Sortilèges

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Le Théâtre de la Magie  Pv 

Octavia ne l'ignorait pas ; elle était quelqu'un de désordonné. Elle rangeait des choses dans un endroit et les cherchait dans un autre. Elle se retrouvait souvent débordée parce qu'elle n'avait pas le sens des priorités et qu'elle s'attardait sur des petits détails avant de faire ce qui était urgent. Par conséquent, il aurait fallu une bonne dose d'hypocrisie pour qualifier le bureau du professeur Peters de « rangé ». On y trouvait des piles de livres disposés n'importe où, des dizaines de parchemins posés à différents endroits sur le bureau en bois, des tiroirs qui contenaient un tas de magazines Moldus traitant de sport, une baguette magique, un encrier, une plume, et beaucoup d'autres choses encore.

En ce Lundi d'Octobre banal, Octavia corrigeait les copies des sixième année. Elle lisait un devoir, le relisait, soulignait les erreurs, faisait parfois quelques commentaires, puis elle donnait sa note et passait à la copie suivante. Une routine qui aurait vite lassé beaucoup d'adultes, mais pas la jeune femme aux cheveux bleu-gris ; elle aimait enseigner et partager sa passion à la jeunesse de demain. Elle voulait que les élèves de Poudlard n'aient pas à subir la même scolarité catastrophique qu'elle. Octavia savait à quel point les cours, même lorsqu'ils traitaient de magie, pouvaient être inintéressants aux yeux des élèves. Elle-même avait fait les frais de ce désintéressement et regrettait amèrement de ne pas avoir écouté ses cours avec plus d'attention. Elle faisait de son mieux pour que ses élèves n'aient pas à connaître les mêmes regrets amers. Apprendre, c'était alimenter le savoir des autres, et Octavia voulait consacrer sa vie à instruire les élèves de Poudlard.

Plongée dans ses copies, le professeur de Sortilèges hésitait sur la note à octroyer à une copie lorsqu'elle entendit son ventre gargouiller. Elle leva les yeux vers sa montre et constata qu'il serait bientôt dix-huit heures, ce qui signifiait que le repas du soir approchait à grands pas. La jeune femme laissa un léger soupir s'échapper de ses lèvres, posa sa plume à sa droite et ouvrit un tiroir duquel elle sortit un parchemin froissé. Elle le déplia et le relut une énième fois. Il s'agissait d'une lettre que sa mère lui avait écrite il y avait plusieurs années, pour lui demander ce qu'elle était devenue. Violette voulait savoir si elle faisait toujours ses études, si elle avait trouvé quelqu'un, si elle avait été embauchée quelque part, si elle avait besoin d'argent. Octavia n'avait besoin de rien d'autre qu'un amour maternel que Violette avait essayé de lui donner trop tard. Le professeur Peters savait qu'elle se portait bien mieux depuis qu'elle avait coupé les ponts avec ses parents ; elle avait su faire le point sur ses ressentis et elle avait repris sa vie en mains. Elle avait arrêté l'alcool, la cigarette, elle avait radicalement changé de comportement. Elle en avait eu marre de passer son temps à tout faire pour contrarier ses parents. À dix-neuf ans, Octavia avait compris qu'elle n'arriverait à rien en vivant dans les remords et la rancœur. Elle était alors définitivement partie de chez elle, en ne laissant que de brèves explications à sa mère et à son père, puis elle s'était engagée sur le droit chemin.

Elle avait mûri, avait pris goût à l'univers fascinant de la Magie, avait fait ses études dans une école de bonne réputation, et avait finalement été embauchée à Poudlard en tant que professeur de Sortilèges. Un parcours sans encombre, qu'on aurait pu croire parfait, s'il n'avait pas été ponctué par les lettres insistantes de ses parents – et particulièrement de sa mère. Au début, Octavia n'avait pas été touchée par leurs tentatives de rattraper leurs erreurs. Cependant, plus le temps avait passé et plus elle s'était sentie coupable de se terrer dans le silence. Elle leur avait répondu une fois ou deux, pour leur affirmer qu'elle était toujours vivante et en bonne santé. Violette lui avait alors envoyé de longues lettres qui contenaient un tas de reproches, qui lui expliquaient qu'elle avait été une enfant et une adolescente insupportable, qu'elle attendait des excuses, qu'elle voulait la revoir, qu'elle voulait que Octavia lui parle de son parcours en face.

Andrew Peters, le père de la jeune professeur de Sortilèges, se montrait moins soucieux que Violette. Il avait été rassuré de savoir que sa fille était dans une bonne situation et n'en demandait pas plus. Octavia le soupçonnait d'être soulagé de ne plus l'avoir dans les pattes.

Absorbée par ses réflexions, la jeune femme de vingt-sept ans sursauta lorsqu'elle entendit frapper à la porte. Elle rangea prestement la lettre de sa mère dans un tiroir qu'elle prit soin de refermer. Elle attrapa une copie au hasard, la plaça devant elle et dit :


« Entrez. »

Sur le ciel de nos blessures je te peindrai un idéal,
Et si nous sommes cernés de murs, moi j'en ferai des cathédrales.

Le Théâtre de la Magie  Pv 

L'idée avait traversé l'esprit de Dakota alors qu'elle était allongée sur son lit à baldaquins, les bras croisés derrière sa tête, sa robe de sorcière encore totalement sur ses épaules. Ses camarades de dortoirs avaient déserté la pièce, sûrement parce que des sucreries étaient distribuées dans le Petit Salon juste à côté, ou que l'heure du dîner approchait. La jeune Roth pouvait donc réfléchir et divaguer à sa convenance, sans être interrompue par des rires ou des oreillers, et c'était ainsi qu'elle avait eu cette idée.

Depuis sa rentrée en Troisième Année, il y avait de cela un mois, Dakota n'arrêtait pas de ressasser certaines pensées ; toujours les mêmes. Elle avait des résultats médiocres, malgré le fait qu'elle soit intéressée en cours et ponctuelle. Le problème était qu'en réalité, la préfète de Serpentard avait peur de lancer des sorts. Elle avait peur de ne pas réussir, et d'être considérée comme inférieure par les autres élèves, alors même qu'elle était issue d'une famille de sorciers. Le sang lui importait peu, mais tout de même : ne pas savoir faire une métamorphose basique alors que ses ancêtres le faisaient bien avant elle, cela la tracassait. Plus que cela ne le devait. Elle savait qu'il n'était pas bon de penser à ce genre de choses. Shanti Sadhan, la préfète de Gryffondor, lui avait déjà suggéré d'être moins stressée, et de ne pas se prendre la tête avec ce genre de problèmes. La rouge l'avait aidée, et pour son soutien, elle lui était reconnaissante. Seulement, Dakota devait aller plus loin.

C'est donc ainsi que l'envie prit la Troisième Année de sauter de son lit, et de sortir de la Salle Commune des Serpentard. Elle dut passer en travers de la petite foule de vipères qui s'amusaient dans le Petit Salon, avant de se remplir la panse lors du buffet. Personne ne vint l'interrompre ou lui parler, et Dakota put sortir en paix des cachots, pour remonter les escaliers jusqu'au Grand Hall. Décidée, elle se dirigea vers les escaliers mouvants, qui la conduisirent, au bout de quelques minutes, au Quatrième étage, où se trouvait, entre autres pièces, la Salle de Sortilèges. Le doute s'empara alors de la préfète, qui s'interrogea sur la réelle nécessité de ce qu'elle allait faire.

Dakota n'avait jamais pensé à demander à Miss Kieffer, son ancienne Directrice de Maison et Professeur de Sortilèges, de l'aider en quoi que ce soit, tout simplement parce que la jeune fille s'était imaginée que rien ni personne ne pourrait l'aider. Mais à force d'y penser, et à force d'en parler à certains de ses camarades, requérir l'aide d'un professeur était devenu essentiel.

C'était donc pour cela que la jeune Roth faisait les cent pas devant la porte de la salle de cours de Miss Peters, nouvellement nommée comme Professeur de Sortilèges. Allait-elle, ou n'allait-elle pas frapper à la porte, là était la question. Sachant pertinemment que ce n'était pas en attendant devant un bout de bois que ses problèmes allaient se régler, et n'ayant pas fait le trajet pour rien, Dakota inspira un grand coup avant de frapper à la porte de la salle de cours de sa nouvelle Directrice de Maison.

Quelques instants plus tard, une voix se fit entendre dans la pièce, autorisant Dakota à pousser lentement la porte et à entrapercevoir, pour la première fois, le bureau d'un professeur de Poudlard. Cela était assez étranger de se dire que l'on pénétrait dans l'antre secret d'un adulte, d'un vrai sorcier. La jeune fille tenta de masquer son appréhension et son excitation, et laissa son regard se balader quelques secondes sur cette salle. Des livres traitant de mille et unes choses étaient disposés çà et là dans la pièce, et des parchemins semblaient inonder la salle, notamment le bureau du professeur Peters, qui croulait sous les objets en tous genres.

La jeune femme était elle-même assise à son bureau, apparemment en train de corriger des copies. Dakota se mordit la lèvre, maudissant son instinct qui l'avait poussée à taper sur la porte. Elle allait l'importuner, l'ennuyer même, c'était évident. De plus, il était bientôt l'heure de manger, et Dakota savait à quel point ce moment de la journée était important pour toute personne normalement constituée. Mais maintenant qu'elle était là, autant se lancer, pour ne pas perdre plus de temps :


« Bonjour, professeur Peters. J'espère ne pas vous déranger. »

Journaliste aux Chroniques du Sale Hasard ❋ Proud to be a Slytherin.
« On ne se méfie jamais trop de qui sait lire et écrire. »

Le Théâtre de la Magie  Pv 

Silence. Une demi-seconde s'écoula. Octavia Peters jeta un coup d'œil rapide à la copie qu'elle avait ramenée devant elle ; il s'agissait d'un devoir de première année qu'elle avait déjà corrigé. Dans un grincement, la porte de son bureau s'ouvrit timidement. Le professeur de Sortilèges plissa les yeux pour essayer de reconnaître le visage hésitant qui apparaissait dans l'embrasure de la porte. Après quelques courts instants, elle assimila ce visage à celui de Dakota Roth, une élève de troisième année qui se comportait d'une étrange façon, en cours. Octavia la connaissait depuis moins de deux mois, mais elle s'était déjà plusieurs fois interrogée à son sujet ; cette élève de Serpentard avait-elle peur de la magie ? Dakota Roth n'abordait pas une attitude nonchalante lorsqu'elle assistait aux cours de Sortilèges, ce qui intriguait la jeune femme ; si le problème n'était pas du à un manque d'intérêt ou d'efforts, d'où venait-il ?

La jeune Serpentard, polie, prononça quelques paroles de circonstance qui arrachèrent un sourire au professeur de Sortilèges. Octavia se souvenait qu'à son âge, elle ne prenait même pas le temps de saluer ses professeurs – d'ailleurs, elle n'était jamais venue trouver un quelconque adulte dans son bureau. Elle avait toujours été indifférente aux notes qu'elle recevait. En fait, ses résultats médiocres contrariaient tant Violette que la jeune Peters avait fini par se réjouir de recevoir les avertissements de ses professeurs. Elle s'était, à tort, fichue de sa scolarité qu'elle avait ridiculement bousillée. Si elle ne s'était pas reprise en mains après Poudlard, la jeune femme n'osait imaginer ce qui serait advenu d'elle.

Encore une fois, le silence. Octavia fixait sa jeune élève, se demandant quelles pensées lui traversaient actuellement l'esprit. Regrettait-elle d'être venue dans son bureau pour lui soumettre une probable requête ? Étant-elle anxieuse quant à la réponse que pourrait lui donner Octavia ? Ou était-elle, au contraire, complètement détendue ? L'adulte était souvent prise de l'envie de s'immiscer dans les pensées des autres, pas vraiment par curiosité – quoi qu'il y avait un peu de ça –, mais surtout pour savoir comment réagir face à ses interlocuteurs. La vie de n'importe quel être humain se retrouverait probablement allégée d'un poids, si tout le monde pouvait savoir comment se comporter en toute situation. Cependant, peu de personnes possédaient la capacité de lire dans les pensées des autres, et généralement, lesdites personnes s'en servaient à des fins plus noires que celle-ci. Octavia décida donc de mettre fin au supplice mental qu'était peut-être en train de vivre une élève de sa maison.


« Bonjour. Vous ne m'embêtez pas, rassurez-vous. »

Octavia ignora la faim qui taquinait son ventre. Elle pouvait se passer d'un repas, si cela signifiait aider une élève qui avait besoin de conseils, pour quelque raison que ce soit. En arrivant à Poudlard, Octavia s'était donnée des priorités ; et, en tête de liste, on pouvait retrouver quelque chose à propos du bien-être des étudiants. Contrairement à ce que les apparences pouvaient laisser croire, le professeur Peters n'était pas une femme qui ne se préoccupait pas des résultats scolaires de ceux à qui elle enseignait. Mais la jeune femme ne voulait pas seulement qu'ils brillent dans leurs notes, elle voulait surtout qu'ils rayonnent de joie et d'enthousiasme. Or, lorsqu'une élève débarquait dans son bureau sans raison apparente, il y avait de grandes chances pour que ça signifie que cet objectif n'était pas atteint chez tout le monde.

Une chaise libre se trouvait face à Octavia, et elle la désigna d'un geste du menton avant de dire :


« Asseyez-vous, je vous en prie. La jeune femme se tut quelques instants et reprit, un brin songeuse : Alors, pourquoi êtes-vous venue me voir ? »

Sur le ciel de nos blessures je te peindrai un idéal,
Et si nous sommes cernés de murs, moi j'en ferai des cathédrales.

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Dakota resta plantée comme un piquet sur le palier de la porte de la Salle de Sortilèges, trop intimidée par la présence de sa professeure. Tandis que Miss Peters terminait d'évaluer le parchemin qu'elle tenait devant elle, la Serpentard en profita pour l'étudier plus en détail. Certes, Dakota avait déjà croisé la jeune femme auparavant, dans la Salle Commune des Serpentard, mais aussi en cours.

Seulement, la jeune Roth s'étonnait de remarquer seulement maintenant que les cheveux de sa professeure étaient réellement captivants : d'un bleu-gris presque unique, ils étaient absolument magnétiques. Miss Peters ne devait pas avoir plus de trente ans, pourtant, elle avait déjà une certaine prestance qui impressionnait la préfète. D'un autre côté, tout impressionnait Dakota, surtout une figure qui représentait l'ordre et la connaissance dans cette école.

La jeune professeure excusa Dakota pour son arrivée incongrue, et un long silence s'installa entre la professeure et l'élève. La jeune sorcière avait ramené ses mains vers l'avant et croisait et décroisait ses doigts, ce qui était un signe évident du stress et de l'état dans lequel elle se trouvait. De plus, elle se mordillait la lèvre inférieure, pas trop fort pour ne pas avoir le goût du sang dans sa bouche.

D'un geste du menton, Miss Peters invita gentiment son élève à prendre place sur la chaise qui se trouvait juste devant son bureau, face à elle. Dakota hésita, ses jambes étant devenues aussi lourdes que du plomb. La jeune fille déglutit, se disant qu'elle n'était pas venue jusqu'ici pour rien, et força ses pieds à se mettre en marche, jusqu'à arriver sur la chaise que lui présentait la professeure de Sortilèges, et s'y asseoir avec le plus de délicatesse possible. Dakota avait gardé ses mains croisées, et les doigts continuaient à se triturer d'eux-mêmes, comme si cela allait rendre les choses plus simples.


« Alors, pourquoi êtes-vous venue me voir ? »

Dakota releva la tête de ses mains, et s'obligea à fixer le regard de l'adulte. Sa question résonna dans la tête de la Troisième Année, tandis que Miss Peters attendait une réponse, sûrement en train de la maudire pour le repas qu'elle aurait dû ingurgiter à ce moment précis. Cependant, répondre n'était pas évident, et nécessitait une grande concentration et maîtrise de soi de la part de Dakota. Que dire ? Elle ne pouvait pas simplement dire à sa professeure qu'elle se sentait assez médiocre en Sortilèges, cela aurait paru déplacé de déranger un adulte de Poudlard pour cela.

Mais, la jeune Serpentard ne pouvait pas non plus déballer sa vie devant Miss Peters. Elle ne la connaissait pas, même si elle était professeure et qu'elle était sûrement une personne remarquable. Elle ne pouvait pas se résoudre à lui balancer tous ses problèmes, d'un coup d'un seul. Elle se voyait mal parler de ses parents, de leur absence totale d'encouragement à l'égard de leur fille unique, de leur lubie d'abandonner la magie, et de vouloir que Dakota les suive dans cette voie. Elle ne pouvait pas non plus dévoiler ses peurs, peur d'être moquée, peur d'être déçue. Et, plus que tout, Dakota voulait sa revanche sur ses géniteurs. Elle voulait leur montrer qu'ils n'avaient aucun droit de choisir pour elle sa destinée. La volonté de Dakota était de devenir une sorcière, une vraie, une qui utilise ses pouvoirs pour une bonne raison. Pas une qui renie sa sorcellerie pour quelques tutus.

Assurément, Dakota ne pouvait pas déballer tout cela devant Miss Peters. Elle devait se contenter d'une réponse intermédiaire, assez convaincante sans qu'elle soit trop alarmante. Posant ses mains sur sa robe de sorcière, et tout en lissant les plis qui s'étaient formés depuis la rentrée, Dakota déclara d'une voix faible :


« Je crois que la magie ne m'aime pas, professeure. Malgré tous les efforts que je fais. La jeune élève marqua un temps d'arrêt, consciente de la bêtise de sa demande. Mais elle y était maintenant, elle ne pouvait plus revenir en arrière. J'avais pensé que vous pourriez m'aider à… me réconcilier avec elle. »

Dakota recommença alors à se tortiller les mains, voulant fuir au plus vite cette salle plutôt que d'attendre et d'entendre la réponse de Miss Peters.

Journaliste aux Chroniques du Sale Hasard ❋ Proud to be a Slytherin.
« On ne se méfie jamais trop de qui sait lire et écrire. »

Le Théâtre de la Magie  Pv 

Il y a, dans la vie de presque chaque être humain, ces petits gestes que je qualifierais de « traîtres ». Vous savez, ces manies incontrôlées et incontrôlables qui font surface dès que vous êtes dans une situation angoissante. Certains regardent le sol afin d'éviter tout contact oculaire avec l'interlocuteur ; d'autres respirent bizarrement, rougissent, tapotent du pied ou fuient à toutes jambes. Octavia Peters avait toujours su gérer son stress convenablement, et elle avait la chance de ne pas beaucoup souffrir de ce genre de tics nerveux. Seuls ceux qui la connaissaient bien – et ils se comptaient sur les doigts d'une main – savaient qu'elle avait tendance à beaucoup trop sourire lorsqu'elle était mal à l'aise. En revanche, il semblait que la jeune Dakota Roth était victime d'un certain nombre de ces gestes traîtres ; elle se tortillait les doigts, se mordait une lèvre, aplatissait sa robe de sorcière. Octavia observait le comportement de son élève sans sourciller, faisant son possible pour paraître décontractée en espérant que son attitude déteigne sur la jeune Serpentard et que celle-ci se détendrait.

Même si elle avait terriblement envie de prendre la parole pour inciter son élève à se livrer, Octavia resta silencieuse. Elle ne voulait pas que Dakota se sente pressée, et elle attendit donc patiemment que la Troisième Année révèle d'elle-même la raison de sa venue. Lorsque la jeune Roth prit finalement la parole, ses propos entraînèrent un haussement de sourcils étonné de la part de l'adulte. Octavia ne s'était pas attendue ça ; en soi, confier ses problèmes avec les sortilèges au professeur de Sortilèges était une démarche logique, mais la jeune femme restait sceptique quant à la formulation employée par la Serpentard. Octavia resta penseuse quelques temps, réfléchissant à la réponse la plus appropriée. Comprenez-là, elle se trouvait dans une situation délicate ; elle devait « réconcilier » une pré-adolescente avec ses dons de sorcellerie, en prenant bien garde à ne pas la blesser, ne pas la décourager, ne pas lui donner faux-espoirs – il ne s'agirait pas de lui raconter que la magie s'apprivoisait en un rien de temps.


« Il n'y a personne que la magie n'aime pas, commença-t-elle d'un ton implacable. »

Octavia fit dévier son regard sur les piles de livres qui encombraient son bureau en souriant légèrement. Il y avait là des tas de manuels qui traitaient évidemment de Sortilèges, mais également de Métamorphose, d'Histoire de la Magie, de Potions et même de Littérature Anglaise. À ses heures perdues, la jeune femme se plongeait dans les longues tergiversations de grands auteurs, juste pour le plaisir de lire de beaux mots. Reportant son regard sur Dakota Roth, elle reprit, d'une voix plus prévenante :

« Je peux concevoir que vous ayez un problème avec vos dons, Miss Roth, mais pas l'inverse. »

Dans son adolescence, Octavia avait détesté entendre ce genre de sermons redondants et inutiles. Aujourd'hui, par un drôle de hasard, elle était de ces adultes qui tenaient ce genre de discours moralisateurs. Octavia espérait simplement qu'elle ne parlait pas dans le vide et que ses propos soigneusement réfléchis ne tombaient pas dans l'oreille d'une sourde.

« Ce que vous devez comprendre, c'est que tout sorcier est capable d'apprivoiser la magie. Vous avez autant de capacités que n'importe lequel de vos camarades de troisième année. Mais avant de pouvoir maîtriser la magie, les sorciers doivent croire en eux.  »

Octavia n'arrivait pas à cerner le problème de Dakota – car il y en avait un, c'était certain ; si tout se déroulait bien, elle n'aurait pas cherché à prendre contact avec l'un de ses professeurs. Mais l'année scolaire était encore jeune, et Octavia avait tout le temps de découvrir ce qui coinçait.

« Je suis parfaitement disposée à vous donner des cours particuliers, du moment que vous êtes motivée. Cependant, je dois reconnaître que le fait que soyez venue frapper à ma porte prouve déjà que vous êtes motivée, finit-elle avec un sourire rassurant. »

Sur le ciel de nos blessures je te peindrai un idéal,
Et si nous sommes cernés de murs, moi j'en ferai des cathédrales.

Le Théâtre de la Magie  Pv 

Bien que la jeune Serpentard tentait, de toutes ses forces, de déchiffrer le visage que lui offrait sa professeure, elle ne put rien y lire. Les traits d'Octavia Peters étaient fermés, indescriptibles, tandis qu'elle écoutait les propos de Dakota, qui devaient sûrement grotesques à l'oreille d'un professeur. Puis, une page du livre se tourna, et les traits de la figure de Miss Peters délièrent, dans un haussement de sourcils qui n'avait rien de rassurant pour la jeune fille. Dakota se voyait déjà rentrer, toute penaude, dans la Salle Commune des Serpentard, atteinte par cet énième échec face à la magie.

Et Miss Peters d'enfoncer un peu plus le clou de la déception chez la préfète :


« Il n'y a personne que la magie n'aime pas. » 

Rideau. Au revoir. La professeure de Sortilèges n'aurait pas pu employer un ton qui aurait mis davantage mal à l'aise la jeune Roth. Elle se sentait tout à coup oppressée, comme de trop dans cette pièce pleine de magie et de livres en tous genres. Bref, elle était en trop, et il fallait qu'elle sorte. Un mal de crâne commença à s'emparer de l'esprit de la jeune fille, et une force invisible lui tapa dans les tempes, si bien que ses oreilles commencèrent à bourdonner. Bien que les lèvres de Miss Peters remuaient, Dakota n'entendait rien.

Elle ne savait pas si elle était en train d'avoir une crise, ou si elle avait vraiment besoin de manger, mais toujours était-il que la Serpentard tenta de se calmer. Elle prit de longues inspirations, assez discrètes pour que l'adulte en face d'elle ne remarque rien. Le bourdonnement s'atténua, et le son revient dans la salle de cours. Et la voix de Miss Peters recommença à s'insinuer dans les tympans de la jeune Dakota, qui s'attendait, de toute manière, à devoir prendre la porte d'ici une minute ou deux.

« Je suis parfaitement disposée à vous donner des cours particuliers, du moment que vous êtes motivée. Cependant, je dois reconnaître que le fait que soyez venue frapper à ma porte prouve déjà que vous êtes motivée. »

Etait-elle rentrée dans une autre dimension ? Avait-elle dit quelque chose pour faire changer d'avis sa professeure ? Ou est-ce qu'elle avait eu pitié de cette pauvre élève en pleine crise ? Dakota ne comprenait pas ce qui avait pu se passer. Elle plongea ses yeux ronds dans le regard de sa professeure, comme pour lui faire comprendre son étonnement face à son revirement, tout ceci dans un silence absolu.

Puis, la Serpentard comprit ce qui était en train de se dérouler. Miss Peters avait accepté. Elle avait accepté. Elle avait même proposé de lui donner des cours particuliers. C'était bien mieux que ce que Dakota avait espéré. Elle pensait que sa professeure allait lui parler quelques instants, à l'instar d'une psychologue et son patient. Mais Miss Peters était allée au-delà de ça. Des cours particuliers, avec une professeur de Sortilèges, qui plus est, était exactement ce qu'il fallait à la jeune fille.

Désormais, le visage de la directice des Serpentard était ouvert, tel un livre qui voulait qu'on le dévore. Dakota put y apercevoir un sourire, et la volonté pour la jeune femme de rassurer au mieux sa jeune élève. Lui montrer qu'elle avait enfin un allié de poids.

Les doigts de la jeune Roth avaient cessé de s'entremêler, et étaient sagement posés sur les genoux de la Serpentard, tandis que celle-ci sortait – enfin – de ses réflexions. Elle fixa un instant la professeure en face d'elle, puis elle donna sa réponse, tout en tachant de ne pas être trop surexcitée :


«  Je suis plus que motivée, Miss ! Vous ne serez pas déçue. Dakota, dans sa joie un peu trop contagieuse, ne put s'empêcher de rajouter, un sourire aux lèvres : Quand commenceraient ces cours, professeure ? »

Reducio
Je m'excuse pour ce retard !

Journaliste aux Chroniques du Sale Hasard ❋ Proud to be a Slytherin.
« On ne se méfie jamais trop de qui sait lire et écrire. »

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À l'évidence ravie de la réponse de son professeur, Dakota Roth lui affirma qu'elle était motivée et qu'elle ferait en sorte de ne pas la décevoir. Octavia hocha simplement la tête d'un automatisme conventionnel, ne voyant rien à répondre aux propos de sa jeune élève. « Je ne vous décevrai pas », « je ferai tout mon possible », « je donnerai tout pour y arriver » étaient de ces promesses qu'on dit souvent à tort et à travers, sans réfléchir à ce que la situation implique vraiment ; et bien malheureux sont ceux qui cueillent ces serments avec une délectation naïve. Depuis longtemps, Octavia avait cessé de croire aux mots. La plupart du temps, ils étaient trop fades à son goût ; ils étaient vides, creux, ils résonnaient, ils ne voulaient rien dire, ils étaient balancés au premier passant du coin de la rue, ils étaient trop faciles, ils étaient pré-mâchés, convenus. Les mots perdaient de leur sens, n'étaient pas employés pour leur vraie signification mais pour l'idée qui était sous-entendue derrière telle ou telle expression. Combien de ceux qui disent « Je ferais n'importe quoi pour louper les cours » seraient véritablement prêts à faire n'importe quoi pour atteindre cet objectif ?

« Je suis disponible les vendredis à vingt heures. Si cela vous convient, nous pourrons commencer ces cours la semaine prochaine. »

Elle écouta la réponse de la jeune Serpentard puis elle la congédia poliment en lui proposant d'aller rejoindre ses camarades pour le dîner. Lorsque Dakota poussa la porte pour quitter la pièce, Octavia lui offrit un dernier sourire, comme pour lui dire qu'elle aussi, elle ferait de son mieux, et que ces cours se passeraient bien. La jeune femme ne savait pas exactement à quel degré se situait l'inquiétude de son élève, et c'est pourquoi elle faisait de son mieux la mettre à l'aise. Dans ses méthodes d'apprentissage, Octavia oscillait entre deux pôles paradoxaux ; elle voulait que ses élèves soient disciplinés et rigoureux, mais elle était faisait preuve d'une patience étonnante envers ceux qui se la jouaient arrogants et indifférents – ce qui ne semblait pas être le cas de l'élève qu'elle avait reçue aujourd'hui.

Elle ne tolérait pas les élèves qui étaient irrespectueux juste parce que ça faisait rebelle, ceux qui n'écoutaient rien simplement parce ça amusait la galerie, ceux qui ne faisaient rien parce qu'ils ne faisaient rien. En revanche, elle portait un grand intérêt à ceux qui cachaient quelque chose, ceux qui attendaient juste une main tendue ; et ceux-là, généralement, avaient déjà été noyés sous les désillusions. Ils ne croyaient plus aux mains tendues, aux gens gorgés de bonnes intentions, aux aides sorties de nulle part. Ceux-là, souvent, taisaient leurs problèmes d'adolescent, parfois bien trop ravageurs, et décrépissaient seuls. Octavia avait été de ceux-là.

Lorsque la porte se referma et que la jeune femme fut certaine d'être seule dans son bureau, elle abandonna sa posture droite et laissa ses épaules s'affaisser. Elle ouvrit le tiroir dans lequel elle avait caché la lettre de sa mère avant l'arrivée de Dakota, et elle la relut. Une fois. Deux fois. Dix fois. Elle ferma les yeux et se mordit la lèvre inférieure si fort qu'un goût de sang envahit sa bouche ; se rendant compte de ce qu'elle était en train de faire, elle cessa aussitôt. Elle ouvrit à nouveau les paupières, et dès lors que ses yeux se posèrent une nouvelle fois sur le premier mot de cette maudite lettre, elle la froissa et en fit une boule compacte qu'elle fit passer d'une main à l'autre, comme une enfant qui s'amuserait. Tandis qu'elle occupait ses mains avec cette boule de papier infernale, des pensées noires lui traversaient l'esprit. Dans un conflit, personne n'était jamais entièrement coupable. Tout n'était pas noir ou blanc. Octavia avait elle aussi commis des erreurs, elle le savait. Sa mère lui reprochait d'être lâche.

Et Octavia, tandis qu'elle commençait à déchirer la lettre, se vit contrainte de faire face à la vérité ; elle était lâche. Elle n'avait pas osé revoir ses parents pour tout leur dire. Elle n'avait pas osé parler sincèrement à Jane Hill. Elle n'avait pas osé expliquer ses actes à Jack Taylor. Elle n'osait jamais.

Sur le ciel de nos blessures je te peindrai un idéal,
Et si nous sommes cernés de murs, moi j'en ferai des cathédrales.