Grand Saut
Vendredi 13 mars 2045 - 6h42
Parc, rives du Lac
4e année
Le bleu du ciel. Teinté de rouge. Ou plus rosé. Enfin, un de ces ciels matinaux, agréables à regarder, qui s'étendent à l'horizon, qui sont tous semblables mais ne se ressemblent jamais.
Insomnie qui m'a trahie, contrairement à ce ciel qui restera muet à tout ce que je lui dis. Sortie quelques instants plus tôt du dortoir, en prenant soin de ne pas réveiller mes quatre colocataires encore endormies en cette heure matinale. Après plusieurs minutes de déambulation entre les murs de pierre du château, j'ai peu à peu dérivé dans le parc, tel un bateau abandonné qui vogue sur les flots, sans destination tout à fait précise. Je suis arrivée sur les bords de ce lac que j'aime tant. Qui peut faire tant de mal lorsqu'il nous renvoie notre reflet, du bout des pontons. Mais qui, au moins, ne ment pas.
Reflets du ballet du ciel sur la surface de l'eau, ridée par le vent de mars. Bientôt le printemps. L'hiver et la neige, leur silence, vont me manquer. Mais voir le monde naître une nouvelle fois sous nos yeux n'est pas quelque chose de détestable.
Mon esprit, lui aussi, dérive. Je repense à ces dernières semaines. Ces derniers mois. Ces dernières années. Tout n'était donc que mensonge ? Je n'arrive pas à me faire à cette idée. Mensonges pour me protéger ? De quoi ? Je n'ai pas besoin d'être protégée. Ricochet rageur qui casse le beau tableau qui se peint sur l'eau. Marre qu'on ignore ma vraie valeur. Au fond de mon esprit, cette pensée, troublante, gênante. Ai-je seulement une ''vraie'' valeur ? Est-ce que moi-même je sais ce que je vaux ? Pas vraiment à vrai dire. La vérité, c'est que je ne sais même plus qui je suis. La vie m'a joué un de ses tours secrets. Et m'a brisé. Cette carapace qui m'entoure, construite finalement sur des mensonges, arrive à me tromper vis-à-vis de moi-même.
Le bout du ponton est exposé à tous les vents. On doit y être bien. Le bois craque sous mes pas. Assise, les pieds frôlant l'eau, noire, aux reflets du ciel. Le vent s'enroule autours de moi, comme s'il voulait m’étreindre, les cheveux glissent sur mon visage. Je regarde le spectacle évoluer, en attendant que les rideaux se ferment. J'ai froid. Je suis bien. J'en oubli mes soucis, les cours. Tout. Je suis vide, car le temps m'a épuisée. Je n'entends plus que le sifflement du vent. J'essaye de le comprendre. Je ne suis pas folle, juste désespérée.
Parc, rives du Lac
4e année
Le bleu du ciel. Teinté de rouge. Ou plus rosé. Enfin, un de ces ciels matinaux, agréables à regarder, qui s'étendent à l'horizon, qui sont tous semblables mais ne se ressemblent jamais.
Insomnie qui m'a trahie, contrairement à ce ciel qui restera muet à tout ce que je lui dis. Sortie quelques instants plus tôt du dortoir, en prenant soin de ne pas réveiller mes quatre colocataires encore endormies en cette heure matinale. Après plusieurs minutes de déambulation entre les murs de pierre du château, j'ai peu à peu dérivé dans le parc, tel un bateau abandonné qui vogue sur les flots, sans destination tout à fait précise. Je suis arrivée sur les bords de ce lac que j'aime tant. Qui peut faire tant de mal lorsqu'il nous renvoie notre reflet, du bout des pontons. Mais qui, au moins, ne ment pas.
Reflets du ballet du ciel sur la surface de l'eau, ridée par le vent de mars. Bientôt le printemps. L'hiver et la neige, leur silence, vont me manquer. Mais voir le monde naître une nouvelle fois sous nos yeux n'est pas quelque chose de détestable.
Mon esprit, lui aussi, dérive. Je repense à ces dernières semaines. Ces derniers mois. Ces dernières années. Tout n'était donc que mensonge ? Je n'arrive pas à me faire à cette idée. Mensonges pour me protéger ? De quoi ? Je n'ai pas besoin d'être protégée. Ricochet rageur qui casse le beau tableau qui se peint sur l'eau. Marre qu'on ignore ma vraie valeur. Au fond de mon esprit, cette pensée, troublante, gênante. Ai-je seulement une ''vraie'' valeur ? Est-ce que moi-même je sais ce que je vaux ? Pas vraiment à vrai dire. La vérité, c'est que je ne sais même plus qui je suis. La vie m'a joué un de ses tours secrets. Et m'a brisé. Cette carapace qui m'entoure, construite finalement sur des mensonges, arrive à me tromper vis-à-vis de moi-même.
Le bout du ponton est exposé à tous les vents. On doit y être bien. Le bois craque sous mes pas. Assise, les pieds frôlant l'eau, noire, aux reflets du ciel. Le vent s'enroule autours de moi, comme s'il voulait m’étreindre, les cheveux glissent sur mon visage. Je regarde le spectacle évoluer, en attendant que les rideaux se ferment. J'ai froid. Je suis bien. J'en oubli mes soucis, les cours. Tout. Je suis vide, car le temps m'a épuisée. Je n'entends plus que le sifflement du vent. J'essaye de le comprendre. Je ne suis pas folle, juste désespérée.
Dernière modification par Maggy Thompson le 2 mai 2020, 17:51, modifié 1 fois.
Pourquoi passes-tu autant de temps dans ma tête ? Parce qu'il y fait toujours beau.
Grand Saut
RUBY, 11 ans
13 mars 2045 • À l'aube
Lac, Poudlard

•••
13 mars 2045 • À l'aube
Lac, Poudlard

•••
Je prends pleinement conscience de l'Aurore, à cet instant précis. *Que j'aime l'aube*, une Pensée fulgurante qui s'impose à moi comme une évidence.
Il est tôt, mais jamais trop pour profiter de la vie, alors que le château s'éveille en douceur. Je me crois comme privilégiée, le cœur exalté au sommet par tant de plénitude. *Et l'intensité, aussi !*, car c'est ce que je vis : une profonde sensation brillante à laquelle je m'abandonne toute entière.
Les rayons naissants du Soleil peuvent bien me transpercer de leur éclat rosé ; qu'ils le fassent, même ! je n'attends que cela. Sentir ma peau fraîche chauffer, c'est *délicieux*.
Il serait difficile de me définir comme matinale. Je peux tout autant être noctambule, parce que la voûte céleste me fascine au plus haut point. Ces belles dames, en haut, je suis sûre qu'elles veillent sur nous ; et si ce n'est pas le cas, alors elles nous inondent de leurs lueurs, et j'en suis apaisée. Je vis avec le Soleil, ou les Étoiles, c'est selon. Je vis le Jour, la Nuit, parce que l'essence de chaque journée m'éblouit de Beauté.
Et tandis que je me perds dans mon ressenti, je file sans m'en rendre compte en direction du lac. C'est sûrement l'eau qui m'attire, un élément dans lequel j'ai toujours aimé évoluer. D'ailleurs, la sensation de légèreté ressentie dans les flots serait comparable à l'atmosphère qui m'entoure, ce matin. Un mélange suave qui me fait oublier les secondes qui s'écoulent. *J'suis là depuis...* Peu importe, je suis.
Là, au bord du ponton que je distingue mieux désormais, s'est assise une jeune fille. Les lattes de bois crient sous mes pieds alors que je m'avance ; je n'ai pas envie de surprendre l'Inconnue, ces bruits indiqueront ma présence à la Fille. Je me tiens à moins d'un mètre d'elle, désormais, sauf que je fixe obstinément le Soleil qui termine sa nuit. Un air presque trop solennel se peint sur mon visage, sûrement dû à mon menton levé trop haut, et je déteste cela. Je m'empresse de le faire disparaître. Seules doivent se refléter dans mes yeux les lueurs rosées qui me fascinent depuis le début de ma sortie. Je ne trouve pas de place pour la fierté, ou tout autre caractère m'apparaissant bien futile à l'instant. À deux, nous contemplons un Astre, et un Astre qui se donne la peine de tant de choses : s'abaisser vers nous, offrir de sa lumière, recommencer chaque jour. Pourquoi donc arborerais-je un air supérieur face à Lui ? Ce matin, je prends une seconde leçon d'humilité avec force. Et je baisse la tête pour observer l'Inconnue.
Je ne la connais pas. Elle ne me connaît pas. À chaque fois, c'est la même chose : je me demande ce que je peux bien faire aux côtés d'Inconnus. J'y trouve bien souvent ma place, qu'elle soit bonne ou mauvaise je dois avouer. *Qu'est-c'qui nous relie ?* s'interroge mon esprit. Plusieurs réponses me viennent d'un coup, et, désignant le Soleil de mon menton, je n'en prononce qu'une à la Fille-des-Aurores :
« Toi aussi, tu t'es levée en même temps que Lui ? »
Puis j'ajoute, dévorée de Vérité :
« Tu es lumineuse. »
Ruby-Amber, Gryffone alchimiste, bijou bientôt rouillé
Grand Saut
La quiétude entre peu à peu en ma personne. Inspire. Expire. Quand l'air frai, trop frai, rentre dans votre organisme, vous avez cette sensation froissée. Un peu désagréable au début, cet air qui descend le long de la trachée. Petit à petit, lorsqu'il se rapproche de nos poumons, il se réchauffe. Se fait moins agressif, presque réconfortant. Puis, une fois qu'il aura fini son petit bout de chemin, il ressortira pour retrouver sa liberté extérieure.
Les yeux fermés. Paupières chatouillées par les rayons du soleil. Qui arrivent, prêts pour cette nouvelle journée. Et j'ai comme l'impression qu'ils veulent que je fasse de même. Sourire. Cette journée peut être moins embêtante que prévue. Réouverture lente et agréable de mes yeux, un peu éblouis au début. Remerciements silencieux envers ce ciel et ses astres. Pour le spectacle apaisant auquel j'ai eu la chance d'assister. Et je ne suis pas la seule à avoir eu cette possibilité.
Je ne m'étais pas rendue compte de la qualité du silence qui m’entourait. Jusqu'à ce qu'une voix parvienne jusqu'à mes oreilles. Et me sorte totalement de cet état lointain dans lequel j'étais. En me laissant apaisée. Je ne me retourne pas tout de suite. Je ne veux pas. Mon seul souhait pour l'instant est de savourer ce moment qui s'offre à moi, qui est dans la continuité de ce à quoi je viens d'assister.
« Tu es lumineuse. »
Phrase simple, courte.
Phrase au grand pouvoir et immense effet.
Phrase qui me laisse sans réaction. Je ne sais pas quoi répondre à cela. Car chaque mot qui sortira de ma bouche ne sera pas à la hauteur de ceux-ci. Devant cette sincérité et la beauté de ces mots, je reste donc muette quelques instants.
Lentement, je déplie tout mon corps et me tourne vers cette voix. De fille. Qui m'est totalement inconnue. Je découvre cet être pour la première fois. Délicat.
« Merci … » murmuré-je.
Qu'importe l'âge de cette inconnue, elle a cet art de manier les mots, art qui m'intimide et m’interpelle. Je me sens toute petite. Alors, on essaye de retrouver un peu de contenance. Je relève le visage et observe quelques instants cette personne élancée qui se tient tout près de moi.
« J'aime bien lui tenir compagnie. »
Je me retourne vers le Soleil, comme pour appuyer mes propos. Et pour le voir prendre le départ de sa course de la journée. Il est presque entièrement sorti de sa cachette, derrière les montagnes en ombres chinoises.
« Quand je ne peux pas venir le matin, j'essaye de l'encourager quand il passe la ligne d'arrivée. Et puis, comme ça, je peux saluer ces Grandes Dames qui se lèvent et s'apprêtent à danser. Tu as vu ce spectacle magnifique qui nous est offert ? Je l'adore car ce n'est jamais le même. Toujours à nous surprendre. D'ici, du bout du ponton, j'ai l'impression d'être immergée dans la grandeur du ciel. Tu veux voir ? »
Les mots sortent doucement de ma bouche et se mêlent avec le vent qui est toujours présent. Comme un troisième invité. J'embrasse le ciel de mes yeux et recule pour laisser ma place à l'Autre.
Les yeux fermés. Paupières chatouillées par les rayons du soleil. Qui arrivent, prêts pour cette nouvelle journée. Et j'ai comme l'impression qu'ils veulent que je fasse de même. Sourire. Cette journée peut être moins embêtante que prévue. Réouverture lente et agréable de mes yeux, un peu éblouis au début. Remerciements silencieux envers ce ciel et ses astres. Pour le spectacle apaisant auquel j'ai eu la chance d'assister. Et je ne suis pas la seule à avoir eu cette possibilité.
Je ne m'étais pas rendue compte de la qualité du silence qui m’entourait. Jusqu'à ce qu'une voix parvienne jusqu'à mes oreilles. Et me sorte totalement de cet état lointain dans lequel j'étais. En me laissant apaisée. Je ne me retourne pas tout de suite. Je ne veux pas. Mon seul souhait pour l'instant est de savourer ce moment qui s'offre à moi, qui est dans la continuité de ce à quoi je viens d'assister.
« Tu es lumineuse. »
Phrase simple, courte.
Phrase au grand pouvoir et immense effet.
Phrase qui me laisse sans réaction. Je ne sais pas quoi répondre à cela. Car chaque mot qui sortira de ma bouche ne sera pas à la hauteur de ceux-ci. Devant cette sincérité et la beauté de ces mots, je reste donc muette quelques instants.
Lentement, je déplie tout mon corps et me tourne vers cette voix. De fille. Qui m'est totalement inconnue. Je découvre cet être pour la première fois. Délicat.
« Merci … » murmuré-je.
Qu'importe l'âge de cette inconnue, elle a cet art de manier les mots, art qui m'intimide et m’interpelle. Je me sens toute petite. Alors, on essaye de retrouver un peu de contenance. Je relève le visage et observe quelques instants cette personne élancée qui se tient tout près de moi.
« J'aime bien lui tenir compagnie. »
Je me retourne vers le Soleil, comme pour appuyer mes propos. Et pour le voir prendre le départ de sa course de la journée. Il est presque entièrement sorti de sa cachette, derrière les montagnes en ombres chinoises.
« Quand je ne peux pas venir le matin, j'essaye de l'encourager quand il passe la ligne d'arrivée. Et puis, comme ça, je peux saluer ces Grandes Dames qui se lèvent et s'apprêtent à danser. Tu as vu ce spectacle magnifique qui nous est offert ? Je l'adore car ce n'est jamais le même. Toujours à nous surprendre. D'ici, du bout du ponton, j'ai l'impression d'être immergée dans la grandeur du ciel. Tu veux voir ? »
Les mots sortent doucement de ma bouche et se mêlent avec le vent qui est toujours présent. Comme un troisième invité. J'embrasse le ciel de mes yeux et recule pour laisser ma place à l'Autre.
Pourquoi passes-tu autant de temps dans ma tête ? Parce qu'il y fait toujours beau.
Grand Saut
Pardon pour cette attente !
Je crois bien que je pourrais rester là des heures durant, tant le calme qui m'apaise est précieux. Le partager avec une Inconnue, c'est bien nouveau pour moi. Tout nous sépare, en Apparence. Elle est plus âgée, je suis une Première Année. Elle est brune, il y a du blond dans mes cheveux. Mais face au Soleil, nous sommes égales, illuminées d'un même ébahissement de Beauté. Si je m'étais attendue, à mon arrivée dans ce château, à Ressentir autant et rencontrer si Beau... Moi, pauvre âme qui ne soupçonnait en rien ce désir de Vie qui la prendrait un jour... *Non, j'l'aurais pas cru* j'admets, en toute évidence. Alors que je pense à m'agenouiller à ses côtés, la Fille se lève, et me prend de court.
« Merci … »
Je remarque qu'elle a soufflé ce mot, paisiblement. La raison me vient peut-être, puisque j'aurais fait de même : ne pas briser cette douce atmosphère dans laquelle nous baignons avec délice.
Et pour toute réponse, je lui souris, un De rien silencieux prononcé d'un geste. Je hoche la tête, doucement, quand elle poursuit. Je comprends tant ses paroles, ses Mots. Et en même temps, je ne pourrais les articuler à sa place, tant ils sont empreints d'Elle.
« Je vois... J'suis pareille. Mais je n'étais jamais venue jusqu'ici, c'est... tellement Beau. »
Et je sais que j'y reviendrai encore, et peut-être même que je la trouverai à cet endroit, cette Fille qui m'intrigue. *Ces Grandes Dames...*. Que j'aime son expression !
« Oui ! Et je te suivrais jusqu'à son coucher si on pouvait... »
Dans l'implicite de ma phrase, je voudrais lui signifier qu'elle peut me montrer d'autres Merveilles de Lumière ; je suis déjà aveugle de Beauté grâce à cette aube. Mais si nous nous exprimons d'une même manière, je ne doute pas qu'elle comprenne. Je sais maintenant que contempler les Astres nous plaît, à toutes les deux. Je sais aussi que je penserai à cette Fille, chaque matin qui m'éveillera depuis la tour de Gryffondor, lorsque le Soleil viendra briller de ses rayons entre les rideaux du Dortoir.
La Fille-des-Aurores recule, et moi je m'approche, pour Admirer de son point de vue.
Lentement, je fixe mon regard à l'horizon, en dessous du Soleil qui m'éblouit de Grandeur. La surface de l'eau reflète partiellement son éclat ; je crois qu'Il aime bien cette sorte de miroir, qui le fait compter pour deux.
Doucement, à contresens de la brise matinale, j'écarte les bras en arrière, la tête légèrement levée vers le ciel, les paupière closes. *On s'croirait invincibles*, je pense avec joie. *On s'croirait infinies*. Et tout en respirant à plein poumons la liberté, je me retourne, dévoilant un sourire sincère à la Fille.
Je crois bien que je pourrais rester là des heures durant, tant le calme qui m'apaise est précieux. Le partager avec une Inconnue, c'est bien nouveau pour moi. Tout nous sépare, en Apparence. Elle est plus âgée, je suis une Première Année. Elle est brune, il y a du blond dans mes cheveux. Mais face au Soleil, nous sommes égales, illuminées d'un même ébahissement de Beauté. Si je m'étais attendue, à mon arrivée dans ce château, à Ressentir autant et rencontrer si Beau... Moi, pauvre âme qui ne soupçonnait en rien ce désir de Vie qui la prendrait un jour... *Non, j'l'aurais pas cru* j'admets, en toute évidence. Alors que je pense à m'agenouiller à ses côtés, la Fille se lève, et me prend de court.
« Merci … »
Je remarque qu'elle a soufflé ce mot, paisiblement. La raison me vient peut-être, puisque j'aurais fait de même : ne pas briser cette douce atmosphère dans laquelle nous baignons avec délice.
Et pour toute réponse, je lui souris, un De rien silencieux prononcé d'un geste. Je hoche la tête, doucement, quand elle poursuit. Je comprends tant ses paroles, ses Mots. Et en même temps, je ne pourrais les articuler à sa place, tant ils sont empreints d'Elle.
« Je vois... J'suis pareille. Mais je n'étais jamais venue jusqu'ici, c'est... tellement Beau. »
Et je sais que j'y reviendrai encore, et peut-être même que je la trouverai à cet endroit, cette Fille qui m'intrigue. *Ces Grandes Dames...*. Que j'aime son expression !
« Oui ! Et je te suivrais jusqu'à son coucher si on pouvait... »
Dans l'implicite de ma phrase, je voudrais lui signifier qu'elle peut me montrer d'autres Merveilles de Lumière ; je suis déjà aveugle de Beauté grâce à cette aube. Mais si nous nous exprimons d'une même manière, je ne doute pas qu'elle comprenne. Je sais maintenant que contempler les Astres nous plaît, à toutes les deux. Je sais aussi que je penserai à cette Fille, chaque matin qui m'éveillera depuis la tour de Gryffondor, lorsque le Soleil viendra briller de ses rayons entre les rideaux du Dortoir.
La Fille-des-Aurores recule, et moi je m'approche, pour Admirer de son point de vue.
Lentement, je fixe mon regard à l'horizon, en dessous du Soleil qui m'éblouit de Grandeur. La surface de l'eau reflète partiellement son éclat ; je crois qu'Il aime bien cette sorte de miroir, qui le fait compter pour deux.
Doucement, à contresens de la brise matinale, j'écarte les bras en arrière, la tête légèrement levée vers le ciel, les paupière closes. *On s'croirait invincibles*, je pense avec joie. *On s'croirait infinies*. Et tout en respirant à plein poumons la liberté, je me retourne, dévoilant un sourire sincère à la Fille.
Ruby-Amber, Gryffone alchimiste, bijou bientôt rouillé
Grand Saut
Mes excuses sincères pour cette attente trop longue
Elle me comprend. J'aime bien, être comprise. Surtout quand je parle de choses qui m'animent. Comme le ciel. Et puis, cette fille a une manière de parler qui m'émeut. Qui m'intrigue. Qui me fait sortir de ma zone de confort. *C'que c'est bon*
Elle est jeune, et m'indique que c'est la première fois qu'elle se rend ici. Qu'elle assiste à Ça. Pas étonnant. Peu de gens sont debout à cette heure là du matin, il me semble. Pour observer le Ballet. C'est mon petit havre de paix. Que je suis contente de partager ce matin avec cette douce Autre. Elle a l'air d'apprécier cet instant, elle aussi.
« Oui ! Et je te suivrais jusqu'à son coucher si on pouvait … »
Je médite sur ses paroles, qui me semblent encore flotter dans les airs. Paroles mystérieuses mais délicates. Je ne sais pas si je les interprète de la bonne manière. Mais, comme je les comprends, je suis touchée par le fond de sa pensée. Ce tableau, ce ballet qu'est le ciel nous relit. Indéniablement. Nous n'avons pas vraiment besoin de parler pendant des heures pour se comprendre. De simples petites paroles suffisent à créer cette connexion. Les astres, aussi, suffisent. Diantre, que c'est bon comme sensation.
Elle s'approche du bord. Je ne dis rien, je la laisse juste profiter de son moment. Comme elle le souhaite. Et mes yeux se ferment. Pour que je puisse me ressasser les souvenirs, de la première fois que je me suis retrouvée ainsi, au bord de ce ponton. Pour être encore plus dans le partage de ce moment, avec Elle.
C'était le soir, pour moi. Scénario totalement opposé à ce qui se passe en ce moment. L'un allait se coucher. Les Grandes Dames commençaient à Danser. Et je me sentais plus libre que jamais. Il n'y avait pas de vent, ce soir là. Mais c'était grisant, divinement agréable. C'est aussi ici que je suis venue, pour crier, quand le besoin était là. Et que ça n'allait pas.
Je rouvre les yeux. Et me retrouve face au beau sourire de l'Autre. Lui aussi, est un tableau, un ballet, agréable à voir. Je lui réponds, moi aussi, en illuminant mon visage. Le vent me fouette le visage et emmêle toujours plus mes cheveux, mais qu'importe. Je suis troublée et apaisée de ce moment. Sans pouvoir expliquer pourquoi.
J'ai refoulé toutes mes pensées néfastes loin dans le fond de ma tête. Car ses mystérieuses paroles occupent tout l'espace.
« Qui te dis qu'on ne peut pas rester observer le ciel jusqu'au coucher de la belle boule de feu ? Voire même jusqu'au Ballet des Grandes Dames ? »
Espièglerie, tu m'avais manqué.
« Le Ciel n'attend pas ! »
Je prononce ces quelques mots du bout des lèvres, en ouvrant grand mes bras et en renversant la tête en arrière. Et je tourne, sur ce ponton, telle une toupie. *Tu vas finir par vomir, ma pauv'vieille* Spontanéité appréciée.
Je hausse la voix pour être sure que l'Autre m'entende. Sans crier non plus, pour ne pas casser cette harmonie.
« J'adore faire ça, sentir le vent, pour ne faire plus qu'un. Garder ce magnifique ciel en vue. Par conte t'as intérêt à avoir l'estomac bien accroché si tu veux essayer ! »
Je tourne.
Je tourne.
Je dérape.
Parce qu'un ponton, ce n'est pas bien grand.
Encore plus quand on bouge dans tous les sens. Et qu'on est deux.
Je me sens déséquilibrée. Attirée vers l'avant. Je vois l'eau, noir, qui se rapproche. J'ai peur. Je crie, un peu, je crois. Des souvenirs affluent. Ce n'est plus de l'eau mais Aelle. Et Celia. Sur lesquelles je vais m'écraser. Mauvais souvenirs. Je cligne des yeux. L'eau revient, encore plus proche.
Je bats des bras, espérant désespérément que ce geste va éviter la finalité qui me paraît bien évidente désormais. Essayant de me raccrocher à quelque chose. Mais c'est sur quelqu'un que ma main se referme. Un bras, je crois. *L'autre ! Merde ! Non !* Inconsciemment, je sais que je suis entrain d’entraîner la jeune blonde avec moi, vers les flots noirs. Je ne veux peut-être pas voir cette réalité décalée en face. Je lâche son corps. Je ne veux pas qu'elle tombe avec moi. *Pourquoi j'dois absolument toujours tout gâcher?* Oui, c'est ce à quoi je pense tandis que mon fichu corps, qui avait l'impression de voler quelques instants plus tôt, se retrouve engloutît de toutes parts par l'eau froide et sombre. Et que je sais que l'Autre est dans la même situation, à quelques centimètres de moi.
Le choc est dur. L'eau est froide et me coupe la respiration pendant quelques secondes. Côté positif de la chose : tout est calme, là-dessous. Et puis, il y a un beau jeu de lumières. Un peu troublé. Que je ne vois qu'un court instant, parce que, diantre, ce que ça fait mal aux yeux, l'eau -froide.
J'expire par le nez les dernières gouttes d'airs qu'il me reste. Qui remontent à la surface. Je fais de même en battant des pieds et des mains. Une chance, je sais nager.
Ma tête sort de l'eau. Enfin. Mes poumons commençaient à me brûler. J'ouvre grand la bouche pour faire rentrer un maximum d'air. J'avale un peu d'eau au passage. Toussotements. Je vois le ponton. Et, évident, l'Autre n'est plus dessus. Je tourne alors sur moi-même, dans l'eau noire et froide. Le vent n'arrange rien. Il gèle ma tête. Embrouille mes pensées. Je claque des dents. *Où est-elle ?* Inquiétude qui augmente. Et si elle ne sait pas nager ? Où si elle s'est cognée la tête en tombant, et est actuellement entrain de couler au fond du lac ? Mes idées s’emmêlent un peu plus. Pourquoi faut-il toujours que j'imagine le pire ? Elle ne doit pas être bien loin. Peut-être que je ne l'ai pas vu, à cause de l'eau qui me pique les yeux et des quelques rayons du soleil qui m'éblouissent en se reflétant, ça et là, sur la surface ondulée de l'eau. Une chevelure blonde dans les eaux noires, ça ne doit pas être bien compliqué à remarquer.
Elle me comprend. J'aime bien, être comprise. Surtout quand je parle de choses qui m'animent. Comme le ciel. Et puis, cette fille a une manière de parler qui m'émeut. Qui m'intrigue. Qui me fait sortir de ma zone de confort. *C'que c'est bon*
Elle est jeune, et m'indique que c'est la première fois qu'elle se rend ici. Qu'elle assiste à Ça. Pas étonnant. Peu de gens sont debout à cette heure là du matin, il me semble. Pour observer le Ballet. C'est mon petit havre de paix. Que je suis contente de partager ce matin avec cette douce Autre. Elle a l'air d'apprécier cet instant, elle aussi.
« Oui ! Et je te suivrais jusqu'à son coucher si on pouvait … »
Je médite sur ses paroles, qui me semblent encore flotter dans les airs. Paroles mystérieuses mais délicates. Je ne sais pas si je les interprète de la bonne manière. Mais, comme je les comprends, je suis touchée par le fond de sa pensée. Ce tableau, ce ballet qu'est le ciel nous relit. Indéniablement. Nous n'avons pas vraiment besoin de parler pendant des heures pour se comprendre. De simples petites paroles suffisent à créer cette connexion. Les astres, aussi, suffisent. Diantre, que c'est bon comme sensation.
Elle s'approche du bord. Je ne dis rien, je la laisse juste profiter de son moment. Comme elle le souhaite. Et mes yeux se ferment. Pour que je puisse me ressasser les souvenirs, de la première fois que je me suis retrouvée ainsi, au bord de ce ponton. Pour être encore plus dans le partage de ce moment, avec Elle.
C'était le soir, pour moi. Scénario totalement opposé à ce qui se passe en ce moment. L'un allait se coucher. Les Grandes Dames commençaient à Danser. Et je me sentais plus libre que jamais. Il n'y avait pas de vent, ce soir là. Mais c'était grisant, divinement agréable. C'est aussi ici que je suis venue, pour crier, quand le besoin était là. Et que ça n'allait pas.
Je rouvre les yeux. Et me retrouve face au beau sourire de l'Autre. Lui aussi, est un tableau, un ballet, agréable à voir. Je lui réponds, moi aussi, en illuminant mon visage. Le vent me fouette le visage et emmêle toujours plus mes cheveux, mais qu'importe. Je suis troublée et apaisée de ce moment. Sans pouvoir expliquer pourquoi.
J'ai refoulé toutes mes pensées néfastes loin dans le fond de ma tête. Car ses mystérieuses paroles occupent tout l'espace.
« Qui te dis qu'on ne peut pas rester observer le ciel jusqu'au coucher de la belle boule de feu ? Voire même jusqu'au Ballet des Grandes Dames ? »
Espièglerie, tu m'avais manqué.
« Le Ciel n'attend pas ! »
Je prononce ces quelques mots du bout des lèvres, en ouvrant grand mes bras et en renversant la tête en arrière. Et je tourne, sur ce ponton, telle une toupie. *Tu vas finir par vomir, ma pauv'vieille* Spontanéité appréciée.
Je hausse la voix pour être sure que l'Autre m'entende. Sans crier non plus, pour ne pas casser cette harmonie.
« J'adore faire ça, sentir le vent, pour ne faire plus qu'un. Garder ce magnifique ciel en vue. Par conte t'as intérêt à avoir l'estomac bien accroché si tu veux essayer ! »
Je tourne.
Je tourne.
Je dérape.
Parce qu'un ponton, ce n'est pas bien grand.
Encore plus quand on bouge dans tous les sens. Et qu'on est deux.
Je me sens déséquilibrée. Attirée vers l'avant. Je vois l'eau, noir, qui se rapproche. J'ai peur. Je crie, un peu, je crois. Des souvenirs affluent. Ce n'est plus de l'eau mais Aelle. Et Celia. Sur lesquelles je vais m'écraser. Mauvais souvenirs. Je cligne des yeux. L'eau revient, encore plus proche.
Je bats des bras, espérant désespérément que ce geste va éviter la finalité qui me paraît bien évidente désormais. Essayant de me raccrocher à quelque chose. Mais c'est sur quelqu'un que ma main se referme. Un bras, je crois. *L'autre ! Merde ! Non !* Inconsciemment, je sais que je suis entrain d’entraîner la jeune blonde avec moi, vers les flots noirs. Je ne veux peut-être pas voir cette réalité décalée en face. Je lâche son corps. Je ne veux pas qu'elle tombe avec moi. *Pourquoi j'dois absolument toujours tout gâcher?* Oui, c'est ce à quoi je pense tandis que mon fichu corps, qui avait l'impression de voler quelques instants plus tôt, se retrouve engloutît de toutes parts par l'eau froide et sombre. Et que je sais que l'Autre est dans la même situation, à quelques centimètres de moi.
Le choc est dur. L'eau est froide et me coupe la respiration pendant quelques secondes. Côté positif de la chose : tout est calme, là-dessous. Et puis, il y a un beau jeu de lumières. Un peu troublé. Que je ne vois qu'un court instant, parce que, diantre, ce que ça fait mal aux yeux, l'eau -froide.
J'expire par le nez les dernières gouttes d'airs qu'il me reste. Qui remontent à la surface. Je fais de même en battant des pieds et des mains. Une chance, je sais nager.
Ma tête sort de l'eau. Enfin. Mes poumons commençaient à me brûler. J'ouvre grand la bouche pour faire rentrer un maximum d'air. J'avale un peu d'eau au passage. Toussotements. Je vois le ponton. Et, évident, l'Autre n'est plus dessus. Je tourne alors sur moi-même, dans l'eau noire et froide. Le vent n'arrange rien. Il gèle ma tête. Embrouille mes pensées. Je claque des dents. *Où est-elle ?* Inquiétude qui augmente. Et si elle ne sait pas nager ? Où si elle s'est cognée la tête en tombant, et est actuellement entrain de couler au fond du lac ? Mes idées s’emmêlent un peu plus. Pourquoi faut-il toujours que j'imagine le pire ? Elle ne doit pas être bien loin. Peut-être que je ne l'ai pas vu, à cause de l'eau qui me pique les yeux et des quelques rayons du soleil qui m'éblouissent en se reflétant, ça et là, sur la surface ondulée de l'eau. Une chevelure blonde dans les eaux noires, ça ne doit pas être bien compliqué à remarquer.
Pourquoi passes-tu autant de temps dans ma tête ? Parce qu'il y fait toujours beau.
Grand Saut
Suspendue au milieu du temps, je suis étourdie. Mais c'est délicieux, euphorisant ; et j'en connais la raison. Un millier de possibilités s'offrent à moi, toutes plus séduisantes les unes que les autres. Ne jamais perdre des yeux cette Fille, c'est ce qui compte. Et puis fixer mes pupilles sur cet horizon hypnotisant. J'aimerais aussi ne jamais décrocher mon sourire de ma bouche, ce que je peux seulement lui offrir à l'instant. Je ne réfléchis plus, je ressens uniquement, je me laisse porter par mes sensations. *Oh...*. Je ne sais plus quoi faire, en réalité. Laquelle de ces voies choisir, sans pour autant perdre les autres ? Est-ce qu'Elle peut me guider, comme le Soleil devient repère ?
Elle vient de me voir faire volte-face, et le sourire qu'elle me rend vaut plus que mille levers d'Astre. Illumine mon monde endormi, balaie d'un mouvement mes choix insensés. *C'que c'est bon*.
Je suis paralysée par la fièvre qui nous transporte toutes les deux. Qui ne va pas imploser dans nos corps, non ; seulement répandre sa vapeur de bien-être dans nos chairs. Je sais qu'elle le ressent aussi, ce bouillonnement interne. C'est écrit sur ses yeux, dans tous ses infimes recoins d'Elle, au cœur des doux frémissements de son être. Je nous sais liées par le paysage.
Et dans un instant perdu parmi d'autres, il se produit quelque chose en moi. Si profondément que je ne saisis pas sa provenance immédiatement.
Trois petits mots déclenchés par la beauté du spectacle. Il me donne une furieuse envie de vivre, d'Être comme je ne l'ai jamais été et de ne plus quitter cette étincelle, cette flamme, ce rubis que je sens flamboyer à la pointe de mon cœur. Vivre jusqu'à la fin de mes temps. Sans perdre une goutte d'existence, *je veux être*, être moi, être bien, être heureuse. Enfin, je prends conscience. Il en aura fallu, *du Temps*.
Avec Elle, c'est possible. C'est mon tout premier moment de vie consciente, et je lui en suis tant reconnaissante. Elle ouvre la bouche, mes oreilles s'émeuvent. J'ai déjà gravé le ton de sa voix dans ma mémoire, et sa substance aussi. Je me souviens des Grandes Dames, des longues phrases qui pourraient être miennes ; je me souviens du murmure d'un Merci, qui s'est évaporé dans l'air pour rejoindre les Grandes Dames ; je me souviens de la confidence, je l'ai comprise et puis je l'ai ressentie à mon tour. Alors quand elle me pose deux questions de plus, mon cœur s'élève. Elle a su lire en lui mieux que je n'ai contemplé ses yeux. *C'est...*. Exactement ça. C'est comme des Mots qu'on aimerait entendre quand tout sombre autour de soi, sauf que tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes possible. Ses mots sont de la douce pommade qui prennent mon cœur par la main et le redescendent patiemment à terre, au Lac. Et moi, j'ai envie de prendre la main de la Fille-de-Lumière, de, de *danser comme les Grandes Dames*, avant elles, et jusqu'au fameux coucher. Comme deux vieilles amies, parce que les Étoiles sont amies depuis des Années-Lumière.
Mais elle me devance, la Fille, elle ne me laisse pas le temps de saisir ses poignets et de l'entraîner dans un Ballet grisant.
« Le Ciel n'attend pas ! »
Qu'elle est belle, cette phrase, à l'image de sa créatrice rayonnante. Je l'immortalise un bref instant. Mémoire saura m'être fidèle.
Et puis la voilà qui tourbillonne. Les coins de ma bouche s'étirent en grand, tant la surprise m'a cueillie dans ses mains. C'est spontané, j'aime ça. Elle m'explique, me prévient et moi j'acquiesce. *Alors le voilà son choix* je suppose, pensive. Elle s'amuse, en explorant des yeux le ciel, *à mes côtés* je me réjouis. Comme si Fille avait créé un mille et unième choix ; le sien. Ébahie, rieuse, je la regarde faire, incrédule mais *heureuse*. Mes yeux se ferment, ils s'abandonnent au plaisir de l'instant. Ils ont bien raison.
Soudain, je sens *sa main*. Elle me l'a donnée, finalement. J'ai envie de lui retourner son Merci mais c'est impossible ; alors je la serre fort, autant que le peut ma poigne d'enfant.
Et puis le Bleu. Infiniment.
Je n'ai plus de Pensées ; elles ont laissé place à un trou béant, cobalt et glacé. De l'eau. Je ne réfléchis plus, mais je sais que je veux vivre. Mon corps se rétracte sur lui-même, il se met en boule comme pour se protéger mais mon dos ne comporte pas de pics ; il ne peut parer les attaques des lances d'eau gelée qui viennent le transpercer.
Puis un éclair, un flash Lumineux déclenché par un cri qui a tailladé l'atmosphère faussement sereine. Mes souvenirs remontent en bloc compact à ma surface, heurtant mon être avec violence. *FILLE !*. Mes lèvres s'ouvrent pour l'appeler, mais j'avais oublié, et c'est une gorgée d'eau que j'avale. Je sens que je suis secouée de soubresauts.
Et soudain, je prends conscience que je n'ai plus *sa main* contre la mienne. Ni même nos corps qui tombaient enchevêtrés vers les profondeurs. Elle m'a lâchée, finalement. Si je pleurais, je ferais déborder le Lac de mes larmes, mais je ne pleurerai pas cette fois. Je ne me rappelle plus si je sais nager ou non, Panique a pris mon contrôle et je lui obéis. Panique m'empêche de penser correctement, et ce sont seulement des bribes de pourquoi qui s'extraient de mon esprit. elle. Où est son corps ? m'a. Je vois flou, juste du bleu que je détaille dans ses nuances les plus extrêmes. lâchée. Je ne veux pas la perdre dans l'immensité de bleu que je ne reconnais pas. point d'interrogation. Je pense trop tard, un dixième de seconde en retard.
Le Lac me fait ressembler à une poupée jetée dans l'océan. Cheveux blonds qui paraissent translucides dans l'onde claire et peau albâtre, reflet des cieux jaunis. Mes bras, en mouvement désordonnés, me portent hors de ma prison bleue. Je respire, enfin.
Là, devant moi, le ponton. Et personne pour se tenir là où nous devrions Être, *Fille et moi*. Panique s'alarme. *J'aurais pas dû lâcher la Fille !*. Perturbée, je nage jusqu'à atteindre le bois. *Enfin, c'est elle.. Mais j'aurais pu la retenir ! Où est-c'qu'elle...*. De tout mon poids, je me hisse sur les lattes chaudes et m'écroule contre elles. Je grelotte. Mes dents claquent, mordent l'air qui n'a pas changé : il est calme, empli de sérénité et je voudrais le gifler pour lui ouvrir les yeux. Lui montrer nos corps gelés et *FILLE !*. Son nom retentit encore en moi, comme un écho assourdissant. Je me redresse et plonge mon regard vers la surface. Elle est là ; elle a froid ; elle a Panique avec elle ; elle a besoin de moi.
« V-Viens ! je lui crie, elle m'a vue, elle s'approche désespérément, Prends ma m-main, là, ça va aller... »
Au prix de nos deux forces mêlées, la voilà assise à mes côtés. *J'ai froid. J'ai froid. J'ai froid.*. Les mots se répètent en continu. Je me serre contre Elle, tant pis pour le contact physique qui peut sembler dérangeant.
« J'ai eu p-peur, tu sais... »
Il n'y a qu'une part de vérité, mais je n'arrive pas à le formuler autrement. Je n'avais pas eu peur, réellement ; pas ressenti cette peur qui serre le ventre et étouffe, envahissante, oppressante. Mais plutôt... *Mal*. Remplie d'une sensation dérangeante, qui s'était imprégnée de moi dès l'instant où j'avais absorbée cette goulée d'eau pure.
Est-ce l'effet du froid qui engourdit mon cerveau ? Ma tête vient se poser sur son épaule. Je crois bien que je le fais volontairement. Et ma plainte monte entre les sifflements du vent, une plainte douce et délicate.
« Réchauffe-moi, petit Soleil... s'il te plaît. »
Elle vient de me voir faire volte-face, et le sourire qu'elle me rend vaut plus que mille levers d'Astre. Illumine mon monde endormi, balaie d'un mouvement mes choix insensés. *C'que c'est bon*.
Je suis paralysée par la fièvre qui nous transporte toutes les deux. Qui ne va pas imploser dans nos corps, non ; seulement répandre sa vapeur de bien-être dans nos chairs. Je sais qu'elle le ressent aussi, ce bouillonnement interne. C'est écrit sur ses yeux, dans tous ses infimes recoins d'Elle, au cœur des doux frémissements de son être. Je nous sais liées par le paysage.
Et dans un instant perdu parmi d'autres, il se produit quelque chose en moi. Si profondément que je ne saisis pas sa provenance immédiatement.
Je
veux
être.
Trois petits mots déclenchés par la beauté du spectacle. Il me donne une furieuse envie de vivre, d'Être comme je ne l'ai jamais été et de ne plus quitter cette étincelle, cette flamme, ce rubis que je sens flamboyer à la pointe de mon cœur. Vivre jusqu'à la fin de mes temps. Sans perdre une goutte d'existence, *je veux être*, être moi, être bien, être heureuse. Enfin, je prends conscience. Il en aura fallu, *du Temps*.
Avec Elle, c'est possible. C'est mon tout premier moment de vie consciente, et je lui en suis tant reconnaissante. Elle ouvre la bouche, mes oreilles s'émeuvent. J'ai déjà gravé le ton de sa voix dans ma mémoire, et sa substance aussi. Je me souviens des Grandes Dames, des longues phrases qui pourraient être miennes ; je me souviens du murmure d'un Merci, qui s'est évaporé dans l'air pour rejoindre les Grandes Dames ; je me souviens de la confidence, je l'ai comprise et puis je l'ai ressentie à mon tour. Alors quand elle me pose deux questions de plus, mon cœur s'élève. Elle a su lire en lui mieux que je n'ai contemplé ses yeux. *C'est...*. Exactement ça. C'est comme des Mots qu'on aimerait entendre quand tout sombre autour de soi, sauf que tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes possible. Ses mots sont de la douce pommade qui prennent mon cœur par la main et le redescendent patiemment à terre, au Lac. Et moi, j'ai envie de prendre la main de la Fille-de-Lumière, de, de *danser comme les Grandes Dames*, avant elles, et jusqu'au fameux coucher. Comme deux vieilles amies, parce que les Étoiles sont amies depuis des Années-Lumière.
Mais elle me devance, la Fille, elle ne me laisse pas le temps de saisir ses poignets et de l'entraîner dans un Ballet grisant.
« Le Ciel n'attend pas ! »
Qu'elle est belle, cette phrase, à l'image de sa créatrice rayonnante. Je l'immortalise un bref instant. Mémoire saura m'être fidèle.
Et puis la voilà qui tourbillonne. Les coins de ma bouche s'étirent en grand, tant la surprise m'a cueillie dans ses mains. C'est spontané, j'aime ça. Elle m'explique, me prévient et moi j'acquiesce. *Alors le voilà son choix* je suppose, pensive. Elle s'amuse, en explorant des yeux le ciel, *à mes côtés* je me réjouis. Comme si Fille avait créé un mille et unième choix ; le sien. Ébahie, rieuse, je la regarde faire, incrédule mais *heureuse*. Mes yeux se ferment, ils s'abandonnent au plaisir de l'instant. Ils ont bien raison.
Soudain, je sens *sa main*. Elle me l'a donnée, finalement. J'ai envie de lui retourner son Merci mais c'est impossible ; alors je la serre fort, autant que le peut ma poigne d'enfant.
Et puis le Bleu. Infiniment.
Je n'ai plus de Pensées ; elles ont laissé place à un trou béant, cobalt et glacé. De l'eau. Je ne réfléchis plus, mais je sais que je veux vivre. Mon corps se rétracte sur lui-même, il se met en boule comme pour se protéger mais mon dos ne comporte pas de pics ; il ne peut parer les attaques des lances d'eau gelée qui viennent le transpercer.
Puis un éclair, un flash Lumineux déclenché par un cri qui a tailladé l'atmosphère faussement sereine. Mes souvenirs remontent en bloc compact à ma surface, heurtant mon être avec violence. *FILLE !*. Mes lèvres s'ouvrent pour l'appeler, mais j'avais oublié, et c'est une gorgée d'eau que j'avale. Je sens que je suis secouée de soubresauts.
Et soudain, je prends conscience que je n'ai plus *sa main* contre la mienne. Ni même nos corps qui tombaient enchevêtrés vers les profondeurs. Elle m'a lâchée, finalement. Si je pleurais, je ferais déborder le Lac de mes larmes, mais je ne pleurerai pas cette fois. Je ne me rappelle plus si je sais nager ou non, Panique a pris mon contrôle et je lui obéis. Panique m'empêche de penser correctement, et ce sont seulement des bribes de pourquoi qui s'extraient de mon esprit. elle. Où est son corps ? m'a. Je vois flou, juste du bleu que je détaille dans ses nuances les plus extrêmes. lâchée. Je ne veux pas la perdre dans l'immensité de bleu que je ne reconnais pas. point d'interrogation. Je pense trop tard, un dixième de seconde en retard.
Le Lac me fait ressembler à une poupée jetée dans l'océan. Cheveux blonds qui paraissent translucides dans l'onde claire et peau albâtre, reflet des cieux jaunis. Mes bras, en mouvement désordonnés, me portent hors de ma prison bleue. Je respire, enfin.
Là, devant moi, le ponton. Et personne pour se tenir là où nous devrions Être, *Fille et moi*. Panique s'alarme. *J'aurais pas dû lâcher la Fille !*. Perturbée, je nage jusqu'à atteindre le bois. *Enfin, c'est elle.. Mais j'aurais pu la retenir ! Où est-c'qu'elle...*. De tout mon poids, je me hisse sur les lattes chaudes et m'écroule contre elles. Je grelotte. Mes dents claquent, mordent l'air qui n'a pas changé : il est calme, empli de sérénité et je voudrais le gifler pour lui ouvrir les yeux. Lui montrer nos corps gelés et *FILLE !*. Son nom retentit encore en moi, comme un écho assourdissant. Je me redresse et plonge mon regard vers la surface. Elle est là ; elle a froid ; elle a Panique avec elle ; elle a besoin de moi.
« V-Viens ! je lui crie, elle m'a vue, elle s'approche désespérément, Prends ma m-main, là, ça va aller... »
Au prix de nos deux forces mêlées, la voilà assise à mes côtés. *J'ai froid. J'ai froid. J'ai froid.*. Les mots se répètent en continu. Je me serre contre Elle, tant pis pour le contact physique qui peut sembler dérangeant.
« J'ai eu p-peur, tu sais... »
Il n'y a qu'une part de vérité, mais je n'arrive pas à le formuler autrement. Je n'avais pas eu peur, réellement ; pas ressenti cette peur qui serre le ventre et étouffe, envahissante, oppressante. Mais plutôt... *Mal*. Remplie d'une sensation dérangeante, qui s'était imprégnée de moi dès l'instant où j'avais absorbée cette goulée d'eau pure.
Est-ce l'effet du froid qui engourdit mon cerveau ? Ma tête vient se poser sur son épaule. Je crois bien que je le fais volontairement. Et ma plainte monte entre les sifflements du vent, une plainte douce et délicate.
« Réchauffe-moi, petit Soleil... s'il te plaît. »
Actions de Maggy vues et accordées par sa Plume.
Ruby-Amber, Gryffone alchimiste, bijou bientôt rouillé
Grand Saut
Mes habits se gorgent d'eau. Lourds. Ils m'attirent ostensiblement vers le fond. Comme si des milliers de mains tentent de me noyer. Oui c'est ça, d'immerger ma tête sous cette eau noire. De me priver de la vie. De me priver d'elle.
Mais ce ne sont que des habits. Je remue mes jambes pour essayer de rester en surface. Ma tête frôle la lisière de l'eau. Ma bouche se retrouve de nombreuses fois emplie de ce liquide gelé. J'ai froid. J'en tremble. Je crache.
Par dessus tout, j'essaye de la retrouver. Panique. Colère. Les deux s'emparent de moi. Et me malmènent. Me ballottent dans tous les sens. *Qu'ai-je fais, encore ?*
C'est d'abord ses cheveux que j’aperçois. Blonds, sur cet écran noir. Un éclat dans la nuit. Un signal qui semble me dire Je suis ici, là, tu me vois ? Je vais bien. Je souffle et ferme les yeux un instant, soulagée. Je me suis arrêtée de nager, mais je flotte. Parce que je suis plus légère ? De la voir ? J'attends qu'elle soit en sécurité, les deux pieds sur le bois du ponton.
Ses mots arrivent jusqu'à mes oreilles. Par le biais de ricochets sur l'eau noire. Sa voix tremble. Ce qui me tord le cœur dans tous les sens. Alors, je bats des mains et des pieds aussi rapidement que je le peux. Je ne les sens pas entièrement, mes membres complètement ankylosés. Mais je sais, je vois que je me rapproche d'elle. Elle qui dégouline de froideur. Elle qui déborde de force, aussi.
Que je sens qu'elle me tend cette main froide, quand je glisse la mienne à l'intérieur. Je noue mes doigts aux siens. *Ne plus la lâcher*
Je ne sais pas par quel miracle je me retrouve assise sur le ponton, à côté d'elle. Je tiens encore sa main. Pour toujours ? Essayer de retrouver son souffle. Elle se sert à moi. Et je n'aurai pas pu souhaiter plus réconfortant à ce moment là. Elle est froide et mouillée, comme moi. On a l'air de deux naufragées sur notre île déserte. Je ne bouge pas. Je l'écoute, malgré nos tremblements, qui se rependent dans nos deux corps, se partagent, se mélangent et nous transpercent. J'écoute sa peur, ses sentiments. Qui se déversent le long de ses mots. Ils m'entourent avant d'aller rejoindre le ciel. Ce ciel muet, qui, encore une fois, ne peut rien faire, ne peut rien dire. Ce ciel qui nous a regardé nous débattre, avec la peur, dans l'eau sombre. Ce ciel qui ne nous aide jamais. Mais je ne peux pas être rancunière envers lui. Il est comme ça, lui. Comme moi je peux être parfois renfermée sur moi-même ou juste un pion dans un jeu. C'est sa nature et je sais apprécier sa compagnie. C'est d'ailleurs lui qui m'a permis de la rencontrer. Celle qui réduit encore plus l'espace entre nos deux corps en posant sa tête sur mon épaule. Lourde. Fatiguée. Ayant besoin d'une béquille pour se reprendre, pour avancer ?
« Réchauffe-moi, petit Soleil... s'il te plaît. »
Je ne sais pas si elle s'adresse à moi. Ou au grand Astre qui est maintenant sorti de sa cachette. Grand, oui, et fier, surtout. Qui nous pique de sa douce chaleur. Mais je m'attribue ses mots. Une main tient toujours fermement la sienne. J'essaye de lui transmettre un peu de chaud, ou un peu moins de froid. De mon autre bras, j'entoure ses épaules. Frêles mais fières, musclées. Je reste comme ça quelques instants avant que cette même main se déplace. J'essaye de frictionner son dos du mieux possible, de haut en bas, en faisant des ronds, sur le tissu mouillé. Pour la réchauffer. Comme demandé, réparer mes bêtises.
Je penche ma tête sur le côté et me tourne vers elle. Vers ce visage tendre. Vers cette bouche fine qui tremble. Vers ces yeux bleus. Comme le ciel, qui ne cesse de changer. Je détaille ce qui m'a manqué quand je suis tombée.
Les mots ne voulaient pas franchir mes lèvres, depuis que j'étais à ses côtés, sur ce ponton. Mais ce n'est plus le cas maintenant que je la regarde. Que je m'accroche à elle avec force, que j'essaye de la réchauffer. Je lui souris et remets ma tête dans le droit chemin. Pour que les mots ne soient pas gênés.
« Mo-oi aussi, tu sais je n'étais pas bien, là-bas, quand j'te voyais pas. Je ne veux plus te lâcher, tu le sais ça ? »
J’appuie mes propos en levant nos mains devant nous, vers le tableau céleste. Victorieuses.
Mais ce ne sont que des habits. Je remue mes jambes pour essayer de rester en surface. Ma tête frôle la lisière de l'eau. Ma bouche se retrouve de nombreuses fois emplie de ce liquide gelé. J'ai froid. J'en tremble. Je crache.
Par dessus tout, j'essaye de la retrouver. Panique. Colère. Les deux s'emparent de moi. Et me malmènent. Me ballottent dans tous les sens. *Qu'ai-je fais, encore ?*
C'est d'abord ses cheveux que j’aperçois. Blonds, sur cet écran noir. Un éclat dans la nuit. Un signal qui semble me dire Je suis ici, là, tu me vois ? Je vais bien. Je souffle et ferme les yeux un instant, soulagée. Je me suis arrêtée de nager, mais je flotte. Parce que je suis plus légère ? De la voir ? J'attends qu'elle soit en sécurité, les deux pieds sur le bois du ponton.
Ses mots arrivent jusqu'à mes oreilles. Par le biais de ricochets sur l'eau noire. Sa voix tremble. Ce qui me tord le cœur dans tous les sens. Alors, je bats des mains et des pieds aussi rapidement que je le peux. Je ne les sens pas entièrement, mes membres complètement ankylosés. Mais je sais, je vois que je me rapproche d'elle. Elle qui dégouline de froideur. Elle qui déborde de force, aussi.
Que je sens qu'elle me tend cette main froide, quand je glisse la mienne à l'intérieur. Je noue mes doigts aux siens. *Ne plus la lâcher*
Je ne sais pas par quel miracle je me retrouve assise sur le ponton, à côté d'elle. Je tiens encore sa main. Pour toujours ? Essayer de retrouver son souffle. Elle se sert à moi. Et je n'aurai pas pu souhaiter plus réconfortant à ce moment là. Elle est froide et mouillée, comme moi. On a l'air de deux naufragées sur notre île déserte. Je ne bouge pas. Je l'écoute, malgré nos tremblements, qui se rependent dans nos deux corps, se partagent, se mélangent et nous transpercent. J'écoute sa peur, ses sentiments. Qui se déversent le long de ses mots. Ils m'entourent avant d'aller rejoindre le ciel. Ce ciel muet, qui, encore une fois, ne peut rien faire, ne peut rien dire. Ce ciel qui nous a regardé nous débattre, avec la peur, dans l'eau sombre. Ce ciel qui ne nous aide jamais. Mais je ne peux pas être rancunière envers lui. Il est comme ça, lui. Comme moi je peux être parfois renfermée sur moi-même ou juste un pion dans un jeu. C'est sa nature et je sais apprécier sa compagnie. C'est d'ailleurs lui qui m'a permis de la rencontrer. Celle qui réduit encore plus l'espace entre nos deux corps en posant sa tête sur mon épaule. Lourde. Fatiguée. Ayant besoin d'une béquille pour se reprendre, pour avancer ?
« Réchauffe-moi, petit Soleil... s'il te plaît. »
Je ne sais pas si elle s'adresse à moi. Ou au grand Astre qui est maintenant sorti de sa cachette. Grand, oui, et fier, surtout. Qui nous pique de sa douce chaleur. Mais je m'attribue ses mots. Une main tient toujours fermement la sienne. J'essaye de lui transmettre un peu de chaud, ou un peu moins de froid. De mon autre bras, j'entoure ses épaules. Frêles mais fières, musclées. Je reste comme ça quelques instants avant que cette même main se déplace. J'essaye de frictionner son dos du mieux possible, de haut en bas, en faisant des ronds, sur le tissu mouillé. Pour la réchauffer. Comme demandé, réparer mes bêtises.
Je penche ma tête sur le côté et me tourne vers elle. Vers ce visage tendre. Vers cette bouche fine qui tremble. Vers ces yeux bleus. Comme le ciel, qui ne cesse de changer. Je détaille ce qui m'a manqué quand je suis tombée.
Les mots ne voulaient pas franchir mes lèvres, depuis que j'étais à ses côtés, sur ce ponton. Mais ce n'est plus le cas maintenant que je la regarde. Que je m'accroche à elle avec force, que j'essaye de la réchauffer. Je lui souris et remets ma tête dans le droit chemin. Pour que les mots ne soient pas gênés.
« Mo-oi aussi, tu sais je n'étais pas bien, là-bas, quand j'te voyais pas. Je ne veux plus te lâcher, tu le sais ça ? »
J’appuie mes propos en levant nos mains devant nous, vers le tableau céleste. Victorieuses.
Pourquoi passes-tu autant de temps dans ma tête ? Parce qu'il y fait toujours beau.
Grand Saut
Le jour saigne. Je vois des lueurs rougeâtres s'étaler sur ses plaies nuageuses. Je vois des cercles de feu nous éclairer de leurs lueurs. Le Soleil ne peut pas nous aider, je crois qu'il nous le fait comprendre. Je lui pardonne de n'avoir rien pu faire. Il tente au moins de nous réchauffer par quelques rayons dorés, c'est gentil. Pour autant, j'espère qu'il ne laissera pas couler ses larmes, cela gâcherait la pleine magie du moment.
En revanche, qu'il ne vienne pas s'immiscer entre nos deux corps. Je lui défends d'approcher : Fille est la seule à pouvoir me tenir dans ses bras, à cet instant.
J'aimerais dire que je suis si bien près du Lac, mais c'est surtout la présence de la Fille-des-Aurores qui me rassure. Et tout un tas d'autres émotions : la reconnaissance, la confiance, la tendresse ; tout cela est dirigé envers elle. J'espère vivement qu'elle le perçoit.
Ce que je ressens, aussi, c'est un lien intense qui se crée petit à petit. Une douce connexion qui ne se rompra jamais. Un halo doré qui nous entoure. Je trouve cela si beau. Mon âme réclame la sienne à mes côtés, ou mon cœur, je ne sais pas vraiment.
Sa réponse vient sous forme de gestes et son bras m'enserre les deux épaules. *Elle me protège*. J'ai envie de sangloter de bonheur. Puis, comme pour ne pas briser du cristal, elle réchauffe mon dos avec une délicatesse infinie.
Moi qui croyais que sa caresse constituerait ses seules paroles, je me trompais.
*Je ne veux plus te lâcher. Oh*. *Je ne veux plus te lâcher. Jamais*. *Je ne veux plus te lâcher. Si tu savais*.
*Tu le sais, ça ?*.
Ce que je ne sais pas, c'est comment lui répondre.
Ses mots provoquent en moi bien plus que du réconfort : c'est une implosion de chaleur. *Qui a parlé de froid, d'eau gelée ?*. Tout cela n'existe plus, nous créons notre propre lumière, je le sais.
Et alors que je plonge dans ses yeux sans craindre de m'y noyer, elle m'offre un sourire sincère. Avant de se tourner vers l'Aube et d'entraîner nos mains entremêlées vers les cieux.
Je comprends. C'est nous qui avons gagné, *tout gagné*. Nous n'avons nullement échoué, nous nous sommes même trouvées. *Je n'étais pas bien, quand je ne te voyais pas*, oh, Douce Fille, toi aussi ? Et pourtant, tu me fais tant de bien, dans ce moment hors du Temps.
« J-je sais... Ma voix tremble, mais c'est bien d'émotion et non de froid. Merci, je lui souffle, une fois nos mains revenues à terre, je... suis bien près de toi. »
Peu à peu, je reprends mes esprits. Je reprends des couleurs aussi, sûrement, je devais être aussi livide qu'une statue sortie des profondeurs. *Faut qu'j'dise quoi ?*. L'eau a avalé mes mots. Je ne veux pas partir, mais ma conscience me souffle qu'il le faudra pourtant. Qu'elle se taise, ma conscience, et qu'elle me laisse agir comme je le veux.
« T'es toujours lumineuse. Tu l'seras toujours, pour moi. »
Je devine qu'elle sentira la vérité que j'ai insufflé à mes mots, encore une fois. Je pense que nous nous comprenons, d'ailleurs, *c'est à cause du lien*. Un lien qui transforme et qui transcende. C'est si rare de le ressentir, un peu comme quand le bonheur surgit lorsqu'on n'est pas prêt pour lui.
« J'crois qu'on peut dire... qu'on n'est plus des inconnues. »
Mes mots planent encore dans l'atmosphère alors que mon regard fait frissonner la surface du Lac. Je ne sais pas très bien ce que j'attends d'elle, désormais. Même si, *peu importe*, je suis bien.
En revanche, qu'il ne vienne pas s'immiscer entre nos deux corps. Je lui défends d'approcher : Fille est la seule à pouvoir me tenir dans ses bras, à cet instant.
J'aimerais dire que je suis si bien près du Lac, mais c'est surtout la présence de la Fille-des-Aurores qui me rassure. Et tout un tas d'autres émotions : la reconnaissance, la confiance, la tendresse ; tout cela est dirigé envers elle. J'espère vivement qu'elle le perçoit.
Ce que je ressens, aussi, c'est un lien intense qui se crée petit à petit. Une douce connexion qui ne se rompra jamais. Un halo doré qui nous entoure. Je trouve cela si beau. Mon âme réclame la sienne à mes côtés, ou mon cœur, je ne sais pas vraiment.
Sa réponse vient sous forme de gestes et son bras m'enserre les deux épaules. *Elle me protège*. J'ai envie de sangloter de bonheur. Puis, comme pour ne pas briser du cristal, elle réchauffe mon dos avec une délicatesse infinie.
Moi qui croyais que sa caresse constituerait ses seules paroles, je me trompais.
*Je ne veux plus te lâcher. Oh*. *Je ne veux plus te lâcher. Jamais*. *Je ne veux plus te lâcher. Si tu savais*.
*Tu le sais, ça ?*.
Ce que je ne sais pas, c'est comment lui répondre.
Ses mots provoquent en moi bien plus que du réconfort : c'est une implosion de chaleur. *Qui a parlé de froid, d'eau gelée ?*. Tout cela n'existe plus, nous créons notre propre lumière, je le sais.
Et alors que je plonge dans ses yeux sans craindre de m'y noyer, elle m'offre un sourire sincère. Avant de se tourner vers l'Aube et d'entraîner nos mains entremêlées vers les cieux.
Je comprends. C'est nous qui avons gagné, *tout gagné*. Nous n'avons nullement échoué, nous nous sommes même trouvées. *Je n'étais pas bien, quand je ne te voyais pas*, oh, Douce Fille, toi aussi ? Et pourtant, tu me fais tant de bien, dans ce moment hors du Temps.
« J-je sais... Ma voix tremble, mais c'est bien d'émotion et non de froid. Merci, je lui souffle, une fois nos mains revenues à terre, je... suis bien près de toi. »
Peu à peu, je reprends mes esprits. Je reprends des couleurs aussi, sûrement, je devais être aussi livide qu'une statue sortie des profondeurs. *Faut qu'j'dise quoi ?*. L'eau a avalé mes mots. Je ne veux pas partir, mais ma conscience me souffle qu'il le faudra pourtant. Qu'elle se taise, ma conscience, et qu'elle me laisse agir comme je le veux.
« T'es toujours lumineuse. Tu l'seras toujours, pour moi. »
Je devine qu'elle sentira la vérité que j'ai insufflé à mes mots, encore une fois. Je pense que nous nous comprenons, d'ailleurs, *c'est à cause du lien*. Un lien qui transforme et qui transcende. C'est si rare de le ressentir, un peu comme quand le bonheur surgit lorsqu'on n'est pas prêt pour lui.
« J'crois qu'on peut dire... qu'on n'est plus des inconnues. »
Mes mots planent encore dans l'atmosphère alors que mon regard fait frissonner la surface du Lac. Je ne sais pas très bien ce que j'attends d'elle, désormais. Même si, *peu importe*, je suis bien.
Ruby-Amber, Gryffone alchimiste, bijou bientôt rouillé
Grand Saut
Nos mains quittent le merveilleux tableau qu'est le ciel. Mais elles ne se détachent pas pour autant, restant fixées l'une à l'autre. Elles ne se quitteront plus jamais, j'en suis certaine. D'une façon ou d'une autre, elles seront toujours liées. Comme moi, je le serai encore et toujours à ce petit bout d'personne juste à côté de moi. Qui tremble, d'ailleurs. J'ai peur qu'elle soit encore frigorifiée. Je n'ai plus froid, moi à côté d'elle, piquée par les rayons du soleil. Et par sa chaleur humaine.
Je resserre mon étreinte. Je ne veux pas qu'elle ait froid. Je ne veux pas qu'elle ait peur. Je ne veux pas qu'elle ait mal. Pas si je peux l'en empêcher. Oui, à cet instant, je me crois capable de tout. Pour elle. Mais n'est-ce pas la réalité ? Je crois bien que si, que je suis capable de faire beaucoup plus de choses que ce que je ne pense. C'est cette petite tête blonde qui m'a aidé à m'en souvenir. M'aurait-elle ouvert les yeux, sans le savoir, sur moi ?
Je tourne ma tête vers elle et scanne chaque parcelle de son visage. Je veux m'en souvenirs du fin fond de mes rêves. Ces yeux d'un bleu brillant comme des milliers d'étoiles. Ce nez tout fin. Ces mèches blondes. Je sais aussi que j'ai envie de peindre ce matin. Ce qui implique de la peindre. Je pourrai peut-être le lui donner, ce dessin, quand on se reverra. Parce qu'il n'y a pas de ''si on se revoit''. Ce n'est pas une option. La revoir. Cela impliquerait de la quitter. Chose que je ne veux pas. Pas pour le moment. Je fronce les sourcils comme si cette moue pouvait faire peur à mes pensées. Puis, mon visage se radoucit peu à peu. Au fur et à mesure que mon cerveau comprend ses Mots. *Tu es lumineuse* C'est, je crois, les premiers mots qu'elle m'a dit. Ceux qui m'ont marqué, en tout cas. Ceux qui n’appartient qu'à elle. Qu'elle me le redise, encore, alors que je suis trempée, me touche encore plus. Elle sait parler aux gens. Elle sait les aider dans leur tête. Comme elle m'a tendu la main tout à l'heure, elle me la tend encore, dans mon esprit, avec ses mots. *Ma sauveuse* Je veux l'écouter jusqu'à l'infini, encore et encore.
« J'peux devenir ta petite lumière si tu veux. »
Rien de prétentieux. Paroles qui sortent de ma bouche sans que je réfléchisse. Quitte à être lumineuse, autant l'être pour elle, non ?
« Moi aussi je suis bien, à côté de toi, ma non-Inconnue. »
Oui, je dois avoir le cerveau bien engourdi pour tenir des propos si idiots. Je la serre encore une fois dans mes bras. Je sens que le moment de partir arriver. Le moment de se dire au revoir, mais pas adieu. Il faut qu'on se revoit. Je reporte mon attention sur le ciel, pour respirer la tranquillité et l'apaisement. Pour l'admirer, lui aussi, encore un peu.
« Je peux te dessiner ? Enfin, dessiner ce matin, pour ne pas oublier notre rencontre ? Je fais souvent ça, peindre des moments de ma vie pour ne pas qu'ils partent aux oubliettes, perdus à jamais. Pour rire encore. Pleurer, aussi. Mais pour qu'ils continuent de vivre.»
Et là, serrée tout contre elle, je sens nos petits cœurs qui s'accordent, comme nos âmes. Qui battent en rythme. A l'unisson. Et je trouve cela juste beau. De la sentir vivre. Quoi qu'il arrive ce sera beau.
Je resserre mon étreinte. Je ne veux pas qu'elle ait froid. Je ne veux pas qu'elle ait peur. Je ne veux pas qu'elle ait mal. Pas si je peux l'en empêcher. Oui, à cet instant, je me crois capable de tout. Pour elle. Mais n'est-ce pas la réalité ? Je crois bien que si, que je suis capable de faire beaucoup plus de choses que ce que je ne pense. C'est cette petite tête blonde qui m'a aidé à m'en souvenir. M'aurait-elle ouvert les yeux, sans le savoir, sur moi ?
Je tourne ma tête vers elle et scanne chaque parcelle de son visage. Je veux m'en souvenirs du fin fond de mes rêves. Ces yeux d'un bleu brillant comme des milliers d'étoiles. Ce nez tout fin. Ces mèches blondes. Je sais aussi que j'ai envie de peindre ce matin. Ce qui implique de la peindre. Je pourrai peut-être le lui donner, ce dessin, quand on se reverra. Parce qu'il n'y a pas de ''si on se revoit''. Ce n'est pas une option. La revoir. Cela impliquerait de la quitter. Chose que je ne veux pas. Pas pour le moment. Je fronce les sourcils comme si cette moue pouvait faire peur à mes pensées. Puis, mon visage se radoucit peu à peu. Au fur et à mesure que mon cerveau comprend ses Mots. *Tu es lumineuse* C'est, je crois, les premiers mots qu'elle m'a dit. Ceux qui m'ont marqué, en tout cas. Ceux qui n’appartient qu'à elle. Qu'elle me le redise, encore, alors que je suis trempée, me touche encore plus. Elle sait parler aux gens. Elle sait les aider dans leur tête. Comme elle m'a tendu la main tout à l'heure, elle me la tend encore, dans mon esprit, avec ses mots. *Ma sauveuse* Je veux l'écouter jusqu'à l'infini, encore et encore.
« J'peux devenir ta petite lumière si tu veux. »
Rien de prétentieux. Paroles qui sortent de ma bouche sans que je réfléchisse. Quitte à être lumineuse, autant l'être pour elle, non ?
« Moi aussi je suis bien, à côté de toi, ma non-Inconnue. »
Oui, je dois avoir le cerveau bien engourdi pour tenir des propos si idiots. Je la serre encore une fois dans mes bras. Je sens que le moment de partir arriver. Le moment de se dire au revoir, mais pas adieu. Il faut qu'on se revoit. Je reporte mon attention sur le ciel, pour respirer la tranquillité et l'apaisement. Pour l'admirer, lui aussi, encore un peu.
« Je peux te dessiner ? Enfin, dessiner ce matin, pour ne pas oublier notre rencontre ? Je fais souvent ça, peindre des moments de ma vie pour ne pas qu'ils partent aux oubliettes, perdus à jamais. Pour rire encore. Pleurer, aussi. Mais pour qu'ils continuent de vivre.»
Et là, serrée tout contre elle, je sens nos petits cœurs qui s'accordent, comme nos âmes. Qui battent en rythme. A l'unisson. Et je trouve cela juste beau. De la sentir vivre. Quoi qu'il arrive ce sera beau.
Pourquoi passes-tu autant de temps dans ma tête ? Parce qu'il y fait toujours beau.
Grand Saut
Il y a des Vagues, partout, autour de moi. Celles du Lac qui ondulent paisiblement sous nos yeux, comme si rien ne s'était jamais passé ; celles de mes Émotions qui délibèrent ensemble pour savoir si elles viendront s'échouer en rouleaux contre l'écueil de mon cœur ; celles de la Tendresse de la Fille, dont je ne connais pas grand chose, avec un peu de recul, mais qui pourtant m'offre des déferlements de Douceur à chaque seconde.
Il y a mes Vagues intérieures, qui diffèrent de toutes les autres parce qu'elles font comme des remous en moi. Elles m'agitent et me secouent, me font admettre que l'heure de quitter la Fille approche dangereusement. Chose que je ne veux pas ; et alors je les repousse violemment. D'autres fois, elles me submergent toute entière : c'est comme un nouveau plongeon au fond du Lac si froid. Mais elles savent m'apaiser, aussi, mes Vagues, lorsque le calme de leur ondée déteint sur mon esprit.
J'ai comme des coquillages dans le ventre, ça m'alourdit et incite mon corps à ne plus bouger du tout, en accord avec ce que me dictent mes Pensées. J'ai probablement du sable en moi, aussi, qui fait grincer quelques rouages de ma mécanique du cœur. J'entends les quelques cris plaintifs de ce dernier. À vrai dire, je trouve que mon cœur a tendance à se plaindre de tout ces derniers temps, aussi je ne le comprends pas très bien par moments. Je fronce les sourcils, légèrement, ennuyée par cette difficulté passagère.
Puis d'un même mouvement, nous décalons nos visages pour les confronter l'un à l'autre. Sans brutalité ; avec toute la douceur d'un au revoir, justement. La mélancolie se tisse entre nos iris : nous sommes si proches que nous serons bientôt obligées de nous éloigner. Un rai de Lumière nous sépare seulement. C'est bien peu, comparé à la grandeur de l'abandon. Et la Fille, elle doit penser la même chose, à ternir ainsi ses sourcils. Il faut que je fasse quelque chose, n'est-ce pas, pour lui redonner le sourire, la Lumière ?
Alors je lui parle d'inconnues, qui ne le sont plus vraiment. Je crois que cela lui fait plaisir.
« J'peux devenir ta petite lumière si tu veux. »
Immédiatement, je souris. Et mon éclat de sourire monte jusqu'au ciel. *Petite lumière*. Et puis, elle a ajouté le possessif ! *Ta petite lumière*.
Petite lumière. Elle est douce, cette formule, et amère à la fois.
*Mais...*.
*Mais j'suis déjà son Soleil... À Elle*.
L'autre importante, l'autre partie de moi-même. *Ashley*.
La Fille ne peut probablement pas le voir, parce que j'ai détourné un regard qui refuse de se dévoiler à ses yeux, mais mon sourire retombe. En chute libre, du ciel vers le sol.
« Moi aussi je suis bien, à côté de toi, ma non-Inconnue. »
Ma bouche veut sourire, encore une fois, oui ! Ses mots sont une injection de réconfort, et je veux le lui montrer ! Mais mon cœur interdit ce geste à mes lèvres ; fichu indécis constant.
*Ashley*.
Je suis fatiguée d'être tiraillée en permanence, comme un élastique qui menace de casser sous la tension à tout instant. Je suis fatiguée d'avoir à choisir, ou de choisir de ne pas choisir, ou de faire un choix entre les deux. Je suis fatiguée de me poser toutes ces questions en regardant du coin de l’œil les Autres me démontrer leur facilité à vivre. C'est peut-être pour cette raison que je passe devant eux le menton haut, la posture fière, en trainant dans mon sillage un passé qui leur est invisible, un présent qu'ils ne peuvent pas comprendre et un avenir qui me fait douter plus je m'en approche. Je suis fatiguée. Et c'est avec des remords qui ne tarderont pas à apparaître en moi que je prononce « Pourquoi petite ? » , un brin d'humour ou juste de fantaisie dans mes mots, d'une voix qui commence à s'érailler.
*Si tu veux, elle a dit*. Idiote que je suis. Je n'ai pas répondu, *hein*. Je reporte probablement le problème à plus tard. J'élude la question de la Fille-des Aurores dans une inflexion amusée, mais au fond je suis perdue. *P’têtre que j'aurais pas dû dire ça*.
Après tout, accapare-t-elle mon cœur autant qu'Ashley ? *N...*. Elle accapare mes Vagues, oui, sûrement. Toutes sont à elles. Mais mon cœur ?
Non, c'est vrai. Avec la Fille, c'est encore différent. Tout en haut de la pyramide des Proches, il y a Ashley — en fait, non, elle est bien suréminente à ma petite pyramide schématique. Elle est au-dessus de sa pointe, sublime et fascinante enfant. Mon regard va même jusqu'à dessiner son visage à la surface du Lac, miroitant uniquement parce que le Soleil se penche sur elle.
Devant moi se trouve Ashley. À mes côtés m'entoure la Fille. Et je suis bien ; je les trouve fabuleuses, ces deux petites merveilles.
Je réponds à l'étreinte de la Grande à mes côtés, presque aussitôt. Mes cils se débattent entre eux et je remarque qu'ils chassent avec indolence une goutte d'eau, venue se perdre là. Probablement vient-elle du Lac. Il serait impossible que je pleure en raison d'un stupide adieu qui n'en est même pas un parce que nous nous reverrons, que je pleure parce que le lever de soleil prend fin, que le ciel est bien trop beau ce matin et que la vie est un objet d'art mal-aimé. *‘ais, impossible*
« Je peux te dessiner ?»
Mon cœur, ce plaintif, cet indécis, ne s'est-il pas arrêté de battre douze, peut-être même treize fois depuis que j'ai posé mes yeux sur la Fille ? Sûrement, oui. Et elle me touche une nouvelle fois en plein dans le mille.
« Comment l'oublier ? C'était magique ; un peu froid aussi mais... J'y penserai à toutes les aubes. »
*Au moins celles de mars* je me promets secrètement.
Puis, mue par une envie de toucher du bout des doigts la Lumière, je replace une mèche de cheveux, un peu mouillée, derrière l'oreille de la Fille. Je lui souris.
« Dessine... Dessine-moi autant que tu voudras. Tu me les montreras, hein, ces dessins ? J'expire mon impatience — ou mon appréhension, je ne sais pas très bien — et rajoute un détail. Comme ça on s’reverra ! »
L'idée, depuis le temps qu'elle tambourinait à la porte de nos esprits, aurait pourtant dû sembler évidente et se réaliser prochainement. Mais, l'énoncer ainsi, cela revient pour moi à confirmer ce que l'on pense tout bas. À l'acter, presque, et à tomber d'accord.
« Je ne veux pas partir. Mais si on restait là jusqu'à ce soir... Je m'interromps à cette pensée ; ce serait doux, après tout. Vivre au fil de l'eau, le temps d'une journée... *Non*. Ce serait reculer l'échéance, comme celle de mes Pensées, n'est-ce pas ? Et je ne veux pas lui donner cet espoir, à ma douceur de Fille, parce que c'est un faux. Et que les faux espoirs font mal. ...alors le Soleil disparaîtrait avant nous. Autant l’prendre par surprise. » je termine dans un sourire mi-triste, mi-résigné.
Je replie brusquement mes jambes sous ma jupe, passe en position agenouillée et me lève d'un bond. Prends bien garde à ne pas tomber dans l'eau une fois de plus, mais mon équilibre semble stable. C'est bien la Fille que je prends par surprise à son tour, une expression rieuse sur ma figure. Avant qu'elle ne fasse le moindre geste, je tends ma main, telle un cavalier invitant sa lady à une danse.
« M'accorderais-tu ce retour, Fille-des-Aurores ? »
Il y a mes Vagues intérieures, qui diffèrent de toutes les autres parce qu'elles font comme des remous en moi. Elles m'agitent et me secouent, me font admettre que l'heure de quitter la Fille approche dangereusement. Chose que je ne veux pas ; et alors je les repousse violemment. D'autres fois, elles me submergent toute entière : c'est comme un nouveau plongeon au fond du Lac si froid. Mais elles savent m'apaiser, aussi, mes Vagues, lorsque le calme de leur ondée déteint sur mon esprit.
J'ai comme des coquillages dans le ventre, ça m'alourdit et incite mon corps à ne plus bouger du tout, en accord avec ce que me dictent mes Pensées. J'ai probablement du sable en moi, aussi, qui fait grincer quelques rouages de ma mécanique du cœur. J'entends les quelques cris plaintifs de ce dernier. À vrai dire, je trouve que mon cœur a tendance à se plaindre de tout ces derniers temps, aussi je ne le comprends pas très bien par moments. Je fronce les sourcils, légèrement, ennuyée par cette difficulté passagère.
Puis d'un même mouvement, nous décalons nos visages pour les confronter l'un à l'autre. Sans brutalité ; avec toute la douceur d'un au revoir, justement. La mélancolie se tisse entre nos iris : nous sommes si proches que nous serons bientôt obligées de nous éloigner. Un rai de Lumière nous sépare seulement. C'est bien peu, comparé à la grandeur de l'abandon. Et la Fille, elle doit penser la même chose, à ternir ainsi ses sourcils. Il faut que je fasse quelque chose, n'est-ce pas, pour lui redonner le sourire, la Lumière ?
Alors je lui parle d'inconnues, qui ne le sont plus vraiment. Je crois que cela lui fait plaisir.
« J'peux devenir ta petite lumière si tu veux. »
Immédiatement, je souris. Et mon éclat de sourire monte jusqu'au ciel. *Petite lumière*. Et puis, elle a ajouté le possessif ! *Ta petite lumière*.
Petite lumière. Elle est douce, cette formule, et amère à la fois.
*Mais...*.
*Mais j'suis déjà son Soleil... À Elle*.
L'autre importante, l'autre partie de moi-même. *Ashley*.
La Fille ne peut probablement pas le voir, parce que j'ai détourné un regard qui refuse de se dévoiler à ses yeux, mais mon sourire retombe. En chute libre, du ciel vers le sol.
« Moi aussi je suis bien, à côté de toi, ma non-Inconnue. »
Ma bouche veut sourire, encore une fois, oui ! Ses mots sont une injection de réconfort, et je veux le lui montrer ! Mais mon cœur interdit ce geste à mes lèvres ; fichu indécis constant.
*Ashley*.
Je suis fatiguée d'être tiraillée en permanence, comme un élastique qui menace de casser sous la tension à tout instant. Je suis fatiguée d'avoir à choisir, ou de choisir de ne pas choisir, ou de faire un choix entre les deux. Je suis fatiguée de me poser toutes ces questions en regardant du coin de l’œil les Autres me démontrer leur facilité à vivre. C'est peut-être pour cette raison que je passe devant eux le menton haut, la posture fière, en trainant dans mon sillage un passé qui leur est invisible, un présent qu'ils ne peuvent pas comprendre et un avenir qui me fait douter plus je m'en approche. Je suis fatiguée. Et c'est avec des remords qui ne tarderont pas à apparaître en moi que je prononce « Pourquoi petite ? » , un brin d'humour ou juste de fantaisie dans mes mots, d'une voix qui commence à s'érailler.
*Si tu veux, elle a dit*. Idiote que je suis. Je n'ai pas répondu, *hein*. Je reporte probablement le problème à plus tard. J'élude la question de la Fille-des Aurores dans une inflexion amusée, mais au fond je suis perdue. *P’têtre que j'aurais pas dû dire ça*.
Après tout, accapare-t-elle mon cœur autant qu'Ashley ? *N...*. Elle accapare mes Vagues, oui, sûrement. Toutes sont à elles. Mais mon cœur ?
Non, c'est vrai. Avec la Fille, c'est encore différent. Tout en haut de la pyramide des Proches, il y a Ashley — en fait, non, elle est bien suréminente à ma petite pyramide schématique. Elle est au-dessus de sa pointe, sublime et fascinante enfant. Mon regard va même jusqu'à dessiner son visage à la surface du Lac, miroitant uniquement parce que le Soleil se penche sur elle.
Devant moi se trouve Ashley. À mes côtés m'entoure la Fille. Et je suis bien ; je les trouve fabuleuses, ces deux petites merveilles.
Je réponds à l'étreinte de la Grande à mes côtés, presque aussitôt. Mes cils se débattent entre eux et je remarque qu'ils chassent avec indolence une goutte d'eau, venue se perdre là. Probablement vient-elle du Lac. Il serait impossible que je pleure en raison d'un stupide adieu qui n'en est même pas un parce que nous nous reverrons, que je pleure parce que le lever de soleil prend fin, que le ciel est bien trop beau ce matin et que la vie est un objet d'art mal-aimé. *‘ais, impossible*
« Je peux te dessiner ?»
Mon cœur, ce plaintif, cet indécis, ne s'est-il pas arrêté de battre douze, peut-être même treize fois depuis que j'ai posé mes yeux sur la Fille ? Sûrement, oui. Et elle me touche une nouvelle fois en plein dans le mille.
« Comment l'oublier ? C'était magique ; un peu froid aussi mais... J'y penserai à toutes les aubes. »
*Au moins celles de mars* je me promets secrètement.
Puis, mue par une envie de toucher du bout des doigts la Lumière, je replace une mèche de cheveux, un peu mouillée, derrière l'oreille de la Fille. Je lui souris.
« Dessine... Dessine-moi autant que tu voudras. Tu me les montreras, hein, ces dessins ? J'expire mon impatience — ou mon appréhension, je ne sais pas très bien — et rajoute un détail. Comme ça on s’reverra ! »
L'idée, depuis le temps qu'elle tambourinait à la porte de nos esprits, aurait pourtant dû sembler évidente et se réaliser prochainement. Mais, l'énoncer ainsi, cela revient pour moi à confirmer ce que l'on pense tout bas. À l'acter, presque, et à tomber d'accord.
« Je ne veux pas partir. Mais si on restait là jusqu'à ce soir... Je m'interromps à cette pensée ; ce serait doux, après tout. Vivre au fil de l'eau, le temps d'une journée... *Non*. Ce serait reculer l'échéance, comme celle de mes Pensées, n'est-ce pas ? Et je ne veux pas lui donner cet espoir, à ma douceur de Fille, parce que c'est un faux. Et que les faux espoirs font mal. ...alors le Soleil disparaîtrait avant nous. Autant l’prendre par surprise. » je termine dans un sourire mi-triste, mi-résigné.
Je replie brusquement mes jambes sous ma jupe, passe en position agenouillée et me lève d'un bond. Prends bien garde à ne pas tomber dans l'eau une fois de plus, mais mon équilibre semble stable. C'est bien la Fille que je prends par surprise à son tour, une expression rieuse sur ma figure. Avant qu'elle ne fasse le moindre geste, je tends ma main, telle un cavalier invitant sa lady à une danse.
« M'accorderais-tu ce retour, Fille-des-Aurores ? »
Ruby-Amber, Gryffone alchimiste, bijou bientôt rouillé