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Moi ma baguette, j'en fais du petit bois  PV 

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Vous savez ce que c’est signifie avoir le spleen ? Ca tombe bien, Niel Hautecoeur n’en avait aucune idée lui non plus. D’ailleurs ça n’a aucun rapport avec notre sujet du jour. Bref.

***

Aujourd’hui comme tout les samedis, le jeune homme s’occupait à des activités peu littéraires comme, au choix, réponse A : il arrosait ses pots dans les Serres en baillant, réponse B : il prenait un petit déjeuner prolongé avec les Poufsouffles en frottant ses yeux englués, réponse C : il pelait des marguerites dans le Parc de Poudlard, réponse D : il allait faire partager un humour très personnel à des collègues saoulés aux sourires contrits et forcés en salle professorale.

Tic tac tic tac, vous avez choisi votre réponse ? C’est votre dernier mot ? Et ba non, aujourd’hui au contraire de tout les autres samedis depuis son arrivée comme enseignant au château, Niel rompait avec son quotidien répétitif et remarquablement bien orchestré pour un individu au cerveau peu ordonné. Prendre soin de centaines de végétaux douillets imposait une autodiscipline à toutes épreuves. Aujourd’hui par une matinée aux gros nuages cotonneux, l’ami des plantes ne jouait pas au « elle m’aime, un peu, beaucoup... pas du tout, fichtre ça marche pas ce truc » avec des pâquerettes, il parcourait de ses yeux plissés par ses sourcils cuivres et froncés une missive parcheminée parcourut d’une écriture d’enfant toute en courbes généreuses et tremblantes.

Soudain il chiffonna la lettre en poussant un...

« Grumpf. »

... caractéristique de l’état d’agacement profond qui faisait ressembler ses sourcils à un monument égyptien à l’envers et grincer ses dents comme un vieillard aigri devant des gamins survoltés sur un toboggan. La boule de parchemin vint rejoindre une jolie petite flaque ou nageaient une dizaine de ses semblables sans que rien ne viennent troubler leur noyade progressive dans le reste de la pluie nocturne qui avait battu de longues heures durant les carreaux de Poudlard, lui donnant un petit côté manoir glauque.

D’un geste blasé, l’enseignant tenta de chasser d’un petit coup sec les onze volatiles qui l’entouraient, le fixant de leurs yeux sans paupières avec des airs empressés. Non Niel ne répondrait pas aux messages dont ils étaient les porteurs, alors autant que les hiboux s’envolent vers d’autres cieux, ils craqueraient avant que le botaniste se décide à donner suite aux rumeurs incohérentes et honteuses qui traînaient sur son compte comme un boulet à son innocent.


« Monsieur, c’est vrai que vous êtes Cracmol ? » Ou encore « Excusez moi de vous dérangez mais elle est où votre baguette ? » D’autres, plus impudents, s’essayaient à la provocation : « En fait pourquoi vous êtes professeur à Poudlard puisque vous ne savez même pas lancer de sortilèges ? Bon papa est au Ministère, je vais tout lui raconter. Cordialement. »

Outre que les messages qu’il recevait sans cesse depuis son retour de vacances se basaient sur d’odieuses rumeurs colportées par des individus peu recommandables, le fait qu’ils lui soient envoyés par de presque inconnus l’agaçait de manière peu esthétique, sourcil en V et tout le tralala.

Il parcourut d’un regard mécontent l’assemblée d’oiseaux bariolés qui l’assiégeait en lançant des piaillements déterminants puis appela son propre hibou, perché sur un arbre non loin. A l’annonce de son nom sans aucun sens, l’élégant volatile gris-souris tacheté noisette fonça sur ses collègues coursiers toutes griffes dehors en piaulant dans des tons suraiguës. De multiples froufrous d’ailes se firent entendre, quelques cris indignés, puis tout ce petit monde de plumes et de pelotes de rejection s’enfuit en direction des hauteurs poudlardiennes, disparaissant bientôt entre les nuées d’humidité stagnantes. Et Niel se retrouva seul, piétinant un mélange d’herbe, de boue et de parchemin détrempé en grommelant une chanson d’un ton plein de dégoût. Devant tant de bêtise, même les œufs superbement brouillés du petit-déjeuner lui restaient en travers de la gorge.

Pour profiter en couple de ce petit matin perlé d’un léger brouillard écossais et se débarrasser accessoirement du désagréable sentiment de harcèlement injustifié qui l’empêchait de digérer, Niel avait choisi un petit chœur de jonquilles jaunes sages comme des enfants à l’éducation religieuse conservatrice, avec leurs corolles bien repassées et leurs pistils arrangés avec goût.

Le Botaniste aurait volontiers écrit un mémoire universitaire sur le thème de : « Vivre sans magie, un choix contesté dans notre société sorcière contemporaine. » Mais franchement, il n’avait pas le courage de pondre un parchemin de 75 mètres pour le plaisir des indiscrets friands d’histoires chocs et de comportements sortant de leurs piteux ordinaires, avides de mettre les yeux dans l’intimité d’autrui. Certes, s’interroger sur la légitimité de Niel Hautecoeur, farouche défenseur de la possibilité de vivre sans sortilèges, en tant que professeur au sein de l’illustre école de magie avait quelque chose de compréhensible. Mais enfin, on lui demandait d’inculquer sa science des plantes, pas d’envoûter des pots pour leur faire danser la carioca.

Le jeune homme bailla, s’ébouriffa les cheveux et gratouilla le nuque de Paotiz, son volatile personnel tout fraîchement revenu de sa mission commando. Il lui glissa un Miam’hibou entre le bec puis se replaça devant le pierre plate qui accueillait ses jonquilles musiciennes.Depuis quelques minutes, une mélodie inconnue avait envahie le Parc de Poudlard, entraînante et rythmée. Peu soucieux d’en connaître l’origine, l’enseignant arrêta son geste un instant pour en apprécier l’harmonie puis réarrangea les cinq petits pots du son de klaxon le plus grave au plus strident, se leva en dessinant de ses bras un grand demi-cercle puis donna les premiers temps de sa propre composition.

« 1, 2, 3, 4... »

« COIN POIN COIIIIIIN COUAC POUAAAAARK !!! » répondirent avec coffre les jonquilles en se balançant de gauche à droite comme sur un rythme au style novateur et encore indéfinissable.

La symphonie promettait d'être grandiose.

Détenteur du rang de Blaireau acharné.
"Le professeur Tournesol il est trop BG." Emy Marks, à ses heures perdues.
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Ancien sorcier

Moi ma baguette, j'en fais du petit bois  PV 

C’était par une belle après midi d’été. Après-midi d’été. D’été. Une belle après-midi d’été.

Toutes les mauvaises histoires commencent par une belle après midi d’été, songea Morag. Et il arracha la page sur laquelle il venait de tracer ces quelques mots d’une plume de musicien, en quelque sorte des lettres rondes et fermes à l’aspect agréable qui trahissaient une vie organisée et une volonté inébranlable. Il renifla bruyamment, son nez se plissa sous l’effort et il se leva d’un bond en fermant brutalement le carnet de cuir que ses parents lui avaient donné avant son départ, dans le but évident de le voir démarrer une grande carrière de chroniqueur. C’était en tout cas ainsi qu’il avait interprété leur geste.

Il se racla la gorge en adoptant un air profondément solennel, une main sur le cœur et le regard plongé vers l’infini de l’horizon qu’il discernait à peine par la fenêtre du dortoir. Après une grande inspiration impeccablement théâtrale, Morag se mit à déclamer :


- Chers parents. Je sais que vous m’avez donné ce carnet pour me prouver votre amour. Enfin je crois, dans l’optique où je ne satisfais pas exactement vos attentes. J’aimerais que ce message vous parvienne. Je n’écrirais pas dedans. Vous avez essayé par tous les moyens de me faire abandonner la musique avant de me conduire jusqu’à cet affreux quai, je pense que je comprends, et je vous pardonne. Mais il faut que vous compreniez que c’est la seule chose que je sais faire, et c’est la raison pour laquelle je renonce formellement à tenter encore une fois de coucher mes expériences par écrit comme vous me l’avez si gentiment suggéré. Comprenez moi. Lorsque je raconte une histoire dans ce fichu carnet, j’ai l’impression de réécrire un mauvais Stepahnie Meyer, le scénario en moins. Je vous laisse imaginer ce que ça peut faire, Twillight sans scénario. Alors je vous en pris, chers parents, acceptez que je vous renvoie ce carnet vierge, ou rempli de notes. Je n’ai aucune autre alternative à vous proposer. Cordialement, votre Morag. »

Il se tue, essoufflé, et laissa le silence s’installer dans la gigantesque chambre vide. C’était fait, c’était dit, et il se promit de tenir sa résolution. Il ne marquerait rien dans ce carnet qu’il ne sut faire. Et tant pis s’il n’osait jamais répéter ce qu’il venait de dire en face de sa mère ou de son père. La fenêtre était bien plus éloquente qu’eux, il avait le sentiment de s’être fait comprendre.

Du coup, fort de son nouveau projet, il se saisit d’une plume, s’assit en tailleur sur son lit à baldaquin, trempa l’outil dans l’encre noire qu’il avait débouché sur sa petite table de nuit et traça rageusement une portée qu’un gros pâté vint gâcher avec un amertume. Le garçon poussa un rugissement de frustration devant ce nouvel échec. Bon, la plume non plus, ce n’était pas terrible. Il s’en débarrassa et réitéra la manœuvre cette fois avec un crayon HB des plus classique qui lui réussit nettement mieux. A la troisième portée, il se demanda pourquoi l’école des Sorcier utilisait encore des plumes et de l’encre quand les moldus utilisaient le crayon a papier et le stylo bille qui étaient tout de même deux outils nettement plus performants. Il abandonna vite la question restée sans réponse, prit d’une rage farouche qui l’abandonna lorsqu’il eu fini de couvrir de lignes respectables la dernière page du gros cahier relié.


- Une bonne chose de faite, »

Annonça Morag en fermant avec satisfaction l’épais volume. Il rangea ensuite soigneusement son ouvrage dans le tiroir de sa table de chevet et abandonna son crayon. Toutes ces portées l’avaient mis en appétit. Il quitta donc la chambre, traversa la salle commune des Serpentard et se décida à faire un petit crochet par les cuisines, le temps d’harponner un fameux sandwich jambon-fromage qu’il trouva tout bonnement délicieux. Requinqué et de fort meilleure humeur, mastiquant un ultime morceau de jambon avec l’air penseur de celui qui déguste amèrement quelque chose qui prend fin trop vite, il se demanda s’il aurait le courage de retourner se terrer au fin fond du dortoir pour marmonner entre ses dents une mélodie harmonieuse, de préférence en La bémol mineur, qu’il retranscrirait avec soin sur ses portées fraîchement tracées avant de remonter à la recherche d’un piano sur lequel il pourrait expérimenter ses nouvelles mélodies.

Il se rappela subitement le gardien qui l’attendait en bas, et qui ne manquerait pas de lui barrer le passage au moment où il voudrait pénétrer dans la salle commune des Serpentard. Celui la, bon sang. Il n’avait rien de mieux à faire que de rendre ses interminables allés et venues cruellement fastidieuses. C’est à dire que Morag avait le plus grand mal à ne pas oublier le mot de passe une fois qu’il avait une mélodie en tête, et que pour une raison inconnue, il n’osait pas composer dehors, à la vue de tous. Il en était donc arrivé à marmonner « Boson de Higgs » à la place du naturel mot de passe qu’il aurait du prodiguer. Le personnage peinturluré du tableau, dont il ignorait tout jusqu’au nom, lui avait rit au nez et s’amusait à présent à lui retourner son échec à chaque passage, comme s’il s’agissait de la chose la plus plaisante au monde. Ce n’était pas l’avis de Morag qui en avait plus qu’assez de devoir subir un quart d’heure de ricanements intempestifs, qui le suivaient ensuite jusqu’au dortoir, tout ça pour ce qu’il estimait n’être qu’un pauvre petit lapsus d’artiste.

Par ailleurs, il n’avait aucune idée de ce que pouvait bien être le Boson de Higgs. Il s’en fichait éperdument.

Ce souvenir suffit à lui couper l’envie de récupérer ce carnet de cuir subitement devenu primordial à ses yeux. Il réfléchit quelques instants. Tout n’était pas perdu, il pouvait se contenter d’interprétations. Un petit Chopin par-ci, un petit Beethoven par là, et sa frustration s’envolerait loin au dessus de Poudlard. Mais où trouver un piano dans ce gigantesque château de pierre dont il ne connaissait encore que bien peu de chose ?

Il erra de longues et interminables heures sans rien trouver. Les pieds traînants contre le carrelage glacé du corridor, les orteils trop serrés dans ses bottines de sorciers luisantes, il s’écroula finalement à genoux contre le mur et poussa un long gémissement désespéré.


- Pourquoiiiiii moiiiii » Morag se lamentait avec fort professionnalisme. « Pourquoiiii a t-il fallut que j’atterrisse dans la seule école de magie où il n’y ai pas un seul instrument de musique à disposition, pourquoiiiii ? La magie est elle moins importante que la musique ? Commeeeeent peut on penser une chose pareiiiiille ? La musique est magique sans magie, c’est bien la preuve qu’elle est supérieureeee. Je ne demande pas grand chooooose, même une petite guimbarde, ou un kazhoo, ou même un ukulele, vraiment… Ayez pitié de moi. Non mais sans rire. » Comme rien ne se passait, il se leva en soupirant. « Une guimbarde… Allez… Juste une guimbarde. Peut être qu’avec un sort je pourrais la transformer en piano… » A bout de force et d’espoir, il tira sur le loquet de la porte suivante avec un automatisme concentré. Il savait déjà ce qui se trouverait derrière si elle n’était pas fermée à double tour. Un débarras, tout au plus un fourre tout, au mieux une salle de classe. Il fut surprit de sentir la lourde porte grincer sur ses gonds. Morag pénétra à l’intérieur.

La salle était vide et ne disposait d’aucune fenêtre. Les murs, criblés de toiles vieilles de cent ans, éparpillaient sur le sol de marbre noir d’énormes moutons de poussières. Au centre de la pièce, un objet inattendu trônait impérieusement.

Morag poussa un cri de joie contrit en reconnaissant un gigantesque piano à queue. Splendide, sublime, magnifique. Il hésita. Quelque chose lui soufflait qu’il ne pouvait pas laisser ce piano là. Qu’il fallait qu’il l’emmène dans un lieu sur. Il ignorait que la salle sur demande était le lieu le plus sur qu’il puisse imaginer. Discrètement, comme s’il craignait que quelqu’un le surprenne, il extirpa sa baguette de sa poche intérieure, et chercha dans les recoins de son esprit un sort, perdu au milieu des notes et des gammes, qui lui permettrait de transporter cette éléphantesque trouvaille dans un coin sécurisé.

Ca ne se passa pas exactement comme il l’avait prévu. Il y eu un éclair blanc. Tout disparut dans une aveuglante lumière, et la seconde d’après, le jeune sorcier senti la brise lui ébouriffer les cheveux et une odeur de lac effleurer ses narines. Il avait une main cramponnée au piano et sa baguette pendait lamentablement au bout de ses doigts. Il la rangea prestement, comme pour dissimuler le fait que, quoi qu’il se fut passé, il avait tenté de s’en servir, et regarda autours de lui.

Le paysage était splendide et champêtre au possible. Morag n’avait pas encore eu l’occasion de le découvrir, mais il lui plut. Ce devait être un signe. Une incitation à transcender sa mélodie au contact d’une nature abondante et chaleureuse. Oui. Finalement, même Poudlard était décidé à le pousser sur la voix de la musique. Sans plus attendre, il se glissa derrière le clavier et interpréta avec brio l’intégrale des Polonaises de Chopin.

Il s’apprêtait à entamer avec grâce la 9eme de Beethoven lorsqu’un son ignoble le percuta de plein fouet et le propulsa de son tabouret. Eperdu, il jaillit en direction du son, les bras en l’air, la robe volant au vent.


- STOOOOP ! STOOOOOOOOOP !!! » Un dérapage contrôlé plus tard, il s’immobilisa devant Niel Hautecoeur, illustre directeur de la maison de ses rêves. « Ho ! » s’exclama le garçon en lorgnant brièvement sur son parterre de fleurs concertistes. « Heu. Sans vouloir vous manquer de respect, monsieur, je ne suis pas certain que votre heu… Composition s’organise exactement avec l’harmonie de Beethoven. » Il réalisa qu’il discutait avec un adulte et toussota. « Peut être que si j’essayais Berlioz… ? » Puis quelque chose sembla s’allumer dans son esprit et ses yeux brillèrent subitement. « Excusez moi, vous êtes bien Niel Hautecoeur ? Je suis Morag McMorgan. Je viens d’arriver et je suis dans votre maison. »

Ignoble mensonge que vint aussitôt contredir le badge vert et argent qui luisait fiérement sur sa poitrine.

Moi ma baguette, j'en fais du petit bois  PV 

« Jeanette tu joues faux ! Tu es trop basse, reprend toi ! Aaah, c’est bien mieux. Belle harmonie les filles, on garde le tempo et on fait attention à la justesse... Biiien, vous êtes dans le rythme, allez solo Henriette dans trois temps ! Un, deux, ... »

FRAOUUUCH !

Une tornade noiraude jailli, tournoya, s’arrêta enfin avec de grands bruits de semelles glissantes dans une flaque boueuse. Les parchemins achevèrent de se désintégrer sous les petons de l’enfant à la figure uniformément rouge du menton jusqu’aux oreilles, avec des bruits d’éponges. Il était presque maigre, avec de bonnes joues et aurait sûrement eu la peau pâle s’il n’avait pas été aussi essoufflé. A vrai dire, quelque chose d’indéfinissable rendait quasiment impossible une description physique de l’arrivant. Niel ne s’attarda pas sur cette constatation, et d’un geste de chef, fit taire son orchestre végétal en haussant les sourcils.

Un léger sourire traînait entre ses joues. Il se représentait mentalement l’image qu’il renvoyait lui-même à l’âge de l’enfant, et en convint qu’il devait plus ou moins ressembler à son interlocuteur, peut-être un peu moins carmin mais tout autant expressif et gesticulant. Il était drôle à voir, vraiment comique. Heureusement d’ailleurs, car cela fit venir une éclaircie rigolarde entres les nuages cérébraux du rouquin, plus ouverts aux pensées noires qu’à la joie et le mit dans de bonnes dispositions pour engager un dialogue pourtant initié par un cri des plus désagréables.

L’enfant peau-rouge dans sa flaque de boue et de papier clapota des lèvres avec un air plus éberlué qu’un poisson tiré de l’eau. Les jonquilles se calmant, Niel perçut enfin les tenants et les aboutissants du discours et des recommandations de l’enfant qui reprenait enfin sa pâleur naturelle.


« Ho ! Heu. Sans vouloir vous manquer de respect, monsieur, je ne suis pas certain que votre heu… Composition s’organise exactement avec l’harmonie de Beethoven. Peut être que si j’essayais Berlioz… ? »

Indéniablement, l’enfant venait de prononcer ce que l’on appelle couramment des mots. Encore plus impressionnant, il avait fait des phrases, et les belles phrases que c’était ! Majuscules et points, tout y était. Et pourtant, malgré cette parfaite élocution, cette volonté d’être compris, de communiquer grâce à une langue définie, Niel n’y comprit strictement rien.

Par conséquent, et malgré son envie de lui répondre un simple et primitif « QUOI ? » , Niel décida de peindre sur son visage un air compréhensif, presque intelligent, et absolument pas surpris. « Moi pas comprendre toi » aurait peut être suffi, mais Niel tenait un tant soit peu à son image ou du moins, à l’image qu’un enseignant de Poudlard se devait de renvoyer. Une chose était sûre, cet enfant parlait l’anglais et si la signification de ses phrases étaient inconnues, la communication était une possibilité sous réserve d’utiliser des mots simples et un vocabulaire peu fourni.

Niel joignit ses mains sous son menton et se décida à écouter de toutes ses oreilles la suite du discours de l’enfant atypique. Le ton était passé de l’horreur à la curiosité polie.

« Excusez moi, vous êtes bien Niel Hautecoeur ? Je suis Morag McMorgan. Je viens d’arriver et je suis dans votre maison. »

Ah, l’information était plus intéressante. Les maisons, Poudlard, ça faisait un élément susceptible d’établir un sujet de dialogue. Toutefois, à bien y regarder, le dénommé Morag Mc Morgan n’avait pas grand chose à voir avec la noble maison d’Helga la belle. Et à vrai dire, l’enfant portait carrément et de façon ostentatoire comme il était d’usage dans l’école, le serpent enroulé argent et émeraude du blason des Serpentard.

Fichtre Jade, pensa l’enseignant, tu ne fais pas de topo à tes élèves sur les différents professeurs ? Même si le rouquin ne pouvait se résoudre à rejeter la faute sur sa collègue, il ne put s’empêcher de se dire qu’une fois de plus, quelque chose ne tournait pas rond chez la gente serpentine.

Mais un dilemme plus important étreignait Niel Hautecoeur. Devait-il avouer à l’enfant aux pieds boueux qui avait interrompu son récital, que décidément il n’avait rien à voir avec la maison verte et argent, appartenant lui-même à Poufsouffle. Mais cela pourrait faire naître chez l’âme fragile, un sentiment de trahison envers les autorités vertes et le botaniste ne voulait pas semer la discorde entre la douce Jade et ses orvets. Par ailleurs, l’enfant s’était montré si poli, prononçant le nom du professeur avec tant de... Niel aurait dit de respect s’il n’avait pas considéré cette possibilité comme presque comique venant d’un serpentard, que le rouquin se devait de prendre des précautions pour ne pas briser ce ton qui lui était si peu familier et pourtant si agréable.

Ou bien il pouvait affirmer et révéler au tout jeune homme que ce dernier avait été réparti en un lieu qui ne correspondait en rien à la tanière des blaireaux, craignant par la même de brusquer une sensibilité en pleine recherche sur elle-même. Mais c’est qu’il a besoin de se trouver cet enfant ! songea l’enseignant qui se décida finalement à être honnête avec le jeune perdu.

« Et bien enchanté Morgan ! » gazouilla le professeur Tournesol.

« Sans vouloir te vexer mon enfant, je suis heureux de faire ta connaissance en des termes si ...polis et certes en partie incompréhensibles, mais passons ! C’est agréable de voir un petit serpentard faire fi des mauvaises rumeurs colportées un peu partout, cela prouve bien que toutes les maisons peuvent s’entendre si l’on passe outre les à-priori n’est ce pas ? Donc que me vaut l’honneur d’une visite si inattendue ? »

Détenteur du rang de Blaireau acharné.
"Le professeur Tournesol il est trop BG." Emy Marks, à ses heures perdues.