Bureau de la directrice

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Le cimetière des illusions  PV 

RPG D'INTRODUCTION AU CYCLE DES CHAMPIONS.


La nuit s’installait. Enveloppée dans un long manteau noir au col haut et large lui remontant jusqu’à la bouche, Kristen marchait à vive allure à travers les couloirs de Poudlard. Ses pas rapides claquaient derrière sa cape et son visage, sous l’ombre de la nuit, ne laissait transparaître aucune expression. Lèvres serrées et strictes, elle montait les marches des escaliers de pierre deux à deux. En passant derrière l’imposante pendule du château qui allait bientôt indiquer onze heures, elle siffla un air bien précis. A l’appel de la jeune femme, Nyx, chouette blanche aux yeux rouge sang, vola à toute allure en sa direction esquivant élégamment l’énorme balancier de cuivre. Kristen leva un bras et l’animal s’y posa avec une grande délicatesse. La directrice de Poudlard lui caressa le haut du bec, juste entre les deux rubis qui lui faisaient office d’yeux, et sourit. Elle glissa dans son bec une petite enveloppe scellée et lui murmura :

« Vole vers ton maître. »

Après un léger mouvement de bras de la jeune femme vers le haut, la chouette s’envola par le même chemin qu’à l’arrivée et sembla se fondre dans les étoiles. Kristen observa le ciel quelques secondes. Un léger bruit attira son attention, puis une étrange distorsion se fit ressentir dans l’air, un mouvement brusque et tordu de toutes ses cellules : elle transplana.

~~~~


Poudlard, quelques jours avant la rentrée, était désert. La nouvelle directrice de l’école de sorcellerie prenait ses aises dans son bureau du cinquième étage. Beaucoup trop spacieux et chargé d’histoire, une atmosphère étrange y régnait. On se sentait presque submergé par le poids des responsabilités et des directeurs du passé : certains étaient là, accrochés au mur comme condamnés à jamais à observer les effets des successions dans ce haut lieu de l’école et à regarder le temps qui passe, parfois prisonniers de valeurs qu’ils exècrent. Qu’avait ressenti Albus Dumbledore lorsqu’Andrew Gardner, le traître, avait posé un premier pied dans cet endroit ? Kristen se passa une main lasse dans les cheveux : serait-elle à la hauteur d’assumer ce rôle ?

De fines bougies éclairaient la pièce et lui apportaient un peu de chaleur. Les gros grimoires dans les étagères vitrées qui emplissaient les murs faisaient une décoration agréable et tout aussi chaleureuse. Les dorures anciennes évoquaient les relents de grandeur du château. Le vêtement noir de la directrice à présent ouvert sur sa bouche formait un triangle dans le prolongement de son menton. Elle était assise derrière son bureau, penchée vers l’avant et jouant à faire tourner son index droit sur le bord d’une coupe d’une matière semblable à de l’argent. Chaque élément du décor semblait avoir été créé afin de faire prendre conscience à son occupant du rôle qu’il occupait. Kristen s’y ferait sans doute. Le poids qui reposait sur ses épaules ne serait plus si lourd, avec le temps.

Un bruit de frottement résonna dans la pièce. Kristen releva la tête, observa une minuscule horloge dorée sur pied posée sur le coin droit de son bureau. Très vite, Arseni Stoyanov, nouvellement nommé Ministre de la Magie, pénétra dans la pièce. Des hiboux avaient été échangés, des mots de passe donnés, des remerciements faits, et voilà. Alors qu’il marchait plus avant dans ce bureau qui avait été le sien, Kristen se leva, lui tendit une main amicale et arbora un petit sourire poli.


« Bonsoir, Arseni. Les Ministres n’ont-ils plus besoin de dormir, de nos jours ? »

C'est les matins comme ça qui m'font pleurer ~

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ARSENI STOYANOV




Après maints courriers, un rendez-vous fut fixé pour la fin du mois d'août.

Enveloppé dans une lourde cape de velours noir rehaussée d'un col en fourrure, Arseni se présenta sous un jour nouveau devant la nouvelle directrice de Poudlard. Pour quiconque l'avait côtoyé avant sa fuite de cette même école, ses traits amincis et son regard perçant ne constituaient pas une surprise digne d'être discutée en long, en large, et en travers. En revanche, la rigueur avec laquelle il avait soigné sa toilette devait en étonner plus d'un. S'il avait conservé une austérité certaine à travers un choix de couleurs sombres pour ses vêtements, Arseni était néanmoins drapé de riches et belles étoffes qu'il ne manquait pas d'agrémenter d'un détail ou deux : ce soir-là, la médaille de Commandeur du Grand-Ordre de Merlin jouait le rôle d'une broche sur son épaule gauche et le ruban vert qui était sensé accompagner cette haute distinction ficelait sa chevelure en catogan. Ce changement majeur, loin d'être anodin, ne donnait que plus de prestance à cet homme pourtant ravagé. Une façade que seuls ses yeux trahissaient parfois par une expression las ou songeuse.

Évoluant lentement dans le bureau reconstitué des directeurs de Poudlard, Arseni finit par en atteindre le fond et saisir délicatement la main de son hôte.


« Le sommeil est un luxe que je ne suis toujours pas en mesure de m'offrir, déclara-t-il avec une pointe d'amusement dans le son de sa voix. »

« Bonsoir Kristen, ajouta-t-il après s'être penché en avant pour présenter ses lèvres au dos de sa main, sans toutefois en effleurer le grain : baisemain imaginaire des princes de Durmstrang. »

En se redressant, Arseni promena son regard autour de lui. Il salua d'un mouvement de tête et d'un sourire sincère les portraits qui lui souhaitèrent un bienvenu chaleureux. Mais surtout il attarda longuement son attention à l'endroit où le sol s'était littéralement dérobé sous ses pieds quelques mois plus tôt et, devinant les mètres qui le séparaient de l'étage inférieur, celui où il avait définitivement perdu l'usage de son bras gauche et tué Harald McGee. Ses pensées se mirent à converger vers ce temps reculé puis s'y noyèrent.

Quand Arseni retrouva ses esprits, son regard adressa des excuses à son hôte que ses lèvres scellées par la douleur ne pouvaient formuler. Se souvenant des raisons qui le ramenaient entre ces murs légendaires, il prit un air vaguement heureux au moment de dégager le petit coffret en bois de cèdre de sous sa cape. Coffret qu'il posa bien en évidence sur le bureau de Kristen.


« Les treize membres de la commission exceptionnelle de transition ont jugé bon de vous remettre ceci avant de dissoudre leur assemblée. Après tout ce que vous avez enduré, un symbole plus qu'une véritable récompense si vous voulez mon avis. »
Dernière modification par Arseni Stoyanov le 28 avril 2017, 21 h 43, modifié 1 fois.

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Arseni, très bien vêtu, avait ainsi des airs de prince, que Kristen jugea malgré elle assez perturbants et qui lui arrachèrent un petit sourire amusé. Elle ne s’imaginait en effet pas réellement un Arseni Stoyanov passer des heures à sa toilette du matin : pour elle, c’était un homme d’action, qui n’avait pas réellement le temps pour ses foutaises. Mais après tout, tout le monde a droit au changement. Après un baisemain distingué, l’ancien directeur sembla se perdre on-ne-sait-où dans un univers encéphalique complexe. Un homme qui avait vécu tant de choses devait avoir les yeux imprégnés de drames, et Kristen pouvait bien comprendre son ressenti. Il finit néanmoins par refaire surface, et déposa sur son bureau un coffret en bois. Kristen observa l’objet avec un haussement de sourcils et, toujours face à son interlocuteur, tourna légèrement la tête et tendit une main pour l’ouvrir.

A sa grande surprise, elle y découvrit une médaille d’or sur un ruban pourpre. Il s’agissait d’un honneur sorcier très important : elle venait en effet de recevoir le Grand-Ordre de Merlin, deuxième classe. Kristen l’observa avec de grands yeux ronds un instant, puis fronça les sourcils. Si le Ministère surveillait ses membres avec plus de rigueur, plutôt que de penser à qui mérite ou non de recevoir une médaille, on n’en serait pas là. Elle se fichait pas mal de recevoir une récompense ou non, cela ne signifiait pas grand-chose pour elle. Cette médaille ferait au moins un élément bling-bling de plus à ajouter à la décoration de son bureau. La directrice referma le coffret d’un doigt las, le repoussa légèrement, et reporta son attention sur le Ministre de la Magie.


« C’est bien aimable à eux. »

Son manque total de conviction s’était évidemment fait ressentir, mais elle n’en avait cure. Elle estimait ne pas avoir à le cacher devant Arseni, qui devait sans nul doute comprendre son sentiment : après tout, c’était eux qui devaient être absolument reconnaissants de ce que les professeurs de l’école avait fait pour sauver Poudlard.

« Venons-en au fait, Arseni, ce qui brille ne m’intéresse pas. »

Elle observa encore son nouvel environnement et y vit des objets brillants à peu près partout. Elle sourit avec ironie. Elle indiqua ensuite un coin de la pièce où deux fauteuils faisaient face à une cheminée, se disant qu’une discussion n’aurait l’air de rien si les deux interlocuteurs se tenaient debout l’un en face de l’autre, droits comme des piquets et que finalement, c’était la moindre des politesses.

« Voulez-vous vous asseoir ? »

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ARSENI STOYANOV




Le peu d'intérêt que Kristen porta au présent de la Commission Exceptionnelle de Transition ne surprit en rien Arseni. L'inverse l'aurait en revanche déstabilisé. A la place qu'occupait aujourd'hui Kristen, Arseni avait eu le loisir d'observer, d'étudier, les professeurs placés sous sa responsabilité ; et même de cerner quelques uns d'entre eux. Kristen était une femme qui n'avait jamais attaché un grand intérêt aux honneurs ni témoigné une utilité certaine aux grandes cérémonies. Arseni céda à un sourire de circonstance. Ce qui ne brille pas le jour, brille la nuit, lui avait-on appris. Kristen l'apprendrait peut-être aussi, bien qu'il espérât de tout cœur que non.

Hochant sensiblement la tête, Arseni accepta la proposition qui lui était faite. De sa démarche lente et souple, il rejoignit l'un des deux fauteuils légèrement tournés vers l'âtre de la cheminée. Ses bras atterrirent délicatement sur les accoudoirs tandis que sa tête tournée vers le feu offrait une vue de trois quart sur son visage songeur.


« Les délégations de Durmstrang et de Beauxbâtons se sont mises en route, dit-il pour rompre le silence qui s'était installé. Emily Fawkes dépêchera un comité d'accueil au moment où elles franchiront la frontière. Même si je doute que se soit nécessaire, nous assurerons leur protection jusqu'à l'entrée du domaine de l'école. A partir de là, comme convenu, vous les traiterez comme bon vous semble. »

Le silence reprit momentanément ses droits. La lumière des flammes dansaient sur le visage d'Arseni sans que cela ne le perturbe. Toute son attention semblait captivée par le mouvement des flammes, quand bien même son regard paressait fixer quelque chose bien au-delà.

« Kristen, il y a une chose contre laquelle je dois vous mettre en garde, déclara-t-il, déchirant de nouveau le silence de sa voix grave et profonde sans détourner son regard de la cheminée. Une chose qui me préoccupe sérieusement. »

Un pli se forma sur son front à ce moment-là. Une ombre glissa sur son visage, comme si les flammes dans la cheminée s'étaient recroquevillées de terreur à l'annonce d'un danger proche. Arseni ne sourcilla même pas quand son phénix surgit de nul part en projetant un éclair de lumière rouge dans la pièce. Au contraire, son bras droit préalablement décollé de l'accoudoir montra qu'il était préparé à l'accueillir. Le volatile s'y posa puis se secoua vigoureusement pour se débarrasser de la pellicule de givre qui recouvrait ici et là son beau plumage grenat. Arseni saisit de la main gauche le parchemin coincé dans son bec et le tendit aussitôt à Kristen.

« … un duel mémorable, commenta Arseni, pensif. Le Dragon Écarlate. Ne souriez pas mais j'étais assez fier de porter ce sobriquet. Je crois qu'il me rendait plus fort. Enfin c'est ce que je croyais avant de l'affronter Elle. »

L'affiche avait quelque peu déteint mais l'annonce du duel entre Stoyanov, le Dragon Écarlate, triple champion de Bulgarie de duels de sorciers et Luneau, la Faiseuse de Rêves, nouvelle championne de France de duels de sorciers, pour le compte des championnats d'Europe par équipe avait conservé son effet d'accroche. Le document datait d'un autre temps mais n'avait pas perdu de son intérêt aux yeux du principal intéressé. Assez pour l'avoir conservé.

« J'avais vingt et un ans… elle en avait dix-huit, raconta Arseni sur le ton des confidences. J'avais déjà presque tout gagné. Elle sortait de nulle part… »

Il tourna son visage vers Kristen.

« Une minute et trente cinq secondes… c'est tout ce qu'il a fallu à Aude Luneau pour me battre. »
Dernière modification par Arseni Stoyanov le 28 avril 2017, 21 h 43, modifié 1 fois.

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Assis devant l’âtre chaleureux de la cheminée, l’heure, après les banalités administratives, était aux confidences. Alors que Feuxnoyr, le fidèle phénix d’Arseni, venait de pénétrer dans la pièce couvert de givre, Kristen haussa un sourcil. Le temps avait beau ne pas être toujours clément en Angleterre, même les pires stéréotypes ne lui attribuaient pas de givre à la fin du mois d’Août. Le phénix venait d’apporter une affiche annonçant un duel qui avait l’air d’en promettre beaucoup entre Arseni, soit le « Dragon Ecarlate », et Aude Luneau, la « Faiseuse de Rêves ». Si Kristen ne s’intéressait que très peu aux noms de scène que pouvaient s’attribuer les jeunes duellistes souvent avides de compétition et de spectacles, pleins de cette envie de prouver que l’on est le meilleur de tous en se dotant déjà d’un nom mystérieux et grandiose, elle ne se permit pas de faire la moindre remarque quant à cette manie, qui semblait justifiée pour son interlocuteur.

Très vite, Arseni lui avoua qu’il avait perdu ce duel, et non pas après des heures de lutte acharnée… Plus jeune que lui de quelques années, nouvelle titrée, la française était apparemment parvenue à le battre en moins de deux minutes. Pour sa part, Kristen n’avait que faire de toutes ces compétitions : elle avait étudié le duel non dans le but de prouver quelque chose à qui que ce soit et n’avait jamais envisagé le moindre concours, mais bien à des fins purement utilitaires. Le monde dans lequel on vit n’est jamais à l’abri du danger, et il faut être préparé à défendre et se défendre. Ne dit-on pas, après tout, que vivre c’est survivre ?

La directrice de Poudlard avait déjà eu l’occasion de correspondre avec les directeurs des autres écoles, dont cette Aude Luneau, l’une des deux directrices de Beauxbâtons. Correspondance très cordiale, purement pratique. Cependant, Kristen ne pouvait pas se le cacher : si la coopération magique internationale croyait dur comme fer à la diplomatie et à la bonne entente entre les pays, la jeune femme n’oubliait pas pour sa part ce qui s’était déroulé quelques mois plus tôt. Alors que la France – qui, quoi ? – avait été un problème l’an passé, voilà que ces brillants politiques voyaient une bonne idée dans le fait d’envoyer une délégation entière de Beauxbâtons au cœur-même de Poudlard. D’autant plus que l’une – au moins – de leurs directrices n’avait pas l’air d’être une tendre. Battre en duel un Arseni Stoyanov, et cela si rapidement, ce n’était certainement pas donné à tout le monde. A leur arrivée au château écossais, ces femmes n’auraient pas tort de se sentir surveillées.

Kristen sourit en coin en observant Feuxnoyr. Elle se pencha vers lui et tendit le bras afin de le caresser du dos de son index.


« Vous semblez faire voyager votre phénix dans de froides contrées, Arseni. »

Elle resta ainsi un moment, puis se renfonça dans son siège. Un bras sur un accoudoir et les jambes croisées, elle observait le feu crépitant dans l’âtre. Elle se passa une main sur le menton, pensive. Elle se tourna finalement vers son interlocuteur et fronçant légèrement les sourcils, elle poursuivit :

« Je serais très curieuse d’en apprendre plus sur cette femme. J’aime savoir qui sont mes invités… Par exemple, ce curieux surnom de “Faiseuse de Rêves” : je trouve cela très énigmatique, bien qu'un peu trop sensationnel à mon goût. »

Kristen sembla se décontracter un peu et sourit au nouveau Ministre de la Magie.

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ARSENI STOYANOV




Le visage concentré, Arseni accueillit la réaction de Kristen avec un amusement certain, quand bien même il n'en laissa rien paraître au moment de baisser les yeux. Ou bien Kristen sous-estimait clairement ce qu'il venait de lui dire, ou bien elle se cachait derrière une assurance qu'il ne lui connaissait pas jusqu'alors. Le poste de directrice de Poudlard ne pouvait être le seul responsable d'un tel changement, si telle était l'option à retenir. Non, quelque chose avait durablement changé en elle, tout du moins c'est ainsi qu'Arseni percevait les choses. Le sacrifice qu'il avait consentit à fournir pour lui éviter de croupir le reste de sa vie à Azkaban n'était pas le seul responsable de ce changement. Quelque chose de beaucoup plus profond avait agi sur cette femme. Quelque chose qu'il n'avait pas décelé jusqu'à cet instant, quelque chose qu'il n'était pas en mesure de comprendre, et qui suscitait maintenant son inquiétude.

Feuxnoyr perçut le trouble de son maître et cessa aussitôt de tortiller sa tête contre le doigt de la directrice. Il déploya ses ailes et s'envola pour se poser un peu plus loin, sur le rebord d'une fenêtre.

« Il les connaît bien mieux que moi pour y être né, répondit Arseni en fixant son attention sur son phénix, l'air de plus en plus songeur malgré les efforts qu'il déployait pour conserver l'impartialité de ses traits. »

Comme pour le rappeler aux bons souvenirs du présent, la chaleur qui se dégageait de l'âtre vint lui caresser le menton. Arseni tourna ses yeux vers la cheminée le temps d'un instant. Il lui sembla revivre le début de son duel contre Aude Luneau. Était-ce sa mémoire qui lui jouait des tours ? Ses sens qui se fourvoyaient ? Ou bien la pure et simple réalité ? Incapable de le dire, Arseni sentit néanmoins une profonde et intense vague de chaleur l'envahir. Une vague identique à celles qui l'envahissaient, plus jeune, à chaque fois qu'il déchaînait des torrents de flammes sur ses adversaires.

« Croyez-moi, son surnom n'était pas surfait, continua-t-il. Le mien non plus, se retint-il d'ajouter. Elle pouvait tordre la réalité et la façonner à sa guise sans laisser apparaître la moindre faille. L'illusion parfaite. Imaginez tous vos sens trompés, bafoués, sans que vous ne puissiez saisir un seul instant le processus qui les aliène et vous effleurerez ce qui m'est arrivé ce jour-là. »

Arseni prit une profonde inspiration et laissa quelques plis apparaître juste au-dessus de ses sourcils.

« Mes réflexions sur ce duel m'ont amené à penser que l'illusion était déjà en place avant même que le duel n'ait lieu. N'y voyez pas l'avis d'un mauvais perdant mais une conviction profonde. Je savais que je serai défait un jour ou l'autre. Je n'imaginais seulement pas que ce serait de cette façon. Que se soit une hypothèse sensée ou bien une divagation de mon esprit, Aude Luneau savait comment m'avoir avant même de se présenter devant moi. Nombre de duellistes auraient employé la force ou la ruse pour tenter de me faire céder mais ce n'était pas dans ses cordes... »

Il regarda de nouveau Kristen droit dans les yeux et sourit de ce même sourire pâle et résigné qu'il avait sourit le jour de sa fuite de Poudlard.

« Aude Luneau a su briser la pierre sur laquelle j'avais battit toutes mes victoires : ma méfiance, conclut-il. Vingt deux ans sont passés. Je n'ose imaginer la tournure qu'ont pu prendre ses pouvoirs depuis, mais je les crains. Cela vous en dit assez long sur elle. »
Dernière modification par Arseni Stoyanov le 28 avril 2017, 21 h 44, modifié 1 fois.

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Kristen absorba avec une attention non feinte toutes les paroles de son interlocuteur et y songea intensément. Il ne lui plaisait évidemment pas d’accueillir dans son école une dangereuse sorcière, de même qu’il ne lui plaisait pas particulièrement d’accueillir qui que ce soit issu d’une contrée si politiquement douteuse que la France – bien qu’elle eût parfaitement conscience qu’objectivement, la politique au moins magique de Grande-Bretagne n’était pas non plus sans reste. Arseni, qui par un miracle de la nature ou par des cours d’été – qui sait ? – avait réappris à se servir de ses deux bras sans même que Kristen n’en prenne pleinement conscience, semblait réellement inquiet, lui aussi, de la venue d’Aude Luneau à Poudlard, ou du moins des pouvoirs qu’elle avait pu acquérir les années passant. Puisque le Ministre Stoyanov avait pris l’initiative de se confier à Kristen, elle ne s’interrogea pas longtemps pour entreprendre la même action.

« Arseni, je vous promets d’être très vigilante à propos de cette femme. Et puisque ma vigilance ne suffirait sans doute pas si quelque chose devait arriver, je peux vous assurer que je fais d’ores et déjà le nécessaire pour prendre dignement la relève en tant que directrice de l’école, et que je donnerai toutes mes forces pour honorer la place qui m’a été confiée. »

Elle se tut. Bien qu’Arseni se soit confiée à elle, elle n’osa finalement pas en dire plus d’elle-même. Ses entreprises personnelles étaient encore un élément tabou, même pour elle qui en était le principal sujet. Le professeur Loewy ne préférait tout simplement pas se lancer dans des élucubrations farfelues de projets possiblement dépourvus de résultats concrets ; dans la perspective la plus pessimiste de son futur. Ainsi, elle n’avait rien dit de spécialement intéressant.

« Je n’aurai pas non plus la prétention de me dispenser de l’aide du Ministère pour assurer la sécurité du tournoi à venir. Tant que les personnes à cette charge ne sont pas douteux… Je ne lésinerai pas sur les moyens. »

La directrice de Poudlard souhaitait en effet tout mettre en œuvre pour assurer le parfait déroulement du tournoi, entouré de tous les aspects possibles de la sécurité. L’école – et ses élèves – avait trop été mise en danger les deux années passées, pour prendre ses mesures de sécurité à la légère.

« Mais avec un Ministre tel que vous, je pourrai sans nul doute retrouver ma confiance perdue envers le ministère et ses agents. »

Elle lui fit un sourire significatif. Non pas qu’elle n’ait pas confiance en les qualités de ses professeurs, seulement, on était jamais, jamais, trop prudent quand on devenait directeur d’une école si historiquement bancale que l’école de sorcellerie Poudlard.

« Quoi qu’il en soit, je m’assurerai d’offrir à tous mes invités des places de choix à Poudlard. »

Refusant catégoriquement de se faire avoir une fois de plus cette année, Kristen ne manquerait pas de chouchouter ses invités, si cela pouvait implicitement signifier avoir plus de contrôle sur eux, ou au moins un semblant de contrôle – peut-être même une impression fugace, qui serait déjà plus encourageante qu’une absence totale de l’idée même de sécurité par rapport aux élèves de l’école, « des loups-garous dans la bergerie ». C’était ainsi qu’elle voyait la venue de ces puissants sorciers inconnus à l’école.

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Arseni écouta silencieusement les propos de Kristen, se contentant seulement de hocher sensiblement la tête à chaque fois qu'il voulait montrer son accord. Poudlard était entre de bonnes mains. Il en avait la conviction profonde, l'ayant deviné avant même que l'idée de diriger cette école n'effleure l'esprit de Kristen. Rassurante, cette idée n'en laissait pas moins place à certaines zones d'ombre concernant la sécurité absolue des pensionnaires de l'école.

Si Arseni ne doutait aucunement des compétences de Kristen et de ses professeurs, pas plus qu'il ne doutait de sa sous-secrétaire d'état à la Sécurité Intérieure, il se méfiait pour autant des subterfuges que des écoles de la grandeur de Beauxbâtons et de Durmstrang pourraient mettre en place sans éveiller les soupçons. Étant lui-même un prince de Durmstrang, il savait ô combien la magie pouvait revêtir des formes très étranges entre les mains d'autres cultures que celle que les fondateurs de Poudlard avait essayé d'inculquer à leurs protégés depuis des siècles.

A cette pensée, il ne put s'empêcher d'abaisser ses yeux sur ce bras gauche dont les contours se devinaient vaguement sous sa cape.


« Il semblerait, finalement, que vous ayez trouvé votre voie, dit-il en écho à des propos qu'il avait tenu un an plus tôt. »

Son sourire se fit large et sincère tandis qu'il plantait son regard animé dans celui de Kristen. Il n'avait rien oublié du jour où il avait du fuir Poudlard et plus encore de l'entretien qu'il avait eu avec son interlocutrice avant l'arrivée des agents du ministère de la Magie. Plus d'un an s'était écoulé depuis ce fameux jour, et bien des choses avaient changé entre temps quand d'autres attendaient encore d'évoluer.

« Je sais que vous ferez le nécessaire. Je l'ai toujours su, déclara Arseni en se levant de son fauteuil. Si un adversaire subsiste encore quelque part, je doute qu'il obtienne gain de cause en se frottant à vous. »

A l'appel de son maître, Feuxnoyr déploya ses ailes et se posa au bord d'une petite table de travail auprès de laquelle Arseni s'était arrêté.

« Je ne saurais dire si Aude Luneau sera un jour ou non cet adversaire mais j'ai l'intime conviction que si cela venait à être le cas, vous vous montreriez une opposante beaucoup plus coriace que je ne le fus il y a vingt deux ans. Elle vous sous-estimera. J'en suis persuadé. »

Arseni caressa le dos de son phénix de la main droite et balaya une fois encore du regard ce bureau dans lequel il avait vécu tant de choses. Poudlard serait toujours Poudlard. Un écrin de pierres ensorcelées protégeant des pierres infiniment plus précieuses.

« Je vous enverrai nos meilleurs ensorceleurs. Ils ne prendront leurs ordres que de vous. Faites-en bon usage. Feuxnoyr ne sera pas très loin si vous avez besoin de moi. »

Le phénix planta son regard ardant dans celui de Kristen avant de s'envoler, de dessiner un cercle autour de la directrice de Poudlard, puis de disparaître par la porte d'entrée qui venait de s'entrouvrir. Arseni s'inclina avec toute la distinction et la légèreté que lui permettait sa carrure.


« J'aurais aimé rester plus longtemps mais vous savez comme moi que des gens comme nous sont rarement appelés là où ils voudraient être. Le ministre de la magie allemand m'attend. Se fut un plaisir de vous revoir, Kristen. »
Dernière modification par Arseni Stoyanov le 28 avril 2017, 21 h 44, modifié 1 fois.

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Il peut être difficile aux personnes importantes d’accorder leur confiance à ceux qui leur sont hiérarchiquement inférieurs. Pourtant, Arseni accordait à Kristen une confiance troublante, limite gênante, et semblait placer en elle de grands espoirs. Non pas que la jeune femme était du genre à fuir les responsabilités – elle ne serait pas à la place qu’elle occupe actuellement si c’était le cas – mais elle avait tendance à vouloir faire abstraction du surplus de poids sur ses épaules en s’évitant de trop penser que des gens comptaient sur elle. Elle considérait son travail dans sa limite : je ferai ce que je dois faire, mais ne me soyez pas trop déçus si j’échoue, j’aurai fait de mon mieux. Le professeur Loewy faisait toujours de son mieux, c’était dans sa nature. Cependant, elle avait toujours ce doute : faire de mon mieux, est-ce suffisant ?

Elle ne voulait donc pas trahir cette confiance et était d’autant plus soucieuse qu’elle ne parvenait pas à clairement définir l’origine de cette confiance. La directrice laissa Arseni parler, lui donner des informations sur les ensorceleurs, et se décida enfin à prendre la parole, avant qu’il ne s’en aille.


« Merci, Arseni. J’ajouterai cela à la liste des raisons pour lesquelles je vous dois reconnaissance. Par ailleurs… Excusez-moi, mais pourquoi avez-vous tant confiance en moi ? »

Le professeur Loewy eut presque peur que sa question ne semble louche, l’air de dire : vous ne devriez pas me faire confiance ! Pourtant, il n’en était rien, du moins, si ces mots traduisaient cette pensée, ce n’était pas un produit de sa conscience. Elle planta son regard dans le sien, à la recherche d’une réponse convaincante et très rationnelle. Dans d’autres circonstances, cela aurait presque pu tendre vers une de ces sempiternelles questions de couple : qu’est-ce que tu me trouves ? pourquoi m’aimes-tu ? à laquelle seule une réponse absolument raisonnée peut convenir, pour calmer ces élans de questionnements improbables et inopinés. Il est souvent désagréable de répondre à ces questions, car poser des mots sur des sentiments est un exercice difficile. Kristen était donc aussi désolée qu'inquiète des paroles qu'elle venait de prononcer.

Debout, appuyée sur le dossier de son siège et les bras ballants bêtement dans le vide, Kristen se sentit clairement dans une position inconfortable. Elle tenta d’ajouter un mot pour annuler sa question précédente, quelque chose comme : non, peu importe ; mais le fait était que cette réponse, pour elle, importait. Surtout dans les circonstances actuelles ; surtout maintenant qu’elle avait perdu la confiance de tant d’autres…

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ARSENI STOYANOV




Arseni pouvait entendre le vent souffler contre les murs tant le silence qui régnait à l'intérieur du bureau était grand. La question de Kristen l'avait pris au dépourvu sans qu'il ne sache vraiment pourquoi. Silencieux, il se trouvait immobilisé à deux pas de la porte, tourné de trois quart vers elle, comme si une force invisible l'empêchait de faire un seul pas de plus dans cette direction. Que devait-il répondre et pour quel résultat ? Il hésitait tant sur le fond que sur la forme à donner à son explication. Bien que son visage n'exprimât rien du conflit qui régnait dans sa tête, Arseni éprouvait un malaise bien réel. Comme une sensation de vertige. Choisir. Il n'avait que cette option à portée de main. Choisir ses mots avec soin et énoncer la vérité telle qu'elle lui apparaissait. Choisir de ne pas mentir... et quelque part, de ne pas tout dire.

« Vous me rappelez quelqu'un que j'ai aimé. »

Les yeux baissés, il sourit.

« Bonsoir Kristen. »

Arseni Stoyanov ne fut bientôt plus qu'une silhouette noire dans l'enceinte de l'école. Une silhouette qui traversa en silence le parc plongé dans l'obscurité pour transplaner un peu plus loin, une fois le portail d'entrée franchi.


L’atterrissage s'avéra délicat. Fort heureusement, deux paires de mains s'enroulèrent autour de ses bras pour lui éviter la chute. Son cœur tambourinait contre sa poitrine. Les suées froides ruisselaient de son front. Il voyait trouble. Il souffrait comme jamais il n'avait souffert auparavant. Les regards inquiets de Glen Hamilton, son sous-secrétaire d'état aux Sports, et d'Eileen Lester, sa sous-secrétaire d'état à la Sécurité Intérieure, manquèrent de le révulser. Jamais il ne pourrait tolérer sa faiblesse. Encore moins de la lire dans le regard des autres.

Le premier réflexe de Theodorus Lynch, son sous-secrétaire d'état aux Mystères, fut de dégrafer son col et d'apposer ses doigts blancs sur les renflements de chair noirâtres qui tailladaient son épaule gauche. Son regard sévère fit rire Arseni. Un rire fou et sans saveur.

« Ce sceau... »

« ... Me permet d'utiliser mon bras. »

« Mais à quel prix... »

« ... Quel qu'en soit le prix, je suis le seul à en répondre. »

Aucun des sous-secrétaires d'état n'osa le contredire sur ce point. Le silence fit son nid. Arseni retrouva des couleurs et trouva même la force de se redresser. Les sourcils se froncèrent encore un peu plus autour de lui.

« Vos cheveux... »

« ... Et bien quoi mes cheveux ? »

« Vous ne nous aviez pas dit que la magie noire avait le pouvoir de les faire blanchir prématurément... »



[FIN]