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Juste un an de plus

11 juin 2043


    Elle m’a profondément changée. La Faiseuse de Rêves. Dès le début, elle m’a envoûtée. Elle a ouvert en moi quelque chose dont je ne soupçonnais même pas l’existence.

« Aude ! »

    J’ai crié son nom, à ce fichu bal de Noël, ce fameux 21 décembre 2040, et il était déjà trop tard. La machine était en route. J’ai voulu m’élancer vers elle, je ne sais pas pourquoi. Et maintenant, je suis à sa merci.

***


    « Joyeux anniversaire », avait simplement dit Kristen en se réveillant. Et puis Aude s’était préparée pour aller travailler, elles avaient pris le petit-déjeuner ensemble. Kristen avait ruminé toute la journée, incapable de se concentrer sur l’étude de ses livres sur la magie orientale. Chaque fois qu’elle tournait une page, elle s’autorisait quelques secondes de réflexion sur le cadeau qu’elle offrirait à Aude quand celle-ci reviendrait de sa journée à Sainte-Mangouste. Elle se trouvait ensuite ridicule et tournait une autre page, n’ayant pas du tout examiné la précédente. Au bout de quelques heures de recherches infructueuses, elle décida d’arrêter le massacre.

« C’est complètement stupide…, murmura-t-elle en posant son menton dans ses paumes. »

    Elle prit le paquet, regagna ses appartements et le posa négligemment sur un guéridon, vers ce qui ressemblait à un coin salon avec un petit canapé. Elle se trouva encore ridicule. Kristen mit un petit ruban doré assez discret sur la boîte, pour qu’Aude comprenne bien que c’était là son cadeau d’anniversaire. Elle y attacha une petite étiquette avec un mot doux et voilà.

    Cette manœuvre faite, elle n’arrêta pas de penser qu’elle avait passé l’âge de ce genre de stratagèmes débiles – elle aurait quarante ans demain !

    En retournant dans son bureau, elle essaya de se concentrer sur des choses très sérieuses, mais ne parvint pas à s’empêcher de penser à cette boîte, son emplacement sur le guéridon, l’angle qu’elle offrait quand on entrait dans la pièce, sa couleur, ses dimensions, son ruban, son étiquette. C’était comme une présence vivante, mystique, dans ses appartements.

    Elle ne pouvait pas se tenir trop près de cette chose. Il fallait qu’elle sorte. Elle arpenta les couloirs de l’école à la recherche de rien, elle passa même un peu de temps dans la salle des professeurs. Les collègues qu’elle y croisa trouvèrent certainement cela un peu bizarre, surtout qu’elle n’était pas là pour faire quoi que ce soit de très constructif. En bref, elle fit passer le temps.

    Quand la journée s’acheva et que vint l’heure où Aude rentrerait à Poudlard, Kristen poursuivit un peu sa promenade, le but étant qu’Aude rentre « à la maison » avant elle. Une ado… Je suis aussi bête qu’une ado, pensait-elle. Vers neuf heures, elle retourna dans sa tour. Aude y était effectivement : c'est là qu'elle allait d'abord, pour décompresser après sa journée de travail. De là où elle était, Kristen ne pouvait pas voir si Aude avait découvert le paquet ou non, car sa compagne se tenait entre elle et la boîte.

« Bonsoir… Comment s’est passée ta journée ? demanda-t-elle simplement. »

Il en est du romantisme fiévreux comme de la moule pas fraîche : quand on en abuse, ça fait mal au cœur.

Juste un an de plus

54.


La boîte était posée bien en évidence sur un simple guéridon. Sans que je ne m’explique vraiment pourquoi, mon corps se figea en plein mouvement lorsque mes yeux se posèrent sur le ruban doré qui en faisait le tour. Etonnement, toute la pièce semblait s’articuler autour de cette petite boîte posée là pour ne pas m’échapper. Je souris en reconnaissant les manières de Kristen.

Au réveil, elle s’était bien évidemment gardée de mentionner l’existence de ce cadeau pour mieux me piéger au retour de Ste Mangouste. Je savourai la tendresse de l’instant puis jetai un regard à gauche puis à droite.

« Kristen ? »

Pas de réponse. Elle avait très certainement fui nos appartements depuis des heures. Retrouvant l’usage de mon corps, je posai mon sac sur une chaise et m’approchai de la boîte comme on s’approcherait d’un animal fantastique : à petits pas, comme si la peur de le voir détaler était aussi grande que l’émerveillement ressenti. Un an… déjà, songeai-je en prenant délicatement la boîte entre mes mains. J’avais peine à le croire… un an. Un an depuis cette escapade à Rye et…

… je portai soudain ma main à mon cou, là où se trouvait le pendentif en forme de goutte qu’elle m’avait offert. Une vague d’émotions me submergea alors que je me remémorai minutieusement chaque détail de cette journée inoubliable… un an. C’est dingue. Je n’arrivais même plus vraiment à me souvenir de ce qu’était mon quotidien avant ça, comme si une année passée aux côtés de Kristen avait suffit à balayer tout le reste. C’était sans doute le pouvoir le plus étonnant de l’amour.

Bien des choses étaient survenues depuis un an, beaucoup plus que je n’aurais pu en imaginer. Comme une sorte d’aimant, Kristen attirait à elle les choses les plus extraordinaires. Et des choses extraordinaires, nous en avions vécues en l’espace d’un an… de la fin des Mangemorts à ma toute récente amitié avec Owen en passant par le séjour des sorciers de Zhuangyán à Poudlard. Je fermai les yeux et serrai tendrement le pendentif au creux de ma main, consciente de vivre un rêve éveillé.

La voix de Kristen me surprit. J’ouvris les yeux et m’armai d’un sourire malicieux avant de pivoter sur moi-même. Je tenais la boîte entre mes mains.

« Bien, jusqu’à ce que je découvre ton secret bien gardé, dis-je en désignant le paquet des yeux. »

Je laissai volontairement filer quelques secondes silencieuses puis je rompis énergiquement la distance pour passer un bras autour de la taille de Kristen et l’embrasser en prenant soin de garder le cadeau entre nous.

« Quelle folie as-tu faite cette année, hein ? lui demandai-je dans un murmure en gardant mon front appuyé contre le sien. »

Juste un an de plus

Kristen avait beau être habituée, après un an, aux baisers d’Aude, elle était toujours un peu soufflée par son énergie et ses élans tendres. Quelle folie avait-elle faite cette année, hein ? Mais tout était devenu une folie depuis que Kristen était tombée amoureuse de la Faiseuse de Rêves. Elle se surprenait parfois à se regarder dans le miroir et se trouver un air étrange… comment dit-on ? Épanoui. Presque tout à fait heureuse. En fait, elle l’était quand elle ne pensait qu’à Aude, et pas à tout ce qui n’était pas Aude. Ce deuxième espace du monde était beaucoup plus instable que le premier.

« Je suis allée chez les Moldus il y a quelques jours, répondit Kristen. »

Et pour elle, c’était bien une folie. Elle n’avait pas acheté de cadeau magique, cette fois, et elle avait pénétré dans cet univers étrange où la magie n’existe même pas. Le simple fait d’y repenser la rendait mal à l’aise. Auprès des Moldus, Kristen à la fois presque gauche et hautement supérieure, comme si elle seule avait conscience que le monde ne tournait pas rond parce que tout n’était pas bien à sa place.

« Ils se promenaient tous sur des espèces de plateformes avec des roues… pas des skateboards, mais des… choses avec une roue de chaque côté, ils se mettent debout dessus et ils se penchent…, dit-elle en faisant des gestes pour essayer de s’expliquer. »

Elle tourna la tête. Ludwig venait de sortir de sa cachette.

« Enfin bref. Tu n’as qu’à l’ouvrir… »

Ludwig lui offrit une excuse merveilleuse pour avoir l’air de faire autre chose. Elle s’agenouilla pour le caresser. Il essayait de s’en aller, car ce n’était pas l’heure des câlins, mais Kristen le ramenait vers elle l’air de rien.

Il en est du romantisme fiévreux comme de la moule pas fraîche : quand on en abuse, ça fait mal au cœur.

Juste un an de plus

55.


Savoir lire entre les lignes, comprendre les intentions sous les actions, capturer l’âme de Kristen derrière le rideau de retenue qu’elle mettait entre elle et toute chose n’était pas chose aisée, mais je pouvais me féliciter d’y parvenir mieux que quiconque. Peut-être étais-je même la seule et l’unique à en être capable. Je ne me laissai donc pas surprendre par sa fuite orchestrée auprès de Ludwig. J’accentuai mon sourire, certaine qu’elle pouvait le sentir malgré sa tentative désespérée de me faire croire que toute son attention était tournée vers notre Fléreur. Je baissai ensuite les yeux sur le paquet entre mes mains… Elle avait mis les pieds dans le monde des Moldus… pour moi. Qui ne connaissait pas Kristen sur le bout des doigts ne pouvait naturellement comprendre le caractère exceptionnel de cet acte en apparence anodin. Le feu aux joues, je fermai les yeux pour m’aider à contenir mes émotions alors que je défis le ruban doré. Qu’avait-elle bien pu dénicher dans ce monde dont elle se désintéressait tant ?

La réponse me laissa un long moment paralysée, mes yeux fixés sur l’objet de tous les secrets. Comme avant chaque montée de larmes, je sentis mon front se creuser sous le mouvement incontrôlé de mes sourcils. Les larmes se déversèrent sur mes joues, mais leur nombre ne cessant de grandir ma vue se brouilla parfaitement et il me fallut très vite fermer les yeux pour les expulser sans autre forme de procès.

« Tu es descendue aux enfers pour me ramener son plus bel éclat… murmurai-je. »

Pour Kristen, ça ne pouvait être plus vrai. Sans être de celles qui ne pouvaient supporter l’existence des Moldus (notre amour n’aurait de toute façon pas survécu à une vision si étriquée de la vie), je savais qu’elle se désintéressait totalement de leur sort et ne parvenait pas, malgré certains efforts, à comprendre comment ils pouvaient écouler une existence si différente de la nôtre. Par amour, elle avait toutefois consentit à s’immerger dans ce monde, à le fouler de ses pieds dieu seul sait durant combien d’heures pour m’en ramener ce cadeau exceptionnel. Je frissonnai en rouvrant les yeux. J’effleurai du bout des doigts cette magnifique bague en or blanc, sertie d’une rangée de diamants étincelant dont le plus gros et le plus somptueux tenait une position centrale entre quatre bras minuscules. J’expirai le trop plein d’émotions puis j’essuyai rapidement mes yeux pour retrouver une vision nette et précise de mon proche entourage.

« Kristen, s’il te plaît, l’appelai-je. Regarde-moi. »

Je me fichais bien des apparences. Les larmes coulaient encore mais j’attendis que son regard se pose sur moi pour lui sourire.

« Lève-toi mon amour. Il te reste une dernière chose à faire. »

Je déposai le paquet sans même regarder où exactement et me tournai vers Kristen en lui tendant la bague tout en lui offrant la main qui devait la recevoir dans les règles de l’art.

Juste un an de plus

Le cœur de Kristen battait à tout rompre tandis que ses mains glissaient sur les poils doux du Fléreur. Elle était en train de se demander pour la centième fois ce qui lui avait pris de choisir ce cadeau pour Aude. Quand le baromètre s’affola à mesure que sa compagne extériorisait toute l’eau de son corps, Kristen fut pétrifiée. Qu’avait-elle provoqué ? Avait-elle fait une erreur ? Son cerveau se répétait « merde, merde » comme un disque rayé.

Aude lui ordonna de la regarder. Difficilement, Kristen obéit, ne sachant si elle devait préparer son cœur à être matraqué ou si tout allait bien se passer. En fait, ce n'était ni l'un ni l'autre. Kristen rangea mentalement les larmes d’Aude dans la catégorie « choses qui sont positives », mais elle se mit à paniquer. Pourquoi tant de larmes pour ce cadeau, cet objet qui n’était qu’une bague, finalement ? Une très jolie bague, oui, parce qu’Aude ne méritait que ce qui était magnifique, mais il lui semblait qu’elle ne voulait pas dire autre chose que « joyeux anniversaire ». Ou peut-être que si, et peut-être était-ce pour cette raison précise que Kristen se faisait tout un tas de films dans sa tête.

Kristen se releva, complètement impuissante. Comme c’est intelligent, de paniquer une fois qu’on a constaté que le cadeau plaisait ! Elle sentit même sa main trembler légèrement quand elle reprit la bague. La main tendue d’Aude lui compressa le cœur. Qu’est-ce que c’était ? Du stress ? Sa peur de l’engagement ? Mais quel engagement, il ne s’agissait que de dire joyeux anniversaire. D’ailleurs, Aude lui tendait sa main droite, elle ne s’était pas trompée, elle ne lui avait pas imposé de prendre une décision étrange. Kristen se sentit un peu stupide d’en avoir fait tout un plat.

Alors, elle passa sa main sous la sienne et de l'autre, sa main malade, approcha la bague des doigts d’Aude.

Et elle s’arrêta. Hésitation. On disait tout un tas de choses sur les bagues importantes, enfin, celles qui sont censées avoir un peu plus qu’une valeur financière et même sentimentale. Celles qui fixent quelque chose. On disait qu’elles ne se portaient pas à cette main-là. En tout cas, pas dans les cultures d’Aude et Kristen. Aude ne s'était pas trompée, non, elle n'avait rien cru du tout. Elle avait volontairement tendu cette main et pas l'autre.

Kristen rabaissa la bague. Elle gardait les yeux rivés sur la main tendue d’Aude. Elle n’osait pas croiser son regard, pas au moment où elle dirait ce qu’elle s’apprêtait à dire… Comme une enfant qui a trop peur de faire une erreur en disant la vérité.

« C’est bien à cette main-là que tu veux la porter ? »

Il en est du romantisme fiévreux comme de la moule pas fraîche : quand on en abuse, ça fait mal au cœur.

Juste un an de plus

56.


J’étais sans voix. Je fixai Kristen sans savoir si sa question était réelle ou si elle relevait d’un tour de mon imagination. Un coup d’oeil vers ses mains eut vite fait de chasser mes doutes. C’était réelle. Son geste était suspendu, un peu comme le temps autour de nous ou les pensées dans ma tête ; le signe que sa question n’était pas un hasard, mais une véritable intention. C’était réelle. La main droite ne lui convenait pas, j’en étais certaine, parce que traditionnellement c’était la gauche qui portait les plus grandes preuves d’amour. Je n’arrivais pourtant pas à croire que Kristen était entrain de nous embarquer là-dedans et je me demandais encore une fois si je n’étais pas entrain de rêver. C’était réelle.

Ne pouvant rester sans réponse plus longtemps, j’optai pour une approche décontractée dans laquelle, je n’en doutais pas, Kristen aurait tôt fait de déceler mon anxiété. Ce n’était plus mon anniversaire, mais autre chose, quelque chose que je n’aurais pas pu imaginer dans mes rêves les plus fous. Kristen était-elle vraiment certaine de ce qu’elle faisait ? Je balayai la réponse d’un revers de la main et me penchai à son oreille pour lui murmurer ceci :

« L’autre est plus adaptée, mais je ne suis pas certaine que tu veuilles mettre un genou à terre. »

J’accrochai momentanément ses yeux bleus fuyants puis, le feu au visage, je détournai le regard en me demandant ce qu’il fallait que je fasse. Lorsque je caressai mes mains du bout des yeux, notant le léger tremblement qui les agitait, je rapatriai la droite derrière mon dos et je stabilisai la gauche près de la bague.

« Tu pourras dire que je ne t’ai pas laissé le choix, dis-je en m’amusant de notre gaucherie commune. »

Nous voir ainsi plantées l’une devant l’autre comme deux statues de sel me fit sourire. Idiotes, nous étions deux parfaites idiotes. Je me résolus donc à considérer les choses sous l’angle qui s’offrait à moi. Avec Kristen, il ne suffisait pas de voir une situation pour la comprendre. Il fallait la laisser faire, la laisser aller au bout de son idée et le sens n’apparaîtrait qu’après. Je secouai la tête et rapprochai ma main gauche de la bague. La moitié du chemin était faite. Quel chemin ? Je l’ignorai royalement mais ce n’était pas le moment de se poser la question. Kristen avait l’autre moitié du chemin entre ses mains.

Juste un an de plus

Kristen ne s’était elle-même pas comprise. Il lui semblait qu’elle avait inconsciemment posé cette question pour voir. Comme une sorte de test. Qu’est-ce que ça fait si je vais jusque-là ? Jusqu’où peut-elle me suivre ? En vérité, les recoins obscurs de son esprit avaient tout orchestré depuis le début : le choix du cadeau, pourquoi cette bague ? parce que c’est joli, n’est-ce pas ?, la fuite avant sa découverte par Aude, j’ai peur du sens que j’y mets peut-être, sans m’en rendre compte, et enfin, cette question, est-ce que je suis cap ? Et elle, est-ce qu’elle est cap ?

Et Kristen avait non seulement compris qu’elle était cap, mais qu’elle l’avait voulu – sans toutefois comprendre pourquoi, ni quel marionnettiste lui avait fait exécuter ses mouvements étranges qu’elle n’aurait jamais cru exécuter. Drôle de chorégraphie, qu’on connaît par cœur sans jamais avoir su danser.

Si elle savait… Pour Aude, Kristen n’aurait pas seulement mis un genou à terre. Le cœur de notre « sorcière noire » n’en pouvait plus, mais il n’était presque plus question de panique. C’était un soulagement immense, un saut en parachute au moment où on se rend compte que finalement, tout est sous contrôle. C’était grisant. Elle est à moi, elle m’aime. Aude avait apparemment réussi l’épreuve, celle qui déterminerait justement si tout ceci était ou non une épreuve.

Il n’y avait plus d’hésitation dans son geste. C’était à présent parfaitement clair. Kristen approcha la bague de l’annuaire gauche d’Aude. Elle ne ment pas, elle ne me quittera pas. Regardez cette bague qu’elle porte : Aude Luneau m’aime, moi ! C’était fait.

C’était peut-être une sorte de folie. Le soulagement après la plus belle victoire de toute une vie. Ça provoquait des pulsions démentes dans le cœur et ça faisait suinter les yeux. On distillait l’être pour en faire sortir un état si pur du bonheur que c’en était presque inquiétant.

Elle voulut dire à la fois « je t’aime » et « merci », merci de m’avoir sauvée, et ne put finalement rien dire : tout se confondait dans sa tête et les mots devenaient dans sa bouche une sorte de purée informe. Elle décida alors de serrer Aude dans ses bras, de la serrer si fort qu’elle pourrait sentir à quel point Aude était quelqu’un d’autre et à quel point, pourtant, elle était sienne. Elle ne partira plus, maintenant, je ne la laisserai jamais partir, jamais partir, jamais…

Kristen eut du mal à se détacher d’elle. Quand elle y parvint, elle avait presque la tête qui tournait ; une ivresse.

« Désolée, je… »

Elle souffla dans l'espoir d'évacuer le surplus d'émotion puis fit un petit rire gêné. Elle sourit et plissa les yeux pour se donner son petit air habituel.

« Maintenant, tu ne peux plus m'échapper... »

Il en est du romantisme fiévreux comme de la moule pas fraîche : quand on en abuse, ça fait mal au cœur.

Juste un an de plus

57.


Et l’autre moitié du chemin fut brillamment complétée.

Je vis de l’émotion aussi bien dans ses yeux que dans l’expression même de son visage. Ce qui était une chose si rarissime que j’en étais toute attendrie. Mais je n’étais pas au bout de mes surprises. Ça non. Embarquée dans un registre qui n’était habituellement pas le sien, Kristen me serra contre elle comme elle ne l’avait encore jamais fait jusqu’à ce jour. Un jour à marquer d’une pierre blanche. Je resserrai notre étreinte en fermant les yeux, ma tête posée sur son épaule. Je respirai son parfum à plein nez, m’imprégnai de la chaleur si particulière de son corps, et de ce corps, justement, que je désirais. C’était là sa façon de me dire qu’elle m’aimait, et la mienne de lui répondre que je l’aimais en retour.

Prétendre que cet instant était un pur moment de bonheur était un mensonge. Il se situait bien au-delà de ça ; bien au-delà du réel. Je devais le sceller dans mon coeur et m’en souvenir jusqu’à mon dernier soupire.

Nous décoller l’une de l’autre ne fut pas chose aisée, mais la réaction de Kristen me fit oublier ce petit désagrément. Je la regardai faire, rire, sourire, et plisser ses yeux comme elle le faisait si souvent. Je lui trouvai un air mutin qui me fit rire à mon tour. Je n’avais besoin de rien d’autre. Elle seule me suffisait. Aujourd’hui au moins, nous n’étions plus deux mères inquiètes, chacune à sa façon, pour leur progéniture mais deux femmes follement éprises l’une de l’autre. J’aurais voulu lui dire combien je l’aimais et la serrer une fois encore contre moi, mais je vivais depuis assez longtemps avec Kristen pour me convaincre qu’il ne fallait pas abuser des bonnes choses, sous peine de les priver de leur valeur.

Je poussai un soupire de soulagement en regardant Kristen droit dans les yeux et plissai les yeux à mon tour.

« Je n’ai jamais nourris la moindre intention de te fuir, susurrai-je à son oreille. Jamais. »

Comme une promesse que cela n’arriverait jamais. Non jamais.