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Quand la curiosité bat de l'aile.  Pv 

Le soleil se levait peu à peu, sans se hâter de sorte à laisser l'aurore s'installer. La nuit quittait Poudlard, afin qu'un nouveau jour débute. L'hiver se faisait sentir au château, le froid prenait place et les premiers flocons de neige tombaient. Cette période de l'année était la préférée de Miles : elle lui rappelait son pays, la masse astronomique de neige, le froid, et tout l'agrément l'accompagnant. Miles n'appréciait pas spécialement le mois de Décembre, mais ce qu'il engendrait l'enthousiasmait.

Le professeur Ainsworth contemplait du haut de la tour d'astronomie la vue d'une magnificence renversante. On voyait au loin quelques vallées non plus vertes mais recouvertes d'un voile blanc. On ne distinguait guère si certains se promenaient d'ores et déjà dans le parc, mais il était rare de croiser un dimanche matin quelconque individu hors de son plumard. Il s'agissait de la coutume de la grasse matinée que Miles ne prenait la peine de faire. A quoi bon dormir, il n'allait point gaspiller son précieux temps. Il devait être plus ou moins sept heures.

Le jeune homme se rapprocha de la barrière séparant la plateforme du vide incommensurable qui séparait Miles du sol. Il s'assit dessus, les pieds dans le vide. Il s'agissait du moment propice afin qu'il allume une cigarette et se délecte du spectacle. Il se mit à tirer une bouffée, tout en admirant la beauté du paysage. Il observa quelques flocons guidés par la brise matinale rafraichissant l'atmosphère. Les rayons de soleil tentaient de percer l'horizon brumeuse, et peinaient à parvenir jusque Miles.

Il jeta son mégot dans le vide, le regarda choir. Sa chute était longue. Ce ne serait pas le cas de Miles. Ce dernier se leva, et grimpa au dessus de cette barrière. Il resta stable quelques instants, se focalisa sur l'horizon, et sauta. Il plongea et débuta sa chute vertigineuse. Il avait toujours rêver de faire cela : ressentir cette incroyable sensation que de tomber indéfiniment. Il n'avait guère l'intention de mourir, ainsi il se métamorphosa en quelques instants en corbeau, et réussit une remontée sensationnelle, se servant de son élan pour aller plus vite, et plus loin. Il volait, au dessus du parc, se dirigeant rapidement vers le lac. Cela faisait quelques temps qu'il ne s'était pas autant senti vivant.

Une fois atterri, il se promit qu'il réitérerait l'expérience, ô sensationnelle. Il se trouvait non loin de la rive du lac. Personne aux alentours. Cela le rassura, il n'aurait guère voulu se justifier. Il profita de se trouver près du lac afin d'entamer une petite promenade. Il pourrait laisser les pensées voguer, tout en marchant près du lac en appréciant le calme apaisant. Se rapprochant de la rive, il aperçut une silhouette. Cette silhouette n'était autre que celle de Miss Loewy, directrice de Poudlard. Que faisait-elle de si beau matin ? Etait-elle en quête d'un coin paisible ? Cette coïncidence plut à Miles. il n'avait jamais réellement discuté avec sa supérieure. Elle était quelque peu intimidante, et Miles avait peur de se retrouver mal à l'aise pour de multiples raisons. Seulement, un point important l'intriguait, et le mena jusqu'à elle.

Ainsi, Ainsworth s'approcha de Miss Loewy, et vint à sa rencontre. Sa curiosité avait été provoquée lorsqu'il avait vu un étrange animal voler jusqu'au bureau de cette dernière, deux nuits. La première fois, il crut rêver et se persuada qu'il ne s'agissait probablement que de son hibou, mais la seconde fois, il ne put nier ce qu'il vit. Seulement, il ne pouvait décemment lui poser la question alors qu'il l'avait à peine salué. Ainsi, il l'interpella, n'étant plus qu'à quelques pas de la directrice.


« Oh, je ne vous pensais pas si matinale, Miss Loewy. C'est bien la première fois que j'ai l'occasion de m'entretenir avec vous, seul à seul. Vos responsabilités ont l'air de bien vous occuper ! Avec toute cette effervescence autour du tournoi, cela ne doit pas être de tout repos. »

26 ans et déjà à la retraite !
« La vie se présente à nous comme une certaine évolution dans le temps et une certaine complication dans l'espace. »

Quand la curiosité bat de l'aile.  Pv 

Kristen n’avait pas dormi de la nuit. Le programme avait été chargé : après le dîner, elle avait dû trier quelques dossiers d’élèves qui pourraient éventuellement être inscrits à Poudlard à la prochaine rentrée – les procédures étaient longues et fastidieuses pour pouvoir entrer dans l’école – puis, elle avait tenté de trouver des solutions pour le problème des centaures de la forêt interdite et du parc : les clans de Cain et Dale ; problème pour le moins épineux. Kristen s’étonnait que Dale ne se fut nommé Abel. Finalement, arrivée au milieu de la nuit, sa douleur à la jambe s’était manifestée à nouveau, elle qui avait disparue depuis le début des vacances d’été. Alors, elle avait tâché de palier à la douleur en « faisant le nécessaire. » Et faire le nécessaire prenait du temps. Quand elle eut fini ce qu’elle avait à faire, le matin arrivait. Elle se serait volontiers couchée, enfin, totalement exténuée. Pourtant, il était trop tard (ou trop tôt ?) pour considérer comme raisonnable le fait de dormir maintenant : six heures du matin. Elle fit donc ce qu’elle faisait de plus en plus rarement depuis la rentrée : elle sortit, juste pour prendre l’air.

Face à l’eau calme du lac de Poudlard, légèrement battue par le vent d’hiver et les quelques flocons qui s’y fondaient, Kristen se tenait debout, fermant les yeux et appréciant la brise fraîche qui réveillait sa peau. Les poings serrés dans les poches de son manteau et une écharpe lui remontant jusqu’au nez, elle se sentait parfaitement à l’aise dans cette froideur. L’hiver n’était pas encore là au regard du calendrier, mais la météo affirmait le contraire. La directrice semblait, de loin, n'être qu'une ombre dans la brume, dans ses grands habits noirs et longs. Depuis quelques temps, il lui semblait que la gangrène de la lassitude bouffait son petit cœur désolé. Sa seule motivation s'évaporait souvent entre ses doigts, et revenait, lui redonnant de l'espoir... et non, glissait à nouveau, comme de la fumée. Chaque fois, bornée, Kristen s'interdisait de croire à l'échec, et recommençait. Vous savez ce qu'on dit : "patience et longueur de temps..." Ah, non, ne dites pas ça à un Gryffondor.

Elle n’entendit pas arriver son collègue, le professeur Ainsworth, derrière elle. Il la tira de sa torpeur par ces mots :


« Oh, je ne vous pensais pas si matinale, Miss Loewy. C'est bien la première fois que j'ai l'occasion de m'entretenir avec vous, seul à seul. Vos responsabilités ont l'air de bien vous occuper ! Avec toute cette effervescence autour du tournoi, cela ne doit pas être de tout repos. »

Elle se tourna et lui adressa un très mince sourire, invisible derrière son écharpe. Ses yeux étaient fatigués, le froid n’ayant pas tout à fait fini de les éveiller.

Miles Ainsworth était d’une dizaine d’année plus jeune qu’elle, mais il semblait être un sorcier particulièrement talentueux. Il ne devait pas être le genre à étaler son savoir, et on sentait pourtant que c’était une personne qui avait beaucoup de compétences. Lors de l’entretien d’embauche du jeune homme, seule fois où ils avaient pu discuter, mais dans un cadre purement professionnel, Miles Ainsworth avait fait ses preuves.


« La nuit a été compliquée. Ce travail est encore plus éreintant qu’on ne se l’imagine, répondit-elle avec un soupir. »

Elle marqua une pause, profitant encore du plaisir du vent froid revigorant.

« Comment allez-vous, Miles ? »

Présence réduite les lundis et vendredis.
« J'habite à trop de milliers de mètres d'altitude au-dessus des bas-fonds où clapotent et clabaudent de tels sales papotages, pour que je puisse être éclaboussé par les plaisanteries d'une Verdurin. »

Quand la curiosité bat de l'aile.  Pv 

Kristen Loewy paraissait exténuée, sûrement à cause du travail conséquent qu’elle avait à fournir. Miles se rappelait de l’image sérieuse, froide et si professionnelle qu’elle lui avait renvoyée durant l’entretien. Si jeune et déjà directrice, cette femme demeurait emplie de mystères. Miles aurait apprécié tous les percer, mais une question trottait dans sa tête depuis qu’il l’avait croisée. Il ne savait pas comment s’y prendre, il ne voulait pas déranger ou paraître indiscret dès sa première réponse. Le professeur ne voulait guère mettre mal à l’aise sa supérieure, cependant l’envie de percer un de ses secrets restait plus forte que lui. Tenaillé par ce dilemme, il tentait tant bien que mal de l’occulter afin de se focaliser sur ce que lui déclarait son interlocutrice. Miles respira une grande bouffée d’air et l’expira sous forme de vapeur. Il était enfin dans son élément, ce froid descendant du Grand Nord. Kristen semblait se délecter de ce cadre météorologique pré-hivernal. Malgré tout, elle lui posa une question et Mr Ainsworth y répondit rapidement.

«  Et bien, pour tout vous dire, plutôt bien. Je ne me rappelais pas de Poudlard de cette façon. C’est si paisible.. Je ne regrette pas d’être revenu. »

Miles fixa l’horizon ; le regard porté au loin, il admirait les flocons se noyer dans le lac. Le paysage était, comme à son habitude, une source de contemplation. Ainsworth pouvait rester des heures devant sa fenêtre et observer Poudlard se mouvoir dans le temps. Seulement, il n’oublia pas la présence de Miss Loewy qui restait stoïque. Une fine couche de neige commençait à recouvrir le sol, et s’étendait de plus en plus. Miles mit ses mains dans les poches, et rentra le menton dans son manteau afin de se réchauffer quelques instants. Il appréciait cette vague de chaleur qu’il ressentait lorsque tout d’un coup, son corps passait de froid à chaud. Savourant ce bref instant, il fixait toujours droit devant lui.

Le professeur de Métamorphose avait la rare occasion de tomber sur la directrice en personne, et ce dernier n’arrivait tout de même pas à lui adresser la parole naturellement. Il n’arrivait guère à la cerner, ce qui le bloquait légèrement. Elle inspirait la singularité mais Miles ne savait comment l’exprimer. Peut-être était-ce l’étiquette de directrice qui lui donnait cette prestance ? Cependant, Ainsworth allait faire la conversation. Mieux valait qu’il tente sa chance que de laisser cette rare opportunité s’envoler sans contester. Ainsi, il tourna la tête en la direction de son interlocutrice et déclara :

«  Apparemment, vous étiez professeur de Défense contre les Forces du Mal dans le temps, et deux ans plus tard, vous voilà directrice.. C’est intéressant comment certaines opportunités s’offrent à nous parfois.. Je ne sais pas si vous imaginiez cela une seconde avant de mettre les pieds ici.. »

Miles acheva ses propos sur un ton pensif. Il n’osait pas poser les questions, l’indiscrétion l’attendait au tournant. Sa réflexion – montrant que le jeune homme s’était brièvement renseigné – devait laisser une vague sensation de nostalgie à son interlocutrice. Il était vrai qu’elle avait su se hisser dans la hiérarchie. Etait-ce son but premier ? Etait-elle en quête de ce genre de pouvoir ? Miles n’apporta aucune réponse à ses suppositions, ne voulant pas juger Miss Loewy sans connaître un temps soit peu le personnage.

Miles savait qu’il n’avait pas la chance d’être très sociable et d’avoir cette facilité à discuter et mettre à l’aise ses interlocuteurs ; cependant, il fit avec. Après avoir terminé sa tirade, Ainsworth décida de s’asseoir par terre. Il n’y avait plus de raison de rester debout puisque désormais il resterait en compagnie de sa supérieure. La neige mouilla en surface le manteau du jeune homme mais cela ne le dérangeait point. Appréciant l’instant présent, il sortit une cigarette pour le parfaire. Il l’alluma, et aspira une grande bouffée de fumée. Quelque peu gêné de prendre tant ses aises à côté de Miss Loewy, il ajouta :

« J’espère que ça n’vous dérange pas.. ? »

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Les mots « Poudlard » et « paisible » placés dans la même phrase, prenaient dans la bouche de Miles, et adressés à Kristen, l’accent d’une féroce plaisanterie. Ses lèvres se crispèrent dans une sorte de sourire bizarre, ironique. La directrice ne trouva rien à répondre : il aurait été inapproprié de briser les espoirs de ce jeune professeur tout fraîchement revenu à Poudlard, tout pimpant. Elle continua d’observer le lac et dans ses poches, se frictionna les mains. On aurait pu penser qu’elle était déjà agacée de la présence de son collègue, mais il n’en était rien pour le moment. Kristen Loewy était ce genre de personne qui ne parle jamais inutilement : ses paroles étaient toujours mesurées, si bien que sa plus grande véhémence consistait à utiliser l’ironie ou le sous-entendu en essayant de persévérer dans l’élégance et la distinction. Ses manières lui donnaient un air froid, et sans doute l’était-elle. Loin d’être hautaine, elle considérait comme inutile les conversations futiles que l’on entend sans cesse et ne se contentait que du strict nécessaire en relations humaines ; la plupart étant de toute façon vaines et sans intérêts.

« Apparemment, vous étiez professeur de Défense contre les Forces du Mal dans le temps, et deux ans plus tard, vous voilà directrice.. C’est intéressant comment certaines opportunités s’offrent à nous parfois.. Je ne sais pas si vous imaginiez cela une seconde avant de mettre les pieds ici.. »

Kristen se tourna vers le professeur de métamorphose et haussa un sourcil intrigué. Elle ne voyait pas où il voulait en venir. Etait-ce un reproche ? On pouvait trouver des défauts à la directrice de Poudlard, mais certainement pas celui de l’ambition professionnelle, aussi étrange que cela puisse paraître pour une personne occupant un poste d’une telle importance. Elle soupira brièvement et reporta son regard sur l’horizon, son étonnement ayant vite laissé place à sa lassitude habituelle. Si l’entrevue avait plutôt bien commencé, ce sujet n’avait pas manqué de la braquer. Fatiguée comme elle était, un rien lui suffisait.

« C’est intéressant, oui, dit-elle d’une voix sans inflexion. »

Ces simples mots étaient cinglants comme la brise d’hiver qui coupait le ciel. La conversation gênait tout simplement Kristen, qui n’était pas prête à qualifier son nouveau poste d’opportunité qui s’était offerte à elle. C’était plus quelque chose qui lui était tombé dessus comme ça, un beau matin où elle n’avait rien demandé, une charge très lourde – un peu comme ces pianos qui vous tombent dessus alors que vous marchez tranquillement dans la rue ; car oui, la nomination de Kristen au poste de Directrice de Poudlard avait un petit côté comique. Une année se terminait quand elle échappait de justesse à Azkaban, et la suivante, elle devenait directrice d’une des plus grandes écoles de Magie du continent.

Kristen entendit un bruit de froissement. Miles devait s’être assis. Il était absolument hors de question qu’elle en fasse de même : elle ne tenait pas à se retrouver trempée et pleine de boue, mais visiblement cela ne préoccupait pas le professeur de métamorphose plus que cela. Il devait être parti pour rester. Un bruit de briquet - ce fameux "tchic" de la pierre qui frotte le métal -, et la directrice cessa de se perdre dans ses pensées. Elle ouvrit de grands yeux, que le professeur Ainsworth ne pouvait pas voir de là où il était. Ce son, elle s’en rappellerait probablement toute sa vie. Il était pour elle associé à une personne en particulier. Elle fut troublée quelques secondes et reprit ses esprits quand le jeune homme demanda si cela ne la dérangeait pas qu'il fume. Il aurait été probablement surpris qu’elle lui dise que si, cela la dérangeait fortement, mais Kristen ne tenait pas à déstabiliser plus que cela le jeune professeur. Et puis, au final, elle s’en fichait pas mal.


« Tant que vous ne jetez pas votre mégot n’importe où. »

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Kristen perdait le peu d’intérêt qu’elle voyait en Miles, et ce dernier le sentait rien que dans la façon dont elle s’exprimait. Elle n’avait pas de temps à perdre, et ce n’était, apparemment, guère une pipelette. Faire la conversation l’ennuyait, et elle-même souhaitait en finir au plus vite dès qu’on l’entamait. La brève réplique de Miss Loewy illustrait parfaitement l’isolement dans lequel elle vivait. Miles ne s’intéressait pas non plus des masses aux individus l’environnant et pourtant il était resté en compagnie de sa supérieure. Certes, il s’agissait d’une toute autre raison ; cependant il aurait pu trouver une raison pour ne pas lui parler, et rester dans sa bulle. Personne ne l’aurait dérangé, et il n’y aurait pas eu le risque qu’il soit la source d’ennui d’un autre. Ainsi, après les mots assez crus de la directrice, il garda son silence. Chaque intervention qu’il souhaitait faire devait être calculée, pensée et utile. Il n’était pas vraiment du genre à tourner autour du pot, cependant il se devait de pas menacer ses propres intérêts ainsi que de rester minutieux.

Ainsworth fumait sa cigarette, pensif. Un souvenir lui taraudait l’esprit. On lui avait déjà raconté une légende urbaine. Elle provenait de l’Est, vraisemblablement d’Allemagne. De nombreux mages faisaient retentir leur nom, mais celui-là avait fait mieux. Personne ne connaissait son identité et malgré tout, il avait acquis une certaine renommée. Les rumeurs s’accumulèrent, personne ne sut si ce que l’on disait sur lui demeurait véridique et pourtant, tous y croyaient. Miles en avait entendu parler par des camarades - il y a quelques années - et n’avait pas oublié. Cet homme n’était pas seulement un puissant sorcier, il n’était autre qu’un redoutable animagus. Seule sa forme animale avait été révélée au grand jour. Se faisant de plus en plus discret, certains pensaient qu’il avait disparu, d’autres se convainquaient qu’il n’était rien qu’un mythe. Les enquêtes ne menaient nulle part, et toutes les pistes imaginables devenaient bien vite incohérentes.

Miles n’était pas fou, il avait vu et ce, à deux reprises, un oiseau familier. Familier à toutes ces histoires mystiques que Miles tentait d’analyser avec recul sans tirer de conclusions hâtives. Ces légendes avaient forcément une source. Et si Miles avait vu cet aigle rouge non loin du château, c’est avec surprise qu’il l’aperçut quelques jours auparavant entrer dans le bureau de la directrice. Il n’avait guère rêvé, il en aurait mis sa main à couper. Miles avait ressenti ce comportement humanisé que l’on pouvait distinguer chez un animagus. Puis il fallait se l’avouer, croiser un aigle rouge à Poudlard tandis qu’il se préparait à entrer dans le bureau de la directrice était une étrange coïncidence. Ainsi, Miles déclara, après avoir tiré sur sa cigarette :


«  Connaissez-vous la légende sur cet homme sombre, très sombre.. ? Il vivrait en Allemagne, selon les rumeurs, et en terroriserait plus d’un. Il est connu pour son obscurité, et son usage de la magie noire.. Laissant un bref instant de répit à son interlocutrice, il fuma puis reprit : Vous ne voyez-pas ? Personne ne le connaît vraiment, son visage reste d’ailleurs un mystère. Pourtant, on parle encore aux enfants de ses soi-disant méfaits. Il est communément connu sous une autre forme : un aigle rouge.. Étrange n’est-ce pas ? »

Miles acheva son histoire. Elle était peu factuelle et demeurait vague mais elle saurait faire écho à Kristen. Indéniablement, elle ferait un lien. Miles espérait ne pas s’attirer les foudres de sa supérieure, ce qui serait difficile en l’état actuel des choses. Il avait probablement trouvé un point sensible de son interlocutrice. Cette légende était fondée sur des sources vraies et d’autres exagérations de l’opinion publique ; cela n’empêchait guère le fait que Miles soit persuadé par ce qu’il avait vu. Terminant sa cigarette, il jeta le mégot en l’air et d’un coup de baguette, il se désagrégea sans laisser aucune trace. Il attendait une réponse de la part de Miss Loewy. Avait-elle déjà envisagé la possibilité qu’on vienne lui parler de cela ? Miles s’y était-il pris de la bonne manière ? Avait-il été trop direct ? Il verrait bien les réactions de la femme, et tenterait de se rattraper si jamais il avait échoué dans son plan.

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Kristen se félicita d’avoir été dos à Miles quand ce dernier reprit la conversation. Son expression l’aurait en effet trahie : elle avait ouvert de grands yeux stupéfaits. La directrice s’imaginait fort bien que le professeur Ainsworth n’avait pas choisi ce sujet au hasard ; de toute évidence, toutes les précautions n’avaient pas été prises pour protéger son secret. Loin de s’amuser de la description fortement exagérée que donnait l’enseignant de ce fameux Animagus, elle se mordit la lèvre avant de se retourner. La surprise passée, elle put se calmer et tâcher de paraître comme à son habitude totalement neutre.

« Je connais en effet cette histoire. J’ai moi-même vécu un peu plus d’un an en Allemagne. À l’époque déjà, de nombreuses rumeurs circulaient à ce sujet, dit-elle sans rien laisser transparaître. »

Elle fit un sourire faussement chaleureux à son collègue. Elle était à présent évidemment intéressée par la discussion. Si elle voulait aussi la fuir, elle était curieuse de savoir ce que Miles pensait, ce qu’il avait vu exactement, bref, où en était la situation – si elle était si critique que cela, ou s’il n’y avait pas moyen de mettre le jeune professeur de son côté, au moins d’apaiser les soupçons qu’il avait nécessairement.

« Vous êtes décidément un professeur de Métamorphose très au courant. Je vous pensais un peu jeune pour connaître ce genre d’histoires. Je ne regrette pas que vous nous ayez rejoints. »

Le voyage en Allemagne de Kristen remontait à dix ans en arrière. Il y a dix ans, Miles était un adolescent. En y réfléchissant, il étudiait alors encore à Poudlard – cette pensée ne manqua pas de surprendre Kristen, qui sentit un bon coup de vieux.

L’Aigle Rouge du Brandebourg était une légende bien connue en Allemagne. Pourtant, il ne lui semblait pas que cette histoire avait traversé les frontières – c’était comme un croque-mitaine local. On se faisait peur par exagération, certains même prétendaient qu’il invoquait les morts, ce qui n’avait jamais été prouvé. Tout le monde s’accordait à dire qu’il pratiquait couramment la magie noire. Ce sujet était absolument tabou : on associait bien souvent la magie noire au meurtre, à la cruauté, au sang… alors qu’au final, ce n’était qu’un autre genre de magie. Moins conventionnel, certes, bousillant souvent l’esprit de celui qui l’utilisait et indéniablement dangereux, mais avec une certaine volonté, il était possible d’utiliser la magie noire à bon escient. Certains sorciers l’avaient prouvé, d’autres continueraient de le faire. Kristen pensait qu’il fallait éviter les raccourcis tels que "magie noire égal Mal avec un grand M". Ayant été professeur de Défense contre les Forces du Mal et étant à présent directrice de Poudlard, elle ne pouvait évidemment se permettre d’exposer ses idées assez... originales. Son poste supposait un minimum de bienséance et de bien-pensance.

C’était aussi pour cela qu’il fallait qu’elle sache à quoi s’en tenir avec Miles. Si l’on venait à apprendre qu’elle faisait des choses peu conventionnelles, alors qu’elle avait déjà échappé une fois à Azkaban, sa réputation risquerait d’en prendre un coup, et on ne serait pas toujours là pour la défendre.

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Miles avait su donner de l’intérêt à cette conversation. Sa légende urbaine avait l’air de faire effet, et remémorait quelques souvenirs à Kristen. Cette dernière fit sans aucun doute le rapprochement et devait se questionner quant aux intentions de Miles. Ce dernier ne voyait rien de répréhensible à ce sujet, et il n’était pas du genre à faire chanter les autres. Il avait juste été témoin d’un phénomène étrange. Lui-même n’aurait cru cela possible. Croiser l’Aigle Rouge, ici, à Poudlard n’était pas le genre de choses auxquelles il s’était préparé en remettant les pieds au château. Il avait songé plusieurs fois à ce que tout ceci signifiait, mais il avait surtout besoin de discuter avec Miss Loewy afin de comprendre ces mystères entrevues. Miles voulait tirer ses propres conclusions ; il était conscient qu’il ne pouvait pas s’arrêter aux notions de bien et de mal. Avoir une vision si tranchée, manichéenne l’empêcherait d’avoir un avis objectif. Son interlocutrice lui répondit, calmement.

« Je connais en effet cette histoire. J’ai moi-même vécu un peu plus d’un an en Allemagne. À l’époque déjà, de nombreuses rumeurs circulaient à ce sujet. »

Miles, assis, s’était attendu à une réponse de la sorte. Kristen restait évasive, comme n’importe qui d’autre l’aurait fait. La Directrice de Poudlard ne l’était pas pour rien, elle avait du répondant. Elle aurait sûrement préféré éviter cette situation, mais Miles ne lâcherait pas l’affaire si facilement. Alors il semblerait que Miss Loewy ait vécu en Allemagne.. Serait-ce là-bas qu’elle l’aurait rencontré ? Comment s’étaient-ils rencontrés ? Des milliers d’interrogations fusaient dans l’esprit du Professeur de Métamorphose, c’en était déconcertant. Miss Loewy s’apprêtait à ajouter quelque chose. Miles se focalisa sur ce qu’elle disait, il ne voulait rien rater.

« Vous êtes décidément un professeur de Métamorphose très au courant. Je vous pensais un peu jeune pour connaître ce genre d’histoires. Je ne regrette pas que vous nous ayez rejoints. »

Il était vrai que parfois, il s’étonnait lui-même. Il n’avait guère été capable de trouver le temps de s’intéresser aux événements s’étant déroulé l’année dernière à Poudlard et pourtant il connaissait cette légende – ce n’est que très récemment qu’il fit l’effort de se renseigner sur les derniers événements. Kristen avait beau dire qu’il était très au courant, il ne connaissait finalement que des rumeurs, et non de faits réels. Il tentait d’analyser les propos de sa supérieure, sans grand résultat. Il n’arrivait pas à discerner si elle se montrait sérieuse ou ironique. Il préféra ne pas y faire attention, afin de conserver cet enthousiasme qui l’animait en cette douce matinée. Malgré cette tension palpable, Ainsworth restait paisible ; il ne souhaitait mettre Kristen dans l’embarras mais il escomptait tout de même recevoir quelques explications qui l’éclaireraient. Pourtant, rien n’était gagné d’avance ; Miss Loewy était loin d’être le genre de pipelette qui étalait sa vie à tout bout de champ. Justement, elle entretenait le mystère autour de sa personne. Miles avait pu récolter deux trois informations à son sujet, mais rien de très concluant. Aucune information de la sphère privée ne se devait de basculer dans la sphère publique, surtout pour un personnage tel que Kristen Loewy. Le jeune homme répondit à son interlocutrice, essayant de rester diplomate :

« Arrêtez, vous allez me flatter, dit-il sur le ton de l’humour. J’ai beau connaître ce genre d’histoires, mon jugement est troublé. Il marqua une pause et se tourna vers Kristen avant de reprendre : Toutes les inconnues se dressant devant moi m’empêchent de tirer la bonne conclusion, et vous le savez.. Cependant, vous savez aussi bien que moi comment les mauvaises interprétations peuvent être sources d’ennui. »

Miles ne voulait pas apparaître auprès de sa supérieure comme une menace. Désormais, elle savait qu’il suspectait quelque chose. Miles n’avait pas montré un soupçon de haine ou de mépris vis à vis de sa supérieure. Il était resté enthousiaste et sympathique tout du long. Il espérait que cela jouerait en sa faveur. Il ne voyait pas en Kristen une femme abusant de son pouvoir à des fins personnelles. Elle lui apparaissait telle une femme intègre, certes froide, mais désintéressée. Ainsworth gardait sa première impression pour lui ; il ne pouvait d’ores et déjà décidé s’il pouvait avoir confiance en sa supérieure.

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Le jeune professeur commençait à mettre Kristen mal à l’aise et cette sensation de vulnérabilité l’exaspérait au plus haut point. Miles Ainsworth devenait un peu trop envahissant, et la directrice de Poudlard n’avait absolument pas l’intention de se révéler à lui. Elle fronça les sourcils et haussa le menton en dévisageant son collègue. Son regard était perçant comme son cœur était fermé. Elle avait entendu les mots de son collègue comme une menace sous un déguisement d’enthousiasme bienheureux et exécrait ses paroles soi-disant bienveillantes.

« Dans ce cas, professeur Ainsworth, vous feriez bien de veiller à ce que je n’interprète pas mal vos propos. »

Le passage de « Miles » au très professionnel « professeur Ainsworth » avait été significatif. Une porte déjà close venait de se verrouiller devant le jeune homme, et il semblait que toute négociation devint alors impossible. La directrice de Poudlard savait qu’elle ne faisait rien de mal, mais vu de l’extérieur, toute cette histoire pouvait lui porter préjudice. Cependant, sa fierté l’empêchait de prendre le chemin de la raison et de tâcher de convaincre Miles que tout allait bien, qu’il n’y avait rien à craindre ; et la poussait plutôt à faire naître en lui de plus grands soupçons encore.

Toute cette conversation semblait aller de mal en pis. Kristen tenta de se rappeler le jour où elle avait été absolument aimable avec quelqu’un qu’elle ne connaissait pas, mais ne parvint à trouver dans sa mémoire la moindre trace d’un tel événement. La sympathie de Kristen se gagnait très difficilement, alors qu’il était aisé de se la mettre à dos. Du reste, elle restait indifférente à la plupart des personnes et n’expérimentait que rarement leur existence.

Kristen fit demi-tour et jeta un regard plein de mépris au professeur de métamorphose.


« Les masques finissent toujours par tomber, professeur, mais mon heure n’est pas encore venue. »

Elle réajusta son écharpe pour couvrir sa bouche, mis ses deux mains dans ses poches et commença à se diriger vers le château de Poudlard, le regard fixe, droit devant elle. Elle savait bien que Miles ruminerait encore, peut-être même reviendrait-il vers elle pour plonger ses mains dans la boue du secret. C’était un jeu dangereux pour tous les participants ; mais le professeur Loewy ne s'inclinerait pas ; protéger son secret était devenu un objectif, c'était aussi son trésor et pour elle, un symbole de la force de sa volonté. Hors de question qu'un petit jeune ne la prenne ainsi au dépourvu.

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Quand la curiosité bat de l'aile.  Pv 

L’atmosphère demeurait véritablement tendue ; Kristen le dévisageait. Miles sentait qu’il n’obtiendrait rien du tout venant de sa supérieure. Elle était très intelligente, et savait rester sur ses gardes. D’ailleurs, Miles savait qu’il ne valait mieux pas se la mettre à dos, il risquerait de mettre en péril sa couverture. Miles n’avait pas vraiment de preuve concrète, ce qui ne mettait par conséquent pas Kristen en danger. Ainsi, elle gardait l’avantage et Miles ne cherchait pas à provoquer la perte de la directrice. Cependant, il aurait voulu en savoir plus ; cette légende l’intriguait, d’autant plus qu’elle était réelle. Kristen répondit au professeur, ce qui brisa tous ses espoirs :

« Dans ce cas, professeur Ainsworth, vous feriez bien de veiller à ce que je n’interprète pas mal vos propos. »

Son interlocutrice avait décidément du répondant. Le mépris qui émanait de ces paroles démontrait que Kristen avait un secret qu’elle n’était pas prête de révéler. Miles y voyait une menace. Miss Loewy lui donna l’avertissement de ne plus fouiner dans ses affaires. Tandis que le jeune professeur pensait renvoyer une image confiante, et enthousiaste, Kristen interpréta sa tirade telle une menace. Miles avait raté la chance d’en savoir plus ; c’en était indéniable. Miles ne savait pas s’y prendre avec les gens, mais il ne songeait guère que son cas été aussi critique. Tout n’était vraisemblablement pas de sa faute, la solitaire miss Loewy était plutôt du genre renfermé. La curiosité dont Miles avait fait preuve fut de trop. Sa tentative d’approche se solda par un échec. Kristen était véritablement à prendre avec des pincettes. Miles ne répondit rien à son interlocutrice, resta dos à elle. Seulement, elle reprit la parole, d’un air plus grave, quelque peu menaçant, mais surtout empli de mépris.

« Les masques finissent toujours par tomber, professeur, mais mon heure n’est pas encore venue. »

Effectivement, elle n’avait pas tort. Seulement, Miles aussi devait protéger le sien. Il comprenait la situation et Kristen semblait sûre d’elle, et n’avait guère l’intention de raconter quoi que ce soit. Ainsi, elle se retourna, et mit fin à leur entrevue en se dirigeant vers le château. Miles sortit une autre cigarette ; il devait lâcher la pression. Il l’alluma, aspira une bonne bouffée de fumée et toujours assis, il contempla le soleil qui montait peu à peu dans le ciel. Il réchauffait l’atmosphère hivernale dans laquelle ils étaient d’ores et déjà tombés. Malgré la fin légèrement brutale de leur entrevue, Miles n’avait pas engagé la conversation pour rien. Désormais, il cernait plus le caractère de sa supérieure, et le genre de personne qu’elle était : mystérieuse. Ainsworth, tout en fumant, se releva et se dirigea à son tour vers le château afin de rejoindre son bureau. Cela faisait quelques temps qu’il était dehors et pléthore d’occupations l’attendait. Il mit en suspens sa petite enquête sur la directrice et se focalisa à nouveau sur les réels objectifs qu’il s’était fixé. Il avait un plan à élaborer afin de se sortir du pétrin dans lequel il était perpétuellement fourré.

26 ans et déjà à la retraite !
« La vie se présente à nous comme une certaine évolution dans le temps et une certaine complication dans l'espace. »