Bureau de la directrice

Inscription
Connexion

Les larmes amères

Septembre 2042, dans les jours suivant l'attaque de Beauxbâtons et de Poudlard.


Un hibou de la Gazette avait apporté la nouvelle le matin même. Les gros titres faisaient état d'événements survenus la veille en France. Plus précisément à Beauxbâtons. Poudlard n'avait visiblement pas été la seule école mise à rude épreuve. Elina parcouru rapidement les lignes de l'article. Peu d'informations avaient encore filtré parmi les élèves bien que nombre d'entre eux ait remarqué des activités anormales les jours précédents. La Gazette annonçait que plusieurs morts étaient à déplorer au sein de l'école française. La Pousouffle parcourait les noms qui, pour la majorité, ne lui disait rien lorsque son cœur manqua un battement. Ses yeux revinrent au début de la ligne, la parcourant une seconde fois, une troisième... comme si à force de la relire, les mots sur le papiers auraient honte d'eux-mêmes et disparaîtraient. Marie Duval. Pourquoi le nom de Marie se trouvait-il sur la liste ? L'état d'hébétement d'Elina fut rompu par le son sec d'un verre se renversant et roulant sur le bois de la table tandis que des pas précipités s'éloignaient. Lorsque la Poufsouffle tourna la tête, elle constata qu'Ambre, qui se trouvait à côté d'elle quelques instants plus tôt était en train de passer les portes de la Grande salle. Le regard d'Elina passa du dernier numéro de la Gazette à la place qu'occupait la rouquine il y a encore quelques secondes. Elle avait du lire la nouvelle par dessus son épaule...


Elina abandonna son petit déjeuner intact pour aller retrouver Ambre, tenant le journal légèrement froissé entre ses doigts serrés. S'il existait une autre personne à cette table pour qui cette nouvelle était un véritable choc, c'était la batteuse des Frelons. Ils n'étaient pas très nombreux parmi les élèves de Poudlard a avoir connu la championne de Beauxbâtons autrement que de nom. Les élèves de première et de deuxième année n'avaient même pas connu le Tournoi des Trois Sorciers. Mais si Elina avait connu Marie en tant que concurrente dans le Tournoi et avait appris à l'apprécier, elle savait aussi qu'Ambre avait développé à son égard des sentiments plus profonds. La Poufsouffle retrouva Ambre dans le couloir, un peu à l'écart de la porte donnant sur la Grande salle. Elle comprit au tressautement de ses épaules qu'elle pleurait avant de voir ses larmes. L'effet de surprise lié à cette nouvelle inattendu commençait à s'estomper. La nouvelle prenait doucement pied dans la réalité et Elina sentit s'exercer sur ses yeux la pression des larmes qui ne demandaient qu'à s'échapper. Elle rejoignit Ambre pour la serrer dans ses bras, attendant que le flot se tarisse.

Elina ne parvenait pas encore à accepter que Marie ait pu mourir. Si une chose pareille avait pu se produire, Aude Luneau, en tant qu'ancienne directrice de Beauxbâtons ne pouvait pas l'ignorer et, par conséquent, Kristen Loewy devait aussi savoir ce qui s'était passé. Mais Elina ne les avaient vu ni l'une, ni l'autre à la table des professeurs. La baguette de sureau s'était-elle de nouveau montrée à la hauteur de sa réputation en précipitant la fin de Marie ?

« Ambre, je compte aller voir miss Loewy pour essayer de savoir ce qui s'est passé. Est-ce que tu viens avec moi ? »

L'endroit où elles avaient le plus de chance de trouver la directrice, c'était dans son bureau. Elina ne connaissait pas le mot de passe bien entendu, mais peut-être que la gargouille de l'entrée se montrerait compréhensive.

¤ Responsable de la Cabane de Cristal ¤
~Ne sous estimez pas les griffes du blaireau parce que sa fourrure vous semble douce~
ma couleur : #7F6000

Les larmes amères

Les jours qui avaient suivi l’attaque de Poudlard n’étaient pas les plus beaux jours qu’Ambre avait vécus. Tout comme bon nombre de ses camarades sorciers. Certes, aucun élève n’avait été blessé, ni même mêlé directement à la bataille, ils avaient tous été retenu dans l’enceinte du château. Du moins de ce qu’elle savait. Mais cela n’avait en rien bloqué la peur et la crainte lorsqu’ils avaient été mis au courant de ce qu’il se passait. Ce n’était pas le premier danger auquel la rouquine assistait, elle avait d’ailleurs déjà été directement face à un danger comme celui qui s’était passé quelques jours auparavant, mais elle avait eu peur. C’était naturel. Elle s’était sentie inutile à rester dans la salle commune de Poufsouffle alors que tout se déroulait à côté. Et ce sentiment perdurait.

La cinquième année était assise à la table de Poufsouffle, dans la Grande Salle, juste à côté d’Elina. Cette dernière venait de recevoir un numéro de la Gazette du Sorcier. Tout en continuant de manger et sans rien dire, la jeune fille jeta un coup d’œil sur l’exemplaire. Évidemment, le sujet principal portait sur les batailles qui avaient eu lieu à Poudlard et Beauxbâtons, en France. L’école écossaise n’avait pas été la seule à subir une attaque.

Les informations concernant l’attaque française s’étant faites rares, la rouquine lisait en silence par-dessus l’épaule de sa camarade. Une liste faisait état des sorciers morts pendant la bataille. Elle était longue. La gorge de la jeune fille s’assécha d’un coup : l’idée que certaines personnes qu’elle avait vues dans la délégation de Beauxbâtons pendant le Tournoi des Trois Sorciers étaient peut-être décédées lui tordit les entrailles.

Alors qu’elle portait son verre à la bouche, ses yeux s’arrêtèrent sur le nom et le prénom d’une personne connue. Son corps s’engourdit d’un coup. Un frisson parcourut son corps avant qu’elle ne laisse tomber son verre sur la table. Marie Duval était morte.

Une larme coula sur sa joue, puis une deuxième. La batteuse des Frelons se leva brusquement et quitta la Grande Salle. Elle n’arrivait pas à y croire. Une fois sortie de la salle, elle regarda autour d’elle et avisa un couloir où elle pourrait être seule.

Elle se laissa glisser sur le sol frais, ramena ses genoux vers elle les entourant de ses bras et laissa les larmes couler, le front posé sur les genoux. Comme ça, elle avait l’impression d’être dans sa bulle, protégé de ce qui l’entourait, replié sur elle-même et lui permettant de pleurer aussi longtemps qu’elle le voulait.

Au bout de quelques minutes, deux bras l’entourèrent. Lorsqu’elle releva la tête, elle reconnut Elina, et se permit de se laisser aller dans son étreinte.


« Je… J’ai dit à Ivan que j’ai… que j’aimais Marie… Et j’ai jamais pu lui reparler… Et maintenant elle est morte… »

Elle serra un peu plus sa camarade. Elle avait besoin de contact. Ne pas se sentir seule, même si c’était ce qu’elle avait tout d’abord recherché.

L’autre Poufsouffle lui proposa d’aller voir la directrice de Poudlard, Miss Loewy, avec elle. Ce qu’elle accepta en hochant la tête, avant de lâcher sa camarade et de se lever, tout en séchant ses larmes. Silencieuses, elles se mirent en route pour le bureau de la directrice.

Une fois devant, elles étaient comme qui dirait bloquées. La gargouille qui gardait l’entrée du bureau ne les laisserait passer que si elles avaient le mot de passe. Que la jeune fille ne connaissait évidemment pas. Elle se tourna vers Elina et lui demanda, d’une voix rauque du fait de sa gorge toujours nouée :


« J’imagine que t’as pas non plus le mot de passe ?... Comment on fait ? »

« DÉFONCE-LES TOUS », Monseigneur Endive • « Le souffle des Poufsouffle jamais ne s'étouffe » • Batteuse des Frelons

Les larmes amères

Nuits.

Elle se trouvait dans une forêt dense, à fuir quelque chose. Son cœur s’accélérait à chaque enjambée, puis elle s’arrêtait soudainement. Elle voyait alors le Sombral qui était mort dans la forêt interdite et qui avait donné naissance à un bébé juste avant de rendre son dernier souffle. Puis la créature disparaissait dans un nuage de fumée et se dessinait face à Kristen la forme d’un masque de bal, juste devant une lune beaucoup trop grosse pour être réelle. Kristen était alors prise dans une valse qui manquait de lui faire tourner la tête et la rejetait au loin. Le masque disparaissait à son tour, et elle se remettait à fuir. Elle entendait derrière elle sa propre voix, déformée, qui répétait des horreurs. Elle voulait échapper à cette voix affreuse, mais plus elle courait, plus elle avait la certitude que cette voix ne se trouvait nulle part ailleurs que dans sa tête. Elle était prise d’un nouveau tournis, le sol se dérobait sous ses pieds et elle tombait de haut pour finir au sommet d’une montagne de cadavres calcinés. Elle tentait de s’en aller, mais le tas d’Inferi brûlés était beaucoup trop semblable à du sable mouvant et l’aspirait lentement, mais sûrement. Elle se débattait au milieu de ces corps et se retrouvait soudain face à Arseni, qui tendait vers elle sa main squelettique et approchait son visage creusé par la mort. Il ne parlait pas, mais Kristen était certaine qu’il lui avait demandé une danse. Effrayée, elle se débattait plus encore et parvenait enfin à s’échapper. Alors, elle se retrouvait face à Pierre Legallet, sa baguette pointée vers elle. Elle ripostait en tendant elle aussi sa baguette, mais elle clignait des yeux et sa baguette disparaissait alors dans un pop cartoonesque tandis que résonnait le rire de Pierre Legallet. Alors, il s’emparait d’Aude, qui était soudainement apparue, et mettait sa tête dans son cou. Kristen faisait un mouvement en avant pour tenter d’intervenir, mais elle se faisait rejeter en arrière, retournant à côté du corps mort d’Arseni. On lui disait : « Je suis désolé, il est mort, bien mort, vraiment très très mort. » Elle se retournait et découvrait que c’était Owen, avec une voix d’adulte, celle de Bal, en fait, qui ne cessait de répéter ces mots. Se découvrant vu par sa mère, Owen s’interrompait et disait : « Pourquoi tu m’as abandonné, Maman ? Pourquoi, Maman ? Tu ne m’aimes pas, Maman ? » et sa voix devenait de plus en plus grave et irréelle.

Enfin, elle sentit un coup dans son dos et se réveilla. Elle se redressa dans son lit, haletante. Elle croyait encore voir le corps mort, et pourtant animé, d’Arseni qui se dirigeait vers elle. Elle regarda à sa droite, à sa gauche. Aude n’était pas là. Elles ne dormaient pas encore ensemble, au moment de cette histoire. Les nuits de Kristen étaient désastreuses, pleines de cauchemars. Elle n’osait prendre trop de Potion pour un sommeil sans rêves, car sa dose était déjà amplement suffisante même si elle ne couvrait pas toute la nuit.

Kristen regarda l’heure et se leva. Elle prit sa baguette - son ancienne baguette - qui était posée sur sa table de chevet et alla s’observer dans le miroir. Elle descendit sa manche pour découvrir son épaule et observa son horrible plaie. Ensuite, elle descendit dans son bureau. Les rayons de lune traversaient les décorations de cristal qui tombaient du plafond. Elle observa la pièce, sombre et silencieuse, et s’assit derrière son bureau. Elle posa les mains à plat sur le meuble et tâcha de se vider l’esprit. Enfin, elle reprit sa baguette entre ses doigts et se concentra aussi fort que possible sur le meuble. Elle fit de lents mouvements de baguette, murmura quelques mots en latin, et parvint à faire apparaître des touches de piano sur son bureau. Elle appuya l’index sur l’une d’elles et fut ravie de constater qu’un son sortait.

Elle ne savait pas jouer du piano, mais elle se jura qu’elle apprendrait, ne serait-ce que pour conjurer ses insomnies. Elle essaya quelques notes, son regard tomba sur sa main malade, et elle se ravisa. Kristen prit une profonde inspiration, répéta un air dans sa tête et pointa sa baguette sur le piano. Les premières notes furent hésitantes. Kristen maintint sa concentration et ce piano artificiel commença à jouer tout seul. Il joua un premier morceau, puis un autre, et encore un  autre... Et Kristen pensa musique toute la nuit, enchantant son piano-bureau jusqu’à tomber de fatigue, la tête écrasée contre le meuble dont la métamorphose s’était interrompue.

____


Elle se reprenait avant que la vie ne reprenne son cours. Elle laissait aller sa peine la nuit et tâchait de faire bonne figure le jour, pour Aude, parce qu’elle se donnait justement la peine de faire bonne figure. Kristen travaillait beaucoup pour faire passer les heures.

Aujourd’hui, elle n’attendait pas la visite de qui que ce soit. Mais il se passa quelque chose d’anormal. Son œil de surveillance flottant eut de l’audace et descendit l’escalier qui menait au bureau. Kristen se pencha sur son cadre, qui représentait ce que voyait l’œil, et plissa les yeux de curiosité. L’œil fit le tour de deux jeunes filles, postées en bas des marches, les inspecta et remonta l'escalier à une certaine vitesse. Puis, il se lança contre la porte du bureau plusieurs fois, comme pour y toquer. Kristen se leva précipitamment, peu désireuse que son œil de surveillance soit abîmé par de telles sottises. Elle ouvrit la porte de son bureau et l’œil, qui s’apprêtait à toquer une nouvelle fois, traversa la porte et vola d’un bout à l’autre de la pièce. Kristen soupira et descendit les marches.

C’étaient deux élèves de Poufsouffle. L’une d’elles était Ambre Baxrendhel, la capitaine des Frelons, et l’autre Elina Montmort, qui avait remporté le précédent tournoi des trois sorciers. Kristen fronça d’abord les sourcils, puis en haussa un, et demanda simplement :

« Mesdemoiselles, puis-je vous aider ? »

Il en est du romantisme fiévreux comme de la moule pas fraîche : quand on en abuse, ça fait mal au cœur.

Les larmes amères

Image

Ambre n'avait pas cherché a se dégager de l'étreinte d'Elina. La Poufsouffle ne su pas si c'était bon ou mauvais signe. Elle n'avait vu Ambre pleurer qu'une seule fois auparavant, lorsqu'elle était hantée par des cauchemars. Elle n'aimait pas voir sa capitaine aussi vulnérable.

« Je… J’ai dit à Ivan que j’ai… que j’aimais Marie… Et j’ai jamais pu lui reparler… Et maintenant elle est morte… »

Elina n'avait rien a ajouter à cela. Rien à répondre non plus. Elle laissa les larmes d'Ambre se tarir sans rien dire car elle ne voulait pas entendre trembler sa propre voix, cherchant à ignorer les quelques perles d'eau salées qui glissaient le long de ses propres joues. Ce regret, Ambre devrait vivre avec. Elina ne proposa d'aller voir la directrice que quand il lui sembla qu'Ambre s'était un peu calmée et qu'il n'y avait plus trace de ses propres larmes. Le chemin qu'elles parcoururent jusqu'au bureau, elles le parcoururent en silence. Ce ne fut qu'arrivé à destination qu'Elina se rappela qu'il fallait un mot de passe pour accéder au bureau de la directrice. Ambre en vint rapidement à la même conclusion.

« J’imagine que t’as pas non plus le mot de passe ?... Comment on fait ? »

En temps normal, Elina aurait détecté ce problème bien plus tôt et aurait trouvé une solution alternative, mais ses pensées étaient encombrées, cotonneuses. Elle était sur le point de révéler à Ambre qu'elle n'en avait pas la moindre idée lorsqu'un oeil flottant fit son apparition, venant apparemment de l'escalier manant au bureau de la directrice. Elle le regarda avec surprise tourner autour d'Ambre et elle. Elle n'était venu qu'une fois au bureau de la directrice un soir d'Halloween quelques années plus tôt, ce qui expliquait probablement qu'elle n'ait jamais vu cet œil étrange auparavant. Après quelques tournoiements, l'oeil disparu par où était venu, laissant les deux Poufsouffle seules. Elles n'eurent pas a attendre longtemps avant que leur directrice ne fasse son apparition. Elina la vit froncer les sourcils un instant, se demandant visiblement ce qui les amenait avant qu'elle ne demande :

« Mesdemoiselles, puis-je vous aider ? »

Une nouvelle fois, Elina se trouva prise de court, ce qui lui arrivait rarement. Elle glissa un regard du côté d'Ambre avant de revenir à miss Loewy. Par où commencer ?

« Excusez-nous de vous déranger miss Loewy. Nous avons vu la dernière édition de la Gazette du sorcier... Vous y étiez n'est-ce pas ? A Beauxbâtons lors de l'attaque... Est-ce vrai que Marie Duval est... Enfin, qu'elle a été tuée ? »

C'était étrange comme un simple mot pouvait ne pas vouloir se former. Morte... Ce mot avait beau tournoyer dans ses pensées, il n'avait pas voulu franchir ses lèvres. Indépendamment de sa volonté, le dernier mot de sa phrase n'avait été guère plus qu'un murmure tout juste audible. En cet instant, Elina ressentait un certain mépris envers elle-même et envers son incapacité à dire clairement ce qui était. La tournure de sa question elle-même était inexacte. Si la Gazette annonçait la mort de Marie, il y avait peu de chance qu'il y ait erreur à ce sujet. Elle se repris rapidement pour en venir à la question qui les avait réellement menée ici Ambre et elle.

« Est-ce que vous pourriez nous dire ce qu'il s'est passé ? »


Ses propos devaient sembler un peu décousu, mais la Poufsouffle se débattait encore avec la réalité de cette information. Elle termina rapidement sa phrase, craignant que sa voix ne se casse avant qu'elle n'ait finit de parler. Elina se souvenait de Marie comme d'une sorcière extrêmement douée, même alors qu'elle ne possédait pas encore la baguette de sureau. Elle n'était pas naïve au point de la croire invincible, elle avait d'ailleurs constaté lors de la dernière tâche qu'elle ne l'était pas, mais elle avait du mal à accepter l'idée qu'elle ait été tuée a peine un peu plus d'un an après la fin du Tournoi. Et qui plus est, au sein même de son école qui, au même titre que Poudlard, devait être un lieu sûr. Mais outre ses qualités de sorcières, Marie avait toujours été la gentillesse même avec Elina et elle avait toutes les peines du monde à imaginer que quelqu'un puisse vouloir sa mort.

¤ Responsable de la Cabane de Cristal ¤
~Ne sous estimez pas les griffes du blaireau parce que sa fourrure vous semble douce~
ma couleur : #7F6000

Les larmes amères

Visiblement Elina ne connaissait pas plus le code que la rouquine ; sinon elle l’aurait dit immédiatement et elles seraient déjà devant le bureau de la directrice, ou au moins devant une porte qui les y mènerait. Elle n’était allée qu’une fois dans le bureau du directeur de Poudlard, quand Andrew Gardner était à la tête du château. Une mauvaise et courte période. La cinquième année ne se rappelait donc plus trop à quoi cela ressemblait en haut des marches.

Alors que sa camarade allait lui parler, elle fût stoppée par l’apparition d’une sorte d’œil hyperactif qui se mit à tourner autour d’elles. Il disparut aussi vite qu’il était apparu. La Poufsouffle n’avait jamais rien vu de tel. Elle se mit à se demander si Kristen Loewy se servait de cet œil pour voir ses visiteurs avant de leur permettre d’accéder à son bureau, ou de leur interdire. Cela devait être ça puisque la directrice de Poudlard apparut quelques instants après la disparition de cet œil magique.
Légèrement en retrait par rapport à Elina, elle laissa cette dernière faire, restant pour le moment comme une spectatrice. De toute façon, elle ne se sentait pas capable de prendre les choses en main, elle ne savait pas quoi dire et sa bouche pâteuse l’en aurait de toute façon empêché.

La finisseuse des Frelons expliqua rapidement les raisons de leur venue. Lorsqu’elle mentionna le fait que Marie Duval était morte, la cinquième année ressentit la gêne et la difficulté avec laquelle Elina l’avait dit. A ce moment-là, Ambre respira profondément.

C’était quand même une sensation étrange. Sentir ses yeux brûler, son ventre se tordre, sa respiration devenir irrégulière, pour quelqu’un que l’on ne connaissait finalement pas tellement. Voir même pas du tout. Elle déglutit et continua d’écouter Elina qui posa directement la question qui leur brûler les lèvres et les entrailles. Comment Marie Duval avait été tué.

Ambre renifla et sentit une larme couler. Elle l’essuya rapidement d’un revers de manche et esquissa un pas vers Elina et Miss Loewy avant de se raviser et de rester à sa place, croisant ses bras.
On lui avait toujours dit que croiser ses bras résultaient d’un sentiment de mise en danger, que l’on faisait cela pour se protéger. Elle l’avait toujours nié, rigolant doucement lorsqu’on le lui disait. Mais aujourd’hui, et à cet instant précis, elle comprenait. Oui, Ambre avait envie de se protéger, en se recroquevillant sur elle-même, en se faisant oublier, en oubliant ce qu’il s’était passé et en l’effaçant.

Au lieu de ça, elle se plantait frénétiquement les ongles dans les bras, les manches de sa cape l’empêchant de se faire réellement mal. C’était une manière de se tenir éveillée, de se tenir dans la réalité, d’éviter de divaguer dans les souvenirs du Tournoi des Trois Sorciers et dans des visions effrayantes de ce qu’avait pu être la mort de Marie, tout en attendant la réponse de la directrice de Poudlard.

« DÉFONCE-LES TOUS », Monseigneur Endive • « Le souffle des Poufsouffle jamais ne s'étouffe » • Batteuse des Frelons

Les larmes amères

Kristen se sentit mal à l’aise en comprenant la raison de la venue des deux jeunes filles. Ambre Baxrendhel avait la réputation d’être une sorte de dure à cuire, droite dans ses baskets et la batte à l’épaule et Elina Montmort avait la dignité d’une championne. Aujourd’hui, elles étaient déconfites. Kristen laissa le silence planer un instant, réfléchissant à ce qu’il convenait de faire. Finalement, elle dit :

« Suivez-moi. »

Elle se retourna aussitôt et regagna son bureau, réfléchissant toujours à la façon d’expliquer la situation sans être trop rude. Elle revoyait le corps sans vie de Marie Duval aux pieds de l’infâme Pierre Legallet, qui jouissait de sa nouvelle puissance, de la baguette de Sureau.

Kristen ferma la porte derrière les filles et ses épaules s’affaissèrent, comme si le fait de fermer cette porte lui permettait de se relâcher un peu.

« Elle était votre amie, n’est-ce pas ? »

Un peu agitée, elle fit quelques pas vers le centre de la pièce.

« Peut-être devriez-vous vous asseoir, suggéra Kristen. »

Si peu digne dans une telle situation, la directrice de Poudlard mit les mains dans les poches de sa robe de sorcière et remonta un peu les épaules.

« Marie Duval… »

Elle hésita et reprit d’un coup :

« …a effectivement été tuée ce soir-là, par Pierre Legallet. Le sorcier à l’origine des attaques. »

Kristen n'avait aucune idée de quoi dire de plus. Elle ne connaissait pas le lien qui unissait les deux jeunes filles à Marie, ce qu'elles voulaient savoir, ce qu'elles voulaient voir, peut-être, et comment il fallait agir avec des êtres humains dans ces situations-là. Kristen était mauvaise consolatrice. Elle ne savait jamais où se mettre ni quoi faire, ni de ses mots, ni de son corps. Elle savait écouter, pourtant, mais avant un sérieux problème quant au traitement de ces informations et leur traduction dans la vraie vie.

Il en est du romantisme fiévreux comme de la moule pas fraîche : quand on en abuse, ça fait mal au cœur.

Les larmes amères

Tandis qu'elle faisait face à la directrice, Elina entendit le reniflement discret d'Ambre dans son dos. Elle ne se retourna pas, les dents serrées. Elle attendait la réponse de leur directrice. C'était la première fois que la Poufsouffle avait l'impression que miss Loewy n'était pas sûre de la ligne de conduite qu'elle devait adopter. Elle qui donnait toujours l'impression de savoir exactement où ses pas la menaient laissa s'installer le silence quelques instants avant de le rompre.

« Suivez-moi. »

Cette fois-ci, Elina se retourna à demi pour lancer un regard à Ambre avant de suivre la directrice, comme pour s'assurer qu'elle était toujours là et qu'elle les suivrait. En haut d'une volée de marches, elles accédèrent au bureau de la directrice. Lorsque les deux Poufsouffles furent entrées, miss Loewy referma la porte avant de demander :

« Elle était votre amie, n’est-ce pas ? »

Elina n'avait jamais cherché à mettre un mot sur sa relation avec la française, mais « amie » était probablement un terme approprié. Elle ne savait pas ce que Marie en aurait pensé. Si elle l'avait considéré comme une amie... Mais Elina gardait le souvenir du sourire de la française et de la gentillesse qu'elle avait montré à son égard. Marie et elle n'avaient été en contact que par le bon vouloir de la coupe de feu, mais il aurait été difficile de ne pas s'attacher à la française lorsque l'on avait dû la côtoyer un peu. Marie n'avait eu aucune obligation de se montrer aimable envers elle. Elle aurait pu la considérer avec la même hostilité que Jonas, mais elle ne l'avait pas fait. Au lieu de la mépriser pour son jeune âge, elle s'était montrée réconfortante tout au long de cette année riche en émotions. Oui, Elina aurait eu plaisir à la rencontrer à nouveau... Si elles avaient eu le temps. Miss Loewy avait évoqué leur relation avec Marie au passé, confirmant indirectement l'annonce de la Gazette. Tout en sachant qu'une erreur était hautement improbable, la Poufsouffle n'avait pu s'empêcher de se raccrocher à cet espoir ténu. Incertaine quant à la nature rhétorique de la question, Elina garda le silence. Elle n'aurait de toute manière pu s'exprimer que pour elle-même, n'ayant aucune certitude quant à la manière dont elle avait été perçue par Marie. Pouvait-on se dire l'amie d'une personne sans savoir si cela était réciproque ?
Leur directrice fit quelques pas dans le bureau avant de reprendre la parole :


« Peut-être devriez-vous vous asseoir. »

Elina n'avait jamais aimé entendre cette phrase. Elle était presque à tout les coups annonciatrice d'une mauvaise nouvelle. S'asseoir n'avait jamais aidé à surmonter sa peine et la Poufsouffle se prenait d'une haine soudaine pour tout ce qui s'apparentait à une chaise ou un fauteuil. Les gens craignaient-ils a ce point que les jambes de leur interlocuteur cèdent sous leur poids à l'annonce de la nouvelle à la façon des acteurs de tragédies ? Elina, pour sa part, avait plutôt l'impression que son corps était en proie a une raideur difficilement contrôlable. Elle aurait pu aisément rester debout, mais elle n'avait pas de temps a perdre à s'offusquer pour quelque chose d'aussi ridicule. La seule chose qui comptait pour l'instant, c'était les informations que miss Loewy pourrait leur donner. Elle s'assit donc avec raideur tout au bord d'une chaise toute proche, n'allant pas jusqu'à s'appuyer sur le dossier.

« Marie Duval…a effectivement été tuée ce soir-là, par Pierre Legallet. Le sorcier à l’origine des attaques. »

La mâchoire de la Poufsouffle se contracta alors qu'elle serrait les dents. ''Pierre Legallet''... Un  nom tout ce qu'il y avait de plus ordinaire. Rien qui permis de soupçonner qu'il s'agissait d'un meurtrier. Bien éloignée de ces histoires romancées ou un simple nom laissait présager le rôle, bon ou mauvais, de son propriétaire. Au fond, qu'est-ce qui faisait d'une personne un meurtrier ? Qu'est-ce qui avait pu justifier la mort de Marie dans l'esprit malade de cet homme ? Car un esprit pouvant envisager de tuer ne pouvait qu'être malade n'est-ce pas ? Un souvenir s'imposa à Elina. Celui de Stanislav Stoyanov lançant le sortilège de mort sur Marie dans le Dominion. Ce jour là, c'était la baguette de sureau qu'avait convoité le mage noir. Mais attaquer Beauxbâtons n'aurait-il pas été un poil démesuré pour une baguette, toute légendaire soit-elle ? Marie s'était-elle seulement trouvée au mauvais endroit au mauvais moment alors que l'attaque avait lieu ? Elina laissa le silence s'installer quelques instants avant de poser une unique question :


« Elle a été tuée pour sa baguette ? »

Aucune baguette au monde n'avait aussi mauvaise réputation que la baguette de sureau et elle avait déjà faillit assister de ses propres yeux au destin néfaste qu'elle offrait à ses possesseurs. Elle ne songea pas un seul instant que sa question pouvait paraître étrange à Ambre. Elle ne savait même pas si la batteuse avait connaissance du fait que Marie possédait la baguette de Sureau et à cet instant elle ne se posa même pas la question.

¤ Responsable de la Cabane de Cristal ¤
~Ne sous estimez pas les griffes du blaireau parce que sa fourrure vous semble douce~
ma couleur : #7F6000

Les larmes amères

Ambre ne savait pas vraiment quoi faire, quoi dire. Elle était plantée là, derrière Elina, à attendre que les choses se fassent et que les informations arrivent toutes seules. De toute façon, elle était perdue, elle n’aurait pas su tourner les choses comme sa camarade l’avait fait ; raison de plus pour la laisser parler.

Son regard se posa sur la directrice de Poudlard, qu’elle se mit à détailler. C’était une belle femme, qui donnait toujours l’impression d’être sûre d’elle et de ce qu’elle faisait. Nul doute que lorsque vous étiez dans son camp, vous aviez confiance en vos forces. Mais aujourd’hui, la cinquième année n’y arrivait pas. Quelque chose troublait ce sentiment. Le silence qui s’installa entre les trois n’annonçait rien de bon pour la cinquième année. Comme si, de toute façon, une bonne nouvelle pouvait ressortir de toute cette histoire : elle ne se faisait pas d’illusion, Marie Duval était bel et bien morte, cela ne servait à rien de se faire de faux espoirs.

Finalement, Kristen Loewy les invita à la suivre. Elina se retourna vers Ambre, à qui cette dernière esquissa un mouvement de tête pour lui assurer qu’elle la suivait.

Une fois dans le bureau, une fois la porte refermée, miss Loewy leur demanda confirmation quant à leurs relations respectives avec Marie Duval, si elle était leur amie. Sans attendre de réponse, elle continua. De toute façon, qu’aurait pu répondre les deux Poufsouffle ? Certes, la rouquine ne savait pas quels étaient exactement les liens qui unissaient son amie à la française, à part le fait qu’elles aient participé ensemble au Tournoi des Trois Sorciers. Mais pour elle, elle n’aurait pu dire que c’était son amie. Elles s’étaient seulement parlé une fois. Ambre la connaissait en tant que championne de Beauxbâtons, tous les regards étant de toute façon portés sur les champions des trois écoles, elle n’avait pu y échapper.

Marie Duval avait été la source, le commencement, d’un certain nombre de question sur les représentations que la cinquième année avait d’elle-même. La championne française avait remis beaucoup de chose en question pour la jeune fille, sans même le chercher ou encore le savoir. Elle n’avait pas été l’amie d’Ambre, non, elle avait été un éclat de lumière sur une zone sombre de la Poufsouffle. Cette dernière ne pouvait décidément pas répondre ça à sa directrice. Elle n’en avait de toute façon pas eu le temps puisque Kristen Loewy enchaîna en leur suggérant de s’asseoir.

Ambre n’avait aucune envie de s’asseoir. Et visiblement, Elina était dans le même cas, au vu de sa raideur lorsqu’elle s’assit sur une chaise juste à côté. Malgré tout, la cinquième année avisa la chaise juste à côté de celle où se tenait sa camarade. Une fois assise, elle reporta son attention sur la directrice de l’école. Cette dernière sembla hésiter avant de prononcer la confirmation qu’étaient plus ou moins venues chercher les deux Poufsouffle :

« Marie Duval…a effectivement été tuée ce soir-là, par Pierre Legallet. Le sorcier à l’origine des attaques. »

Un profond sentiment de haine envers cet homme apparut dans l’esprit de la batteuse. Elle ne le connaissait pas, mais elle le détestait. Elle le détestait comme l’on déteste l’inconnu qui vient de faire un massacre. Qu’on le connaisse ou non, ce sentiment se développe chez la plupart des gens. Au nom de quoi avait-il fait ça ? Oui, au nom de quoi ? Pourquoi ? Toutes ces questions se bousculaient dans l’esprit de la jeune fille. Mais elle ne les posa pas. Ce n’était pas le moment. Il lui suffirait probablement de lire la Gazette du Sorcier pour comprendre de toute façon. Tout, ou presque, devait y être expliqué.

Elle entendit la voix d’Elina s’élever dans la pièce, mais sans comprendre ce qu’elle disait. Son esprit était comme embrumé, l’empêchant de tout comprendre. Ainsi, ignorant inconsciemment la question de sa camarade Poufsouffle, elle demanda d’une voix toujours enrouée :

« Vous l’avez vu n’est-ce pas ? Vous y étiez… Vous avez vu le corps de Marie ? »

« DÉFONCE-LES TOUS », Monseigneur Endive • « Le souffle des Poufsouffle jamais ne s'étouffe » • Batteuse des Frelons

Les larmes amères

Il y eut un silence qui laissa le temps à Kristen de redouter les questions à venir. Au moins s’y attendait-elle ; cela ne voulait pas dire qu’elle saurait que répondre aux deux jeunes filles. La question sur la baguette de Sureau ne tarda pas. Elina Montmort était visiblement au courant que Marie la possédait, aussi était-il assez naturel qu’elle s’interroge sur l’implication de la baguette dans la mort de celle qui fut championne de Beauxbâtons. Ce bout de bois avait une sale réputation. On s’imaginait qu'il précipitait son possesseur vers la mort. Kristen réfléchit un instant. Elle n’avait pas forcément l’intention d’en dire trop sur cette baguette qui était à présent sienne.

Alors que la directrice ouvrait la bouche pour répondre, une autre question vint bousculer la première. Celle-ci était encore plus étonnante. Kristen fronça les sourcils et chercha à sonder le regard d’Ambre Baxrendhel. Pourquoi voulait-elle savoir si Kristen avait vu le corps de Marie ? Ne la croyait-elle pas quand elle le disait plus simplement ? Pensait-elle qu’une description imagée rendrait la chose plus réelle ?

Ses joues se creusèrent. Elle se les mordait. C’était un vieux tic qu’elle avait gardé de son adolescence, quand elle examinait une situation gênante ou était contrariée. Quand elle était franchement énervée, ses joues étaient encore plus creuses et son regard fixe semblait vide. Son visage devenait alors franchement semblable à celui d’un affreux Détraqueur, pâle et trop maigre. Elle fixa un certain temps la rouquine avec cette mine funèbre. Ses yeux se détachèrent d’elle difficilement, comme un élastique qu’on tire, qu’on tire, et qui finit par se casser d’un coup.

« C’est possible. Probable, répondit-elle à Elina. »

Le moment de répit ne fut pas long pour Ambre Baxrendhel. La directrice reporta toute son attention sur elle et enchaîna, avant qu’Elina ne puisse poursuivre (et en espérant que cette dernière ne se poserait pas trop de questions) :

« Mademoiselle…, commença-t-elle en soupirant, je ne suis pas sûre que vous vouliez vraiment savoir ce que j’ai vu et ce que je n’ai pas vu là-bas. Si c’était raisonnable, j’effacerais moi-même ces images de ma tête. »

Il en est du romantisme fiévreux comme de la moule pas fraîche : quand on en abuse, ça fait mal au cœur.

Les larmes amères

Suite à la question d'Elina, la directrice garda un instant le silence, comme pour s'accorder le temps d'une réflexion rapide. De toute évidence, elle ne voulait rien dire de précipité, mais c'était là quelque chose qui semblait en accord avec l'attitude habituelle de miss Loewy autant que la Poufsouffle pu en juger. Cependant, alors qu'elle semblait sur le point de donner une réponse, Ambre intervint à son tour pour la première fois dans la discussion :

« Vous l’avez vu n’est-ce pas ? Vous y étiez… Vous avez vu le corps de Marie ? »

Elina eut l'impression que derrière cette question, Ambre se raccrochait encore a un espoir de plus en plus mince. Espérait-elle que miss Loewy ait seulement été informée de la mort de Marie et que cette information ait été erronée ? La sixième année ne pensait pas cela possible. Miss Loewy était très proche d'Aude Luneau, l'ancienne directrice de Beauxbâtons. De ce fait, n'était-elle pas une des mieux placées pour avoir ces informations ? L'espoir par excès ne faisait que rendre la chute plus douloureuse. Elina ne voulait pas prendre le risque. Si miss Loewy et la Gazette s'accordaient sur la mort de Marie, la probabilité que cette information soit fausse devenait nulle.
Suite à la question d'Ambre, leur directrice garda un moment le silence, fixant longuement la batteuse avant de finalement lâcher quelques mots à l'attention d'Elina.

« C’est possible. Probable. »

Ainsi, la baguette de Sureau avait de nouveau attiré des ennuis à Marie... Même si elle n'affirmait rien, la réponse de miss Loewy était suffisante pour convaincre Elina de l'implication de cette maudite baguette. Comment un outil destiné aider un sorcier à maîtriser sa magie avait-il pu prendre plus de valeur que la vie du sorcier lui-même ? Il aurait mieux valu que la baguette soit perdue dans le Dominion ce jour là. Elina fronça les sourcils tout en mordant sa lèvre inférieure. Elle ne pouvait occulter le fait que c'était sa décision qui les avait mené tous trois jusqu'à la baguette de Sureau et Stanislav Stoyanov. Que ce serait-il passé si elle avait choisit une autre direction ? Peut-être que la baguette de Sureau aurait été définitivement perdue pour Marie et qu'elle serait encore en vie aujourd'hui... Ou peut-être que le Dominion les aurait mené exactement au même endroit, leur jouant un de ces mauvais tours dont il avait le secret. La Poufsouffle était peut-être présomptueuse de penser que l'un de ses choix avait eu un poids quelconque sur le destin de la française, mais elle ne pouvait faire abstraction de cette idée dérangeante. Une fois qu'elle avait réussit a s'insinuer dans ses pensées, Elina n'était plus parvenue à l'en déloger. Elle ne prêta guère attention à la réponse que miss Loewy accorda a Ambre. Elle se sentait nauséeuse. Elle se moquait de savoir qui était en possession de la baguette de Sureau à présent. Tout ce qu'elle espérait, c'est que cette baguette se trouvait aussi loin d'elle que possible et qu'elle ne croiserait plus jamais sa route.

¤ Responsable de la Cabane de Cristal ¤
~Ne sous estimez pas les griffes du blaireau parce que sa fourrure vous semble douce~
ma couleur : #7F6000

Les larmes amères

Le regard perdu tourné vers la directrice de Poudlard, la cinquième année se rendait compte de sa demande. Demande inutile, demande qui ne mènerait probablement à rien, sinon de nouvelles questions. Marie était morte, à quoi bon le fait que Miss Loewy ait vu son corps changerait quelque chose ? Elle n’allait pas lui dire qu’elle n’était plus de ce monde alors qu’elle n’en était pas certaine. Elle n’avait qu’une envie, partir en courant, se cacher sous sa couette et ne plus en ressortir avant longtemps.

Au fur et à mesure que les secondes s’écoulaient, l’estomac de la batteuse des Frelons se nouait de plus en plus. L’expression qu’affichait Kristen Loewy n’arrangeait rien à la situation. Elle aurait mieux fait de se taire et d’écouter clairement ce que sa camarade disait. Elle tenta de se remémorer les paroles d’Elina. En vain.


« Mademoiselle… je ne suis pas sûre que vous vouliez vraiment savoir ce que j’ai vu et ce que je n’ai pas vu là-bas. Si c’était raisonnable, j’effacerais moi-même ces images de ma tête. »

Ambre se laissa glisser jusqu’au fond de la chaise où elle se trouvait. Comme elle s’en était doutée, ce qu’il s’était passé à Beauxbâtons avait dû ressembler à une sorte de massacre.  Une larme coula sur sa joue, qu’elle envoya balader d’un revers de manche. Après avoir jeté un coup d’œil en coin vers Elina, qui ne disait plus rien depuis que Miss Loewy lui avait répondu, la Poufsouffle regarda le bureau de la directrice.

Elle aurait aimé s’y trouver pour une autre occasion. Quoique, se trouver dans le bureau du directeur de Poudlard, à n’importe quelle époque, à n’importe quel moment, cela ne signifiait pas souvent une bonne chose. Enfin bref.


« Excusez-moi, ma question était stupide. »

Tout en jouant nerveusement avec ses mains, elle se retourna vers Kristen Loewy et lui dit :

« Je voulais juste savoir si… Si elle semblait avoir souffert, avant de mourir. C’est tout. Mais oui, mieux vaut que je ne sache pas. »

Elle aurait aimé continuer, dire autre chose, expliquer, mais rien ne sortit de sa bouche. La boule qui avait pris naissance dans son ventre venait de migrer dans sa gorge. Forçant, elle continua :

« J’ai juste encore une question… Comment ça se fait que Beauxbâtons n’ait pas réussi à protéger ses élèves ? Nous aussi on a déjà été attaqué ici ces dernières années… Mais on a jamais eu autant de perte… J’ai rien contre eux, je veux juste comprendre Miss… »

Elle termina sa phrase en se mordant la lèvre. Elle regrettait d’être venue, elle regrettait d’avoir parlé, elle regrettait de s’être levée ce matin.

Excusez moi pour ce retard.

« DÉFONCE-LES TOUS », Monseigneur Endive • « Le souffle des Poufsouffle jamais ne s'étouffe » • Batteuse des Frelons

Les larmes amères

L’ambiance était d’une lourdeur de samedi soir et Kristen ne savait pas quoi faire de son corps pour consoler les jeunes filles : si elle avait fait un geste doux, il aurait certainement été plus gênant qu’autre chose et on se serait cru dans une autre dimension. Ces gestes-là étaient pour elle si peu naturels qu’elle aurait facilement pu se montrer gauche en entreprenant de réconforter les adolescentes.

« Je ne crois pas qu’elle ait souffert. »

Kristen ne pensait pas que Legallet ait pris le temps de jouer avec Marie, qu’il devait considérer comme une simple gamine qui possédait un joujou qui n’était pas à sa hauteur, comme il avait pris le temps de jouer avec Kristen. Cela avait d’ailleurs été son erreur : s’il n’avait pas pris le temps de lui envoyer son poing dans la figure, s’il ne s’était pas réjoui de la voir lamentable, les genoux pliés devant lui, et s’il s’était contenté d’un Sortilège de la Mort, il aurait peut-être gagné toute la bataille. Ou peut-être pas. En tout cas, il y avait fort à parier que Legallet avait fait au plus vite pour récupérer la Baguette de Sureau.

Pour la deuxième question d’Ambre, la directrice de Poudlard fit un effort pour remettre en place tous les éléments qui pouvaient expliquer la différence de protection, ce soir-là, entre Poudlard et Beauxbâtons. Finalement, elle énuméra d’un ton plat les raisons qui pouvaient expliquer cette différence :

« Je pense qu’il y a plusieurs raisons à cela. Tout d’abord, il me semble que c’est précisément parce que nous avons été attaqués ces dernières années que notre protection est désormais si forte. Les sorts de protection autour du domaine sont renouvelés très régulièrement… Poudlard est presque devenu une forteresse. Quant à l’Académie Beauxbâtons, elle était sous contrôle du Ministère, lui-même corrompu par le sorcier qui a attaqué l’école. S’il ne souhaitait pas que l’école soit protégée, elle ne l’était certainement pas beaucoup… D’ailleurs, Beauxbâtons a été attaquée par Legallet en personne, ce qui n’a jamais été le cas de Poudlard – pas directement. »

Kristen serra la mâchoire et ajouta :

« Et cela aussi, c’est une grande différence. »

Et de conclure :

« Nous avons tous fait ce qui était en notre pouvoir. »

Il en est du romantisme fiévreux comme de la moule pas fraîche : quand on en abuse, ça fait mal au cœur.

Les larmes amères

Absorbée par ses propres réflexions, Elina entendit plus qu'elle n'écouta la réponse qui était fait à Ambre. Elle ne vit pas Ambre se renfoncer dans son fauteuil et chasser une larme. Elle ne vit pas non plus le coup d'oeil que lui lança la batteuse.

« Je ne crois pas qu’elle ait souffert. »

Ces mots résonnèrent un moment sous le crâne d'Elina, se répercutant comme un écho avant qu'elle ne les saisisse réellement. La Poufsouffle pâlit avec pour seule consolation que personne ne verrait la différence sur son teint déjà naturellement très pâle. Miss Loewy garda un instant le silence avant de répondre à la dernière question d'Ambre qui échappait déjà à la mémoire de la Poufsouffle.

« Je pense qu’il y a plusieurs raisons à cela. Tout d’abord, il me semble que c’est précisément parce que nous avons été attaqués ces dernières années que notre protection est désormais si forte. Les sorts de protection autour du domaine sont renouvelés très régulièrement… Poudlard est presque devenu une forteresse. Quant à l’Académie Beauxbâtons, elle était sous contrôle du Ministère, lui-même corrompu par le sorcier qui a attaqué l’école. S’il ne souhaitait pas que l’école soit protégée, elle ne l’était certainement pas beaucoup… D’ailleurs, Beauxbâtons a été attaquée par Legallet en personne, ce qui n’a jamais été le cas de Poudlard – pas directement. »

Marie n'était peut être qu'une adolescente, mais c'était probablement la jeune sorcière la plus douée qu'Elina ait rencontrée et elle possédait la baguette de Sureau. Si elle avait été tuée avec autant de facilité, beaucoup d'autres auraient pu l'avoir été. Si une telle attaque avait eu lieu a Poudlard, combien y auraient perdu la vie ?

« Nous avons tous fait ce qui était en notre pouvoir. »

Encore des mots qu'elle détestait entendre. Une reconnaissance d'impuissance. La mâchoire d'Elina qui s'était détendue durant son moment d'hébétement se serra a nouveau avec davantage de force. Elle fut forcée de garder le silence le temps d'arriver à desserrer suffisamment les dents pour parler.

« Legallet... Qu'est-il devenu ? »

Elle ne leva pas les yeux vers sa directrice alors qu'elle posait cette question. Ils restaient résolument tournés vers ses poings serrés sur ses cuisses. La première fois qu'elle avait ressentit cette haine, elle était dirigée contre les loups invoqués par magie noire qui s'en était pris aux travées lors de l'épreuve du Dominion. Puis cela avait été lorsqu'elle avait trouvé sa tante inconsciente dans leur appartement retourné. A l'époque, elle avait été surprise par ce déferlement d'émotions négatives. Aujourd'hui, elle en comprenait l'origine à défaut de le maîtriser. Toutes ces années passées sans ressentir autant de colère et voilà qu'il lui semblait la voir réapparaître de plus en plus souvent... Comme un échos a sa propre impuissance.

¤ Responsable de la Cabane de Cristal ¤
~Ne sous estimez pas les griffes du blaireau parce que sa fourrure vous semble douce~
ma couleur : #7F6000

Les larmes amères

« Je ne crois pas qu’elle ait souffert. »

Un frisson parcourut le buste de la cinquième année avant de mourir dans sa poitrine. Elle avait l’impression d’avoir le souffle coupé. De suffoquer. Suffoquer. Était-ce ce qu’avait ressenti Marie avant de mourir ? Avait-elle senti son corps partir, n’acceptant plus l’oxygène dont il avait tant besoin pour continuer de fonctionner ? Est-ce qu’elle s’était sentie mourir ? Non. Kristen Loewy venait de lui dire l’inverse. Qu’elle n’avait pas souffert. Du moins, c’est ce qu’elle croyait. Elle ne lui avait pas assuré. Elle lui avait émis son hypothèse. Elle n’en était pas sûre. Mais Ambre voulait la croire. Marie n’avait pas souffert.

Les explications fournies par la directrice de Poudlard semblaient maintenant évidentes à la Poufsouffle. L’école écossaise avait juste eu plus de chance que l’école française. Si l’on pouvait parler de chance. La jeune fille acquiesçait. Elle comprenait.

« Nous avons tous fait ce qui était en notre pouvoir. »

Les muscles de la batteuse se détendirent. Pourtant, dans sa tête, une seule chose tournait en boucle :  *Dans ce cas vous étiez trop faible. Vous étiez tous trop faibles. Marie était trop faible. Et c’est pour cela qu’elle est morte. Personne n’a pu la protéger. Elle n’a pas pu se protéger.* Mais étonnamment, cet aveu d’impuissance confirmait à Ambre qu’aucune autre issue n’aurait pu être envisagé ce jour-là. Marie Duval aurait de toute façon périt. Rien d’autre n’aurait pu la laisser en vie, si ce n’est le fait que Legallet n’attaque pas Beauxbâtons.

Elina demanda ce qu’était devenu Legallet. Des dizaines de scènes, plus dures et sanglantes les unes que les autres, traversèrent l’esprit de la cinquième année. Elle espérait qu’il avait souffert. Qu’il souffrait encore, s’il n’était pas mort. Mais elle ne dit rien. Elle se contenta de regarder silencieusement sa directrice, attendant sa réponse, persuadée qu’un seul coup d’œil suffirait à Kristen Loewy pour voir la haine qui bouillonnait dans le corps d’Ambre malgré sa façade détendue.

« DÉFONCE-LES TOUS », Monseigneur Endive • « Le souffle des Poufsouffle jamais ne s'étouffe » • Batteuse des Frelons

Les larmes amères

La tension était palpable. Kristen commençait à être fatiguée de cet interrogatoire, qui l'obligeait à revivre en détail chaque scène de cette terrible soirée. Qui l'obligeait à reconstituer dans son esprit les détails du visage de Legallet, son regard, son sourire, les vapeurs de sa rage meurtrière. Alors, elle répondit à la question d'Elina Montmort en quelques mots : il avait été emmené en prison, où il recevrait le châtiment approprié.

Elle raccompagna les deux jeunes sorcières à la sortie du bureau et leur dit de lui envoyer un message si elle avaient besoin d'aide - c'était en vérité plus par politesse qu'autre chose : Kristen était dans la même détresse que les deux enfants et ne pouvait pas vraiment les aider sur ce point-là. Ce n'était pas la mort de Marie Duval qui l'avait mise dans cet état, même si la mort d'une si jeune personne était une cruelle injustice, mais bien le fait d'avoir revu Arseni sous la forme d'un cadavre animé. Il lui faudrait du temps pour oublier cette affreuse vision... En fait, elle ne l'oublierait probablement jamais.

Des mois plus tard, Arseni hantait toujours ses nuits, et les vestiges du combat contre Legallet : sa mèche blanche, son épaule déchirée ; continuaient de lui rappeler cette soirée où elle avait vu pour la dernière fois son meilleur - son premier - ami.


Je m'arrête là, désolée de couper court à ce RP, et merci.

Il en est du romantisme fiévreux comme de la moule pas fraîche : quand on en abuse, ça fait mal au cœur.