Bureau de la directrice

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 RPG++  Déguisés en silence

L'histoire du lion qui apprit au serpent à étinceler
RPG SOLO


21 septembre 2042

La veille, la directrice de Poudlard, Kristen Loewy, est entrée en précipitation dans la salle commune des Serpentard. Couverte de sang et visiblement affolée, elle demande aux élèves de Serpentard d'inscrire leur nom sur un morceau de parchemin. Owen Stein, son fils, désireux de savoir ce qui provoque toute cette agitation, sollicite des explications de sa mère et fait preuve d'une certaine insolence. Il est convoqué le lendemain, à quatorze heures, dans le bureau de la directrice.


     Owen avait eu du mal à trouver le sommeil après le passage éclair de sa mère en salle commune. Il avait essayé de savoir ce qui était arrivé, sans succès. Tout ce qu’il avait gagné, c’était une convocation dans son bureau, à quatorze heures le lendemain. N’importe qui aurait été terrorisé à l’idée d’être convoqué dans le bureau de la directrice, surtout quand on savait que c’était parce qu’on avait été insolent. Owen, lui, ne l’était pas. Il appréhendait énormément cette confrontation, car il ne saurait pas quoi dire ni où se mettre. Quand il était dans le clan des élèves, il se sentait protégé par la foule, il y avait toujours un moyen de s’en sortir. Seul face à sa mère, c’était une autre histoire. Il n’y aurait aucune issue possible. Lui qui l’avait depuis le début de l’année soigneusement évitée (tout en étant mystérieusement attiré par l’idée de se trouver face à elle, mais c’était trop profond et bizarre pour qu’il en prenne conscience) allait se retrouver piégé.

     Alors, le plus simplement du monde, il décida de ne pas y aller. Qu’est-ce qu’elle ferait ? Lui courir après dans tout le château ? Certainement pas ! S’il n’y allait pas, finalement, il ne lui arriverait rien. Il prit son petit-déjeuner le plus sereinement possible. Il mettait toute son énergie à se convaincre que tout se passerait bien. Le matin, il passa du temps avec Bellamy. Il lui raconta une fois de plus que son père travaillait avec des dragons et qu’il était trop génial, et que sans doute qu’il y avait botruc sous racine avec Max, qui était une de ses collègues et même qu’elle était venue à Poudlard l’année dernière et que c’était drôle parce que ça voulait dire que Max, déjà à ce moment-là, avait... Il s’arrêta juste à temps et Bellamy ne posa pas trop de questions. La conversation dévia naturellement sur le couple parental. Bellamy disait qu’il se disputait souvent avec son père, qui exigeait beaucoup de lui, et que sa mère ne disait trop rien, donc qu’elle était complice, finalement. Ensuite, il dit à Owen que ça ne devait pas être facile d’avoir des parents séparés et il lui demanda s’il voyait sa mère de temps en temps (il avait un copain dont les parents étaient séparés et qui passait un week-end sur deux chez son père, et un autre dans le même cas qui passait une semaine chez l’un et une semaine chez l’autre). Owen devint tout rouge et dit que sa mère était partie et qu’il ne savait pas où elle était et que de toute façon il la détestait donc ce n’était pas si important. Son teint était de la couleur de son mensonge.

    Après avoir un peu traîné dans les couloirs, ils redescendirent dans la salle commune. Bellamy voulait travailler un peu. Owen disait que c’était bête puisqu’il n’y avait pas cours cette semaine et Bellamy disait qu’il voulait s’avancer, ce qu’Owen trouvait encore plus stupide. Il appela Bogeyman, son chat, et lui fit des papouilles qui l’embêtaient plus qu’autre chose jusqu’à ce que la bête se sauve. Il était bientôt quatorze heures et Owen n’avait pas la moindre intention de sortir de sa salle commune.

    À quatorze heures une, il se dit que c’était presque gagné. Dans, disons, dix minutes, il pourrait penser que c’était dans la poche et que sa mère ne dirait rien s’il ne venait pas. Les dix minutes passèrent. Owen, très content de lui, se pavana dans la salle commune et vint retrouver Bellamy :

« J’y suis pas allé, tu vois, et il se passe rien ! »

    Bellamy hocha la tête. Il était à la fois surpris et content qu’Owen puisse s’en sortir si facilement : c’était bon à savoir pour lui-même.

    Il était quatorze heures seize quand une feuille de papier passa sous la porte et vola à une allure effroyable vers Owen. Quand elle volait, la feuille prenait une forme d’oiseau avec un bec très pointu. Arrivée devant le petit Serpentard, la feuille se déplia. Owen lut :


Monsieur,

Je ne crois pas que vous ayez oublié votre convocation d’aujourd’hui, dimanche 21 septembre 2042, à 14h00. Il doit être quatorze heures seize à l’instant où vous lisez ceci, ou peut-être dix-sept. Je vous prie donc de bien vouloir vous présenter dans les plus brefs délais devant mon bureau.


KL


     Bellamy demanda de quoi il s’agissait. Owen lui répondit. L’avisé camarade d’Owen lui conseilla d’y aller, car c’était plus sûr et on ne sait jamais. Owen, têtu, maintint que ce n’était pas utile et que ce n’était pas un oiseau de papier qui allait lui dicter quoi faire. Il roula en boule la feuille de papier et la jeta derrière un canapé.

     Elle avait à peine touché le sol quand elle reprit sa forme d’oiseau, mais le papier avait laissé place à du métal. L’oiseau vola rapidement vers Owen et lui piqua la joue de son bec. Le garçon se débattit, essayant de se débarrasser du volatile de métal. Il sortit même sa baguette et essaya de le viser, mais l’oiseau faisait preuve d’une dextérité épatante et continuait de lui piquer les joues.

« Lashlabask ! Lashlabask ! s’écriait Owen en faisant des mouvements de baguette assez aléatoires. »

    Le sort fonctionnait à peu près (sa baguette faisait un bruit de pétard mouillé mais provoquait de petites explosions, ce qui n’était pas si mal) mais loupait toujours sa cible.

« Sort pourri ! en conclut le garçon. »

    Il réfléchit à ce qu’il avait appris d’autre depuis la rentrée. L’histoire de la magie, on laissait tomber, ça servait à rien du tout (et encore moins dans ce genre de situations). Les potions, c’était assez bien, mais pas utile là tout de suite. La métamorphose… euh… on laisse tomber aussi. Défense contre les Forces du Mal, déjà essayé. Sortilèges : il avait de vagues notions de Sortilège de Lévitation, mais impossible de viser l’oiseau dans ces conditions.

« Si on nous apprenait des choses utiles, ici ! s’écria-t-il, se débattant toujours. Aide-moi, toi ! »

    Bellamy était en train de rire avec une discrétion discutable.

« Je t’avais dit que tu aurais dû y aller ! Qu’est-ce que tu veux que je fasse ? »

    Et il riait encore. Complètement à bout de nerf, Owen finit par dire :

« D’accord, d’accord, ça va, j’y vais ! »

    L’oiseau le laissa tranquille, mais ne disparut pas. C’était bizarre à dire, mais il semblait qu’il le gardait à l’œil et que si le garçon s’avisait de changer d’avis, il se remettrait à le piquer.

    Owen replaça ses cheveux et, plus grognon que jamais et se sentant profondément humilié, quitta la salle commune en direction du bureau de la directrice de Poudlard. Il dut demander plusieurs fois son chemin, car il n’était franchement pas facile de s’y retrouver dans le château et personne n’avait eu l’idée pourtant évidente de mettre des panneaux à chaque croisement pour indiquer où se situait telle ou telle salle.

     Enfin arrivé devant le bureau, il vit une créature misérable qu’il savait être un elfe de maison.

« Monsieur est arrivé ! Pez va vous ouvrir. Madame la directrice ne donne pas de mots de passe, cette semaine, Pez est son gardien. »

    Pez prononça le mot de passe qu’il était apparemment le seul à connaître – pas tout à fait, mais Owen ne pouvait pas le savoir. Owen grimpa sur les marches et se retrouva vite devant la porte du bureau. Un œil volant le fixait. Il voulut donner un coup dedans pour voir ce que ça ferait, mais il n’en eut pas le temps : la porte s’ouvrit.

 RPG++  Déguisés en silence

« Entre, lui dit-elle en s’écartant de la porte. »

    Owen, tête baissée, entra dans le bureau. Il n’avait qu’une envie : se carapater. Il prit une inspiration et dit très vite :

« Je suis désolé pour mon comportement d’hier soir. »

    Kristen soupira.

« Regarde-moi, au moins, quand tu dis ça. »

    Owen était décidé à garder la tête baissée, mais il leva les yeux vers elle. Quand elle était si proche, il se sentait vraiment tout petit. Sa mère sembla retenir un sourire, mais il ne comprit pas pourquoi (il avait encore cet air grincheux, avec les sourcils qui lui descendaient sur les yeux tant il était contrarié).

« Eh bien ?
- … Je suis désolé pour mon comportement d’hier soir.
- Qu’est-ce que tu as fait, hier soir ?
- J’ai mal parlé.
- Exact. »

    Il y eut un silence et Owen en profita pour regarder ailleurs. Il n’arrivait pas du tout à soutenir le regard de sa mère. Il avait l’impression qu’elle le scrutait et l’analysait. Owen savait que certains sorciers pouvaient lire dans les pensées, et il se demanda si sa mère le pouvait. Si oui, il était mal. Partant du principe que c’était l’explication à ce drôle de regard, il essaya de toutes ses forces de ne penser à rien en fermant les yeux et en devenant tout rouge. En se concentrant pour arrêter de penser, il avait aussi oublié de respirer.

« Tu veux du thé ? entendit-il de loin. »

    Il sursauta presque et respira à nouveau.

« Non, répondit-il par réflexe. »

   Il n’avait pas du tout envisagé la possibilité qu’on lui propose du thé et puis il trouvait que c’était plutôt pour les grands. Il préférait le jus de citrouille ou bien le chocolat chaud.

« Je vais être puni ? demanda-t-il. »

   Il y eut un nouveau silence. Owen commençait à trouver ça louche, alors il tenta un regard vers sa mère. Elle avait vraiment l’air d’une directrice. Owen se demanda si elle se rappelait qui il était ou si elle était jusqu’au bout dans la peau du personnage. Elle le dévisageait, elle avait ce même regard d’un bleu glacial qui le perforait mais ne disait rien. Il sentit le feu lui monter aux joues et il baissa la tête à nouveau.

« Oui, entendit-il. »

   Owen soupira et par instinct, pensa beaucoup de mal de sa mère. Il attendit la sentence en silence. Les silences étaient justement très longs, tout se passait lentement. Il y avait un effet de suspense effroyable.

« Regarde-moi. »

   Le petit Serpentard releva difficilement la tête. Il la regardait mais faisait tout pour éviter ses yeux, aussi regardait-il plutôt le haut de sa tête. Il trouva vite un point d’appui : il fixa cette mèche blanche qui était apparue dans la chevelure noire de sa mère, semblait-il du jour au lendemain.

« Tu ne me regardes pas, là. »

   Owen baissa un peu son regard et fut obligé de la regarder dans les yeux, ce qui était une véritable torture.

« Ta punition sera de réussir à lancer un sort que je vais t’apprendre. Tu ne sortiras pas de là tant que tu n’auras pas réussi. »

  Le garçon fut très surpris. Il s’attendait à bien pire. Certes, il avait beaucoup de mal à lancer des sorts, donc il y avait fort à parier qu’il resterait dans ce bureau un bon bout de temps, mais au moins, il ne devait pas copier des lignes ou ce genre de choses.

« Euh… c’est quoi le sort ? »

  Elle agita sa baguette et alors qu’elle n’avait même pas prononcé le moindre mot, un serpent en sortit. Ensuite, elle fit des mouvements de baguette pour faire léviter le serpent dans les airs. Ça avait l’air extrêmement simple, vu d’ici.

« C’est bien, Serpentard ? demanda-t-elle.
- Oui, c’est bien.
- Mamie y était.
- Je sais. »

   Nouveau silence. Elle fit disparaître le serpent d’un nouveau coup de baguette.

« La formule, c’est Serpensortia.
- Je n’aime pas trop les serpents.
- Personne n’aime trop les serpents. C’est pour ça qu’il peut être très utile de connaître ce sort. »

   Owen se tortilla sur place.

« Sors ta baguette. »

  Il s’exécuta machinalement, précipitamment même, pris au dépourvu par le ton sans appel de l’ordre donné.

« Vise le sol. Fais comme si tu allais simplement jeter des étincelles – tu sais faire ? »

  Owen redevint rouge et il secoua la tête. Juste produire des étincelles, qui ne faisaient rien, il ne savait pas faire. Quand il le faisait, c’était par erreur. Vouloir faire quelque chose qui ne faisait rien, c’était un concept obscur.

« Bon. Ferme les yeux et visualise les étincelles qui descendent dans ton bras, puis dans ta baguette, et qui en sortent. Suis le parcours qu’elles font. »

  Il se concentra et essaya d’imaginer des étincelles qui coulaient dans ses veines. Soudain, il sentit un crépitement au bout de sa baguette : elles étaient là.

« Voilà ! Maintiens, concentre-toi. »

    Il obéit encore. Il était si concentré qu’il oubliait presque sa rancœur.

« C’est bien, arrête. Maintenant, fais la même chose et visualise un jet d’étincelles un peu plus long. »

   Owen dut refermer les yeux pour se concentrer. Il fit la même démarche et réussit. Le jet d’étincelles qui sortait de sa baguette en continu faisait une trentaine de centimètres.

« Parfait ! Arrête, et recommence, plusieurs fois de suite. Fais des petits mouvements de poignet pour t’aider à relancer. »

   La première fois qu’il interrompit le jet, il ne parvint pas à en refaire un tout de suite. Après plusieurs tentatives, enfin, il arrivait à produire des jets d’étincelles de longueur égale et à intervalles réguliers. Cela faisait bien une heure qu’il était là.

« Tu n’as pas d’autres choses à faire ? demanda-t-il. »

   Elle fit un petit sourire en coin et dit :

« Non, aujourd’hui, je m’occupe de ta punition. On reprend. »

   Owen rougit encore – sa propension à voir s’enflammer ses joues étaient terriblement accrue quand il était en présence de sa mère. Il recommença ses jets d’étincelles. Il se rendait compte qu’il avait beaucoup moins de mal qu’avant. En fait, c’était presque devenu naturel.

« Maintenant, essaye de n’en produire qu’un seul. »

    Ce fut facile.

« Imagine que c’est un serpent et prononce la formule Serpensortia. La forme est proche, ça t’aidera. »

   Le premier essai ne fut pas du tout concluant : Owen jeta un filet d’étincelles vaguement vert et qui semblait presque flasque, ce qui était très étonnant pour des étincelles. Il réessaya plusieurs fois, jusqu’à s’acharner tout à fait. Il avait réussi à produire une misérable flaque de liquide gluant vert qui avait éclaboussé tout ce qui se trouvait autour, mais un serpent, non. Au bout d’une demi-heure de plus, Owen s’écria :

« J’en ai marre !
- Bon. On fait une pause. Mais on reprendra après, souviens-toi que…
- Je sors pas avant d’avoir réussi…
- Tout à fait. Tu y es presque. Tu veux un thé cette fois ?
- Euh…
- Ou des dragées surprise ?
- Ouais, plutôt.
- Assieds-toi là. »

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    Alors que sa mère partait chercher les dragées surprise dans un pot en verre sur son bureau, Owen observait la pièce. C’était assez sombre et froid, mais aussi élégant. Il s’en dégageait une atmosphère particulière, comme s’il faisait nuit et qu’il y avait des étoiles. D’un autre côté, les nombreux livres sur les murs donnaient un peu de chaleur à l’endroit, car les différentes couleurs des reliures égayaient presque le marbre noir des murs. Le siège sur lequel il était assis faisait presque face à un autre siège. Entre les deux, il y avait une table basse et devant, une cheminée condamnée par une pile de livres. Il n’y avait aucun tableau sur les murs, ce qui semblait étrange quand on voyait le nombre de tableaux qu’il y avait dans les couloirs et dans le hall. Ici, sa mère était seule. Owen plissa les yeux et regarda le bureau. Il y avait un grand siège d’un côté et une chaise un peu plus loin, dans un coin. Le bureau en lui-même était couvert de piles de documents, elles-mêmes posées sur d’autres livres. Il y avait un petit cadre qui faisait face au grand siège. Owen ne put manquer une petite table ronde couverte d’une nappe blanche. Il y avait dessus un vase avec des fleurs et non loin, une autre chaise. 

    Quand sa mère revint vers lui avec son thé et la boîte de dragées, Owen regarda devant lui, les mains sur les genoux.

« Voilà, dit-elle en posant la boîte sur la table basse et en enlevant le couvercle. Sers-toi. »

    Owen hésita un instant et finalement, pris une dragée qu’il choisit soigneusement. Il avait en mémoire le tableau des couleurs et des goûts et pouvait ainsi éviter les mauvais goûts. Il vit sa mère prendre une dragée au hasard et la mettre dans sa bouche sans se poser de questions. À en juger par la tête qu’elle fit, elle ne devait pas connaître aussi bien le tableau des couleurs et des goûts (ou bien elle avait fait exprès). Ils restèrent silencieux. Owen regardait ailleurs mais sentait le regard de sa mère le brûler. Finalement, elle demanda :

« Tu as écrit à Papy et Mamie ? »

    Le garçon se demanda d’où sortait cette question, qui lui semblait vraiment hors-sujet.

« Oui, pour leur dire que j’étais réparti à Serpentard.
- Mamie a dû être fière.
- Ouais.
- Et c’est tout ce que tu leur as dit ?
- En gros. »

    Bien sûr, ce n’était pas tout.
Chers Papy et Mamie,

J’espère que vous allez bien.

Moi pas trop. J’ai été réparti à Serpentard comme Mamie. Je suis soulagé de ne pas être à Gryffondor puisque je déteste cette maison. J’ai vu la directrice seulement le premier jour et depuis plus rien. Ma directrice de maison par contre elle est sympa et jolie. C’est ma prof de potions. J’aime pas trop la prof de Défense contre les Forces du Mal parce que j’arrive pas dans son cours et j’ai l’impression que ça sert à rien que j’y aille de toute façon. La métamorphose c’est encore pire, on m’a parlé de ce qu’on allait faire pendant l’année et ça a l’air nul. Les sortilèges ça va, c’est le plus facile pour le moment même si la prof est la directrice des Gryffondor et que du coup j’ai une mauvaise impression. J’aimerais apprendre à voler sur un balai. J’en ai parlé à mes copains mais quelqu’un était à côté et a entendu et il a dit que je serais trop petit pour monter sur un balai et que je ferais mieux d’essayer avec un balai-jouet.

J’ai hâte de rentrer.

Owen.


« Et à Papa ?
- Aussi.
- C’est bien. »

  Elle but une gorgée de thé. Owen prit une autre dragée. Le dialogue était quasiment impossible. Le feu de l’action, c’est-à-dire le cours-punition, était éteint et il n’y avait plus grand-chose qui restait derrière. Owen savoura sa dragée à la barbapapa et quand il l’eut avalée, osa demander :

« Il s’est passé quoi hier ? »

  La première réponse fut un silence. Quand la discussion se compliquait, c’étaient des silences. Sa mère but une autre gorgée de thé, prit le temps de reposer sa tasse et dit :

« Un sorcier a attaqué Beauxbâtons, l’école de magie française. »

  Owen ne voyait pas le rapport.

« Et alors ?
- Nous avons aidé Beauxbâtons.
- Qui, nous ?
- Madame Luneau, la dame blonde que tu as dû voir quelques fois et qui est l’ancienne directrice de l’école, d’autres professeurs et moi. Plus d’autres sorciers. »

  Le Serpentard ne dit plus rien, réfléchissant. Au bout de quelques secondes, il reprit :

« Et ça veut dire quoi, que vous avez aidé Beauxbâtons ?
- On a… écarté le danger.
- Vous avez tué le sorcier ? demanda Owen, soudain excité.
- Non ! »

  Owen baissa la tête, refroidit. Qu’y avait-il de mal à demander s’ils l’avaient tué ? C’était comme ça que ça se passait, en général. Pas de quoi être indigné.

« Et c’est pour ça que tu saignais hier ?
- Oui. Et que j’ai ça, dit-elle en prenant sa mèche blanche entre deux doigts.
- C’est une blessure de guerre, alors ? »

  Le garçon était de nouveau tout excité.

« On peut dire ça, soupira Kristen. »

  Il sautilla sur son fauteuil. Il voulait en savoir plus ! Qu’est-ce qui s’était passé, hier ? Est-ce qu’il y avait eu des morts, finalement, parce que c’était ça le plus intéressant ? Et quel rôle avait joué sa mère, qu’est-ce qu’elle avait fait exactement ? Pendant qu’il était dans sa salle commune, toute une aventure s’était déroulée ailleurs ! Il s’apprêtait à demander plus de détails quand sa mère annonça qu’il était temps de reprendre la leçon-punition. Il ne put cacher sa déception, mais pensa qu’il finirait par savoir.

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« Serpensortia ! »

  Il finit par y arriver : un serpent jaillit finalement de sa baguette. Il entendit un soupir de soulagement et des félicitations. Il fallait dire qu’il était maintenant dix-sept heures passé. Owen fut si content de lui qu’il sauta en l’air, lança des étincelles avec sa baguette et manqua de casser la vitrine d’une bibliothèque. Les étincelles passèrent juste à côté et laissèrent une marque sur le mur, que Kristen effaça d’un coup de baguette. En se calmant, tout essoufflé, il dit :

«  T’as vu, j’ai réussi ! Enfin, j’ai réussi !
- Bien sûr, je ne doutais pas que tu y arriverais.  »

  Très satisfait, Owen essaya de faire apparaître un deuxième serpent, mais celui-ci bougeait à peine. Il avait plus l’air d’une limace écrasée. Le premier tenta de chercher des noises au deuxième. Kristen fit disparaître le serpent-limace d’un coup de baguette.

« Le contre-sort est Vipera Evanesca. Tu vises le serpent, le visualises en train de disparaître, et prononces la formule.  »

  Owen visa le serpent restant, prononça très fièrement la formule et réussit à faire disparaître sa création du premier coup.

« Bien… tu as terminé ta punition , dit Kristen. »

  Il ne le ressentit pas exactement comme ça, mais oui, il était presque (j’ai bien dit presque) déçu que ce soit fini. Grisé par son succès, il aurait voulu continuer à lancer des sorts, en apprendre plus et devenir, finalement, le roi de Poudlard ! Il se sentait désormais imbattable, oubliant carrément qu’il lui avait fallu quasiment trois heures de travail acharné pour réussir à invoquer ce serpent.

« Tu peux partir…  »

  Owen resta bloqué sur place un instant et prit ses jambes à son cou, un grand sourire aux lèvres mais ne disant ni au revoir, ni merci.

  Il courut dans les couloirs et dévala les nombreux escaliers qui le menaient à sa salle commune. Il n’y trouva pas Bellamy, qui devait se promener on ne sait où, mais il avait terriblement besoin de raconter à quelqu’un de sa maison qu’il savait faire apparaître un serpent. Il dit donc au premier venu de première année :

«  Je sais faire apparaître un serpent !  »

  Le Première année en question sembla plus gêné qu'admiratif.

« Ouais, c’est cool… Enfin personnellement j’aime pas trop les serpents, mais bon.
Moi non plus !  s’écria Owen, au comble de la joie. »

  Et il chercha Bogeyman dans son dortoir (il squattait toujours son lit, laissant des poils partout) et partagea sa joie avec lui, lui caressant le ventre et lui faisant des mini prises de catch.

*
**


  Kristen était épuisée, vidée. Cet après-midi l’avait usée. Elle n’avait pas su comment agir ni s’expliquer correctement. Tout avait été bizarre, dans une tension permanente. Et finalement, il était parti en courant, sans rien dire de plus. Il avait fait sa punition et c’était tout.

  Elle se laissa tomber dans un fauteuil et pensa. Une fois de plus, elle regretta toutes ses erreurs passées, celles qui l’avaient menée à une situation si étrange. Ses yeux fixaient le vide et elle ne put plus bouger. Ces deux derniers jours avaient été terriblement éprouvants.