprochant de lui. Un souffle s'échappa alors, malgré elle, comme si quelque chose la chatouillait. Et puis, Sigmund pu voir une magnifique pâtes velues surgir du col de la jeune femme. Sous sa robe aux couleurs d'été, et au col rond peu décolleté sortit alors quelques autres pattes, puis... Eh bien une araignée. Grosse, velue, rayée de cuivre, elle aurait fait fuir n'importe qui ayant un minimum peur de ces bestioles. Mais la jeune femme semblait trouver tout à fait normal d'avoir une telle créature s'immisçant ainsi sous ses vêtements.

-En fait, mes parents m'ont envoyé un colis l'autre jour, et il y avait cette araignée par erreur. Comme je ne m'y attendais pas, elle m'a mordue ! Je dois avouer que ça fait mal. Mais elle n'est pas venimeuse. Je ne sais pas encore ce que je vais faire d'elle, mais en attendant, elle vit ici.

Tout en expliquant la petite anecdote, elle l'avait prise dans ses mains pour la mettre dans un petit coin plus loin: on aurait dit une mini grotte rien que pour elle.

-Je ne lui ai pas trouvé de nom, ajouta Solar en revenant vers Sigmund. Tu n'as pas trop peur ? Beaucoup de monde semble ne pas les aimer. Elle ne te fera pas de mal, enfin normalement...

Ce fut un petit moment bienvenue pour soulager un peu plus la jeune femme. C'était comme si la présence de son ami, additionné à ce salon spécial et à une créature inattendue, l'apaisait peu à peu.
On aurait pu croire que Solar se baladait avec un boursoufflet ou deux, une créature plus mignonne et inoffensive. Elle montrait à nouveau que les apparences étaient trompeuses. Encore un peu, et elle faisait un élevage illégal de créatures en tout genre, rien que pour la passion. Heureusement, une certaine éthique l'habitait.

-Tu veux du thé ? demanda-t-elle en se rendant dans une autre pièce, bien plus banale.

La cuisine était fonctionnelle, très propre, mais pas aussi fantastique que le salon. Solar avait dû modifier uniquement la pièce à vivre. Comme l'araignée menaçait de se faire écraser par Sigmund, en rôdant près de lui comme un animal curieux, la jeune femme sortit un collier orné d'une clochette pour la lui mettre. Elle avait eu l'idée un peu plus tôt, mais sans lui faire porter de suite. Ainsi, sa présence était toujours manifestée. Solar retourna préparer un thé qu'elle avait composé toute seule. La jeune femme s'était décidée à lui faire goûter, tel un cobaye qui teste de nouveaux produits.

-Je l'ai fais moi-même. Je veux dire, la composition du thé. Avec des feuilles bien sûr, c'est du thé vert assez classique, et j'y ai ajouté des morceaux de goyavier-fraise à infuser. C'est assez ressemblant à la saveur de la fraise, en fait."

Solar déposa les deux tasses fumantes sur une table-pierre, ainsi que quelques biscuits anglais. Elle prit place, et se retrouva très vite avec une masse velue dans sur le dos. La jeune femme semblait pensive, tout en portant sa tasse à ses lèvres. Laissant les effluves fruitées l'envahir, son esprit divaguait à nouveau vers la nouvelle. La nostalgie était bien forte. Solar se demandait encore si elle allait finalement se confier à Sigmund, un ami depuis peu, ou si elle garderait tout ça dans un coin, pour tenter de l'oublier d'une manière ou d'une autre. Si seulement Renata vivait encore...

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Le petit jardin de Solar -Sigmund préférait l'appeler ainsi, le mot « salon » n'avait que peu de sens pour cet endroit, avait quelque chose d'apaisant. Il y avait un bel écosystème floristique ; le professeur se demandait s'il y avait aussi la faune qui allait avec. La question arriva bien rapidement lorsqu'il aperçut une, puis deux petites pattes velues jaillir du col de la robe de Solar. Il eut un mouvement de recul en reconnaissant une grosse araignée et blêmit légèrement. Cela semblait tout naturel pour la jeune femme d'avoir des araignées dans ses vêtements, et elle lui présenta sa nouvelle colocataire qui n'avait pas encore de nom. Les yeux de Sigmund allait de l'araignée à Solar, puis de Solar à l'araignée. Cachait-elle d'autres surprises sous ses vêtements ? Il n'était pas arachnophobe, mais il n'aimait pas être surpris par ce genre de bestiole.  *Finalement, je ne la connais pas si bien que cela.* pensa-t-il en observant la jeune femme déposer l'araignée dans une autre partie du petit jardin.

« Euh... non. Tu pourrais peut-être la relâcher dehors ? Quoi qu'elle est peut-être bien, ici.  » Il lui adressa un sourire. « Du thé ? Volontiers. » Alors qu'elle s'éclipsait dans ce qui semblait être la cuisine, le sorcier s'installa sur une souche. C'était bien plus confortable qu'il ne le pensait ; le tapis de mousse aidait probablement. La jeune femme revint avec un étrange collier à clochette qu'elle passa autour du cou de sa protégée. Elle semblait prendre très à cœur la protection de ce petit animal. L'araignée n'avait rien de mignon mais l'attention que Solar lui portait la rendait plus acceptable, si bien qu'il se surprit à murmurer quelques  « Viens-là petite... viens, viens... » alors que sa collègue s'affairait en cuisine. Le son de la petite clochette retentit, l'araignée ne tarda pas à venir chatouiller sa large main avec ses pattes. Il l'admira quelques instants, ne sachant pas s'il devait s'émerveiller ou l'écraser contre un mur.  « Eh, mais tu es un petit mâle ! » constata-t-il en observant deux petites boules à l'extrémité des pédipalpes de la bestiole. Il s'était pris d'affection, enfant, pour les araignées et avait rapidement appris à distinguer mâles et femelles. 

Solar revint avec deux tasses fumantes qu'elle posa devant lui. 

« Vraiment ? J'ai très hâte de goûter, alors. Je suis certain que c'est très bon ! Merci. » Il porta aussitôt la tasse à ses lèvres et faillit se brûler. La première gorgée lui laissa une impression étrange ; effectivement, c'était bien préparé mais... tout d'abord impassible, il ne put s'empêcher de toussoter. « Je n'avais jamais goûté le goyavier-fraise... c'est un peu spécial... Il fit une pause. Mais très bon ! » s'empressa-t-il de rajouter. 

« Si tu veux me parler de ce qui te tracasse, je suis tout à toi. Je sais que tu n'as personne ici... nous nous connaissons encore peu, mais je voulais que tu saches que si tu as besoin d'une oreille attentive, d'une épaule sur laquelle te reposer... oh, c'est une image, bien sûr ! euh... je suis là pour toi. » Il rougit et reprit une gorgée du thé pour essayer de camoufler sa gêne. Ses mots n'étaient pas très bien choisis ; il n'était pas doué pour ce genre de choses. « Sinon, eh bien... j'ai un tourne-disque dans mon sac, c'est un vieil objet moldu qui permet d'écouter de la musique... Tu veux que j'en mette un peu ? Ou bien, on peut trouver un petit prénom pour ton nouvel ami. C'est un joli mâle ! Euh, c'est comme tu veux... »

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Solar sembla réfléchir à l'éventualité de relâcher l'araignée dehors. Peut-être qu'elle pouvait très bien survivre toute seule, mais d'un autre côté la jeune femme commençait à s'attacher à cette petite boule de... Yeux, pattes, poils, peu importe. Sigmund ne semblait pas fuir la queue entre les jambes en présence de la créature, ça rassurait Solar. Qui sait ? Peut-être que sinon, l'araignée aurait été retrouvée morte dans un coin, son sang étalé sur un mur de feuillage.

Solar avait entendu la petite exclamation de son ami au sujet du sexe de l'araignée. Il s'y connaissait donc, du moins un minimum. La jeune femme avait très vite conclu à la même chose en voyant les "gants de boxe" de l'arachnide.
En goûtant son thé, elle sembla pensive, encore. Ce n'était pas un thé parfaitement dosé, il y avait encore quelques progrès à faire, mais Sigmund ne sembla pas le trouver dégoûtant. Est-ce que c'était sincère ? Solar l'espérait, tout de même.

"-Oh, tu as le droit de ne pas apprécier, je trouve qu'il n'est pas encore bien dosé personnellement, assura-t-elle.

Le silence retomba un peu. Solar se concentrait sur la sensation que procurait le thé, la chaleur du liquide, et puis la masse qui grimpait paresseusement sur son épaule, pour finir par redescendre et se poser à côté. Elle refit un peu surface, et entendit la fin de sa première phrase, sans comprendre pourquoi son ami lui disait une telle chose. Il était tout à elle ? Mais de quoi parlait-il ? En plus, ils se connaissaient à peine, et puis Vicen... Non, pas lui, arrêter de penser à lui.
La suite la remit sur le bon chemin. Oh, il proposait une oreille attentive. Elle leva les yeux vers lui, tout rouge, buvant une gorgée de thé. C'était très touchant. En repensant à leur rencontre, elle n'aurait jamais pensé qu'ils finiraient par devenir de bons amis. Peut-être suffisamment pour lui confier tout ça ? Solar était encore trop hésitante.

Musique ? Ou prénom ? Solar ne savait pas trop quoi choisir. Elle était curieuse de voir l'objet moldu en question. Et puis, mettre une petite ambiance musicale, si ça restait pas trop morose, pourquoi pas. La jeune femme bu une autre gorgée puis répondit:

-Pourquoi pas les deux ? Je suis curieuse de voir cet objet moldu dont tu parle. Et la musique qui va avec."

Pendant ce temps, la clochette retentissait légèrement, parfois, lorsque l'araignée bougeait de place.

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Pensif, il but une nouvelle gorgée de thé, passant sa langue dans sa bouche pour bien diffuser tous les arômes. Il fit tourner la tasse entre ses doigts, le regard perdu dans le liquide qui se mouvait au fond du récipient. Sigmund était un peu gêné d'avoir suggéré à Solar de lui parler de ses problèmes. S'il éprouvait beaucoup d'affection pour la jeune femme, qui lui faisait parfois penser à sa propre fille, il ne devait pas oublier qu'ils ne se connaissaient que depuis deux mois. Bien qu'il la considérait d'ores et déjà comme son amie, ils étaient encore à bien des égards des inconnus. Elle sembla cependant plutôt enthousiaste à l'idée de choisir un prénom pour son nouveau compagnon et d'écouter de la musique. 

Il se redressa, sortit sa baguette magique et la pointa en direction de l'intérieur de son sac. 

« Accio tourne-disque ! » D'abord semblable à un murmure, le bruit qui s'échappait du sac se fit de plus en plus insistant, accompagné d'un petit vacarme lié à la quantité d'objets divers entreposés dans le sac. Le tourne-disque en sortit finalement, quelque peu tacheté de terre et de substances inconnues. « Ah, c'était tout au fond, je crois. 'Fait longtemps que ça n'a pas servi. » commenta-t-il d'une voix neutre. Il le posa sur une souche d'arbre et pensif, caressa sa moustache. « Il manque quelque chose. ». Son regard s'illumina tandis qu'il pointait à nouveau sa baguette en direction de l'intérieur du sac. « Accio vinyle-au-hasard ! » Un unique disque atterrit dans ses mains. Le nom de l'artiste ne lui disait rien ; tout comme celui de la chanson. 

« Et sinon, pour ta bestiole à huit pattes... Euh, pourquoi pas Eliott ? Si j'avais eu un fils, je crois que je l'aurais appelé comme cela. Enfin, c'est une idée comme une autre. Chad ? Arthur ? Donald ? ... Bell ? »

Tandis qu'il parlait, il s'occupa de mettre en route le tourne-disque. Le vieil objet, qu'il avait hérité de ses parents, ne nécessitait pas d'électricité pour fonctionner. Aux premières notes, Sigmund écarquilla les yeux. C'était cette musique. Il ne l'avait pas écoutée depuis bien des années, mais la symbolique étrange qui l'entourait l'avait gravée à jamais dans sa mémoire. (Si ce n'est que ce boulet avait tout de même oublié le titre) Ellen voulait toujours danser sur cette musique. De quoi mettre une bonne ambiance... C'était très gênant. Elle appartenait au passé, et pourtant, son cœur se serrait encore en pensant à elle. 

« C'est une musique qui se danse, je crois. Si... euh... en fait, je ne sais pas du tout danser. Mais si tu n'as pas peur que je t'écrabouille les pieds, alors, tu peux venir, si tu veux. » Les joues rouges, un sourire gêné aux lèvres, il tendit timidement sa main vers Solar. Il n'espérait rien ; si ce n'était donner une occasion à Solar de se changer les idées, peut-être même de rire un peu face à ses piètres talents de danseur. Ce n'était qu'une invitation comme une autre, pour partager un bon moment  (ou pas) ensemble. Libre à elle de l'accepter ou non. 

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Solar observa Sigmund mettre en place l'étrange objet. Enfin, il ressemblait un peu à une version magique. Mais bien évidemment, avec cet homme, c'était pas mal de choses non magiques ! La jeune femme reposa sa tasse, et se leva pour mieux voir. Après l'appareil, il sortit un disque assez gros pour le mettre en route.

"-Eliott ? répéta-t-elle amusée. Ce sont des prénoms très... Je les trouve trop humains.

La jeune femme tenta d'en trouver d'autres. En fait, ces prénoms lui faisaient penser à des humains, mais d'autres prénoms, peut-être plus... Vieux, ou mystiques, lui semblaient plus appropriés. Cependant, elle peinait à trouver des idées dans son état émotionnel actuel. Elle avait encore une forte impression de vide.
Ils avaient bien sûr encore du temps pour ce nom, et la jeune femme continuait d'y réfléchir, tout en repensant à la phrase de son ami. "Si j'avais eu un fils". Il est vrai qu'elle n'avait jamais osé lui demander certaines choses plus intimes, mais peut-être qu'à ce stade, ils pouvaient ? Entre bons amis, elle ne voyait pas l'inconvénient qu'il y aurait.

-Tu as des enfants ? Une femme ? demanda-t-elle sans prendre de pincettes. Si ce n'est pas indiscret !

Elle se demanda un instant si sa femme ne l'attendait pas chaque soirs, mais pourtant il lui semblait qu'il vivait à Poudlard désormais. Mais à son âge, peut-être avait-il eu une femme, non ? Ou c'était resté un éternel célibataire peut-être ? Un peu comme Solar semblait le devenir, enfermée dans ses sentiments pour quelqu'un d'inaccessible.
La musique démarra. La jeune femme remarqua ses yeux écarquillés, sans comprendre. La mélodie l'attira cependant, et ses yeux se posèrent machinalement sur le tourne-disque. C'était plaisant.
Solar hésita face à cet homme visiblement gêné et confus. Une danse, ça n'engageait en rien. Et la chanson était suffisamment entraînante pour la jeune femme, qui se laissa tenter. Elle se rapprocha de Sigmund, vérifia que l'araignée ne bougeait pas vers eux, et prit sa main pour accepter l'invitation.

C'était deux maladroits qui dansaient ensemble. Il fallait savoir quoi faire des mains, comment se positionner, et les deux adultes étaient bien embarrassé. Solar n'avait jamais fait ça, sauf avec...
La musique les entraînaient, et la jeune femme souriait un peu, amusée par leur gaucherie respective. Elle parvint à éviter la mort de ses orteils à plusieurs reprises. La mélodie continuait mais, étrangement, le coeur de Solar se serrait. Et tandis qu'elle riait encore malgré tout de cette danse maladroite, des larmes coulaient. Vicente avait été autrefois le seul homme avec qui elle avait dansé.
N'en pouvant plus, Solar se détacha de Sigmund, et recula, une main sur le visage, sans pouvoir arrêter le flot des larmes.

-Je suis désolée, souffla-t-elle alors. Je suis désolée..."

Finalement, elle avait craqué. La musique était à peine terminée. Solar s'en voulait, mais c'était comme ça. Comment était-elle censée tuer ses sentiments ? Ils étaient ancrés en elle, c'était comme ça depuis tant de temps. Même sans espoirs, ils restaient là, impitoyable, écrasant son cœur. Elle n'arrivait plus à calmer ses larmes. Et se retrouver dans cet état, devant Sigmund, lui donnait envie d'être invisible, et de disparaître pour revenir toute joyeuse, comme si rien ne s'était passé.

Tirer un trait ? Plus facile à dire qu'à faire.

« Non. Euh, je suis célibataire. J'ai été marié pendant vingt ans. Nous avons divorcé il y a un peu plus de trois ans. Et j'ai une fille. Elle s'appelle Beth, elle a vingt ans et elle est merveilleuse. » répondit-il à la hâte, surpris par cette question qu'il n'avait pas vue arriver. Il la considéra un instant, pensif. Était-il censé lui retourner la question ? Bien évidemment, la curiosité le tiraillait. Une aussi jolie femme pouvait-elle être célibataire ? Sigmund s'était dit qu'elle n'aurait probablement pas quitté son pays si cela avait été le cas. Ou alors, avait-elle rejoint quelqu'un au Royaume-Uni ? Il n'eut pas le temps de s'interroger davantage. 

La petite main de Solar se glissa dans la sienne. Hésitants, ses doigts se refermèrent sur cette douce main qui lui semblait si fragile. Maladroitement, il l'attira vers lui, posant son autre main sur la taille de Solar. Bien, parfait. Et maintenant ? Il commença par faire un pas sur la gauche, et fut ravi de constater que la jeune femme suivait ses pas. Amusé, il tenta un deuxième pas sur la droite. Cela faisait longtemps qu'il n'avait pas dansé ; la dernière fois remontait probablement à quelques années, saouls dans un bar avec Evelyn. Mais Solar n'était pas son meilleur ami ; peut-être pouvaient-ils danser de manière un peu plus rapprochée ? Il n'osa toutefois pas ; gardant une distance plus que respectable avec son amie. Il la fit tournoyer sur elle-même et s'efforça de lui offrir la meilleure danse possible. Les yeux rivés sur le sol, bien trop occupé à esquiver les pieds de Solar, le sorcier ne vit que tardivement ses larmes. La musique n'était pas terminée, et elle pleurait alors qu'ils dansaient comme deux idiots. Bon sang, il était si mauvais danseur que cela ? Désemparé, il s'efforça de dynamiser un peu leur danse ; et tout en esquivant ses pieds, il la fit tournoyer plus vite, elle riait et pleurait en même temps, le pauvre homme ne comprenait absolument rien. 

Elle se détacha finalement de lui, ces maudites larmes coulaient encore et encore sur ce visage d'ordinaire si souriant. Et elle s'excusa. Deux fois. Mais que se passait-il ? Comment était-il censé réagir ? Et d'ailleurs, pourquoi pleurait-elle ? Sigmund se sentait impuissant, démuni face à cette situation qui lui semblait à la fois étrangère et familière. Étrangère, parce qu'il la voyait pour la première fois dans cet état. Familière, parce qu'il avait vu Ellen et Beth pleurer ainsi tellement souvent. Et comme à chaque fois, il ne savait comment réagir. Quoi faire. C'était bien ce qu'elles lui avaient toujours reproché ; de ne pas savoir les comprendre, les rassurer. C'est aussi pour cela que Beth ne se confiait jamais à lui, conservant tapi au fond d'elle chacune de ses rancunes. *Fais quelque chose* hurla une voix dans sa tête. Sans réfléchir, il saisit la main de la jeune femme et l'attira vers lui. Gauchement, il la serra dans ses bras, une main maladroite et tremblante caressant ses cheveux. Son cœur battait à tout rompre dans sa poitrine. Il sentait le corps tiède de Solar contre le sien. Sa main resta suspendue dans les airs. Il ne savait plus quoi faire. Et maintenant ? C'était bien ainsi qu'on consolait quelqu'un ? Il ne lui serait jamais venu à l'esprit d'étreindre ainsi son meilleur ami s'il l'avait surpris en pleurs. Et donc, que faisait-il ?

 « Solar... je... oh non, c'est moi qui suis désolé » murmura-t-il en se détachant d'elle, honteux. « Solar, qu'est-ce qui ne va pas ? »

Tirer un trait ? Plus facile à dire qu'à faire.

Sa fille avait presque l'âge de Solar. C'était... Un peu bizarre de se dire ça. La jeune femme ne savait pas trop comment réagir à cette nouvelle, après tout il avait été marié pendant si longtemps, pour finir comme ça. Sa curiosité était trop indiscrète à son goût, aussi elle ne demanda pas qui avait demandé le divorce, ou encore pourquoi. En plus, ça ne la regardait pas. Solar resta donc silencieuse.

De toute manière, après leur danse qui aurait dû lui changer les idées, ses pensées étaient focalisées sur ses larmes, sur Vicente, mais aussi sur la honte de se montrer ainsi. Oh, bien sûr, on lui a déjà dit que pleurer n'était pas honteux. Mais Solar essayait toujours d'être joyeuse, et souriante. Elle avait perdu l'habitude de s'épancher de la sorte en public. Une seule personne avait encore le droit de la voir comme ça.
Solar ne remarqua pas tout de suite qu'on l'étreignait, mais elle ne bougea pas. Sigmund s'y prenait très gauchement, ce n'était pas comme les bras de Vicente qui n'hésitaient pas à l'apaiser. Cette pensée l'énerva: il fallait toujours qu'elle compare trop avec lui. Elle appréciait le geste, en vérité, même si son ami abrégea vite sa tentative. Solar se sentait mal, parce qu'elle ne voulait pas que Sigmund se sente mal à son tour, à cause d'elle. C'était pour ça qu'elle voulait toujours se montrer bien auprès des autres.

Reniflant, la jeune femme était sûrement méconnaissable, avec ses yeux rougit et trempés, et son expression qui ne masquait pas sa tristesse. Elle tenta néanmoins de répondre:

"-Non, ce n'est pas de ta faute.

Il n'avait pas besoin de s'excuser. La situation était telle qu'il valait mieux des explications. Solar se tourna vers la baie vitrée, sur la vue qu'elle offrait. Elle s'éloigna un peu pour se rapprocher de cette nature illusoire. La jeune femme avait honte. Elle n'avait jamais peur d'être stupide avec sa défunte amie, ou Vicente, et c'était tout naturel de leur confier tout. Maintenant, que Sigmund devienne un confident, alors qu'ils se connaissaient depuis peu... Solar avait compris, avec Hernando, que faire confiance trop vite n'était pas une bonne chose. C'était un peu à cause de lui qu'elle peinait à s'ouvrir sincèrement aux autres. Les yeux dans le vague, elle essuya son nez avec un mouchoir, avant de se moucher pour évacuer ses narines encombrées. Encore une fois, Solar s'était calmée. La musique était terminée. Sa souffrance persistait, bien sûr. Elle avait un problème, c'était indéniable.

-Je suis navrée, Sigmund, commença-t-elle. Je... Peut-être qu'un jour je t'en parlerais, mais là, ça m'est impossible..."

Sa voix s'était brisée sur le dernier mot. C'était lamentable.

Tirer un trait ? Plus facile à dire qu'à faire.

Stupide. Sigmund était le pire des crétins. Il avait voulu l'aider ; en vain. La tentative de discussion, puis cet... acte qui pouvait s'apparenter à une étreinte mais qui était tellement gênant et maladroit qu'il en était encore rouge de honte : rien n'avait fonctionné. Et Solar continuait à s'excuser ; il ne comprenait même pas pourquoi. Non, définitivement, il ne comprenait rien. La seule information dont il disposait, c'était le fait qu'elle avait appris une mauvaise nouvelle. Elle avait alors paru peu chamboulée au moment de la visite et du thé ; et tout avait déraillé pendant la danse. Il avait beau réfléchir : il ne voyait aucun lien logique entre une mauvaise nouvelle et une danse.

Et maintenant, que faire ? Elle pleurait. Mais il ne voyait aucun moyen de l'aider. Inutile d'insister, d'autant plus qu'ils se connaissaient à peine. De son expérience personnelle, il savait que la solitude était parfois préférable. Dans d'autres cas, offrir une oreille attentive et du soutien était plus bénéfique. Sigmund était bien incapable de savoir de quoi Solar avait besoin. Plus jeune, quand sa fille avait des soucis, il laissait son ex-femme prendre soin d'elle. Quand c'était Ellen qui se sentait mal, il allait boire un verre avec Evelyn dans un bar miteux. Totalement dépassé par ce qui arrivait, il choisit alors l'option qu'il avait toujours pris. La fuite. 

« Je n'aurais pas du te proposer cette stupide danse. » dit-il d'une voix un peu rauque. Il sentit quelques pattes velues parcourir son crâne. Avec un soupir, il saisit délicatement l'araignée, s'approcha de Solar et la déposa sur son épaule. « Shelob. Ça lui va bien, je trouve. Ce nom vient d'un livre moldu... Euh, c'est le prénom d'une araignée femelle, mais ça sonne bien.  » Il la regarda un instant avec regret. « Je suis désolé pour le dérangement. Je vais te laisser tranquille. Repose-toi bien, change-toi les idées si cela t'est possible. Prends soin de toi... s'il te plaît. » Estimant qu'il en avait assez dit,  il quitta l'appartement de sa collègue et referma tout doucement la porte derrière lui. 

De retour dans son bureau, il rempota lui-même sa plante et lui apporta tous les soins nécessaires. 

Il ne dormit que peu la nuit suivante, rongé d'inquiétude pour Solar.

RPG terminé pour moi. Bisous. <3 

Tirer un trait ? Plus facile à dire qu'à faire.

Elle n'avait aucune idée de ce qui se passait dans la tête de Sigmund, mais se sentait mal de le laisser dans le flou. Solar n'osait même pas se retourner pour lui faire face, alors elle resta à contempler le paysage qui était rendu flou par ses larmes. Elle cligna des yeux pour les laisser tomber. Sigmund qualifiait son acte, sa danse comme stupide. Solar baissa les yeux, rongée par les remords de l'instant. Mais non. Ce n'était pas du tout idiot.

Elle tressaillit au contact de l'araignée et par la proximité inattendue de son ami. Shelob. Ainsi, c'était sa nouvelle proposition. La jeune femme aimait bien.
Elle aurait voulu se retourner, et s'excuser encore. Le rassurer, lui dire qu'il n'avait pas à se sentir mal, à croire qu'il avait mal agit. Mais au lieu de ça, Solar resta dans ses entraves, le cœur serré. Lorsqu'il referma la porte, elle se décida enfin à se tourner vers la porte. En fait, elle se sentait encore plus mal maintenant. Le revoir plus tard allait être très embarrassant, avec ce qui s'était passé.

Solar ne tenta pas de le retenir, en courant pour sortir dehors. La jeune femme déposa Shelob sur le sol, et commença à ranger les tasses vides et tout ce qu'elle avait sorti pour son invité. Le reste de la journée fut tout aussi déprimant, tel un yo-yo Solar alternait entre le calme et les pleurs. Le soir, la migraine et la fatigue d'avoir autant pleurer l’assommèrent, et c'est sans manger que la jeune femme rejoignis sa chambre.
Shelob se glissa dans la pièce, et s'installa dans un coin de la chambre. La jeune femme n'y prêta pas attention. Observant le ciel, les yeux encore humides, elle ruminait sans cesse. Parfois, son regard se posait sur la malle contenant la lettre et qui était sous l'armoire, pas encore assez cachée à son goût. C'est grâce à l'épuisement que la jeune femme, la tête endolorie par une sale migraine, sombra dans le sommeil.


Fin pour moi aussi, merci et... À bientôt ! <3