Défense contre les forces du mal

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Mad leva alors la tête en direction de la grosse pendule de bois présente dans un coin de la petite pièce qu'elle occupait. Celle ci aurait pu être bien plus remplie que désormais mais c'était aujourd'hui la Gryffonne uniquement qui y prenait place. Elle avait été retenue, enfin une d'un mauvais genre. Etant préfète, elle n'avait pas la moindre envie de se salir parmi ces abrutis passant leur temps à déranger les profs dans leur don d'apprentissage pendant une heure. Elle avait donc convenu -négocié plutôt- avec Miss Holloway pour la faire un soir, seule, où un travail bête et méchant l'attendrait bien sagement, déposé sur une table en bois sombre. Il lui restait donc une poignée de minutes pour finir son travail et le rendre, et elle n'en était qu'à la moitié. Il faut dire que son esprit était turlupiné par d'autres sujets que les Botrucs, mais la professeure n'en tiendrait pas compte : peu importe les diverses problèmes des élèves, son job était professeure, pas psychologue. Mad se dépêcha donc de griffoner son parchemin d'indications diverses. Elle n'eut pas plus de temps que Miss Holloway fit irruption dans la salle, criant d'un ton pourtant calme et froid :

- Le temps est écoulé. Vous pouvez partir, Miss.

La concernée se leva, poussa un profond soupir puis replaça la plume dans l'encrier et se dirigea vers l'échappatoire. Elle tendit la feuille à la correctrice mais celle ci n'eut pas le temps de s'en saisir que la Deuxième Année l'avait déjà lâché et partait en direction du rez de chaussée pour retrouver la Grande Salle. La faim lui taraudait l'estomac et elle le sentait. Elle entendit ses feuilles tomber et Amy -elle aimait prénommer les adultes- les ramasser, et un sourire s'étira sur son visage à l'allure pourtant irrité. Elle prit donc la direction des cuisines, bien décidée à se nourrir, lorsqu'elle heurta un pied, délicat et frêle. Elle leva donc son regard vers la jambe, le buste et enfin la tête de celui -ou celle, plutôt- à qui il appartenait. Elle reconnut une jeune Poufsouffle : Aelle Bristyle. Depuis qu’elle était à Poudlard, Mad se rendait compte qu’elle avait une mémoire pour les visages folle, mais que cela se limitait à cela. C’était triste en y pensant, de savoir qu’un appareil comme ça ne servait que pour les visages de parfaits inconnus et non pour des dons de savoir utiles. Elle plongea alors ses yeux perles dans ceux de sa future interlocutrice –elle en était persuadée- et se laissa tomber à ses pieds, au beau milieu du couloir. Elle n’avait pas la foi, pas la force de se déplacer pour être placée conventionnellement. C’en était trop. Elle croyait savoir que la brunette en face n’avait pas l’esprit aussi étriqué que celui des Poudlardiens anodins et elle espérait donc qu’elle ne ferait attention ni au placement, ni à la position de la préfète. Elle observa les sandales en cuir qui luisaient devant elle et prononça un « quelle chaleur » à peine audible. Il n’était pas destiné à elle-même, ni à Aelle d’ailleurs. Juste au vent qui soufflait, délicat. Il le comprendrait et serait probablement le seul.


Reducio
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Comment te dire, ou te faire comprendre, que la Vie n'était qu'un simple Songe ? Un Mensonge, que la Vérité Ronge.
Rire à m'en déchirer les abdos. Brûler nos complexes et nos vieilles pulsions d'ados.
Absente jusqu'au 18 août

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Septembre 2042
Devant la salle DCFM - Poudlard
2ème année



Le temps passait. Incroyablement vite, faisant fi de mon besoin de le contempler, de le voir se tordre dans sa tentative de fuite. Mais je ne voyais rien, car il était trop rapide. J’étais un sablier éventré et les grains ne cessaient de s’écouler par le trou béant que créait ma frénésie. Je haïssais que le temps échappe ainsi à mon contrôle, comme si les jours qui passaient me narguaient en criant que je ne pourrai profiter longtemps de cette légèreté. J’en avais pourtant si besoin. A l’instant même où mon corps quittait le lit et la Salle Commune, je me sentais si légère que mon coeur ne cessait de s’envoler dans ma poitrine. Peut-être était-ce par ce chemin que les grains s’enfuyaient ; par le trou béant que laissait mon palpitant dès lors qu’il osait s’envoler si loin de son Endroit.

Et malgré tout cela, je réchignais à aller me coucher. Cette légèreté, si libératrice, ne parvenait pas à me suivre dans la quiétude de ma couche. Les nuits, obsédantes, se greffaient dans ma peau ; j’étais dans l’incapacité de me débarasser de ses griffes douloureuses. Et la journée, comme une odeur persistante, elle venait parfois tourner autour de moi pour m’embaumer les idées. C’est dans l’obscurité de la nuit que la Maison pouvait me retrouver. Elle trouvait son chemin dans ma tête, se liait à ma conscience et prenait soin de m’arracher des lambeaux de rêve. Je la sentais s’appuyer sur mes épaules pour extraire plus facilement ma légèreté de ma tête. Elle ne partait pas quant elle en avait terminée. Non, elle se tenait étroitement serrée contre moi pour me regarder hurler et pleurer ma haine contre elle. Il n’y avait que le jour pour la faire fuir. Ca avait toujours été le jour.

Mais je savais. Et c’est ce qui me permettait de m’envoler quand le jour se levait.

C’était ma bataille. Mais lorsque le soir venait prendre son tour de garde, je me trouvais à devoir combattre dans ma lutte acharnée contre la nuit et la Maison. Je ne voulais pas y retourner, alors que le lendemain m’appelait à grand cris, m’hurlant de profiter de chaque instant de cette légèreté retrouvée.

Je laissai lentement retomber ma main ; la pulpe de mes doigts caressa la pierre rugueuse et fraiche, trouvant son chemin jusqu’au sol poussiéreux. Sous mes yeux s’élevaient des ombres sans consistances ; il s’agissait seulement de la danse des flammes. Le temps était à l’arrêt ici, il était enfin parvenu à stopper sa folle course. J’étais parvenu à lui donner son temps de pause, et j’en étais très fière. Ce couloir était le réceptacle de mon attente, il n’était qu’à moi et j’étais à lui.
J’étais bien, sereine et apaisée. Mon coeur battait lentement, mes paupières étaient résolument ouvertes, accueillant chaque nouvelle forme sur le lointain et sombre plafond du couloir. Le silence qui m’entourait était comme un cocon qui me préservait du reste du monde. Il m’avait manqué, cette quiétude m’avait manqué, cette solitude m’avait manqué ; je ne pouvais me souvenir du jour où j’avais voulus ne plus la côtoyer.

J’étais allongée dans ce couloir car il s’agissait du seul endroit dans lequel je ne pouvais guère croiser d’âmes bruyantes et dérangeantes. Tant que le couvre feu ne tombait pas, je serais ici en paix. Et après, cela n’était pas mon problème.

L’esprit vagabondant, ma bouche s’ouvrit et s’en échappa ma voix grêle qui se rappela de quelques paroles mélodieuses que lui soufflait ma conscience. Les mots qui m’échappèrent ne m’évoquèrent pourtant rien mais je les laissais couler autour de moi, écoutant ma propre voix faiblarde qui me donna l’envie de rire. Je ris, ou plutôt je ricanai, avant que mon bras ne se décolle du sol d’un geste las ; je regardai ma main passer au-dessus de ma tête avant qu’elle n’aille effleurer la pierre froide du chateau.

« J’t’ai toujours détesté quand tu chantais, Nataaa-naël, » déblatérai-je au plafond en ramenant ma deuxième main rejoindre sa consoeur.

Mon attention se fixa un instant sur la partie la plus sombre des hauteurs de ce couloir. Il y avait un pouvoir particulier dans les ombres, celui de nous alpaguer pour nous amener ailleurs. Alors que je regardais ce morceau obscur, j’oubliais que j’étais ici et que je n’avais pas finis de parler avec le plafond.

La chute de mon esprit, brutale, se présenta sous la forme d’un choc que rencontra mon pied. Mon coeur sembla alors s’arracher de ma poitrine et mes doigts s’éraflèrent contre la pierre du mur lorsque je m’y accrochais pour surélever mon buste.

« ‘rlin ! » haletai-je sans pouvoir me retenir en ramenant mes doigts égratignés contre moi.

Je ne ressentais pas de douleur particulière, mais face au spectacle qui se jouait devant moi j’avais le besoin de ne pas étaler mon corps comme je l’avais fait la dernière demi-heure. Je voulais me protéger de l’extérieur, me retrouver contre moi-même. Je ramenai mes jambes contre mon buste ; une fille était là. Une fille ! Une parfaite inconnue qui n’avait parfaitement rien à faire dans mon sillage, qui n’avait ni à me regarder ainsi ni à trébucher sur mon pied. Qu’est-ce qui l’avait mené à traîner sa carcasse débile dans ce couloir, le seul couloir dans lequel j’avais décidé de me réfugier ? Je n’y portais guère d’importance, mais sa présence prés de moi balayait l’instant de paix que j’étais en train de vivre.

Et lorsque sa voix s’éleva pour venir maltraiter mes tympans, je me permis de lever les yeux au ciel et de gonfler mes joues d’agacement. Les autres avaient l’impitoyable défaut de croire qu’ils avaient un quelconque intérêt à m’adresser la parole. Ou que moi-même je puisse en avoir un à leur répondre.

« Le sol serait plus frais dans les sous.. les sous-sols, » déclamai-je d’une voix monocorde.

Les sous-sols. Foutue langue qui avait ripée, foutus souvenirs qui m’avaient frappés. Pourquoi devrais-je revoir ces souvenirs alors qu’une nouvelle route, bien plus sereine, s’ouvrait devant moi ? Je grimacai, les yeux perdu dans la cascade blonde qui dévalait le corps avachi devant moi :

« Bien que… dangereux, » ricanai-je en retrouvant ma position allongée sur la pierre du couloir.

Je passais mes bras derrière ma tête pour l’en protéger de la dureté du sol et je fouillai du regard le plafond à la recherche de ma quiétude.

« Je crois que je vais Finir par pleurer, mais mes Larmes ne couleront pas. »

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Absolument navrée de ce retard involontaire


Un éclair s'abattit sur la personne que représentait Mad sans même lui laisser le temps d'en prendre conscience et les souvenirs la submergèrent. Cet été, cette année avait été éprouvante, elle ne pouvait le nier et sa mémoire la défaussait parfois, la laissant en proie au passé. Les pensées néfastes affluèrent, emmenant la réalité au passage.

"J'ai besoin de me libérer de cette souffrance qui me ronge. De crier au monde ce qui me bouleverse. D'heurter les esprits étriqués de cette société qui m'étouffe. D'entendre les larmes de ce qui me tracasse, leurs cris plaintifs et leurs respirations saccadées. De les voir se morfondre sur leurs sorts. De contempler leurs vêtements souillés par la haine. De sentir leur pourriture moisir et leurs enveloppes se décomposer. De jouir du plaisir de pouvoir les observer se décarcasser. De les voir se souiller de leur venin craché à ma figure.
J'ai besoin d'arrêter de penser à ça, à eux. D'empêcher le hamster de tourner dans sa roue. De stopper le cours infini, éternel de mes pensées. D'arrêter mon âme et mon esprit dans leur union en réflexion. De mettre fin à mes émotions et à mes sensations. Que mes terminaisons nerveuses n'envoient plus ces messages incessants ou que mon cerveau ne les reçoivent plus, et qu'ils commencent tous à forger leurs barrières d'isolement. Que mon corps et mon âme coupent leur liaison, et que mon esprit reste à sa place sans toujours tenter de s'y intégrer, de s'interposer. Que leur communication continue prenne des congés et que la cohabitation se déroule enfin dans des conditions viables.
Mon coeur bat dans ma poitrine, composante de cette carcasse lourde. Il loupe un battement dans sa course effrénée mais ne prend pas le temps de s'y arrêter pour contempler le silence qui s'était installé, l'afflux de sang qui avait renoncé. Mes veines forment un berceau à un liquide stagnant, inanimé, et mon corps s'occupe du balancement et des va-et-vient, se traduisant en sursauts et frissons indomptables. Le froid de la pièce passait pas mes os, les figeant, mes articulations se crispaient et mes poils se hérissaient. Mon corps se paralysait. Inexorablement, sans me laisser le répit de le réactiver."

Aelle jurait, pestait et soufflait comme un buffle aux côtés de Mad. Celle ci ne put que la regarder dédaigneusement. Montrer son mécontentement, son désaccord, c'était dévoiler ses émotions à un public qui n'y prendrait pas garde. C'était parfois mieux ainsi. Plutôt que d'éplucher les personnes jusqu'aux entrailles où le sang de leurs faiblesses jaillirait. Ils ne savaient pas y faire attention, chouchouter ses ressentis pour mieux appréhender la vie. La Gryffonne avait envie de lui hurler dessus, de lui crier qu'elle devait profiter plutôt que de râler. Encore et toujours. La personne qui se tenait devant elle se recroquevilla, comme si elle avait eu peur des relents de pensées comblant, étouffant son esprit. Le foetus entrouvra alors les lèvres dans un signe monotone et dit une phrase d'une banalité rare. Elle laissa sa parole tomber dans l'oubli en lui lâchant un regard anodin, sans même y prêter garde car des mots tels que ceux ci ne méritaient absolument pas que l'on lui accorde une once d'attention. Le gouffre béant s'ouvrit et happa la parole en un fragment de seconde. Le couloir ne résonnait déjà plus de la banalité des mots prononçés.  Tout reste de cette phrase n'existait plus, avalé. Miss Bristyle reprit sa position de départ à savoir étendue sur le sol comme si son coeur n'envoyait plus les signaux nécessaires à sa vie, à sa survie. A la maintenue de son enveloppe disgracieuse. La vie s'était partiellement enfuie de ce corps désertique. Son regard tendait vers le plafond miteux de cette école. Mad prit une position qu'elle admettait apprécier mais qu'elle ne dévoilait d'ordinaire jamais. C'était étrange quelle confiance elle mettait dans cette parfaite inconnue, si ce n'est de nom. Elle se roula en boule et tendit les bras, cherchant à agripper la pierre la plus éloignée de son enveloppe. Son dos s'étirait, se consolidait, respirait. Il craquait et ce petit bruit la rassurait. Elle rentra alors sa tête, se cachant de la bêtise du monde. Elle se détendit, ferma les yeux, laissant ses faiblesses à découvert aux abrutis qui peuplaient ce monde, et se reposa. Elle ne prêta pas attention aux divers mouvements, ou peut être dires, de sa voisine.

Comment te dire, ou te faire comprendre, que la Vie n'était qu'un simple Songe ? Un Mensonge, que la Vérité Ronge.
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Toujours la danse de l’ombre qui courait dans les recoins du plafond ; elle flottait, parfois. Alors je tentais de la saisir de mon regard, de l’alpaguer pour la faire mienne et pour retrouver ce qui m’avait permis de m’échapper. Sous ma tête, mes doigts fouillaient mes cheveux, les tordaient et les tiraient. Je sentais le picotement de ma peau éraflée. Ce n’était pas désagréable. C’était plus comme un rappel, une piqure incessante qui, toutes les quatre secondes exactement, venait frapper mon épiderme pour me rappeler que l’enfant blonde était encore là, et que c’était elle qui m’avait Arraché. Mais dans le plafond il n’y avait plus rien.
Plus de danse, plus de spectacle. Il n’y avait même plus de voyage. Non. J’étais toujours là et j’avais oublié ce que je racontais au plafond. Je savais pourtant que cela avait de son importance. Je ne parlais jamais au plafond pour ne pas dire quelque chose qui avait du sens.

Et mon sens m’avait été arraché. Arraché.

Un soupir déchira mon âme et s’échappa par ma bouche. Je le sentis s’échouer sur mes lèvres sèches et se perdre dans le vide du couloir ; il n’y avait rien pour le retenir et je fus déçu de ne pouvoir le voir rencontrer une quelconque surface. Le voir emplir l’espace.
Mon esprit fatigué était assailli. Assailli par des armées, par des nuées, par des trombes puissantes qui m’acculaient. Il se rétrécissait petit à petit. Je pouvais le sentir. Il devenait si petit qu’il serait bientôt insignifiant ; peut-être même que je cesserais d’exister. Il se recroquevillait sur lui-même dès lors que j’essayais de le faire s’envoler vers le plafond.
Il n’y avait rien à faire.

Je tournai les yeux vers le corps échoué à mes côtés. C’était de sa faute, sans aucun doute. Ce que je sentais venir de lui brouillait mes pensées, l’écoulement de mon corps et j’étais persuadé qu’il empêchait également la libre course de ma magie. Il m’empêchait, tout simplement, alors que ce couloir était devenu mien par la force de mon regard. J’étais venu, je l’avais regardé et j’avais décidé que cette place serait la mienne pour la soirée et que nul ne pourrait m’y déloger. N’était-ce pas ce que je m’étais dis ? Si. Alors ce corps avait tout intérêt à le quitter du regard.

Face au spectacle qui se déroulait devant mes yeux, je ne pus m’empêcher de surélever complètement mon buste pour regarder avec plus d’attention encore l’Autre qui ne voulait détourner le regard. J’avais eu la joie de ne pas entendre sa voix une nouvelle fois ; j’avais malheureusement compris que cela ne signifiait pas qu’elle allait s’enfuir de mon couloir. J’avais pourtant besoin de m’envoler, cela ne se voyait donc pas ? Ne pouvait-elle pas fuir ailleurs, me laisser attendre la Nuit avec toute ma patience ?
Elle s’était relevée. Pour s’assoir. Ou du moins, se poser près de moi. Ce dernier point m’hérissait les poils sur la nuque ; il me piquait, comme lorsqu’un regard me perforait le dos. Ici, le regard qui perforait était le mien et c’était ma gorge qui me piquait effroyablement.

Soudainement affaiblie par l’effort considérable que me demandait cette Chose, je m’appuyai sur un bras contre le sol froid de Poudlard, incapable de détourner le regard. *Vas-t-en ! Dégage !*.

« Tu fais quoi ? » soufflai-je avec effort.

Elle était la Nuit. Elle était l’obscurité effroyable qui m’happait dans les heures profondes. Elle était ce que je combattais tous les jours.
Lorsque je la regardais, mes yeux me piquaient et mes épaules me lançaient. Comme à la Maison. Je me sentais si petite ; j’avais peur de disparaître. Mais aujourd’hui, maintenant, je ne voulais plus disparaître. Je voulais que ces Autres voient combien ils étaient si insignifiant. Combien j’en avais rien à foutre d’eux.

Tu n’as rien à faire ici.

« J’lai regardé, dis-je d’une voix plus forte. Le couloir. Et maintenant c’est à moi, et t’as rien à faire ici. »

Je voulais me rallonger contre le sol, me laisser aller pour ne pas retourner Là-bas, mais je ne pouvais pas. Je me rendais compte que j’avais peur ; si je détournais le regard, alors je me retrouverai enfermée, encore.
Non.
Je devais regarder les yeux grand ouverts ; puisque j’en avais si envie.

« Alors va ailleurs, je veux pas te voir. » Je me rappelai. La tête qu’avait fait Zakary. Alors avec un petit sourire je rajoutai : « Vas te faire voir. »

Oh, il avait été si surpris. Cet abruti. Je l’avais tué avec ces seuls mots ; aujourd’hui il était trop grand et trop fort pour que j’agisse autrement avec lui. Mais les mots, les mots ne souffraient d’aucune faiblesse.

« Vas te faire foutre, » lancai-je une nouvelle fois, le coeur battant de la sensation de la Grandeur. 

Il y avait des instants où je me sentais si puissante, que je pouvais régner sur n’importe quoi. A présent, je régnais sur cette Chose. J’étais le trône, la Tour, la couronne. J’étais tout et elle n’était rien d’autre qu’une horrible chose trainant à mes pieds, sans contrôle et sans force. J’étais pleine de contrôle. Oui, j’étais pleine et je la haïssais. Elle avait eu ce qu’elle méritait.

J’avais tous les droits, puisque j’avais regardé le couloir avant qu’elle ne le fasse. A présent, le couloir dardait son regard sur moi et non sur elle. Alors il était rien qu’à moi, elle n’avait aucune place dans cet échange.

« Je crois que je vais Finir par pleurer, mais mes Larmes ne couleront pas. »

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A nouveau, je m'excuse pour ce retard impardonnable

Cette voisine infâme contemplait les recoins miteux d'un plafond obscur qui reflétait de ses ombres la scène qu'il surplombait. Mad éprouvait simplement un dédain incontrôlé envers cette fille en qui elle plaçait tant de confiance. Un paradoxe profond qui ne pouvait s'empêcher de la troubler, et cela la désolait. Elle se sentait bien trop affectée par cette inconnue et elle se haïssait tellement pour cela que son envie de fuir s'accentuait d'instant en instant. Cependant, la concernée se faisait du mal et l'Âme de la Gryffonne le lui fit remarquer un peu trop à son goût. Elle ne voulait pas être atteinte par cette fillette qui se tirait ses propres cheveux, se rappelant une douleur que la personne à ses côtés n'oubliait jamais. Elle était trop présente, s'imposant de tout son poids sur les épaules de la jeune fille frêle qu'elle était. Elle la dardait de sa queue pointue, posée aux côtés de sa Carcasse et de son Âme. Son Esprit était le dernier à vaincre l'envahissement de la Douleur. Dans certains moments, elle avait l'Âme au bord des lèvres et celles ci étaient d'une incroyable sécheresse. Rien ne les irriguait plus, ni du sang, ni de l'eau. L'ensemble survivait avec son plomb sur le dos, et désirer ce Mal comme Aelle dépassait tout simplement la Deuxième Année. Cela la surplombait même. Elle était si différente, elles étaient si similaires.

Du tracé fin de la bouche de la Poufsouffle s'extirpa un lent mouvement d'air qui quitta furtivement l'espace dans lequel se présentaient les deux élèves. Un mouvement semblable s'exécuta dans le Corps plombé de Mad qui sentit un souffle fragile s'échapper de ses lèvres. Elle détestait reproduire ce geste identique. Cela créait un parallèle entre elle et sa voisine, un nouveau, à nouveau. A ce moment, Aelle fixa son regard brun sur le Corps de la Gryffonne et celle ci ne sut comment réagir. Elle ne trouva comme moyen de protection que de se tortiller comme un asticot.

"Je sentis son regard se poser sur moi. Je ressentis ce regard posé sur moi. Chaque partie de son œil se chargeait de lui transmettre ce qu'elle désirait en effectuant ce geste disgracieux. Voir mon Corps. Sa cornée enveloppant sa cavité oculaire, la séparant du reste de la boîte crânienne. Sa pupille se dilatant au rythme de ma lumière, le cristallin réfléchissant aux sons de ses bâtonnets colorés. Son iris infusant cette obscurité dans son œil. La rétine se chargeant de lui renvoyer cette image de moi. Mon image.
Cette image de moi était infâme. Je le réalisais, je m'en fichais. Une enveloppe ambiguë et alambiquée se tordant au rythme des allées et venues d'un regard brûlant, voilà ce qu'elle observait. Ma Carcasse désarticulée, où la vie n'était restée qu'en Lambeaux et Écorchures, où elle avait laissée ses Cicatrices dans l'Âme que reflétait le Corps. Rien de très charmant, désirable, attirant. Et Elle posait, promenait son regard pénétrant sur Ça. Sur cette Infinité infâme qui m'appartenait, qui était mienne, que je rejetais. 
Cette pensée me hérissait inconditionnellement et continuellement les poils de la nuque jusqu'à ceux de mes orteils frêles contenus dans des chaussures de société. De celles qui étaient là pour empêcher celle ci de poser son regard impénétrable et de juger. Juger la survie, la vie, les empreintes de la vie laissées par le Passé. C'en était mortel. Je les détestais. Ils m'obligeaient. Je le ressentais ainsi.
Et tout le monde s'en foutait, de ces ressentis qui n'étaient que poussière ! Ces sensations qui ne comptaient pour personne, ces faits qui suffisaient aux yeux du Monde. Je les haïssais. De ne prêter garde qu'à savoir qui était coupable, innocent. De ne pas tenter de me comprendre, de nous comprendre. De ne pas démêler l'objectif, le subjectif, les émotions. Ces trois aspects étaient différents et j'étais la seule à le réaliser, à le savoir, à en connaître la teneur. Pour eux, tout était vrai ou faux, rien ne pouvait se mélanger, être complexe. Tout semblait net et tranché. Comme si la vie était si facile. Ils n'y connaissaient rien. Ils se vantaient d'être matures. Ce n'étaient que des idiots, des incultes. Ils tentaient de m'enseigner, de me discréditer en enlevant une partie de moi même, qui m'était rappelée à chaque moment. Ils n'en avaient pas le droit. C'était de l'abus de pouvoir, de l'excès. J'avais crever un abcès pour le remplacer par une infection générale. C'en était inutile, mais ils ne pouvaient plus rien faire. Ils les faisaient fuir, tous autant qu'ils étaient."

Ce regard ne la dérangeait plus, elle l'avait perdu de vue. Elle n'y faisait plus attention. Elle se fichait pas mal de l'image que Miss Bristyle souhaitait désormais recevoir, ce qu'elle désirait voir ; ce n'était plus son problème. Son attention était portée sur Eux. Sur leurs erreurs dont elle payait les lamentables et regrettables conséquences. Mais la quiétude mêlée à l'angoisse qu'elle avait à penser à Eux fut soudainement futilement dissipée par sa voix, celle qui peupla le couloir, qui le combla, qui l'étouffa. Un frisson la parcourut, son plexus se referma, les tensions vinrent se loger discrètement entre ses deux omoplates, malgré elle. Ce stratagème de défense se mettait à nouveau en place, sans qu'elle lui ait donné une quelconque autorisation. Et l'Autre qui continuait, inlassablement :

- J’lai regardé. Le couloir. Et maintenant c’est à moi, et t’as rien à faire ici.

Il ne manquait plus que ça. Vraiment, elle ne pouvait pas venir déposer sa voix grasse au fond du tympan de Mad à un autre moment. Elle ne pouvait pas faire son délire de monopole à un autre moment, à une autre personne, dans un autre endroit. La Deuxième Année la fusilla d'un regard où une liste d'adjectifs rageurs se lisaient. Parmi eux, une insulte, qu'elle n'oserait jamais lui balancer. Parce que finalement, elle n'était pas sure que sa voisine le méritait.

- Alors va ailleurs, je veux pas te voir. Vas te faire voir.

Elle disait cela avec un sourire. Comme satisfaite de sa réponse, et même enjouée. Heureuse de lui proférer ces mots. La Gryffonne en fut déstabilisée et eut un long moment d'hésitation. Comme si elle ne pouvait pas l'entendre. Comme si ça ne pouvait exister. Comme si c'était imaginaire, irréel.

- Vas te faire foutre.

Elle n'allait jamais s'arrêter, elle allait continuer à lui balancer cette véhémence aux oreilles, cette violence qui brisait l'Âme innocente et fragile de Mad. Elle avait envie de la frapper. Et ce constat l'effraya. Elle eut peur. Horriblement terrorisée, voilà ce qu'elle était. Tétanisée aussi. Ses muscles était crispés, rétractés sur eux même. Son cœur battait au rythme de son angoisse, de l'horreur qui régnait et prenait possession de ses yeux. Son Esprit, son Âme, sa Carcasse, tout s'était désolidarisé, tout avait fui. Chacun pour sa peau.

- Et toi, va voir là bas si j'y suis. 

Elle était désormais en colère, l'énervement avait comblé les vides qu'avaient laissé les Lâches. Elle comptait bien faire redescendre cette gamine sur Terre. La faire reprendre contact avec la réalité. Qu'elle réalise qu'elle n'était ni plus ni moins qu'elle.

- T'es personne.

Et la faire taire. Qu'elle ne puisse plus jamais l'affaiblir ainsi. Qu'elle ne puisse plus jamais avoir de contrôle sur elle. Qu'elle ne puisse plus jamais se croire supérieure. Qu'elle ne puisse plus jamais la surplomber, la dépasser. L'insupporter.

- Ferme la. T'es personne.

Si cela pouvait suffire. Si l'Âme que possédait potentiellement cette personne pouvait être envahie par ces paroles.

Comment te dire, ou te faire comprendre, que la Vie n'était qu'un simple Songe ? Un Mensonge, que la Vérité Ronge.
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Retenue  Libre 

Un. Deux. Trois. Quatre.

Quatre secondes et l'éraflement de mes doigts se rappela à moi. Je tressailli à peine et le seul geste qui pu se voir de l'extérieur fut ce membre blessé que je ramenai contre la sécurité moite de ma paume. Dans la Grandeur de mon couloir, il n'y avait que ce rythme pour imposer ; rien d'autre n'avait d'effet. Ni mon souffle brûlant, ni mes yeux piquants, ni même la résonance de mes Grands mots. Il n'y avait que ce rythme qui, inlassablement, me piquait pour me dire que j'étais ici, qu'elle était là, et que j'étais la force.

Un. Deux. Trois. Quatre.
Le rythme me donnait à voir et ce que je vis me fis sourire : l'Autre réagissait. Exactement comme Zakary l'avait fait, elle réagissait. J'élevai mon buste, libérant ainsi mon épaule douloureuse, pour profiter du spectacle de mon contrôle. Un visage qui se crispe ; des membres qui se serrent. C'était quasiment invisible et pourtant, l'image de Zakary se superposait à celle de cette Autre et je voyais tout. Je savais que la réaction qui suivrait serait véhémente, comme l'avait été celle du frère : je t’interdis de me parler comme ça ! Ah ! tu m'interdis, n'est-ce pas ? Interdis-moi, voilà une belle façon de te montrer que je trône tout en haut de ma Tour. Mais cet Autre n'interdirait rien, car elle n'était rien. Ce n'était que du vent, qu'un courant qui s'était perdu en chemin et qui était venu s'échouer dans le couloir que j'avais regardé.
Allez, fuis.

Je me laissai aller dans le couloir, quittant du regard cette chose pour atteindre mon Plafond qui n'avait plus rien à me dire ; mon cœur jubilait tant que mon visage tressaillait.

« Et toi, va voir là-bas si j'y suis. »

Un. Deux.

Pas de temps, le rythme était brisé. Dans la parole, il ne pouvait y avoir de rythme. Moins encore dans les échanges : peut-être était-ce pour cela que j'haïssais tant recevoir la parole de ces Autres tueurs ? Tueurs de moi, tueurs de rythme. Presque avec flegme, je la regardai à nouveau. J'avais ce que je voulais et mon cœur battait d'un nouveau rythme. Mon couloir me regardait, il était fier de moi car je le défendais. J'abandonnai la proximité du mur pour me tourner face au corps, les jambes pliées en un enchevêtrement étrange, les épaules relevées pour en diminuer la douleur. Face à ce monstre de corps qui me faisait sourire d'un sourire tordu. J'aimais voir la colère, j'aimais voir la réaction que de simples mots créaient, j'aimais être celle qui Créait. J'étais le Créateur, et elle était la Chose. Mon visage s'effaça dans sa totalité : je n'étais que sourire et Merlin, mes lèvres tiraient ma peau qui soufflait sa douleur. L'air s'engouffra dans ma bouche, s’immisçant entre des dents qui n'avaient plus vu le jour depuis tant de temps.

J'étais le Créateur.

« T'es personne ».

Sourire tordu, cœur battant et corps en perdition. Je n'étais plus moi, seulement ici dans mon couloir. Peut-être étais-je le couloir ? Allez, crée ! Crée !

« Ferme-la. T'es personne ».

Ma mâchoire se décrocha d'elle-même pour choir dans le vide. Malgré cela, mon sourire ne s'effaça pas ni ne diminua. Il resta à sa place, déformé par l'ouverture de ma bouche, déstabilisé par l'air que mes poumons réclamèrent avec avidité.

« J'crée... Mais tu comprends rien, hein ? » lancai-je de ma voix hachurée.

Ses mots résonnaient dans le couleur eux aussi, mais le couloir les rejetait avec force car il ne pouvait accueillir que ce qui venait de celle qui la regardait. Moi. Alors les mots s'effritèrent pour disparaître totalement ; la seule trace qui prouvait qu'ils existaient encore se trouvait tout au fond de mon crâne, caché sous des tonnes de trônes brillants et sous une cascade de cheveux ternes. T'es personne ! trembla la trace. T'es personne.
Un. Deux. Trois. Quatre. Une piqûre, un tiraillement. Mon doigt s'échappa de la sécurité de ma paume pour sauter dans le monde. Le corps du monstre que je créais n'avait pas bougé, n'avait pas frémi. Il était encore plein de colère après avoir dégueulé ses mots. Si plein de crispations qu'il ne pouvait plus s'en libérer.

« J'suis personnne, dis-je en la regardant à nouveau, la Chose. J'suis personne mais je regarde ce couloir. Dégage. »

Si personne signifiait être moi, j'aimais n'être personne. Si je n'étais pas moi, qui devrais-je être ? Elle ? J'étais le Créateur, je ne pouvais devenir ce que je créais.

Je me laissai aller contre le mur, abandonnant mon sourire. Il s'effrita le long de mon visage, dégringola contre mon menton, s'échoua sur ma poitrine naissante. Ma respiration s'en fit plus lourde ; il était difficile de porter son sourire sur sa poitrine.
Un. Deux. Trois. Quatre. Une goutte de sang perlait à mon doigt qui me tiraillait. Elle était belle. Carmin, mais belle. Elle brillait, renvoyait la lumière de la torche qui éclairait la face trop pale de la chose crispée. J'enfournai le bout de mon doigt dans ma bouche et suçai la perle toute brillante.

« J'suis personne, » marmonnai-je à mon couloir.

Tout là-haut, dans ses tréfonds, il acquiesça.

« Je crois que je vais Finir par pleurer, mais mes Larmes ne couleront pas. »

Retenue  Libre 

Le goût du sang emplit ma bouche. J’avalai avec difficulté, luttant pour ne pas afficher sur mon visage l’aigreur que vivait ma bouche. J’aimais goûter à cette saveur, mais l’expérience n’avait cesse de me dégoûter. Pourtant, comme un enfant idiot qui répond à ce que lui dicte son corps, je persistais à lécher mes plaies et à me plaindre du goût de mon propre sang. Je souris doucement en abaissant mon doigt, essuyant ma salive entre mes doigts.

Comme précédemment, j’attendais la réaction. Elle n’allait pas tarder à faire son chemin, à sortir des tréfonds de ce corps pour venir s’inscrire dans les membres et sur le visage de la fille. Et alors je pourrai observer à loisir la colère faire trembler ses yeux scrutateurs que j’avais envie d’arracher. Les muscles de ses épaules ressortiraient et ses doigts se refermeraient sur eux-même ; elle non plus ne pouvait résister à l’appel de ses émotions.

Fascinée, je me penchai légèrement en avant. Les yeux accrochés à la bouche de la fille et une main plaquée contre le sol de pierre ; prête à m’expulser en avant si besoin. Au fond de moi, j’espérai en avoir besoin. Je voulais qu’elle se lève et qu’elle me toise, qu’elle me dise : je t’interdis de me parler comme ça ! Qu’elle se la joue à la Zakary. Merlin, oui. *Allez !*, songeai-je, impatiente. Agis comme lui, que je puisse crier et crier comme je le souhaite.

Mon corps à moi était d'ors et déjà tendu. L’exaltation faisait frémir mes membres et mon sourire tressaillait sur mes lèvres. Mon souffle court appelait le temps ; mon coeur battait si fort que mes oreilles bourdonnaient. *J’veux qu’elle s’énerve*. Ouais, j’en avais foutrement envie, par tous les mages.

Le changement était infime. J’ouvris grand la bouche pour aspirer l’air qui ferait gonfler mes poumons quand je le remarquai : les lèvres qui avaient parlé ne parleraient plus. Comment pourrais-je le savoir ? Je le savais, voilà tout ce qui comptait. A présent, elles s’étiraient à l’infini, comme si elles allaient faire le tour de sa tronche pour ouvrir son crâne en deux. Mes yeux ne pouvaient se détacher de ce sourire ; le mien, celui qui courait sur mes lèvres, s’était écrasé contre le sol. Ne restait plus que ma bouche béate qui laissait sortir un souffle brûlant ; je ne pouvais plus sourire. Pas alors que ce corps face à moi, cette fille ne réagissait pas.

*Qu’est-ce que… Réagi, par Merlin !*

Surprise, je me reculai légèrement. Il y avait quelque chose de profondément effrayant dans le regard de l’idiote. Une sorte de défis. Et avec son sourire, ça me paraissait carrément être une insulte. Ouais, c’est comme si elle me disait : bah alors, qu’est-ce que tu vas faire ? Qu’allais-je faire ? Elle n’avait pas bougé d’un poil, tout chez elle criait qu’elle ne bougerait pas. J’en eu alors la certitude : elle allait rester ici, et si elle le faisait, ce n’était pas pour répondre à son envie mais pour m’emmerder. *Sale garce*, sifflai-je dans mon esprit, la colère déformant mes traits. Un sursaut de rage m’agita et je me redressai jusqu’à être debout, surplombant cette fille.

Mon seul réconfort était la colère qui apparaissait sur son visage laid. Une grimace dégueulasse qui la rendait plus laide encore et qui nourrissait ma propre colère.

Mon couloir avait été habité par ses pas. Je lui avais clairement fait comprendre qu’elle devait s’en aller, et la voilà qui prenait ses aises. Chez moi. Dans mon endroit. Comme si elle se foutait royalement de la raison pour laquelle je me trouvais ici. Non. Elle s’en foutait royalement. A un degré tel que tout cela transpirait par son sourire horrible.

Je crispai mes poings, la respiration coupée par la colère, les yeux luisant de rage et le corps tremblant d’excitation.

« J’suis p’t-être personne mais j’étais là avant toi alors… Alors dégage ! »

Ma voix était pitoyablement entrecoupée par mon souffle irrégulier. Dorénavant, je ne voulais plus qu’elle réagisse. Je voulais seulement qu’elle m’écoute et qu’elle se barre d’ici. Qu’elle me laisse profiter de ma quiétude, de ce temps loin du dortoir, loin de tout. Qu’elle s’en aille.

Voir son sourire s’agrandir eu la réaction de me couper réellement le souffle. Un gargouillement sorti de ma bouche, sorte de cri plaintif de ce corps qui était rouge de tension. Sans le croire, je regardai son sourcil se lever et l’insulte s’installer sur son corps. Elle m’insultait ! Qui était cette fille qui, avec un seul de ses sourcils, pouvait m’insulter de la manière la plus aberrante qui soit ?

« C’est bien de vouloir, sourit-elle d’une voix victorieuse. Mais qui te dit que tu peux m'obliger ? »

Et son sourire m’arracha ma force. Il me fit m’étouffer dans ma propre colère ; je me noyais dans ma rage. Je la voyais, face à moi, je savais que je devais réagir et que je le pouvais. Mais j’avais la sensation d’être si énervée qu’aucune de mes pensées ne pouvait s’imposer dans ma tête ; comme si le monde tournait et que je ne pouvais faire autrement que de le regarder faire. Je me perdais dans ma propre tête, rendue folle par l’insulte de cette fille.

Sans le sentir, je brandis ma baguette sur elle. Mes phalanges me faisaient mal à serrer le bois ainsi. Je la dominais. Elle n’était rien d’autre qu’un corps, qu’une Autre qui ne pouvait faire rien d’autre qu’insulter. C’était foutrement agréable d’être supérieure de cette façon, foutrement agréable et quelque peu effrayant. Je me revis plonger sur Aodren pour le noyer sous mes coups et cette vision manqua de me faire perdre ma position.

J’aurai pu la perdre si elle n’avait pas parlé.

« Tu as donc besoin de ta magie pour dominer, et encore pas sûre qu’elle suffise. »

Et toujours avec cet abominable sourire. Celui-là même qui me donnait envie de pleurer de rage. Merlin, les larmes brûlante remplirent mon regard et je me retrouvai déchiré entre mon envie de les cacher et mon besoin de rester ainsi, mon arme brandie sur cette fille.

Son regard déchirait mon âme. Elle voyait tout, c’était certain. Elle voyait tout. Mais qu’en avais-je à faire ? Elle utilisait les mots car elle ne savait pas que je pouvais lui faire du mal.

« Tu es prête à prendre un risque pour moi, c’est touchant, » marmonna-t-elle sans me quitter du regard.

J’avançai d’un pas. Ainsi, je me retrouvai juste au-dessus d’elle. Étrangement, j’avais l’impression de perdre ma supériorité, mais il était hors de question que je fasse machine arrière.

« Au moins t’as conscience que j’te domine, » crachai-je à son attention.

Je dirigeai ma baguette sur son torse, la haine s’agrippant à mon regard. Ma main tremblait effroyablement. Me voilà encore à m’étouffer dans mes émotions. Mes yeux me piquaient et ma respiration n’était rien d’autre qu’un cri de désespoir. Je brandis ma baguette et tout en sachant que je le regretterais, je criai :

« Petrificus totalus ! »

C’était bien trop fort. Bien trop précipité. Bien trop enduit de colère et de perdition. Bien trop tout pour que ce sortilège qui fusa vers la fille et frappa son corps soit réellement offensif. Je le savais pertinemment bien. Malgré ma respiration déchirée et le râle de colère qui sortait de ma bouche, je le savais. Je me reculai sans même le voir. Je ne m’arrêtai que lorsque mon dos rencontra le mur de pierres. Je pris appui sur lui, regardant avec de grands yeux le corps de la fille se rigidifier, la laissant dans sa posture ridicule.

Le silence emplit le couloir. Un silence qui m’acheva. Je baissai lentement ma baguette. Cette magie déversée dans ma colère me faisait un bien fou. Je le sentis dans mon esprit vide et dans mon coeur qui s’apaisa. Mais mon esprit, lui, s’agita sous mon crâne et réveilla un sentiment que je n’aimais pas tellement. *Pourquoi j’ai fait ça ?*, me dis-je soudainement. Parce qu’elle le méritait semblait une réponse convenable et de toutes mes forces, je repoussai le regret et la honte qui commençaient à s’installer dans mon corps. Qu’ils aillent se faire voir.

Je fis un petit pas vers la fille qui me tuait de son regard ; oh, si la colère pouvait frapper sans corps, je serais déjà à terre. Mais ce n’était pas le cas et je souris en me penchant sur la fille. Je n’accordai qu’un regard à ses mains qui commençaient déjà à s’agiter : bientôt, le sortilège ne ferait plus effet ; j’aurai tout intérêt à ne pas être là lorsque cela arriverait.

« T’as vu qu’elle suffit ma magie, » chuchotai-je.

Puis je me redressai, ignorant mes jambes tremblantes. A peine éloignée, je me retournai, ne pouvant m’empêcher de regarder ce corps que j’avais vaincu. Déjà, l’échec de mon sortilège me sauta à la figure : la fille avait bougé les lèvres et difficilement, elle me parla. Ses mots me figèrent sur place. Malgré le balbutiement dû au sortilège, je compris sans mal ce qu’elle me dit :

« Si tu penses que dominer est un objectif de vie, alors oui tu me domines. »

J’ouvris la bouche pour lui répondre, ma main se serrant frénétiquement sur ma baguette, mais au dernier moment je me retins. Je lui lançai un regard noir avant de me retourner en un mouvement de cape, la gorge serrée et douloureuse. Avant de tourner pour quitter le couloir, je la regardai une dernière fois et je me sentis tout à fait idiote d’avoir réagi exactement comme elle le voulait. J’avais parfaitement conscience de m’être fait avoir, mais le sentiment de victoire que je ressentais ne pourrait s’effacer.

Je tournai le dos au couloir, sentant déjà les prémices de mon angoisse pointer le bout de son nez. J’allais passer une soirée de merde.

- Fin - 



Les réactions de Mad sont le seul fait de sa Plume, non de la mienne.

« Je crois que je vais Finir par pleurer, mais mes Larmes ne couleront pas. »