Bureau de la directrice

Inscription
Connexion

Et le rideau se lève  Privé 

Les longs cheveux de Nora flottaient dans le vent frais de septembre. Une nouvelle année venait de débuter à l'école de sorcellerie Poudlard. A chaque rentrée, la jeune fille se rendait à Londres avec son père, faisait ses courses sur le Chemin de Traverse, dormait dans un petit hôtel bas de gamme, puis prenait le Poudlard Express. La routine avait désormais pris place dans la vie de la petite famille Starks depuis maintenant quatre ans. Pourtant, cette année serait différente. Nora le sentait.

La quatrième année avait eu un après-midi de libre, qu'elle avait passé à la bibliothèque pour s'avancer dans ses devoirs. Elle avait feuilleté quelques livres parlant des Potions, d'autres sur l'Histoire de la Magie. Au bout de quelques heures, elle voulu faire une pause. Elle marcha le long d'une allée, bordée par deux suites d'étagères aussi hautes que le plafond. Puis son pied glissa sur du papier. Elle se rattrapa à temps et grogna de mécontentement. Qui laissait des journaux trainer à terre ? Elle en saisit un pour le ranger, puis un deuxième. Ses yeux se baladèrent rapidement sur les unes de l'époque. Elle en attrapa un troisième et s'arrêta, comme un jouet qui ne fonctionne plus. La une en question parlait de procès et d'emprisonnements de mages noirs. Rien de vraiment étonnant pour les années 2030. Mais elle reconnu un visage sur la photo illustrant l'article.

Une heure plus tard, Nora frappait au bureau de Miss Loewy, directrice de Poudlard, un journal à la main. La jeune sorcière se trouvait presque dans un état second tant elle ne savait que penser de cela. Il ne pouvait s'agir d'un mensonge. L'article étant bien réel, tout comme la photographie mouvante. Elle revoyait sans cesse dans son esprit le visage surpris et effrayé de cette femme se transformant en un rictus presque démoniaque. Elle se demandait sans cesse comment cette femme avait pu la mettre au monde. Sur le chemin, elle avait repensé à sa rencontre avec Miss Loewy dans la Salle sur Demande. Elle avait repensé à la manière dont elle l'avait habillement convaincu Nora d'abandonner ses recherches, sans même savoir de quoi il s'agissait. Mais la chemise cartonnée qu'elle eut à la main ce jour-là portait clairement le nom de Juliette Martin Starks. La directrice savait quelque chose de cette histoire, la Gryffondor en était persuadée. D'où sa visite non programmée du jour.

Ma couleur : #B22222
En cas de besoin, ma volière vous est ouverte !
Joyeux Noël à tous !

Et le rideau se lève  Privé 

Kristen s’absentait quelquefois de Poudlard, pour des raisons qu’elle seule connaissait – car de toute façon, elle seule pouvait toujours savoir ce qu’elle préparait. Elle n’était pas occlumens, mais son mode de pensée pouvait paraître opaque à n’importe qui. Elle agissait selon son bon vouloir, toujours, était libre comme l’air, toujours, de faire ce que lui imposait sa seule volonté et son propre jugement. Elle allait à droite à gauche, régler telle ou telle affaire, sans que personne n’en sache rien.

Mais aujourd’hui était une journée calme, car elle n’avait prévu ni sortie, ni rendez-vous. Elle se contenterait de faire sagement son travail administratif, planquée derrière son grand bureau, elle signerait, cocherait, approuverait et désapprouverait, signerait encore, et à la fin de sa journée, sa main lui ferait mal, mais ce serait le signe que son travail avait été fait sérieusement et sans interruption. Si elle avait un peu de temps, entre le dîner et le coucher, elle s’entraînerait au sortilège du patronus, comme elle se l’était promis, et peut-être continuerait-elle ses recherches sur la magie élémentaire – elle croyait avoir enfin trouvé quelle était son affinité, après avoir longuement oscillé entre l’eau et l’air.

Pourtant, alors qu’elle était en train de signer et cocher, la directrice entendit toquer à sa porte. Elle observa son cadre, dont l’image était transmise par l’œil ensorcelé devant sa porte, afin de voir qui cela pouvait être. Elle dut se pencher pour mieux voir de qui il s’agissait, et elle crut finalement reconnaître Nora Starks, une élève de Gryffondor qu’elle avait déjà croisée à quelques reprises – une fois pour une histoire de Choixpeau, juste après que Kristen a été nommée directrice, et une autre fois un an plus tard, dans la Salle sur Demande. Kristen l’avait alors convaincue d’arrêter ses recherches sur une certaine Juliette Martin, car elle avait jugé ces recherches dangereuses.

Kristen fronça les sourcils et dit simplement :

« Entrez. »

Le son de sa voix parvenait directement aux oreilles de Nora Starks et la porte émit un petit « clic ».

Il en est du romantisme fiévreux comme de la moule pas fraîche : quand on en abuse, ça fait mal au cœur.

Et le rideau se lève  Privé 

La voix froide de la directrice de Poudlard résonna autour de Nora. Au même moment, un cliquetis se fit entendre dans la serrure et la porte s'ouvrit, puis se ferma derrière elle. Cela faisait bien longtemps que la Gryffondor n'était pas venue dans ce bureau. Elle avait eu le droit d'y pénétrer un an et demi auparavant pour une histoire de discussion avec le Choixpeau Magique. Le peu de fois où il lui arrivait d'y repenser, Nora était toujours aussi étonnée que Miss Loewy l'ai laissé avoir cette conversation. Elle s'en était toujours estimée chanceuse car beaucoup devaient être les élèves qui doutaient de leur répartition mais peu – pour ne pas dire aucun – avaient pu avoir l'occasion d'en parler au Choixpeau. Malgré tout, il ne lui avait pas été d'une grande aide et c'était Miss Loewy, une année après cet instant, qui lui apporta finalement la réponse quand à son appartenance à Gryffondor. Et c'était cette même femme qui l'avait dissuadé de continuer ses recherches sur sa mère disparue, au cours de la même rencontre. Etrange, n'était-il pas ? La directrice de Poudlard était décidément une personne mystérieuse, tenant un rôle incertain mais crucial dans la vie de la jeune Nora Starks. Mais la nature de ce rôle, tout comme la nature de l'impression qu'elle avait à l'égard de la jeune femme, restait encore à définir.

L'adolescente leva le regard vers Miss Loewy, qui se trouvait à son bureau. Elle n'avait jamais remarqué à quel point la pièce pouvait paraître sombre et froide, mais emprunte d'une certaine élégance. Une beauté froide, à l'image de Miss Loewy. Nora s'avança doucement vers le bureau de celle-ci. Elle l'observa d'un regard neutre semblant presque perdu dans le vague. Tout les traits de son visage encore un peu enfantin étaient relâchés et parfaitement impassibles. Finalement, elle prit la parole.


« Bonjour Miss. Comment allez-vous ? »

Sa voix semblait éteinte et sonnait presque faux. Nul besoin de connaître personnellement cette jeune sorcière pour se rendre compte que quelque chose n'allait pas chez elle. Observant attentivement sa directrice dans l'attente de sa réponse, sa main droite – celle tenant le vieux journal – se mit à trembler, d'un frémissement si léger qu'il en devenait imperceptible. Mais Nora sentait la vibration parcourir son bras, se répercuter dans son épaule et atteindre son cœur.

Ma couleur : #B22222
En cas de besoin, ma volière vous est ouverte !
Joyeux Noël à tous !

Et le rideau se lève  Privé 

Kristen n’y connaissait peut-être pas grand-chose, mais elle comprit à l’intonation de Nora Starks qu’il y avait quelque chose de louche. Elle s’était déjà étonnée de cette visite imprévue, et reconnaissait dans la voix de la jeune Gryffondor la signature d’une angoisse mal dissimulée. La jeune élève donnait l’impression d’être mise sur une voie de garage
Reducio
Wilhelm, j'attendrai mon kébab le temps qu'il faudra.
, toute statique et tendue qu’elle était.

La directrice avança sa tête vers avant et plissa les yeux. Cette mimique donnait parfois l’impression qu’elle avait besoin de lunettes, car elle semblait vouloir forcer ses yeux à faire une mise au point difficile, mais ce n’était pourtant pas le cas. Elle avait eu la chance de ne pas hériter de la mauvaise vue d’Angus – de son père, oui… c’est vrai, on oublie vite ces choses-là – mais bien des yeux de lynx et un peu intimidants de Cordelia – vous devinez de qui il pourrait s’agir. C’était une chance, d’ailleurs, car elle avait parfois pensé, dans sa jeunesse, que porter des lunettes lui serait très gênant. Certes, cela donnait un air plus érudit – mais ce n’était qu’un air, et elle n’avait pas besoin de se donner le moindre air – mais dans son esprit, cela devait être un peu gênant pour faire certains gestes. Imaginez un duel de sorciers où l’un des duellistes, à forces de grands gestes, fait tomber ses lunettes. On se trouve bien malin, dans ce cas… Oui, rétorquez donc que Dumbledore avait des lunettes, mais ce que vous ne savez pas, c’est qu’elles étaient collées à son nez aquilin grâce au Maléfice de Glu Perpétuelle. Là devait être le secret, car, porteurs de lunettes, vous savez que vous êtes obligés de les enlever ne serait-ce que pour faire une roulade avant.

Mais la question ne se posait pas, donc, puisqu’elle ne portait pas de lunettes et qu’elle voyait très bien Nora Starks, même sans plisser les yeux ni avancer ainsi la tête. C’était plutôt qu’elle voulait être sûre de ne pas se tromper sur l’interprétation qu’elle faisait de la posture de la jeune fille.

Finalement, elle se redressa et augmenta raisonnablement l’espace qui séparait ses paupières pour laisser voir le bleu de ses yeux.

« Bonjour, Mademoiselle Starks. Je vais bien, merci. En quoi puis-je vous aider ? demanda-t-elle en levant un sourcil interrogatif. »

Il en est du romantisme fiévreux comme de la moule pas fraîche : quand on en abuse, ça fait mal au cœur.

Et le rideau se lève  Privé 

Miss Loewy était loin d'être une personne stupide ou peu perspicace. A son expression, Nora savait que sa directrice avait compris que l'objet de sa visite n'était pas simplement de prendre de ses nouvelles. De plus, personne n'oserait déranger la directrice de Poudlard dans son bureau afin de prendre de ses nouvelles. Ce serait signer son arrêt de mort, sans aucun doute.

« Il vient de m'arriver quelque chose de fascinant. » dit-elle.

Fascinant n'était peut-être pas le mot qu'elle aurait choisi, mais c'était celui qui était sorti de sa bouche sans crier gare. Alors soit, elles feraient avec ça. Elle releva un peu la tête pour planter son regard vert dans les yeux bleus envoutants de son interlocutrice.


« J'étais à la bibliothèque pour étudier et je suis tombée par hasard sur une vieille coupure de journal. Vous arrive t-il de lire le Daily Prophet ? » demanda t-elle.

Il lui semblait que son père le lisait de temps à autre. Si ses souvenirs étaient bons – ce qui était loin d'être gagné – Erwin le recevait chaque jour sans exception lorsqu'elle était jeune. Mais soudainement, il s'est mis à le lire une ou deux fois par semaine. Nora n'avait jamais su le pourquoi de ce changement brutal et ne l'avait même jamais vraiment remarqué.


« Les gros titres de ce numéro sont très intéressants. Je pense d'ailleurs que vous en avez eu vent à l'époque, peut-être pouvez-vous me renseigner ? »

Ça y était, le fin mot était lâché. Nora posa le journal sur le bureau de Miss Loewy de sorte qu'elle puisse lire la couverture sans peine. Elle croisa les bras, plus pour s'assurer une certaine stabilité que pour se montrer forte face à sa directrice. Après cette rencontre à la Salle sur Demande, la Starks se sentait obligée d'être forte, courageuse voire audacieuse face à cette femme. Parce qu'elle lui avait apporté des réponses, lui avait donné de l'espoir. Elle se devait désormais de correspondre à la jeune fille avec laquelle la grande Kristen Loewy avait cru converser.

Ma couleur : #B22222
En cas de besoin, ma volière vous est ouverte !
Joyeux Noël à tous !

Et le rideau se lève  Privé 

Les deux coudes posés sur son bureau et les doigts croisés devant sa bouche, Kristen Loewy suivait du regard la jeune élève qui avait pénétré son bureau. Ainsi caché par ses mains, on ne voyait de son visage que le haut : les yeux bleus de la directrice qui bougeaient lentement, qui se plissaient de temps en temps, et ses sourcils bruns qui étaient si froncés qu’ils marquaient un petit pli sur leur extrémité intérieure. Lorsque Nora Starks posa un numéro de la Gazette du Sorcier sur son bureau, elle ne fit aucun mouvement de trop : ses mains s’écartèrent simplement un peu pour lui permettre de voir le journal, et ses yeux se baissèrent sur la Une. Celle-ci évoquait l’emprisonnement de plusieurs mages noirs, dont celui d’une certaine Juliette Martin Starks. Ainsi, ceci expliquait cela. Kristen laissa échapper un bref soupir. Juliette Martin, Nora Starks, salle sur demande…

Elle comprit la raison de la venue de la jeune fille de Gryffondor : elle devait vouloir des explications. C’était normal, après tout : après ce qu’elle venait sans doute juste de découvrir, et remettant dans son esprit ce que Kristen lui avait dit l’année passée, elle était en droit d’exiger des explications. Pourtant, la directrice n’en fut pas le moins du monde affolée, et elle se contenta de poser ses deux mains à plat sur son bureau et de relever les yeux vers la demoiselle. Son visage était fermé, impassible. Ni ses yeux, ni sa bouche n’exprimaient la moindre expression.

« Je vois, dit-elle. »

Elle baissa à nouveau les yeux sur la Une, avant de revenir à Nora Starks en inclinant légèrement la tête sur le côté.

« Cette information vous procure-t-elle de la satisfaction ? Pensez-vous en tirer bénéfice ? »

Son visage ne laissait toujours rien filtrer de ses émotions ; d’ailleurs, en cet instant, elle ne ressentait probablement pas grand-chose. Avec une grande monotonie qui n'enlevait rien à la sincérité de ses questions, Kristen ne répondit volontairement pas aux interrogations de Nora Starks. Elle jugeait que là n’était pas le fond du problème. L’adolescente devait se préparer à hurler au scandale : « Quoi ! Vous saviez, et vous ne m’avez rien dit ! Pire, vous avez voulu que je ne sache rien ! », et là aurait été la réaction la plus normale pour une adolescente dans cette situation. Mais Kristen ne voyait pas les choses sous cet angle. Nora Starks essaierait peut-être de le comprendre, ou peut-être pas.

Il en est du romantisme fiévreux comme de la moule pas fraîche : quand on en abuse, ça fait mal au cœur.

Et le rideau se lève  Privé 

Miss Loewy ne semblait pas spécialement étonnée de la raison de la visite de Nora, ni mal à l'aise à l'idée d'en parler – ou non. En réalité, la jeune femme semblait si impassible et dénuée d'émotions que cela mettrait la quatrième année mal à l'aise si cela avait été une rencontre comme les autres, un jour comme les autres. Mais tel n'était pas le cas, aussi l'élève se sentait uniquement intriguée. Elle imaginait sans peine un calme et une maitrise absolus de l'extérieur, et un réel champ de bataille intérieur. Que pouvait-il bien avoir dans la tête de la directrice, personnage si mystérieux ?

« De la... satisfaction ? »

Nora regardait son interlocutrice avec de grand yeux ronds, tant elle était étonnée par cette question. Comment pouvait-elle lui demander cela, alors qu'elle avait certainement vu le nom de Juliette Martin Starks parmi les autres sur ce journal. Elle devait bien avoir compris qu'il s'agissait de sa mère. Alors comment pouvait-elle lui poser une telle question ? La jeune sorcière avait cette désagréable impression de se faire gronder pour avoir été curieuse et avide de vérité.

« Vous le saviez, n'est-ce pas ? L'avez-vous compris lors de notre rencontre à la Salle sur Demande ? Aviez-vous compris qui était cette... » Nora buta sur le mot mère. « ...Femme, pour moi ? »

La jeune Starks était presque sûre que Miss Loewy ne répondrait pas à ses questions, tout comme elle n'avait pas répondu aux précédentes. Il se pourrait même qu'elle en reformule de nouvelles, à laquelle Nora ne répondrait sas doute pas non plus. Ce qui aurait pu passer pour un dialogue de sourd était aux yeux de la Gryffondor un échange nécessaire, mature – d'une certaine manière – et peu commun. Cela ressemblait même presque à une danse, chaque participantes exécutant de nouveau pas pour relancer l'autre.

Un deuil se composait de cinq étapes, toutes aussi cruciales les unes que les autres. La première était le déni. Nora n'avait pas réellement ressenti cela. Elle avait certes cru qu'il s'agissait d'une erreur ou bien d'une coïncidence, mais compris bien vite que ce n'était pas le cas. L'article du journal contenait des informations personnelles ainsi qu'une photo qui ne pouvait tromper. En revanche, l'adolescente était clairement en état de choc, ne comprenant pas comment les choses avaient-elles pu se passer ainsi. Elle ne voyait aucune logique, aucun sens dans les actes passés de sa chère mère. Et elle ne comprenait pas comment son père avait pu la laisser faire cela. Car il était évident qu'il était au courant. Lui qui lisait le journal chaque jour. Lui qui avait arrêté de l'acheter plus de quelques fois par semaine. Lui qui avait abandonné les recherches de Juliette si vite. Lui qui ne parlait jamais de son ex-femme. Lui qui avait cessé de porter son alliance il y avait bientôt dix ans. Mais elle comprenait pourquoi il ne lui avait rien dit. Comment dire à sa fille unique que sa mère les avait troqué contre de la magie noire et un beau ténébreux ?


« Je comprends que vous m'ayez dissuadé de continuer ses recherches et que vous ne m'ayez rien dit. J'avais tout abandonné, je vous avais écouté. Je comprends et je ne vous en veux pas. Mais maintenant que je connais les grandes lignes, je voudrais connaître toute la vérité. »

Ma couleur : #B22222
En cas de besoin, ma volière vous est ouverte !
Joyeux Noël à tous !

Et le rideau se lève  Privé 

Elle ne bougeait toujours pas, et ses yeux étaient plantés dans ceux de Nora Starks. Lorsque celle-ci eut terminé de parler, Kristen soupira doucement en fermant les yeux. Son visage semblait plus détendu.

« Je le soupçonnais, certes, mais je n’avais aucune certitude. Vous ne l’aviez pas clairement dit, et je préférais ne pas courir aux conclusions trop hâtives. Surtout celles de ce genre. »

Elle croisa ses mains sur son bureau. L’an dernier, dans la salle sur demande, elle avait surtout voulu épargner à Nora Starks une vérité qui aurait été trop dure à avaler – même si elle n’en imaginait pas encore l’intitulé exact. Kristen se demanda ce qu’il conviendrait de dire à cette élève. Ne serait-ce pas à son père, ou n’importe qui de sa famille, de lui en parler ? Cela ne la regardait pas plus que cela après tout.

Non, cela ne la regardait pas, mais elle avait été impliquée dans cette histoire malgré elle. Et puis, de toute façon, elle ne savait pas grand-chose de plus que ce que l’imagination de Nora Starks aurait pu construire d’elle-même.

« J’ai entendu le nom de Juliette Martin par… »

Elle ne put retenir une brève hésitation.

« … une connaissance. »

Elle prononça ce mot comme si elle avait avalé de travers, mais elle crut que cela ne s’était pas trop entendu. Elle avait beau avoir la réputation d’être glaciale, et elle avait beau, aujourd’hui, haïr Bal du plus profond de son être – au point de l’avoir envoyé en prison - il lui semblait tout de même étrange d’appeler « une connaissance » le père de son fils. S'en rappeler lui était tout aussi étrange, d'ailleurs. Ce n'était pas des choses auxquelles elle pensait - elle avait parfois le sentiment d'avoir plutôt fait un bébé toute seule, et cela lui convenait parfaitement.

Sous son bureau, elle croisa ses jambes dans l’autre sens et soupira à nouveau, avec un air las ou désolé : on n'aurait su le dire.

« Je comprends que cela soit important pour vous, mais je n’ai pas grand-chose de plus à vous dire. »

Elle n’osa pas dire que l’histoire de Juliette Martin était une histoire comme une autre, car cela blesserait sans doute la jeune fille, cela minimiserait la gravité de la situation. Pourtant, c’était assez vrai. De ce que Bal lui avait raconté, la chute de Juliette Martin avait ressemblé à celle de beaucoup d’autres avant et après elle. Comme certains meurent en se prenant une noix de coco sur la tête, d’autres deviennent mage noir et partent en vrille. Ce sont des choses qui arrivent.

« Je ne suis d’ailleurs sans doute pas la mieux placée pour vous en parler. »

Il en est du romantisme fiévreux comme de la moule pas fraîche : quand on en abuse, ça fait mal au cœur.

Et le rideau se lève  Privé 

Nora écoutait la jeune femme répondre aux questions posées. Au fil des mots prononcés, le regard vide de la Starks se fit plus vivant, laissant transparaitre beaucoup de tristesse. Chaque famille était différente, mais elle se demandait si d'autres adolescents, comme elle, avaient été indirectement mêlés à ce genre d'histoire noires. Mais après tout, « Toutes les familles heureuses le sont de la même manière, les familles malheureuses le sont chacune à leur façon ».

Une connaissance. Miss Loewy avait hésité. La Gryffondor pouvait comprendre qu'elle ne souhaite pas impliquer un de ses proches là-dedans. Mais quel genre de connaissance avait-elle pu lui parler de Juliette, une jeune femme ayant abandonné sa famille pour partir à l'aventure et pratiquer la magie noire ? Etait-ce une sorte de rumeur qui s'était répandue lors d'une réunion tupperware avec d'autres dame de la haute société ? Nora pouvait imaginer Miss Loewy siroter son thé dans sa petite tasse de porcelaine de Chine, levant son auriculaire, un air pincé d'aristocrate.


« Est-ce que vous l'avez rencontré ? Vous savez comment elle était ? » dit-elle avant de marquer une pause. « Je me demande si elle a fait ça sans état d'âme. Mais au fond, quelle importance ? »

Le passé était le passé et la jeune fille devait apprendre à le laisser où il était et ne plus revenir dessus. Elle connaissait la vérité, une vérité douloureuse à accepter et lourde à porter. Un deuil se composait de cinq étapes, toutes aussi cruciales les unes que les autres. La deuxième était la colère. Nora ne se sentait pas vraiment en colère. Elle en voulait à sa génitrice bien entendu, mais ce n'était pas le sentiment qu'elle aurait associé. Elle aurait plutôt dit qu'elle ressentait de la déception. Une grande déception.

Ma couleur : #B22222
En cas de besoin, ma volière vous est ouverte !
Joyeux Noël à tous !

Et le rideau se lève  Privé 

Kristen était confuse. N’avait-elle pas été claire ? Elle n’avait rien de plus à dire. Elle ne connaissait pas cette femme, avait écouté son histoire d’une oreille distraite. Les anecdotes de Bal, à l’époque, étaient plus un fond sonore qu’autre chose, comme une radio qui reste allumée mais qu’on n’écoute pas. Sur le coup, elle avait dû penser que cette histoire valait autant qu’une autre, et que de toute façon, elle n’était pas concernée. Non. Car elle, elle ne ferait jamais partie des anecdotes de déchéance de Bal ou de n’importe laquelle de ses connaissances, car elle était plus forte que tout cela.

« Non, je ne l’ai pas rencontrée. Je ne la connaissais pas. Je vous l’ai dit, j’ai simplement entendu son nom. »

Elle s’enfonça un peu dans son siège.

« On m’a raconté comment elle a sombré. Certains sorciers sont très fiers d’exercer leur influence sur d’autres. Les mages noirs en particulier. »

Elle soupira et ses sourcils froncés tiquèrent dans un spasme nerveux. Ses deux bras étaient posés sur les accoudoirs et ses mains pendaient dans le vide.

« Je n’ai aucunement le droit de juger Juliette Martin devant vous. »

Elle n’avait retenu que peu de choses sur elle, et son avis était, à vrai dire, assez tranché, mais pas celui à confier à Nora Starks. Kristen, qui pensait être particulièrement résistante – aujourd’hui, du moins, car elle ne l’avait pas toujours été et préférait oublier la période où elle avait pu être trop influençable – était persuadée que l’on avait toujours le choix. De ce fait, elle était intransigeante envers ceux qui faisaient ce qu’elle estimait être « les mauvais choix » en invoquant l’excuse de la contrainte. Ainsi pensait-elle que Juliette Martin avait sans doute eu la possibilité de résister à l’attirance du vertige de la magie noire, mais n’avait pas su le faire. On pouvait alors certes en vouloir à la personne qui l’avait poussée dans ses déboires, mais Juliette Martin était au moins autant responsable que le mage noir en question.

« Je ne vous conseillerai pas une fois de plus d’aller de l’avant. C’est à vous de choisir comment vous souhaitez vivre avec cela. »

... Avec votre courage de Gryffondor, ou non.

Il en est du romantisme fiévreux comme de la moule pas fraîche : quand on en abuse, ça fait mal au cœur.

Et le rideau se lève  Privé 

Mais au fond, quelle importance ? Ses propres mots faisaient échos dans son esprit. Elle avait voulu s'assurer que sa génitrice était bel et bien en vie, quelque part. Et tel était le cas. Au final, c'était comme si elle était morte. Juliette était enfermée et elles ne se reverraient jamais. Du moins, Nora l'espérait. Elle ne voulait pas d'une telle personne dans sa vie. Elle ne voulait pas que cette femme – qui autrefois fût sa mère – essaye à son tour de l'influencer, comme on-ne-savait-qui l'avait fait sur elle. Elle ne voulait rien à voir à faire avec elle, et ne voulait pas lui ressembler. Elle ne voulait pas finir comme elle. Aussi oublierait-elle.

« Savez-vous si les personnes condamnées pour usage de la magie noire le sont à vie ? Ou existe t-il des cas dans lesquels elles peuvent être libérées ? » demanda Nora.

Une fois de plus, elle posa une question à sa directrice. Celle-ci devait en avoir marre de la quatrième année, qui la harcelait sans cesse pour en savoir encore et toujours plus. C'était comme être avoir un enfant de six ou sept ans. A cet âge, ils ne pouvaient s'empêcher de demander pourquoi le ciel était bleu ou pourquoi l'eau était mouillée. Il n'y avait rien de plus agaçant.

Nora balada son regard dans la pièce avant de retomber une nouvelle fois que Miss Loewy. Comme toujours, elle ne décelait aucune émotion particulière – que ce soit de la compassion ou de l'agacement. Impossible de savoir ce que cette personne pensait réellement. La jeune fille n'appréciait pas spécialement de genre de personnes, bien qu'elle ne se trouva pas dérangée par leur habilité à porter un masque à chaque instant. Néanmoins, il y avait un petit quelque chose chez la directrice de Poudlard qui la mettait mal à l'aise. Elle n'aurait su dire quoi. Elle avait toujours pensé que cela était dû à son autorité naturelle, à la froideur qu'elle pouvait dégager et son apparence un peu stricte. Mais elle n'en était plus aussi sûre. Il y avait bel et bien quelque chose d'autre, allez savoir quoi, qui renvoyait ce sentiment d'inconfort
.

Ma couleur : #B22222
En cas de besoin, ma volière vous est ouverte !
Joyeux Noël à tous !

Et le rideau se lève  Privé 

Kristen ne parvenait pas à se mettre à la place de Nora Starks. Elle aurait imaginé que la jeune élève n’aurait rien voulu à faire avec une mère qui était une adepte de magie noire en prison, qu’elle aurait voulu rayer cette honte de son existence. Pour elle, les enfants ne devaient avoir aucun rapport avec ce monde-là. Elle y avait veillé elle-même, dans le cas présent, lors de sa rencontre avec la Gryffondor dans la salle sur demande. En l’occurrence, la directrice ne comprenait pas si Nora espérait que sa mère soit libérée – parce que c’était sa mère, après tout – ou si, au contraire, elle le craignait. Ces deux options étaient aussi possibles l’une que l’autre.

En tant que mère, Kristen préférait ne pas aller trop loin sur ces questions. Elle était une mère reniée autant qu’elle était une fille reniée. Ses parents, et sa mère en particulier, ne voulaient plus entendre parler d’elle, et il en allait de même pour son fils. Owen la détestait très certainement alors même qu’il ne savait pas un dixième des horreurs qu’elle avait faites. Comment réagirait-il s’il apprenait toute la vérité sur sa mère ? Lui était-il possible de la haïr plus qu’à présent ? Sans doute… Il est toujours plus facile de mettre toute son énergie à détester qu’à aimer. Kristen, de toute façon, n’avait pas l’orgueil de chercher le pardon de son fils. Vous avez lu plus haut que Kristen Loewy était intransigeante envers ceux qui faisaient les mauvais choix et se cachaient derrière la fausse excuse de la contrainte. Comprenez qu’elle était tout aussi intransigeante envers elle-même.

« Je ne travaille pas pour la justice magique, Mademoiselle Starks. »

Sans s’en rendre compte, elle se mordit l’intérieur de la joue. Si Arseni ne lui avait pas évité Azkaban, aurait-elle été condamnée à vie ? Etait-ce vraiment le restant de ses jours qui avait été sauvé ? Ou bien un quart, un tiers, la moitié du restant de sa vie ? Si on la reprenait en train de pratiquer, aujourd’hui, pour combien de temps serait-elle enfermée ? Kristen ne supporterait sans doute pas la prison. A l’époque où elle était encore quelqu’un d’autre, c’est-à-dire quand Arseni l’avait sauvée de l’emprisonnement, elle s’était dite prête à aller en prison. C’était comme cela que les choses fonctionnaient, après tout : on faisait quelque chose de mal, on se faisait prendre, alors on était puni. A l’époque, elle l’aurait accepté, parce qu’on avait fait d’elle quelqu’un qui était du genre à accepter ces règles-là. Mais aujourd’hui, qu’en serait-il ? Essaierait-elle de s’échapper ? Est-ce qu’elle serait prête à tout casser pour exiger sa liberté ?

On avait bien pensé qu’Arseni avait utilisé la magie noire, puisqu’il s’était dénoncé à la place de Kristen. Cela ne l’avait pas empêché de devenir Ministre de la Magie par la suite. Certes, il y a : utiliser la magie noire, et : utiliser la magie noire. Kristen aurait été la première à le dire. Mais tout le monde ne pouvait penser comme cela, on ne faisait pas toujours la part des choses. Le cas de Juliette Martin était différent de celui d’Arseni, d’ailleurs. C’était incomparable.

Kristen releva le menton et n'ajouta rien. Elle n'avait rien à dire de plus.

Il en est du romantisme fiévreux comme de la moule pas fraîche : quand on en abuse, ça fait mal au cœur.

Et le rideau se lève  Privé 

Sa réponse se fit froide et sans appel. Il n'était pas à elle d'informer Nora de ce genre de chose, ni de rien d'autre. La Starks fronça légèrement les sourcils, juste pour quelques secondes. Miss Loewy n'en savait rien, ou souhaitait-elle juste se débarrasser de l'élève ? Bien que frustrant, elle n'ajouta rien et un ange passa. Elle retint un soupir. Elle détestait quand on ne lui répondait pas. Il lui faudrait donc faire ses recherches. On aurait pu lui dire de laisser tomber et de passer à autre chose, mais avant cela elle devait s'assurer qu'elle ne tomberait pas nez à nez avec Juliette dans la rue. Elle devait s'assurer que cette pauvre femme ne refera pas surface, dans sa vie ou celle de son père. Et si tout ceci était possible, elle devait s'y préparer mentalement. Avant de passer à autre chose.

« Oui, je suis désolée. Pardon de vous avoir dérangé. »

Sur ces mots, Nora fit un signe respectueux de la tête en direction de la directrice, signe qu'elle prenait – enfin – congé. Elle se retourna et commença à marcher en direction de l'entrée du bureau. A quelques pas de la porte, elle remarqua ce gigantesque aigle d'argent qui semblait surveiller ce qu'il pouvait se passer dans la pièce. Ou peut-être qu'il veillait sur Miss Loewy. Quoi que fut sa raison d'être, il était très impressionnant. Nora se serait arrêtée quelques secondes pour le contempler mais elle n'avait qu'une hâte : quitter cet endroit au plus vite. Après avoir fermé la porte derrière elle, elle s'adossa au mur et soupira. En fermant cette porte, elle espérait y enfermer toute cette histoire. Comme si elle avait tout laisser dans une petite boîte, dans un coin d'elle-même. Une boîte sombre qu'il ne fallait pas rouvrir. Un peu comme la boîte de Pandore, sauf que Nora n'était pas assez stupide pour aller l'ouvrir, comme cette sotte de la mythologie grecque. La Gryffondor se remit en marche, quelques larmes coulant sur ses joues. Un beau jour, elle oublierait.

Reducio
Fin du RPG.

Ma couleur : #B22222
En cas de besoin, ma volière vous est ouverte !
Joyeux Noël à tous !