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Le Grand Squelette des Serres  PV 

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Le grand squelette des neuf serres de Poudlard étendait ses côtes maigres à la lueur lunaire, sinistre silhouette anorexique en fer forgé. Les ténèbres nocturnes avaient beau être aussi épaisses que du jus de mélasse, sous les frondaisons des buissons d’armoise accrochés en hauteur, le jeune enseignant parvenait à y voir suffisamment clair pour s’occuper des pousses de sisymbre nécessaires à la préparation du Polynectar. Les stocks de Potions avaient constamment besoin d’être renouvelés et le précieux végétal nécessitait une attention quasi-religieuse. Rien ne valait alors la douceur des rayons lunaires pour s’occuper des jeunes bourgeons et leur donner la force de croître suffisamment.

La solitude était propice à la concentration. Niel, courbé comme un père au dessus de ses enfants en pots et armé d’une paire de ciseaux d’argent ôtait les feuilles fanées et redressait d’un petit coup sec les affaissées. Ses cheveux roux balançaient en rythme contre son interminable écharpe jaune et noire, semblable en apparence à celle qu’il avait porté trois ans auparavant. L’odeur en était toutefois fort différente. En effet, si le bout de laine bicolore et inusable avait fleuré bon les pâtisseries chaudes et le chocolat au lait, il sentait à présent la chlorophylle et l’humidité. C’était une effluve semblable aux après-midi qui suivaient la pluie, lorsque la terre se remet à respirer en toussotant de bouffées de chaleur doucereuses. L’organe olfactif collé contre ses nœuds laineux, Niel ne s’en sentait que plus détendu. La déshydratation avait pourtant cruellement frappé ses petites protégés et les fluctuations climatiques d’avril rendaient la situation pire chaque jour.

Le rouquin s’attelait pourtant à la tâche avec une bonne humeur apparente. En effet, seul au milieu du vaste espace de ses Serres, il se sentait comme le dernier des vivants. La honte et la gêne disparaissaient alors. Lorsqu’on était seul, on pouvait bien faire ce qu’on voulait après tout ! Le jeune enseignant poussait gaiement la chansonnette pour charmer les invisibles oreilles du Silence. Et il avait du coffre ! Ses poumons marchaient à plein régime et ses cordes vocales vibraient à la mesure du premier cri d'un nouveau-né. Sans s’en soucier, il hurlait presque et se laissait aller au plaisir de la solitude.


Petit cactus, petit cactus ! Tu es tout gris et tout petit, petit cactus !
Tu gambades dans les près, sans te soucier du temps qui passe petit cactus, petit cactus...


Il toussa avec modération puis changea radicalement de registre, adoptant un timbre de voix plus doux pour laisser couler une chansonnette rigolote quoique redondante.

Branchiflore, poumons d’or,
Brocchinia, cruel trépas,
Belladone, la mort noble.
Bubobulbe, pus et pustule
...

Le professeur de Botanique chantait d’une voix quelque peu rauque ses anciennes leçons toujours si utiles sur un air laconique. Il n’était pas si loin le temps des examens à l’Université d’Herbologie, où, enfermé dans sa masure d’étudiant, Niel Hautecoeur cognait en rythme sa tête sur les murs en récitant ses fiches inscrites sur des petits bouts de parchemins. A vrai dire, le jeune homme avait passé ces quatre années d’études à se cogner la tête en récitant, récitant et récitant :

...Saule cogneur, mouvante terreur,
Snargalouf, solide gousse
...

Niel allait entamer le couplet sur les Solynirs, plantes aux capacités de métamorphoses inattendues en coupant une énième petite feuille tordue lorsqu’il sentit un frisson lui parcourir le dos. Un pressentiment terrible le prit soudain. Une présence, quelqu’un était dans son dos. Lentement, très lentement, le jeune homme se retourna. Une goutte de transpiration roula sur sa tempe glacée. Et puis enfin il le vit, juste derrière, lui, maigre, contrefait, inspirant l’effroi, le bonzaï moldu se tenait bien tranquillement sur sa table basse. Ouf, souffla le Directeur de Poufsouffle en retournant à ses pousses...


SLASH

Ses cheveux cuivres se dressèrent sur sa tête. La chair de poule électrisa sa peau et ses dents se mirent à trembler. Il n’avait pas rêvé, quelqu’un rodait dans les Serres à minuit passé et ce quelqu’un se cachait dans les ténèbres hors de la vue de l’habitant des lieux. Une Acromentula ? Non les araignées géantes ne faisait pas « slash ». Un cadavre squelettique refusant le repos ? Peu probable. Un Basilic ? On n’en avait pas vu depuis plusieurs décennies dans le château. Mais alors qui ... ou quoi ? Le Professeur de Botanique, ciseaux d’une main et baguette de l’autre, s’avança à croupetons au niveau des tables à l’usage des troisième année qui empestait encore des préparations matinales.

En grandissant, Niel Hautecoeur était devenu plus hardi. Le directeur de l’une des prestigieuses maisons de Poudlard et enseignant savait peu ou prou gérer les situations de crises, du moins assurait-il plus qu’à treize ans. La plupart des enfants considèrent les adultes comme détenteur de l’autorité par crainte souvent de trop penser, ce n’est qu’après leur croissance qu’il se rende compte que leur anciens professeurs étaient aussi immatures que des préadolescents et plus crétins que des planches. Ce principe qui s’avérait souvent véridique était bénéfique au jeune homme inexpérimenté, peut être pourrait il espérer faire illusion devant la masse des gamins de Poudlard. Ou peut être pas ... Un ou deux mots en latin suffirait à leur clouer le bec mais Niel Hautecoeur préférerait ne pas faire de grandiloquentes démonstrations de culture, adepte qu'il était du dicton : « La connaissance c’est comme la confiture, moins on en a plus on l’étale. »

Bref, quelle que soit la chose qui rampait au fond de la Serre, alertée probablement par les cris mélodieux du professeur, Niel allait régler de lui même le problème, comme un vrai professeur responsable et mature, et il lancerait peut être même des sortilèges s’il le devait ! Peut être oui, mais plus vraisemblablement non. Car Niel Hautecoeur avait un sacré problème de relation avec sa baguette, mais c'est encore une autre histoire.

« Stupefix. Expecto patronum. Protego. » répétait-il en préparant ses coupH d’avance. « Gonflus. Lashlabask. Impedimenta. »

Et puis soudain, il fut sur la bête ! Se dressant du haut de ses 1 mètre 70, ouvrant grands ses bras et...

« AMY ... AMY COLLINS !? Nom d’une fiole d’essence de Dictame, mais qu’est ce qu’une fillette comme toi fiche ici ! »

De surprise, Niel lâcha le ciseau d’argent qui lui atterrit sur le pied droit avec un bruit métallique. Les anses lourdes lui écrasèrent cruellement les orteils et le jeune homme sentit des larmichettes naître aux coins de ses yeux verts. Le rouquin n’avait jamais subi le sortilège Doloris mais il se persuada instantanément que les picotements qui montaient de son peton et mettait au supplice ses nerfs était une approche probable des souffrances endurées sous l’effet du maléfice impardonnable.

« OUAAAAAA ! AÏE ! »hurla-t-il en se mettant à danser de douleur et en agitant les bras comme les lianes de Jean-Michel, son Voltiflor personnel, utilisé notamment durant les cours de troisième année.

Puis il s’assit brusquement sur le sol humide, face à l’intruse, retira sa botte puis se massa les orteils en chougnant. Plus enfant qu’adulte, le professeur de Botanique ressemblait à un petit animal faible et blessé, encore plus insignifiant qu’une brindille. Niel Hautecoeur était un adulte puéril, courageux et fort durant une heure, faiblard et petit pendant les vingt-trois autres.

Détenteur du rang de Blaireau acharné.
"Le professeur Tournesol il est trop BG." Emy Marks, à ses heures perdues.
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Ancien sorcier  

Le Grand Squelette des Serres  PV 

Le ronflement désigne le bruit respiratoire que produit un dormeur. Ce bruit traduit la vibration des tissus de la gorge détendus par le sommeil. Le ronflement chronique est souvent traité comme un phénomène normal, un objet de dérision, ou la cause assez fréquente d'une mésentente conjugale. Mais pour Amy Collins, il ne constituait plus une mauvaise blague nocturne, ni une situation banale, ni même n'entraînait de mésentente conjugale. Elle ne pouvait tout simplement plus supporter les ronflements incessants de Lola. Elle avait déjà tout essayé: siffler ne réveillait en rien son amie endormie. La secouer entraînait souvent une Lola qui vous en colle une dans son sommeil. La réveiller, mieux valait ne pas y penser étant donné la férocité de la Morgans au réveil. Quelle solution Amy allait-elle donc bien pouvoir choisir pour lire tranquillement son livre sur l'histoire de la persécution des gobelins lituaniens durant l'inquisition, fraichement emprunté à la bibliothèque?

Haha ça va je blague, vous voyez vraiment Amy veiller jusqu'à pas d'heure pour lire un bouquin d'histoire? Ben non, en fait elle lisait un roman de Steinbeck la petiotiote. Enfin, pas si petiote, ses treize ans approchaient à grands pas et elle allait bientôt passer en troisième année d'étude à Poudlard. A l'est d'Eden. Pas facile, mais c'était juste ce qu'il lui fallait: de quoi se vider la tête afin de ne penser qu'aux petits caractères noirs imprimés sous ses yeux, qui, unis ensemble, créaient une œuvre des plus riche.

Bref, la gamine qui était de moins en moins gamine lisait depuis deux minutes la même phrase, serrant les poings à chaque vrombissement émis par Lola. Quelle galère! Elle adorait Lola qui était sa plus proche amie, là n'était pas le problème, mais cette situation devenait vraiment grotesque. Il fallait qu'elle trouve un autre endroit pour lire afin de sauvegarder leur amitié et de dépasser le rythme d'une page par quart d'heure. La bibliothèque était fermée depuis bien longtemps et elle n'avait aucune envie de tomber nez à nez avec la vieille madame Pince. La salle commune serait peut être un bon endroit mais ces derniers temps, Miss Wellington avait le sommeil fragile et Amy n'avait pas envie d'expliquer sa présence en salle commune à une heure si tardive. Le château de nuit était bien trop glacial pour qu'elle ait envie de se poser dans un de ses multiples recoins. Il lui fallait un endroit cosy, où elle serait à l'abri et pourrait bouquiner jusqu'au petit matin. De toute manière, elle n'avait pas sommeil et le moteur Lola empêchait soute tentative de trouver celui-ci.

La serre! En voilà une idée qu'elle était bonne! Un lieu très peu fréquenté, chaud, à l'abri de tout ronflement et professeur! Car quel professeur se balade dans les serres au milieu de la nuit hein? Niel Hautecoeur le prof de botanique devait dormir depuis déjà de longues heures en suçant son pouce après avoir avalé une bonne tisane aux plantes. Ravie de son idée, Amy enfila un pull, ses converses blanches devenues gris/marron/noir, et quitta silencieusement la salle commune, puis les sous-sols. Elle ouvrit la massive porte de bois qui la séparait du parc, craignant quelque peu d'alerter Rusard, mais put finalement sortir du château sans encombres.

Au prix de mille efforts, elle parvint finalement à la serre la plus proche. Enfin, mille efforts, façon de parler car le trajet n'était pas non plus des plus éprouvants. Bref, elle entra silencieusement dans la pièce vide de toute vie humaine autre que la sienne, mais emplie de plantes qu'elle ne connaissait pas pour la plupart. Enfin si, les tournesols ça va, elle était plutôt calée dessus. Amy choisit un coin vierge de toute végétation lui paraissant trop austère et sortit son livre ainsi qu'une Chocogrenouille. Elle déchira l'emballage d'un geste professionnel et ouvrit son livre avant de se replonger dans cette histoire tourmentée et passionnante. Mais alors qu'elle portait sa friandise à sa bouche, des murmures la firent tomber d'entre ses doigts tremblants. Qu'est ce que c'était que cela? Les Erklings ne parlent pas, on est d'accord! Mais alors quelle créature se baladait dans les serres la nuit? Elle ferma son livre et avança à quatre pattes, très lentement. Une ombre gigantesque s'étendit sur elle, la recouvrant entièrement. La fillette s'apprêtait à hurler mais aucun son ne sortit de sa bouche lorsqu'elle remarqua la figure grotesque de l'ombre. Tiens, alors il ne dormait pas à une heure pareille celui là? Etrange étrange...De petits yeux fatigués, des cheveux roux en bataille, tel était Niel Hautecoeur, professeur de Botanique qui lança, encore plus apeuré qu'elle ne l'avait été quelques secondes auparavant:

« AMY ... AMY COLLINS !? Nom d’une fiole d’essence de Dictame, mais qu’est ce qu’une fillette comme toi fiche ici ! »

Tiens, il connaissait son nom? Amy ne put s'empêcher de ressentir une bouffée d'orgueil. Et vlambadaboum! Un bruit de métal fracassant et voilà que le rouquin se tenait le pied en sanglotant et gémissant. Et ben, tout compte fait la fillette aurait peut être dû ronfler en coeur avec Lola! Elle n'avait pas peur des retenues, mais l'idée d'avoir à passer du temps avec cet être étrange ne l'enchantait pas franchement. Elle alla chercher sa Chocogrenouille restée à terre et revint vers le pathétique professeur. En la lui tendant, elle chuchota:

- " Tenez, je suis sûre que ça ira mieux avec ça!"


Et peut être que du même coup il oublierait de la questionner sur les raisons de sa présence ici, peut être...

Le Grand Squelette des Serres  PV 

Tendre une chocogrenouille à Mister Hautecoeur, s’était peu ou prou comme mettre sa main ensanglantée devant le nez d’un grand requin blanc, ou de s’attacher un steak autour du mollet avant de le présenter à un rottweiller. Le requin, le rouquin ou le chien se jetaient tout trois sur la succulente proie, l’attrapaient fermement, et ne la lâchaient qu’après avoir sucé jusqu’à la substantifique moelle de l’alléchante chose. La charmante fillette tenait-elle tant que ça à perdre sa jolie menotte blanchâtre ? Sous le papier céruléen et or, les effluves de cacao montaient jusqu’aux narines du jeune homme. Qu’il était tentant alors de gober chocolat et doigts tendus, tout crus, qui sait s’il cela n’ajouterais d’ailleurs pas un délicieux coulis rouge au corps délicat de l’attirante chococrocroa.

Le Directeur de Poufsouffle claqua des dents, serra les poings et la main droite de la petite vipère s’en tira à bon compte.


" Tenez, je suis sûre que ça ira mieux avec ça !" continua-t-elle pourtant.

La taquine désirait peut être pousser son Professeur dans ses derniers retranchements, mais le plus probable était qu’elle devait s’imaginer une réponse polie suivi d’un sourire et d’un passage cordial de main à main de la sucrerie. L’attention absorbée par le chocolat magique, le professeur ne songerait plus alors aux obscures raisons de la présence d’une élève de 12 ans, de nuit, dans une des serres métalliques et osseuses du château. Mais un Professeur n’avait pas à être un rottweiler baveux ou un requin féroce, sinon le protecteur des gosses pullulants dans Poudlard. Cette pensée lui évoqua soudain quelques lignes d’un célèbre ouvrage molde mis en exergue dans les rayons de plusieurs librairies du petit quartier parisien qu’avait habité le jeune homme. « Je suis le feu qui flambe contre le froid, la lumière qui rallume l'aube, le cor qui secoue les dormeurs, le bouclier protecteur des royaumes humains. » Sans aller jusqu’à demander à miss Hay Shepard de le métamorphoser en linteau de bois massif et se dresser tout droit devant les assaillants, le jeune homme avait prévu quelques stratagèmes pour défendre au besoin les élèves de l’école.

Mais trêve de pensées incongrues, le jeune homme se retourna vers la fillette.


« C’est ... gentil jeune fille mais je préfèrerais que tu gardes ce chocolat pour toi. Et puis il faudrait mieux que je te raccompagne à ton dortoir non ? »

Alors le jeune homme prit le fillette par la main et la guida en toute sécurité jusqu’à sa Salle Commune.

...

Comment ça quelque chose cloche ? Le Professeur de Botanique avait tout à fait la capacité de prendre une enfant sous son aile et de la protéger sur les chemins du Parc puis dans les sous-sols du château. Le problème résidait dans le fait que le professeur en question s’appelait Niel Hautecoeur, et la fillette Amy Collins.

Amy Collins était une pimpante fillette, drôle assurément au vu des lignes étranges de son invention qui atterrissaient fréquemment dans la Salle des Profs. Sympathique selon les dires de ses camarades, Niel l’avait entrevue une ou deux fois dans les couloirs et toujours entourée d’amis riant. A vrai dire, le Directeur de Poufsouffle connaissait surtout de nom son interlocutrice. Et c’est son invention du terme chococroacroa qui lui valait cette renommée auprès du blaireau gourmant. Une boule de guimauve donc, avec un piment rouge caché à l’intérieur. Une serpentard, oui, Amy Collins était une vipère et toutes les rumeurs convergeaient en ce sens. Un taquin reptile avide d’intrusions et de secrets cachés qui savait se faufiler en des lieux interdits aussi facilement que si elle en possédait les clefs et qui attirait, comme les rats attirent la peste, retenues et remontrances.

Niel Hautecoeur était ... Niel Hautecoeur et les piments rouges n’étaient pas vraiment de son goût. Ils lui brûlaient la langue, lui faisaient cracher des flammes. Le rouquin détestait les piments parce qu’ils ne faisaient jamais preuve de retenue ou de compassion, faisant toujours effet même sous une épaisse sauce au beurre et avec la plus grande des bonnes volontés.


Bref, après analyse, le rouquin fronça les sourcils devant la forte probabilité d'une mauvaise issue. A moins bien sûr qu’il ne fasse preuve d’autorité suffisante pour transformer Miss Collins en fillette sage, rôle difficile à jouer avec un orteil dans la main et un pétard orange à la place de la chevelure.

Mais qui ne tente rien n’a rien. C’est donc sous un masque de confiance et de sévérité que Niel se leva tranquillement, épousseta sa robe de sorcier et son tablier au tournesol rieur puis regarda l’illustre inventrice de mots dans les yeux et la rassura de ces mots.

« Hem... Je te promet que je ne dirais rien de cette bêtise à Miss Wellington. Si on arrive à atteindre les sous-sols toutefois... Nom d'une tentacula, c'est pas gagné.  »

Voilà, ça c’était fait. L’enseignant s’apprêtait à faire volte-face direction un lieu aussi lointain que possible de l'extérieur du château noir et plein de monstres, lorsqu’il perçut l'agitation de Jean-Michel, son Voltiflor planqué dans un coin de la grande Serre. Niel était très lié à son faux filet du diable, un semblant de dialogue s’était même installé entre les deux êtres. Et le message du câlin végétal était aussi clair que ses tentacules et les ténèbres nocturnes lui permettaient. Une autre créature approchait. Sixième sens à l’affût, la plante verte semblait éprouver une panique inhabituelle.

Sans dire un mot, le Botaniste mit une main sur l’épaule de la fillette et la fit passer derrière son dos. Puis il attrapa les gousses de Snargalouf dans sa poche. Sans sortilèges, Niel Hautecoeur n’en était pas sans défense et il n’avait jamais entendu parler de contre-sort contre de telles tentacules envahissantes et collantes. Empli de tristesse à l'idée de sacrifier un si beau spécimen, il lâcha droit dans le vide le premier de ses trois bulbes. La vie d'Amy Collins valait plus que la survie d'une gousse verdâtre supposa le botaniste s'en en être toutefois intimement convaincu.

Détenteur du rang de Blaireau acharné.
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L'odeur de la cigarette, Bethany en raffolait. Elle avait commencé à fumer très jeune, 14 ans, en secret bien évidemment car ce n'était pas le genre de comportement qu'on tolérait à Poudlard, même pour une Serpentard aussi rebelle qu'elle l'avait été. Elle avait commencé doucement, une cigarette par jour. Puis petit à petit, la machine à dépendance qu'elle était avait atteint le paquet par jour. C'était le temps de ses études supérieurs, l'après Poudlard, dans une bonne vieille académie magique comme l'Angleterre en comptait des dizaines. Mais depuis qu'elle était auror, le compte s'était légèrement aggravé, passant à deux paquets par jour. Une folie disaient ses collègues en ajoutant à tort et à travers que si elle continuait à glisser sur cette pente elle mourrait jeune d'un cancer des poumons. Bethany n'en avait rien à faire du danger que pouvait représenter sa consommation excessive de tabac, encore moins de la mort. Elle fumait parce qu'elle aimait ça et quant à la mort, foutaise ! elle était auror pas médicomage. Elle, plus que quiconque, savait à quoi ressemblait la mort.

Assise sur un tertre au beau milieu du parc, elle alluma une énième cigarette et scruta l'obscurité environnante, l'oreille aux aguets. Quelques bruits remontaient fréquemment de la Forêt Interdite mais aussi loin que remontât sa mémoire, il semblait à Bethany qu'élève, déjà, elle avait entendu le même genre de bruits s'échapper de cette forêt. Il y avait toujours quelque chose au fond de ces bois pour pousser un cri sinistre ou faire trembler de peur la cime des arbres. Après tout, ce n'était tout de même pas pour rien qu'on la disait interdite, non ? Restait que Bethany avait été envoyé sur un rapport du Département de contrôle et régulation des créatures magiques, de drôles d'oiseaux ceux-là, pour mater une percée d'erklings sur le territoire anglais. Tout naturellement, ces maudites créatures avaient flairé leur mets favoris à des kilomètres de distance et tous s’agglutinaient désormais autour de Poudlard dans l'espoir d'en arracher quelques bouchées. Alors même si rien n'était en mesure de l'inquiéter, pas même un erkling qui déciderait de s'attaquer à ses mollets, Bethany savait qu'elle devait rester professionnelle et se montrer vigilante. La sécurité des enfants en dépendait.

Rechaussant ses boots, elle prit sa baguette derrière son oreille et éclaira les environs à l'aide d'un Lumos. Quasiment dans la foulée, deux autres points lumineux s'embrasèrent aux autres coins du parc. Leona et Felipe étaient eux aussi en état d'alerte. Bethany n'avait donc pas rêvé, quelque chose était bel et bien entré dans le parc. Elle l'avait senti. Levant son bras aussi haut qu'elle le pouvait, elle agrandit ainsi le cercle de lumière que projetait sa baguette et révéla, traversant sur la largeur le chemin de terre qui descendait jusqu'à la cabane du garde-chasse, une série d'empreintes bien fraiches. En les étudiant de plus près, Bethany conclut aussitôt au passage d'un erkling à la taille et à la forme des pieds principalement, mais également à la manière dont l’extrémité des doigts s'enfonçaient profondément dans la terre. A vu d'oeil, elle conclut que la créature était passé là une dizaine de minutes plus tôt, peut-être un peu moins.

Tirant fortement sur sa cigarette puis recrachant un panache de fumée par les narines, Bethany envoya une gerbe d'étincelles rouges dans le ciel pour prévenir ses collègues du danger imminent, conformément à leur protocole de communication, et sans plus tarder remonta à toute vitesse la piste discontinue laissée par l'erkling. Ses observations la menèrent jusqu'aux serres de botanique dont une des entrées laissait justement échappée un long tapis de lumière taché par une petite silhouette voutée. Par la barbe de Merlin ! Ni une ni deux, Bethany dégaina sa baguette et s'élança à l'intérieur de la serre. L'erkling s'y tenait, menaçant, devant deux personnes. Bethany ne chercha pas à savoir qui et pourquoi à une heure si tardive. Elle se rua seulement sur sa cible en s'écriant :

« Cadena Claustra ! »

D'immenses et très épaisses chaines en métal jaillirent bruyemment du sol et s'enroulèrent instinctivement autour de la créature, la condamnant à s'allonger sur le sol, face contre terre.

« Saleté de bestiole sournoise, tu croyais réellement pouvoir me filer sous le nez comme ça ? Hein ! »

Bien sûr, un erkling ça ne parlait pas. Alors, en colère, Bethany lui flanqua un bon coup de pied dans les côtes pour faire redescendre la jauge de stress que cette immondice avait failli faire imploser.
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Ancien sorcier  

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C'est bien connu, les Chocogrenouilles sont un remède à tous les maux et ce n'est plus à prouver. Si Jules César a gagné la célèbre bataille d'Alesia, c'est bien parce qu'il s'était fait livrer une bonne dose de ces mets et avait sollicité les oracles afin qu'ils lisent l'issue de la bataille dans leurs entrailles. Faisons désormais un bond dans l'histoire: si Beethoven a pu composer une œuvre aussi monumentale qui regroupe plus d'un millier de pièces, c'est grâce à sa dégustation quotidienne de Chocogrenouilles qui le tenait en forme. Si Rimbaud, à l'âge ingrat de dix-sept ans composait déjà d'exquis poèmes c'est bien que ces friandises étaient sa muse. A qui pensez-vous qu'il s'adresse dans le vers " Ô Muse, et j'étais ton féal " ? Et bien à une grenouille en chocolat.

Ces exquises pièces ouvragées de fin chocolat au lait en forme d'amphibien, batracien ou que sais-je encore, ont-été à l'origine de la création d'oeuvres littéraires incontournables, de morceaux de musique qui encore aujourd'hui enchantent nos sens, de découvertes scientifiques ( Einstein, Albert, pas Franck, était lui même un consommateur excessif). Mais ce soir là, l'une d'entre elles servait tout simplement de réconfort à un prof gringalet qui venait de se faire bobo tout seul.

Et encore une fois, la Chococroacroa triompha! Aussitôt, le jeune homme sembla oublier la douleur qui le tiraillait pourtant quelques secondes auparavant. Avec un regard néanmoins méfiant à l'égard de l'innocente jeune fille, il attrapa précautionneusement la sucrerie entre ses mains, comme s'il s'était agit d'une véritable rainette.
S'ensuivit un véritable duel du regard, un face à face trépidant plein de passion et de fougue, l'un regardant l'autre avec une lueur proche de l'adoration. Et oui, Niel Hautecoeur observait son dû comme certains hommes regardent la femme qu'ils aiment et chérissent. A défaut d'une femme, Hautecoeur réservait ce regard à un bout de chocolat. Comme la vie est injuste! Pourquoi lui n'aurait-il pas droit à l'amour? Parce qu'il était roux seriez-vous tentés de répondre. MIIIIP ! Mauvaise réponse! Je pense plutôt qu'il ne s'autorisait pas à aimer une autre créature que Jean-Michel ou qu'une bouchée de cacao. Mais chaque chose en son temps, la créature Hautecoeur se rendrait bien compte un jour ou l'autre que le chocolat ne rend pas heureux, pas plus qu'un Voltiflore, et se mettrait alors à la recherche de la compagne idéale. Mais Amy n'était pas assistante sociale, elle voulait bien jouer le rôle de l'épicière auprès du rouquin, mais l'aider dans sa recherche de l'âme soeur? Alors là non!

Le coup de foudre entre Niel et sa promise permit à Amy de prendre du recul sur elle même. Certes, elle adorait les Chococroacroas et avait d'ailleurs inventé ce terme, et en consommait au moins une par jour afin de survivre au rythme harassant des cours, mais son cas lui parut tout à coup moins grave que ce qu'elle pensait jusque là. Car celui de Niel Hautecoeur était véritablement un cas pathologique voir même psychopathologique, avouons le! Amy, elle, n'avait jamais regardé une Chocogrenouille ainsi. Bien sur, elle en avait déjà regardé avec envie, pure envie gloutonne, mais jamais elle n'avait épargné ces sucreries, les engloutissant d'un coup. Le professeur de Botanique quant à lui, observait la sienne avec passion et semblait hésiter à l'entamer. Mais quel phénomène tout de même ce prof!

Lassée d'attendre, Amy détourna son regard de la scène mélodramatique qui se jouait un peu plus bas. Un grattement se faisait entendre, mais elle n'aurait su dire d'où provenait ce bruit étrange. Elle tourna la tête vers les plantes qui envahissaient la tête en quête de la coupable, mais aucune ne bougeait, le bruit était donc autre mais elle ne se formalisa pas, après tout à Poudlard il était normal que des sons inexplicables surgissent de temps à autre. Niel se leva paresseusement, la Chocogrenouille avait disparu. Il s'approcha d'Amy et lui annonça :

« Hem... Je te promet que je ne dirais rien de cette bêtise à Miss Wellington. Si on arrive à atteindre les sous-sols toutefois... Nom d'une tentacula, c'est pas gagné. » 

Bah pourquoi est-ce qu'atteindre les sous-sols serait un problème ? Amy avait fait le trajet dans un sens, et réitérer cette promenade ne la dérangeait pas le moins du monde. Le Hautecoeur, en revanche, avait l'air de craindre qu'il leur arrive quelque chose sur le chemin, mais Amy était bien loin de ses préoccupations, c'était un adulte qui plus est professeur à Poudlard, il pourrait bien les tirer d'affaire dans une situation critique. Et en ce qui concernait le fait de ne rien dire à Mlle Wellington, Amy n'était pas vraiment étonnée, elle ne pensait pas avoir fait quoi que ce soit de mal et elle voyait très mal le jeune rouquin réussir à aligner deux mots face à la charmante professeur.

Alors qu'il ouvrait la marche et s'apprêtait à ouvrir la porte de la serre, le grattement se fit à nouveau entendre. Plus proche cette fois. Et le bruit fut suivi d'un grognement proche du reniflement. Là, Amy n'était plus très rassurée, et cela était sans doute dû en partie à l'expression peu rassurée peinte sur le visage du seul adulte présent. Elle recula de deux pas et attrapa fermement sa baguette magique, son livre tenu dans l'autre main.

Niel Haurtecoeur eut la merveilleuse idée d'ouvrir la porte et de lancer quelques objets qu'Amy n'identifia pas mais qui eurent le don de signaler leur position à la créature reniflarde. Ni une ni deux, une chose courbée au nez de la taille d'un avant bras, aux yeux injectés de sang et aux longs doigts griffus, s'afficha dans l'encadrement de la porte.

Amy sursauta et laissa tomber son livre à terre dans un bruit mat.

Le reste lui parut flou : des chaînes jaillissant de nulle part, une tignasse rousse qui saute dans la serre et qui se met à frapper la créature au sol en criant :

« Saleté de bestiole sournoise, tu croyais réellement pouvoir me filer sous le nez comme ça ? Hein ! »

Amy ne l'avait jamais vue mais cette personne était désormais son idole. Niel n'avait pas bougé, comme pétrifié, et Amy s'empressa de ramasser son précieux ouvrage avant de s'approcher avec méfiance de la chose qui se tortillait à terre. Alors c'était donc ça un Erkling ? Une créature répugnante et... incroyablement flippante. A son tour, la fillette lui balança un coup de pied dans les côtes avec satisfaction, ce truc lui avait filé une de ces frousses !! Elle s'adressa ensuite à leur sauveuse d'une petite voix :

«  Merci beaucoup, vous êtes bien plus efficace que les choses vertes que le professeur a balancé ! »

D'ailleurs elle n'était pas certaine que Niel Hautecoeur se remette un jour du choc causé à son pauvre petit cœur. A moins de faire une razzia de Chocogrenouilles chez Honeydukes.

Le Grand Squelette des Serres  PV 

Tout commença par le froufrou affolé des pages tombant et le son étouffé d’une couverture épaisse giflant le sol. Amy, Niel et «l’autre» étaient trois dans la Serre. Tout continua avec l’ouragan feu ravageur. Amy, Niel, « l’autre » et le monstre furent soudain quatre.

Lorsque les yeux de Niel se posèrent sur «l’autre», à cette seconde précise, trois pensées naquirent sous ses mèches rousses. Un, il ne connaissait pas «l’autre». Deux, ce dernier n’avait sûrement rien à faire ici. Trois, «l’autre» avait l’air caricaturalement méchant. «L’autre» c’était cette chose qui grognait, respirait avec le bruit sourd et ronflant d’un appareil mécanique moldu, avait de très très grandes dents et un long nez pointu. «L’autre» avait les griffes d’une fourche de paysan et des yeux étranges. Une physionomie faite pour tuer, déchiqueter voire à lacérer. Le botaniste fut tenté de faire comme dans le conte du petit chapiteau rouge : "Mamie pourquoi tu as de grandes griffes, dents, pattes, yeux ?". "C’est pour mieux te manger mon enfant" aurait pu répondre la chose.

Sauf que la robe ne faisait pas le sorcier. Le saule cogneur imitait la grande faucheuse sans pour autant paraître redoutable à première vue. Le Voltiflor ressemblait à un filet du diable mais était inoffensif. «L’autre» ne pouvait pas être aussi méchant que le laissait suggérer son apparence, quelque chose de si abominable ne pouvait être concevable. Ce devait même être le contraire. Tremblant presque dans les ombres nocturnes, ramassé sur lui même, la chose semblait vulnérable.

Mais alors pourquoi cette chose se trouvait-elle là à une heure si avancée de la nuit si elle ne voulait pas de mal aux deux jeunes gens ? A l’instant ou le livre d’Amy Collins atteint le sol humide, Niel prit sa décision. L’autre avait besoin d’aide. Pourquoi une telle créature se serait introduite dans le château si protégé, sinon en étant poussée par le désespoir ? L’autre était un chose désespérée et le botaniste était on ne pouvait plus sensible à la détresse d’autrui. Il n’y avait pas si longtemps, il avait du ressembler à cette chose, avec une peau plus rose peut être et une mâchoire moins développée.

A l’instant ou la dernière des pages du livre d’Amy Collins reprit sa place entre ses sœurs, Niel fit un premier pas vers «l’autre» avec la ferme attention de lui apporter secours. C’est à ce moment précis que le monstre fit son entrée, la tête en feu, revêtu d’une immonde odeur âcre de bûcher. Comme tout les monstres, il trouva malin de choisir en première cible l’être le plus faible du groupe des futures victime de sa barbarie. Sous le regard tétanisé du jeune homme, l’horreur vêtue d’ombres et de rage rugit et se jeta au devant de «l’autre».

Le monstre tendit la main, éclata la face de la créature contre le sol en l’y maintenant à l’aide de liens métalliques qui s’enfoncèrent cruellement contre sa chair, puis poussa un cri de triomphe.


« Saleté de bestiole sournoise, tu croyais réellement pouvoir me filer sous le nez comme ça ? Hein ! »

Niel s’était transformé en statue et ne sortit de cet état qu’en percevant le sens des mots du monstre. Le monstre était une sorcière. Une sorcière qui venait d’utiliser son pouvoir pour supplicier «l’autre» gémissant. Donc la sorcière était un monstre et encore une fois, la magie venait de faire preuve de son aberration. Niel détestait la magie, il était si facile de faire souffrir un être lorsque son sang ne venait pas vous tâcher les doigts ensuite. Libérés de tout scrupules et remords, de nombreux sorciers en étaient devenus des bêtes plus cruels que ce que l’on racontait des erklings. Mais quelle sorte de sorcier pouvait-on être pour s’en prendre à si pitoyable créature que «l’autre», avec ses membres tremblants et son nez plus si pointu, écrasé contre le plancher glacé dont un filet de sang perlait en colorant ses joues ? Mage noir, ou maître des ténèbres peut être.

Tout commença avec le bruit sourd d’un livre tombant à terre, et tout finit par le tremblement irrépressible des mains de Niel Hautecoeur lorsque la sorcière balança son pied contre le ventre de l’autre, avec un bruit étouffé tandis que la voix d’une fillette retentissait faiblement derrière le rouquin. En percevant le sifflement aiguë qu’était devenu le souffle de la créature, les yeux du jeune homme s’embuèrent. Il fit un pas. Un deuxième. S’approcha de la femme à la baguette. Lui posa une main sur l’épaule et serra le plus fort qu’il put en se positionnant entre elle et l’être étrange qui avait eu le courage de venir demander asile dans la grande Serre de Botanique. Puis d’une voix rendue grondeuse par l’indignation, il aboya à la face laiteuse du monstre à baguette qui dégageait à elle toute seule une odeur plus âcre qu’un vieux pub londonien.

« Je te préviens horreur ambulante, tu fais mine de toucher encore une fois à cette créature et je te noies dans ce propre venin qui doit te servir de sang. »

D’un côté il y avait cet «autre», souffrant, faible sous les grosses chaînes froides magiques et dont les grands yeux jaunes brillaient comme deux soleils. De l’autre, se tenait cette femme puante, se servant de son don à des fins malfaisantes, avec un regard aussi noir que son cœur. Niel avait choisi son camp.

Détenteur du rang de Blaireau acharné.
"Le professeur Tournesol il est trop BG." Emy Marks, à ses heures perdues.

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Intérieurement, Bethany bouillonnait. L'envie d'allumer une cigarette la tiraillait mais elle se retint, de peur que le mégot finisse par crever l'un des deux yeux enragés qui la cherchait. Contrairement à l'image qu'elle renvoyait, Bethany détestait faire étallage de sa colère. D'autant plus devant de parfaits inconnus.

Son regard rencontra tour à tour celui du rouquin qui, si elle s'en tenait seulement à l'endroit, devait occuper le poste de professeur de Botanique et celui de la petite brune qui l'accompagnait. Il lui semblait l'avoir déjà vu rôder dans le parc, sans toutefois en être parfaitement certaine. Des petites brunes, ce n'était pas vraiment ce qui manquait dans cette école. La voir flanquer une bonne pointe dans les côtes de l'animal augmenta son capital sympathie auprès de Bethany. La petite avait du cran. Bethany était douée pour le flairer.

« Merci beaucoup, vous êtes bien plus efficace que les choses vertes que le professeur a balancé ! »

Un nouveau regard vers le professeur et Bethany sut immédiatement que lui n'en avait aucun. C'était un mauvais point. Bethany détestait tout ce qui était ou trop fragile ou trop peureux.

Avec un étonnement certain, elle le regarda s'avancer et suivi même la main qu'il osa poser sur son épaule. Deuxième mauvais point. Bethany détestait par-dessus tout qu'on la touche. Cela se fit aussitôt ressentir. L'atmosphère devint étrangement plus lourde et ses cheveux virèrent au rouge sang. Elle était à deux doigts de l'étriper mais se retenait plus par professionnalisme que par volonté propre.

Mais le rouquin osa franchir la ligne rouge et le détail changea forcément toute la donne. Bethany soutint son regard et serra les dents en sentant ses doigts s'enfoncer dans son épaule. Elle ne serrait pas les dents à cause de la douleur – une mouche aurait fait plus mal – mais pour retenir le poing crispé qu'elle s'apprêtait à lui balancer en pleine figure pour lui apprendre la politesse.

Mais le mal était fait.

« Je te préviens horreur ambulante, tu fais mine de toucher encore une fois à cette créature et je te noies dans ce propre venin qui doit te servir de sang. »

Ni une ni deux, Bethany se dégagea de son emprise et brandit son poing pour saisir l'importun par le col et le tordre si fort entre ses doigts que le rouquin se sentirait passé un nœud coulant autour du cou.

Les traits crispés de rage, elle tira sur le col pour abaisser son visage à quelques centimètres du sien. Il verrait ainsi la flamme menaçante qui brûlait dans ses yeux et qui risquait de lui cramer ce qui lui servait de tignasse.

« C'est une menace le rouquin ? HEIN ? Tu veux quitter l'enceinte de l'école et que je te montre comment on refait le portrait au type dans ton genre ? C'EST ÇA QUE TU VEUX ? Je suis sûre que non. Je suis une auror le rouquin, tu as entendu ? UNE AUROR ! Pas une satanée mauviette cachée derrière un étal de pots en terre cuite. UNE AUROR ! Alors ne pose plus jamais la main sur moi, ou je te promets que je te priverai de son usage pour le restant de tes jours... »

Derrière elle, une ombre faisait irruption dans l'entrée.


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Felipe Sampedro et sa femme Leona remontaient en courant la pente verte qui séparait leur poste d'observation des serres de l'école, inquiets. Felipe n'était pas le genre d'homme à s'inquiéter autrement que pour sa femme, mais son instinct lui dictait clairement que quelque chose n'allait pas depuis le signalement de Bethany. Cette impression se renforçait à chaque pas qui le rapprochait des serres d'où les échos d'une dispute lui revenaient.

« Beth ! cria-t-il en s'arrêtant dans l'entrée, essoufflé. »

En un coup d'oeil, Felipe analysa la scène. L'erkling enchainé au sol, l'élève debout à ses côtés, et Bethany tenant un professeur par le col. Ils étaient arrivés à temps.

« Ça suffit. Laisse-le. »

Bethany ne bougeait pas. Felipe n'avait pas idée de ce qui avait bien pu provoquer cette scène, mais ce dont il était certain c'est que Bethany n'attrapait jamais personne par le col sans raison. Et autant dire, que les raisons étaient toujours mauvaises. Il n'aimait pas ça.

« Beth.. »

Finalement, Bethany lâcha prise et sans piper mot, ébouriffa tendrement la chevelure de la petite puis quitta les serres en le bousculant au passage. Au moins, avait-il conscience d'avoir éviter le pire même si pour cela il avait du énerver sa supérieure. Elle lui en voudrait pendant longtemps, il le savait.

« Qu'est-ce qui se passe ici ? demanda-t-il en interrogeant aussi bien le professeur que l'élève. »

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Jamais au grand jamais, Niel Hautecoeur avait tenté de mettre fin à sa courte vie. Néanmoins, l’impression du tissu ébène s’enfonçant dans la chair tendre de son cou rosâtre lui fit songer que si jamais il l’avait voulu, il n’aurait pu ressentir plus semblables sensations.

Dix griffes commandées par une intelligence mesquine mise au service d’un sens hargneux des responsabilités vinrent soudainement cueillir au col le rouquin en pleine ébullition colérique. Un horrible rictus de haine pure déformait les traits de la proclamée auror, en une hideuse face monstrueuse, pleines de rides et de précipités. Comme pour imprimer définitivement dans l’esprit terrorisé de l’enseignant la marque du nez froncé, des yeux plissés, et de la bouche tordue et hurlante de son bourreau à l’abondante tignasse de feu.

Leurs deux nez n’étaient plus qu’à quelques centimètres l’un de l’autre et le contact physique qui répugnait tant au jeune homme n’apparaissait plus seulement comme une possibilité incertaine. Le visage du botaniste était d’une pâleur cadavérique et malgré le vacarme des mots éructés par l’auror, Niel sentait avec discernement ses tempes palpiter sous l’effet du stress. Bom bom. Bom bom.


« C'est une menace le rouquin ? HEIN ? Tu veux quitter l'enceinte de l'école et que je te montre comment on refait le portrait au type dans ton genre ? C'EST ÇA QUE TU VEUX ? Je suis sûre que non. Je suis une auror le rouquin, tu as entendu ? UNE AUROR ! Pas une satanée mauviette cachée derrière un étal de pots en terre cuite. UNE AUROR ! Alors ne pose plus jamais la main sur moi, ou je te promets que je te priverai de son usage pour le restant de tes jours... »

L’auror toutes en majuscules fulminait en crachotant son magma au visage du jeune homme sidéré. Non, vraiment non, Niel Hautecoeur ne voulait pas quitter l’enceinte de l’école et il comprit instantanément que la rouquine en était tout à fait capable, par conséquent, il se mordit cruellement les lèvres et s’abstint, étouffé par le dépit et l’angoisse, de répliquer ne serait-ce qu’une seule phrase. Le botaniste aimait son job, adorait ses élèves et affectionnait tout particulièrement les Serres de Poudlard et le feu de l’auror était probablement capable de tout réduire en cendre. Alors Niel eut peur, très peur des conséquences d’un maigre : « Ah oui ?! Une AUROR ! Mais excusez moi si je me trompe, être auror ce n’est pas venir en aide aux autres au lieu de les arggg... » ... Ou « arg » parce que très probablement, l’auror aurait étranglé le botaniste avant qu’il ne finisse sa phrase.

Le textile sciait la peau du rouquin en l’enserrant aussi tendrement que le baiser d’un détraqueur au condamné. Les prunelles du jeune homme toujours plantés dans les yeux furibonds du dragon, Niel Hautecoeur ne dut apparemment son salut qu’au cri grave qui traversa soudain la Serre, fusant tel une flèche salvatrice jusque dans les oreilles de l’auror à l’odeur de fumée.


« Beth ! Ça suffit. Laisse-le. Beth. »

Presque une imploration perçut le jeune homme lorsque toute la pression se relâcha autour de son cou et ses poumons se soulevèrent en toussotements profonds et choqués. Le nouveau venu avait une allure d’ombre sévère et sa silhouette devint réalité lorsque après un brusque passage par la case Amy Collins, le feu complètement dingue passa le porche de la Serre de Botanique pour disparaître dans les ténèbres, toute de tignasse rousse et de haine revêtue. Niel se laissa chuter à demi contre une table de bois clair et massa son cou endolori par deux profondes marques rougeâtres, sa gorge restait poussiéreuse et l’amertume envahissait sa bouche, lorsque la grande ombre s’ouvrit au dialogue.

« Qu'est-ce qui se passe ici ? »

L’enseignant prit la peine de rejoindre la fillette à la chevelure en désordre et de lui attraper les deux épaules, en un signe pathétiquement protecteur, avant d’apporter une réponse bredouillante et rendue rauque par la récente tentative d’étranglement.

« Il... Il se passe que d’horribles individus rôdent dans le château et que la plus ignoble d’entre elles, c’est bien cette créature rousse qui vient de... de... de tenter d’assassiner cette bête. » souffla-t-il enfin en désignant le pauvre truc en nez en accordéon dont personne n’avait plus rien à faire.

Et essuyant son visage moite d’une main tremblante, le jeune homme lâcha le giron de la petite couleuvre pour s’agenouiller au pied de la bête et de s’ébouriffer les cheveux en angoissant de plus en plus.

« Je... Je... Vous pouvez m’aider à faire quelque chose pour ce truc, votre collègue... je pense que ça doit être votre collègue vu la façon dont elle vous traire, juste être bousculé quelle chance ! Bref, elle en a fait voir de toutes les couleurs à cette chose, vous pouvez m’aider à l’amener chez Miss Pomfresh ? » demanda le botaniste en se rendant soudain compte que dans les yeux du machin au grand nez un petit quelque chose de cruel luisait.

Détenteur du rang de Blaireau acharné.
"Le professeur Tournesol il est trop BG." Emy Marks, à ses heures perdues.

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Felipe écouta autant qu'il observa le jeune professeur. De ce dernier, il ne tira pas la moindre goutte de colère mais seulement une stupeur froide et confuse. Aussi, ne se donna-t-il pas la peine de relever ses propos, contrairement à Leona dont le sourcil rehaussé soulignait son étonnement. Il préféra, de loin, croire que l’égarement du professeur n’était rien de plus qu’une conséquence à la colère noire de Bethany.

Leona semblait moins prompte à choisir cette hypothèse. Elle ne quittait plus Niel des yeux.

Pour corser l’affaire, celui-ci se porta au chevet de la créature et formula le souhait invraisemblable de la conduire à l’infirmerie. Immédiatement, le couple échangea un regard sombre mais emprunt de complicité leur suffisant à s’entendre. Tandis que Leona s’agenouillait devant l’erkling pour le libérer de ses chaînes en agitant sa baguette, Felipe posait ses doigts sur l’épaule de Niel tout en gardant un œil sur le déroulement de l’opération.

« Nous avons reçu pour ordre de ramener à Londres toute créature qui essayerait de s’infiltrer dans l’enceinte de l’école afin de l’interroger, déclara-t-il d’une voix claire et amicale. Laissez-nous faire notre travail. »

Leona en termina avec les épaisses chaînes comme s’il s’agissait d’une simple pelote de laine à dénouer ; puis d’un simple coup de baguette magique, elle plongea l’erkling dans un sommeil profond et sans rêves. Dénuée de crainte, de répugnance, Leona souleva la créature à la force de ses bras et quitta les serres par la même porte qu’elle y était entrée, après avoir salué Niel d’un hochement net de la tête. Felipe lui emboîta le pas, les mains longées au fond de ses poches. Il marqua toutefois un arrêt sur le pas de la porte et chercha le regard de Niel par-dessus son épaule.

« Veuillez nous excuser pour le dérangement. Si nous avions correctement fait les choses, rien de tout ça ne vous serait arrivé. Croyez bien que nous en sommes désolés et que nous ferons de notre mieux pour combler nos lacunes. Bonne nuit. »

Sur ces excuses, Felipe Sampedro disparut dans la nuit noire, emportant avec lui le souvenir de cette soirée et un erkling qui regretterait bientôt d’être né.