Lac

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 Solo  Profonds Reflets

Une branche craqua sous sa semelle, rompant ainsi le silence qui régnait sur la rive. C'était à la recherche de ce calme que Sorrow avait volontairement dérogé au règlement. Il était 21h, sois déjà bien plus tard que le couvre feu. Il avançait silencieusement entres les troncs le long de la berge. Le ciel était clair en cette douce soirée de printemps. Les températures c'étaient réchauffées et il ne portais que son pantalon de lin brun et sa chemise grise dont il avait comme à son habitude remonté les manches. 
Les voiles de la nuit le dissimulaient aux yeux de tout les petits êtres vivants. Il se sentait dans son élément glissant comme une ombre parmi les ombres. La gorge serré par un étau de mélancolie. Il ne restait rien de la profonde joie qui habituellement l'animait. Il avançait inexorablement. Chaque pas lui semblant lourd et vain. Il avait beau marcher il ne s'éloignait pas de son chagrin. Il ne cessa pourtant pas d'avancer en bon Sisyphe. Entêté comme il était, ce petit jeu durerait longtemps. il passa son avant bras sur son visage, le poing fermé, et balaya ses yeux quelques peu humides. Les joues rougies il affichait un air grave. Sa vue se brouilla doucement s'emplissant de larme qui s'échappèrent et roulèrent le long de ses joues. Pour la première fois un sanglot s'échappa de sa gorge.
Il s'arrêta un instant, un grand Chêne se tenait au dessus de lui. Pris de détresse, submergé par les émotions Gryffs s'adossa contre le tronc de l'arbre. Il glissa doucement au sol. Ses grosse racines le recueillant. Alors ne pouvant plus se contenir c'est en larme qu'il explosa. Il se frappa frénétiquement les genoux. Sanglots intenses entrecoupés de hurlement d'une douleur que seul le cœur peut vous causer. Plusieurs minutes passèrent. Une énorme bourrasque balaya alors au loin ses plaintes. Sous l'effet du vent, les branches basses du chêne semblèrent se replier sur lui. Ce grand arbre pour seul témoin de sa souffrance. Sorrow redressa sa tête, ramenant l'arrière de son crâne contre l'écorce. Ses cils encore humide, il remarqua alors un curieux signe. Quelques mètres en face de lui un petit blaireau l'observait. La vision de la petite bête le fit sourire. L'animal du comprendre qu'il était repéré car quelques secondes après un silencieux échange de regards, il disparu dans un bosquet. Apaisé par cette rencontre. Gryffs le cœur encore gros remarqua enfin le paysage qui s'offrait à lui.

La rive de galets était doucement bercée par les vaguelettes provoquées par le vent. Surplombé de montagnes couvertes de pins, le lac immense et imposant. A sa surface le reflet d'un ciel complétement dégagé. Remplit d'étoiles scintillantes et d'une lune ronde et pleine. Le tout se mouvant lentement au rythme des vagues. Depuis combien de milliers d'années ce lac était il là ? De combiens de milliers de larmes avait il été alimenté? Combien d'autres années abreuverait il les occupants de cette forêt ? Il représentait à la fois le passé et l'avenir. C'était une ancre solide dans le temps à laquelle Sorrow pouvait se raccrocher. Un être imposant et apaisant. 

"Gryffs, Danny est mort hier soir. Nous nous rendrons à l'enterrement d'en trois jours". C'était ce que la lettre, arrivée ce matin, lui avait annoncé. Il n'avait encore jamais reçu de courrier de ses parents. Il avait donc tout de suite redouté sa lecture. Daniel Homphies alias Danny, le majordome de la famille s'était éteint hier dans la nuit, à l'âge de soixante ans, d'une crise cardiaque foudroyante. Alors que Sorrow lui dormait paisiblement, avait succombé l'homme qui avait fait office pour lui de parents. Depuis qu'il était petit son père et sa mère, personnage bien placés et reconnus dans la société magique, n'avaient pas eu le temps de s'occuper de leur fils. Le majordome avait alors du se charger de lui. Lui inculquant ses leçons, le faisant manger, lui enseignant les bonnes manières. Seul le repas du soir voyait la famille au complet. Alors c'était tissé entre le petit garçon et l'homme à tout faire un lien bien différent du maitre à l'élève. Danny avait vu Gyffs grandir, c'est lui qui lui avait décrit pour la première fois Poudlard. Qui l'emmenait dehors lorsque le gamin, déprimé de rester cloîtré dans la grande maison familiale, le réclamer.  C'était aussi lui qui le réprimandait lorsque le petit Gryffs se laissait aller à ses mauvais tours ! Une guirlande de souvenir repassa devant les yeux de Sorrow. Le visage de Danny souriant provoqua un pincement douloureux dans sa poitrine. Le vieil homme avait les traits gentils, bien portant, souriant, les yeux noirs surplombés d'épais sourcils grisonnants. Le sommet de son crâne arborait une calvitie assumé. Des petites rougeurs au niveau des joues le rendait très attendrissant.

Gryffs inspira profondément. Il appliqua ses mains au tronc et il se releva. Il commençait à avoir un peu froid. Ses avant bras avaient le poil hérissé. Il jeta un dernier regard au lac. Soudain dans sa poche se dégagea une forte chaleur. Il plongea la main dedans et en retira sa baguette. Le bout légèrement luminescent. Dans un geste mécanique et sans même savoir ce qu'il faisait Sorrow se tourna face au tronc. Il le pointa et alors sans qu'il n'ai rien fait, pensé ou dit, le tronc sembla se modeler. Un visage d'abord flou apparut. Puis au fil des secondes qui s'écoulèrent les traits devinrent plus net. Alors il pu distingué là, figé dans le tronc du vieux chêne, le visage de son mentor. Consolé à l'idée qu'il ne pourrait désormais plus jamais l'oublier, Gryffs sans plus y jeter le moindre regard se détourna. Et il reprit à chemin inverse la berge, Poudlard finirait bien de soigner ses blessures.

Amicalement votre, Sorrow