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Une tarte aux fraises pour deux  PV Rey Sifferlen 

Mars 2043.


Lucy était arrivée un peu en avance au point de rendez-vous, anxieuse. Des oiseaux chantaient gaiement ; et si l’on observait assez attentivement, on pouvait constater que certains s’adonnaient déjà à des parades nuptiales. Le printemps s’installait tout doucement. Par chance, ce jour-ci, le temps était radieux ; le ciel était découvert et les températures, douces. Lucy trouva finalement l’endroit idéal : une belle étendue d’herbes près du lac, et surtout sans trop de passage. Elle étala la grande nappe rose à fleurs bleutées qu’elle avait amenée, et dressa soigneusement dessus son panier en osier et son service de thé qu’elle avait reçu à Noël. Dans une petite assiette, elle disposa des gâteaux en forme de cœurs et dans deux autres, deux généreuses parts de tarte aux fraises. Sa maman lui avait fait parvenir par hibou, le matin même, les différentes douceurs qu’elle s’apprêtait à faire goûter à l’élu de son cœur. L’élu de son cœur… A cette pensée, elle frissonna.

Cela faisait quelques temps qu’elle observait Rey, un garçon de Poufsouffle, pendant leurs cours communs. Il était pour elle synonyme de perfection. Lucy éprouvait pour lui un sentiment tout particulier qu’elle ne savait nommer. Elle se perdait dans les reflets roux de ses cheveux de feu, et si par hasard, son regard ambré venait à rencontrer le sien, ah ! elle sentait alors son cœur chavirer. Elle n’avait jamais ressenti quoi que ce soit de semblable : maman lui disait toujours que les garçons étaient bêtes à son âge et qu’il ne fallait pas leur faire confiance, et elle était parfaitement d’accord avec elle. Alors pourquoi s’intéressait-elle à lui ? Malgré sa grande timidité, elle avait finalement craqué et avait confié ses sentiments sur le papier. Incapable de lui parler en face, elle lui avait honteusement envoyé sa lettre par hibou. A la fin de celle-ci se trouvait une invitation pour partager ensemble une tarte aux fraises. A sa grande surprise, il avait accepté !

Après avoir reçu la lettre de Rey, elle s’était hâtée d’aller à la volière envoyer une lettre à sa mère pour expliquer la situation. Elle avait alors reçu ce matin-même un gros paquet, transporté laborieusement par deux hiboux fatigués. Deux lettres y étaient jointes : la première de sa mère, lui souhaitant bon courage, et celle de son père, qui lui disait que si le garçon lui brisait le cœur, il aurait affaire à lui. Mais ce n’étaient pas les lettres que Lucy désirait. Elle avait découvert avec surprise, et délice, que sa mère avait laissé parler sa créativité avec non pas une mais trois tartes en forme de cœur, et des petits gâteaux assortis.

Elle attendait donc patiemment, assise sur en tailleur sur sa nappe. Elle s’efforçait d’afficher un air détendu, mais elle tremblait de tout son corps, ses mains étaient moites et sa respiration, saccadée. Elle en venait presque à regretter sa témérité qui l’avait incitée à écrire à Rey. Elle était pourtant si timide, d’ordinaire, elle faisait tout pour ne pas attirer l’attention. La jeune fille sentait la panique monter doucement en elle. Calme, tout va bien se passer… se répéta-t-elle sans aucune conviction...

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Rey se tordait les doigts depuis une bonne heure déjà, incapable de faire redescendre sa nervosité. Surtout depuis le regard courroucé et désapprobateur que lui avait lancé Kiara lorsqu'il leur avait expliqué sa situation. Eliott s'était contenté de rire. Évidemment. Et finalement il n'avait aucune solution à apporter à ce bourbier dans lequel il s'était mis. Bien sûr qu'il avait accepté la gentillesse de la Serdaigle, elle lui avait proposé une tarte aux fraises ! Comment aurait-il pu refuser ?! Lui qui adorait les tartes aux fraises… Comment aurait-il pu deviner que la fillette avait d'autres idées en tête que de partager une bonne tarte ? Il n'était pas dans sa tête, qu’est ce que c'était compliqué une fille. Il garda bien entendu sa réflexion sous silence de peur de se faire incendier par la petite blonde ou tout autre oreilles féminines qui passeraient par là. Quand l’heure du rendez-vous arriva, il se leva du trop douillet fauteuil.

- Bon, on se voit tout à l'heure, dit-il avant de quitter la salle commune sans un regard pour ces deux amis dont il redoutait l'expression.

La pression monta d'un cran lorsqu'il atteignit les grandes portes menant à l'extérieur. Il eut une pensée pour Qiong, se renfrogna, hésita puis se lança après s’être passé nerveusement la main dans ses cheveux courts.

- Et puis zut, il n'était seulement question d'une tarte, se murmura-t-il à lui-même.

L’air frais qui caressa son visage lui fit du bien, tout comme les rayons du soleil qui rechauffèrent instantanément sa peau. Le printemps était enfin arrivé. Il faisait encore un peu froid mais cela ne freinait que les jeunes sorciers. Les animaux et les fleurs, eux étaient déjà de sorti. Il sourit à cette vie qui s'éveillait et parcouru leur parc des yeux. Lorsqu'il repéra la fillette, son sourire se crispa. Il espérait que ça allait bien se passer. Il la rejoignit d'un pas de plus en plus lent. Lorsqu'il avisa la nappe et les pâtisseries en forme de cœur, il faillit s’enfuir en courant. Mais il se figurait qu’Eliott était sûrement en train de l'épier et sa fierté l’emporta.

- Euh… Salut ? Dit-il d'une voix mal assurée.

Raide, les bras le long du corps, il ne savait absolument pas quoi faire.

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Lucy était tellement perdue dans ses pensées qu’elle n’avait pas vu Rey arriver. Elle sursauta lorsqu’il lui adressa la parole.   

« Euh… Salut ? » dit-il.

Il semblait aussi intimidé qu’elle. La jeune fille rougit davantage. Elle planta son regard dans celui du garçon et se sentit fondre. C’était comme si un champ de violettes fleurissait soudainement dans son cœur. Ces sentiments étaient une nouveauté pour l’enfant qui ne savait comment réagir. Bien qu’encore toute tremblante, elle ne put s’empêcher d’éprouver un grand soulagement : elle avait eu si peur qu’il ne vienne pas ! Maintenant, elle allait devoir vaincre sa timidité si elle voulait converser avec lui.

« Je… j’ai… euh… Bonjour, Re…Rey ! » dit-elle d’une voix tremblante, sans réussir à réprimer son bégaiement.

Lucy se sentit très stupide. Mais Rey aussi avait l’air idiot, à rester figé sans s’asseoir, alors qu’elle lui avait réservé une jolie place sur la nappe et qu’elle avait même mis à sa disposition un coussin, avec des petits chats et des roses brodés dessus, pour qu’il soit tout à son aise. Elle avait emprunté ce coussin à Solal, qui avait même un foulard assorti –mais il s’agissait d’un secret, bien évidemment. Elle se demandait quelle serait sa réaction s’il découvrait qu’elle avait pris son coussin favori pour que Rey s’assît dessus. Lui qui semblait si fourbe et si malin, est-ce qu’il chercherait à la faire enfermer aux cachots ? Ses mains tremblèrent davantage. Peu importait, le regard sensationnel de Rey méritait bien tous les risques !

« Tu… tu veux t’a… t’asseoir ? » proposa-t-elle en désignant le  coussin. « J’ai… j’ai des petits gâ…gâteaux, parfumés à la rose et à la… la fleur d’oranger… tu… tu en veux ? »

La jeune fille déglutit. Elle passa nerveusement sa main dans ses cheveux, qu’elle avait pour l’occasion tressés en deux grandes nattes, dans lesquelles des primevères avaient été glissées. L’angoisse lui nouait tellement le ventre qu’elle ne savait même pas si elle serait capable de manger.

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Le bégaiement timide de la fillette le mit encore plus mal à l’aise. Est ce que c’était ses soi-disants sentiments qui la faisait s’exprimer ainsi ? Il espérait que la Serdaigle était naturellement timide sinon il était mal, vraiment mal. Kiara l’attraperait et l’enfermerait dans les cachots si jamais il jouait avec les sentiments d’une fille. Quoiqu’elle était trop douce pour ça. Ou pas. Ne jamais sous-estimer une fille, se reprit Rey mentalement avant de rencontrer le regard l’aiglonne. Il se rendit compte alors qu’il ne se souvenait plus de son prénom alors qu’elle connaissait très bien le sien. La panique commença à submerger le rouquin et cela se traduisit par une stature complètement rigide. Il s’était pourtant promis après l’épisode d’éclabouille qu’il n’aurait plus jamais peur. Mais comment aurait-il pu prévoir qu’il ferait face à une situation pareille ? C’était une nouveauté pour lui. Certes, il avait rencontré Qiong, mais ce n’était pas du tout pareil. Là, il devait faire gentiment comprendre qu’il y avait eu malentendu et se souvenir absolument du prénom de la fille.

Rompant le silence à nouveau, elle lui proposa de s'asseoir sur un coussin absolument horrible, orné de petits chats et de roses. Un désign sensationnel. Mais pas du tout de son goût. Il se demandait bien qui avait bien pu vendre chose pareille. Dans les champs des possibles, il n’imaginait qu’une vieille dame apothicaire.

« J’ai… j’ai des petits gâ…gâteaux, parfumés à la rose et à la… la fleur d’oranger… tu… tu en veux ? »

Et la tarte ? Elle était où la tarte ? Est-ce qu’il avait eu totale méprise ?

- Ecoute, commença Rey sur un ton qui se voulait le plus aimable possible, je crois qu’il y a eu mal…

Sa phrase resta en suspend, il venait de repérer la tarte aux fraises. En plus, elle avait un regard si attendrissant, était-il obligé de lui dire des choses blessantes tout de suite ? Surtout que Kiara avait peut-être mal interprété la lettre et que c’est lui qui avait raison depuis le début.

- Bien sûr, se surprit-il à dire à la place.

Il s’assit alors, en évitant soigneusement le coussin. Le sol, c’était beaucoup mieux. Par contre, il fallait absolument qu’il se souvienne de son prénom sinon ça allait vraiment mal finir...

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« Bien sûr. » dit Rey. Il lui sembla qu’il avait dit autre chose juste avant, mais c’était tout ce qu’elle avait retenu. Pourtant, son regard ne lâchait pas celui du jeune garçon et elle buvait ses paroles avec avidité.

A sa grande surprise, Rey s’assit non pas sur le coussin, ni même sur la nappe, mais par terre. Par terre ! Sur le sol humide, grouillant d’insectes. Mais à quoi jouait-il ? Était-ce une manière de prendre ses distances avec elle ? Refusait-il son amour ? Soudain, le regard de Lucy s’illumina. Mais bien sûr ! Le pauvre garçon avait probablement de sérieux problèmes de vue. Elle ressentit un élan de compassion pour le jeune Rey. Pauvre enfant, comment arrivait-il à jouer au Quidditch ainsi ? Elle le regarda avec tendresse. Son amour pour lui ne se trouvait qu’amplifié. Oh, il réaliserait probablement son erreur quand l’humidité de l’herbe aurait fini de traverser ses vêtements. Elle ne laisserait pas une telle chose arriver ! Elle se leva donc pour l’aider à trouver la nappe, déterminée à aider l’élu de son cœur. Hé, mais s’il fallait l’aider, peut-être pourrait-elle lui tenir la main, du coup ? Elle fit un pas vers lui, mais glissa dans les pans de la nappe. Heureusement, elle se rattrapa tant bien que mal. Mais le coussin était aussi dans sa trajectoire. Elle trébucha et s’étala de tout son long par terre. Sa tête heurta durement les pieds de Rey.

De la terre. Des brins d’herbes. Une odeur… non identifiée. Les chaussures du garçon étaient vraiment sales. Diantre, ses lèvres avaient touché les chaussures de Rey ! Elle… Elle l’avait embrassé ! Bon, certes, juste les pieds, mais il fallait un début à tout. Le rouge lui monta aux joues aussi vite que son enthousiasme redescendit. Beurk. Fichu coussin. C’était, selon elle, ce que l’on pouvait appeler le karma. Elle avait volé le coussin de Solal et elle en payait les frais. D’ailleurs, ce coussin, il n’était peut-être même pas à Solal. C’était lui qui l’avait « mis à disposition » dans leur salle commune, pour faire plaisir aux filles, paraissait-il. Mais elle se souvenait que c’était surtout Alma qui bavait comme une limace dessus, le soir. C’était donc le coussin d’Alma. Et l’impitoyable punition divine d’Alma s’abattait maintenant sur elle. Elle se releva en vitesse, essuya sa bouche d’un revers de la main et lança un regard noir à Rey. Qu’il essaie donc de se moquer d’elle !

Mais bon, ce n’était pas de sa faute. Et il était si mignon. Si beau. Son regard s’adoucit et elle se perdit à nouveau dans ses pensées, songeuse. Puis elle jeta un regard à la nappe. Les petits gâteaux avaient souffert. Ils étaient écrasés, éparpillés un peu partout. Heureusement, elle n’était pas tombée sur les parts de la tarte, qui étaient parfaitement intactes. C’était le principal.

Elle était très gênée mais préféra faire comme si rien ne s’était passé.

« Je… les gâteaux… je… tarte aux fraises ? » Idiote. Stupide bécasse. Les mêmes capacités d’élocution qu’un troll des montagnes. C’était très embarrassant. La tête baissée, les joues rouges, elle tendit en silence une part de tarte aux fraises au jeune Rey, et lui servit une tasse de thé.

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