Histoire de la magie

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A la source des sources  PV Elina Montmort 

Pendant des semaines, j’avais couru après ce rendez-vous, madame Montmort avait toujours un empêchement. Trois fois déjà elle avait dû me refuser cette opportunité et quand enfin elle disait oui, quand enfin j’allais pouvoir tenter ce qui me tenait le plus à cœur, quand enfin… j’avais été retardée par un idiot de Gryffondor qui avait trouvé très drôle de me lancer un maléfice du saucisson. Il l’avait en partie raté, en partie seulement parce que je m’étais quand même étendue de tout mon long sur les pavés du couloir. Ramasser mes affaires, les remettre en ordre, passer aux toilettes de filles pour voir l’étendue des dégâts (un episkey sur soi, ce n’est pas vraiment facile à lancer), j’allais avoir une bonne dizaine de minutes de retard. Et voilà que ces fichus escaliers s’en mêlaient, rallongeant encore ma descente vers le bureau de madame Montmort. Je courais, toujours plus et le souffle venait à manquer. L’impatience était si grande, j’aurais la honte de ma vie, enfin, du mois pour le moins. Et j’allais en plus manquer de respect à un professeur que j’appréciais vraiment. A cause de ce fichu Gryffondor, celui-là, il ne perdait rien pour attendre. Mais je rangeais ma rancune dans un coin de mon cerveau, trouver une excuse, vite trouver une bonne raison de faire attendre un professeur. Alors que je quittais enfin les escaliers, je me dis qu’il ne fallait surtout pas mettre cela sur le dos d’un autre adulte, elle pourrait trop facilement vérifier si une Serpentard disait vrai pour une fois. Encore dix mètres et toujours pas d’excuse valable, aucun plan B… pauvre Circéia… courir était pourtant comme une seconde nature ces derniers temps, j’aurais dû être entrainée à force mais mon cœur me rappelait toujours à l’ordre. Moins vite, plus longtemps… Rien n’y faisait. Cette fois, j’entrevoyais la porte, et contre toute les bienséances, alors que j’aurais normalement frappé avant d’entrer (Circéia étant une fille bien éduquée), je poussai la porte, restée entrouverte.

- Par…

Mais je n’eus pas la possibilité d’en dire plus. Face à moi, une pièce vide, le bureau couvert de copies, et de beaux livres partout où je posais les yeux. Et la douche froide. J’avais osé pénétrer dans le bureau d’un professeur sans en avoir reçu l’autorisation. Une insulte à l’éducation que l’on m’avait donnée. Et si je tentais une sortie, j’allais me retrouver face à un adulte, c’était écrit. Je ne devais pas fuir, je ne pouvais tout simplement pas. Alors je décidai de m’asseoir, attendre et voir. Mes yeux scrutaient le sol, je tremblais de honte alors que j’attendais ce jour depuis des mois. Des années. Faire bonne figure…. Surtout faire bonne figure malgré la situation que je devais me préparer à affronter.
Quand enfin des bruits de pas survinrent, je me levais tandis qu’une silhouette se profilait dans l’embrasure de la porte.

- Bonjour Madame Montmort, je suis désolée, je suis entrée sans frapper et…

… j’étais en retard, j’étais impolie, j’avais tout fait à l’envers. Je ne valais pas grand-chose à ce moment précis.

Ils entendent nous enseigner la vie, eux qui n’ont aucune idée de ce qu’est le bonheur.

A la source des sources  PV Elina Montmort 

Elina était occupée à ranger les ouvrages qui s'étaient éparpillés aux quatre coins de son bureau au fil des jours. Il fallait rendre son bureau un peu plus présentable étant donné qu'elle attendait de la visite. En réalité, on ne pouvait guère parler de désordre, mais remettre les différents ouvrages à leur juste place occupait la jeune professeur. C'est ainsi qu'elle se rendit compte, peu avant l'heure du rendez-vous, qu'elle détenait toujours un ouvrage qu'elle devait rendre sans tarder à miss Minal. Un rapide coup d'oeil à l'horloge lui appris qu'elle avait un bon quart d'heure devant elle. Elle aurait le temps de faire un saut à la bibliothèque avant l'heure de son rendez-vous. Aussi quitta-t-elle rapidement son bureau, le précieux ouvrage sous le bras.
Lorsqu'Elina revint dans son bureau une vingtaine de minutes plus tard, elle eut la surprise de trouver la porte entrouverte et miss Alekhin assise sur le fauteuil qu'elle mettait à disposition de ceux qui venaient lui rendre visite. Dès qu'elle la vit, la jeune Serpentard se leva et commença à se confondre en excuses.

- Bonjour Madame Montmort, je suis désolée, je suis entrée sans frapper et…

Elina leva une main pour mettre fin au flot de parole qui menaçait de se déverser sur elle. Il n'était pas dans les habitudes d'Elina d'accentuer la panique des gens. Miss Alekhin semblait bien assez mal à l'aise comme cela. Son sourire habituel aux lèvres, elle balaya ce sujet de préoccupation d'un geste de la main, affirmant dans le même temps :

- Ne vous en faites pas, j'ai dû m'absenter quelques minutes.C'était également à moi de penser à fermer la porte en partant.

Naturellement, le regard de la jeune professeur se porta sur la seule horloge de la pièce dont les aiguilles ne semblaient pas avoir bougé d'un poil depuis son départ. *fichue mécanique !* Celle-ci avait dû s'arrêter un peu plus tôt. Elle devrait ce s'occuper de ce détail plus tard.
Cela pouvait sembler imprudent de la part de la jeune professeur de s'être absentée sans fermer son bureau à clef, mais il n'y avait que peu d'objets de valeur dans ce bureau et les vitrines dans lesquelles ils étaient entreposés étaient de nature a protéger farouchement leur contenu. Quant aux copies empilées sur son bureau, elle connaissait un sortilège très efficace pour déceler toute tentative de triche. Qui plus est, elle savait qu'elle ne serait absente que peu de temps.

« Si vous me disiez plutôt pourquoi vous teniez tant à prendre rendez-vous ? »

Cela faisait en effet plusieurs semaines que la jeune fille tentait d'obtenir un rendez-vous de sa part. Malheureusement, cela tombait très mal pour Elina qui avait déjà dû repousser la rencontre a plusieurs reprises. Une telle persévérance devait vouloir dire que le sujet était très important pour la jeune fille. La jeune professeur n'aimait pas particulièrement tourner autour du pot. Elle incita donc la jeune Serpentard a entrer dans le vif du sujet.

¤ Responsable de la Cabane de Cristal ¤
~Ne sous estimez pas les griffes du blaireau parce que sa fourrure vous semble douce~

A la source des sources  PV Elina Montmort 

Une forme de douceur émanait de cette professeure, Circéia qui aurait pu désirer la manipuler pour obtenir quelque chose que seule Madame Montmort pouvait lui accorder ne se sentait pas l’impudence de le faire. Elle se souvenait aussi de son entretien avec la professeure de défense contre les forces du mal, quand il avait été question de parler de l’affaire du mur. Elle s’en était voulu à mort d’avoir révélé trop de choses. Il faudrait dire mais sans montrer trop d’empressement, tenter d’obtenir mais sans critiquer trop ouvertement les responsables de la bibliothèque. La jeune Serpentard sentait qu’il fallait être précise et directe. Sans l’être exagérément. Une chose demeurait certaine, elle n’était plus du tout angoissée, comme si la partie avait été directe au centre, avec un échange rapide de pièces inutiles.

- Eh bien… Madame, je voudrais approfondir ma connaissance de Durmstrang. J’ai une tante qui y a séjourné et je me suis rendue compte qu’elle ne peut pas m’en parler. Elle est… tenue par une sorte de contrat magique, que j’imagine mais que je ne peux contourner. Pourtant, on doit bien savoir des choses. Père lui-même a été élève de cette école et lui non plus ne m’en  jamais rien dit. Je suis sûre qu’il existe des livres sur la question, j’aimerais avoir votre autorisation pour les consulter…

Elle venait d’en dire bien plus que nécessaire, elle avait même dépassé de très loin ce qu’elle avait en tête. Comme si la longue attente avant d’avoir la possibilité de faire cette requête avait développé en elle une sorte d’impatience incurable.

- J’ai aussi des livres sur l’histoire du pays d’origine de mon père auxquels je ne peux pas accéder.

Elle tendit alors une liste de six exemplaires.

- « Histoire de la magie russe post-impériale ; relecture objective des atrocités communistes en Sibérie », Vernon Sullivansky, 1999, éditions Boris Kouznestoff, 1524 pages, édition brochée.
- « Les sept dimensions du combat », Antonin Krum, 1699, éditions plomb, Paris, 244 pages
- « La magie sibérienne, neige ou glace de la magie ? » (4ème tome d’une série intitulée : Pour une magie géographique du monde sorcier.) Pierre Vorsky-Irina Vorskaïa, éditions du renard blanc, Krasnoïarsk, 1974, 1000 pages.
- « Yin et yang de la magie orientale : les dessous de la magie noire eurasiatique », Huang Helevitch, 1698, Pékin, éditions impériales, parchemin de 50 mètres (dépliable magiquement uniquement)
- « Histoire générale de la sorcellerie russe », 17 tomes, divers auteurs, 1917-1991, PUR éditions, Moscou.
- « Interpréter les silences : Durmstrang au cœur de l’âme russe », Ielena Plistkaïa, Saint-Pétersbourg, 2001, 666 pages. (éditeur inconnu)

Elle avait pour chacun de bonnes raisons de les demander mais le quatrième était de loin celui qui l’intéressait le plus.

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A la source des sources  PV Elina Montmort 

La jeune fille sembla se rasséréner. Il ne fallut guère plus de temps pour qu'elle entre dans le vif du sujet.

- Eh bien… Madame, je voudrais approfondir ma connaissance de Durmstrang. J’ai une tante qui y a séjourné et je me suis rendue compte qu’elle ne peut pas m’en parler. Elle est… tenue par une sorte de contrat magique, que j’imagine mais que je ne peux contourner. Pourtant, on doit bien savoir des choses. Père lui-même a été élève de cette école et lui non plus ne m’en  jamais rien dit. Je suis sûre qu’il existe des livres sur la question, j’aimerais avoir votre autorisation pour les consulter…

Si la jeune fille avait besoin d'une autorisation pour consulter certains ouvrages, c'est que ceux-ci se trouvaient dans la réserve. Autrement dit, qu'il s'agissait d'oeuvres touchant aux aspects les plus obscures de la magie. Ce n'était pas pour rien que ces livres avaient été retirés des rayonnages et il fallait de solides raisons pour qu'un élève puisse y accéder. La plupart du temps, les autorisations étaient délivrées par le professeur de DCFM ou la direction en fonction du niveau de magie dont il était question. Les autorisations étaient rarement délivrées et l'étaient généralement pour des élèves plus âgés.
Elina se saisit néanmoins de la liste que lui tendait miss Alekhin et la parcourue avec attention. Il y avait là les titres de six ouvrages. La jeune Serpentard serait déjà très chanceuse si elle parvenait à accéder à l'un d'entre eux. Il était impensables que certains des ouvrages listés tombent aux mains d'une élève aussi jeune. Si la négociation était déjà âpre pour des élèves de sixième ou de septième année, elle n'en serait que plus difficile pour une aussi jeune sorcière.

- Vous êtes en quatrième année n'est-ce pas ? La question était rhétorique et Elina n'attendit donc pas la réponse de la jeune fille. Vous avez donc dû avoir un cours sur Durmstrang l'an passé avec mon prédécesseur et entendre parler à ce moment là du contrat magique en question. Qu'est-ce que vous attendez exactement de ces ouvrages ?

Qu'est-ce qui pouvait faire croire à la jeune fille que le secret magique pouvait être contourné, que ce soit à l'oral ou à l'écrit ? Elle n'apprendrait guère plus sur l'école que ce qui avait dû en être dit lors de sa troisième année. Durmstrang savait cacher ses secrets. Ce qu'elle pouvait y trouver en revanche, c'était des informations sur le type de magie qui y était pratiqué. Un type de magie qui n'avait pas cours à Poudlard.
Miss Alekhin n'avait mentionné qu'une curiosité basée sur le fait que des membres de sa famille aient fréquenté cette école. Sa curiosité portait-elle réellement sur Durmstrang ? Etait-ce une curiosité d'ordre familiale ou plus inavouable ? Dans tout les cas, la curiosité ne constituait pas une justification suffisante pour permettre à une élève de consulter les ouvrages de la liste.

- Vous n'êtes pas sans savoir que ces livres ont de bonnes raisons de se trouver dans la réserve. Il va vous falloir d'excellentes raisons pour espérer pouvoir en consulter ne serait-ce qu'un seul.

La jeune professeur ne voulait pas donner de faux espoir à la quatrième année. Il lui faudrait se montrer des plus convaincantes. La magie noire, plus que tout autre, devait être prise avec précaution. Si Elina s'intéressait à cette forme de magie, elle n'avait jamais songé en faire usage. Cependant, elle devait savoir de quoi il en retournait, savoir ce à quoi elle aurait peut-être à faire face. Dans le cas de miss Alekhin, quelles pouvaient être les raisons ?

¤ Responsable de la Cabane de Cristal ¤
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A la source des sources  PV Elina Montmort 

La Serpentard n’aimait pas cela. Comme une impression de vivre le même entretien qu’avec madame Holloway presque un an plus tôt. Se dévoiler n’était pas dans son genre. Faire des cachoteries non plus. Mais il allait falloir choisir. Elle pressentait le refus mais le pire aurait été de passer pour une imbécile ou une manipulatrice. Circéia décida de jouer franc jeu…

- Depuis que j’ai intégré mon école…

Elle insista sur le possessif. Il fallait témoigner de son alignement !

- … j’ai vite compris ce qui différencie Durmstrang et Poudlard. Je suis très au clair de ces affaires, la magie noire ne m’intéresse pas en elle-même…

Prétention ou vérité, elle avait là un aplomb défiant tout véritaserum.

-… ce que je veux comprendre, c’est… mon père.

Il fallait savoir que chez les ALEKHIN, la coutume voulait qu’on ne dise jamais « mon père », ou « ma mère ». Père, Mère, et c’était un dogme. La professeure aurait donc pu se rendre compte de l’effort fourni, si Circéia avait eu du mal à parler ainsi. Mais elle s’était entrainée et la formule passa sans encombre le sas de l’interdit. Certes, elle avait marqué une petite pause mais on la percevait surtout comme l’expression d’une révélation qu’elle consentait aux circonstances.

- Je suis à moitié russe. Et pourtant je ne sais rien de lui. C’est important pour moi de comprendre, et de le faire par moi-même.  Je pense qu’il est possible de comprendre en passant par les livres.

Elle ne voulait pas révéler la maladie, inconnue en outre, de Sergeï. Et encore moins les soubresauts familiaux. Dans tous les cas, il faudrait taire cette partie-là.

- J’ai déjà parcouru tout ce qui existe sur le sujet dans la bibliothèque. Mais je n’ai rien appris de décisif…

Circéia gardait pour elle quelques arguments pour la suite. Attendant la première réaction de Miss Montmort, elle faisait en sorte de montrer un visage neutre, espérant surtout que la professeure la croirait concernant la partie sombre de son discours.

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A la source des sources  PV Elina Montmort 

Elina se doutait bien que sa réponse n'était pas celle espérée par la jeune Serpentard. Elle ne pouvait cependant pas décider de donner accès à ce type d'ouvrage n'importe qui. Miss Alekhin était jeune, jeune et influençable. La magie noire pouvait présenter bien des attraits tant que l'on avait pas encore eu a en payer le prix et ce prix ne s'avérait pas dissuasif pour tout le monde. Sans compter que la complexité de ces ouvrages pourrait bien avoir raison de la compréhension de miss Alekhin. Elina ne mettait pas en doute l'intelligence de la jeune fille, loin de là, mais il lui manquait encore des bases essentielles pour saisir pleinement le contenu de ces ouvrages. Des bases qui, bien qu'insuffisantes, étaient indispensables. L'enseignement procuré aux élèves de Poudlard n'avait pas pour objectif de leur permettre d'utiliser ni même de comprendre pleinement ces formes de magies.
La jeune femme pouvait deviner la réticence de miss Alekhin. Quelles que soient les raisons de son intérêt pour ces ouvrages, cela semblait être très personnel. Mais même si elle n'aimait pas repousser la jeune fille dans ses derniers retranchements, Elina devait avoir une idée précise de ses motivations.

- Depuis que j’ai intégré mon école j’ai vite compris ce qui différencie Durmstrang et Poudlard. Je suis très au clair de ces affaires, la magie noire ne m’intéresse pas en elle-même ce que je veux comprendre, c’est… mon père.

Cette réponse amena un froncement imperceptible des sourcils de la part de la jeune professeur, mais elle ne dit rien, attendant la suite.

- Je suis à moitié russe. Et pourtant je ne sais rien de lui. C’est important pour moi de comprendre, et de le faire par moi-même.  Je pense qu’il est possible de comprendre en passant par les livres. J’ai déjà parcouru tout ce qui existe sur le sujet dans la bibliothèque. Mais je n’ai rien appris de décisif…

La bibliothèque de Poudlard était vaste. Les chances que Circéa Alekhin ait fait le tour ces ouvrages disponibles traitant de Durmstrang ou de la culture magique russe étaient très minces voir inexistantes. Les ouvrages de la réserve n'étaient pas les seuls à ne pas être couramment présentés aux élèves. Les plus complexes n'étaient souvent empruntés que par les professeurs quand bien même leur contenu n'était pas aussi subversif que ceux de la réserve. Le fait que Circéa puisse lui présenter les titres de ces livres laissait présager qu'elle avait déjà poussé ses recherches assez loin. Ce n'était pas le type d'oeuvre qui était mentionné par le premier bibliothécaire venu. 

- Si c'est votre père que vous souhaitez comprendre, j'ai bien peur que la réponse ne se trouve pas dans les livres.

Tout ne pouvait pas s'apprendre dans les livres. Et s'il y avait bien une chose que les livres avaient parfois du mal a transmettre, c'était tout ces petites éléments du quotidien qui n'étaient compris que par ceux qui avaient grandit dans cet environnement. Si elle voulait comprendre son père, le plus évident était encore de parler avec lui ou a défaut avec une personne ayant grandit dans au sein de la même culture ou ayant reçu le même enseignement.
Reducio
Veuillez m'excuser pour l'attente. :wise:

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Le couperet ne fait pas toujours beaucoup de bruit quand il tombe. On le sent, voilà tout. Circéia sentait que la partie était déjà perdue. Dans les yeux de la professeure, l’assurance des gens qui ne vous feront aucune cadeau part pur respect de la logique se lisait aussi clairement que dans l’eau fondue d’un glacier. Un silence pesant s’installa. Il fallait bien admettre que sa liste n’avait pas toute la finesse requise. Pour elle ne savait quelle raison, le manuel le plus sulfureux avait été ajouté à la dernière minute. Une erreur… mais comment faire comprendre à quelqu’un que l’on a deux âmes en soi dans certaines circonstances de vie. Parmi les élèves de Poudlard, beaucoup étaient des britanniques au sens moldu du mot. Oh, le plus souvent, les anglais ne fricotaient pas avec les écossais. Pour un mariage inter-ethnique, cela se posait là. Mais si l’on excluait les alliances issues des quatre « couronnes », les élèves ayant un parent britannique et un parent d’une autre origine étaient rares. Il y en avait, entre autres des enfants à moitié français mais ils n’étaient pas légion quand même. Madame Montmort, elle-même, savait-elle ce que cela signifiait, avoir deux cultures en soi ? Et pas n’importe laquelle. Père le lui avait assez répété : "tu es russe ma fille". Et il ajoutait souvent. "Et c’est encore plus vrai pour ton sexe !" Circéia ne comprenait qu’en partie ce que cela pouvait signifier. Voulait-il dire qu’elle n’avait pas froid aux yeux ? Etait-elle une mégère en puissance ? Une folle ? Que voulait-il donc faire naître ?
Et si l’on ajoutait par là-dessus les soupçons réels de magie noire, dont Circéia comprenait de plus en plus qu’il ne faudrait rien dire, plus jamais… Que s’était-il passé permettant d’expliquer la disparition de ses grands-parents ? Et pourquoi cette maladie d’Alexandre ? Et de Père ? Et ce mur ? Et toutes ces histoires d’adultes qu’elle subissait tant et plus sans que jamais personne ne lui dise vraiment ce qu’il en retournait. Circéia tournait en rond, elle n’en pouvait plus.
Une chose était en train  de prendre forme, et si elle s’en rendait compte, elle ne parvenait pas à le réprimer. Les yeux durcissaient, le noir devenait encre dans l’encre. Mais ils brillaient un peu plus, comme humides d’une douleur depuis trop longtemps réprimée. Son cœur tapait de plus en plus fort. Mais elle ne disait rien. Car elle ne savait pas quoi répondre. Circéia était dans l’impossible des mots que l’on ne peut prononcer car on ne les possède pas encore. Ni la tranquillité écossaise, ni la hardiesse russe. Restait l’attitude de l’adolescence immobile, hésitant entre révolte et renoncement. C’est alors qu’une chose en elle se libéra. Une idée, une demande qui jamais n’avait osée être formulée auparavant. Un lieu pour les découvrir tous, une illumination. Mais cette force nouvelle, qui lui permit de tenir et d’endiguer le sel et tout le ridicule allant avec, elle ne l’utilisa qu’au service d’un monde sans le moindre bruit.
Et d’ailleurs, la réponse n’est jamais dans le livre mais dans l’écho qu’il provoque en nous. L’étude d’une ouverture n’a d’intérêt que dans la mesure où l’on peut l’appliquer à notre façon de jouer.
Désormais, les cils étaient eux aussi humides. Et bientôt, cela piquerait vraiment. Mais elle ne savait pas comment dire qu’elle avait grandi avec un Père obsessionnel, une sorte de tyran domestique qu’elle craignait autant qu’elle l’aimait. Au fond d’elle, son désir n’était pas la magie noire mais la façon de s’en protéger. Comprendre pour les autres. Comprendre pour la justice des sorciers. Comprendre.

Ils entendent nous enseigner la vie, eux qui n’ont aucune idée de ce qu’est le bonheur.