Sortilèges

Inscription
Connexion

L'école des rêves  PV 

Soixante-sept fois que l'élève de première année installé devant Maïka faisait taper son pied sur le sol.

Si tous ces petits bruits réguliers tels que l'aiguille des secondes d'une horloge ou le tapotement d'un pied avaient le don d'agacer certaines personnes, ce n'était pas le cas pour Maïka, bien au contraire ; elle adorait entendre ces sons répétitifs. Cela lui permettait de ne penser à rien d'autre qu'à ce que son ouïe percevait. Ces petits détails lui donnaient l'occasion de se calmer et lui étaient donc régulièrement nécessaires. Aujourd'hui, pourtant, elle n'avait pas besoin de la manie de son voisin pour se canaliser. Tout ce qu'elle voulait, c'était un lit, une couette et un coussin.

La nuit avait été terrible. Tous les éléments avaient été réunis pour rendre Maïka euphorique ; nouvelle école, nouvelles rencontres, nouveaux cours et professeurs, bref, elle avait tant de choses à découvrir ! Sans compter qu'elle devait apprendre à être autonome, à vivre sans ses parents et qu'il fallait qu'elle s'intègre. Elle n'avait pas un tempérament trop timide, alors elle avait bon espoir pour la suite, mais comment être vraiment certaine que tout se déroulerait bien ? Et je ne vous parle même pas de la magie ! Fascinante, magnifique, extraordinaire, mais potentiellement dangereuse. Maïka craignait que coupler sa maladresse et la magie fasse des dégâts. Elle s'était ainsi torturée l'esprit pendant une heure, puis deux, puis trois... et n'avait pas réussi à s'endormir. Lorsque le soleil s'était levé et que ses premiers camarades de dortoir avaient commencé à s'agiter, Maïka n'était toujours pas parvenue à fermer l’œil. Abandonnant l'idée de gagner quelques précieuses minutes de repos, elle avait quitté son lit et avait été une des premières élèves à fouler le sol de la grande salle.

Son manque de sommeil avait probablement coupé son appétit, car Maïka n'avait réussi qu'à avaler un maigre morceau de pain tartiné à la confiture de fraise. En fait, elle avait été bien plus agitée la nuit que la journée. Pour la première fois depuis qu'elle était à Poudlard, elle se sentait vidée de ses forces et n'avait pas l'impression que son cerveau serait capable de supporter les longues heures de cours qui l'attendaient. Pourtant, cela sonnait comme une fatalité, et elle traîna donc des pieds jusque dans la salle de cours de Sortilèges. Elle était entrée dans la classe sans motivation, une main devant la bouche pour étouffer un bâillement, s'était installée, avait focalisé son esprit sur le pied de son voisin et avait commencé à compter le nombre de fois que celui-ci touchait le sol.

Les idées de Maïka commençaient à s'embrouiller et elle se sentit soudainement incapable de continuer à compter. Elle se força à lever les yeux vers l'enseignante, qui était en train de leur parler d'un sortilège censé faire léviter des objets. Puisque ses paroles lui semblaient trop lointaines, Maïka abandonna l'idée d'écouter ce qu'elle racontait et se plongea dans la contemplation de sa longue chevelure blonde.

Il fallait pourtant croire que les cheveux du professeur Keith n'avaient rien de véritablement passionnant, parce que Maïka sentit rapidement ses paupières s'alourdir. Elle tenta de lutter pendant une trentaine de secondes, ouvrant de grands yeux à chaque fois qu'elle se sentait sombrer, secouant légèrement sa tête pour remettre ses idées en place, mais quelques secondes plus tard, Morphée revenait à l'attaque. Alors, finalement, n'en pouvant plus, Maïka céda au sommeil que lui réclamait son corps, coucha sa tête frêle sur son banc et se laissa emporter dans le lointain monde des rêves.

Moins présente.

L'école des rêves  PV 

Cette nouvelle journée était merveilleuse. C'était étrange comme tout paraissait extraordinaire à Poudlard. Eawen avait pourtant voyagé et vu plus de chefs-d'œuvre que nombres de sorciers, mais cette stabilité soudaine avait quelque chose de grisant. Un confort qu'elle n'avait jamais vraiment connu avant de devenir enseignante. Devoir gérer des dizaines d'enfants turbulents ne la gênait absolument pas, c'était presque reposant par rapport à sa vie d'avant. Et puis c'était dans sa nature d'aimer le mouvement, la nouveauté. Il lui semblait avoir trouvé ici un juste équilibre entre la surprise de la découverte et la constance de son travail. Cela avait beau ne faire que quelques jours qu'elle était là, elle se sentait épanouie dans son rôle. Il n'y avait plus qu'à espérer que cela durerait, mais en tout cas elle était sur la bonne voie.

Pour commencer la journée elle ferait cours à des premières années, un mélange de Poufsouffle et de Serpentard. Elle aimait beaucoup cet âge là. Encore éblouis par leurs découvertes sur le château, leur soif d'en savoir plus sur la magie ne tarissait pas. Ils s'émerveillaient de tout, et rien que la vision leurs yeux ébahis était une récompense pour la jeune femme. Chaque geste simple qu'elle réalisait leur semblait une prouesse, un miracle qu'ils contemplaient avec une joie immense. Elle retrouvait avec les plus jeunes le ravissement simple d'étudier ce que les Moldus n'avaient pas la chance d'apprendre : la Magie. Des sorts les plus banals elle faisait un évènement incroyable.

Ouvrant sa porte avec son doux sourire, elle fit entrer les élèves. Certes il leur fallait plus de temps que les sixièmes années pour s'installer, mais au moins cela se faisait dans une gaieté générale. Une fois que chacun fut assis devant une table, plumes, encriers et parchemins sortis, Eawen ramena la silence et l'attention sur elle en prenant la parole. Pour ce second cours de Sortilèges, elle avait choisi de leur faire étudier un sort commun, mais extrêmement utile et magnifique à regarder : le sortilège de Lévitation. Faire voler des objets dans les airs, n'était-ce pas fantastique ? D'après ce qu'elle avait entendu dire, les Moldus appelaient cela la télékinésie. Quel mot barbare pour signifier que l'on pouvait faire bouger quelque chose par la pensée ! En plus ce n'était même pas tout à fait juste puisque sans baguette ni capacités magiques, ils pouvaient toujours essayer de penser le plus fort possible, la plume que les élèves avaient sous les yeux ne bougerait pas d'un centimètre. Ah ces Moldus, ils n'avaient vraiment pas de chance d'être privés de la Magie, ils en venaient à l'inventer en racontant n'importe quoi à son sujet.

Passionnée par son cours, elle expliqua la gestuelle un peu complexe du sort puis sa prononciation un peu difficile elle aussi. Tout cela évidemment accompagné d'exemples concrets. Vint ensuite la partie des sentiments, plus ardue à faire comprendre puisqu'il s'agissait de ressentis à avoir. Elle s'exprima donc avec des mots simples et illustra ses propos avec quelques métaphores, toujours dans le but de rendre plus facile la représentation du sort. Lorsqu'elle fut à peu près sûre que tout le monde avait bien compris et assimilé la théorie, elle passa à l'inévitable exercice pratique. Ce n'était pas bien compliqué aussi elle ne s'attarda pas longtemps sur les règles et laissa les élèves se débrouiller.

Passant dans les rangs pour voir où ils en étaient avec le sort, elle donnait quelques conseils à ceux qui avaient du mal et félicitait les plus doués. Arriva une table où elle trouva une élève endormie. Fatiguée dès le deuxième jour ? Ce n'était pas vraiment ce qu'elle pouvait appeler un bon début. Néanmoins elle resta indulgente, leur première journée avait dû être éprouvante. Posant doucement sa main sur l'épaule de la petite sorcière, elle essaya de la réveiller calmement.

- Hé, c'est plus l'heure de dormir. Il faut se réveiller maintenant.

Elle attendit ensuite de voir si elle réagissait. Elle semblait tellement plongée dans ses rêves qu'Eawen eut presque des remords de la réveiller en un si beau moment. Mais on ne dormait pas en cours, elle allait devoir l'apprendre. Dure contrainte pour une fillette de onze ans, mais c'était ainsi, il fallait bien s'y faire. Une fois calée sur les horaires de cours de chaque journée, tout irait beaucoup mieux.

"Il est plus beau d'éclairer que de briller seulement."
Cupidon en chef
Admise dans le "hall of fame des warriors" de Kristen

L'école des rêves  PV 

La main pâle de Maïka s'avança encore un peu et attrapa enfin les doigts tremblants d'Aria dont les joues étaient rougies par les flots de larmes qui roulaient sur sa peau. Les hoquets mouillés et incontrôlés de sa petite sœur brisèrent le cœur de Maïka qui rassembla toute la force de ses bras pour l'aider à se hisser sur la terre ferme. Dès qu'Aria eut retrouvé un appui assuré sur le sol, Maïka la prit dans ses bras et déposa un baiser sur son crâne. Sans défaire son étreinte, elle lui murmura :

« Pardon, je suis désolée, je savais pas que t'avais le vertige comme ça... »

Doucement, progressivement, les hoquets d'Aria s'éteignirent et il n'y eut plus que des reniflements. Maïka l'éloigna un peu d'elle et ramena ses cheveux humides derrière sa tête. D'une voix encore un peu tremblante, Aria s'adressa à sa sœur :

« On fera plus d'escalade, hein ? »

Maïka jeta un œil à ses parents restés en bas qui abordaient tous les deux une mine très inquiète. Bien sûr, ils se souciaient de la descente. Même si grimper demandait plus d'effort et d'implication, la descente confronterait à nouveau Aria avec son vertige maladif. Maïka, elle, ne songeait même pas à cette seconde étape compliquée et s'efforçait uniquement de rassurer sa petite sœur.

« Plus jamais. »

Alors que Maïka décrochait enfin son regard d'Aria pour trouver le moniteur dans le but de lui demander s'il n'y avait pas un moyen d'éviter une descente traumatisante pour sa sœur, elle s'aperçut qu'il n'y avait plus la moindre trace de mur d'escalade autour d'elle. En fait, le paysage avait radicalement changé. Il n'y avait que des champs et des bottes de foin à perte de vue. Aria, quant à elle, se trouvait à une dizaine de mètres de Maïka et avait une mine bien moins triste ; en fait, elle riait aux éclats. Elle était couchée sur une botte de foin et semblait coincée là-haut, n'osant sans doute pas sauter, mais contrairement à l'épisode de l'escalade, elle n'en avait pas l'air inquiète. Elle releva ses yeux noisette vers Maïka et l'appela de sa voix d'enfant :

« Maï ! Peux pas descendre ! »

Maïka accourut vers sa sœur en riant et en remontant le col de son pull rouge. Lorsque Maïka fut près d'elle, Aria enchaîna ses bras autour de son cou et Maïka la fit descendre en tentant un peu vainement d'y aller doucement. Évidemment, Maïka n'était pas bien plus robuste qu'Aria, et elles tombèrent toutes les deux à terre ; mais avant qu'elles n'aient le temps de se relever, Maïka sentit qu'on lui tapotait l'épaule.

Elle sursauta. C'était le professeur Keith. Le paysage avait à nouveau changé, mais cette fois-ci, Maïka comprit que tout le reste n'avait été qu'un songe et qu'elle venait de retourner à la réalité. Elle se souvint qu'elle s'était assoupie et sentit le rouge lui monter aux joues. Pourtant, l'enseignante fut étonnamment douce - ce qui n'empêcha pas Maïka de se sentir honteuse et épiée par une bonne partie de la classe.

« Je... Oui, désolée, murmura-t-elle en fuyant le regard de son enseignante. »

Le cours reprit et la Poufsouffle se mit à compter son nombre d'inspirations, histoire de ne plus penser à l'épisode qui venait de se dérouler. C'était la première fois de sa vie qu'elle s'endormait en cours. Le professeur Keith devait avoir une terrible image d'elle, désormais. Maïka ne savait pas comment se rattraper.

Quand l'enseignante annonça aux élèves qu'il était temps de passer à la partie pratique, Maïka, qui n'écoutait bien sûr rien du tout, ne bougea pas d'un pouce et resta perdue dans ses pensées, la tête appuyée contre le mur, sans même prendre conscience que ses camarades se mouvaient autour d'elle pour suivre les consignes du professeur.

Moins présente.

L'école des rêves  PV 

Les paupières ensommeillées de la fillette se relevèrent. Elle s'excusa, fuyant le regard de sa professeur. Cette dernière hocha doucement la tête. La petite faisait visiblement de son mieux pour suivre le cours, un élève peu assidu n'aurait pas eu une attitude de gêne comme celle qu'avait la brune. Conciliante, elle s'éloigna un peu, se promettant néanmoins de surveiller la jeune endormie. Qu'aurait-elle fait à son âge ? Aurait-elle pu tenir des heures assise à une table en écoutant des mots s'enchainer toute la journée ? A bien y réfléchir, elle en doutait. Elle était trop vive, trop impétueuse pour cela. Décidément, elle avait eu bien de la chance de vivre cette vie de voyages !

Où donc était-elle lors de ses onze ans ? Tout en déambulant au milieu des élèves, vérifiant rapidement leurs gestes et leur prononciation, Eawen se remémora son enfance peuplée d'aventures. Ah voilà ! En septembre 2032, ses parents étaient partis au Canada. Étudier les artefacts liés à la magie sylvestre, une branche particulièrement développée là-bas. Oh elle se souvenait de tout ! C'était magnifique. Elle s'amusait alors à suivre sa mère à la recherche d'écritures étranges ou d'arbres qu'elle trouvait spéciaux sans que sa fille décèle la moindre particularité. Elle passait ainsi des heures à rechercher le moindre indice, la moindre branche intéressante tandis qu'Eawen courait jusqu'à la lisière des bois et admirait les lacs immenses. En y songeant, ils devaient avoir bien confiance en elle pour la laisser libre d'aller ainsi à sa guise ! Il est vrai qu'elle savait nager, escalader et pratiquer à peu près tous les sports utiles à une vie sauvage en plus d'avoir un excellent sens de l'orientation.

- Miss, regardez ! Regardez ! J'ai réussi !

Une voix surexcitée interpela Eawen. Alors qu'elle regardait un garçon ayant visiblement du mal avec le sort, la jeune femme pivota en direction de la voix. Une jeune rousse au blason vert et au sourire ravi fixait sa plume en lévitation du regard. Ça n'était pas parfait, la plume tremblotait avec une visible envie de redescendre le plus vite possible sur la table, mais c'était déjà bien. S'approchant avec bienveillance de la Serpentard, l'enseignante vit finalement l'objet retomber brutalement tandis que la petite magicienne soufflait, fatiguée.

- Très bien Miss Everny ! Maintenant, si vous voulez tenir plus longtemps, il va falloir économiser vos forces et vous concentrer plus.

Laissant là l'enfant à sa joie et à la myriade d'élèves qui l'admiraient et lui posaient mille questions, la jeune femme balaya la classe du regard. Chacun semblait déterminé à réussir le premier sort de l'année. Sauf une. Une qui rêvait, perdue dans ses pensées, la tête appuyée contre le mur. La Poufsouffle qui s'était endormie déjà. La présence d'une adulte pour la diriger semblait nécessaire, et Eawen marcha rapidement vers elle.

- Hum hum. Je crois que vous avez besoin d'aide Miss Cooper... Alors, pouvez-vous me dire quelles sont les cinq étapes pour réaliser un sort ?

Tout en parlant, elle avait sorti sa baguette et fit voler la plume jusqu'au nez de la fillette afin de la chatouiller un peu, avant de la replacer tout en douceur sur la table. Il fallait capter son attention, et quoi de mieux pour cela que le rire ? D'ailleurs elle s'en souvenait bien, les cours qu'elle avait le mieux appris étaient ceux associés à des blagues que son père lui racontaient. Cette technique ne pouvait être réalisée en permanence, elle avait besoin d'un lien concret entre deux personnes et la généraliser serait absurde, mais elle avait le mérite d'être très efficace.
C'était le bon moment pour la tester sur une petite étourdie, et Eawen en espérait beaucoup.

"Il est plus beau d'éclairer que de briller seulement."
Cupidon en chef
Admise dans le "hall of fame des warriors" de Kristen