18 oct. 2019, 09:37
Saloperie en bois  OS 
Un Lundi sur le temps de midi, juste avant la botanique, début Octobre.

Après un nouveau P en métamorphose et une nouvelle matinée à ne pas arriver à lancer un foutu sort, il s'écrasa, sans même passer par la grande salle pour manger, dans le parc et laissa l'herbe humide d'une fine pluie tombée dans la matinée lui caresser les oreilles et la nuque. Quand on lui avait remis sa baguette, on lui avait pourtant dit qu'elle était utile à la métamorphose, que ce serait une matière où il n'aurait pas trop de difficultés, en gros. Et malgré tout, il ne se ramassait que des P. Comme piètre, mais surtout comme Punaise t'es idiot. C'était comme ça qu'il voyait la chose, et il n'arrivait pas à faire autrement. Ce n'était pas comme s'il ne travaillait pas. Tous les soirs, à l'abri derrière les lourds rideaux de son lit et à la lumière d'une bougie magique, il travaillait encore et encore la gestuelle, à essayer en vain de faire fonctionner un sort. Il était nul à ça, et il se disait toujours qu'il s'en fichait, qu'il fallait juste se faire à l'idée sans y arriver. Ce n'était pas en se disant que ce n'était pas grave qu'on le pensait vraiment. Il avait beau se dire que ce monde n'était pas pour lui, il continuait d'essayer de s'y intégrer, parce qu'à chaque fois, on lui donnait un peu d'espoir, même si c'était minime. Même William et sa gueulante poussée en salle commune lui avait donné un peu d'espoir, mais ça n'avait pas duré longtemps. Parfois il y avait des jours où il se sentait vraiment misérable, petit parmi des géants dans ce monde.

Aujourd'hui était un jour comme ça. 

En fait, il se sentait trahi, et par dessus tout dégagé du monde. Il se sentait trahi par sa magie et par les gens qui lui disaient qu'il finirait par arriver à lancer un sort. Après un mois ici, il n'arrivait même pas un sortilège d'allumage de baguette ou de lévitation, ses notes ne décollaient qu'en histoire de la magie et en potion, sinon il se prenait des P dans la tronche à tout va, quand ce n'était pas des D ou des T. Il savait bien qu'avec des notes comme ça, il n'irait pas loin, mais comment améliorer ses résultats quand il ne pouvait juste pas se servir correctement de sa magie ? Les gens ici étaient talentueux comparés à lui, même ceux qui ne réussissaient que très mal leurs sorts : au moins, il y avait quelque chose qui se passait et ils ne restaient pas là, bêtement, à attendre un sort, une couleur qui sortirait de leur baguette. Qui était censée sortir mais qui restait inconnue à ses yeux, à son esprit et à son corps. Tout le monde ici pouvait se vanter d'avoir vu au moins une fois sa magie, que ce soit avec un sort tout simple ou pas, mais lui non. 

Comme s'il ne savait pas lire et qu'on lui avait balancé à la tronche un livre en latin ou dans une langue étrangère, comme le français. Il en avait la nausée rien qu'à l'idée d'être un nul, un zéro. Il savait bien qu'il ne valait pas grand chose dans le système éducatif, même dans le monde moldu ses professeurs s'adressaient devant lui comme devant un idiot, parce que les gens le pensaient stupides parce qu'il ne faisait pas d'efforts en classe, seulement dans les matières qu'il aimait bien. Mais avoir l'impression de ne rien valoir du tout, c'était pas pareil, ça faisait juste mal, tout le temps, comme si un pieux avait été greffé à toutes les chaises où il s'asseyait et s'enfonçait dans sa poitrine comme dans du beurre pour aller lui crever littéralement le cœur. Il savait que ça se ressentait facilement pour peu que les autres le connaissaient assez, mais à part William et Solenn, il n'avait pas rencontré beaucoup de personnes, et certainement pas des personnes avec qui il était devenu assez amis pour qu'ils se soucient de lui. 

Tout ça c'était à cause de Poudlard, de cette lettre qui avait foutu en l'air toute sa petite vie tranquille. Maman était toute seule, elle n'envoyait plus de lettres et il avait peur, et en plus de ça, être loin d'elle dans ce monde qui ne voulait pas de lui, ça ne servait à rien à part à détruire avec une étonnante facilité sa joie de vivre. Sa baguette brûlait dans sa poche et, quand il la sortit, il eu l'impression qu'elle allait lui pourrir la peau des doigts. Elle ne servait à rien, comme tout ce monde. Sans elle, il ne serait pas un sorcier. De toute façon il n'arrivait pas à faire de la magie, il suffisait qu'il se débarrasse de ce morceau de bois débile et il pourrait enfin reprendre sa vie normalement, comme si tout ce cauchemar n'était jamais arrivé. Il pourrait enfin redevenir normal, reprendre sa vie avec sa mère dans les quartiers, à se faire engueuler par les profs parce qu'il n'écoute pas et retrouver des personnes avec qui il rigolait bien. Se sentir enfin à nouveau bien, complet. Ici il avait juste l'impression qu'il lui manquait quelque chose et il ne pouvait rien faire contre cette impression. 

Il baissa les yeux sur sa baguette et testa sa résistance en la pliant un peu, chaque main à une extrémité. Foutu morceau de bois débile, elle ne servait à rien. Il n'avait même pas l'impression d'avoir un lien, même un minime, avec elle. Il ne sentait pas sa magie comme les autres lui disaient qu'ils le faisaient, et il ne ressentait rien avec sa baguette. Il leva les yeux vers le lac et essaya encore de voir les rives derrières. Il ne pouvait pas rentrer chez lui, tant que personne ne lui donnerait la possibilité de le faire, il serait coincé ici, mais il n'avait plus envie de rester là à ne rien faire. Se battre n'avait pas été utile, se laisser à moitié mourir sur un siège de la salle commune n'avait servi qu'à lui donner un mal de tête. Pour lui, il en était certain, la réponse se trouvait dans cette baguette. Il prit une grande inspiration et tordit bien fort la baguette avant de sentir avec une intense satisfaction le bois se briser. Un grand sourire sur les lèvres, il observa les deux morceaux qu'il avait dans les mains avant de mettre toute sa force dans ses bras pour les balancer dans le lac. 

Ils ne flottaient pas, mais lui avait l'impression qu'il le faisait, bien plus léger que depuis longtemps. 

"T'a Smaug sur son tas d'or et t'as Edwin sur son tas de rédacteurs" - Isaac Powell
Edwin Wellhister (17 ans, cinquième année)