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L'anéantissement des furoncles  PV 

Quatre cents douze dalles touchées depuis qu'elle s'était mise en direction de la sombre et mystérieuse salle de Potions.

Maïka eut l'impression que son cœur allait s'emballer, alors elle lui commanda de se calmer, se répétant mentalement qu'il n'y avait aucune raison d'angoisser, que tout le monde ici était sympathique, élèves comme professeurs. Le monde n'était pas moche, il était simplement diversifié, rempli d'esprits différents, d'idées opposées, de comportements tantôt adéquats, tantôt marginaux. Bon, d'accord, il existait des personnes étranges, peu recommandables voire carrément sadiques, mais Maïka savait que Poudlard n'en regorgeait pas, que le professeur Van Drecken n'en faisait probablement pas partie et qu'elle n'avait donc aucune raison d'appréhender les prochaines heures.

Ces quelques pensées de réconfort semblèrent suffire au cœur de Maïka, car ses tambourinements reprirent un rythme décent. La jeune fille n'avait pas un tempérament habituellement stressé – c'était même plutôt l'inverse – mais Poudlard était une école particulière qui semblait avoir l'art de mettre ses élèves dans des situations inédites et, par conséquent, un peu angoissantes. La preuve ; cela faisait moins de deux mois que Maïka était scolarisée ici et elle était déjà en route pour son premier cours particulier. Pas n'importe quel cours, évidemment ! Il s'agissait d'une leçon sur les Potions, cet art réputé pour être si tortueux, si complexe, si subtil. Il requérait de la minutie, de la patience et de la précision. C'était tout ce que Maïka n'avait pas.

Comme on pouvait s'y attendre, ses cours de Potions s'étaient mal déroulés. Prises de notes insuffisantes, comportement inadapté, turbulence, inattention et j'en passe ! Les premiers cours théoriques avaient été catastrophiques, alors, forcément, Maïka avait appréhendé le moment où ils commenceraient la pratique. Son inquiétude était fondée, puisque dernièrement, il y avait trois jours à peine, sa classe s'était penchée sur la potion Defuroncula, censée pouvoir traiter les furoncles efficacement. Il n'avait pas fallu cinq minutes pour que l'esprit de Maïka se mette à vagabonder dans de lointaines contrées et finisse par oublier l'existence de la recette supposée être scrupuleusement respectée. Ces secondes d'inattention avaient suffi au chaudron pour exploser dans un bruit sourd et ainsi répartir son contenu sur la table et le sol. Grâce à la vivacité d'action de l'enseignante, Maïka n'avait pas eu le temps d'être endolorie par la demie-douzaine de furoncles qui grandissaient sur son corps. Le professeur Van Drecken lui avait rapidement apporté un remède, et hop ! toutes ces infections n'eurent pas le temps de vraiment naître qu'elles avaient déjà disparu.

L'enseignante avait quand même conseillé à Maïka de se rendre à l'infirmerie, sans doute plus pour lui éviter les regards moqueurs que parce qu'elle craignait véritablement que son élève soit blessée. La jeune fille s'y était donc dirigée de mauvaise grâce, pestant contre ces cours trop compliqués, avait passé un court séjour dans l'antre des malades et avait finalement reçu l'autorisation de quitter l'infirmerie. Elle avait donc passé le reste de l'heure dans le parc, se délectant de la caresse du vent tandis qu'elle marchait, courait ou, parfois, sautait. Ses parents détestaient d'ailleurs cette manie de faire des petits bonds tout le temps, mais Maïka était strictement incapable de s'en empêcher. Lui reprocher ses excentricités, c'était perdre son temps, pour la simple et bonne raison qu'elle ne les contrôlait pas.

Suite à cet épisode, Maïka avait commencé à développer un dégoût certain pour les Potions. Rien que le nom la dégoûtait, tiens ! C'était devenu sa bête noire, sa source d'angoisse, sa boule au ventre. Il fallait qu'elle règle ce problème, parce qu'il était tout simplement hors de question qu'elle passe l'année à subir cette crainte démesurée du cours de Potions. Elle avait ainsi pris son courage à deux mains, avait interpellé la maîtresse des Potions au coin d'un couloir et lui avait exprimé son souhait de ré-apprendre la potion Defuroncula. Au terme de la discussion, un rendez-vous avait été fixé ; mardi, dix-huit heures, salle de classe de Potions.

Cinq cents quatre-vingt-deux dalles foulées.

Cette fameuse salle était là, à quelques mètres à peine. Douze, aurait dit Maïka. Elle cessa de compter les dalles pour compter ses pas, en dénombra seize, tenta de multiplier cinq cent quatre-vingt-deux par seize et s'arrêta en plein milieu de son opération pour frapper à la porte.

Moins présente.

L'anéantissement des furoncles  PV 

Assise à son bureau, Anja était occupée à corriger des copies. Cela n'avait rien de très original, mais représentait désormais la majeure partie de son travail. Posée à côté se trouvait une tasse de café, comme d'habitude. Elle en buvait tellement qu'elle finissait par ne plus en ressentir les effets, mais ne pouvait tout de même pas s'en passer. Près de deux heures s'étaient déjà écoulées sans que la jeune femme n'ait sorti la tête de ses devoirs. Elle avait la sensation que tout son corps était anesthésié.

Anja se leva alors et marcha jusqu'au premier pupitre de bois afin de délasser ses jambes. Se trouvaient sur la table divers ustensiles et ingrédients. Elle regarda sa montre et lança un coup d'œil à la porte. Dix-sept heure cinquante-cinq. Son élève ne devrait pas tarder à arriver. Maïka Cooper était une jeune fille qui avait du mal à tenir en place, et la jeune femme avait du la reprendre de nombreuses fois. Elle avait même réussi, lors du dernier cours, à se retrouver couvertes de furoncles en ratant la potion qui devait justement permettre de les faire disparaître. Si son cas avait permis de démontrer l'efficacité du remède, il n'en restait pas moins qu'Anja était d'une grande exigence envers ses élèves et attendait donc de ceux-ci de ne pas la décevoir. C'est pourquoi elle avait accepté de donner un cours particulier à Maïka Cooper, afin de lui donner une chance de réussir. Quelqu'un frappa finalement à la porte, et la jeune femme alla ouvrir.

Bonsoir mademoiselle Cooper. Entrez, je vous en prie.

Elle lui désigna la salle d'un geste de la main et l'invita à se diriger vers la table où reposait tout le matériel dont elle aurait besoin, à savoir un chaudron, des gants, un mortier et son pilon ainsi que des ingrédients.

J'espère que vous avez réétudié la potion Defuroncula depuis la dernière fois. Ce cours n'a sinon pas d'intérêt.

Anja marqua une pause et regarda la jeune Poufsouffle. Un cours particulier se méritait, et si la personne n'avait pas pris la peine de retravailler ce qui avait déjà été vu en classe, il ne permettait en rien d'approfondir ou de comprendre ses erreurs.

Voici tout ce qu'il vous faut. Vous devriez reconnaître chaque ingrédient. Les limaces à cornes, les crochets de serpent, les orties séchées et les épines de porc-épic, lui dit-elle en désignant chacun d'un geste de la main. Et voici la recette.

Alliant le geste à la parole, elle fit apparaître d'un coup de baguette la recette au tableau.

- Remplir le chaudron à moitié d'eau et faire bouillir.
- Écraser six crochets de serpent en poudre fine et les incorporer à l'eau.
- Effriter les orties et les ajouter à la préparation.
- Remuer deux fois dans le sens des aiguilles d'une montre.
- Laisser bouillonner la potion pendant 39 minutes.
- Ajouter quatre limaces à cornes dans le chaudron.
- Retirer le chaudron du feu.
- Ajouter deux épines de porc-épic dans le chaudron.
- Remuer cinq fois dans le sens des aiguilles d'une montre.


Après l'avoir lue à voix haute, elle se retourna vers Maïka.

Vous pouvez remplir votre chaudron d'eau à l'évier à côté de mon bureau, comme à chaque cours. Pensez à mettre les gants pour les orties.

Les élèves de première année ne connaissaient pas encore de sort pour faire apparaître de l'eau du bout de leur baguette, ce qui était un désavantage en Potions. La professeur avait donc du s'adapter en fonction des classes.

Ce cours a pour but de vous faire comprendre où et pourquoi vous avez raté votre potion la première fois, et bien entendu, de la réussir. Il est important que vous preniez conscience de vos erreurs pour ne plus les répéter. Je vous surveillerai et vous donnerai des conseils, mais ce sera principalement à vous de vous débrouiller. Des questions avant que l'on ne commence ?

Anja posa son regard sur l'élève. Il paraissait ferme, mais cachait relativement bien son désir que la jeune fille réussisse.
Dernière modification par Anja Van Drecken le 23 octobre 2017, 21 h 16, modifié 3 fois.

// Absente du 15 au 23 février. \\
« Demain nous courrons plus vite, nos bras s’étendront plus loin... C’est ainsi que nous avançons, barques luttant contre un courant qui nous rejette sans cesse vers le passé. »

L'anéantissement des furoncles  PV 

L'espace d'un instant, Maïka songea à s'enfuir avant que son enseignante ne lui ouvre. Elle pourrait retrouver sa salle commune, avaler des dizaines de Chocogrenouilles en observant l'âtre, lire un livre, dormir, ou qu'en sais-je ! Bien des choses étaient préférables à un cours particulier de Potions. Maïka n'avait pas la moindre envie de passer la prochaine heure à s'humilier devant son professeur ni à essayer de rattraper une potion qu'elle raterait inévitablement dès les premières minutes. À cet instant-là, Maïka eut le sentiment que le monde était injuste ; ses camarades profitaient de leur temps-libre, tandis qu'elle, elle devait sacrifier sa tranquillité à cause de troubles qu'elle n'avait absolument pas demandés.

Malheureusement, le professeur Van Drecken ouvrit la porte et guida Maïka jusqu'à sa table. Elle jeta un coup d’œil las à son matériel et aux ingrédients, puis leva son visage vers son enseignante, qui, selon ses termes, « espérait qu'elle avait réétudié la potion Defuroncula ». Maïka se sentit mal à l'aise, et même un peu coupable en entendant ces propos, étant donné qu'elle ne s'était absolument pas penchée sur cette potion depuis son triste raté. Elle n'avait plus voulu entendre parler de furoncles et n'avait même pas songé à réviser. Ce cours était là pour qu'elle s'améliore, non ? Si elle était ici, c'était bien parce qu'elle était incapable de réussir cette préparation toute seule, alors quel intérêt de s'acharner sur Defuroncula en l'absence de son professeur ? Bien sûr, Maïka ne laissa rien paraître et hocha légèrement la tête, comme pour assurer à son enseignante qu'elle avait bien révisé.

Lorsque la recette s'afficha au tableau, l'élève se mit automatiquement à compter. Neuf. Neuf étapes à réaliser. C'était long. Il fallait qu'elle enchaîne neuf actions sans une erreur, sans un mouvement brusque. Le défi lui paraissait presque impossible. Maïka n'écouta pas vraiment les dernières recommandations de son enseignante. Pendant qu'elle parlait, elle recula de quelques pas, tapa un peu du pied sur le sol, puis revint à sa place et se mit à pianoter sur sa table avec ses mains. Elle n'avait pas compris grand-chose à ce que son professeur venait de lui dire ; elle avait juste entendu ses tout derniers mots, ceux qui lui demandaient si elle avait des questions.

« Non, c'est bon. »

L'avantage pour Maïka d'avoir des troubles de l'attention depuis longtemps, c'était qu'elle était habituée à agir en sachant pertinemment qu'elle n'avait pas écouté toutes les informations qu'on lui avait fournies. La plupart du temps, quand quelqu'un lui parlait et que son esprit avait divagué, elle demandait à la personne de répéter, mais parfois, cela la lassait, et elle faisait simplement comme si elle avait entendu. Dans ce cas-ci, il aurait été déplacé de faire comprendre à son enseignante qu'elle n'avait pas écouté toutes ses explications, alors elle avait jugé préférable de se taire et d'agir normalement. Si ce qu'elle avait loupé était important, le professeur Van Drecken le répéterait tôt ou tard. C'était évident.

La Poufsouffle relut donc la première étape de la recette et regarda autour d'elle. Elle avait commencé à décrocher à partir des explications sur l'évier, mais il lui parut logique d'y aller remplir son chaudron. Elle le prit donc, se dirigea vers l'évier à pas rapides et tenta d'y verser la bonne quantité d'eau. C'était de l'à peu près, car elle ne voyait pas comment le remplir pile à moitié, mais elle espérait que c'était bon. Elle revint ensuite vers sa table, portant difficilement le chaudron alourdi par le poids de l'eau, le posa, attrapa l'espèce de plaque chauffante portable, la plaça sur la table et mit son chaudron dessus. Elle alluma ensuite le gaz, tentant de ne pas agir dans la précipitation, puis s'intéressa à ses ingrédients. Elle repéra les crochets de serpent, prit le mortier et le pilon et commença à les écraser. Alors qu'ils étaient encore compacts, elle posa sa première question :

« Miss ? Comment je peux savoir ce qu'ils entendent par « poudre fine » ? Je veux dire, quand est-ce que je suis censée arrêter d'écraser ? »

Moins présente.

L'anéantissement des furoncles  PV 

Anja nota l'agitation de son élève. Elle ne cessait de bouger dans tous les sens, et n'arrivait pas à rester immobile ne serait-ce que cinq minutes. La jeune femme avait déjà constaté ce comportement hyperactif durant ses cours, et se disait qu'il y avait très certainement un lien entre son échec à préparer la potion Defuroncula et cela. Les Potions demandaient de la patience ainsi que de la précision, et s’il était clair que la Poufsouffle ne possédait pas le premier, ses tics répétés lui empêchaient de faire preuve du second. Si elle voulait réussir, c'était donc sur son attitude entière qu'elle allait devoir travailler.

Anja, sans faire de commentaire, observa les gestes de son élève. Celle-ci se dirigea vers le petit évier couleur cuivre afin de remplir son chaudron, puis revint à sa place. Ce n’était pas l’étape la plus compliquée de la potion. D’un œil attentif, elle la regarda écraser les crochets de serpent, voir si elle s’y prenait correctement ; il fallait être énergique si on souhaitait obtenir une poudre convenable.

Une question germa alors dans l’esprit de Maïka, à laquelle la jeune femme essaya de répondre le plus clairement possible.

Votre poudre doit ressembler à du sable. Vos crochets de serpents doivent donc prendre la même apparence pour que vous sachiez si c’est bon ou pas. Cela peut prendre plus ou moins de temps en fonction des ingrédients.

Le temps. Il était omniprésent en Potions. Forçant à s'armer de patience, il était sans cesse question d’attendre que sa préparation ait fini de mijoter ou d’arriver à couper toute sa racine de gingembre en parts exactement de la même taille. Anja se demandait si Maïka en avait pris conscience, seul moyen pour elle de réaliser qu’elle devait arriver à en faire preuve. Néanmoins, étant de son devoir de l'aider à réussir, elle jugea bon de lui donner un conseil qui lui permettrait d'aller plus vite.

Afin de gagner du temps, ne vous contentez pas de juste frapper vos crochets avec le pilon. Frappez-les dans un premier temps pour écraser le gros de votre ingrédient, puis prenez un peu moins d’élan et faites juste tourner votre pilon de manière à broyer vos crochets contre le bord du mortier. Est-ce que vous comprenez ?

La jeune femme mima en même temps le geste du poignet. Si cela paraissait logique pour certains, ça ne l'était pas pour tous. Elle laissa alors son élève faire, voir si elle allait appliquer ses conseils.

// Absente du 15 au 23 février. \\
« Demain nous courrons plus vite, nos bras s’étendront plus loin... C’est ainsi que nous avançons, barques luttant contre un courant qui nous rejette sans cesse vers le passé. »

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Du sable. Ce fut le mot-clé qui s'imprima dans l'esprit de Maïka. Elle n'enregistra rien d'autre, les compléments d'explication que lui fournit son professeur passèrent complètement à la trappe. Maïka retenait ce qu'on lui disait lorsqu'elle était face à une information claire et concise, et c'était encore mieux lorsque son interlocuteur parvenait à imager son propos. Du sable. C'était la réponse dont elle avait besoin, simple et efficace.

Alors qu'elle avait recommencé son labeur, le professeur Van Drecken ajouta quelque chose, lui conseillant, dans un second temps, de broyer ses crochets contre le mortier au lieu de les écraser. Puisque son enseignante savait vraisemblablement ce qu'elle disait, Maïka hocha la tête et appliqua immédiatement ses conseils à la lettre, espérant que cela suffirait à assurer à son professeur qu'elle était de bonne foi. Nulle en Potions mais pas provocatrice. Un peu paresseuse sur les bords, une grande amie de la procrastination, mais d'une éternelle bonne foi.

Histoire de rester focalisée sur son travail, Maïka se mit à compter le nombre de tours de poignets qu'elle effectuait. Les mathématiques étaient un peu le seul moyen de la canaliser, alors elle s'y réfugiait souvent, surtout quand elle effectuait des tâches qui nécessitaient de la concentration. Dix-sept... Dix-huit... Elle aimait bien le nombre dix-huit, c'était neuf multiplié par deux, et le chiffre neuf lui faisait penser aux œufs, ce qui lui rappela sa petite sœur qui était complètement dingue des omelettes que préparait souvent Allan Cooper, leur père. C'était un cuisinier excellent et un sorcier tout aussi talentueux, il devait probablement être doué en Potions, ce qui ramena Maïka à ce qu'elle était en train de faire, et elle se rendit compte que les crochets avaient désormais une allure de poudre fine qui ne semblait pas trop éloignée de l'aspect du sable.

Elle jeta un œil à son enseignante pour s'assurer qu'elle n'avait pas fait n'importe quoi. Ramenée à la réalité par le bruit inquiétant que faisait son chaudron, elle se souvint alors de l'eau qu'elle avait fait bouillir quelques instants plus tôt et s'aperçut que son chaudron allait bientôt déborder. Elle éteignit immédiatement le feu, réprima un soupir de lassitude et se dit qu'elle ne pourrait jamais faire chef cuisinière et que ce n'était pas plus mal. Elle reporta son regard sur le tableau qui indiquait la recette en tapant nerveusement du pied sur le sol et se sentit découragée en voyant le nombre d'étapes qu'il lui fallait encore réaliser. Elle n'aurait jamais du demander de cours particulier. C'était peine perdue. C'était du temps qu'elle aurait pu vouer à des activités bien plus constructives, telles que se plaindre de la difficulté des cours de Potions en compagnie d'élèves éclairés.

Effriter les orties. C'était simple. Elle ne pouvait pas se planter là-dessus. N'ayant pas l'habitude de prendre des précautions, elle se dirigea vers les orties, les attrapa sans enfiler le moindre gant et cria de surprise. Elle rougit instantanément en se rendant compte de sa bêtise.

« Oh, pardon, dit-elle à son enseignante en inspectant les piqûres qui apparaissaient sur son index et son pouce. J'ai pas fait attention, j'ai pas trop l'habitude de réfléchir avant d'agir. »

Sincèrement navrée pour ce retard...

Moins présente.

L'anéantissement des furoncles  PV 

Anja observa d'un œil attentif son élève continuer la préparation de sa potion. Celle-ci prenait visiblement ses conseils en compte pour écraser les crochets de serpent. Et le contraire aurait été mal venu. Maïka semblait particulièrement absorbée par le geste de son poignet, qu'elle fit tourner de nombreuses fois au-dessus du mortier, pilon en main. Anja ne la déconcentra pas, et la laissa aller jusqu'au bout de l'étape. Cependant, pendant ce temps là, l'eau bouillait dans son chaudron, sans personne pour la surveiller. Le liquide prit de plus en plus de volume, et arriva aux bords du chaudron, sur le point de déborder. Anja fronça les sourcils, mais ne fit rien et observa les réflexes de son élève. Elle aurait pu tout simplement l'aider, et faire revenir le niveau de l'eau à la normale d'un coup de baguette, mais elle n'en voyait pas l'intérêt. Il était important que ses élèves apprennent à gérer ce genre d'incidents par eux-mêmes. Sans cela, ils ne seraient jamais capables de préparer une potion du début à la fin lorsqu'ils seraient plus âgés, si personne n'était derrière eux pour rectifier leurs erreurs. Ainsi, la jeune Poufsouffle se débrouilla très bien et éteignit le feu, sans que rien de grave ne soit arrivé. Certains élèves perdaient parfois leurs moyens lorsque quelque chose d'imprévu se passait, ne faisant qu'aggraver les choses en tentant de les réparer. Mais ce n'était visiblement pas le cas de Maïka. Et cela était plutôt un bon point.

La jeune fille reprit la préparation de la potion, s'occupant cette fois des orties. Mais, au lieu de mettre les gants pour les attraper, elle les prit directement à main nues, et se piqua bien entendu les doigts. Elle murmura quelques excuses, ce à quoi Anja répondit :

Je vous avais pourtant prévenue. 

L'air du professeur était fidèle à ce qu'il était bien souvent, à savoir impassible. La jeune femme s'approcha alors de son élève et pointa sa baguette sur ses mains. Quelques secondes plus tard, elles étaient redevenues lisses, et ne la piquaient plus. Si le but de ce cours particulier était que Maïka apprenne de ses erreurs, il était également qu'elle réussisse à préparer sa potion, et cela n'était pas tâche aisée si ses mains la démangeaient.

Ça devrait être mieux comme ça. Lorsque vous préparez une potion, vous devez constamment avoir les pieds sur terre. Vous devez réfléchir à ce que vous faites. Ici, c'est un incident mineur. Mais certains ingrédients sont beaucoup plus corrosifs, et les conséquences auraient pu être plus graves. Pensez-y.

Anja regarda son élève quelques instants dans les yeux, pour être sûre que le message était bien passé, puis le détourna finalement vers le tableau pour regarder la suite des étapes. Loin d'être énervée contre elle, elle espérait seulement qu'elle ne referait pas une autre erreur d'inattention.

Vous pouvez maintenant réaliser les deux prochaines étapes, puis il vous faudra attendre trente-neuf minutes, le temps que votre potion mijote.

// Absente du 15 au 23 février. \\
« Demain nous courrons plus vite, nos bras s’étendront plus loin... C’est ainsi que nous avançons, barques luttant contre un courant qui nous rejette sans cesse vers le passé. »