Histoire de la magie

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Si le Tentaculaire Savoir vous ronge... Rongez le

Les mots résonnent et peinent à s’estomper au crépuscule du mirage de sons et de couleurs qu’ils déploient par leur sens. Ils résonnent et martèlent sans discontinuité l’espace interne de la jeune sorcière. Nombreux, ils s’assemblent pour former des idées, des pensées vestiges de paroles entendues en un autre instant. Ce qu’elle souhaite le moins conserver et jeter au loin au plus vite, est précisément ce qui demeure avec le plus de netteté en dépit du retrait forcé opéré. Elle entend encore cette phrase, qui transmettait un affreux savoir, insidieusement entré dans son esprit pour n’en jamais ressortir. C’était une sentence, prononcée avec la condamnation de l’inéluctable. Il était certains magiciens en mesure de déceler en l’avenir l’inévitable, et sans le vouloir ou le chercher, la petite Swan s’était retrouvée à entendre une énigmatique annonce, des mois s’étaient écoulées et elle portait en elle ces mots générateurs de tant d’autres émissions de pensées et de tant d’autres termes. Elle aurait aimé ne pas savoir, ne pas supporter cette connaissance destructrice et émettant même une possibilité de destruction. Dire non à la lecture des signes et les laisser dans le décor sans leur accorder une attention superflue. Consumant est le Savoir quand il pèse et que sa Brume emplit tant de son flou et de son indétermination. Il s’étend jusqu’à la saturation et refuse de prendre les limites pour frontières de son infini déploiement. La petite Swan avait posé ses doigts sur les deux côtés de sa petite tête, comme pour tenter de contenir ce qui y bouillonnait, mais son geste n’était que purement symbolique, il ne pouvait avoir d’impact.

En cette fin de journée, la Serpentard était exténuée et vidée de son suc. Elle parvint à monter les quelques marches la menant à une salle de classe familière, où se tenaient les cours dont elle avait très rapidement vu les attraits, comprenant la mobilisation exigée. Elle avait indirectement appris à mieux manier le langage, à faire illusion avec les mots, et surtout pouvait se distraire, offrir ses réflexions à un thème qui prendrait la place du reste. C’était une forme d’échappatoire que de s’abandonner à un élément étranger pour lui offrir d’occuper de la place en poussant certaines considérations à veiller et demeurer au moins pour un temps latentes. Le seul moyen qui soit capable d’annihiler le puissant savoir qui vous ronge est de plonger en d’autres savoirs, pour autant qu’ils puissent aussi vous aspirer. L’infinie richesse de ce qui n’a d’autre limite que le temps présent lui ouvrait ses bras vaporeux en lesquels la petite Swan était prête à s’enfoncer sans réserve.

De sa fine écriture tortueuse, Phœbe traçait des lettres et liaisons avec une grande fébrilité, entourée de quelques livres ouverts et posés tout autour d’elle, ils formaient un demi-cercle d’encre et de papier autour d’elle. S’il y avait bien un domaine pouvant contredire et nier les avancées tenant de la prospection magique, c’était bien l’Histoire, référençant tout les détournements, toutes les ruses sorcières, les magiciens les plus fins et agiles d’esprit. Tous ? Une fraction plutôt, les plus habiles parvenaient à se faire invisible pour les historiens, c’était le plus admirable de leur Art. L’étudiante cherchait à étouffer et à faire suffoquer cette sentence d’Effie par des savoirs plus puissants, des faits de contournement. Elle aurait largement dû oublier mais ce demeurait en elle comme une sangsue qui s’accroche à sa source, alors elle combattait.

Ce qu’elle faisait n’avait certainement aucun sens, pour autant la Serpentard savait se contenter de distractions, d’où son fourvoiement en cette activité. Si elle n’avait pas accordé d’importance, l’adolescence n’en serait pas là, ses quelques lectures l’avaient perturbées et soulever la contradiction des écrits ferait s’effondrer les constructions responsables de ses hésitations. Son ambitieux projet était de prouver que même l’indéniable pouvait être réfuté et être tourné en faux. Il ne suffit pas de ne pas croire au destin pour lui porter un coup, au contraire il est essentiel de le reconnaître pour en saisir ses manifestations et les anéantir. La folie des hommes est capable de déborder de ce que l’on tient pour les limites de la magie. Absolument tout peut être bousculé ou cahoté tant que l’on s’en donne les moyens. La petite Swan avait devant elle de quoi consumer un pilier de connaissance et elle s’en abreuvait jusqu’à ce que toutes les fondations de son ennemi savoir soient rongé jusqu’à un point de non-retour.

Sa plume laissait des traits étrangement colorés sur le papier, Phœbe avait plusieurs encriers de diverses couleurs si bien qu’il arrivait que si sa plume n’était pas parfaitement purgée de l’encre précédente, des teintes striées marquaient son écriture, mais dans la mesure où ce qu’elle notait était destiné à nul autre qu’elle, peu importait qu’un mélange de bleu et vert sombres parcourait le parchemin. Elle ne prenait garde que si c’était destiné à un autre, et cela était vrai dans une grande part de ses entreprises. L’application dans ses projets s’attardait uniquement sur ce qui lui était essentiel, et rarement sur des futilités qui n’offrait de la commodité qu’au regard qui n’était pas le sien. À la faible lumière la nuance demeurait visible et l’impression du mouvement transparaissait dans ces lignes dichromes, ce qui souleva l’un des coins de lèvres de la magicienne, frappée par les vagues capables de porter ses lettres.

Φοίϐη, Pudeur Ardeur Fureur ; Jetée en 2040 entre ces Murs de Pierre
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Quelque part dans la ligne de vie de Circéia à Poudlard



- Qui est là ?

Des questions. Au moins plusieurs pistes… pour une réponse convenue le plus souvent... Circéia ALEKHIN venait parfois dans sa salle de classe préférée quand la bibliothèque lui pesait, quand la salle commune de Serpentard était trop animée, quand… il le fallait. Mais c’était la première fois qu’elle y croisait une autre élève. Circéia avait pensé mais avait-elle vraiment parlé ?

- Qui est là ?

Les questions que l’on se pose, comme celles que l’on pose, sont parfois informulées, se limitant à une vague pensée que l’on croit éjectée de soi. Et qui ne l’est pas. Circéia finit par s’asseoir à la table derrière celle de sa condisciple, sans bruit, faisant ainsi naître dans la pièce une deuxième bibliothèque, ou lieu faisant fonction, sortant ses livres et prenant dans le rayon « Asie », les livres qu’elle étudiait avec soin depuis plusieurs mois. N’ayant pas eu de réponse, ni même de geste en sa direction, elle partit du principe que le silence était l’ambiance voulue ici et que s’il n’était pas rompu, c’était pour d’éminentes raisons de concentration. Considérant qu’elle avait fait le premier geste, et qu’il avait été… étouffé, elle reprit là où elle en était restée. « Pour une compréhension de la position du ministère russe de la magie dans le conflit de 1868 », chapitre 12 ; La résistance à la disparition des samouraïs. Son idée était de creuser toujours plus profond dans le savoir magique et surtout tout ce qui avait trait au pays d’origine de son père. La Russie. Elle avait déjà découvert que sous couvert de révolution culturelle au japon, il existait une guerre profonde entre moldus et sorciers dans le Japon même dans la deuxième moitié du XIXème siècle.  Cette thèse d’un historien présenté par beaucoup comme les écrits farfelus d’un farfelu soutenait que le ministère de la magie russe, enfin ce qui en tenait lieu, avait cherché à aider les moldus durant l’ère meiji, période d’intense développement du Japon dans l’espoir de déstabiliser le monde magique d’extrême orient, par son affaiblissement, et ainsi récupérer une sorte de domination sur cette partie du monde. Le far-east, version sorciers, en quelque sorte.

Une étude passionnante, que la jeune Serpentard dévorait et qui la poussait à prendre des notes avec sa plume autonettoyante ; un système de son invention qui écrivait et effaçait immédiatement les phrases après le point. Manière habile d’ancrer en soi le savoir, par le geste et par les yeux, mais sans laisser aucune trace. Les yeux étaient le catalyseur du tout. Neptuna lui avait donné quelques trucs pour être efficace et surtout invisible. Circéia s’y employait. Surtout que certains écrits avaient été passablement difficiles à obtenir. Sa filiation avait été un argument de poids. Après tout, des élèves à moitié russe, cela ne courait pas les couloirs à Poudlard. A chaque demande concernant Durmstrang, on lui avait opposé un refus, le plus souvent poli, parfois inquisiteur mais un refus. Elle avait fini par obtenir ce qu’elle voulait, au moins sur ce sujet-là… Pourquoi donc d’ailleurs ? Cela restait une énigme que de refuser les lectures concernant une école de magie européenne quand elle n’avait eu aucun mal à recevoir le manuel racontant toute l’histoire de l’école Mahoutokoro. Presque à se demander si quelqu’un ne cherchait pas à l’orienter sur la question de la disparition des samouraïs. Elle avait alors approfondi le sujet, croyant qu’ils avaient des liens avec la magie mais ces guerriers moldus relevaient davantage de la spiritualité que de la magie. Peut-être cherchait-elle des liens chimériques, à force de vouloir construire un raisonnement logique…en tout cas…
Au bout d’une heure, peut-être plus, elle avait fait le tour de ce complot à moitié réussi puisque découvert, si ce n’était dans ses intentions, du moins dans ses résultats. Les Russes s‘y entendaient décidément, et à toutes les époques, pour faire briller l’étendard phalanstérien. A moins que ce ne soit l’inverse à bien y réfléchir. Ces questions nécessiteraient un approfondissement notoire, elle finissait par ne plus rien y comprendre, sauf à dire que les gens d’Europe de l’Est, et plus généralement tout ce qui vivait au-delà de Minsk, était un ramassis d’adeptes du noir, magique ou moldu. Circéia méditait, les yeux aspirés par l’insondable quand l’autre élément studieux de la pièce se leva et finit par se trouver face à elle. Une jeune fille élancée, à l’allure plutôt impressionnante… Ainsi, ni l’une ni l’autre n’avaient compris leur premier contact. A l’évidence, cette… « camarade » était surprise de ne pas se trouver seule, finalement, dans la salle. Et Circéia comprenait qu’elle n’avait au final, plus d’une heure avant, pas prononcé le moindre mot. Parfois, le rêve s’inscrit de lui-même dans le monde réel.
Habituée à ces rencontres courtoises d’avant partie, elle se retint de quelque grossièreté, laissant son visage émettre un sourire poli. Parce que la fille qui lui faisait face n’avait pas vraiment un sourire accroché aux lèvres. Il fallait attendre avant de savoir.

- Bonjour.

Elle n’avait pas parlé, juste susurré tout bas, comme pour confirmer que l’on était bien dans une annexe de la bibliothèque, délestée des pesanteurs de l’autre mais conservant la richesse de ce que l’on y trouvait de plus précieux.

Le boisseau de puces
sur dos d’agneau ;
pour les jours de grand vent.

Ils entendent nous enseigner la vie, eux qui n’ont aucune idée de ce qu’est le bonheur.

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La mécanique de sons est si implacable qu’elle peut en devenir invisible. Des cellules qui deviennent imperceptibles jusqu’à ce que de nouveau elles soient recherchées. L’adolescente s’était appuyée contre le bord de sa chaise et avait levé sa tête vers le plafond, le bout de ses doigts reposant sur le bord de la table. Son regard s’égarait en une dimension inconnue alors que ses pensées s’étaient taries après qu’elle avait eu absorbé tout le flot qu’elles avaient pu faire couler en elle. Elle se mettait alors en retrait en attendant une prochaine vague, respirant son environnement pour en prendre connaissance. Alors qu’elle croyait reconnaître en humant le parfum familier qui la suivait, la jeune sorcière perçut des fragrances étrangères non identifiables et inattendues, le vent portait la charge d’un autre être, dont la Serpentard ignorait s’il était encore en sa présence, ou si son passage avait été fugitif. Elle ne l’avait pas senti en arrivant, et cette volute l’avait atteinte au moment où elle s’y était ouverte à l’instant. Une flagrance sur laquelle la petite Swan ne parvenait pas encore à poser des mots, elle était dans une découverte qu’elle goûtait encore timidement. En un lent mouvement de rotation de la tête, l’adolescente huma de nouveau l’air et ses volatiles fragrances qu’il contenait, tentant d’en déceler l’origine. Elle voyait cette porte fermée qui ne pouvait presque rien laisser échapper. La nouveauté venait d’ailleurs, elle venait d’un espace derrière elle. Phœbe avait conscience que la disposition d’une salle de classe invitait d’autres à se placer à leur guise en cet espace organisateur, mais elle avait pensé que le temps choisi la préserverait de tout partage. Quelqu’un avait posé, sans même qu’elle ne le relève, et son être et sa puissante fragrance. L’odeur des ouvrages l’accompagnait, la jeune magicienne imaginait un autre enfant accompagné de ces papiers qui tendent de leurs pages leur nouveauté au jeune esprit.

Ce qui échappait à la petite Swan était la raison pour laquelle un élève de Poudlard irait entrer furtivement en une pièce pour se poser au même endroit qu’un autre, tout silence, alors que d’autres espaces l’attendaient. Un choix, c’était la salle qui était plus importante, alors quelque chose s’y attachait. Une idée, la Serpentard avait la sienne, l’inconnu aux effluves inédites en avait certainement une, que l’argentée ne pouvait connaître. Elle éleva un livre devant elle et regarda la perspective crée avec le fond, le mur situé à quelques mètres. Il avait sa place. Cet endroit se prêtait à accueillir bien des choses en cette antre qu’il constituait. Cette adolescente qui avait besoin de se rassurer par de puissants savoirs, cet intangible être qui se moulait ici précisément. La fragrance prit forme quand un souffle vint s’ajouter en sons, une salutation que la sorcière ne percevait pas tout à fait comme telle. Une invitation. Elle inclina légèrement la tête pour enfin laisser entrer en son champ de vision cette personne qui était déjà trop là mais dont Phœbe comptait découvrir plus de sa présence.

Une jeune fille devant un parchemin vierge et des ouvrages. Une vision ne sortant pas de l’ordinaire, si ce n’est ce vide. L’adolescente s’approcha doucement jusqu’à ce que le livre ouvert soit à sa portée. Elle posa alors délicatement son doigt dessus et le laissa glisser entre les lignes et les mots qui les constituaient, valsant entre eux. Ses yeux couvrirent rapidement un paragraphe avant de se contempler ces gouttes sombres et brillantes sans fond. L’intérêt de la petite Swan était porté à des lieues de ce dans quoi sa camarade s’était plongée. Étrange chose inexpliquée qu’est l’attraction. Elle touche et épargne, aveugle. La Serpentard garda son doigt posé sur cette page, le contact avec le papier étant pour l’heure le seul qu’elle pourrait avoir avec ce qu’il accueillait sur sa surface.

« Pourquoi as-tu besoin de ce savoir ? »

Ses yeux de Lune s’étaient furtivement détournés vers ces supports de lecture et écriture dénotant le pouvoir consumant à l’œuvre devant elle. Ils s’étaient ensuite aussitôt laissé attirer irrésistiblement vers ces deux fenêtres sur une Nuit sans étoiles ni contours qui semblaient être des spirales voraces dévorant tout ce qui s’offrait à eux.

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« Il n’existe pas de coups innocents… » Les préceptes ALEKHIN avaient du bon parfois. Ne jamais se laisser désarçonner. Circéia n’allait surement pas révéler les fondements de son étude de la Russie. Puisque personne au sein de sa famille n’acceptait de lui donner le début d’une explication, Neptuna lui glissant tout au plus des informations nébuleuses et finalement peu instructives, elle s’en était remis à sa propre capacité d’action ; et l’école constituait pour cela un lieu idéal. Au moins sur le papier. Devoir creuser l’histoire de la Russie demeurait cependant une épreuve. Car la bibliothèque était surtout pourvue de romans russes. Et encore, pas n’importe lesquels, ceux de la grande époque, autrement dit avant la révolution moldue de 1917. Mais ce qu’elle recherchait portait sur le monde magique. Et sur ce plan, elle avait très vite déchanté. Aucun adulte n’avait daigné lui offrir son aide pour accéder aux livres potentiellement les plus instructifs. Qu’ils n’aient aucun manuel compilant les plus grandes parties d’échecs, elle le concevait. Même si cela constituait une injure, entre autres envers Kasparov, le joueur dont elle était le plus éprise, en termes d’élégance de jeu. Mais qu’il n’y ait aucun manuel, aucune biographie, aucun essai, aucun aucun… rien. Rien sur rien. Ni Durmstrang, ni les structures politiques magiques de ce pourtant si grand pays n’étaient, officiellement, mises en valeur. Comme si l’âme des lieux refusait que l’on s’ouvre à un autre savoir, comme s’il n’existait que l’Angleterre, Poudlard et quelques grands noms du passé, dont Harry Potter n’était que le denier avatar en date.
Elle avait dû chercher dans ce qu’elle appelait si souvent les interstices, chiner dans les rayons périphériques, en quête de supports plus pointus, souvent plus discutables. Mais qui au minimum traiteraient de son pays. Car elle sentait monter en elle ces racines orientales. « Ouuuh, une école mêlée… » avait dit le choixpeau au moment de la connexion avec son crâne… Elle en avait compris le sens et l’importance avec le temps, en entrant en contact avec cette part d’elle-même qu’elle ne dissociait pas du reste mais que les autres s’étaient chargés de séparer d’elle à sa place. Oui, elle était à moitié russe et voulait tout savoir de ce pays, de son histoire, de ses coutumes, de l'importance de la magie dans ces lieux qu’elle avait traversés chaque été sans se rendre compte de ce qu’elle aurait pu apprendre ne fut-ce qu’en regardant mieux.

renard beige
incrédule au vent d’hiver
se terre en attendant


Pas de coups sans but précis. Ainsi cette élève avait posé une question à laquelle Circéia ne voulait pas répondre. Ou pas directement. Avouer ce qu’elle percevait de plus en plus comme un osctracisme pouvait s’éviter, il suffisait de répondre de manière distante et de toute manière, quel intérêt, sauf à dire que la question n’était qu’une entrée en matière polie, un bonjour de plus, sous une autre forme.

- J’aime apprendre….

Mais elle pouvait aussi chercher à aiguiser la curiosité. « Laisse une fenêtre ouverte, mais pas plus ». Un précepte paternel signifiant qu’il ne faut jamais cadenasser son jeu sous peine de ne jamais gagner par peur de perdre. On doit prendre des risques, ou jouer vite mais si l’autre prend son temps, on amplifie les risques. Mieux vaut laisser volontairement une faille, juste visible, la… possibilité d’une ombre… que de paraître indestructible.
La constitution moldue postérieure à l’ère soviétique n’avait plus de secrets pur elle, ni l’histoire ancienne des communautés magiques russes (« Histoire des grandes aires de magie depuis l’apparition des baguettes », Tome 4). Certains précis encyclopédiques ne peuvent être débarrassés de leurs pages portant sur un espace que ses professeurs avaient pour objectif de lui cacher. Et la fréquentation de certains lieux londoniens l’avaient aussi aidée (… si l’on considère Fleury et Bott comme un autre lieu de savoirs noirs…). Mais si bien des choses s’étaient clarifiées au fil du temps, la place des ALEKHIN dans l’affaire n’avait pour le moment pas émergé le moins du monde. De deux choses l’une, soit elle se faisait des idées, et sa famille n’avait rien de bien particulier, soit elle était d’une famille au passé très ésotérique. Auquel cas même Poudlard n’en avait pas conscience, ce qui n’était pas forcément bon signe. De films en films, Circéia s’imaginait un destin funeste qu’elle tentait de conjurer par le savoir.

-… apprendre sur mon pays…

Se pouvait-il que le choixpeau ne sache rien ? Etait-ce son imagination à elle qui lui jouait des tours ? Après tout, Père lui disait souvent « Le pire des pièges est celui dont on se persuade qu’il existe ».
Commençant à ranger ses affaires, elle aussi se leva. Il ne s’était pas passé plus d’une minute mais lorsque la partie s’accélère, on réfléchit plus vite. Les sens s'activent, on sent un picotement dans les doigts, le cœur bat et la frénésie vous gagne. A la fin, elle devait bien admettre que les préceptes d’un père à sa fille avaient du bon. A chaque fois, c’était la même histoire. Dans les moments importants, ceux qui déterminaient le plus ce qu’elle était, Circéia revenait toujours aux échecs. Mais là, une chose la gênait. Sans trop savoir pourquoi, il manquait une donnée dans l’analyse de la situation. Et une donnée pourtant primordiale. Qui jouait donc avec les blancs ?

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Des spirales se dessinaient sur le bois sous l’impulsion des doigts fins de la Serpentard qui noyait son regard sur ce support qui la séparait de l’autre adolescente. Les veinures étaient légèrement visibles mais la surface demeurait lisse en dépit des années d’existence que devait avoir cet objet et de sa relative ancienneté. Ce contact tactile, tant qu’initié par elle, ne la gênait pas, elle préférait cela à rester fixée sur la présence qui la dominait. Elle écoutait un silence rassurant, dont elle pressentait qu’il était la préparation de la parole. Quelques mots parvinrent à ses oreilles et elle fronça doucement les sourcils, dans une certitude. Elle se faisait prendre par une autre approche étrange et interrompit son sinueux tracé pour assimiler ce retour qu’elle n’attendait pas le moins du monde. Aimer. La petite Swan ne savait pas encore si elle comptait acquiescer ou réfuter même intérieurement. Était-ce à son sens une activité appréciable ? Qu’en savait-elle, c’était son fourvoiement coutumier qui l’aidait à se faire dissiper ce qu’elle jugeait de présence parasite en elle, qui l’emplissait d’une chose qu’elle savait choisie.

L’adolescente se demandait s’il lui était permis de prendre le temps et de prendre goût à ce qu’elle faisait. Elle trouvait tellement incompatible cette idée avec l’impression d’oppression qui se dégageait du château, maîtrisant son empire sur ses hôtes sans se soucier outre mesure d’eux, de ce qu’ils étaient. Phœbe n’avait jamais pu se déployer, trouver l’espace pour sortir le Cygne en elle lorsqu’elle se trouvait au sein de cet espace. Se résigner aurait été plus simple mais elle ne souhaitait pas aller trop loin, craignant de toucher à un point de non-retour et de se faire irrémédiablement distordre par cette étrange réalité. Elle gardait ses distances et ne se permettait pas de profiter. Chaque action est plus exactement une réaction, un retour. Une réponse qui n’est provoquée que par l’avant et qui ne pourrait jamais émerger si personne ne provoquait par son initiative pour engager un échange où il s’agit de toujours malmener l’objet central jusqu’à recouvrer calme et quiétude tant désirées. Et là se trouve le risque de changer si l’on se fait bousculer dans la manipulation. La petite Swan ne savait pas si elle serait heurtée aujourd’hui, quoiqu’il advienne ce n’était pas chose contrôlable.

Du mouvement la perturba, elle se tourna pour voir la fille se lever et tenter de s’éclipser, la petite Swan en arrivait à se demander si elle n’était pas trop curieuse à tenter parfois de crûment assouvir sa curiosité. Elle avait d’impossibles aspirations, elle voulait saisir précisément l’intangible et l’inconnu. Elle pourrait un jour comprendre qu’elle ne savait pas s’y prendre. Phœbe regardait en coin sa camarade se mouvoir avec ses affaires, toujours en train de démêler ces quelques termes qui lui avaient été offertes et suscitaient toutes sortes de pensées en elle. L’argentée était en train de démêler l’information. Son pays… Quel était-il s’il n’était pas Grande-Bretagne ? Le pays de la sorcière verte et argent était aussi autre d’une certaine façon, pour moitié. Oui, elle ne s’identifiait pas comme un anglaise. Et cette fille non plus, ce n’était pas un ouvrage traditionnel. L’adolescente s’interrogeait, elle voudrait savoir si c’est parce qu’elle aime apprendre, ou si c’est un besoin, impérieux, viscéral et né au plus profond de soi. Une obsession ou un sage intérêt de temps libre.

« Apprendre son pays… »

La jeune fille posa doucement son menton sur ses doigts, la tête penchée sur le côté, elle répétait ces mots comme pour demander à l’autre élève confirmation. Qu’elle assume avoir réellement avancé cela. L’étudiante se donnait aussi le temps de mesure toute l’ampleur de ce que la fille aux puits sombres de noirceur avait habillement dissimulé en si peu. Elle avait réussi à parler sans parler, à cacher ce qu’elle voulait sous l’utilisation d’un verbe en inadéquation avec ce que Phœbe concevait et attendait.

« Ne devrais-tu pas le vivre ? Quel est cet espace si invisible qu’il te faille l’apprendre ? »

L’aînée retourna alors en quelques pas devant la table où elle avait laissé les ouvrages qu’elle consultait encore à l’instant, juste avant s’être accordé une pause intellectuelle. Elle prit un livre, puis un autre. La Serpentard coinça le plus grand entre les pages de celui qui était plus fin. De ses mains elle entoura cette vision symbolique. Le petit semblait représenter une bouche vorace tentant d’avaler ce qui semblait trop imposant pour lui, bien qu’il ne s’arrête pas à là et tente d’y consacrer toute sa pression.

« L’un peut manger l’autre. »

Juste après avoir fait vibrer l’air environnant par cette remarque murmurée, la jeune fille sépara les deux ouvrages et les plaça en miroir, chacun bénéficiant de sa place propre et pouvant se déployer sans se retreindre.

« Ils peuvent aussi s’accompagner. Que cherches-tu en acquérant cette nouveauté ? »

Se plongeant dans la contemplation des interstices saillants, la petite Swan se tenait presque aux couvertures se tenant devant elle, accordant plus d’attention aux images fruits de sa construction qu’à la sorcière qui l’accompagnait de sa présence. Ou la dévorait ?

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Circéia n’appréciait pas particulièrement ce qui ressemblait de plus en plus à une intrusion. Suivant les recommandations de Neptuna, elle prit soin de ne pas en dévoiler davantage. Tout en cherchant à déceler dans le regard de sa condisciple des traces révélant l’intention réelle cachée par l’habileté patente. 

- Et toi, que connais-tu des échecs ?

Père avait d’innombrables petits dictons qui permettaient, dans un univers hostile ou tout du moins peu amical, de faire un tri sélectif rapide dans toutes les situations.

- Je suis russe, là-bas, les échecs sont comme une planète que l’on se doit d’étudier pour en comprendre chaque case.

Elle repensa à la partie qu’elle venait d’analyser pour la centième fois au moins. Kasparov contre Fischer, une partie virtuelle qui n’avait jamais existé mais qui avait le mérite de révéler les deux plus beaux talents de l’histoire des échecs, les plus inventifs, les mieux servis par la nature qui permet quelquefois de donner naissance à des coups merveilleux. Une partie virtuelle où les blancs et les noirs n’existent plus, une partie insensée car elle n’a ni commencement ni fin. Juste une élégance permise par les délires d’amateurs géniaux. Pour Circéia, les échecs constituaient une sorte de matrice d’elle-même, comme un appui permanent. Elle aurait bien plagié les mots d’un penseur japonais qui la hantait parfois, cet ermite qui avait traversé le Japon et écrit des milliers de petits poèmes qu’elle aimait tant. Mais que jamais elle ne partageait avec autrui, de peur de passer pour une idiote. Car les gens aiment les poésies bien ordonnées, les rimes faciles. Mais s’il s’agit de laisser son imagination porter le souffle d’un instant, le vide se créé et jamais ne se remplit d’air nouveau.
Une partie sans perdant, l’un avec l’autre et non plus contre l’adversaire. Kasparov l’élégant contre l’intuitif. A moins que ce ne fut l’inverse. Elle restait surprise que Père n’ait pas souhaité appeler Alexandre du joli prénom de Gary. Peut-être Mère qui n’avait-elle pas voulu…

-… en maitriser chaque lieu dans la profondeur de ce qu’il donne à voir. Relié aux autres comme les pièces d’un puzzle.

Elle en avait trop dit. Car le meilleur est toujours de faire silence. Mais dans le même temps, il valait mieux donner un peu de change, histoire de ne pas apparaitre impolie, voire pire encore, mystérieuse. Père avait une formule pour cela ; « la partie semi-ouverte est une façon de ne pas éveiller l’attention ». Personnellement, Circéia détestait l’ouverture des noirs par Cf6… et pourtant…, restait à savoir pourquoi et sur quel premier coup des blancs. La Pirc avait sa préférence, beaucoup plus fermée et sure en attendant mieux. Même si au final, les deux se valaient. C’était juste que… certains préfèrent commencer par la corvée de nettoyage des sols, d’autres s’attaquent d’abord au linge.
Cette fois, la neige était au rendez-vous. Il fallait ranger son baluchon, et attendre une situation plus favorable car elle ne savait pas comment répondre tout en demeurant au chaud, à l’intérieur.


Vidée par les marées
d’équinoxe
la caverne gonfle


Circéia avait du monde une vision compilatoire. D’une certaine manière, toute chose se complétait d’une autre. Les pièces d’un puzzle sans enjeu autre que d’avoir un sens encyclopédique au final. Chaque coup s’appuie sur celui qui précède, et amène le suivant, de soi comme de la part de l’adversaire. Il n’y avait pas de compétition autre que celle de donner au final la plus belle partie qui soit. Mais d’une certaine manière, jamais l’un contre l’autre autant que l’un avec l’autre. Le jeu n’existait que par la présence d’un tiers, que l’on aimait détester le temps d’un instant. Mais dont on pouvait juste après admirer la beauté des décisions ayant émané d’un esprit aussi éloigné. Charybde a besoin de Scylla mais jamais ils ne seront aussi heureux que quand ils sont à l’opposé. Le paradoxe. Quand elle entendait conflit, elle cherchait un rapprochement que la discussion ne permettrait jamais. C’était une partie contrariante qui se jouait en elle. En comprenait-elle-même le sens symbolique ? Mais, et c’était tellement vrai, on lui reprochait si souvent d’être adulte avant l’âge, ou au contraire de se précipiter. Trop de sagesse dans tellement d’impulsivité.
Elle se sentait comme observée et Circéia détestait cela plus que tout. Dans ce genre de circonstances, en montrer le moins possible, comme une statue qui ne s’anime pas, ou presque, mais vous suit des yeux avec intérêt.

- Tu es dans l’équipe de Quidditch, n’est-ce pas ?

Le quidditch, la plaie ultime pour une fille comme Circéia. Tout ce qu’elle détestait dans le sport, l’inéquité, la violence, les moqueries… Maintenant qu’elle y repensait, elle l’avait vue équipée de pied en cap de la tenue des Serpentards. Afin d’éviter de passer pour une demeurée, Circéia faisait mine de s’intéresser un peu à cette barbarie mais au fond d’elle, elle éprouvait un réel mépris pour la chose. Toutefois, il était possible qu’en petit comité, quelqu’un puisse lui faire apprécier une partie des subtilités qui devaient forcément exister. Si autant de gens en Grand Bretagne s’intéressaient à la question, il fallait bien un jour faire l’effort de s’ouvrir au monde, sans l’arrogance de l’aristocratie mais avec une certaine distance, celle de la noblesse. C’était en somme une porte de sortie comme une autre, un magnifique liant social…

Ils entendent nous enseigner la vie, eux qui n’ont aucune idée de ce qu’est le bonheur.

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Sans même offrir au silence de planer entre elles, ce que Phœbe aurait volontiers goûté, la jeune fille eut la répartie rapide, tant qu’elle frappa sa camarade de ses mots alors qu’elle n’était pas prête à écouter. La Serpentard ne s’était pas attendue à être interpellé, à ce que la fille lui jette ce « toi » dont elle ne voulait parler, dont elle ne voulait entendre parler. À tâtons l’étudiante tentait d’évoluer le long d’un mur sur lequel elle ne sentait pas interstices et failles. Aucun pan ne pouvait lui être livré. Elle cessa alors d’évoluer et s’arrêta, retournant à l’instant présent qui l’entourant. Tant de distractions souhaitaient l’aspirer mais elle prit le parti de concentrer toute son attention sur l’autre enfant qui occupait cette pièce, qui avait tant à dire par ses esquives. Ô combien sont riches les termes qui cherchent à détourner, ils sont porteurs d’une intention dont les mots légers n’ont pas la charge. La petite Swan ne prononça pas le moindre son pour réponse. Elle savait si peu. Et répondre peu, elle n’y comptait pas. Son mutisme était déjà un retour, elle sentait que l’élève comprendrait.

Le revirement inattendu s’imposa sans transition, poussant à l’argentée à regarder cette bouche étrange qui déversait toutes choses sans sembler se soucier aucunement de leur impact. Des Traits. L’arc de parole était bandé et lâchait des traits à partir de diverses positions, rapidement. L’adolescente n’avait pas le temps de s’attarder sur une frappe qu’une suivante arrivait. La Russe était trop vive alors que Phœbe avait besoin de saisir les choses avec lenteur, de les entourer pleinement avant de les élever. Face à trop d’éléments la saturation est vite atteinte. Elle aurait aimé pouvoir reculer, se poser en un petit espace, libérer toutes paroles pour que leur soit conférée une résonance encore manquante. Les échecs… une composante d’un monde étranger à la petite Swan dans la définition que sa camarade en faisait.

Le rapport de la sorcière avec la vision russe était étrange. Elle avait toujours associé la Russie à un monde complexe et envoûtant, d’exploration entraînante. Pas tout à fait le pays mais en réalité sa Musique et sa Danse. Qu’elle admirait. Le Cygne qui dormait en elle s’il voulait se déployer entrait certainement dans une telle composition enchanteresse. En son père lui était dévoilé une forme d’esthétisme française. Chercher en tout point l’élégance et la finesse. Se forger en Pétales d’Or. L’univers que Phœbe avait par le biais d’Ulysse découvert, était-il compatible avec celui que la magicienne présente en cette même pièce exposait par une approche de connaisseuse, des propos de certitude ? La Serpentard avait l’intention de laisser ce mystère conserver une part de ses Brumes.

« Je ne les connais que trop peu. Des rouages dont l’Intelligence permet de souffler et prévenir le moindre grain de sable ? Qu’en sais-je… »

Était-ce un jeu ? La sorcière russe devait certainement le savoir. Elle avait évoqué une étude, la petite Swan ne sentait pas cela réalisable sur un espace aussi changeant et mouvant dont les termes ne cessaient de devenir autres. Comment comprendre ce qui perpétuellement connaît la métamorphose ? Une solution, très simple, s’imposait. Les altérations sont prévisibles, le plateau enclave des possibilités, limite par les factices attraits tape-à-l’œil assombrissant des zones alors occultées. Si cette fille savait prévoir, elle était diablement dangereuse. La petite Swan ne montra pas l’effet de cette pensée sur son visage plat sur lequel brillaient seulement deux Lunes cherchant vainement à arracher des morceaux des puits de Noirceur posés en parallèle. Elles attendaient toutes deux un non-dit, tel était son pressentiment.

Au moment où Phœbe décida de se poser sur un siège, à l’envers, en posant son menton sur le dossier, une suite de syllabes créant une sonorité saugrenue et pourtant si familière fit légèrement relever la tête de l’étudiante verte et argent. Sa mâchoire inférieure s’abaisse de quelques millimètres avant de se relever aussi sec. Oui… non ? Pourquoi ? Voilà l’art de passer de la Terre au Ciel, à moins qu’il n’y ait interconnexion, invisible ne demandant qu’à être époussetée.

« Tu crois que le Quidditch est ma partie d’échecs ? Un terrain, deux zones d’influence, tenter de dominer l’autre, les pièces partent et s’en retournent. »

La joueuse refoulée commençait à affleurer en pensant au sport. Elle n’avait pas le droit d’y penser hors terrain, il ne pouvait y avoir de mélange. La distinction née depuis plus d’un an devait être parfaite. Phœbe hors terrain, et cette Autre joueuse qui lui volait des instants, lui offrait du répit. Pleinement l’une ou l’autre, jamais les deux. C’était trop tard, la stratège impliquée prenait de la place, se sentant en droit d’émerger après avoir été pour ainsi dire invoquée. L’argentée serra ses points, très fort, elle sentait des demi-lunes s’imprimer dans sa paume.

« Il est possible de m’apercevoir entre les membres des Crochets d’Argent, quand bien même serait-il à douter que je sois la bonne pièce de puzzle pour un cadre de la sorte. »

Elle espérait, vraiment, de toutes ses forces, elle en aurait croisé les doigts si la superstition avait quelque empire sur elle, que l’adolescente n’allait pas la bombarder des questions classiques mille fois entendues sur le Quidditch, la petite Swan ne supportait absolument pas les regards paillettes des enfants rêveurs sur ce sport. La réalité est rêche, ils l’ignorent encore. Les paillettes sont le mensonge résultatif d’un monde facticement édulcoré, un jour le film partira. Ça fera mal.

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Les mots sonnaient comme des billes sur un sol métallique. Et les phrases de Phoebe avaient quelque chose de définitif, ni arrogant ni péremptoire mais des sentences, à chaque fois. Circéia réfléchit mais il fallait aussi tenir le rythme d’une partie engagée à la façon d’un blitz. Et elle se savait en retard au chronomètre.

- Je ne perds qu’à cause de moi, l’adversaire est un moyen de me confronter à mes propres failles.

Pour le sentencieux, on aurait pu lui attribuer la palme. Mais elle se vivait comme elle le disait, pour elle le jeu d’échecs portait très mal son nom. Le jeu devrait être considéré comme une affaire des plus sérieuses, révélant bien des traits de notre personnalité. Combien sont truqueurs, mauvais joueurs, détestant la défaite… ce que les moldus appellent le fair-play est une mascarade, l’attitude que doit avoir le perdant mais au vainqueur le triomphe sans la modestie. Circéia se rendait compte alors de sa méconnaissance complète de sa camarade de bavardage nocturne. C’était une Serpentard mais quelle était l’information réelle ? Circéia avait eu un jour la curiosité de rechercher les maisons et affiliations des grands joueurs d’échecs version sorcier. Y compris les origines par école et cela n’avait pas été très fructueux. Qu’il eut été tentant de conclure que les Serdaigle étaient forcément les mieux représentés. Mais la chose était au final très partagée, et s’il fallait s’intéresser au style, il se trouvait que le joueur unanimement reconnu pour son style flamboyant était un Poufsouffle. Comme quoi. Plus signifiant était l’origine de nombreux champions, historiquement issus de Durmstrang mais même cette génétique tendait à disparaitre depuis une centaine d’années, comme si une forme de culture universelle s’était imposée, puis répandue, comme si les clichés ne devaient plus exister. Alors dire qu’une Serpentard était forcément un joueur de quidditch vicieux, au jeu violent et torve, n’était qu’un stéréotype de plus, une facilité dans laquelle elle ne comptait pas se retrouver. Son interlocutrice était une fille, qui comme elle aimait les livres, le savoir et le calme. Elle venait ici pour étudier, et le faire à sa manière. Bien sûr, il se pouvait qu’elle procède ainsi pour cacher quelque chose, on a tous des terrains intimes que l’on désire garder pour soi. Jusqu’ici, Circéia n’avait pas pensé à autre chose qu’à elle, cela devait changer.

- Je ne te connais pas, et n’aurais pas la prétention de t’enfermer dans une boîte. En plus, je ne comprends pas grand-chose au quidditch, c’est banal à pleurer mais c’est ainsi.

Il fallait bien accepter la vérité. Les élèves peu intéressés par le quidditch étaient très rares et systématiquement mis au ban de l’école, au moins les jours de match et les temps qui précédaient ressemblaient pour eux à une torture perpétuelle. Comme tout le monde les considérait tels des demeurés, ils étaient ainsi perçus. En disant cela, Circéia n’avait fait qu’établir une base de départ. Si tu crois que je snobe le quidditch pour faire l’intéressante, ce n’est que ton problème. Moi, je sais que je n’y comprends rien, en tout cas la consistance de ce sport me dépasse. Libre à toi de me résumer à une aristocrate, en outre si tu sais que je joue aux échecs à un niveau raisonnable. Je sais juste ce qu’est le prix de la passion, l’investissement et les sacrifices qu’il faut parfois. Je n’ai fait que cela durant des années, apprendre des débuts de partie, des ouvertures, des principes à appliquer en toutes circonstances. Alors je peux transposer à ton activité, même si elle m’est étrangère. Nous ne sommes pas si différentes, à moins que tu ne voies dans les échecs qu’une partie de petits chevaux un peu plus complexe. Ce que je désire, tout autant que toit si tu me laisses le temps de l’exprimer, c’est comprendre un peu de ce que tu es. Le quidditch est l’activité phare ici, en être un membre éminent établit un statut, qu’il soit recherché ou seulement subi. Comme moi si les gens savaient que Père a été élève à Durmstrang. Et si par malheur pour moi, on apprenait que ma tante a été envoyée là-bas dès sa deuxième année, je serais de suite un objet d’intérêt, un animal de foire comme tous ces attrapeurs, ces gardiens… Un autre sorcier bizarre que l’on envie et méprise à la fois.

- Mais toi, tu viens ici pour quoi ?

Après tout, elle avait le droit de poser la question. Et si elle ne voyait rien d’indiscret, elle savait que Phoebe lirait autre chose que des allusions ludiques. Son intérêt pour le savoir avait quelque chose de fondamentalement Serpentard, une sorte d’intérêt dont la finalité est une succession de plans à l’intérieur des plans… mais son allure tranchait avec ce qu’elle pensait communément des joueurs de quidditch, et le fait qu’elle soit une fille ne changeait rien à l’affaire. Depuis qu’une femme avait été championne du monde aux échecs, en battant un mâle, la question était définitivement obsolète. Femme, Serpentard, curieuse mais aussi Curieuse. Amatrice de livres et de questions habiles. Il était une possibilité, s’en retourner ensemble au cachot. Mais, et elle n’aurait pas su dire pourquoi, Circéia n’en avait pas envie. Pas encore. Aussi ne se leva-t-elle pas, comme pour essayer de prolonger, puisque le mystère était désormais une des clés de l’ambiance. Mais une des clés seulement.


Poussière sur le
plateau : fées et
dominos

Ils entendent nous enseigner la vie, eux qui n’ont aucune idée de ce qu’est le bonheur.

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Étrange fascination qui se propage sans s’annoncer. Elle parle de son univers en des termes appelant à la découverte. Elle se reconnaît faillible, voilà confession bien peu entendue de coutume en ces lieux. Les échecs ne sont pas le seul terrain sur lequel les choses vont ainsi. La phrase résonne en la Serpentard et y trouve sa place, par adéquation avec sa pensée. À quelques détails près, il n’est pas nécessairement besoin d’adversaire pour cela, l’adolescente sait possible de se confronter à ses propres limites sans. L’adolescente est peut-être sa propre prison d’imperfection. La tentation de se laisser glisser sans résistance vers l’espace tangent et partagé des deux Sphères que chacune des élèves transportait commençait à se manifester en Phœbe, encore dans l’hésitation. Celle de laisser le magnétisme inédit faire son œuvre. Nous nous comprenons mais ne le comprendrons jamais, quel ressenti atypique prenait la jeune sorcière partagée entre une attraction et une répulsion face à ce qui demande à être approché pour commencer à le saisir.

Alors que la petite Swan lorgnait du coin de l’œil ces contours presque inconnus, les lèvres de sa camarade bougèrent pour offrir un propos nouveau que l’argentée assimila d’un hochement de tête avant de lever la tête vers l’un des coins du plafond, méditant quelques instants avant de réagir. Elle avait bien pris soin à parler de compréhension et non de connaissance sur le jeu, ce trait de pertinence annonçait qu’elle en savait de toute évidence plus que certains. En soit aucune obligation de tout savoir, loin de là.

« Je ne te connais pas plus. Je me contente de voir ce qui t’est périphérique. En tout cas, à moins d’avoir besoin d’un Savoir, l’ignorer… »

La Serpentard fit un petit haussement d’épaules. C’est peu d’importance, dénué d’intérêt, pas de quoi en faire cas. Si cette jeune sorcière n’avait pas la nécessité de se parasiter par des connaissances sur ce qui ne la touchait aucunement, autant éviter et se tourner là où sa présence et son intérêt sont requis. Elle ne se noyait qu’en ce qui méritait son énergie et son engagement. Sa tendance à entrer pleinement en une découverte les limitait tout en les élargissant de façon extraordinaire.

« Ne pas avoir connaissance d’un Essentiel, c’est en revanche compromettant. »

La verte et argent avait eu besoin de savoir, pour construire pleinement cette autre capable de tout piloter en cours de jeu. Règles, rouages, stratégie, analyse du jeu. Tout cela jeté à la joueuse qui n’avait plus à laisser à la place au doute ou au vacillement lors d’un match. Plus le jeu se réfléchit avant et lors de son déroulé, moins il y a de la place pour toute forme de pensée dirigée ailleurs. Phœbe laissait le Quidditch exploiter sa réflexion et se le permettait car s’était enseignée d’une grande pluralité de cheminements. Il s'agissait ensuite d'adapter le jeu et les positions directement aux circonstances. Cette mentalité cependant avait tendance à disparaître hors du terrain où tout était moins rationnel, plus incongru et indiscernable.

« Ceux qui regardent le Quidditch ne comprennent pas. Leur vision se limite à un instant présent sans réfléchir sur le long. Rares sont ceux capables de saisir que l’on puisse volontairement offrir l’ascendant à l’adversaire pour lui porter un coup plus magistral ensuite. Circonspection avant précipitation. »

La gardienne prenait le dessus dans ces mots tandis que Phœbe tombait dans un léger retrait temporaire. La russe devait voir une transparence de l’affirmation. Un spectateur s’enthousiasme de la prise d’un pion hâtivement sans même réaliser que c’est un sacrifice, qui ouvre un champ et une possibilité d’acculer l’ennemi. Impossible de perpétuellement dominer, il faut alors transformer les moments d’impuissance en retrait stratégique et en profiter pour s’autoriser à recevoir un coup si le retour en découlant sera flamboyant.

L’autre Serpentard dévia et interrogea Phœbe sur sa présence en ces lieux. Elle balaya cette grande pièce, elle semblait d’autant plus immense au fil des années car bien que les élèves grandissent, les effectifs s’amoindrissaient dans cette discipline exigeante. L’argentée y avait pris goût en découvrant la force et la puissance d’un Savoir qui anéantit par son irréfutable aspect, l’autorité qu’il détient. Trouver les contradictions en toute chose.

« Un caprice, une illusion… Serait-ici que la Connaissance et l’Histoire sont les plus fortes ? Elles peuvent pourtant aussi luire dans la remise d’un cachot. Toujours est-il que je quête sa force ravageuse, m’enrichir de considérations pour nier presque tout ce que je voudrais. »

La petite Swan n’accepte pas ce qui lui est assené de la manière la plus brute possible, sans souci de la justification. L’irrévocable ne devrait pas être. Alors elle cherche à lui opposer plus imposant, plus solide, amoindrissant ainsi ce qui l’effraie et la plonge dans les brumes opaques qui l’étouffent impitoyablement.

« Diable qu’il est rassurant d’être capable de réfuter ce qui nous heurte, ne trouves-tu pas ? »

Le regard de la Serpentard se perdit longuement dans les rainures du bois devant elle, fourni de nombreuses aspérités n’attendant que l’exploration visuelle que l’adolescente engageait. Cet ascendant était une rare chose à laquelle elle pouvait se raccrocher avec confiance. La russe avait raison. Par son approche la seule personne qui pourrait la trahir, c’était elle-même. L’erreur de la manipulation de ce dont il faut connaître la Silhouette pour oser prétendre en avoir une prise assurée. Si les mains glissaient et que tout chutait, c’était la faute à la présomption d’avoir vu de manière déraisonnable. Phœbe se tourna quelques secondes sur le visage de la jeune étudiante, se perdant en un indéchiffrable aspect.

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Bourrasque.
Au pied des impatiences
les enfants attendent




- Je ne trouve pas, non. C’est une capacité comme une autre. On peut tout aussi bien se cacher derrière un silence gêné ou feint. Tant d’élèves se taisent pour éviter les réprimandes ou les moqueries. Moi, je n’ai pas peur de dire quand je ne suis pas d’accord mais je n’y vois aucun confort… De même que les braillards sont ridicules avec leur effronterie puérile, les animaux savants m’horripilent. Et puis… je n’aime pas trop cette façon de poser les questions. Tu as l’air de vouloir dire que l’on est faible à accepter les choses établies. Et que l’issue est souvent de se réfugier dans le confort. L’extérieur ne dit rien de ce que l’on est. Ou si peu. Nos bonheurs sont toujours là où personne ne les attend…

Circéia venait d’en dire beaucoup trop d’un coup. Comme un épanchement de synovie, ou le suintement interne qui détruit sans bruit. On se faisait bien des idées sur Poudlard au départ, une sorte de vision féérique d’un monde qui n’existe que dans le souvenir de nos parents. Ou dans leurs fantasmes pour ceux qui étaient nés moldus. Mais tous autant qu’ils étaient, les élèves semblaient n’avoir qu’une très haute opinion de leur condition de sorciers apprentis (elle préférait cet ordre-là, bien plus juste que l’autre, chargé de mauvaises ondes et de préjugés ancestraux). Les amis, Circéia n’en avait qu’une et pour le reste, elle trouvait la compagnie des autres assez fade. Son avancée dans les lieux ressemblait à un chemin de croix, tout juste ensoleillé par quelques lettres familiales et deux professeures, qu’elle tenait en très haute estime, parce qu’elles avaient ce qu’elle n’avait pas. Le style. Mais au-delà de ces moments-là, deux cours dans la semaine et la lecture d’une lettre, elle était dans ce que les moldus appellent un couvent. Son occupation n’étant pas le quidditch, ni la quête d’un sort permettant de faire ses calculs d’arithmancie à sa place, elle avait trouvé cet excellent moyen de s’occuper. Et de combler un trou dans son histoire personnelle. D’une certaine manière, elle n’apprenait rien sur elle mais au moins le temps passait-il. Et, disons le plutôt comme cela, elle apprenait sur elle-même puisque sa famille n’était aucunement l’objet de dizaines de livres révélant d’obscurs passés maudits ou magnifiques.
En disant cela, on aurait un peu menti car Circéia faisait d’intenses prospections en direction des méthodes de protection des hiboux. Et son sort avait grandement progressé ces derniers temps. Mais cela n’intéressait personne et elle se faisait consciemment toute une histoire pour des parchemins que personne ne chercherait à intercepter. Les frissons d’une enfant face aux événements magiques troublants autour de sa famille ne suffisaient pas à légitimer un tel souci. Mais elle avait eu cette idée et cela la sortait de ses cours sur l’Histoire de la magie, les runes…. Autant de recherches profondément théoriques qu’il était bon d’aérer parfois…
Circéia avait en fait un peu divagué depuis son dernier mot. Prise dans une sorte de tourbillon, elle s’était laissée aller à disserter en intérieur sur les uns et les autres, et comme d’habitude, son nombril prenait le dessus. Moi, moi, moi. Et elle, cette autre ? Qui était-elle en fin de compte ? Si elle ne se servait du quiddicth que comme… un marche-pied vers autre chose, quel était-il ? Et ce savoir auquel elle se frottait avec tant d’amour et de haine, comme quelque chose qui vous ronge et se nomme la passion que l’on ne peut désigner ainsi car on n’en a pas conscience. Retourner une fois encore la question serait trop facile, multiplier les échanges n’était jamais une bonne façon de gagner aux échecs, cela revenait à se diriger vers une fin de partie tactique, à grignoter les pions et chercher un avantage positionnel dont on savait qu’il était technique, dévalorisant, pire, aléatoire.
Circéia passait au crible sa mémoire pour tenter de retrouver des souvenirs de cette grande fille élancée mais rien n’y faisait. Décidément, comme une malédiction (un mauvais sort selon une expression moldue qu’elle avait trouvée fort opportune au détour d’une recherche sur leurs proverbes), tout concourait à ce qu’elle ne puisse rien pouvoir se mettre sous la dent. Et avoir évoqué le seul élément dont elle disposait ne semblait pas avoir joué en sa faveur.

- Que feras-tu de tout ce savoir une fois que Poudlard sera de l’histoire ancienne pour toi ?

Voilà une question qui avait le mérite de ne pas trop paraître idiote auprès d’une élève de dernière année, forcément majeure, le tout était de ne pas sembler jouer les conseillers d’orientation ou les aurors du ministère. Et puis, comme alla avait parlé de bonheur quelques instants auparavant, le discours pourrait paraitre moins décousu. Alors que ses pensées l’étaient comme rarement.

- Moi j’ai une idée assez précise et je ne voudrais pas dès maintenant imaginer avoir à te croiser dans un contexte délicat, pour toi comme pour moi.

Le sourire aux lèvres, assez satisfaite de son coup, l’ainée des ALEKHIN attendait avec impatience  de savoir si elle avait en face d’elle Charybde. Ou scylla. Dans tous les cas, les choses se valaient puisqu’il lui semblait imperceptiblement… Non en fait, elle n’en savait rien et ne devait surtout pas préjuger d’elle-même en la situation.

Ils entendent nous enseigner la vie, eux qui n’ont aucune idée de ce qu’est le bonheur.

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Ces Gouttes insondables demeurèrent toujours aussi muettes, prenant un malin plaisir à noyer celles qui s’y miraient. Une autre partie de ce visage magnétique s’agita, cette ouverture qui délivrait, tel des pépiements d’oiseaux, suivant un rythme dansant, un long chant. D’une densité si resserrée que la petite Swan était happée dans ce tourbillon effréné, son buste s’était par réflexe doucement penché en la direction de la jeune fille. Qui disait tant, et s’explorait même elle dans son sinueux discours. Un coin de la lèvre de Phœbe se leva discrètement au fur et à mesure que litanie avançait dans son tissage aux mailles étroites. À chaque phrase assénée, la Serpentard posait le bout d’un doigt sur la table et laissa au terme ses mains posées comme sur le clavier dans leur position sur le bois dur un instant avant de lentement les détacher pour qu’ils se reposent à plat.

« Je ne me perds que rarement dans le dehors. Tout ce que je mets en confrontation demeure ici. »

Sur le dernier mot l’élève pointa fugitivement un doigt sur sa tempe avant de revenir à sa position initiale.

« Certaines considérations persistent trop. Établies comme tu dis ? Les chasser si j’en trouve les ressources, ce n’est pas le bonheur certes, mais c’est un onguent de l’Esprit. »

Le confort n’était qu’une considération temporelle et jamais assurée. Pourtant l’homme se jette sur des plaisirs éphémères, croit qu’il en jouit quand il est déjà dans la frustration de vouloir perpétuellement ce qui toujours lui sera offert de façon ponctuelle. Les Grecs aspiraient à l’ataraxie de l’Esprit, et la petite Swan sentait qu’elle n’y avait pas encore droit. Elle n’était certainement pas prête, jeune. Un enfant qui tâtonne, environné d’adultes muets.

« Oserais-je parler de faiblesse ? Qui continue à attiser la friction avec sa propre contradiction a le mérite de la persistance. »

Elle préférait rejeter sa contradiction, y être perpétuellement confrontée, elle n’y parviendrait pas et se perdrait à coup sûr. Alors elle jouait toujours avec les puissances relatives de chaque considération pour ne laisser en avant que celle qu’elle pouvait côtoyer sans perdre la raison. L’argentée ne cherchait presque jamais à convaincre, elle laissait couler de sa bouche sans distorsion de son langage. Libres à l’approbation, la réprobation, le silence de répondre. Pourquoi parlait-elle quand elle préférait saisir ses espaces par d’autres biais, plus fins et ne comportant pas cette dimension frontale ? Parce que cette étudiante russe dessinait un appel en esquisses que la Serpentard croyait discerner. Parce qu’elle avait engagé une partie de laquelle ni l’une ni l’autre ne pouvait décemment suivre sans faire l’action conclusive. Et Phœbe n’en ressentait pas encore l’envie, elle voulait explorer ces territoires disponibles devant elle. Aucun moyen de déterminer si elle toucherait au bord opposé, elle préférait goûter aux détours à la ligne droite achevant sans ressentir le parcours. N’ayant pas d’expérience de jeu, elle ignorait si ce qu’elle essayait tenait d’une bonne stratégie, l’adolescente se jetait sans barrière sans filet dans un découverte inédite.

Le buste de la jeune fille recula et elle croisa ses bras devant elle quand elle entendit ce trait de curiosité lâché sans être annoncé. Quelques secondes ses yeux de Lune se plongèrent en une surface unie sur laquelle elle pouvait projeter toutes sortes d’images qui défilaient dans sa tête. Elle ne s’était pas encore posé la question en ces termes. Elle savait qu’elle voulait quitter cette illusion dénuée d’élégance et pleine d’hostilité sans avoir été trop altérée par son pouvoir mâchant et modelant. Lui restait encore un long horizon avant de clore ce chapitre que ses parents lui avaient décrit comme essentiel pour découvrir sa Magie.

« Il veillera certainement en moi. Tandis que je partirais en quête de mon Savoir, inédit. Celui qui me sera propre. »

Le seul avec lequel elle serait en parfaite adéquation. Du moins l’imaginait-elle. L’espérait-elle. Et si trouver le reflet de son identité revenait à exhumer sa Némésis ? …à faire face au pire ennemi concevable pour toute personne. La nuit des égyptiens, le Soleil doit combattre et survivre à sa traversée de la Nuit pour émerger et permettre l’arrivée du jour. La Lune est visible la Nuit, elle côtoie le combat perpétuel, quotidien, l’affrontement cyclique essentiel. Phœbe était-elle destinée à assister à l’infini au combat féroce, la conclusion marquée par un jour qui ne naîtra jamais ? D’un souffle elle chassa cette idée qui ne pouvait qu’apporter de la confusion sans qu’elle n’y gagne rien. Le temps devait encore faire son œuvre, l’emmener à la sortie de ce domaine, et elle savait qu’il ne se presserait pas. Le vent la cahotera encore longtemps à travers divers vortex jusqu’à être déposée hors des Murs.

Phœbe devrait certainement oublier les implications de son hypothèse et leur ouvrir la voie quand le moment opportun s’annoncera. Sa camarade compléta en annonçant déjà savoir. Vraiment ? L’argentée analysa l’assurance de l’autre sorcière en herbe Verte et Argent, incertaine de ce qu’elle osait avancer. Par l’interrogation se dissipe le doute, s’il daigne recevoir retour.

« Idée… ιδειν. Tu vois donc déjà, alors tu pourrais me dire… Quel mage rencontrerais-je en ce contexte ? »

Qui es-tu, ou plutôt qui seras-tu ? Dévoile ce Secret que tu brûles tant de partager en te présentant emplie de certitude, interdisant tout empire au doute.

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Au début de ses recherches sur le Japon et la Russie, leurs rapports d’abord cordiaux puis devenus frais, froids pour finir dans le glacial, Circéia avait découvert au détour du chemin un écrivain japonais extraordinaire, féru de littérature russe, élégant dans son style aux relents de jazz, et avec passion elle avait parcouru plusieurs de ses romans. Pour une jeune sorcière, acquérir cette connaissance du monde moldu relevait de l’approfondissement de cours toujours demandé, jamais pratiqué. Mais Circéia n’était pas une élève banale. Certes ses résultats n’attiraient pas l’attention, trop réservée, trop de l’intérieur. Mais elle savait qu’au final, le travail paye toujours. Et en lisant les affres de ce peintre, ses difficultés à vivre de son art, de son amour, elle avait fait une découverte étonnante. Les moldus, eux aussi, prenaient la magie très au sérieux, elle les fascinait et permettait à certains d’entre eux d’entretenir un territoire entre deux réalités ; le monde réel et celui dont on ne comprend rien, que l’on ne maitrise pas, qu’il est aisé de nommer « monde des rêves » alors qu’il ne s’agit que d’une autre réalité. Au fil de plusieurs livres, dont une trilogie qui l’avait laissée dans un émoi durable, elle avait mis au jour un espace qui lui était propre, une sorte de salle sur demande intérieure, puissante et insondable. Qui l’aspirait par moments sans qu’elle n’en comprenne, encore moins domine, le processus. Elle se souvenait de ce tableau au coeur du roman, de l’histoire qu’il racontait comme de son effet. Il se trouvait qu’en cet instant, une autre grotte venait de s’ouvrir, et elle y avait été projetée de façon spontanée, irréversible. Un lieu peuplé d’obscurité absolue, un pays du silence total. Face à elle-même, tétanisée, elle se questionna sur le pourquoi de ce transfert. Quelques instants auparavant, elle tenait salon avec une jeune fille presque adulte, qui la bombardait de pensées déstabilisantes auxquelles elle se refusait de répondre, par la prudence proverbiale qu’on lui avait transmise depuis toujours. Il est des conversations que l’on ne peut avoir sans la pleine confiance que s’accordent les amies. Ces deux-là ne pouvaient prétendre avoir atteint ces hauteurs. Mais ce n’était pas un motif suffisant conduisant à fuir ce qui n’était qu’une leçon supplémentaire du plus âgé au plus jeune. Le pénétrant, le pénétré… Ni même un premier pas vers elle ne savait quoi, alors l'autre aurait été la rivière, voire l’océanide. Mais ce n’était pas cela. Elle en était venue à franchir ce portail intime grâce à ses seuls pouvoirs. Et comme Marié avant elle, ou plutôt le narrateur en fait, elle se retrouvait dans une forme d’impasse angoissante et fascinante, un lieu d’elle-même incroyable, peuplé de ses pièges préférés.

toile mouvante
au repas
l’araignée éveillée


Mais ici, il eut davantage été question d’ensommeillement. Une apathie suave, aux accents de sieste fiévreuse, de celles d’un après-midi d’été. C’était à n’y rien comprendre, des figures qui dansent autour d’elles comme autant de pièces d’un échiquier. Mère, Neptuna, Ivanova, un ou deux affidés en outre. Mais au final, des « proches », et jamais plus. Elle, au milieu mais sans en avoir le moins du monde la sensation, ou la conscience, centre d’un tout qui n’existait pas, peut-être un trou noir, ce qui aurait pu expliquer son passage de l’autre côté, dans cette antichambre. Le froid de la salle de classe ne la mordait pas, de toute façon elle n’y était plus, le temps se déroulait à sa propre manière sans plus tenir compte des contingences humaines. Le sablier, maitre de l’heure, semblait dire à Circéia de ne plus calculer.
Misère… le jeu reprit le dessus. Et la danse recommença, l’ouverture Cf6, et la suite à la guise des blancs, Mère en attaque, derrière une marée de pions en forme de frère et sœur, un enfer à sacrifier, la salle intérieure rougissant comme si un chaporouge rôdait, tentant de prendre la main sur les lieux. Une impression de nausée, la perte du contrôle de soi et la fuite en avant,  ou le choix prudent, Pieuchka en d5, dès que possible sinon la fin s’annonce venimeuse, le plus souvent rapide. Puis, au détour d’une seconde de respiration, le calme. C’était peut-être cela, les absences dont Père lui faisait le reproche constant, une suite récurrente. Pour finir proche du zéro absolu. Et si le commandeur faisait surface après tant d’années de silence. Comme une idée matérialisée pour guider l’âme perdue dans un monde irréel. Ne jamais jouer le coup attendu, aucune ouverture n’est écrite d’avance, le principe est là, au point de parfois créer des classiques elles-mêmes engoncées à terme dans leurs principes. Et les pièces se meuvent en sa direction, et s’éloignent, guirlande de comètes aux courbes elliptiques. Dans le noir, on discerne mieux la lumière.

-… je ne comprends rien…

S’entendre permit la sortie d’un coma méditatif, après l’incendie de la serre ; et la disparition. Encore l’écrivain, à une autre époque. Dehors, et dedans. A partir de quel moment peut-on dire que l’on se consume ? Circéia ouvrit les yeux. Et se demanda combien de temps s’était écoulé depuis son entrée dans le rêve. Dans le livre, le narrateur avait passé trois jours ainsi reclus du monde. Et pour elle ? En voyant de nouveau sa camarade de maison, au même endroit, elle se dit que son incursion dans cette autre magicienne avait été brève.

Ils entendent nous enseigner la vie, eux qui n’ont aucune idée de ce qu’est le bonheur.

Si le Tentaculaire Savoir vous ronge... Rongez le

Même quand supposément règne le silence, il est incapable de museler le tumulte interne. Une parcelle de l’attention de l’adolescente flottait en nacelle lâche autour de sa camarade, le reste éparpillé ailleurs, sans véritable direction. Elle s’interrogeait parfois trop, à l’excès. Elle savait pourtant qu’il fallait les taire et les conserver en elle-même la plupart du temps. Il ne lui avait pas été appris à mesurer sa curiosité. Dès que se présentait devant elle l’absurdité ou l’incompréhension, incapable d’admettre ou de détourner le regard, elle était bloquée jusqu’à ce que la fumée se dissipe. Les mains de la Serpentard vinrent chercher sa plume et un morceau de parchemin qu’elle posa et lissa devant elle. Quelques traits d’encre qui libéraient l’énergie de son bras. Elle initia une spirale dans un coin qui aurait pu figurer un signe interrogatif, mais elle se ravisa avant d’achever le tracé de la forme et fit glisser la pointe le long d’une courbe qu’elle termina d’une autre spirale. Le geste souple jamais ne s’était suspendu mais la pression sur le support d’écriture était inégale. L’étalement d’une goutte s’imbibant formait de minuscules veines colorées en tous sens. Elle n’avait pas de buvard pour prévenir ces épanchements. En général ils étaient coincés entre ses affaires de cours, elle ne tolérait pas de voire partout des bavures sur ses feuilles et savait que l’irrégularité de rythme et de pression de son écriture torturée n’aidait pas. En absorbant le surplus d’encre elle donnait l’illusion d’un tracé régulier et ses lettres devenaient agréable à lire. Elle enfouissait son matériel dès qu’elle n’en avait plus besoin et le ressortait rarement hors de cours, si bien qu’elle était condamnée à laisser le carré clair se tâcher sous l’impulsion de ses doigts. Sa main déjà au début de la ligne suivante traçait une suite de caractères.

Alpha, Bêta, Gamma, Delta. Elle aurait pu délivrer tout l’alphabet ou continuer cette série de chiffres mais les premières seulement lui suffirent. L’adolescente ne souhaitait pas aujourd’hui venir au bout de la mécanique. Cette action n’était pas répétition. La sorcière éprouvait simplement le besoin d’écrire, et se le permettait en ce contexte qui l’y enjoignait. La parole ne pouvait que la trahir, elle est trop irrévocable et ne pardonne pas. Qu’il est rassurant de pouvoir tracer ce que bon il lui semblait sur un support secret. Elle dessina en divers points des symboles d’étoiles, à cinq branches. Ne levant la plume qu’entre les exécutions de ces minuscules représentations à piques. Elles n’avaient rien de réaliste. Les vraies Étoiles n’ont pas de contours. Le dessin est faux quand il met des cernes là où elles ne sont pas. Mais la petite Swan ne recherche pas le vrai, elle noircit ce parchemin avec tout ce que sa force motrice transmet en ses extrémités et jusqu’à au bout de cette pointe qui a accès si aisé au support. Des mots s’assemblent, les sons raisonnent en elle et Phœbe fait couler entre ses doigts ces quelques termes apparus qu’elle ordonne.

Ritournelle éternelle infinie Litanie
Inhalaient un Souffle dont la source tarie
Exhalait l'ultime note d’un subtil Chant
Ni plaisant ni discordant mais bien sonnant


Ses sourcils se rejoignirent sur son front alors que la pulpe du bout ses doigts passait sur les mots et sentait leur gravure. Très rapidement l’argentée s’employa à plier le parchemin comme elle avait coutume de le faire, dissimulant toute trace de qui venait d’être apposé. La jeune fille avait profité du règne d’un calme apaisant pour canaliser hors d’elle ce qui s’agitait et tremblait en elle. Il était trop malaisé de conserver une concentration pleine portée sur un élément, à moins qu’il n’irradie puissamment et éveille une Fascination dévorante. Il arrivait souvent que la petite Swan se retrouve à dériver sans que ce ne soit là la marque de l’indifférence. Trop rarement faisait-elle les efforts pour contrer les forces la poussant à voguer sur divers courants.

La voix prit par surprise en son émission inattendue, elle encoconnait son auditrice de sa légèreté, puis laissait songeuse par le propos. L’adolescente inclina sa tête sur le côté, tout à la fois y était-elle plus à son aise pour réfléchir et pouvait-elle déconnecter son regard de Lune alors en décalage car décentré, plus difficile à attraper. Diable, c’était si pur ! Cette fille devait être Pure. Ce ne devait pourtant être dans le Château. Qui ose faire tel aveu ? Nul autre, telle est la réponse, sans appel. Offertes dans un écrin à la lueur étrange et affolante des paroles sans dissimulation ni mensonge. Qui est cette enfant étrange et si peu pervertie ? Ni présomption ni cachotterie, la Serpentard n’est pas certaine de connaître d’autres capables de lâcher telle sincérité en trois, quatre mots. Son bras s’agite, elle s’empare d’espace libre sous le pli et fait danser les lettres.
Rareté belle de l’aveu.
Je n’ai pas plus de Clefs de compréhension que toi.
Hésitante, sa plume tremble quelques secondes avant qu’elle n’ajoute après avoir laissé passer quelques centimètres, dans le coin inférieur droit du papier une question inscrite en tout petits caractères qu’elle n’assume pas, mais dont pourtant elle aimerait le retour de la russe.
Qui es-tu ?
La formulation est horrible et ne veut rien dire. C’est à sa camarade d’en trouver le sens et de lui offrir ce qu’elle juge être la réponse, ce qu’elle souhaite partager. Il est tellement en son droit de ne rien dire, Phœbe en a déjà conscience. Mais elle comprend aussi que les enfants ont rarement la pureté qu’elle vient de percevoir. Alors l’adolescente fit doucement glisser le papier pour le mettre à la portée de l’étudiante. Qu’elle lise ce qu’elle livre. Pas au-delà bien sûr, la Verte et Argent espérait qu’elle aurait la délicatesse de ne pas déplier la partie vulgairement dissimulée. Elle ne veut pas laisser échapper la Perle trouvée grâce à Tyché, alors en son regard se lisent les nuances de la crainte et de l’appréhension. Mêlés à une pointe de défi. Au fond, elle aimerait mériter savoir.

Φοίϐη, Pudeur Ardeur Fureur ; Jetée en 2040 entre ces Murs de Pierre
Ignore