Bureau de la directrice

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Trois petits lutins perturbés  PV 

Les longs cheveux blonds de Joy étaient rehaussés en un chignon légèrement négligé vers la droite, d'où une ou deux mèches s'étaient échappées pour venir subtilement caresser sa joue pâle. Mais la petite ne s'en préoccupait nullement ; ce qui la tourmentait depuis bon nombre de jours déjà, c'était un sujet d'une importance capitale auquel trop peu d'élèves sorciers portaient attention. Mais Joy n'était pas de ceux-là, et il fallait croire que Abigail Lewis et Amaëlle Nelly non plus. La petite Écossaise n'était pas préoccupée par quelque chose de matériel, pour une fois - et fusse ceci un grand pas pour sa maturité - ; non, ce qui accablait ses pensées et ses doutes, c'était la violence à l'école. Un triste sort réservé à un nombre d'étudiants trop élevé, et croyez le ou non, mais le château majestueux qu'était Poudlard habitait le même genre de cas. L'aiglonne ne faisait pas partie des dits cas, mais elle ne se souciait pas moins du bien être des jeunes maltraités par leur.. camarade. Si donc, après avoir discuté de cet ébranlant sujet avec deux autres fillettes de treize ans, toutes trois avaient décidé de partir pour un aller simple chez la Directrice en personne, qui aurait sans doute la réponse à leurs questions.

C'était d'un pas plus que tremblant que la Bleue avançait, jetant des regards inquiets à ses deux camarades. Mais celles-ci ne reviendraient pas sur leur choix, et Joy non plus. Elle avait été parfaitement d'accord et même enthousiaste lorsque l'idée d'en parler à Miss Loewy avait submergé leurs esprits. Alors si elle ne comptait pas annuler cette décision, au moins se nourrissait-elle du fait qu'elle n'était pas seule à être embarquée dans ce délire. Pourtant, la petite fille blonde savait qu'elle n'avait nulle raison de s'en faire ; à Halloween, elle s'était rendue chez la Directrice pour quémander avidement des bonbons, et elle avait été reçue très gentiment. Mais la peur de Joy à l'égard de Miss Loewy restait tout aussi importante, même après l'épisode rassurant du 31 Octobre, et les nerfs de la fillette étaient à deux doigts de craquer. Elle jeta un énième coup d’œil fébrile à ses deux complices, resserra malhabilement son chignon, puis poussa un petit soupir résigné. Même si l'idée lui semblait de plus en plus tordue, elle faisait confiance à Amaëlle et Abigail ; elles savaient ce qu'elles faisaient, pas vrai ?, elles n'auraient jamais pris volontairement la décision de se jeter dans la gueule du loup, hein ?, elles avaient tout bonnement une présence rassurante.

Cela devait être un drôle de spectacle, vu de l'extérieur. Trois gamines qui montaient les escaliers impétueux, avançaient dans les dédales des nombreux couloirs, et tout ça d'un pas un peu moins assuré que d'habitude. On aurait presque pu les confondre avec ces groupes de filles dans les séries Américaines, vous savez... il y en avait une aux cheveux bruns, noirs et blonds ; la première les avait tressés, la deuxième les gardait relâchés et la troisième les avait regroupés en un chignon pas très bien fait ; l'une était dans la maison des Rouges, l'autre des Verts et la dernière des Bleus. Il ne manquait plus qu'une Poufsouffle aux cheveux roux avec une queue de cheval pour compléter la panoplie mixte. Malheureusement, les trois fillettes n'avaient trouvé personne qui correspondait à ces critères - et c'était sûrement faute de ne pas avoir cherché -. Bon.. Je vous l'accorde, les pensées qui traversaient l'esprit de Joy étaient désordonnées, futiles et même un peu stupides, mais elle préférait s'y consacrer plutôt que de songer au moment où la Directrice leur ouvrirait la porte de son bureau.

Sauf qu'à force de se perdre dans les tréfonds de ses pensées, sans oublier de jeter quelques regards soucieux à ses deux camarades, Joy était bien (trop) vite arrivée à destination. Bip bip, on s'arrête, il est désormais temps de prendre son courage à deux mains et de frapper à la porte de Miss Loewy.. D'ailleurs.. s'il était censé y avoir une gosse un tant soi peu vaillante ici, c'était bien Abigail, non ? Après tout, ne faisait-elle pas partie des Rouges, qui séjournaient dans la maison des courageux Gryffondor ? Cependant, il était hors de question de remettre la responsabilité sur sa camarade aux cheveux châtains et de la prendre comme bouc-émissaire. C'était pas très sympa, et Joy avait peur qu'elle le prenne mal. Alors malgré son envie irrépressible de demander à Abigail de frapper à sa place, la petite Wedenjack ravala ses mots et s'enquit plutôt, d'un ton hésitant.


« Bon.. ben.. » et voilà qui traduisait toute l'éloquence dont elle était capable.

Stressée (un peu trop, je l'avoue), l'aiglonne avança sa main pâle et toqua deux fois à la porte de la directrice de Poudlard, priant le ciel pour que celle-ci se montre compatissante aux propos préalablement construits des trois fillettes, qui avaient bien sûr préparé un discours des plus clairs et succincts, pour ne pas vous dire la vérité.

Ils étaient cœur d'œillets, des fleurs face aux fusils,
Enfants du Bataclan, enfants du paradis.

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La peur était un sentiment naturel, indispensable, humain.
Tout le monde connaissait ce sentiment qui résonnait, sourd, au fond de notre ventre, nous laissant gourd, démunis et fébrile, l'âme en souffrance.
Mais la peur à l'école ne devrait jamais être. La peur d'un examen peut-être, la peur de la punition pour n'avoir pas fait son travail, la peur d'un enseignant après une bêtise. Mais la peur des moqueries, la peur de l'humiliation, la peur des coups, toute cette peur de la violence psychologique et physique, jamais elle ne devrait être trouvée au sein d'une école, repère d'enfants, d'innocence. Et pourtant elle était à Poudlard : elle faisait partie intégrante de la vie étudiante pour certains élèves. Avec, parfois à se demander, la complicité des adultes encadrants. C'était triste à dire peut-être. Mais pourtant c'était vrai, tristement vrai. Poudlard était le théâtre de violence gratuite, d'injures dans les couloirs et de moqueries comme partout ailleurs malheureusement, mais pas seulement.

C'est pour cette raison que, ayant déjà subit elle même, Amaëlle était pleine d'incompréhension face aux adultes de l'école, elle était sûre que les professeurs n'étaient pas complètement ignorants de ce qu'il se passait. Peut-être, mais sans doute pas. Et elle avait désespérément besoin de réponses. Non plus pour elle, qui avait réussi à échapper à ce système de dominés et de dominant en devenant préfète, mais pour tous ces autres qui y étaient encore coincés. Encore pris dans la douleur et les injures alors que les choses menaçaient de s'empirer. Idyllique Poudlard ? Pas tout à fait… et pas seulement à cause des événements de l'an passé.
Pour supporter tout ça elle avait eut ses amies, mais tout le monde n'avait sans doute pas cette chance. Ces mêmes amies qui elles aussi se posaient des questions et voyaient de loin les choses empirer, sans que, même préfètes, elles ne puissent réellement rien faire. Et il n'y avait qu'une personne qui pouvait réellement faire quelque chose mais qui ne faisait rien, qu'une personne à blâmer ou a questionner. Ce que les petites filles de 11 et 13 ans comptaient bien faire : il leur fallait des réponses et des réponses convaincantes.

C'était pour cette raison que Joy, Abigail, et Amaëlle, représentantes de leur maison, préfètes de leur état, mais aussi simples petites filles sujettes à la peur, étaient devant le bureau de leur directrice ce soir là. Devant la sans doute lourde porte du bureau de la grande et admirée Miss Loewy, impressionnant modèle, qui avait sans doute une raison grandiose qui leur échappait. Une peur plus logique, moins dramatique, normale, se mit à grandir dans le ventre de la petite verte et argent : l'appréhension naturelle de frapper à la porte de cette personne si importante pour elle.
Un petit silence naquit entre elles trois… qui allait se dévouer à frapper ? Pas elle en tout cas.

Ce fut Joy qui frappa les deux petits coups, murmurant quelques mots hésitant auxquels elle ne sut répondre que par un sourire bancal, soulagée et nerveuse, remplie à la fois d'impatience et d'une légère envie de faire demi tour, mélange étonnant. Le sort en était jeté : avaient-elles fait le trajet en vain ou bien leur directrice était-elle bel et bien dans son bureau ?

Même le plus petit serpent a du venin (si si)

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Il suffisait de gratter un peu le vernis pour comprendre ce qu'était réellement Poudlard : une école comme les autres, malgré son illustre réputation, ou sévissaient les petites brutes et les futurs bourreaux (pas des cœurs, non, mêle si les évènements de ces dernières semaines tendaient à faire croire le contraire). Répugnant, surtout après les évènements de l'année passée ; vu ce que certains avaient vécu, on aurait pu croire qu'on les laisserait tranquille cette année, et toutes les années à venir, non ? On s'en prenait à des enfants de la plus horrible des manières, et les professeurs avaient beau dire, ils ne levaient pas le petit doigt. Il était temps que cela cesse.

Les trois fillettes qui se tenaient devant la porte de la Grande Directrice ce soir-là étaient du même avis. Et puisque leurs treize et onze ans ne leur permettait pas d'intervenir réellement dans la bataille, elles avaient décidé d'aller demander des explications à celle qui était la plus à même de leur en donner, et ce quel qu'en soit le prix – en réalité, Abigail n'avait pas vraiment réfléchi à la réaction de la supérieure, toute emportée qu'elle était. Ses discussions avec Amaëlle et Joy Wedenjack, ses camarades d'expédition, l'avaient convaincue qu'il s'agissait de la meilleure solution. Miss Loewy éclaterait peut-être d'un grand rire en leur expliquant qu'il s'agissait d'une pièce de théâtre montée pour Noël, et qu'elles ne faisaient qu'assister aux répétitions, ou une autre explication très très sérieuse et très très convaincante. De toute façon, elle n'avait pas peur de se prendre des dragées dans la face – tout ce qui lui importait était la confirmation de l'innocence de la jeune femme, et la sécurité de ses camarades. Elle-même n'était pas directement concernée, mais pour avoir souvent sorti les pommades anti-douleur et assisté plusieurs de ses amis, il lui était définitivement impossible ne rester les bras croisés. Elle était préfète, ne pouvait-elle rien changer aux traitements infligés à des gamins parfois plus jeunes qu'elle ? Godric s'était fait un devoir de défendre les opprimés, non ?

C'était aussi pour ça qu'elle refusait de voir ressurgir dans les agissements de sa Directrice le règne de terreur imposé par Andrew Gardner. Miss Loewy s'était battue contre l'ancien Directeur, elle avait été sa Directrice de Maison pendant plusieurs mois avant qu'Abigail Derwent ne la remplace et elle lui faisait confiance. Elle ne voulait pas voir l'admiration qu'elle avait pour son professeur s'effondrer comme l'un des châteaux de cartes bancales que leur père modelait pour faire plaisir à Conan (et que son petit frère démolissait joyeusement en soufflant dessus comme un dragon asthmatique).

Bref, Abigail – Lewis, pas Derwent – était décidée. Même qu'elle allait frapper à la porte, et plus vite que ça. Même qu'elle allait frapper à la porte, dans quelques instants. Même qu'elle allait frapper à la porte, lorsqu'elle se serait assurée que les deux filles embarquées dans la même galère étaient prêtes. Même que la petite main pâle de Joy se leva et frappa deux petits coups à la porte. Abby jeta un regard timide à sa meilleure amie, puis à la petite Serdaigle qu'elle commençait à connaître à force de la croiser, et prit une grande inspiration en attendant le moment où la porte s'ouvrirait sur un bureau dont elle avait seulement entendu parlé. Elles allaient avoir des réponses.

« Il faut toujours viser la lune, car même en cas d’échec on atterrit dans les étoiles. » – Oscar Wilde
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La sixième séance venait de s’achever et aucun progrès n’avait été constaté. Il était assis dans le siège de Kristen et venait d’écraser une nouvelle cigarette dans une coupelle de cristal qui était tout, sauf un cendrier. S’affalant dans le siège, il leva ses mains et les plaça derrière sa tête. Il cracha enfin la fumée de sa dernière latte, qu’il retenait dans ses poumons depuis de longues secondes. Kristen, à quelques mètres de lui de l’autre côté du bureau, bien debout, le regardait essoufflée et les yeux tremblants. Elle attendait un verdict qu’elle connaissait déjà.

« Lamentable, une fois de plus, déclara-t-il. »

Neutre, il regardait son élève avec des yeux mi-clos, comme aussi fatigué par l’échec que la directrice de Poudlard elle-même. Kristen baissa la tête et observa ses mains. Plus elle les regardait, plus elle les exécrait, et plus elle les exécrait, plus elle ressentait le besoin de les observer, de les analyser avec attention. Lentement, elle ferma les poings et serra si fort, d’une manière incontrôlée et incontrôlable, jusqu’à ce que ses poignets se mettent à trembler sous la pression. Alors, l’homme se leva précipitamment et se rua vers Kristen. Il lui attrapa les poignets de ses deux mains et les écarta l’un de l’autre. Le visage de l’homme n’était plus qu’à quelques centimètres du sien. Kristen leva les yeux vers le sien, seul visible, et y plongea son regard. Ils restèrent quelques minutes ainsi, le temps que la directrice ne reprenne son calme. Ses mains, cependant, étaient toujours dans le même état.

On toqua à la porte. Kristen ouvrit de grands yeux et rejoignit son bureau. Elle en ouvrit un tiroir et enfila ses gants noirs. Elle se retourna vers l’homme qui était resté planté au milieu de la pièce :


« Va-t’en. Que personne ne te voie ici. »

Il était dos à elle et baissait la tête. Il se retourna vers elle, ne dit rien, ne laissa rien filtrer de ses émotions à travers son regard, se métamorphosa et quitta la pièce.

Kristen s’assit derrière son bureau, sortit quelques documents censés faire croire qu’elle était en train de faire un travail très sérieux et très administratif. Elle laissa la porte s’ouvrir sur trois préfètes : Joy Wedenjack – qui devait apprécier l’endroit, Amaëlle Nelly, et Abigail Lewis. Elle les laissa s’avancer dans la pièce, qui avait bien changé depuis la dernière visite de Mlle Wedenjack : adieu l’aspect riche, doré et pompeux du bureau, il était désormais froid et plus sombre. La pierre était plus grise, la seule couleur était apportée par le reflet de la cheminée sur les pierres abîmées, les couvertures des livres sur les étagères, et les rares tapisseries délavées. Le sol était noir, lisse et brillant, et quelques zébrures de marbre blanc traversaient les pierres. Des objets en argent et en cristal pendaient du plafond comme des stalactites, formant sous les rayons du soleil qui les traversaient, parfois, des formes lumineuses qui se reflétaient sur les murs et le sol sombres de la pièce. L’élément le plus marquant, dans la mue du bureau pour s’adapter au professeur Loewy, était le grand aigle d'argent aux ailes largement déployées qui se tenait au-dessus de l’entrée de la pièce. On ne le voyait pas tout de suite, car il fallait se retourner pour pouvoir le contempler. Kristen, depuis son bureau, le voyait tout à fait, et il semblait parfois l’observer. Elle leva brièvement les yeux vers celui-ci, et reporta son regard vers les trois jeunes filles. Croisant les doigts comme à son habitude, elle prit la parole:


« Bonsoir, mesdemoiselles. Que me vaut le plaisir de votre visite ? »

Moi, je suis en quelque sorte un philosophe. Mon sujet d'étude, c'est vous. Je fais des recherches sur vous, votre vie, votre âme.

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Prendre des risques, ça pouvait se révéler très bénéfique. À l'évidence, vivre dans l'extrême prudence toute sa vie ne rendait pas un homme heureux, et il était parfois bon pour Joy de sortir du cocon de sécurité dans lequel elle s'était naturellement enfermée ; tu resteras loin du danger, tu ne feras pas de bêtise si il y a des profs à proximité, et que sais-je d'autre encore. Ces règles qu'elle s'était pourtant fermement juré de respecter avaient eu de nombreuses occasions d'être brisées depuis son arrivée à Poudlard. Être à Serdaigle et être sage c'était cool pendant un temps, mais quand c'était la sécurité de ses amis qui était remise en jeu.. Joy ne pouvait tolérer une telle aberration au sein de l'école, et s'il fallait se rendre chez la directrice en personne pour cesser tout ça.. et bien qu'à cela ne tienne.

Après avoir frappé à la porte de son petit poing serré, Joy patienta sagement pendant un laps de temps qui lui sembla durer une éternité, alors qu'elle n'était en réalité restée debout face à la porte close que quelques secondes. Un mouton, deux moutons.. Tiens, est-ce que les hiboux pouvaient développer une relation d'amitié avec les autres hiboux ? Elle se demandait si Oldimiscu - qui, Merlin s'il vous plaît, finirait un jour ou l'autre par répondre au nom de Picasso, si Joy arrivait à lui faire apprivoiser cette appellation - ne s'ennuyait pas trop à la volière. Elle sursauta légèrement lorsque la porte commença à bouger.

Celle-ci s'ouvrit pour laisser place au bureau ainsi qu'à son occupante, qui était assise face à un tas de paperasse, que la petite Serdaigle aurait lu volontiers si elle en avait eu l'autorisation. Mais au lieu de divaguer plus longtemps sur ses faux espoirs concernant les documents top secrets de la directrice, la petite releva la tête et se fit la remarque le bureau avait beaucoup changé, depuis Halloween. Il était moins.. joli ? Ce n'était peut-être pas le terme exact, mais Joy trouvait en tout cas qu'il avait un air plus triste. Seuls la cheminée et de maigres rayons de soleil illuminaient la pièce, qui recueillait comme unique décoration quelques objets peu colorés.


« Bonsoir, mesdemoiselles. Que me vaut le plaisir de votre visite ? » commença Miss Loewy d'un ton neutre, toujours assise face à son bureau, dont les doigts gantés étaient croisés.

Jusque là, on pouvait affirmer en toute sûreté que la mission « défense des victimes traitées injustement », comme Joy l'appelait mentalement, se déroulait sans encombre. Si la directrice de Poudlard ne semblait pas non plus aux anges de les recevoir, elle n'avait pas vraiment l'air courroucée par leur visite surprise. L'aiglonne jeta un regard hésitant à ses deux complices, ne sachant vraiment par où commencer. Était-ce une bonne idée de tout lui annoncer de but en blanc ? Non, probablement pas. Mieux valait aborder le sujet avec plus de délicatesse, pour espérer ne pas froisser Miss Loewy.

« Bonsoir Miss.. »
commença Joy d'une voix qu'elle s'efforçait de ne pas rendre tremblante. « En fait.. c'était pour vous demander.. enfin, la violence... »

Elle jeta un regard désespéré à Amaëlle, puis à Abigail, leur envoyant des signaux télépathiques pour qu'une d'elle lui vienne en aide. Comment pouvait-on espérer d'une Wedenjack qu'elle fasse preuve de tact ? Elle était née pour avoir l'habileté d'un éléphant qui faisait du hula-hoop, nom d'une Chocogrenouille ! Comment voulez-vous qu'elle se montre fine et sûre d'elle en présence d'un adulte si impressionnant ? De toute façon, les complices, c'était fait pour ça, pas vrai ? Prendre la relève quand un allié perdait ses mots. Et Joy en était sûre, ses complices à elle, elles étaient fiables ! Les deux enfants de treize ans ne la laisseraient pas tomber et elles allaient le prouver à l'instant, nul doute.

Ils étaient cœur d'œillets, des fleurs face aux fusils,
Enfants du Bataclan, enfants du paradis.

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Les trois fillettes attendaient, le temps comme suspendu, Amaëlle avait sans s'en rendre compte cesser de respirer, l'écho des deux petits coups de Joy sur la lourde porte encore dans ses oreilles. Puis la porte s'ouvrit, annonçant sans détour la présence de la directrice et l'impossibilité de faire désormais marche arrière. Passant doucement le seuil, timide et toujours nerveuse, Amaëlle attendit que Abigail passe aussi et ferma la porte, avant de suivre ses camarades dans le milieu de la pièce, se sentant malheureusement à cette place un peu trop exposée, et ne pouvant s'empêcher de se balancer d'un pied sur l'autre, stressée.
Puisque le silence régnait encore elle observa les lieux discrètement, tentant de trouver quelque chose de rassurant quelque part : sombres, austère, tout de noirs et d'argent, ils inspiraient le respect et respiraient l'ordre… ça n'était pas des plus rassurant mais l'endroit plaisait à la jeune fille tout de même. Sauf que bien sûr elle aurait bien aimé se trouver ailleurs que devant le bureau d'une directrice apparemment en train de travailler et qu'elles dérangeaient. Elle avait beau admirer sa directrice, avoir une mission très importante, et avoir besoin de réponses, elle avait du mal à rester calme et détendue alors que l'adulte les scrutait d'un air neutre. Néanmoins cette dernière finit pourtant par rompre le silence et faire par le même coup redescendre la pression dans l'esprit de la verte et argent :


« Bonsoir, mesdemoiselles. Que me vaut le plaisir de votre visite ? »

Au moins elle ne semblait pas trop en colère, elle était bel et bien la grande et gentille directrice de Poudlard, et elle allait les écouter gentiment, même qu'elle allait leur donner très gentiment une gentille explication qui les persuaderait définitivement de sa gentillesse extrême. C'était certain. Complètement certain. D'ailleurs c'était même gentiment certain.

Maintenant l'ennui était d'expliquer effectivement ce que lui valait le plaisir de leur visite. Parce qu'évidemment lorsque Joy, Abigail et Amaëlle avaient décidé d'aller se lancer dans l'interrogatoire de Miss Loewy elles avaient préparé tout un discours. Clair, concis, développé, un vrai questionnement philosophique avec problématique, annonce du plan et définition des termes… en soit elles n'avaient plus qu'à improviser quelques transitions judicieuses et le tour était joué. C'était la stricte vérité. Seulement et bien il fallait croire que son stress lui avait fait oublier son texte, et que ses camarades étaient, par le plus grand des hasards, dans le même cas.
Bredouillante, tentant d'aligner les mots dans un ordre qui les rendraient plus compréhensible que l'ordre dans lequel les mots se bousculaient dans son esprit, elle tentait de prendre la parole sans réussir à se lancer. Finalement c'est une fois de plus Joy qui réussit à prendre l'initiative, guère plus assurée qu'elle mais au moins légèrement plus concise (ce qui en soit rendait inquiétant l'état de la verte) :


« Bonsoir Miss… En fait... c'était pour vous demander… enfin, la violence... »

Puis elle s'arrêta là, l'air incapable de continuer, semblant demander de l'aide urgente à ses deux aînées par regards désespérés. On aurait pu penser que Amaëlle retomberait dans un silence nerveux mais la prise de parole de Joy lui avait redonné du courage et de la contenance. Voyant enfin comment commencer sa phrase, ou plutôt sachant quoi dire puisque Joy avait commencé la phrase, elle s'empressa de venir à la rescousse de son amie en précisant :

« Oui enfin la violence… pas n'importe laquelle ! Enfin si n'importe qu'elle violence aussi mais… On voulait vous demander… la violence à l'école… à Poudlard quoi… Bah… euh...»

Puis soudain beaucoup moins sûre d'elle elle se rendit compte que les fameuses transitions dont l'on parlait tout à l'heure étaient tout sauf acquises, et s'arrêta, ne sachant plus que dire, tournant un regard implorant vers la jeune Gryffone qui ne s'était pas encore exprimée, trépignant doucement en attendant, ayant l'impression d'être observée de toute part, ce qui n'était sans doute pas si faux.
Elle voulait faire confiance à Abby, elle allait trouver que dire, elle parlerait… Parce que désespérément Amaëlle aurait voulu le faire et avoir ses réponse mais cette histoire la perturbait bien trop pour qu'elle arrive à ordonner ses pensées. Indubitablement, comme Joy avant elle, elle avait besoin d'aide, parce qu'il était certain que pour être prises au sérieux par leur grande directrice elles se devaient d'être un minimum claire, à défaut d'être éloquentes.

Même le plus petit serpent a du venin (si si)

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Abigail n'était jamais entrée dans le bureau du Directeur – ou plutôt de la Directrice – et d'une certaine manière avait espéré ne jamais avoir à le faire. Sa curiosité l'aurait bien poussée à titiller le dragon qui dort en se lançant dans une exploration on ne pouvait plus complète du cinquième étage, mais il fallait croire que quelques leçons de vie avaient réussi à s'imprimer dans sa petite tête, notamment qu'on n'entrait pas dans le bureau d'un supérieur comme au Chaudron Baveur, et ce d'autant plus dans le cas où ledit supérieur était la Grande Directrice de Poudlard en personne ; pour être honnête, c'était surtout parce qu'ici n'étaient convoqués les élèves que dans les cas très très graves, et qu'elle espérait bien ne jamais se trouver sur l'un des fauteuils-noirs-comme-le-cachet-d'expulsion qui apparaissaient dans les rumeurs de couloirs que ses aînées lui avaient racontées. Mais elle avait tendance à se dire que, en tout bien tout honneur, elle n'avait pas trop mal choisi sa première visite, à supposer qu'il y en ai d'autres. Peut-être que la prochaine fois, elles iraient se plaindre des toilettes bouchées, juste pour avoir des dragées. Bref, la porte s'ouvrit...

« Bonsoir, mesdemoiselles. Que me vaut le plaisir de votre visite ? »

...et Lumos fut. Assise derrière son bureau et tout un tas de papiers à l'air très très important (par exemple, l'agencement des places ou la formation des couples pour le Bal de Noël, la mise en place d'un prêt de patins pour aller se balader sur le Lac et faire la grimace aux sirènes à travers la glace, et autres choses du même acabit) qui devaient requérir sa très pleine attention, les doigts croisés comme pour jouer avec des élastiques et l'air austère de celle qui a passé une mauvaise nuit et cache ses cernes sous de la pommade pour faire bonne figure (ou plus simplement la mine sévère d'une femme sérieuse et toute dévouée à sa fonction), Miss Loewy avait l'air d'avoir pris un sacré coup de vieux depuis la dernière fois qu'elle avait été en contact direct avec elle – une période qui lui paraissait si lointaine à présent, quand bien même à peine quelques mois s'étaient écoulés. Sans doute due à sa position de Directrice de Poudlard, une nouvelle prestance enveloppait la silhouette de celle qu'elle avait admiré. Et admirait encore, sans doute. Bizarrement, elle n'en était plus très sûre.

« Bonsoir Miss.. »

Une nouvelle fois, Joy fut la première à agir. Abigail, tirée de ses réflexions par la voix fluette de son homologue de Serdaigle, ne put s'empêcher de saluer son intrépidité, même devant leur supérieure aaaaabsolue, avec l'idée qu'elle aurait tout à fait eu sa place à Gryffondor. Peut-être même plus qu'elle, son aînée, pour l'heure perdue dans ses recherches distraites du moindre signe trahissant les anciennes couleurs de la propriétaire des lieux. Mais dans le bureau sombre et austère, les seuls éléments de couleur étaient apportés par les rayons pâles que réfléchissaient divers objets d'argent et de cristal, dessinant sur la pierre grise des motifs qui lui réchauffaient le cœur. Elle détestait cette froideur, le marbre lisse et brillant, si éloignés de son idole et de l'image lumineuse qu'elle s'en était forgée.

« En fait.. c'était pour vous demander.. enfin, la violence... »

Comme la conversation se poursuivait, bien loin de sa désillusion enfantine, Abby intercepta le regard affolé que Joy posait sur elle et Amaëlle, et son amie embraya aussitôt :

« Oui enfin la violence… pas n'importe laquelle ! Enfin si n'importe qu'elle violence aussi mais… On voulait vous demander… la violence à l'école… à Poudlard quoi… Bah… euh...»

Silence. Les lèvres sèches, Abby leva vers Miss Loewy un regard incertain. Pour dire vrai, même du temps où la jeune femme était à la tête de Gryffondor, elles ne s'étaient jamais côtoyées qu'en cours, et encore.

« La euh... oui, violence... » tenta-t-elle tout de même, histoire de ne pas laisser ses acolytes dans le pâté – le reste suivrait. « Ici et euh... voilà, c'était pour en savoir ce que vous en pensiez... plus ou moins. »

Les doigts résolument entortillés aux dernières mèches de sa natte, elle termina avec une pointe d'assurance, aussitôt balayée comme un fétu de paille :

« Vous en pensez quoi du coup ? »

Un jour, elle s'entraînerait à l'art de la rhétorique. L'unique avantage, c'était qu'elle avait quasiment réussi à gommer l'accent gallois qui faisait quotidiennement chanter ses mots. N'empêche, venir défier (plus ou moins) la Grande Directrice dans son Antre... Ulric le Follingue aurait été fier d'elles.

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Les jeunes élèves étaient visiblement gênées de se trouver face à la directrice. Il était vrai que le bureau n’était pas particulièrement accueillant – et son occupante non plus, d’ailleurs, mais ces trois jeunes filles bafouillaient plus que de raison. Kristen, qui malgré tout, n’avait pas que cela à faire, les aurait voulu les aider à parler, histoire d’accélérer les choses. La lenteur de la décantation l’ennuyait et avait même tendance à l’agacer. Kristen profita du fait que les jeunes élèves soient en train de pédaler dans la semoule pour prendre une dragée surprise, qu’elle eut le temps d’analyser sous toutes ses coutures. Finalement, elle se décida à l’envoyer dans sa bouche et tandis qu’Abigail Lewis prenait tout son courage de Gryffondor dans ses petites mains pour finalement en venir au fait, elle l’avala.

Elle resta quelques secondes à observer tour à tour les trois jeunes filles, se demandant si elles en avaient bien fini, si c’était là tout ce qu’elles avaient à dire. Il semblait que oui. La directrice s’enfonça un peu dans son siège et demanda, d’un air très sérieux :


« Avez-vous des problèmes avec vos camarades ? »

La directrice se demandait si les élèves ne se souciaient pas de la violence à l’école pour des raisons personnelles. Les enfants pouvaient parfois être de véritables brutes. Ils ne mesurent pas toujours leurs paroles ni leurs gestes ; ils ont cette manie qui est de tout faire à fond, ce qui peut être un avantage comme un inconvénient, puisque l’enfant croit toujours que ce qu’il fait est juste et justifié. Ainsi donc, si un gamin est un gringalet avec des lunettes en cul-de-bouteille, qu’il a les dents en avant et j’en passe : il n’est pas pareil, donc c’est bizarre, donc il faut se méfier. De là, il devient un ennemi ; et à la guerre comme à la guerre ! Il y avait aussi ces nombreux élèves qui se croyaient tout permis on ne sait pas trop pourquoi. Ceux-là étaient les pires. Ils s’autorisaient à dénigrer leurs camarades pour cette raison qui n'était connue que d'eux : ils étaient bien plus forts, plus beaux, d'une meilleure famille... que les autres. Quel bel âge..!

« En tout cas, mesdemoiselles, vous vous doutez bien que je ne tolérerai pas que des élèves ressentent un mal-être à ce propos dans cette école. »

Elle s’était montrée catégorique. Kristen, pourtant assez loin d’être considérée comme une directrice au grand cœur, croyait fermement que tous les élèves étaient égaux et méritaient une éducation soignée, dans les meilleures conditions possibles. Même si elle avait de sérieux doutes sur la tranquillité à Poudlard, elle devait faire de son mieux pour que tous se sentent à l’aise dans cette école.

« Puisque vous êtes toutes les trois préfètes, je compte aussi sur vous pour raisonner vos camarades et éviter au mieux les débordements. »

Elle marqua une pause et prit une nouvelle dragée surprise de Bertie Crochue. Après en avoir analysé la couleur en louchant presque dessus pendant quelques secondes, elle la lança d’un coup dans sa bouche, la mâcha et l’avala. Elle releva ses yeux ennuyés vers les jeunes filles.

« C’est tout ? »

Moi, je suis en quelque sorte un philosophe. Mon sujet d'étude, c'est vous. Je fais des recherches sur vous, votre vie, votre âme.

Trois petits lutins perturbés  PV 

Tandis que Joy se triturait les méninges pour savoir comment aborder le sujet qui fâchait, et surtout pour ne pas paraître accusatrice - même si au fond, elle l'était un tout petit peu -, Amaëlle prenait la relève et tentait de paraître éloquente du mieux qu'elle le pouvait. Car, disais-je, qui de mieux que la directrice pour empêcher ces intolérables actes au sein même de son école ? Je vous imagine, le sourcil relevé et les pensées abruptes telles que « y'a pas de violence à Poudlard, ça sert à rien d'en faire un plat », mais si. Le problème se résumait en un mot ; Quidditch. La petite Serdaigle ne voyait pas vraiment ça comme un sport amusant et divertissant, mais plutôt comme une anomalie folle qui consistait à mettre la vie des élèves en danger. Voler sur un balai c'était plutôt chouette, mais le saut de l'ange ça l'était un peu moins.

Abigail prit finalement la parole pour finaliser leur discours et poser la question dont la réponse les intéressait tant. Une courageuse gamine, cette Abigail, soi-disant atteinte de jalousie maladive si on se fiait aux propos de Melpomène, mais il en ressortait tout de même que la Gryffondor avait..

La voix de Miss Loewy, qui prenait confortablement ses aises dans son siège, la tira de ses réflexions.


« Avez-vous des problèmes avec vos camarades ? »

Elles auraient du s'y attendre. En fait, la question qui était survenue dans l'esprit de la directrice était parfaitement logique ; trois élèves qui se pointaient, bafouillant d'une façon un peu ridicule et demandant l'avis de leur supérieure sur un sujet délicat tel que la violence en milieu scolaire, ça avait de quoi poser quelques questions. Mais..

« Heu.. non.. » répondit la Bleue en jetant un coup d’œil à ses camarades.

Mais non. Enfin si. Amaëlle avait été dans le cas, mais elle avait quitté l'équipe de Quidditch de Serpentard, fort heureusement pour sa santé. Joy trouvait réellement que ce sport était inadmissible dans une école, mais elle s'inquiétait surtout pour Ambre Baxrendhel. Face aux délicats Durmstrang qui n'auraient sûrement pas de pitié pour leurs adversaires, Joy avait un peu peur que son amie se transforme en compote. C'était pas mauvais la compote, surtout que des bruits de couloir couraient en profanant que leur Reine se cachait dans le château, mais la Serdaigle trouvait quand même qu'Ambre était bien plus sympathique en tant qu'humaine.

« Puisque vous êtes toutes les trois préfètes, je compte aussi sur vous pour raisonner vos camarades et éviter au mieux les débordements. »

Et c'est à cet instant précis que survint un problème récurrent dont on ne parlait pas assez souvent ; la quinte de toux qui sortait de nulle part. C'était une difficulté qui pouvait vous assaillir à n'importe quel moment de la journée ; que ce soit au chaud sous votre couette juste avant que vous ne vous endormiez, au moment précis où vous avalez une Chocogrenouille, pendant un examen où un silence effarant résonne dans la salle, ou même encore.. quand vous essayez de paraître crédible aux yeux de la directrice de votre école. Et évidemment, il se produisit ce qui se produisait chaque fois que quelqu'un se forçait à ne pas tousser ; les larmes montèrent aux yeux de la jeune fille, qui porta inutilement une main à son cou en se maudissant.

Elle ne put qu’acquiescer aux propos de Miss Loewy, se retenant difficilement de quitter les lieux en courant pour aller avaler une grande gorgée d'eau.


« C’est tout ? » questionna-t-elle juste après avoir mangé une dragée surprise. Pas mauvaise, la dragée, si on en jugeait par l'expression de la directrice qui ne trahissait aucun dégoût.

Puisque Joy s'imaginait mal faire un mouvement de tête qui oscillait entre le « non » et le « j'peux aller boire de l'eau s'il vous plaît ? », elle pria Merlin pour que la toux qu'elle avait retenue ne lui ait pas donné une voix d'égorgée et s'expliqua ;

« En fait.. non.. » Elle avait bel et bien une voix cassée, mais elle ne pouvait pas s'arrêter en si bon chemin. « On parlait du Quidditch. C'est pas trop cool comme sport.. pour heu.. ben pour la sécurité des gens.. » finit Joy en lançant un regard un peu hésitant vers ses complices, les priant une deuxième fois de prendre la relève et d'étaler tous leurs arguments.

Puis elle toussa, parce que quand même, fallait bien que ça sorte.

Ils étaient cœur d'œillets, des fleurs face aux fusils,
Enfants du Bataclan, enfants du paradis.

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« Vous en pensez quoi du coup ? »

Les derniers mots d'Abigail, parfaitement clairs, résonnaient encore dans l'esprit d'Amaëlle. Voilà la question qui attendait sa réponse dans le silence qui s'était fait après le dernier mot de la rouge et or. La directrice de Poudlard les observait, sérieuse, puis s'enfonça dans son fauteuil plus profondément avant de leur adresser, non moins sérieusement, si elles avaient des soucis avec quelques camarades. Si tant est que l'on puisse qualifier des brutes violentant des plus jeunes, ou du moins des plus faibles, par le nom de camarades. Car c'était effectivement ce que devait insinuer Miss Loewy… ce qui somme toute était assez logique.
Un bref instant Amaëlle pensa au sourire moqueur de Caroline alors qu'elle lui lançait des cognards aux entraînement de Quidditch, aux insultes lancées par ses camarades durant ces mêmes entraînements et aux cognards encore moins gentils d'Ambre lors de son premier et dernier match de Quidditch. Puis elle secoua la tête doucement à la négative, en même temps que Joy niait à haute voix : ça n'était pas avec ses camarades qu'elles avaient un problème, c'était avec un système.
D'ailleurs ça n'était pas pour elle qu'elle s'inquiétait, pour elle s'était finit de toute façon, et puis elle n'avait jamais été particulièrement touchée, hormis les entraînements et encore, il y avait pire. Si Amaëlle s'inquiétait c'était pour tous ces autres enfants qui faisaient partie de ces équipes de Quidditch et qui se faisaient insulter et frapper dans la joie et la bonne humeur, ce qui l'inquiétait aussi c'était tous ces autres enfants dans les tribunes qui explosaient de joie lorsqu'un adversaire recevait un cognard dans les dents. C'était devenu banal le Quidditch, pire que cela c'était devenu un événement attendu : c'était l'autorisation de la violence au sein même de l'école, sous l’œil bienveillant des professeurs.


« En tout cas, mesdemoiselles, vous vous doutez bien que je ne tolérerai pas que des élèves ressentent un mal-être à ce propos dans cette école. »

Soulagement soudain. Miss Loewy ne venait-elle pas d'affirmer à l'instant qu'elle était contre la violence ? Enfin c'était évident de toute façon, elle était directrice d'une école d'enfants de 11 à 18 ans, elle ne pouvait pas décemment être pour la violence n'est ce pas ? Mais alors pourquoi autorisait-elle le Quidditch ? Était-elle forcée par quelqu'un de plus fort qu'elle – même si aux yeux d'Amaëlle c'était difficilement faisable ? Ne se rendait-elle pas compte du mal que ce sport faisait ? Ou bien était-ce les trois gamines soucieuses qui avaient oublié un élément ? Ou alors Miss Loewy ne faisait-elle que mentir ?

Puis l'adulte leur annonça qu'elle comptait sur elles puisqu'elles étaient préfètes pour permettre d'éviter que de la violence soit exprimée au sein de l'établissement avant de leur demander si elle n'avaient rien d'autre à dire. Sauf que si elles avaient précisément autre chose à dire, car si leur introduction avait été fort longue Amaëlle avait reprit pour sa part contenance et, maintenant que leur directrice avait affirmé être contre la violence, elle allait pouvoir dire ce qu'elle avait sur le cœur. Tenter d'éviter la violence en leur qualité de préfète c'était faisable en soit, mais pas pour ça : pour le Quidditch elles avaient besoin d'aide, enfin elles avaient surtout besoin d’éclaircissements sur raisons obscures pour lesquelles ce sport de brute n'avait pas disparu de l'environnement scolaire. En primaire chaque fois que les élèves devaient jouer à un jeu de ballon on leur donnait des balles en mousses, et certains réussissaient à se faire mal. A Poudlard les balles étaient en fer, le but était de les lancer avec une batte et une force maximale sur les autres et ça ne dérangeait personne. La petite verte voulait bien que la médecine sorcière soit plus efficace mais il y avait des limites tout de même non ? La douleur elle ne changeait pas. En tout cas si elles voulaient parler il allait falloir faire vite : leur éminente directrice n'avait pas l'air passionnée par ce qu'elles racontaient. Pendant ce temps, Joy, qui était visiblement en pleine crise de toux, et qu'elle regardait d'un air inquiet, avait du s'en rendre compte aussi, puis qu'elle ajouta, tant bien que mal entre deux quintes :

« En fait.. non… On parlait du Quidditch. C'est pas trop cool comme sport.. pour heu.. ben pour la sécurité des gens.. »


Et puis parce que sa toux ne passait apparemment pas, bien qu'elle s'estompait, Amaëlle prit la relève :

« Bah euh… c'est parce qu'au Quidditch on peut insulter les gens pour les déconcentrer, qu'on peut frapper sur les gens avec des balles en métal et que ça fait partie du jeu… c'est quand même pas très rassurant dit comme ça, et c'est vrai quoi. Du coup c'est quand même assez violent, très violent. En plus de ça y'a des choses vraiment dangereuses ! Les figures où faut se jeter dans le vide et tout... moi quand je vois du Quidditch j'ai peur pour les joueurs vous savez… beaucoup. »


Etait-elle assez claire ? Elle l'espérait. En tout cas elle avait tenté de maîtriser son ton, énonçant simplement les faits… mais si Miss Loewy ne s'expliquait pas davantage elle sentait que son ton risquait de devenir accusateur, si ça n'était pas déjà fait... malgré tout le respect qu'elle lui devait.

Même le plus petit serpent a du venin (si si)

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La question posée, Abby eut la sotte idée de se figurer que c'en était fini de la partie la plus effrayante/impressionnante/difficile de leur discours, qui était tour à tour un peu de tout ça et tout ça à la fois. Maintenant, tout dépendait de Miss Loewy : elles avaient intelligemment et intelligiblement exprimé leur point de vue, leur requête, leur inquiétude, et leur gentille, protectrice, adorable, effrayante, impressionnante, imposante et surpuissante directrice allait les rassurer et, dans la douceur qui la caractérisait, abolir le Quidditch de manière irrévocable et définitive, ou tout du moins instaurer des pénalités à chaque parole trop dure, chaque cognard atteignant son but, si bien qu'on ne gagnerait plus des points qu'en protégeant ses adversaires de l'assaut terrible des balles de fer. Avalant une dragée qu'elle avait piochée quelques secondes auparavant avec un visage distordu par une moue désespérément ennuyée, la jeune femme leur assura avec une bonté déconcertante son accord absolu et sa totale compréhension de leur point de vue :

« Avez-vous des problèmes avec vos camarades ? »

Ou presque. Comme Joy niait à haute voix, Abby exprima sa négation par une moue déconcertée. Elle, non. De toute manière, elle ne savait pas lancer le Souafle droit et maniait la batte comme un pingouin atrophié, sans compter son aptitude si particulière à se prendre le vif dans le nez – il devenait alors évident que cette petite-là ne mettrait jamais le pied sur un terrain de Quidditch, ou du moins ailleurs que dans les tribunes. En revanche, elles avaient dans leurs rangs un petit prodige du balai volant, une adolescente plus frêle qu'un roseau toute en cape verte et cheveux noirs, qui avait lors de la saison précédente vaillamment combattu pour sa Maison au grand dam de ses amis. Qu'Amaëlle, après trois cognards dans la tronche, ait finalement décidé de se retirer de l'équipe avait valu le sacrifice d'une innocente compote qui n'avait rien demandé.

Abby avait cependant d'autres amis – ou tout du moins des connaissances – qui continuaient à s'adonner à ce sport barbare que l'on disait être le préféré des sorciers (comme si ils ne pouvaient pas se contenter de joyeuses courses de balai dont son père lui avait autrefois raconté la tenue en Suède, Norvège ou Danemark), et c'était pour leur frimousse boutonneuse que la petite allait parfois à s'inquiéter. Surtout depuis les nouvelles règles, en réalité, qui poussaient à la sacralisation de figures en tous genres, et plus le taux d'échec était élevé, plus les joueurs se défiaient mutuellement de les réaliser ; elle voulait bien que quelques Gryffondors attardés se laissent aller à jouer à l’Épiméthée (elle avait l'habitude, puisque c'était justement un trait de caractère qu'elle avait appris à partager), mais elle voyait moins comment quelques vénérables Serdaigles ou les plus Poufsouffles des Poufsouffles (elle ne parlerait pas des Serpentards, puisque leur comportement relevait sans le moindre doute d'une intense réflexion sur ce qui leur ferait le plus profitable) avaient pu se laisser entraîner dans une pareille absurdité.

« En tout cas, mesdemoiselles, vous vous doutez bien que je ne tolérerai pas que des élèves ressentent un mal-être à ce propos dans cette école » ajouta Miss Loewy, arrachant un sourire soulagé à la fillette, avant de continuer sur un ton égal : « Puisque vous êtes toutes les trois préfètes, je compte aussi sur vous pour raisonner vos camarades et éviter au mieux les débordements. »

Abigail se surprit à acquiescer, comme une élève prise en faute, alors qu'elles venaient justement demander de l'aide pour quelque chose qui les dépassait. Si elle était en ce moment prise sur le fait, c'était justement dans l'exercice de ses fonctions. Reprenant contenance d'une inspiration discrète, elle se prépara à préciser le point de vue qu'elle partageait avec ses alliées d'une bataille ; étrange comme leur confrontation avec la Directrice de Poudlard se parait d'adjectifs aux connotations agressives, presque guerrières.

« C’est tout ? » questionna finalement la jeune femme, ouvrant par ces mots la deuxième manche d'un combat inégal – d'un côté, le sport préféré des sorciers occidentaux, et ce depuis plusieurs siècles ; de l'autre, trois brins de sorcière déterminées à rectifier le tir.

« En fait... non. »

Joy fut, une fois encore, la première à reprendre la parole, saisissant des deux mains l'éloquence que lui confiait son jeune âge. Elle avait la voix un peu rocailleuse, et un coup d’œil alarmé appris à Abby que ses yeux semblaient se remplir de larmes contenues. Allons bon, était-elle tant blessée par les paroles de leur aînée ?

« On parlait du Quidditch. C'est pas trop cool comme sport.. pour heu.. ben pour la sécurité des gens.. »

Ah ben non, elle avait juste envie de tousser. De cette toux impromptue qui s'entête à vous piquer la gorge et vous prend par surprise dans les situations les moins appropriées ; Abby compatissait sincèrement à la douleur de sa cadette, et perdue dans ses froncements de sourcils et ses moues... compatissantes, elle laissa Amaëlle enchaîner avec brio :

« Bah euh… c'est parce qu'au Quidditch on peut insulter les gens pour les déconcentrer, qu'on peut frapper sur les gens avec des balles en métal et que ça fait partie du jeu… c'est quand même pas très rassurant dit comme ça, et c'est vrai quoi. Du coup c'est quand même assez violent, très violent. En plus de ça y'a des choses vraiment dangereuses ! Les figures où faut se jeter dans le vide et tout... moi quand je vois du Quidditch j'ai peur pour les joueurs vous savez… beaucoup. »

« C'est pas qu'on doute de votre capacité à arrêter une chute vertigineuse de plus d'une dizaine de mètres de haut par temps pluvieux, hein » embraya Abigail lorsqu'elle sentit la voix de sa meilleure amie s'éteindre sur ses derniers mots. « Ou enneigé, d'ailleurs, y'a pas de raison. Non, c'est juste que bon, y'a toujours un risque, et puis même, on parle des joueurs et tout, mais les cognards ça peut viser tout le monde hein ! Rien que l'arbitre, il doit se retrouver une quinzaine de fois en danger de mort ! Et une chute ? Ça arrive même au meilleur des finisseurs ! »

Elle fit une (très) courte pause et conclut avec une moue embêtée :

« Nous, on veut bien faire tout ce qu'on peut en tant que préfètes, arrêter les bagarres et tout, mais ça, c'est définitivement un système pourri pour lequel on a besoin de l'appui d'un adulte. Et on est sûre, maintenant, que vous voulez garder vos élèves en vie. Or l'exercice du Quidditch, qu'il s'agisse d'entraînements ou de matchs officiels, est à l'origine de quarante pourcents des accidents nécessitant un séjour à l'infirmerie, j'ai vérifié auprès de Miss Lloyd. C'est moins de la moitié, mais c'est franchement beaucoup, et déjà bien assez. »

Les 60% restants se composaient d'un savant mélange d'accidents ménagers (foulure de la narine gauche par une petite cuillère, marche défectueuse à l'origine d'une entorse du petit orteil, bras cassé pour cause de tapis farceur...), de soucis d'ordre magique (disparition des cordes vocales, pousse d'un troisième bras, cécité momentanée...) et d'un petit nombre de problèmes plus basiques (crises d'hypoglycémie, crampes des mollets, reflux gastro-œsophagien...), mais Abby ne jugea pas nécessaire de le préciser. Maintenant qu'elles étaient entrées dans le vif du sujet, la petite arborait une expression soucieuse ; le regard fixé sur les mains pâles de son professeur, dont l'une était gantée de noir, elle attendait la réponse en se fustigeant pour son attitude à la limite de l'insolence, sans oser lever les yeux sur le visage creusé par la fatigue.

Reducio
Sincèrement navrée pour le retard.

« Il faut toujours viser la lune, car même en cas d’échec on atterrit dans les étoiles. » – Oscar Wilde
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Trois petits lutins perturbés  PV 

La surprise de Kristen se traduisit sur son visage par un petit geste de recul et un haussement de sourcils incontrôlé. Ainsi donc, ces élèves se levaient corps et âme contre les dangers du Quidditch, mais ne s’étonnaient pas de la tenue d’un Tournoi des Trois Sorciers juste sous leurs yeux ? Elle prit une nouvelle dragée et retint un sourire amusé. Croisant les doigts, elle s’avança, posant son regard sur chacune des trois jeunes filles tour à tour.

« Je vois. »

Alors qu’elle poursuivait son inspection, son sourire s’étendit et elle soupira.

« Sachez, mesdemoiselles, que le Quidditch est un sport vieux de plusieurs siècles, et que de nombreuses règles ont été ajoutées depuis sa création afin de garantir la sécurité maximale des joueurs – vous noterez d’ailleurs qu’aucune de ces règles n’oblige les joueurs à faire le poirier sur leur balai… Et que suis-je, à hauteur d’une dizaine de siècles, pour m’opposer à la tenue de ce sport, quand la plupart de la communauté magique s’extasie devant lui et ceux qui le pratiquent ? »

Kristen n’avait pas d’affinité particulière avec le Quidditch, pas plus qu’elle n’en avait avec tout ce qui avait trait à la compétition. Si elle assistait aux matches de Quidditch et qu’elle supportait actuellement l’équipe de Poudlard, c’était aussi par devoir : elle se devait d’apparaître pour supporter l’équipe de son école.

« Par ailleurs, nous veillons à ce que rien ne tourne trop mal sur le terrain, soyez rassurées. Nous avons également de la chance d’avoir une infirmière particulièrement qualifiée pour traiter les maux que le Quidditch pourrait causer. »

Les arguments des jeunes filles se tenaient tout à fait ; cependant, Kristen ne pouvait se permettre de dire « oui, vous avez raison, on arrête tout ! mort au Quidditch ! », tout simplement car elle n’avait en réalité aucun pouvoir pour dire cela et parce que le nombre de personnes qui adoraient – voire vouaient un culte – au Quidditch était moindre par rapport à ceux qui manifestaient leurs réticences à l’égard de ce sport, il est vrai, assez violent.
Il en allait de même pour le Tournoi des Trois Sorciers : si médiatisé, cet événement en devenait tout à fait intouchable. Elle posa tout de même une question aux trois fillettes :

« Je me pose une question, mesdemoiselles. Vous ne tolérez pas le Quidditch, mais il me semble vous avoir vues toutes trois assister à la première tâche du Tournoi des Trois Sorciers. Peut-être ne comprenez-vous pas encore tout à fait ce qu’est ce Tournoi, mais si vous boycottez le danger, il serait étrange d’apprécier le spectacle lors des Tâches suivantes. »

Elle posa son coude sur son bureau, mit sa joue dans sa paume et sourit, plissant les yeux, comme si elle les mettait au défi.

«Si j'étais vous, j’amènerais les banderoles contestataires la prochaine fois. »

Moi, je suis en quelque sorte un philosophe. Mon sujet d'étude, c'est vous. Je fais des recherches sur vous, votre vie, votre âme.

Trois petits lutins perturbés  PV 

Les trois camarades avaient dévoilé toutes leurs ressources. Avant de venir déranger la directrice, les trois jeunes filles s'étaient concertées et, voyant qu'elles étaient d'accord sur le sujet « Quidditch », s'étaient senties capables d'aller en parler à la personne la plus haut placée de Poudlard. Si celle-ci se montrait réticente, alors les préfètes n'auraient d'autre choix que d'abandonner leur idée d'abolir le Quidditch. Elles devraient continuer à subir l'engouement des autres élèves quant à ce sport terrifiant. Étaient-ils fous, idiots, inconscients ou passionnés ? Joy n'arrivait pas à comprendre comment le Quidditch pouvait récolter autant de succès auprès d'un public pourtant averti ; beaucoup de chiffres témoignaient de la dangerosité de ce sport. À croire que plus ça faisait mal et mieux c'était.

Au grand dam de Joy, miss Loewy ne semblait pas particulièrement emballée par l'idée de rayer le Quidditch de Poudlard. Elle les fixa avant d'arguer que tout était surveillé, que l'infirmière savait s'y prendre pour soigner les victimes des battes, des cognards, des souafles et autres, et que de toute façon, même la directrice de la prestigieuse école Poudlard ne pouvait s'opposer à un sport qui remportait la faveur de la foule depuis des centaines d'années. Joy, bien qu'elle comprenne que miss Loewy ne pouvait pas répondre favorablement à leur requête, se sentait immensément déçue. Elle y avait cru. L'espace d'un instant, elle s'était sentie pousser des ailes, comme si en compagnie d'Amaëlle et d'Abigail, rien n'aurait pu leur être refusé.

Joy crut que c'en était terminé et qu'elles pouvaient retourner vaquer à leurs occupations lorsque la directrice reprit, enchaînant sur un sujet qui planta la fillette sur place.


« Je me pose une question, mesdemoiselles. Vous ne tolérez pas le Quidditch, mais il me semble vous avoir vues toutes trois assister à la première tâche du Tournoi des Trois Sorciers. Peut-être ne comprenez-vous pas encore tout à fait ce qu’est ce Tournoi, mais si vous boycottez le danger, il serait étrange d’apprécier le spectacle lors des Tâches          suivantes. »

Puis elle leur fit une remarque à propos de banderoles que Joy n'osa pas relever. Elle était trop concentrée sur ses introspections concernant le Tournoi. Miss Loewy marquait un point ; le Quidditch et le Tournoi se ressemblaient considérablement sur le point de la sécurité - pas assez présente dans les deux cas. La Serdaigle ne pouvait nier qu'elle avait assisté à la première tâche et qu'elle avait trouvé ça divertissant, qu'elle avait apprécié voir la façon dont les champions se débrouillaient. Elle se demanda un instant si cela faisait d'elle une personne sadique. Elle s'en voulut légèrement avant de se rappeler qu'elle n'était pas la seule et que, de toute façon, s'il arrivait quelque chose, elle n'était pas la première personne à inculper - loin de là. Rares étaient les élèves qui exécraient le Tournoi. Malgré tout, miss Loewy n'avait pas tort en disant qu'apprécier le Tournoi et détester le Quidditch n'avait pas beaucoup de sens.

« Oui... oui, c'est vrai que le Tournoi n'est pas très sécurisé non plus. Mais... le Tournoi des Trois Sorciers c'est un peu différent quand même. J'veux dire, c'est la coupe qui... ben qui désigne les champions, quoi. Et la coupe est fiable, non ? Elle désigne des sorciers très doués comme Elina. Le Quidditch, n'importe qui peut y participer sans réfléchir au danger... »

Elle se tortilla les mains, écouta ses deux camarades se prononcer, puis, lorsqu'elles eurent fini, elle dit :

« En tout cas, merci beaucoup de nous avoir écouté. C'est dommage que vous puissiez pas retirer le Quidditch et... heu, ben, merci. Au revoir et bonne journée, miss. »

Elle quitta ensuite les lieux en compagnie d'Amaëlle et d'Abigail, déçue d'avoir échoué mais fière d'avoir osé. Elle n'avait rien perdu et gagné l'occasion de passer un peu de temps avec deux élèves qu'elle appréciait.

Reducio
Amaëlle, Abigail et moi nous sommes mises d'accord pour faire encore un dernier post chacune. Voici le mien, c'est donc terminé pour ma part. Merci beaucoup pour ce RPG ! :)

Ils étaient cœur d'œillets, des fleurs face aux fusils,
Enfants du Bataclan, enfants du paradis.

Trois petits lutins perturbés  PV 

La petite verte et argent inclina la tête, fronçant très légèrement les sourcils : pourquoi diable Miss Loewy souriait-elle ? Les trois petites filles venaient de lui parler d'agressions et de violences scolaire qui avait lieu au sein de l'établissement et même étaient encouragées sous sa direction, il n'y avait pas de quoi sourire en théorie. Si ? A moins que ce ne soit quelque sourire de soulagement qui ne décrive rien d'autre que la joie d'avoir enfin rencontré des élèves qui se préoccupent du problème. Pourtant et curieusement Amaëlle n'y croyait pas tant que cela.

D'ailleurs le mince petit espoir qui subsistait encore sur l'expression à la fois étonnée et perplexe d'Amaëlle disparu rapidement : de toute évidence Miss Loewy n'avait ni l'envie ni le pouvoir de faire quoique ce soit. Le petit sourire devait donc bien être un petit sourire moqueur, ou peut-être bien attendri par ce qui serait vu comme une petite lubie enfantine, ce qui était sans doute pire. Si elle n'avait pas été pas si apeurée à l'idée de se faire punir par la grande directrice de Poudlard Amaëlle n'aurait sans doute pas retenu le petit sourire railleur qu'elle sentait vouloir monter sur ses lèvres : apparemment les choses étaient parfaitement sécurisées. Oui il était vrai après tout que Miss Lloyd faisait des merveilles pour réparer côtes et membres cassés mais la petite verte ne pouvait s'empêcher de se demander ce qu'elle allait bien pouvoir faire le jour où on lui ramènerait un enfant dont le crâne aurait rencontré un cognard à pleine puissance ou un autre au cœur perforé. Un cœur pouvait-il se perforer d'ailleurs ? La jeune Nelly savait qu'en abîmant la cage thoracique d'une personne on pouvait faire des trous dans ses poumons mais était-ce la même chose avec le cœur ? Ça semblait logique après tout, sauf si le cœur était protégé par une sorte de barrière magique le maintenant dans un petit cocon vital. Ou bien alors s'il était si solide que rien ne pouvait l'abîmer. Mais passons, là n'était pas la question de toute façon, il était sûr que certains dommages étaient irréversibles et Miss Loewy avait bien de la chance de n'avoir jamais eu de graves accidents, elle aurait très certainement perdu ce sourire autrement.

Mais soudain, alors qu'Amaëlle pestait intérieurement contre les arguments que venait de leur opposer leur directrice, cette dernière leur posa à son tour une question.

« Je me pose une question, mesdemoiselles. Vous ne tolérez pas le Quidditch, mais il me semble vous avoir vues toutes trois assister à la première tâche du Tournoi des Trois Sorciers. Peut-être ne comprenez-vous pas encore tout à fait ce qu’est ce Tournoi, mais si vous boycottez le danger, il serait étrange d’apprécier le spectacle lors des Tâches suivantes. »

Bouche entrouverte, ne sachant que dire, la jeune préfète était surprise. Tout d'abord elle était en premier lieu très étonnée de voir que la directrice avait remarqué leur présence dans une foule d'élèves, alors même qu'Amaëlle était arrivée en retard et qu'elles n'avaient pas fait tant d'éclats que cela… ou alors… Etait-ce possible qu'elle ait assisté à leur bataille, amicale certes mais assez puérile, qui consistait à embrigader le plus d'élèves possibles dans leur camp, c'est à dire les entraîner à parier pour un des trois champions ? A cette pensée les joues de la petite fille se colorèrent de rouge avant qu'elle n'arrive à reprendre plus ou moins contenance : elle devait aussi réfléchir sur ce qu'impliquait l'argument du Tournoi. Le tournoi était-il vraiment dangereux ? La première tâche avait consisté pour Amaëlle à observer quelque chose de trop grand pour elle, une élève faisant des cabrioles sur son balai avec une logique incompréhensible pour qui ne voyait pas ce qu'elle voyait, un autre déclenchant un tremblement de terre et l’émergence d'immense lianes et une dernière chargeant le ciel d'orage et se changeant en ce spectre si affreux qu'elle avait déjà vu le jour où elle avait rencontré un épouvantard avec Melpomène. Les comportements dangereux avaient plus l'air de venir des champions que des épreuves à première vue.

«Si j'étais vous, j’amènerais les banderoles contestataires la prochaine fois. »

Apparemment c'était une sorte de provocation, comme si elles étaient mises au défi. Sauf que sachant qu'elles n'avaient pas l'appui de l'adulte cela revenait à les mettre au défi de s'agiter vainement en tous sens pour se couvrir à ses yeux de ridicule. Ou peut-être que Miss Loewy trouverait au contraire qu'elles avaient le mérite d'avoir du cran, elle ne savait pas trop, elle n'était pas une spécialiste de la psychologie des anciens Gryffondor devenus directeurs de Poudlard, encore moins de celle de Miss Loewy à l'air si grave qui était bien trop mystérieuse pour que l'on puisse tenter de comprendre ce qui l'animait lorsqu'on avait 13 ans et qu'on était une élève lambda.

«… la coupe est fiable, non ? Elle désigne des sorciers très doués comme Elina. Le Quidditch, n'importe qui peut y participer sans réfléchir au danger »

Absorbée dans ses réflexions Amaëlle avait loupé le début de la réponse de la Serdaigle, néanmoins elle était bien décidée à prendre la suite, d'autant que l'argument de Joy était bon.


« Oui voilà ! Et puis le Tournoi des trois sorciers c'est un peu comme dans les examens de fin d'année. Quand on est en première année à la fin de l'année on a des examens où on se fait attaquer par des tomates, ou par des petites créatures pas trop méchantes et c'est facile. Enfin si on avait pas été en cours ça aurait été dur et peut-être dangereux si les tomates étaient… enfin bref, voyez après les examens c'est de plus en plus dur mais on est plus fort aussi. Et bah là Elina elle est très très très forte et le Tournoi du coup c'est pas dangereux, et puis on peut se protéger puisqu'on a la magie...»


Se rendant compte qu'elle baragouinait encore un discours sans queue ni tête sa voix s'éteignait doucement : les choses étaient plus claires avant qu'elle ne les expose à l'oral, indubitablement. Aussi laissa t-elle Abby terminer, elle qui savait si bien y faire. Néanmoins la directrice n'avait pas l'air de vouloir accéder pour autant à leur requête et elle du bien se résoudre à suivre Joy lorsque son amie, peut-être la plus censée des trois, décida de faire marche arrière et de laisser l'éminente souveraine de l'endroit seule avec sa conscience qui sans aucun doute la titillerait longtemps de ne pas les avoir aidé. Il n'était pas interdit d'espérer n'est ce pas ? Aussi lâchant simplement un petit « Au revoir Miss » elle observa une dernière fois l'adulte avant de quitter la pièce, avec la vague impression que Miss Loewy était douée pour changer de sujet.

Reducio
Fin du rp pour moi aussi, merci beaucoup pour l'expérience !

Même le plus petit serpent a du venin (si si)

Trois petits lutins perturbés  PV 

« Je vois. »

Elle souriait. Fort bien. Maintenant, mademoiselle, il ne vous reste plus qu'à signer au bas de ce formulaire – ne vous préoccupez pas des treize lignes de clauses écrites en tout petit et mille fois raturées, ce n'est pas important – et nous pourrons annoncer dès demain au petit-déjeuner que les équipes de Quidditch des Quatre Maisons sont dissoutes au profit de clubs de Bridge...

« Sachez, mesdemoiselles, que le Quidditch est un sport vieux de plusieurs siècles, et que de nombreuses règles ont été ajoutées depuis sa création afin de garantir la sécurité maximale des joueurs – vous noterez d’ailleurs qu’aucune de ces règles n’oblige les joueurs à faire le poirier sur leur balai… Et que suis-je, à hauteur d’une dizaine de siècles, pour m’opposer à la tenue de ce sport, quand la plupart de la communauté magique s’extasie devant lui et ceux qui le pratiquent ? »

...et que le Tournoi des Trois Empereurs est remplacé par une course d'obstacle et un tournoi de mimes. Nul besoin de changer les joueurs, il n'y a aucun doute quant à leurs qualifications : si on sélectionnait les représentants du Collège parmi les pires brutes et langues de vipères qui soient, Poudlard écoperait d'une bien triste réputation. Quel établissement, sinon l’École Polytechnique Bunson et Lacroix, ou dans une moindre mesure et avec bien plus d'élégance le Pensionnat de Mademoiselle Géraldine pour Jeunes Dames de Qualité, encourageait ses élèves à... Une seconde. Abby s'extirpa de ses divagations pour reporter son regard vert sur le visage toujours souriant de Miss Loewy. Elle était très jolie, quand elle souriait, cela changeait de son austérité habituelle. En outre, elle avait l'air moins fatiguée.

En revanche, pensa la petite fille en revenant de sa digression avec une moue qui mêlait déception, peine et incrédulité, il n'y avait franchement pas de quoi sourire en leur donnant une réponse pareille. Ses arguments se tenaient, bien sûr, Abby elle-même en tant que première supportrice des Harpies de Holyhead pouvait en attester. Elle savait bien que le Quidditch était ancré dans la culture sorcière occidentale, et à plus forte raison anglaise, de manière irrémédiable ; elle avait eu tout son temps pour l'observer au cours de sa courte vie. Après réflexion, elle en était sûrement plus consciente que ses deux camarades, Nées-Moldues, dont elle doutait qu'elles n'avaient jamais pénétré dans un stade autre que celui de Poudlard. Mais on ne lui demandait pas de changer les règles de la société magique de Grande-Bretagne, ni même d'Europe ; simplement de donner son accord pour que Poudlard cesse d'être vue dans le milieu comme un terrain de chasse pour des recruteurs avides de nouveaux talents.

« Par ailleurs, nous veillons à ce que rien ne tourne trop mal sur le terrain, soyez rassurées. Nous avons également de la chance d’avoir une infirmière particulièrement qualifiée pour traiter les maux que le Quidditch pourrait causer. »

Abigail tenait Miss Lloyd en haute estime. Bon, elle la trouvait un peu effrayante, et son air déterré l'avait plus d'une fois poussée à se demander si elle n'avait pas quelques liens de parenté avec les zombies de Haïtis, ou avec les vampires de Transylvanie, mais c'était une infirmière très compétente. Sans le moindre doute. C'était elle qui s'occupait de tous les maux, graves ou non, des élèves atrophiés dont recélait l'école, elle qui trimait toute la journée, paresseusement avachie sur sa chaise de bureau, une tisane à la main, elle qui administrait à longueur de minutes des potions achetées la veille chez l'apothicaire du coin après les avoir étiquetées pour faire plus authentique. Même si elle paraissait plutôt jeune pour une vieille peau, mais elle traînait sans doute quantité d'expérience et de diplômes derrière elle. Ou pas. La petite se figurait parfois que Poudlard était un refuge pour marginaux.

Quoiqu'il en ait été, il semblait qu'elles avaient perdu cette bataille. C'était... enrageant. Abigail n'avait pas été la plus convaincue des trois pour cette expédition, passionnée par le Quidditch qu'elle était. Néanmoins, il allait sans dire que tout ce qui avait été énoncé résultait d'une enquête du cas très approfondie, et par conséquent ne pouvait être considéré autrement que comme la stricte vérité. Par ailleurs, si elle se tenait présentement face à la Grande Directrice aux côtés de ses camarades, c'était qu'elle approuvait et appuyait cette cause de toutes ses maigres forces. Elles avaient rassemblé tout leur courage pour toquer à la porte, dédaignant le heurtoir qui faisait trop guindé, s'étaient équipées de toutes leurs convictions pour avancer dans le bureau austère, sous le regard ennuyé de l'adulte. C'était cruel d'abandonner ce en quoi elles croyaient à en défier des règles millénaires. Elle en aurait presque frisé le désespoir.

« Je me pose une question, mesdemoiselles. »

Abby leva un regard profondément désolé sur son ancien professeur, et hocha mécaniquement la tête en attendant la suite qui résonna comme un claquement de fouet – elle en savait quelque chose :

« Vous ne tolérez pas le Quidditch » rappelait la sorcière d'une voix égale : « mais il me semble vous avoir vues toutes trois assister à la première tâche du Tournoi des Trois Sorciers. Peut-être ne comprenez-vous pas encore tout à fait ce qu’est ce Tournoi, mais si vous boycottez le danger, il serait étrange d’apprécier le spectacle lors des Tâches suivantes. »

Nouveau sourire, qui montait jusqu'aux yeux, à les en plisser.

« Si j'étais vous, j’amènerais les banderoles contestataires la prochaine fois. »

« Oui... » répondit aussitôt Joy, fière Serdaigle qu'elle était : « Oui, c'est vrai que le Tournoi n'est pas très sécurisé non plus. Mais... le Tournoi des Trois Sorciers c'est un peu différent quand même. J'veux dire, c'est la coupe qui... ben qui désigne les champions, quoi. Et la coupe est fiable, non ? Elle désigne des sorciers très doués comme Elina. Le Quidditch, n'importe qui peut y participer sans réfléchir au danger... »

« Oui voilà ! »

Amaëlle avait pris le relais. C'était à croire qu'elles se livraient à un étrange jeu de rôle, comme si leurs temps de parole avaient été précédemment défini, ainsi que l'ordre dans lequel elles se prononceraient, et où Miss Loewy faisait office de maître du jeu, confrontant encore et encore les trois preux chevalières pour vérifier de la pureté de leur cœur et de leur conscience. Pure, sa conscience à elle ne l'était pas : elle se souvenait encore de la confiture de entamée à la cuillère dans sa cachette secrète à la lumière d'un soleil d'après-midi. La confiture était à la prune, et elle avait levé sur sa mère un regard empli d'innocence lorsque cette dernière avait haussé un sourcil devant ses trois enfants, l'objet du délit à la main.

« Et puis » continuait la préfète de Serpentard : « le Tournoi des trois sorciers c'est un peu comme dans les examens de fin d'année. Quand on est en première année à la fin de l'année on a des examens où on se fait attaquer par des tomates, ou par des petites créatures pas trop méchantes et c'est facile. Enfin si on avait pas été en cours ça aurait été dur et peut-être dangereux si les tomates étaient… enfin bref, voyez après les examens c'est de plus en plus dur mais on est plus fort aussi. Et bah là Elina elle est très très très forte et le Tournoi du coup c'est pas dangereux, et puis on peut se protéger puisqu'on a la magie...»

« Je suis pour les banderoles contestataires » termina Abby avec tout le sérieux dont elle était capable. « C'est un sujet qui mérite réflexion. Mais c'est vrai que quand on voit la magie qu'utilisent les champions, c'est assez difficile de comparer. Pour nous, en tous cas, parce que ce n'est pas du tout de notre niveau. Joy et Amaëlle ont raison : la Coupe, elle sait de quoi elle parle. Et puis, le Tournoi a été stoppé pendant un bon paquet d'années, non ? Si on peut de nouveau y participer, c'est que les règles ont été révisées, non ? En plus, je suppose que les épreuves sont décidées par des professionnels... Pas le Quidditch. »

Il n'y a que la chance, le hasard, le temps, le talent et les hormones qui ont voix au chapitre, voulut-elle ajouter. Et les cognards. Personne ne savait ce qui guidait ces balles-là, hormis les professionnels. A Poudlard, même Nora Starks ne pouvait être vraiment considérée comme une professionnelle. Abby garda ses pensées pour elle et, à la suite de ses complices, salua timidement Miss Loewy avant de quitter la pièce avec un dernier regard contrit.

Reducio
Sincèrement navrée pour le retard, c'était également mon dernier post. Merci beaucoup d'avoir accepté de partager ce RPG avec nous !

« Il faut toujours viser la lune, car même en cas d’échec on atterrit dans les étoiles. » – Oscar Wilde
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