Bureau de la directrice

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Des Vôtres

De ce pays, de ces mots
Des vôtres, comme d’un drapeau
Je reviens


La neige de février recouvrait les pelouses de Poudlard. Les tours, blanchies par l’hiver, semblaient de géantes flèches transperçant les nuages de lait et défiant depuis des siècles les flocons tournoyant tels des mouches autour des restes d’un être qui fut vivant un temps durant. L’école de sorcellerie semblait hiberner, d’un sommeil si profond qu’on aurait juré qu’elle était endormie à jamais. Seules des volutes de fumées noirâtres, résultat de foyers allumés et quelques lumières parvenant à percer l’épaisseur enneigée de certains carreaux témoignaient d’une présence – d’une présence, tout simplement. De l’existence de vies.

C’était un paysage que Wilhelm Heltowni, revenu de la patrie d’où il était originaire, appréciait tout particulièrement, quoiqu’il devait porter, tout comme ce jour de début février, une écharpe des plus épaisses, tricotée avec amour par la sympathique Mrs. Lawrence, vieille sorcière retraitée qui habitait deux étages plus haut que son appartement de la banlieue de Londres et avec laquelle il avait immédiatement fait connaissance. Cela faisait deux mois qu’il s’était à nouveau établi dans la capitale britannique après quatorze mois de cavale à travers l’Europe et les Amériques, en compagnie de l’être le plus cher qu’il avait sur cette planète.

Le manteau de neige craquait sous les pas déterminés du polonais, rompant le calme et le silence ambiant. Au loin, on entendit des oiseaux s’envoler, dont le plumage collait ton sur ton avec la période. Il avait été convoqué à Poudlard et pas pour n’importe quelle raison : depuis peu, le poste de professeur d’Histoire de la Magie était libre et la Directrice Loewy, dont il avait été le collègue lors de sa première venue à l’école, lui avait proposé le poste. Un entretien était cependant nécessaire afin de s’assurer qu’il avait encore les qualités nécessaires à l’enseignement.
*Cela ne sera qu’une formalité…* s’était dit Wilhelm lorsque MK lui avait transmis la lettre qu’un hibou dégoulinant d’eau et de sueur sur le rebord de la fenêtre lui avait apporté.

Arrivé au portail, il s’aperçut que le concierge était déjà là pour lui ouvrir les portes. Heltowni déroula la convocation de ses mains engantées et se fit introduire dans l’enceinte du parc. Il sourit : quoique l’inquiétude montait quant à l’entretien qui aurait lieu dans peu de temps, il se sentait de retour chez lui après une trop longue errance, bien que nécessaire et bénéfique pour lui.

Les grandes portes du hall s’ouvrirent tandis qu’il s’en approchait. Les couloirs étaient pratiquement vides, seulement parcourus par des elfes de Maison et des élèves qui n’avaient pas cours ou dont ceux-ci avaient été annulés. Quelques-uns, de troisième élève et plus, le regardèrent avec des yeux ronds comme des assiettes à soupe. Rares furent ceux à lui sourire, se remémorant sa chute lors du cours sur Pré-au-Lard où certains élèves devaient se trouver, accompagnés de leur âme-sœur.

Wilhelm grimpa deux à deux les marches des escaliers qui n’en faisaient qu’à leur tête, croisant le professeur Almeida qui, entre temps, était devenue Sous-Directrice et à qui il sourit. Plongée dans ses papiers, elle n’avait pas remarqué sa présence et avait tourné à l’angle d’un couloir, au troisième étage. Le brun poursuivit son tracé et monta encore deux étages avant de s’arrêter devant une statue. Il se pencha dans sa direction et murmura :


« Tempus Fugit. »

Aussitôt, la sculpture se déplaça et ouvrit derrière elle un escalier en colimaçon que Wilhelm emprunta, le cœur s’accélérant à l’idée de l’obstacle qu’il avait à surpasser. Arrivé devant la lourde porte en bois, il inhala une partie du contenu de son appareil bleu, toqua trois fois, attendit qu’on l’invite à entrer et pénétra dans cet antre sacré.

« Bonjour, Madame la Directrice… Félicitations pour votre poste, d’ailleurs. »

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Zarbi de l'année (Magic'Awards III)

Des Vôtres

Avec le départ surprenant du professeur Alexus Wilkerson, qui avait décidé de reprendre le chemin des Etats-Unis, la direction de Poudlard avait dû s’atteler à la tâche pas forcément aisée de trouver un nouveau professeur d’Histoire de la Magie pour le remplacer. Le recrutement de nouveaux professeurs, s’il se faisait parfois par le biais d’annonce de recrutements, passait souvent par le bouche-à-oreille ou les réseaux universitaires. Kristen pensa quant à elle à faire appel à un de ses anciens collègues, le professeur Wilhelm Heltowni, qu’elle savait plus ou moins disponible à nouveau pour enseigner à Poudlard. Cependant, il n’échapperait pas à ce petit entretien caractéristique des nouveaux emplois, qui consistait à vérifier ses aptitudes et ses compétences pour enseigner.

Lorsque Wilhelm Heltowni entra dans le bureau de Kristen, le mot de passe lui ayant été communiqué au préalable, la directrice de Poudlard était justement en train de perdre son temps et sa tête à quelques affaires complexes et fastidieuses, de ces nombreuses tâches qui lui incombaient bien malgré elle. Si on lui avait dit, des années plus tôt, qu’elle finirait assise derrière un bureau à faire de la paperasse, elle se serait probablement esclaffée : elle, derrière un bureau, que diantre ! Elle se leva donc, presque soulagée de revoir après de longs mois un visage qui ne lui était pas inconnu.

Si elle n’avait rien partagé de bien particulier avec son ancien collègue lorsqu’elle était professeur de Défense contre les Forces du Mal et lui d’Histoire de la Magie la première fois, elle se souvenait qu’il avait fait front face aux agents du Ministère venus l’arrêter pour usage du sortilège Doloris, lors de sa première année d’enseignement. Wilhelm avait alors défendu avec ironie Arseni, qui avait inventé un mensonge pour la défendre elle-même, se mettant considérablement en danger. Sans connaître réellement ni Arseni ni Kristen, Wilhelm avait de lui-même défendu ces deux personnes. Il y avait beaucoup d’inconscience et d’innocence dans cet acte, ce qui aurait pu faire naître du mépris chez Kristen, mais Wilhelm semblait plus ou moins échapper à ce jugement fatal.

En se levant, elle serra la main de Wilhelm, qui s’était approché. Elle se rassit aussitôt, invitant Wilhelm à en faire de même en lui indiquant la chaise de l’autre côté du grand meuble en bois.


« Wilhelm. C’est un plaisir. »

Elle soupira, balayant d’un geste l’étendue de son vaste bureau.

« Vous voyez, il suffit de survivre aux péripéties de Poudlard pour s’offrir le privilège de posséder un bureau plus grand que les autres… »

Une consolation qui n'en était même pas une. Elle replaça quelques papiers sur son bureau en soupirant encore, secouant à peine la tête.

« Enfin. Avant de commencer, et si vous me donniez un peu de vos nouvelles ? »

Wilhelm Heltowni ne pouvait pas le savoir, mais cette question faisait déjà partie de l'entretien, en même temps qu'elle était posée par politesse. Avec toutes ces allées et venues de professeurs, à laquelle Wilhelm avait participé d'ailleurs, il semblait de plus en plus important de se renseigner sur la situation actuelle de ceux qui s'apprêtaient à rejoindre l'équipe professorale.

« Si je voulais essayer de définir d'une manière quelconque l'expression singulière de leurs regards, je dirais que jamais je ne vis d'yeux brillant plus énergiquement de l'horreur de l'ennui et du désir immortel de se sentir vivre. »

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La dernière fois que Wilhelm était entré dans ce bureau, c'était pour son entretien d'embauche au poste de professeur d'Astronomie, plus de deux ans auparavant. Si, sous la direction du professeur Stoyanov, les couleurs slaves étaient discrètement dissimulées çà et là, le bleu, le rouge et le blanc avaient définitivement laissés place à un coloris beaucoup plus sobre, sombre et studieux. Le sol autrefois brun comme l'étaient les couloirs avait été refait à neuf et était à présent composé de plaques de marbre noir entre les fentes desquelles serpentaient de longs filaments blancs, tels les veines saillantes à la surface de la main. Il n'y avait guère de soleil dans la pièce, en particulier en ce jour tempétueux, mais les bougies éclairaient les lieux et leur luminosité se reflétait dans les objets d'argent et cristal pendus au plafond, donnant à la pièce une atmosphère paradoxalement paisible dans un lieu où les cerveaux bouillonnent.

La Directrice se leva et s'approcha de Wilhelm pour lui serrer la main et l'inviter à s'asseoir, ce que le polonais fit. Il constata qu'elle n'avait plus besoin de canne pour se déplacer. La médecine sorcière faisait de réels progrès de nos jours. Mais était-ce réellement de la magie ? Wilhelm sortit rapidement son inhalateur et l'actionna rapidement avant d'engager l'entretien tandis que le professeur Loewy ne le regardait pas. Elle l'avait entendu. Première gaffe. Ça commençait bien. Faisant fi de sa gaffe ─ après tout, il ne passait pas une journée sans mettre au moins trois fois les pieds dans le plat ─, il se dit qu'écouter celle qui pourrait devenir son employeuse ne serait pas une mauvaise idée. Il lui confirma qu'il lui plaisait également de la revoir à nouveau, dans ces conditions plutôt... calmes
*quoique la situation soit bien étrange...* se dit-il et afficha un léger sourire compatissant en entendant le ton ironique de sa phrase.

« Et vous qui adorez la paperasse... »

Elle soupira une énième fois en peu de temps, avant de poser une question bénigne. Entre temps, Heltowni s'était installé de la manière qu'il trouvait la plus confortable, soit le dos bien calé contre le dossier du fauteuil nettement moins luxueux que celui qui était de l'autre côté du bureau et sur lequel la Directrice de l'école était assise, la jambe droite croisée sur la gauche, les épaules relevées, le restant du corps semblant déployé et paré à toute éventualité. Il avança sa main droite en direction de Kristen Loewy et mit en évidence l'annulaire, dont un reflet argenté prouvait son amour.

« Plein de bonnes choses... ! »

Mais il y avait aussi bien d'autres choses. Certaines étaient trop précieuses ou privées pour que Wilhelm ose en parler explicitement. Néanmoins, il se devait de justifier quinze mois de cavale sans donner aucune nouvelle et après avoir précipitamment quitté son poste. Ça lui en coûterait mais au moins, il serait certain de partir sur une relation de confiance. De toutes les significations qu'avait le terme « partir », d'ailleurs.

« Et le reste. J'essaierai d'être bref. »

Il se connaissait bien. Si l'exhaustivité était son domaine de prédilection, la brièveté ne l'était pas. C'était peine perdue, en réalité. Vingt ans qu'il essayait de raccourcir ses réponses, vingt ans qu'elles s'allongeaient.

« Vous vous rappelez de Jaxson Blackstorm, mon frère de cœur ? Il est mort. Il fit une pause de quelques secondes puis reprit. Il recherchait l'homme qui l'avait fait devenir loup-garou. Il m'avait demandé de le rejoindre, qu'il me voulait à ses côtés pour cette fois-ci. J'avais un mauvais pressentiment. Un soir, à New York, il était sûr de le tenir. C'était un piège. Je n'ai rien pu faire... »

Il semblait enfin y avoir de l'amélioration de ce côté-ci. Il soupira comme l'avait fait Kristen, mais se ressaisit bien vite. Il n'était pas aux Trois Balais où il aurait pu sans problème épancher sa tristesse dans un verre de Whisky-pur-Feu. Sa voix tremblotait légèrement, pensant à cette nuit fatidique durant laquelle cette moitié d'âme avait disparu à jamais, lorsqu'il retourna la question à la Directrice.

« Les nouvelles sont-elles meilleures à Poudlard ? »

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Quand Wilhelm Heltowni montra fièrement son anneau de fiançailles, Kristen releva à peine les yeux sur lui et afficha une mine complètement désintéressée. Elle haussa rapidement les sourcils, esquissant un sourire plus ironique qu’autre chose, et ne parvint même pas à faire semblant de se réjouir pour le peut-être futur professeur d’Histoire de la Magie. Au fond, elle se disait qu’elle aussi avait été fiancée, mais que cela ne garantissait rien, alors pourquoi se réjouir ? Et puis après tout, une bague de fiançailles, traditionnellement, c’est un bout d’or qu’on garde à disposition pour la revente en cas de coup dur. Vous ne le saviez pas ? Et oui, ça casse le mythe. Le romantisme ? Mais de quel romantisme vous parlez ?

Si cet anneau n’avait en rien réussi à l’intéresser, elle parvint à se remettre en condition, et croisa ses doigts entre eux, relevant la tête bien haut et sondant tout à fait le fond des yeux de son interlocuteur. Lorsqu’il mentionna le nom de Jaxson Blackstorm, Kristen hocha un peu la tête. Ce nom ne lui était en effet pas inconnu : le professeur Blackstorm avait enseigné à Poudlard et avait été un petit moment le directeur de Poufsouffle. En revanche, elle ne connaissait rien des relations qu’il entretenait avec Wilhelm, ne s’y intéressant à vrai dire pas du tout.

Le récit des mésaventures de Wilhelm – et surtout de Jaxson – terminées, Kristen prit un air songeur. Elle était assez perplexe quant aux priorités de son ancien collègue : il avait la capacité de se réjouir de nombre de bonnes choses alors que son « frère de cœur » avait péri sous ses yeux. C’était soit un bon signe, car cela montrait qu’il était capable d’aller de l’avant et voir le bon côté d'une situation globale (ce que Kristen avait du mal à comprendre, mais qu’il fallait apparemment respecter), soit cela ne montrait rien de plus qu’un clair manque de loyauté de la part de Wilhelm. N’avait-il pas essayé de se venger ? Etait-il pur au point d’exécrer les bassesses de la vengeance ? La directrice de Poudlard ne prit cependant pas la décision de demander plus d’informations à l’ancien directeur de Serpentard, et se contenta de murmurer qu’elle était désolée. Wilhelm changea alors la direction de la conversation, la dirigeant vers Poudlard.

Kristen inspira longuement, laissant ses épaules se lever puis s’affaisser et prenant un air assez désolé.

« Il s’est passé beaucoup de choses, depuis votre départ. J’imagine que les journaux raconteront ces événements avec un ton beaucoup plus sensationnel que je ne pourrais le faire. Et vous n’êtes pas sans savoir que nous accueillons cette année le Tournoi des Trois Sorciers… »

La directrice de Poudlard avait laissé sa phrase en suspension, appliquant une dose d’ironie aux derniers mots. Après avoir fermé les yeux et soupiré son agacement, elle reprit :

« C’est apparemment un honneur. Si vous voulez mon avis, j’ai surtout l’impression d’ouvrir grand la porte aux perfidies. Nous rendons nos murs poreux et tentons de boucher les failles avec une soi-disant bonne camaraderie… »

Elle pensa aux rencontres qu’elle avait faites, parfois agréables, et à ce que ne manquerait pas de lui réserver l’avenir. Elle ne pouvait pas se sentir à l’aise avec tout ce méli-mélo d’intentions égoïstes, sur fond de compétition magique dangereuse et aussi inutile que la gloire qu’elle était censée apporter au vainqueur.

« C’est vrai ; c’est un honneur, une excellente idée ! Je finirai par penser que la Coopération Magique Internationale a autant d’humour que moi. Enfin ! »

Kristen pensa qu’elle en avait peut-être trop dit, mais elle devait bien cela à son interlocuteur, qui lui avait exprimé une partie de ce qu’il avait sur le cœur. De toute façon, elle ne se cachait pas plus que cela de dire ce qu’elle pensait réellement du tournoi : seulement, elle y mettait globalement les formes. Elle poursuivit rapidement, désireuse de reprendre l’entretien :

« Vous avez amené ce que je vous avais demandé ? »

Pour cet entretien, Wilhelm devait préparer tout un dossier, mettant en avant ses capacités à enseigner, et livrer le contenu global d’un cours qu’il donnerait aux élèves. C’est cela que Kristen attendait à présent.

« Si je voulais essayer de définir d'une manière quelconque l'expression singulière de leurs regards, je dirais que jamais je ne vis d'yeux brillant plus énergiquement de l'horreur de l'ennui et du désir immortel de se sentir vivre. »

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Wilhelm put constater avec un sourire de circonstance que Kristen Loewy maniait l'ironie d'une main de maître. Il l'avait remarqué au détour d'une ou deux conversations strictement professionnelles qu'il avait pu avoir avec elle auparavant, mais jamais ne l'avait-il constaté autant mis en exergue. Si Heltowni pouvait comprendre le point de vue du professeur Loewy à propos du Tournoi des Trois Sorciers vis-à-vis des risques sécuritaires que cela pouvait poser au vu des récents événements dans le monde sorcier (le monde moldu ? Quel rapport ici ?), il n'arrivait pas vraiment à comprendre cette haine vis-à-vis des écoles étrangères. Jalousie ? Peut-être... Ou volonté de conserver les secrets de Poudlard, ce qui était plus probable.

Elle ponctua son discours chargé d'amertume par une petite pique à la Coopération Magique Internationale à laquelle, si Wilhelm ne portait pas dans son cœur au vu de décisions prises des années auparavant, l'ancien Directeur de Serpentard plaçait tout de même un brin de confiance pour la gestion que ceux-ci avaient des relations entre les innombrables pays sorciers de la planète. La Directrice de Poudlard estima qu'il était de bon aloi de poursuivre l'entretien et lui demanda le dossier qu'il devait préparer. Wilhelm prit la petite sacoche brunâtre qu'il portait toujours et en sortit plusieurs parchemins qui avaient été protégés par un sortilège pour le transport.


« Voici... Sur le premier parchemin, vous trouverez les informations que j'ai pu récolter sur le sujet du cours ─ J'apprécie beaucoup la légende de Gwendoline la Fantasque ─ et le déroulement global de celui-ci avec les diverses méthodes pédagogiques utilisées ; sur le second, les questions auxquelles les élèves doivent répondre ; sur le troisième, les réponses précises que j'attends d'eux ; sur le quatrième, le barème de notation ; et sur le cinquième, les diverses sources avec lesquelles j'ai composé le sujet. »

Il espérait qu'elle passerait outre la mention « Un vieux et une vieille du fin fond du Pays de Galles » dans les sources sur la légende de Gwendoline. Cela dit, il y avait un indéniable côté mystérieux dans cette remarque et le polonais avait même ajouté le lieu de résidence des deux conteurs, qui avaient connu un franc succès en jouant les ménestrels durant leurs jeunes années.

Wilhelm donna les feuilles à la Directrice de l'école et reposa son nécessaire de travail contre l'immense bureau du professeur Loewy, tandis que celle-ci consultait ce qu'elle avait entre les mains.


« Je crois n'avoir rien oublié... Tout du moins, c'était la manière avec laquelle je travaillais lorsque j'enseignais encore ici, que ce soit à l'Astronomie ou en Histoire de la Magie. »

Wilhelm se tut et laissa Kristen se concentrer. En attendant, il observa le bureau qui, quoique sobre, gardait ce sentiment de respect et de suprématie à l'encontre du visiteur. Il tourna la tête quelque peu et vit ce qui ressemblait à un aigle ou à un pygargue ─ il n'était pas ornithologue et il n'y avait aucune indication permettant de déterminer de quel animal il s'agissait. Il observa ensuite les innombrables livres, lesquels étaient rangés dans des hauteurs de bibliothèque absolument fantastiques. Il sourit.

Finalement, il baissa le regard et constata que le professeur Loewy avait visiblement fini d'apprécier ce qu'il lui avait fourni tantôt. Il se redressa, croisa les mains devant ses genoux, presque comme un enfant, et brisa le silence, ne voulant entendre plus longtemps de savoir s'il était encore apte à donner un cours.


« Qu'en pensez-vous ? »

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Kristen saisit les documents apportés par le professeur Heltowni et les consulta avec une minutieuse attention, tout en écoutant d’une oreille ses explications. Elle feuilleta chaque page du dossier, plissant les yeux sur certains mots, haussant les sourcils, parfois, souriant avec amusement, et le referma doucement après ces quelques minutes d’analyse, puis le rendit à son ancien collègue.

« Tout me semble en ordre. »

Le « à nouveau professeur » Heltowni allait pouvoir rejoindre son bureau au sixième étage, qu’il avait quitté plusieurs mois auparavant. Dans le temps, les élèves semblaient apprécier ses cours, et il devait être un professeur de qualité pour que les jeunes ne s’ennuient pas trop dans des cours d’Histoire de la Magie.

« Vous pourrez occuper des appartements non loin de la salle commune de Poufsouffle, si cela vous convient. »

Blackstorm avait été directeur de Poufsouffle, et les appartements que Kristen proposait au nouveau professeur d’Histoire de la Magie étaient, à vrai dire, ceux juste adjacents à l’ancienne chambre de Jaxson Blackstorm. Certes, plusieurs professeurs étaient passés par là entre temps, mais il n’en restait pas moins que cet endroit du château pouvait rappeler à Wilhelm quelques souvenirs, s’il s’avérait être trop sensible. Cela dit, tout Poudlard pouvait lui rappeler son ancien collègue, si l’on prêtait attention aux détails.

Prenant un air très sérieux, la directrice de Poudlard préféra ajouter quelques mots quant à la situation dans laquelle se trouvait actuellement l’école, et ce que cela impliquait pour le nouveau professeur :


« Sachez une dernière chose. J’ai besoin de former une équipe stable. Si vous souhaitez réellement enseigner ici à nouveau, c’est cette école qui devra constituer le point culminant de votre devoir. Je me soucierai peu de vos affaires personnelles si elles n’impactent pas sur ce que vous aurez à faire ici. »

Kristen n’était en effet pas du tout du genre fouineuse, et ses collègues pouvaient bien mener leur vie, tant qu’ils faisaient correctement leur travail et que cela n’impactait qu’eux, ou en tout cas, personne qui ne soit en relation avec le travail. La directrice était exigeante sur ce point, puisqu’elle tenait à ce que chaque chose soit à sa place, et c’était son travail à elle de veiller à ce genre de choses, mais la vie tumultueuse d’untel ou untel ne l’intéressait absolument pas. Elle avait bien assez de choses à penser de son côté.

De son côté, cet entretien pouvait s'achever là. Elle se demandait si Wilhelm ferait partie de ces personnes un peu trop curieuses qui posent des questions au dernier moment, juste avant de sortir d'une pièce, peut-être parce que cela passe mieux. Cela donne un petit air "en passant" à l'interrogation, et semble lui donner moins d'impact. Kristen avait l'habitude de ces questions qui voulaient se faire passer pour des futilités, mais auxquelles les locuteurs attachaient beaucoup plus d'importance qu'à tout le reste.

« Si je voulais essayer de définir d'une manière quelconque l'expression singulière de leurs regards, je dirais que jamais je ne vis d'yeux brillant plus énergiquement de l'horreur de l'ennui et du désir immortel de se sentir vivre. »

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Le verdict finit par tomber. Malgré tout ce qu'il avait vécu ces derniers mois, il était encore apte à enseigner une matière qui nécessitait une telle diversité dans les connaissances. Il était soulagé, il est vrai. Le professeur Heltowni ─ il pouvait à nouveau porter ce titre sans avoir l'impression de l'avoir volé ─ afficha un sourire de reconnaissance envers sa nouvelle supérieure. Elle lui redonna le dossier qu'il avait dû composer et qu'elle venait d'examiner en lui indiquant que tout lui semblait en ordre. Wilhelm fut étonné de constater que les sources sur la légende de Gwendoline la Fantasque avaient été acceptées sans plus de questions. Mais enfin, c'était tant mieux pour lui, il n'aurait pas à subir de remarque sur le manque de diversité de ses bases de travail.

Elle lui indiqua ensuite qu'il pouvait dès à présent prendre place dans des appartements à la hauteur de la salle commune de Poufsouffle. Wilhelm eut un pincement au cœur en comprenant qu'il ne serait plus affilié à Serpentard, que ce temps était désormais révolu ; la page était écrite et tournée, l'encre sèche. Néanmoins, il ne tarda pas à se rappeler que le Chapeauflou qu'il était avait précisément manqué d'atterrir dans la Maison des loyaux et il se ragaillardit en y pensant. C'était sans doute pour cette raison particulière que le Choixpeau avait tant hésité avant de finalement l'envoyer à Serdaigle plutôt qu'à Poufsouffle.

Avant qu'il ne reprenne cependant ses marques au sein de l'école, le professeur Loewy l'avisa d'une dernière chose, qu'il écouta d'une oreille attentive : son devoir pour Poudlard devrait passer avant toute autre chose. Il se devrait de placer l'école comme sa plus grande priorité, au-delà même de ses affaires privées. Cela serait sans doute plus compliqué au vu des récents événements qu'il lui était arrivé, mais il avait parfaitement réussi à en faire abstraction durant son précédent professorat, aussi n'avait-il aucun doute qu'il parviendrait à nouveau à se concentrer principalement sur l'éducation des jeunes sorcières et sorciers. Il acquiesça du chef, montrant qu'il avait compris les impératifs de son engagement et les raisons de cette contrainte qui, finalement, n'en était pas vraiment une.


« Je comprends tout à fait. De toute manière... J'ai accompli tout ce qu'il m'était nécessaire pour pouvoir avancer. »

Elle lui fit ensuite comprendre que l'entretien pouvait se terminer là, qu'il pouvait s'installer rapidement dans ses nouveaux appartements et la salle de classe qu'il avait laissée plus d'une année auparavant. Il sourit à nouveau et la remercia chaleureusement pour la confiance qu'elle lui accordait à nouveau. Il se leva de sa chaise, sentant son cœur accélérer de joie et lui serra vigoureusement la main avant de reprendre ses affaires et de lui tourner les talons. Il s'apprêtait à quitter la pièce quand il se retourna et observa la décoration.

« Sobriété et sérieux... Rien de mieux pour vous résumer... dit-il dans un murmure que la Directrice de Poudlard ne pouvait qu'avoir entendu. »

Finalement, il lui souhaita une bonne journée et se dit qu'il la reverrait sans aucun doute dans les jours ou heures qui suivraient. Il ne lui restait plus qu'à rentrer rapidement à Londres et faire ses affaires, bien qu'il devrait rester loin de MK pour de longs mois, qu'ils ne pourraient plus communiquer ensemble que par hiboux interposés. Il ferma la porte en chêne, soupira en constatant qu'ils allaient vivre à plus de quatre cents kilomètres l'un de l'autre, haussa les épaules et descendit une à une les marches de l'escalier. Un nouveau jour se lève, à nul autre pareil...

Reducio
RP fini de mon côté... On aura mis un moment avant d'en faire un ensemble, mais ça aura été un plaisir ! À charge de revanche ? ;)

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Kristen hocha la tête aux paroles de Wilhelm. Puisque les affaires de celui-ci étaient apparemment en ordre, son travail serait sans doute plus efficace. Elle en profita pour lui faire un signe de tête qui faisait office de salut et ne perdit pas de temps pour se replonger dans ses propres documents, ramenant devant elle tout un tas de papiers, plongeant sa plume dans l’encrier et traçant quelques mots à droite et à gauche. Elle releva la tête et prit un air surpris lorsque Wilhelm utilisa deux qualificatifs tant pour sa décoration, apparemment, que pour elle-même. Sincèrement amusée, elle expira son sourire, et regarda Wilhelm s’en aller, après l’avoir plus correctement salué.

Avant cette entrevue, Kristen n’avait pas d’avis spécialement tranché sur Wilhelm. Comme nous l’avons dit plus tôt, il avait défendu ses collègues par le passé, mais son acte avait sur le coup été beaucoup de bruit pour rien, et cela n’avait pas suffit à Kristen pour apprécier plus que cela le polonais, sur le long terme. Cependant, aujourd’hui, si elle n’en ferait pas non plus un ami, le professeur Heltowni avait parlé suffisamment juste pour ne pas avoir à subir le regard plein de jugement de la directrice de Poudlard, et elle n’avait pas particulièrement été agacée par son comportement – quand beaucoup d’autres lui étaient difficilement supportables. La plupart des gens étaient tant de petites pestes à soigneusement éviter. Pour cela, l’emplacement de la tour du directeur était particulièrement plaisant et approprié.

Ayant suivi du regard la sortie de Wilhelm, sa plume toujours à la main, elle ne put éviter le regard accusateur de l’aigle qui se tenait au-dessus de sa porte. Ses yeux semblaient plus réels aujourd’hui, il paraissait plus imposant qu’autrefois, et ne semblait pas déterminé à disparaître. La magie qui habitait ce bureau, permettant à celui-ci de prendre une forme appropriée à son occupant, avait-elle cherché à lui donner une leçon ? Plusieurs fois, le professeur Loewy avait tenté de faire disparaître cette sculpture, mais elle revenait, inlassablement, et l’observait toujours. Le dessus de la porte était l’endroit parfait, il devait offrir une vision d’ensemble à cet oiseau de pierre. La directrice, serrant les dents, appuya la pointe de sa plume sur un parchemin, et on l’entendit craquer sous la force de sa main, tandis que l’encre s’étendait en petites gouttes sur le document. Le « crac » l’avait sortie de ses pensées et exaspérée, elle attrapa sa baguette, la pointa vers le document afin de le faire paraître comme neuf. Courage, encore quelques mois à tenir. Un dernier regard haineux vers la statue, et elle pensa...

Then the bird said, “Nevermore.”


FIN.


Reducio
Quand tu veux mon petit chou, c'était un plaisir ! :love:

« Si je voulais essayer de définir d'une manière quelconque l'expression singulière de leurs regards, je dirais que jamais je ne vis d'yeux brillant plus énergiquement de l'horreur de l'ennui et du désir immortel de se sentir vivre. »