Lac

Inscription
Connexion

Une tarte aux fraises pour deux  PV Rey Sifferlen 

Mars 2043.


Lucy était arrivée un peu en avance au point de rendez-vous, anxieuse. Des oiseaux chantaient gaiement ; et si l’on observait assez attentivement, on pouvait constater que certains s’adonnaient déjà à des parades nuptiales. Le printemps s’installait tout doucement. Par chance, ce jour-ci, le temps était radieux ; le ciel était découvert et les températures, douces. Lucy trouva finalement l’endroit idéal : une belle étendue d’herbes près du lac, et surtout sans trop de passage. Elle étala la grande nappe rose à fleurs bleutées qu’elle avait amenée, et dressa soigneusement dessus son panier en osier et son service de thé qu’elle avait reçu à Noël. Dans une petite assiette, elle disposa des gâteaux en forme de cœurs et dans deux autres, deux généreuses parts de tarte aux fraises. Sa maman lui avait fait parvenir par hibou, le matin même, les différentes douceurs qu’elle s’apprêtait à faire goûter à l’élu de son cœur. L’élu de son cœur… A cette pensée, elle frissonna.

Cela faisait quelques temps qu’elle observait Rey, un garçon de Poufsouffle, pendant leurs cours communs. Il était pour elle synonyme de perfection. Lucy éprouvait pour lui un sentiment tout particulier qu’elle ne savait nommer. Elle se perdait dans les reflets roux de ses cheveux de feu, et si par hasard, son regard ambré venait à rencontrer le sien, ah ! elle sentait alors son cœur chavirer. Elle n’avait jamais ressenti quoi que ce soit de semblable : maman lui disait toujours que les garçons étaient bêtes à son âge et qu’il ne fallait pas leur faire confiance, et elle était parfaitement d’accord avec elle. Alors pourquoi s’intéressait-elle à lui ? Malgré sa grande timidité, elle avait finalement craqué et avait confié ses sentiments sur le papier. Incapable de lui parler en face, elle lui avait honteusement envoyé sa lettre par hibou. A la fin de celle-ci se trouvait une invitation pour partager ensemble une tarte aux fraises. A sa grande surprise, il avait accepté !

Après avoir reçu la lettre de Rey, elle s’était hâtée d’aller à la volière envoyer une lettre à sa mère pour expliquer la situation. Elle avait alors reçu ce matin-même un gros paquet, transporté laborieusement par deux hiboux fatigués. Deux lettres y étaient jointes : la première de sa mère, lui souhaitant bon courage, et celle de son père, qui lui disait que si le garçon lui brisait le cœur, il aurait affaire à lui. Mais ce n’étaient pas les lettres que Lucy désirait. Elle avait découvert avec surprise, et délice, que sa mère avait laissé parler sa créativité avec non pas une mais trois tartes en forme de cœur, et des petits gâteaux assortis.

Elle attendait donc patiemment, assise sur en tailleur sur sa nappe. Elle s’efforçait d’afficher un air détendu, mais elle tremblait de tout son corps, ses mains étaient moites et sa respiration, saccadée. Elle en venait presque à regretter sa témérité qui l’avait incitée à écrire à Rey. Elle était pourtant si timide, d’ordinaire, elle faisait tout pour ne pas attirer l’attention. La jeune fille sentait la panique monter doucement en elle. Calme, tout va bien se passer… se répéta-t-elle sans aucune conviction...

Tous à l'abordage !
Tallucy, les princesses rebelles.
J'aime les choux à la crème.

Une tarte aux fraises pour deux  PV Rey Sifferlen 

Rey se tordait les doigts depuis une bonne heure déjà, incapable de faire redescendre sa nervosité. Surtout depuis le regard courroucé et désapprobateur que lui avait lancé Kiara lorsqu'il leur avait expliqué sa situation. Eliott s'était contenté de rire. Évidemment. Et finalement il n'avait aucune solution à apporter à ce bourbier dans lequel il s'était mis. Bien sûr qu'il avait accepté la gentillesse de la Serdaigle, elle lui avait proposé une tarte aux fraises ! Comment aurait-il pu refuser ?! Lui qui adorait les tartes aux fraises… Comment aurait-il pu deviner que la fillette avait d'autres idées en tête que de partager une bonne tarte ? Il n'était pas dans sa tête, qu’est ce que c'était compliqué une fille. Il garda bien entendu sa réflexion sous silence de peur de se faire incendier par la petite blonde ou tout autre oreilles féminines qui passeraient par là. Quand l’heure du rendez-vous arriva, il se leva du trop douillet fauteuil.

- Bon, on se voit tout à l'heure, dit-il avant de quitter la salle commune sans un regard pour ces deux amis dont il redoutait l'expression.

La pression monta d'un cran lorsqu'il atteignit les grandes portes menant à l'extérieur. Il eut une pensée pour Qiong, se renfrogna, hésita puis se lança après s’être passé nerveusement la main dans ses cheveux courts.

- Et puis zut, il n'était seulement question d'une tarte, se murmura-t-il à lui-même.

L’air frais qui caressa son visage lui fit du bien, tout comme les rayons du soleil qui rechauffèrent instantanément sa peau. Le printemps était enfin arrivé. Il faisait encore un peu froid mais cela ne freinait que les jeunes sorciers. Les animaux et les fleurs, eux étaient déjà de sorti. Il sourit à cette vie qui s'éveillait et parcouru leur parc des yeux. Lorsqu'il repéra la fillette, son sourire se crispa. Il espérait que ça allait bien se passer. Il la rejoignit d'un pas de plus en plus lent. Lorsqu'il avisa la nappe et les pâtisseries en forme de cœur, il faillit s’enfuir en courant. Mais il se figurait qu’Eliott était sûrement en train de l'épier et sa fierté l’emporta.

- Euh… Salut ? Dit-il d'une voix mal assurée.

Raide, les bras le long du corps, il ne savait absolument pas quoi faire.

Poursuiveur des Frelons
*Le souffle des poufsouffles jamais ne s'étouffe*
2eme année RP

Une tarte aux fraises pour deux  PV Rey Sifferlen 

Lucy était tellement perdue dans ses pensées qu’elle n’avait pas vu Rey arriver. Elle sursauta lorsqu’il lui adressa la parole.   

« Euh… Salut ? » dit-il.

Il semblait aussi intimidé qu’elle. La jeune fille rougit davantage. Elle planta son regard dans celui du garçon et se sentit fondre. C’était comme si un champ de violettes fleurissait soudainement dans son cœur. Ces sentiments étaient une nouveauté pour l’enfant qui ne savait comment réagir. Bien qu’encore toute tremblante, elle ne put s’empêcher d’éprouver un grand soulagement : elle avait eu si peur qu’il ne vienne pas ! Maintenant, elle allait devoir vaincre sa timidité si elle voulait converser avec lui.

« Je… j’ai… euh… Bonjour, Re…Rey ! » dit-elle d’une voix tremblante, sans réussir à réprimer son bégaiement.

Lucy se sentit très stupide. Mais Rey aussi avait l’air idiot, à rester figé sans s’asseoir, alors qu’elle lui avait réservé une jolie place sur la nappe et qu’elle avait même mis à sa disposition un coussin, avec des petits chats et des roses brodés dessus, pour qu’il soit tout à son aise. Elle avait emprunté ce coussin à Solal, qui avait même un foulard assorti –mais il s’agissait d’un secret, bien évidemment. Elle se demandait quelle serait sa réaction s’il découvrait qu’elle avait pris son coussin favori pour que Rey s’assît dessus. Lui qui semblait si fourbe et si malin, est-ce qu’il chercherait à la faire enfermer aux cachots ? Ses mains tremblèrent davantage. Peu importait, le regard sensationnel de Rey méritait bien tous les risques !

« Tu… tu veux t’a… t’asseoir ? » proposa-t-elle en désignant le  coussin. « J’ai… j’ai des petits gâ…gâteaux, parfumés à la rose et à la… la fleur d’oranger… tu… tu en veux ? »

La jeune fille déglutit. Elle passa nerveusement sa main dans ses cheveux, qu’elle avait pour l’occasion tressés en deux grandes nattes, dans lesquelles des primevères avaient été glissées. L’angoisse lui nouait tellement le ventre qu’elle ne savait même pas si elle serait capable de manger.

Tous à l'abordage !
Tallucy, les princesses rebelles.
J'aime les choux à la crème.

Une tarte aux fraises pour deux  PV Rey Sifferlen 

Le bégaiement timide de la fillette le mit encore plus mal à l’aise. Est ce que c’était ses soi-disants sentiments qui la faisait s’exprimer ainsi ? Il espérait que la Serdaigle était naturellement timide sinon il était mal, vraiment mal. Kiara l’attraperait et l’enfermerait dans les cachots si jamais il jouait avec les sentiments d’une fille. Quoiqu’elle était trop douce pour ça. Ou pas. Ne jamais sous-estimer une fille, se reprit Rey mentalement avant de rencontrer le regard l’aiglonne. Il se rendit compte alors qu’il ne se souvenait plus de son prénom alors qu’elle connaissait très bien le sien. La panique commença à submerger le rouquin et cela se traduisit par une stature complètement rigide. Il s’était pourtant promis après l’épisode d’éclabouille qu’il n’aurait plus jamais peur. Mais comment aurait-il pu prévoir qu’il ferait face à une situation pareille ? C’était une nouveauté pour lui. Certes, il avait rencontré Qiong, mais ce n’était pas du tout pareil. Là, il devait faire gentiment comprendre qu’il y avait eu malentendu et se souvenir absolument du prénom de la fille.

Rompant le silence à nouveau, elle lui proposa de s'asseoir sur un coussin absolument horrible, orné de petits chats et de roses. Un désign sensationnel. Mais pas du tout de son goût. Il se demandait bien qui avait bien pu vendre chose pareille. Dans les champs des possibles, il n’imaginait qu’une vieille dame apothicaire.

« J’ai… j’ai des petits gâ…gâteaux, parfumés à la rose et à la… la fleur d’oranger… tu… tu en veux ? »

Et la tarte ? Elle était où la tarte ? Est-ce qu’il avait eu totale méprise ?

- Ecoute, commença Rey sur un ton qui se voulait le plus aimable possible, je crois qu’il y a eu mal…

Sa phrase resta en suspend, il venait de repérer la tarte aux fraises. En plus, elle avait un regard si attendrissant, était-il obligé de lui dire des choses blessantes tout de suite ? Surtout que Kiara avait peut-être mal interprété la lettre et que c’est lui qui avait raison depuis le début.

- Bien sûr, se surprit-il à dire à la place.

Il s’assit alors, en évitant soigneusement le coussin. Le sol, c’était beaucoup mieux. Par contre, il fallait absolument qu’il se souvienne de son prénom sinon ça allait vraiment mal finir...

Poursuiveur des Frelons
*Le souffle des poufsouffles jamais ne s'étouffe*
2eme année RP

Une tarte aux fraises pour deux  PV Rey Sifferlen 

« Bien sûr. » dit Rey. Il lui sembla qu’il avait dit autre chose juste avant, mais c’était tout ce qu’elle avait retenu. Pourtant, son regard ne lâchait pas celui du jeune garçon et elle buvait ses paroles avec avidité.

A sa grande surprise, Rey s’assit non pas sur le coussin, ni même sur la nappe, mais par terre. Par terre ! Sur le sol humide, grouillant d’insectes. Mais à quoi jouait-il ? Était-ce une manière de prendre ses distances avec elle ? Refusait-il son amour ? Soudain, le regard de Lucy s’illumina. Mais bien sûr ! Le pauvre garçon avait probablement de sérieux problèmes de vue. Elle ressentit un élan de compassion pour le jeune Rey. Pauvre enfant, comment arrivait-il à jouer au Quidditch ainsi ? Elle le regarda avec tendresse. Son amour pour lui ne se trouvait qu’amplifié. Oh, il réaliserait probablement son erreur quand l’humidité de l’herbe aurait fini de traverser ses vêtements. Elle ne laisserait pas une telle chose arriver ! Elle se leva donc pour l’aider à trouver la nappe, déterminée à aider l’élu de son cœur. Hé, mais s’il fallait l’aider, peut-être pourrait-elle lui tenir la main, du coup ? Elle fit un pas vers lui, mais glissa dans les pans de la nappe. Heureusement, elle se rattrapa tant bien que mal. Mais le coussin était aussi dans sa trajectoire. Elle trébucha et s’étala de tout son long par terre. Sa tête heurta durement les pieds de Rey.

De la terre. Des brins d’herbes. Une odeur… non identifiée. Les chaussures du garçon étaient vraiment sales. Diantre, ses lèvres avaient touché les chaussures de Rey ! Elle… Elle l’avait embrassé ! Bon, certes, juste les pieds, mais il fallait un début à tout. Le rouge lui monta aux joues aussi vite que son enthousiasme redescendit. Beurk. Fichu coussin. C’était, selon elle, ce que l’on pouvait appeler le karma. Elle avait volé le coussin de Solal et elle en payait les frais. D’ailleurs, ce coussin, il n’était peut-être même pas à Solal. C’était lui qui l’avait « mis à disposition » dans leur salle commune, pour faire plaisir aux filles, paraissait-il. Mais elle se souvenait que c’était surtout Alma qui bavait comme une limace dessus, le soir. C’était donc le coussin d’Alma. Et l’impitoyable punition divine d’Alma s’abattait maintenant sur elle. Elle se releva en vitesse, essuya sa bouche d’un revers de la main et lança un regard noir à Rey. Qu’il essaie donc de se moquer d’elle !

Mais bon, ce n’était pas de sa faute. Et il était si mignon. Si beau. Son regard s’adoucit et elle se perdit à nouveau dans ses pensées, songeuse. Puis elle jeta un regard à la nappe. Les petits gâteaux avaient souffert. Ils étaient écrasés, éparpillés un peu partout. Heureusement, elle n’était pas tombée sur les parts de la tarte, qui étaient parfaitement intactes. C’était le principal.

Elle était très gênée mais préféra faire comme si rien ne s’était passé.

« Je… les gâteaux… je… tarte aux fraises ? » Idiote. Stupide bécasse. Les mêmes capacités d’élocution qu’un troll des montagnes. C’était très embarrassant. La tête baissée, les joues rouges, elle tendit en silence une part de tarte aux fraises au jeune Rey, et lui servit une tasse de thé.

Tous à l'abordage !
Tallucy, les princesses rebelles.
J'aime les choux à la crème.

Une tarte aux fraises pour deux  PV Rey Sifferlen 

Alors qu'il se mettait en tailleur et tâchait de prendre une position un peu plus détendue, Rey vit du coin de l'œil la fillette se lever. Instantanément, son dos se raidit à nouveau. Fut-il été en présence de la directrice qu'il n'aurait pas été plus crispé. Il déglutit en la voyant faire un pas dans sa direction. Qu'est-ce qu'elle voulait ? Qu'est ce qu'elle faisait ? Pourquoi ne restait-elle pas à sa place ? Allait-elle tenter de le toucher ? De... L'embrasser ?

Le rouquin s'arrêta de respirer. C'était un cauchemar. Il regrettait de loin l'éclabouille et la mort à laquelle il pensait être condamné. Cette peur là, il avait pu la dompter grâce à Eliott. Mais là, en ce moment fatidique de sa jeune existence, il se savait complètement seul et démuni face à l'inexorable attentat à sa personne qui allait bientôt avoir lieu. Devait-il se lever et partir en courant comme le ferait la plupart des garçons de son âge -et même plus vieux- face à une telle situation ? Se serait lâche. Mais Rey n'avait jamais prétendu être très courageux...

A peine posa t-il une main au sol pour prendre appui dans l'intention manifeste de prendre ses jambes à son cou, que ce fut la serdaigle qui s'emmêla les pieds, trébucha sur l'horrible coussin de grand-mère et finit par s'étaler la tête la première. Rey observa avec stupeur la fillette échanger un fugace baiser, probablement douloureux au vu de l'impact non contrôlé, avec ses chaussures sales. Très sales. Parce que oui, il venait de marcher dans la terre humide pour venir jusqu'ici et un peu de boue était restée collée à ses semelles. La pauvre. Le pauvre. Il ne savait plus trop. Son cerveau venait de se mettre sur pause tant la chute de cette histoire l'avait surprise.

Il observa sans rien dire la bleue et bronze se relever rapidement et accusa son regard noir sans broncher. Finalement, pas si douce que ça la fillette. En plus, il n'avait rien fait. Il n'en avait pas vraiment eu le temps. Mais déjà son regard s'adoucissait à nouveau. Qu'était-ce donc ce démon aux milles visages...

« Je… les gâteaux… je… tarte aux fraises ? »

Pas besoin de faire plus, Rey compris l'idée. Aussi gênée qu'elle, il fit un hochement sec de la tête qui lui valut un craquement douloureux. Il se garde bien de grimacer de peur qu'elle ne le prenne pour elle. Qui sait ce dont elle était capable ? Il prit la part de tarte et le thé en marmonnant un remerciement et planta sa cuillère dedans sans jamais la porter à sa bouche. Bizarrement, alors qu'il adorait ça, il n'avait pas le moindre appétit pour cette belle tarte aux fraises. Même la gourmandise s'était faite la malle.

Les yeux résolument baissés vers son assiette, il se demandait si la fillette était en train de l'observer. Et cette idée le mettait encore plus mal à l'aise. D'autant plus que le silence s'était imposé. Pour se donner bonne mesure, il porta le thé à la bouche mais celui-ci encore trop chaud lui brûla la langue. Il ne pu retenir le gémissement de douleur qui lui vint instantanément. Chaud. 

- Tu penses quoi des dragons ? Demanda-t-il soudainement.

C'était la première idée qui venait de lui traverser la tête. Le thé n'y était pas étranger.

Poursuiveur des Frelons
*Le souffle des poufsouffles jamais ne s'étouffe*
2eme année RP

Une tarte aux fraises pour deux  PV Rey Sifferlen 

Après avoir servi l’élu de son cœur, Lucy entreprit rouge de honte de ramasser les petits morceaux de gâteaux écrasés. Elle réunit le tout dans sa main, et profitant du fait que le garçon avait les yeux plantés dans son assiette, elle fourra le tout dans sa bouche sans plus de cérémonie. Alors qu’elle mastiquait difficilement le trop plein de nourriture qu’elle avait enfourné, elle observait les moindres faits et gestes de Rey. Elle n’avait pas tous les jours le plaisir de pouvoir l’observer à sa guise. Bien sûr, ils avaient de nombreux cours en commun mais il n’était jamais très discret d’épier quelqu’un au milieu d’une foule d’élèves –et près d’un professeur au regard souvent trop acéré.

Lucy sentait son cœur se soulever dans sa poitrine à chaque fois qu’un courant d’air venait jouer avec les cheveux du garçon. Et ça volait… à droite, à gauche… Un sourire béat se dessina sur son visage. Il était trop craquant. Perdue dans la contemplation de la chevelure flamboyante du garçon, elle en avait totalement oublié la mésaventure qu’elle venait de vivre. La jeune Serdaigle ne souhaitait conserver que le souvenir du doux baiser échangé avec les semelles du garçon. Cela n’avait pas été agréable, et ses biscuits avaient désormais un petit goût de terre mais cela importait peu.

Le garçon ne semblait pas très enthousiaste par leur rendez-vous amoureux, il ne la regardait pas et avait presque l’air gêné. Lucy en conclut qu’il était probablement assez timide et qu’il lui faudrait du temps pour être à l’aise et lui déclarer à son tour son amour. Elle rit, au comble du bonheur. Cela leur faisait un point commun supplémentaire ! Ils n’étaient pas si différents, finalement. Ils étaient faits l’un pour l’autre, c’était évident. La petite asiatique sursauta lorsque le beau Rey lui demanda ce qu’elle pensait des dragons. Quoi ?! Dra…gons ? Déjà qu’elle peinait à aligner deux mots, il fallait maintenant… discuter ! Elle sentit ses joues virer au rouge. Bien entendu, il fallait commencer par faire plus ample connaissance avant d’envisager une quelconque « relation bisous-bisous », pour reprendre l’expression de papa.

« Dra….gon… » bégaya-t-elle d’une voix faible. « Vole dans… le ciel… Et… crache du feu… c’est… cool. » Sa voix tremblait. C’était naze : vraiment naze. Elle n’avait même pas réussi à donner un avis constructif. Sa timidité prenait peu à peu le dessus. Estimant qu’elle serait incapable de faire correctement la conversation et que l’ambiance commençait à devenir, étrangement, quelque peu pesante, elle ressentit la nécessité d’aller droit au but.

« JE SUIS AMOUREUSE DE TOI ! » cria-t-elle d’une traite avant de devenir rouge comme une tomate. Elle cacha son visage dans ses mains. Qu’avait-elle fait ? Pourquoi avait-elle dit cela ?

Tous à l'abordage !
Tallucy, les princesses rebelles.
J'aime les choux à la crème.

Une tarte aux fraises pour deux  PV Rey Sifferlen 

La fillette lui bégaya quelques mots peu convainquant. Rey fut un peu déçu, mal à l'aise qu'il était, il ne pouvait même pas tenter une conversation pour relâcher la pression, la Serdaigle n'arrivant pas à lui décrocher une phrase complète. Il ne lui en voulait pas trop non plus, il avait bien conscience que sa timidité devait jouer. Avec un petit soupir discret de celui qui rend les armes, il mordit une nouvelle fois dans sa tarte et ne reprit plus la parole. Peut-être que si il lui laissait le temps, elle arriverait à se détendre un peu ? Finalement, il ne savait pas qui était le plus stressé des deux, ni non plus ce qu'il attendait de ce rendez-vous. Partir. Rester. Rendez-vous galant ? Ou juste pour manger une tarte au fraises ? Ça commençait à tourner drôlement dans sa tête.

« JE SUIS AMOUREUSE DE TOI ! » lui cria-t-elle.

Pour le coup, elle n'avait pas bégayé. Elle lui avait même crié dans les oreilles et la plus proche à portée de la puissance vocale de la fillette grésillait méchamment. Ce n'est pas du tout ce qu'il voulait entendre, mais alors pas du tout. Même s'il était peut-être déjà devenu sourd. Peut-être pourrait-il faire semblant de ne pas avoir entendu ? Il loucha sur le bout de tarte qui était resté suspendu en l'air devant sa bouche, trop surpris qu'il avait été pour achever son geste. La tasse de thé, bien heureusement pour lui, il l'avait déjà posé. Quoiqu'il en soit, son corps l'avait trahi, il ne pourrait pas faire semblant. En plus, c'est qu'il aurait été vraiment sourd comme un pot, rien que par fierté, il ne pouvait pas simuler ça.

La pâte se fendit et un bout de la tarte encore en suspension vint s'écraser sur sa robe de sorcier. C'était le début de la fin. Avec un calme olympien, il reposa sur la nappe ce qu'il restait de la pâtisserie traumatisée par tant d’événements, prit une grande inspiration et se résolut à se tourner vers la Serdaigle. Le ventre complètement noué, il contempla les petits bouts de son visage rouge écarlate qu'elle n'avait pas réussi à cacher de ses mains. Si il se levait et partait, elle ne s'en apercevrait même pas. Mais non seulement il faudrait être vraiment lâche pour faire ça mais également très cruel. Et si le rouquin n'était pas bien courageux, surtout dans ce genre de situation - c'était nettement plus simple d'aller se battre avec les moldus de son âge qui l'avait insulté, clairement - pour rien au monde il aurait voulu la faire souffrir. Il n'était pas Poufsouffle pour rien. Il savait pourtant que c'était inévitable. On l'avait prévenu, il n'avait pas écouté et voilà qu'il allait lui briser le cœur. C'était entièrement de sa faute.

Il prit un de ses poignets charnus entre ses doigts et exerça une pression jusqu'à ce qu'elle daigne le regarder à nouveau. Alors il la lâcha et baissa les yeux, trop honteux qu'il était pour supporter son regard plein d'espoir. Que devait-il dire maintenant ? Faire ? Il n'avait que onze ans et personne ne lui avait jamais donné le mode d'emploi des filles. Il se décida alors à être juste honnête. Il n'avait rien d'autre dans sa manche, pas de miracle.

- Je suis désolé, je n'ai pas compris le sens de ta lettre. Je pensai que c'était juste pour faire connaissance, être ami quoi. 

Rey se tut, à court de mot. Il eut une pensée pour Qiong mais se dit que ce n'était pas la peine d'enfoncer le couteau dans la plaie. Il n'y avait aucune nécessité de lui dire qu'il avait une autre fille dans la tête. D'autant plus qu'il ne s'était jamais vraiment parlé avec la chinoise. 

- Encore désolé Lucy..., murmura-t-il. 

Il venait juste de se souvenir de son prénom. C'était revenu brusquement, au pire ou au bon moment, impossible à dire.

Poursuiveur des Frelons
*Le souffle des poufsouffles jamais ne s'étouffe*
2eme année RP

Une tarte aux fraises pour deux  PV Rey Sifferlen 

Le visage caché par ses mains, Lucy sentait les larmes affluer. Elle les retint du mieux qu’elle put. Ne pas pleurer, ne pas pleurer… Maman lui disait toujours « Tu n’es pas belle quand tu pleures ! » à chaque fois qu’elle faisait une colère. Mais la jeune Serdaigle voulait être belle pour Rey Sifferlen. Elle voulait briller comme un petit soleil, pour qu’il ne voie qu’elle. Pour qu’il soit subjugué par sa beauté, qu’il ne puisse pas faire autrement que l’aimer. C’était un constat qu’elle avait fait à l’école primaire : les garçons, ils aimaient les jolies filles. Les plus jolies de la classe étaient constamment entourées « d’admirateurs » et recevaient des dessins, des petits cœurs et parfois même des poèmes. Lucy avait conscience de ne pas être très jolie. Elle n’avait jamais eu ni dessin, ni cœur, ni poème. Elle avait les choux à la crème de maman, par contre. Et ses pâtisseries. Les tartes aux fraises, les biscuits. Et elle était grosse. A comprendre : plus épaisse que la grande majorité des enfants de son âge. Etait-ce un problème ?

Lorsque Rey saisit son poignet entre ses doigts, elle sentit une étrange chaleur se former au creux de son ventre et remonter tout doucement dans sa poitrine. Sa main était chaude et douce. C’était le premier pas qu’il faisait vers elle. Un moment très important qui resterait à jamais gravé dans le cœur de l’enfant. C’était LE moment. Celui de leur premier baiser, qui scellerait le début de leur relation longue et épanouissante. Ensuite, ils finiraient leurs études à Poudlard, puis ils se marieraient et auraient toute une ribambelle d’enfants. Lucy se demandait si ses origines asiatiques prendraient le dessus ou si elle pourrait avoir un ou deux fils roux comme leur papa. Elle ôta ses deux mains, le regarda brièvement tandis qu’il lâchait son poignet puis, tout en fermant les yeux de toutes ses forces, elle tendit sa bouche en direction de Rey, comme une invitation on ne peut plus explicite pour l’embrasser.

Elle patienta. Ce n’était qu’une poignée de secondes mais elles semblaient interminables. Finalement, elle entrouvrit un œil. « …Encore désolé Lucy » finit-elle par entendre. C’était comme si quelque chose se brisait en elle. La tristesse la submergea. Puis la colère. Elle avait fait de nombreux efforts pour ignorer tous les signes mais les mots du garçon étaient on ne peut plus explicites. Il ne voulait pas lui faire de bisous. Il ne voudrait peut-être jamais. Lucy était une fillette au tempérament plutôt calme. Douce et timide, elle ne s’emportait que très rarement. Et pourtant, c’est tout naturellement que le jeune Rey se prit littéralement une tarte dans la figure. Elle observa quelques secondes le visage dégoulinant de crème pâtissière et de fraises écrasées du garçon, perplexe et honteuse de sa réaction. C’était un véritable gâchis. Elle se redressa d’un bond et fourra toutes ses affaires dans son panier ; ainsi que la nourriture encore mangeable qui trainait sur la nappe, puis partit d’un pas vif en direction du château.

Les yeux brouillés par les larmes, c’est à peine si elle savait où elle allait. La jeune Serdaigle n’avait qu’un seul désir : mettre le plus de distance possible entre elle et le garçon. Elle se sentait étrangement mal. Le cœur serré dans sa poitrine, Lucy sentait comme un petit pincement. La même sensation que lorsque son hamster était décédé, quelques années plus tôt. Peut-être qu’on pouvait tomber amoureux finalement, à onze ans.

Ce RP est fini pour moi. Merci encore pour cet échange, c'était vraiment très très drôle. Désolée pour la tarte. :P 

Tous à l'abordage !
Tallucy, les princesses rebelles.
J'aime les choux à la crème.

Une tarte aux fraises pour deux  PV Rey Sifferlen 

Ce qui devait arriver arriva. Après les mots fatidiques qui réduisirent à néant les attentes de la fillette, celle-ci se transforma. De doux, son regard se changea en lave et Rey n'eut le temps que d'un battement de cil avant que ceux-ci ne fut complètement recouvert de crème tout comme le reste de son visage. La violence du geste le surprit et il resta complètement immobile, abasourdie, tandis que la serdaigle bafouée récupérait soigneusement tout ce qui était mangeable, la pâtisserie dégoulinant et gouttant sur sa robe noir. Il devina qu'elle ne voulait rien lui laisser, à lui, qui venait de la trahir si odieusement. Même pas douze ans et il venait déjà de briser le cœur d'une fille. Ça promettait.

Lorsqu'elle finit sa besogne et s'enfuit en courant vers le château, Rey soupira et se demanda si finalement ce n'était pas ce qu'il aurait du faire dès le départ. Il ne savait pas trop quoi ressentir. D'un côté, il était soulagé que tout soit bien clair, de l'autre il était humilié de se retrouver avec une tarte aux fraises en plein visage - non mais quel gâchis - alors qu'il avait fait son possible pour ne pas être trop cassant et encore de l'autre, il culpabilisait à mort d'avoir fait pleurer la fillette. Si il avait été plus malin, il aurait compris dès le départ ses intentions et auraient évité ce carnage. Mais il n'avait pas écouté ses amis, mauvais plan. L'avis d'une fille, il faut toujours l'écouter.

Le rouquin prit la fraise qui s'était collée sous son menton, l'enduit de crème pâtissière qu'il avait sur la joue et la fourra dans sa bouche. C'était vraiment bon. Il lui restait au moins ça. Devant le pathétisme de la situation, Rey se laissa tomber dans l'herbe, bras en croix. Il n'était pas pressé de rentrer et d'exposer à tous sa mésaventure. Il n'avait aucunement envie de raconter à ses amis ce qu'il s'était passé, il avait beaucoup trop honte et se sentait mal. Mais sa conclusion était évidente : les filles de son age, ça craignaient. Sauf Kiara, c'était sa meilleure amie tout de même. Et sauf Qiong, évidemment.

Durant les mois qui restèrent, Rey fit de son mieux pour ne pas croiser Lucy. Lorsqu'ils avaient cours ensemble, il s'arrangeait toujours pour ne pas être à proximité immédiate. Et il ne pouvait pas dire que que la fillette ne lui facilitait pas la tâche, elle semblait avoir adopté la même stratégie que lui. Il aurait pu en être ainsi tout le reste de leur scolarité, mais le destin en décida autrement...

Merci pour ce RP très sympahtique, Rey va être traumatisé par la gente féminine après ça :P A bientôt !

Poursuiveur des Frelons
*Le souffle des poufsouffles jamais ne s'étouffe*
2eme année RP