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La Plume et l'Obscurité  Pv 

?. La potion de Vision nocturne.


L’atmosphère de la salle de classe était bien différente de ce qu’elle avait été avant la prise de fonctions de Basilius. A ce jour, il y stagnait une agréable odeur d’encens, magnifiée par la fraîcheur des sous-sols. La salle de classe ne possédait aucune fenêtre, mais un festival de couleurs orientales la rendait lumineuse à travers une série de tentures et de tapis, aidé de plantes aux fleurs colorées disséminées un peu partout, jusque suspendues au plafond. Même les collections de fioles et de solutions multicolores réparties sur chaque paillasse retiraient toute austérité au cachot qui accueillait depuis plus d’un siècle les cours de potions. Lumineuse était également la présence de Basilius. Vêtu d’une robe de sorcier si ample qu’elle aurait pu être confondu avec un pancho, le nouveau professeur de potions avait une façon bien à lui de conduire son cours : assis dans son rocking chair, un air faussement méditatif imprimé sur son visage. Oublié les anciennes méthodes et les vieilles préparations, Basilius entendait faire profiter ses élèves de tout ce qu’il avait appris de ses voyages aux quatre coins de la planète !

« Les sorciers indiens pensent que l’obscurité est le lieu d’une activité débordante, une porte ouvrant sur un champ de possibilités souvent néfastes, raconta-t-il à haute voix, ses bras croisés sur un bocal qu’il gardait appuyé contre son ventre. La plupart des démons connus se nourrissent littéralement de cette obscurité. J’attends donc de mes élèves qu’ils soient capable de la percer à jour, tout comme les sorciers indiens y sont parvenus bien des siècles en arrière grâce à la potion que nous allons étudier aujourd’hui. »

Basilius se mit debout. Il ouvrit le bocal d’où un énorme insecte aux allures de scarabée s’échappa. Les élèves le regardèrent raser le plafond avec une inquiétude palpable. Ceux situés au premier rang — Aelle Bristyle et Tyr Uynauge en faisaient partis — étaient à ce point accaparés par l’insecte qu’ils sursautèrent en entendant la voix de leur professeur à quelques centimètres de leur oreille.

« Buvez une goutte de ceci. »

La fiole qu’il leur tendit contenait un liquide aussi noir que le charbon. En l’avalant, les élèves se laisseraient sans doute surprendre par son incroyable goût de framboises sucrées.

« La potion de Vision Nocturne ! Voilà le défi que vous allez devoir réaliser aujourd’hui, annonça-t-il en allant d’une paillasse à une autre pour distribuer le précieux liquide. Et quoi de mieux qu’un peu d’obscurité pour vous mettre dans les meilleures conditions ! »

Comme si l’insecte avait attendu ce signal, son abdomen vira au noir. En une fraction de seconde, la salle de classe sombra dans des ténèbres si épaisses que même en collant sa main contre son visage, il était impossible de la voir. Il fallut attendre une vingtaine de secondes pour entendre les élèves des premiers rangs s’enthousiasmer. L’obscurité était toujours présente mais le liquide du professeur Fawley semblait leur avoir donné le pouvoir de lutter.

« Wow ! C’est trop bizarre de voir en noir et blanc ! Par Merlin, Newt, tu ressemblerais presque à un fantôme, s’exclama un élève du deuxième rang en regardant son voisin de classe de la tête aux pieds. »

Des rires se mêlèrent à ceux de Basilius qui, pointant sa baguette magique vers le tableau, fit apparaître les instructions sur le tableau.

Concassez six coquilles de Dirico, jusqu’à obtenir une poudre blanche très fine.
Faites chauffer votre chaudron à forte température (n’oubliez pas les flammes doivent prendre une teinte violette.)
Déposez, soigneusement, au fond de votre chaudron la poudre blanche que vous avez obtenue et empressez-vous d’y ajouter une poignée de fourrure de Doxy (100g.)
Vous devriez entendre une détonation. C’est le moment pour vous d’ajouter les 300ml de salive d’Occamy.
Laissez votre préparation mijoter durant 13 minutes et 31 secondes (en n’oubliant pas de la remuer de temps en temps avec votre baguette magique) jusqu’à voir apparaître une croûte noire à la surface. A ce moment-là, ajoutez-y une coquille entière de Dirico. Au contact de la croûte, la coquille devrait produire une nouvelle détonation.
Remuez vigoureusement pendant 33 secondes, coupez le feu, et versez une partie de votre préparation dans une fiole.

« Le garde-ingrédients vous est ouvert. Constituez vos binômes à votre guise, et au travail ! conclut Basilius en rebouchant la fiole vide de Vision Nocturne qu'il venait de distribuer à tous ses élèves. »

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Comme à son habitude, lorsque Tyr entra parmi les premiers élèves en cours de potions, il se choisit une place de manière complètement aléatoire en jetant son sac sur la première chaise qui se présentait et en sortant ses affaires en silence, sans grande motivation. Ces jours-ci n’étaient déjà pas très roses, alors si en plus, il devait absolument travailler ses cours de potions… Le Gryffon n’avait jamais réussi à apprécier cette matière à sa juste valeur, et ce pour plusieurs raisons. La première, la plus simple, c’est parce qu’il était bien plus doué avec ses neurones qu’avec ses deux mains gauches qui lui avaient déjà valu plusieurs brûlures et entailles dans tous ces travaux manuels que nécessitait cet art minutieux. La deuxième, c’est qu’il trouvait le fait de concocter des breuvages magiques un peu inutile alors qu’il était sorcier et que sa baguette pouvait – à ses yeux – faire tout aussi bien le travail. D’accord, d’accord, il existait certaines potions bien plus efficaces que d’autres sorts, on le lui avait rabaché des centaines et des centaines de fois. Reste que le garçon n’aimait toujours pas les potions.

Il aurait dû se sentir heureux, pourtant : leur professeur avait, pour l’occasion, décoré magnifiquement la salle de tissus, d’objets et de plantes multicolores qui égayaient un peu la morne salle de potions d’habitude aussi verdâtre qu’un Serpentard en pleine forme. Tyr ne fut peut-être pas émerveillé – il n’avait pas oublié pourquoi il était ici – mais il n’en fut pas moins impressionné. Son professeur avait fait fort. Professeur, d’ailleurs, qui était assis dans son habituelle chaise à bascule. Bien confortable, mais peu pratique lorsqu’il s’agissait de verser des ingrédients dans un chaudron bouillonnant : hors de portée des élèves, donc. Tyr entendit la chaise à côté de lui être tirée par un autre élève. Bougon, il ne prit même pas la peine de le saluer. Le professeur Fawley prononça quelques mots, puis se leva et ouvrit un bocal que Tyr n’avait pas remarqué jusqu’ici. Une forme grossière, qui ressemblait à une abomination plus qu’autre chose, en sortit dans un bruissement d’ailes sonores. La chose voleta au-dessus de Tyr et des autres élèves autour de lui, et le Gryffon put la détailler plus clairement : un insecte. Un gros insecte appartenant sûrement à la famille des coléoptères, avec une carapace qui semblait rigide et abîmée, et à l’abdomen si énorme qu’il devait sûrement receler quelque chose de louche. Le garçon, fasciné par l’animal – qu’il allait sûrement devoir broyer sous un pilon quelques minutes plus tard, non sans lâcher quelques larmes – ne vit pas le professeur Fawley s’approcher tout de suite. Il eut un frisson lorsqu’il entendit sa voix le sortir de sa contemplation.


« Buvez une goutte de ceci. »

Ah, parce qu’à présent, ils allaient aussi être les testeurs ? De mieux en mieux. Tyr prit la fiole, en versa une simple goutte sur sa langue – il ne tenait pas à profiter des effets de la potion plus longtemps – et posa la fiole sur la table, toujours sans un regard vers son voisin. Le breuvage avait un goût de fruit qui fit grincer le garçon des dents. Reconnaître qu’une potion avait bon goût ? Trop dur, sa fierté en prendrait un coup. Et l’enfant de treize ans était têtu. Tout d’abord, il ne se passa rien. Le professeur Fawley avait-il raté sa potion ? Cela, Tyr préférait ne pas y penser. Dans cette matière, un ingrédient de trop transformait un liquide salvateur en boisson destructrice de boyaux. Et, étonnamment, le garçon tenait beaucoup à ses boyaux.

Alors qu’il allait interpeller son tuteur quant aux effets de la potion, l’insecte au-dessus d’eux se mit à s’agiter. Et d’un coup, une fumée noire envahit la pièce.

« Chouette, un animal à dépressifs. » murmura le garçon sur une note d’humour noir – humour, semblerait-il, adapté à la situation. Alors qu’il clignait des yeux pour essayer de s’accommoder à l’obscurité, Tyr réalisa qu’il y avait autre chose. Ses yeux s’habituaient étrangement bien à l’obscurité. Venait-il de se découvrir un soudain talent pour la nyctalopie ? Tout à coup plus excité, revigoré, il entendit des soupirs de soulagement autour de lui. La réalité le frappa. La potion. Déception profonde.

Le professeur distribua ses dernières consignes.


« Constituez vos binômes à votre guise, et au travail ! »

Par réflexe, Tyr se tourna vers la personne qui s’était mise à côté de lui. Une personne… qu’il avait déjà croisé. Une histoire pas si vieille de hiboux et de crispations. Il aurait dû être inquiété ; mais à la place, voir que le cours de potions pouvait lui offrir une chance de s’expliquer l’enchantait.

« Salut Aelle ! Que dirais-tu de faire équipe avec moi, aujourd’hui ? »

Il essayait de faire comme si de rien n’était. L’inverse lui avait coûté cher, la dernière fois.

Maïka Cooper : « La question c'est pas de garder Gryffondor pour sauver Poudlard, mais de virer Serpentard pour ne pas avoir à sauver Poudlard.»

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Mai 2042
Salle de Potion - Poudlard
1ère année



Il y avait certain matin où la force de mon changement me frappait avec une telle force, que je restais allongée de longues minutes sans être capable de bouger. Je regardais alors le plafond du dortoir, les yeux écarquillés, les oreilles bouchées sur le bruit environnant et le souffle erratique ; ma vie me paraissait alors extrêmement compliqué et inintéressante. Ce fait ne faisait que rajouter à ma sensation de changement, je n’étais plus l’enfant passionné par tout ce qu’elle apprenait. Qui étais-je, alors ?

Ce matin n’était pas différent ; j’avais un cours de potion et mon manque d’envie de m’y rendre m’avait soudainement jeté face à ma passion du début d’année. J’étais alors si passionné par ces mélanges, que j’avais trouvé le courage d’aller m’entretenir avec le professeur de l’époque. Sept mois plus tard, me voilà dans mon lit, les mains crispées nerveusement autour de ma couverture, le coeur battant ; terrorisée face à l’image d’une ancienne Aelle. Les choses ne pouvaient pas tant changer, n’est-ce pas ?

Je décidai de me lever lorsque la dernière des filles quitta le dortoir ; je me sentai mal et ne souhaitai pas que l’on me voit ainsi. Mécaniquement, j’entrepris ma toilette du matin et la préparation de mon sac de la journée. Intentionnellement, je faisais tout lentement, tout pour ne pas me rendre dans ce cours. Aujourd’hui serait une journée avec ou sans torpeur ? C’était une question quotidienne. Lorsque le temps s’écoula jusqu’à ne me laisser que les quelques minutes nécessaires pour me rendre dans les cachots, je quittai le dortoir et la Salle Commune, sans un regard pour quiconque.

Je détestais me rendre dans cette partie du cachot. Pour cela, il fallait passer par le hall, puis par ce passage et par ces escaliers. C’était le même chemin, exactement le même chemin que j’avais pris à plusieurs reprises. Aujourd’hui je ne voulais plus y penser, car mon coeur se serrait douloureusement dans ma poitrine, et le monde tournait autour de moi, lorsque je pensais à Elle. Cela me faisait peur.
*Charlie*, souffla ma conscience, comme toujours, comme souvent, c’était un écho de mes propres pensées qui avaient étrangement toute sa place dans mon esprit pourtant fermé. Je l'évincai d’un coup de pied mental, qui était plus une douce caresse qu’un élan violent. Je baissai la tête lorsque j’arrivai à la bifurcation qui menait à Notre endroit. Je n’y avais pas remis les pieds, *mais peut-être que ça me permettrait de passer à autre chose ?*. J’arrivai près du cours de potion, mais la foule d’élèves que j'aperçu ne fut pas suffisante pour anéantir le prémice du doute qui flottait dans mon esprit. Je me secouai la tête et avancai, lasse.

Un des inconvénients de ne plus me lever avec entrain pour aller en cours, c’était que je ne pouvais plus choisir ma place. En ne souhaitant pas me mélanger aux autres, il ne me restait que ce que personne ne voulait. Aujourd’hui, cela concernait une paillasse qui se trouvait à l’avant de la salle ; je soupirai, je devrais montrer des efforts particulièrement convaincant si je ne souhaitais pas que Fawley me fasse une remarque.

Je jetai mon sac sur la paillasse, jetant un coup d’oeil à mon voisin, plus pour le persuader de ne pas me parler que pour réellement voir qui m’accompagnerait durant cette heure ; mais mon regard noir n’atteignit personne et je restai un instant surprise en avisant mon compagnon. Tignasse cramoisie, corps mince, mon coeur sauta étrangement dans ma poitrine au souvenir de ma rencontre avec le garçon et ce qu’il représentait pour moi. Je baissai les yeux et m’empressai de m’installer, sortant mon parchemin, ma plume et mon nécessaire de potion pour m’occuper les mains.

Quel était son prénom ? Aucun moyen de m’en souvenir, et cela me gênait particulièrement, sans que je ne puisse toutefois en comprendre la raison. Je me mordai la lèvre en le regardant de biais. La pique de jalousie qui me frappa me laissa pantoise et je rougis malgré moi, honteuse. Pendant quelques instants, l’image de la salle de potion lumineuse et colorée s'effaça, tout comme celle du professeur. Je n’avais plus rougi depuis des mois.
*Pourquoi maintenant ?*, me demandai-je perdue, en observant ma paillasse. Perplexe, je ne pensai même pas à mon manque d’envie d’écrire lorsque je me saisis de ma plume pour noter ce que Fawley disait ; mon esprit, loin de ses préoccupations, tentait de mettre des mots sur ce que je ressentais actuellement, sans y parvenir.

Toute concentrée sur moi et sur mes efforts pour ne pas regarder mon voisin, je sursautai lorsque Fawley se leva. Il tenait une sorte de bocal qui renfermait une créature qui s’échappa en rasant le plafond dès qu’il la libéra. Je la suivis du regard, tout de même inquiète ; ce n’était pas un simple scarabée, et je ne doutais pas un seul instant que cette créature puisse être dotée de particularités étranges. La voix qui chuchota soudainement à mon oreilles m’obligea à effectuer un écart exagéré vers l’arrière, et je tournai la tête vers mon voisin, impatiente, persuadée qu’il m’avait enfin aperçu. Je réagissai étrangement, je n’aimai pas cela ; ce n’était pas mon voisin, mais le professeur, et bien que la signification de sa phrase me parvenait enfin, je fus rassurée de le voir lui.

*Boire sa potion ?*, pensai-je en regardant d’un oeil sceptique le liquide d’un noir abyssal. Mes connaissances m’indiquèrent rapidement la texture et la présence de certains éléments de la potion, et je ne souhaitai pas la goûter ni quoique ce soit d’autre. J’ouvrai la bouche pour donner mon avis mais mon voisin se saisit soudainement de la fiole pour en déposer une goutte sur sa langue avant de la glisser de mon côté, sans un regard pour moi. Je le regardai faire, agacée qu’il m’ignore ainsi. Ma résolution de ne pas toucher à la potion flancha soudainement, je me rendais compte qu’il n’était pas question que je laisse ce garçon connaitre une chose que je ne savais pas. Je me saisis de la potion et, perplexe, je tirai la langue pour goûter le liquide.
Je fermai fles yeux, attendant patiemment que sa saveur explose dans ma bouche ; il fallait toujours être surpris en potion, le liquide le moins reluisant pouvait avoir le meilleur des goûts. Comme celui-ci, une nuance subtile de framboise et de sucre caressa mes papilles et emplit ma bouche et mon nez, c’était délicieux,
*ça a le goût de la maison*, pensai-je.

Je tendai une oreille lorsque Fawley nous expliqua l’intérêt de la potion et j’ouvris les yeux au moment même où la salle perdait sa lumière. J’écarquillai mes yeux pour percer l’obscurité ; mon coeur s’emballa soudainement. Je gémis doucement face à la noirceur, essayant d’éloigner mon esprit de mes craintes nocturnes, je me tassai sur moi-même et pris une grande respiration douloureuse ; le noir me plongeait dans des tourments qui avait pour seul témoin les démons de mes cauchemars. Et je ne voulais pas les affronter, pas maintenant, jamais. Mon souffle se faisait erratique lorsqu’éclata soudainement ma vision.
*Vision nocturne, il a dit*, souffla soudainement ma conscience. Rassurée mais toujours tremblante, je me redressai pour observer autour de moi avec crainte ; je regardai si aucun ne danger me guettait, plus inquiète que surprise d’y voir en noir et blanc. Je connaissais les effets de cette potion, bien que ce soit un premier essaie pour moi. Le rire soudain de la classe acheva de me rassurer et je pu m'approcher de la paillasse ; mes cauchemars m’accompagnaient de plus en plus dans mes journées, apparaissant au détour d’un couloir ou dans les paroles des autres. C’était éprouvant.

Je papillonnai des yeux pour m’habituer une nouvelle vision puis entrepris de lire les instructions qui venaient d'apparaître au tableau; me mettre en binôme était secondaire, j’espèrerai que l’on soit un nombre impair pour rester seule. Je me penchai sur mon parchemin pour réécrire les mots de Fawley et me les approprier plus facilement. Faire était plus facile que rester passive à écouter un professeur, et malgré mon manque d’attention et de concentration et ma fatigue des dernières semaines, mes résultats en potion n’avaient pas diminués grâce à ce fait.


« Salut Aelle ! Que dirais tu de faire équipe avec moi, aujourd’hui ? »

Rappel fulgurant ; je sursautai et ma plume traversa mon parchemin. « Par Morgane ! » m’écriai-je alors en me tournant vers mon voisin. Le voir en noir et blanc était étrange, et je me demandai un instant si c’était toujours le garçon que j’avais rencontré dans la Volière ; puis je soupirai drastiquement en agitant mon parchemin troué. Un vif sentiment de colère m’habita avant de disparaître pour ne laisser que l’incompréhension, je me sentai prête à tout reprocher à ce garçon mais l’envie de le faire s’évanouit aussi vite qu’elle était apparu. L’entendre parler me rappelait notre rencontre, et je ne souhaitai pas y penser ; il avait anéanti mes chances de faire cavalier seul pour ce cours. L’idée de travailler avec lui me plongeait dans une tornade de sentiments contradictoires et cela aussi je voulais le lui reprocher. Je jetai un oeil à la classe, tout le monde était déjà en binôme et il ne restait malheureusement aucune âme perdue pour prendre ma place près de mon voisin.

Je jetai un regard au garçon aux cheveux qui n’étaient plus cramoisis ; il avait l’air de bonne humeur et moi je ne l’étais pas. Je baissai les yeux sur sa poitrine, avisant son insigne. Le lion était apparent mais fort heureusement sa couleur rouge et or ne me sauta pas à la conscience comme d’habitude avec les élèves de cette Maison. Cela n’empêcha pas ma conscience de me glisser un petit
*Charlie* insidieux. Je me détournai de l’élève.

« J’ai pas le choix, je crois, » lui dis-je alors, « il ne reste que nous deux. »

Puis sans même le regarder, je me penchai sur mon parchemin pour finir de recopier les instructions. La prochaine heure n’allait être agréable pour aucun de nous. Etrangement, j’avais la sensation que cela n’était pas une crainte, mais plutôt une promesse.

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Le garçon retint un éclat de rire franc lorsqu’il vit la tête que fit sa voisine. L’expression faciale aurait pu être déjà hilarante au naturel : sous des tons noirs et blancs comme la potion en produisait, cela en devenait presque ridicule. On aurait dit qu’un petit fantôme invisible – n’y voyez aucune référence à un quelconque personnage existant – était en train de tirer en arrière les traits d’Aelle. Après l’allégresse vint, comme à son habitude, son compagnon le dépit. Le visage de la Poufsouffle était peut-être drôle, mais il n’en était pas moins figé dans une expression de dégoût. Apparemment, la vue de Tyr n’était pas au goût de tout le monde. Ça devait être la potion.

« J’ai pas le choix, je crois. »


*Tiens, on dirait que je lui ai donné goût aux expressions-déplaisantes-à-dire-à-voix-haute.* pensa Tyr. Il serait malvenu de se part de faire le moindre commentaire après ce qu’il s’était passé la dernière fois. Et là, pendant ce cours de potions, Tyr n’aurait pas l’option nommée Ojcu pour essayer de rattraper ses bêtises. Cette fois, s’il voulait paraître un tant soit peu normal, il allait devoir jongler entre retenue et franchise. Et c’était un exercice périlleux.

« On dirait, en effet. »

Il ne sut pas si elle l’avait entendu : elle était repartie de son côté, écrivant la liste des instructions à faire. Tyr y jeta un rapide coup d’œil : fourrure de Doxy, coquilles de Dirico. Et le bien-être animal, alors ? Ces pauvres Doxys étaient peut-être déjà condamnés à être entreposés dans les cachots, froids et humides : alors leur retirer leur seule protection contre le givre, le tout pour une simple potion de vision nocturne ? Être avec Aelle avait mis Tyr d’humeur participative. Pour la première fois de sa scolarité, il allait peut-être faire des efforts en cours de potions.

« Je vais aller chercher les ingrédients pendant que tu termines… »

Avec un peu de chance, lorsqu’il reviendrait, la Poufsouffle aurait déjà tout préparé. L’eau pourrait être en train de bouillir dans un chaudron brûlant, et il ne manquerait plus que les ingrédients à ajouter pour que les deux élèves puissent finir leur potion en un temps record, impressionnant par la même occasion le professeur Fawley qui s’activait auprès des élèves n’ayant pas compris telle ou telle instruction. Tyr voulut demander à sa camarade de bien vouloir tout mettre en route pour qu’il n’ait plus qu’à faire comme il l’avait prévu, toutefois, deux choses le retinrent : la première, c’était qu’Aelle n’avait pas fini et qu’il ne souhaitait pas l’interrompre. La deuxième, c’était qu’il avait peur que sa demande ne se transforme en ordre. Il se leva de sa chaise, poussa ses affaires par terre – ils les ramasseraient plus tard – et se dirigea vers la réserve à ingrédients.

Il y avait littéralement de tout dans cet endroit. Des plantes fanées aux – beurk – ongles de quelque chose en passant par de magnifiques fleurs blanches et des bocaux remplis d’eau dans lesquels reposaient des choses aquatiques, personne n’aurait assez d’une vie pour découvrir ce qui se trouvait dans tous les recoins de la pièce. Sauf, bien sûr, si vous étiez le professeur de potions responsable de cet endroit. Le Gryffon remarqua les coquilles de Dirico et la fourrure de Doxy rapidement : il connaissait les créatures auxquelles les ingrédients appartenaient. Toutefois, il lui restait encore quelque chose à trouver. De la…salive d’Occamy ? Si ses souvenirs étaient bons, les Occamys étaient des espèces de serpents à plumes bizarres avec un caractère plutôt hargneux. Pourquoi s’embêtait-on à essayer de récolter leur salive ? Et même, plus loin que cela : comment était-il un jour venu à l’esprit d’un chimiste – un peu timbré, semblerait-il – que la bave d’un animal pourrait se marier à merveille avec des coquilles d’œuf et des poils de fée ?

Tyr commença à trifouiller dans les bocaux, avec d’autres élèves qui l’avaient rejoint. S’il avait été facile de trouver les deux premiers ingrédients malgré les effets de la potion – il se distinguaient des autres par leur forme – la salive d’Occamy était bien plus facile à dénicher. Tous les liquides contenus dans les objets de verre se ressemblaient, et il fallait trouver l’étiquette correspondante. Il commença à regarder les récipients un par un.

« Eau iodée… Liquide de Kappa…et ça, qu’est-ce que… Urine de… bghghark, horrible... »

Il reposa brusquement la flasque qu’il tenait en main, mi-dégoûté, mi-amusé. Il devait retenir l’emplacement de ce flacon, il pourrait être bien utile. Plus tard. Après quelques minutes à essayer de trouver l’ingrédient final, il dégota le bocal qui le contenait. L’étiquette était toute abîmée. Il saisit une petite coupelle vide qui se trouvait non loin et la remplit de salive d’Occamy. En noir et blanc, le liquide ressemblait à une espèce de colle très liquide. Il la prit avec précaution – il ne tenait pas, mais alors, vraiment pas, à s’en mettre sur les doigts. Tyr revint ensuite auprès d’Aelle et déposa sur la table.


« Voilà, tout est là. On peut commencer… si tu veux bien. »

Maïka Cooper : « La question c'est pas de garder Gryffondor pour sauver Poudlard, mais de virer Serpentard pour ne pas avoir à sauver Poudlard.»

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La plume qui crissait sur mon parchemin cachait le bruit que faisaient les autres élèves ; qui aurait cru que se déplacer d’un bout à l’autre d’une pièce était si assourdissant ? Apposant le point final, je levai la tête pour m’apercevoir que mon voisin avait déjà quitté notre paillasse commune. Je me rappelai subitement qu’il s’était proposé pour aller chercher les ingrédients. En soupirant, je déposai le parchemin noirci au milieu de la table et éloignai mon sac et mes affaires de cours. L’idée de devoir me lier à une personne pour travailler ne m’avait jamais réjoui ni convenu ; l’autre ne me comprenait pas ou ne voulait pas me comprendre, il ne travaillait pas comme moi, et avait une organisation déplorable. Mes potions étaient toujours moins bonnes lorsque je les travaillais en binôme. Mon voisin actuel ne me laissait pas une bonne impression, mais avait tout de même le mérite de savoir s’occuper sans rester les bras ballants près de moi. J’espérais de tout cœur qu’il se différencie une nouvelle fois des autres en ne tentant pas de me parler ; la dernière fois avait eu un effet éprouvant auquel je ne souhaitais pas repenser.

J’attrapai mon nécessaire de potion ; près du chaudron de taille raisonnable que je posai au centre de la paillasse, j’installai les ustensiles qui me seraient utiles. Je regardai la liste des actions à réaliser et gardai près de moi le mortier dont je devrais rapidement me servir.

La vision nocturne était une potion passionnante, mais ses effets sur un corps fatigué étaient éprouvant. Voir en noir et blanc était loin d’être agréable, et très vite je me retrouvais dépassé par la limitation des couleurs ; j’avais la sensation de voir trouble et plus sombre encore qu’en temps normal. Me frotter les yeux pour diminuer mon sentiment fut inutile.

Tournée vers la réserve, je tentai d’apercevoir le Gryffondor, espérant qu’il ramène rapidement les ingrédients. Je n’aimais pas dépendre de lui. J’avais pour habitude de suivre précautionneusement la liste, qu’elle soit mémorisée ou écrite, même si cela signifiait perdre du temps ; je n’avais pas goût à la compétition, ma seule importance était de comprendre comment chaque ingrédient réagissait avec les autres, regarder les effets de chacun sur la potion, et surtout, voir à quel point la magie Permettait. Mais puisque mes habitudes étaient chamboulés depuis un long moment dorénavant, je me penchai sans discuter sur mon chaudron pour le remplir d’eau. Je n’avais de toute manière pas la tête à m’intéresser plus que nécessaire à la réaction des ingrédients ; même si au fond de moi, je me surpris à ne pas avoir hâte que le cours touche à sa fin.

J’agitai d’un air négligeant ma baguette vers le bas du chaudron ; une vive flamme apparut alors. Je maintiens le geste jusqu’à ce qu’elle devienne de couleur violette. Une fois cela fait, je griffonnai quelques notes sur mon parchemin, attendant impatiemment que mon voisin revienne ; les potions n’étaient pas plus patientes que je ne l’étais en ce moment.

« Voilà, tout est là. On peut commencer… Si tu veux bien. », s’éleva la voix du Gryffondor dans mon dos.

Je levai la tête vers lui lorsqu’il déposa les ingrédients sur la paillasse. Sans attendre, j’allai vérifier qu’il ait tout récupéré ; coquilles de Dirico, fourrure de Doxy, salive d’Occamy, le compte était bon. Je me saisis des coquilles et retournai à ma place. Je me tournai vers le garçon, les doigts serrés autour des ingrédients. Sans la couleur pour éveiller mes sens, il me paraissait avoir un air maladif, et mes yeux s’attardèrent sur les particularités de son visage, puisqu’ils n’avaient plus la couleur de ses cheveux pour les attirer.

« Oui, c’est ce qu’on est censé faire, » lui répondis-je sur le ton de l’évidence.

Quelques secondes s’écoulèrent avant que je ne prenne conscience du fait que je le regardais sans bouger. Je me détournai de lui ; je pris le mortier et commencai à m'affairer consciencieusement à la tâche de réduire six coquilles de Dirico en une poudre fine.
Concentrée sur ma tâche, j’essayai de me souvenir du prénom du garçon. Je me souvenais du fait qu’il ne m’ait pas donné de nom de famille en se présentant. Je lui jetai un regard en coin ; il m’avait appelé par mon prénom, cela je m’en rappelai clairement. Mon coeur rata un battement et je m’empressai de me reconcentrer sur ce que je faisais en fronçant les sourcils. *Et si je lui demandais com… Non ! Hors de question*. Je me mordai la lèvre inférieure.

Ma rencontre avec ce garçon, les hiboux, son chat Ojcu, mon prénom dans sa bouche, tout cela laissait une trace étrange en moi ; j’y pensais encore, certaines fois, surtout lorsque je mettais les pieds dans la volière. Je me rappelais alors de mon élan qui m’avait poussé vers l’enfant, de cette pensée qui ne m’avait pourtant pas effleurée depuis de long mois, de cette envie soudaine de retrouver ce que j’avais perdu. Je me souvenais de ma peur, et je la regardais comme une étrangère, comme une inconnue regarderai une personne que pourtant tous connaissent. Qu’était cette peur ? Depuis quand faisait-elle partie de moi ? Ce garçon me perturbait particulièrement, et cela était seulement dû au fait qu’il était intimement lié à celle qui m’avait tant marqué. J’aurai aimé la détester une nouvelle fois pour ce qu’elle faisait, mais lorsque je me rendis compte que je devais forcer ce sentiment pour le ressentir, je n’eu plus l’envie de le lui reprocher. Il était plus facile de jalouser ce garçon pour ce qu’il avait au quotidien. La voyait-il tous les jours ? Lui avait-il parlé de moi ?

Sans que je ne puisse réellement le comprendre, la colère qui me gagna le coeur fut si vive que je donnai un puissant coup de mortier dans la coquille. Cette dernière explosa brutalement et s’envola dans les airs pour atterrir plus loin, éparpillant ainsi la poudre blanche que je venais de créer.

« Merlin…, » geignis-je en fermant les yeux.

Je n’avais pas ressenti une telle effusion de colère depuis un long moment ; le sentiment n’était pas agréable à retrouver. Le coeur battant, je lâchai l’outil pour récupérer précautionneusement la poudre blanche ; j’agitai ma baguette pour la rassembler. Les mains moites, le coeur battant, le souffle erratique, je me sentais soudainement plus maladroite que je ne l’avais jamais été. Je n’osai pas me tourner vers le garçon au-cheveux-qui-n’étaient-plus-cramoisie et je n’en avais de toute façon pas l’envie ; il me regarderait d’un air moqueur ou condescendant, ou me rappellerait subitement ce qu’il pouvait m’apporter. Je dû faire un effort immense pour passer près de lui sans le regarder afin d’aller chercher le morceau de coquille qui s’était échappé. Malgré l’incident, mon attention ne cessait d’être attiré vers lui ; étrangement, j’avais la sensation que ce que je pensais était mal.

La Plume et l'Obscurité  Pv 

« Oui, c’est ce qu’on est censés faire. »

Merci Sherlock. Décidément, il semblait que Tyr avait de l’influence sur Aelle. Un tel tact, ça ne lui ressemblait pas vraiment : elle s’inspirait de lui et il n’en était pas peu mécontent. Penser que les gens vous ressemblent, ça vous fait non seulement réfléchir, mais ça vous apporte une autre chose non négligeable : cela vous donne confiance en vous. Oh, Tyr n’avait pas de problèmes de confiance en lui. Mais un peu de surplus ne pouvait pas faire de mal.

Ce n’était jamais trop après tout.

Il regarda Aelle se mettre à l’œuvre. Après un interlude durant lequel Aelle fixa Tyr sans comprendre ce qu’il attendait d’elle. Il eut un petit sourire, et examina le chaudron que sa camarade avait mis à chauffer. Les flammes oscillaient entre un violet faible et un bleu sombre. Il prit sa baguette et tenta de réguler le feu. La première tentative se solda par un échec qu’on pouvait qualifier, au sens littéral comme au sens propre, de cuisant. Les flammes grandirent subitement, prenant une teinte rouge et blanche, et il s’efforça de corriger son tir. Très vite, les flammes reprirent un rythme normal. Le garçon respira un grand coup. Il s’accorda un peu de temps pour regarder le brasier, le temps qu’Aelle termine de briser les coquilles.
Elles étaient inspirantes, ces flammes. Les maisons de Poudlard avaient pour emblème quatre animaux. Or, quatre, c’était précisément le nombre des éléments. Tyr s’imagina un instant si les maisons avaient choisi des éléments comme emblème. Les Serdaigle auraient sans hésiter hérité du ciel. De là-haut, ils voyaient tout. Ils savaient tout. Mais ce qu’ils savaient, ils le gardaient jalousement pour eux, et personne ne pouvait les atteindre. Autosuffisants, égoïstes, hautains. Les Serpentard, eux, incarneraient l’eau : calmes. Tranquilles. Mais attendant le moindre coût de vent pour se transformer en tsunami destructeur. Et donc, sournois, traîtres. Bien souvent, on ne voit pas le fond du lac dans lequel on nage, disait un proverbe. Méfiez-vous de l’eau qui dort, avertissait un autre. Les Gryffondor, bien sûr, seraient symbolisés par le feu. Un tempérament ardent, la fougue, l’envie de pouvoir qui faisait de tous les Gryffons de grands Hommes, et l’impatience, parfois, qui leur portait préjudice. Et, derrière le feu, pour réparer les dégâts des effets secondaires, venait la terre, derrière les Gryffondor venaient les loyaux Poufsouffle : à l’inverse, calmes, loyaux et modérés. Des opportunistes. Complémentaires des Gryffons, en double-sens : sans leurs brûlants confrères, les Poufsouffle ne pouvaient rien faire de leur propre initiative. Cette pensée se conformait bien à la situation actuelle. Un travail de coopération entre une Poufsouffle et un Gryffondor. Pour faire de grandes choses. Comme une potion de vision nocturne par exemple.

Il fut tiré de sa contemplation par le bruit d’un objet qui s’écrasait sur le sol. Tyr tourna la tête vivement. Une coquille venait d’atterrir par terre… Comment avait-elle pu arriver là ? Il regarda devant, puis derrière lui. Et vit les autres élèves qui avaient leurs yeux concentrés sur quelque chose derrière lui. Le Gryffon se retourna.

Aelle baissait la tête, honteuse. Le bol dans lequel elle écrasait les coquilles était vide, le pilon penché. Tyr comprit. Il quitta son pupitre et alla ramasser l’ingrédient, puis retourna à sa place. Il prit le mortier des mains d’Aelle et termina d’écraser la coquille. Puis il prit la poudre, la versa délicatement dans le chaudron, comme indiqué par le professeur Fawley. Pschit. Un brève filet de fumée s’échappa. Il empoigna ensuite la fourrure de Doxy – ayant une nouvelle pensée pour ces créatures à qui on avait injustement arraché la fourrure – et la lâcha dans le chaudron.


« Attention à tes oreilles ! »

Un bruit d’explosion retentit du fond du chaudron. Suivant toujours les instructions, Tyr prit la salive d’Occamy, inclina le flacon… et se ravisa juste à temps. Un Gryffondor n’était pas égoïste.

« A toi l’honneur. » dit-il en tendant le flacon à Aelle.

Reducio
Toutes mes excuses pour ce retard.

Maïka Cooper : « La question c'est pas de garder Gryffondor pour sauver Poudlard, mais de virer Serpentard pour ne pas avoir à sauver Poudlard.»

La Plume et l'Obscurité  Pv 

Le poids des regards n’était pas chose aisée à supporter. Je ne l’avais pas ressenti depuis de nombreux mois ; les yeux des Autres coulaient sur moi comme tout le reste. Pourtant aujourd’hui, ils ne coulaient plus. Pourquoi aujourd’hui ? Je me sentais particulièrement vulnérable sous ces yeux. Ils étaient scrutateurs, condescendants, moqueurs ; incroyablement vivants et irrésistiblement haïssables. Je me baissai sur le sol, la tête penchée sur le morceau de coquille. Il semblait que toute ma colère était passé dans ce petit réceptacle, qu’elle avait totalement quitté mon coeur. Je ne me souvenais d’ailleurs plus de la raison qui m’avait poussé à me montrer si virulente.

Mon corps se mouvait étrangement, ma peau était remplie de multitude de points sensibles aux atmosphères de la salle ; un silence régnait, un silence qui contenait des bruits qui ne suffisaient pas à me cacher. *Pourquoi je suis gênée ?*, me demandai-je en fixant la coquille.. Je n’en avais pas la moindre idée. Entra alors dans mon champs de vision, une chose qui ébranla mes barrières plus que ne l’avaient fait les regards ; l’objet atteint ma compréhension avant même que je ne puisse le reconnaître. J’étais alors persuadée que c’était lui, ce garçon dont le nom m’avait quitté. Mon coeur fit une embardée, et je retirai ma main précipitamment, les yeux écarquillés sur ces doigts qui se saisirent violemment de la coquille. *Ma coquille*, me souffla ma conscience.

Je me levai, le corps tourné vers le garçon ; mon visage se crispait, hésitant entre une expression de colère et de surprise. Comme un animal à l'affût, je traquai les moindres de ses gestes, sans ne montrer pourtant aucune réaction. Il me prit le mortier des mains, m’arrachant sans vergogne le dernier pilier qui me rattachait à ma tâche ; il me laissa alors dans une béatitude désagréable, un vide sans nom dans lequel je me laissai sombrer à coeur ouvert.
Il était étrange de voir à quel point tout mon être dépendait du monde qui m’entourait ; les bras ballant, les mains désormais vides de ce qu’elles auraient dû contenir, je n’avais plus de quoi agir. Ma peau tremblait encore de la visite surprise du garçon, et mon coeur battait si fort et si lentement. Il y a de cela quelques mois, je n’aurai jamais pensé être aussi sensible à ce qui m’entourait. Désormais, je ne pouvais plus douter être, comme les autres, un objet du monde environnant. Et ça me sautait en pleine gueule, cette sensibilité avec laquelle j’avais vécu chaque chose qui m’était arrivé dans ce château ; elle m’avait renversée tant de fois, jusqu’à m’enterrer bien profond sous des couches de conneries dont le sommet ne portait qu’un seul nom, *Charlie*. Et je me rendais compte à présent, que la seule chose que j’avais tenté de fuir ces dernières années, n’étaient pas les autres.

Sans en avoir conscience, je m’approchai de la paillasse de mon camarade, la mienne étant prise par lui-même. Le noir et le blanc de ma vision se mêlaient étrangement, me plongeant dans un monde qu’il me semblait découvrir. Sans un mot et sans un geste, je regardai Tyr finir mon travail et verser la poudre dans le chaudron. Je regardai son visage comme si je le découvrais ; je me rappelai de son prénom. La potion laissa s’évacuer une légère fumée qui me brouilla un instant la vision. Puis sans les comprendre, les paroles du garçon parvinrent à mes oreilles, rapidement remplacées par l’explosion qui secoua notre chaudron. Mes oreilles se voilèrent au même titre que mon regard, et je baissai la tête sur le sol pour ne pas perdre pied avec la réalité.

Je ne pouvai décider quels sentiments me reliaient au garçon, j’étais ballotté entre tant d’émotions que je ne parvenai plus à détacher celles qui semblaient s’attacher à mon compagnon. Ce n’était pas des sensations inconnues, loin de là. D’aussi loin que je me souvienne, je n’avais jamais cessé d’être perdu dans ce que le monde m’imposait. Un sentiment d’injustice me frappa et je réintégrai soudainement la réalité qui n’avait jamais cessé d’être la mienne. La classe m’entourait toujours, remplie de ses bruits et de ses habitants, tous fait de noir et de blanc. Tyr était là aussi, il me faisait face et me tendait ce qui semblait être un flacon. Je la reconnu sans hésiter, la salive d’Occamy. « A toi l’honneur, » me dit-il avec un semblant de je ne sais quoi dans la voix. Et c’est exactement ce je ne sais quoi qui me donna l’envie, un instant fugace, de lui arracher le flacon des doigts pour lui exploser sur le crâne.

« Mon honneur aurait été de finir ce que j’avais commencé, » lui laissai-je sans avoir l’impression de le faire.

Et je compris à cet instant, qu’il n’y avait aucun honneur dans son geste, ni dans le mien si je faisais ce qu’il me disait de faire. J’étais parfaitement capable de décider par moi-même, et à cet instant précis, je décidais de ne pas le laisser décider pour moi. J’en avais assez de ces Autres qui décidaient pour moi, j’en avais assez de cette sensibilité qui m’arguait de ressentir tout ce que je souhaitais fuir.

« Je surveillerai la potion ». C’était sans appel.

*Il l’a connait, tu devrais t’assurer d’avoir ses faveurs…*. Une voix fugace, qui d’un coup de pied mental, fut renvoyée dans les abîmes de mon esprit.

Je contournai le garçon pour attraper mon parchemin et ma plume ; je tremblai légèrement quand mon corps frôla le sien, je savais ce que je j’avais à faire, si je souhaitais remplacer ce garçon par une autre personne. Je pris place à sa paillasse, poussant sans vergogne ses affaires. Je me penchai pour écrire quelques mots. Puis, répondant à une envie que je ne comprenais pas, je me tournai pour regarder le garçon. Dès que je le pus, je me plongeai dans ses prunelles sombres et lui dit :

« J’écris un compte-rendu. Si tant est que tu as des choses à rendre compte, fais-moi en part. » lui lançai-je d’un ton revêche, ne me souciant guère du fait qu’aucun travail de ce genre n’avait été demandé. Pourquoi me souciais-je autant de lui ? Je le détaillai entièrement, m’attardant sur son visage, puis sa cravate ; le regard coulant lentement le long de son corps. Il n’avait rien. Ni connaissances que je ne cherchais plus, ni mystère. Non, je me trompais. Il y avait une connaissance que je cherchai, et elle était sienne. Elle était sienne. Ce constat me fit mal au coeur, d’un tiraillement que je ne saurais expliquer, et je me détournai de ce Tyr pour continuer mon écrit.

Pourquoi mettais-je tant de coeur à l’affronter ? Des mois m’avaient vu passer sans que je ne m’investisse dans quoi que ce soit, et aujourd’hui je m’investissais entièrement dans cet enfant.

La Plume et l'Obscurité  Pv 

« Mon honneur aurait été de finir ce que j’avais commencé, »

Alors comme ça, elle déclarait la guerre à Tyr ouvertement ? Soit. Il répondrait avec justice et justesse.

C’était bizarre, tout de même. Il avait fait attention à cette fille. Il l’avait blessée, et comprenant son erreur, il avait essayé de se rattraper. Il avait réussi pendant un temps, avant d’échouer à nouveau. Soit, soit.


« J’écris un compte-rendu. Si tant est que tu as des choses à rendre compte, fais-moi en part. »


Et à présent, elle le congédiait. Soit, soit, soit. Ce dont elle pouvait être sûre, c’est qu’il ne lui rendrait plus aucun compte à partir d’aujourd’hui. Fini la gentillesse et l’altruisme, il allait lui donner de cette solitude que lui avait oublié depuis un an maintenant mais qu’il savait rongeuse. Il la vit prendre sa plume et commencer à écrire sans même lui accorder un regard supplémentaire. Reniflant, ravalant ses bonnes intentions, il versa la salive d’Occamy dans la potion, puis la délaissa, grommelant qu’il était parti chercher quelque chose dans la réserve. En réalité, il n’avait besoin que d’une chose : de respirer lentement pour évacuer sa frustration.

Avait-elle une idée du nombre de personnes un peu altruistes et à l’écoute des autres dans le monde ? Ce nombre, il était bien moins élevé que le nombre de personnes profitant de vous, vous voulant du mal ou même n’en ayant rien à faire de votre petite vie insignifiante. Parmi les choses que Tyr n’aimait pas, il y avait la froideur, le pessimisme, l’injustice. Et dans cette injustice s’inscrivait quelque chose qu’il exécrait : l’ingratitude. Il fit semblant de fouiller dans les bocaux, soupçonnant le professeur de le regarder dans son dos ; il faut dire qu’il était seul parmi les ingrédients. L’ingratitude, lorsque vous en étiez victime, vous tenait au ventre : ne rien obtenir en retour et s’en plaindre était égoïste. Mais ne voir aucun changement chez la personne envers qui vous aviez fait des efforts n’était pas égoïste : cela vous atteignait dans votre amour propre. Vous voir ainsi impuissant face à la détresse – ou la mauvaise foi, comme chez Aelle – vous remettait en question d’une manière puissante. D’une manière qui pouvait à votre tour vous mettre dans le besoin de réconfort. Et alourdir la charge des autres. Il fit semblant de chercher un peu plus de salive d’Occamy, puis sortit de la réserve. Le professeur Fawley était plongé dans ses papiers, ses notes, ses copies à corriger ou quoi que ce soit, et ne fit pas attention au garçon. Il retourna à sa paillasse, remarquant seulement maintenant que ses affaires avaient été mises de côté par sa coéquipière. Il leva les yeux au ciel et retourna derrière la paillasse. Sur la potion, la croûte noire commençait à se former. Tyr regarda le timer, puis, au bout de treize minutes et trente-et-une secondes, il jeta la coquille de Dirico entière, comme indiqué. Il ne prit même pas la peine de prévenir Aelle, et l’explosion en fit sursauter plus d’un. Très vite, d’autres explosions retentirent dans la salle de classe.

La potion allait être bientôt prête. Puisque la Poufsouffle n’avait pas pris la peine d’accepter son aide, il décida de tout terminer lui-même. Il remua pendant les trente-trois secondes suivantes, puis versa comme prévu une partie de la potion dans une fiole. Il plaça un bouchon dessus puis la planta devant le nez d’Aelle.


« Tu l’apporteras au professeur. » dit-il en lui lançant un regard glacial.

Peut-être le regard le plus glacial qu’il n’ait jamais lancé à une personne.

Maïka Cooper : « La question c'est pas de garder Gryffondor pour sauver Poudlard, mais de virer Serpentard pour ne pas avoir à sauver Poudlard.»

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Secoué par deux flux contraires, mon esprit, que j’aurai qualifié de faible si tant est que je puisse y penser, ne me laissait aucun répit et aucune possibilité de me pencher avec l’assiduité que je souhaitais sur mon écrit. Une chose récente que j’avais découverte dans le château était que les émotions fortes faisaient barrières à mes recherches ; je n’avais pu les abolir depuis que je les connaissais.
D’un côté, le souffle brûlant et puissant de la colère, de l’injustice et d’un quelque chose me faisant me sentir honteuse. De l’autre, une brise fraîche, glaciale ; l’attrait. Je ressentais l’envie puissante de me jeter sans réfléchir sur Tyr. Non pas me jeter physiquement sur son corps élancé pour le rouer de coup. Non, me lancer à cœur et esprit perdu sur ce miasme d’étrangeté, amener avec moi ce qu’il représentait ; mon espoir et ma crainte. Je pourrais, si je le désirais, me servir de lui pour l’atteindre Elle, ou encore pour combler cet espace qui parfois, me faisait prendre conscience que je n’avais jamais été aussi seule, et dans lequel je trouvais moins de réconfort que je ne l’espérais. Oui, il n’y avait qu’un pas à faire pour m’approcher de lui. Qu’un pas.

L’oeillade discrète dont j’affublai le jeune garçon ne fit qu’augmenter la tempête d’émotions et de contradictions dans laquelle je me trouvai. Son comportement, sa manière de se placer devant le chaudron que j’avais décidé de surveiller, tout en lui me donnait l’envie de montrer les dents et en même temps de tout laisser aller pour me perdre dans sa contemplation. Il était étrange de voir à quel point la fascination et l’horreur était proche ; je savais vers lequel je préférais me porter. Je le laissai faire ce qu’il souhaitait faire sans piper mots, j’en avais assez de ce cœur qui ne savait s’arrêter de s’affoler.

Les minutes passèrent sans que je ne le vois et, entièrement plongé dans mes réflexions et mon compte-rendu, je sursautai violemment lorsqu’explosa notre potion. C’était une réaction naturelle, dans laquelle mon corps avait décidé de ne pas écouter mon esprit ; je savais d’où venait le bruit et ne me tournai pas vers mon camarade. Une pensée, fugace, traversa mon esprit : *Il ne me prévient même pas !*, mais rapidement, je la laissai s’en aller. J’avais conscience que je n’aurai pas accepté cette gentillesse venant de lui. La rancœur était tout de même présente, et c’est avec plaisir que je la laissai s’en prendre à mon cœur et mon âme. Il s’agissait de sentiments désagréables, puissant, affectant tant l’esprit que le corps ; ma gorge se resserrait, mon visage se changeait en une grimace. Mais j’aimai ce que je ressentais. Je m’en rendais compte à l’instant même où je me surpris à ne pas vouloir m’attarder sur ces émotions, sans toutefois me laisser l’occasion de les laisser filer. Non, je les agrémentai en regardant l’objet honnis, en me rappelant ce que je n’aimais pas chez lui et surtout en imaginant son grand corps dégandé assis dans un fauteuil couleur sang, près d’une enfant au yeux émeraude brillant.

Une nouvelle contradiction, mêlant désir et aversion, une nouvelle tempête. Je grognai, et me laissai aller contre la paillasse. Je souhaitai partir et rester, frapper et caresser, demander et rejeter ; que faire ? Je me sentai soudainement épuisée, éreintée, plus que je ne l’avais été depuis des mois ; il s'agissait du poids de ce que je ressentais, bien différent de l’indifférence teinté de douleur et de tristesse dans laquelle j’évoluais depuis tant de temps. Et j’en ressentais du plaisir. Je ricanai, éberluée par ma propre difficulté.

Il se posta soudainement devant moi, ce corps que j’imaginai un instant auparavant dans un fauteuil écarlate. Il était désormais debout, mais la compagnie avec laquelle je le voyais était encore présente. Charlie. Près de lui, en lui, sur lui. Elle était partout, sur moi, sur lui, sur la paillasse, dans le chaudron, dans ma main qui tenait la plume. Partout. Je levai des yeux colériques sur le garçon. Une fois encore le monde m’imposait.
Je souri. Parce que j’étais heureuse de me sentir en colère, heureuse que toute mon attention soit portée sur lui, et lui seule. Avec elle.
Il me tendait une fiole. Encore une. Je reconnu sans attendre la potion, et ses paroles me firent froncer les sourcils. Pour la première fois, je compris parfaitement l’émotion que je voyais dans les yeux d’un autre. La colère, la froideur, peut-être le dédain. Un ramassis d’émotions négatives. Toutes tournées vers moi. Et cela me rassura ; personne ne m’avait jamais montré plus grande gentillesse et compréhension que lui. Sa colère était normale, je la connaissais et la reconnaissais. J’énervais les autres, je les agaçais car ils ne me comprenaient pas, et que je n’avais aucun besoin de les comprendre. Pourtant, aujourd’hui, face à Tyr, je compris. Ou du moins, je m’y intéressais. J’ouvrai la bouche pour dire quelque chose, peut-être le remercier d’être enfin normal, peut-être l’insulter de ne pas rester tel qu’il avait été. Ou pour lui dire qu’il n’avait qu’à se débrouiller avec sa potion.

« T’as enfin co…, » me vantai-je.

Non. Il y avait autre chose à dire. Sa colère coula sur moi, comme elle aurait dû le faire, et je l’oubliai.
Trois mots. Je pouvais le faire. Mais le désirais-je ? *Non, surtout pas*, me souffla ma conscience, et *oui, s’il te plaît, fais-le*, me frappaient mes souvenirs. J’étais terrifié, compris-je, les yeux écarquillés levés sur le garçon. J’étais lâche et terrifié. Cette constatation me donna l’envie de pleurer. Encore pleurer, toujours des larmes, toujours, POURQUOI ? Parce que j’allais contre ce que je désirais. Et je ne désirais rien de plus que me trouver une fois, rien qu’une fois, face à Charlie. Ce prénom roulait dans mon esprit, s’entourait autour de mon corps, me réchauffait avec la même puissance qu’il me glaçait. Fugacement, je me rappelai de cette atmosphère qu’il y avait eu autour de nous dans les sous-sols ; de la gêne, un plaisir déplacé, une envie d’hurler mon bien être, une odeur sucrée, dangereuse, que j’associais à elle. Depuis quand cette odeur teintait ce souvenir ? Je n’en savais rien, mais je la laissais s’infiltrer dans mes narines, dans mon cerveau, dans la moindre parcelle de mon corps. C’était fugace, et soudainement les traits de Tyr la remplacèrent. Tyr. La frappe de la jalousie manqua de me renverser par sa puissance, elle me coupa le souffle.

« Tyr, » dis-je simplement, d’une voix qui ne semblait pas être la mienne.

Et plus rien. Car je n’avais rien à dire, puisque je ne parvenais pas à pencher d’un côté ou de l’autre de la balance. Je n’avais plus rien, si ce n’est un éclat d’Autrefois. Alors je levai la main pour récupérer la fiole, détournant le regard, laissant mes doigts caresser ceux de Tyr ; par ce geste, je faisais passer une chose, sans savoir laquelle exactement. Je me retirai rapidement et lui tournai le dos, honteuse et perdu dans un désir que j’avais longtemps refoulé. Je rangeai ma paillasse, récupérai mon sac et mes affaires, mon compte rendu et mes instructions. La fiole était tiède dans ma main, le rappel de la chaleur de Tyr, ou peut-être bien de celle du chaudron. Je la serrai avec force dans mes doigts et je me dirigeai vers le bureau du professeur.

Tyr était beaucoup de chose. Plus que la plupart des élèves de ce château. Mais il n’était pas celui que je voulais voir. Ni même celui pour lequel je souhaitais m’abandonner.