Bureau de la directrice

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1. ÊTRE OU NE PAS ÊTRE
Kristen Loewy, 7ème année à Gryffondor.
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2. LA RÉSERVE
Kristen Loewy, 7ème année à Gryffondor.
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3. TOUTE FIN A UN DÉBUT
Kristen Loewy, le jour de sa première rentrée à Poudlard.
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4. LE TOURNOI FINAL
Kristen Loewy, dernière année à la Grande École de l'Art du Duel (GEAD) d’Écosse.
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5. LE GÉNIE DE LA LAMPE,
LA CAVERNE D'ALI BABA ET LES VOLEURS

Kristen Loewy, 7ème année à Gryffondor.
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6. RISÉD.
Kristen Loewy, Directrice de Poudlard.
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7. LA CITÉ DOLENTE
Kristen Loewy, Directrice de Poudlard.
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8. LUDWIG VAN CHAT
Kristen Loewy, Directrice de Poudlard, & Ludwig
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Dernière modification par Kristen Loewy le 9 novembre 2017, 10 h 14, modifié 9 fois.

Moi, je suis en quelque sorte un philosophe. Mon sujet d'étude, c'est vous. Je fais des recherches sur vous, votre vie, votre âme.

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« Ouais, bah, toujours dans ses bouquins, celle-là, disait-on. »
Et on se demandait ce qu’elle faisait à Gryffondor, si c’était pour toujours traîner avec les intellos de Serdaigle. Elle passait le plus clair de son temps dans le silence de la bibliothèque, à réviser quelque examen ou plus simplement, n’importe lequel de ses cours. Kristen était une élève sérieuse, d’aucuns diraient peut-être même qu’elle l’était trop pour une adolescente. Il faut savoir s’amuser, profiter de sa jeunesse ! Aux camarades qui l’encourageaient à sortir, à faire des choses interdites – parce que c’est vraiment super, de faire des choses interdites, ça donne une réputation à Poudlard, en particulier lorsqu’on est à Gryffondor et qu’on doit faire comme si on était un genre de nouveau rebelle – elle répondait, levant les yeux aux ciel et soupirant :
« Pour quoi faire ? »
Et ceux-ci de répondre que c’était pour rire, pour avoir des souvenirs, des trucs à raconter.
« Ah. »
Ce « ah » était en effet une relique de son passé d’étudiante à Poudlard, une réponse courte qui avait toujours voulu dire beaucoup plus de choses qu’il n’y paraissait. Ce « ah », c’était « ah, donc tu es vraiment idiot » ou « ah, donc c’est ça ta justification », ou plus simplement, mais tout aussi efficacement « ah, je m’en fous ». Puisqu’à cette époque, il n’y avait pas grand-chose qui pouvait intéresser Kristen en dehors des cours. Convaincue qu’on n’obtenait rien sans rien, elle avait toujours trouvé que le travail était la meilleure chose qui pouvait occuper notre temps, car toujours bénéfique, à terme. Par ailleurs, elle pensait sincèrement qu’être une sorcière était une chance, et qu’il serait définitivement scandaleux de jeter ce don par la fenêtre en en faisant n’importe quoi. Elle avait alors développé un certain mépris pour tout ce qui concernait les farces et attrapes soi-disant révolutionnaires utilisées par ses camarades de Gryffondor, et la seule fois où elle avait tenté de participer à ce genre de manifestations de rébellion, étant témoin du placement d’une bombabouse dans le bureau du concierge, elle n’avait même pas trouvé cela amusant.

Ce n’était pas faute de tenter de l’approcher, car Kristen était une jolie jeune fille, et son air détaché, s’il agaçait la plupart de ceux qui avaient tenté leur chance pour la ramener dans le monde des jeunes fêtards – et lamentablement échoué – avait tendance à attirer certaines personnes. C’était un challenge, voyez-vous, un défi à relever. Parfois, ça partait en : hey, t’es chiche de demander à Kristen d’aller au bal avec toi ? et l’élève en question, tout timide qu’il était, de se présenter tout tremblant et bredouillant : « Hé, euh, Kristen, est-ce que, euh… » et c’est à ce moment-là qu’elle relevait la tête de derrière son gros bouquin sur les créatures dangereuses, l’air las. Le pauvre garçon rougissant se tordait les doigts les uns sur les autres et se précipitait : « Est-ce-que-tu-veux-aller-au-bal-avec-moi ? » Et replongeant sa tête dans son livre, la jeune Gryffondor répondait invariablement : « Non. »

Elle possédait de rares fréquentations à Serdaigle, qui étaient plus des camarades de révisions qu’autre chose. Et encore, dans ces groupes où les élèves se regroupent pour réviser ensemble, s’ils révisent vraiment, on peut être sûr qu’il règnera entre eux un silence de mort. Disons donc que Kristen avait un don pour se choisir des « amis » particulièrement silencieux et peu contraignants, qui l’appréciaient sans doute pour ces mêmes raisons. De toute sa scolarité, elle n’avait noué aucun lien particulier. Il n’y avait pas vraiment d’intérêt, selon elle, à avoir des amis, car alors il fallait se préoccuper d’eux, et ces sentiments avaient quelque côté parasite qui s’accompagnait d’obligations tout à fait désagréables : retenir les dates d’anniversaires, acheter des cadeaux pour ces anniversaires, consoler quand cela n’allait pas, être hypocrite… Cela, c’était une chose que Kristen avait très vite remarqué : les amis sont les personnes les plus hypocrites qui soient. « Est-ce qu’elle me va, cette robe ? » et l’adorée, la formidable amie de répondre : « Mais oui, tu es ravissante », quand la pauvre fille ressemblait plus à un rosbif qu’à quelque chose d’humain. Pourquoi ne pas simplement dire la vérité ? Etait-ce si difficile, de dire que cette fichue robe la boudinait comme pas possible ? Et résultat, la pauvre femme-rosbif allait se ridiculiser, mais pas grave ! puisqu’elle aurait sa chère amie pour lui dire « t’inquiète pas, moi je te trouve superbe », et après tout, c’est le plus important, non ? Non. Si Kristen devait un jour devenir amie avec quelqu’un, cela viendrait naturellement, puisqu’elle ne se forcerait à rien, et elle n’en serait que plus sincère. Malheureusement, ce genre d’amitié sincère est bien plus difficile à forger, car destinée à quelques rares élus. C’est parce que ce n’est pas une amitié de circonstance, ces amitiés ridicules qui se font parce que le destin a posé deux personnes à côté au hasard, lors d’un cours de Défense contre les Forces du Mal.

Cette matière, d’ailleurs, était celle qu’elle préférait, avec les Soins aux Créatures Magiques. Elle avait développé une certaine affection pour les créatures, probablement grâce à ses parents, qui avaient eux-mêmes une passion pour toutes sortes de bébêtes. Les Soins aux Créatures Magiques lui permettaient de s’évader, et elle se portait parfois volontaire pour aider son professeur à nourrir les hippogriffes. Les animaux, au moins, avaient l’avantage de ne pas être trop bavards. Ils communiquaient simplement, par signaux, et ne disaient que le nécessaire : j’ai faim, j’ai soif, je veux dormir, et parfois, pour les plus câlins d’entre eux : je veux des caresses. C’était simple : un besoin engendrait un comportement, et le comportement la satisfaction de ce besoin. Il n’y avait pas de détours, pas d’ambitions farfelues, pas de concurrence dérisoire.

La Défense contre les Forces du Mal, en revanche, était une matière qu’elle appréciait particulièrement pour son côté pratique. C’était quelque chose d’indispensable dans cet univers impitoyable peuplé d’êtres stupides, cupides, voire putrides. Si le monde n’avait été fait que de fleurs et de gentils animaux, de papillons et de licornes, Kristen n’aurait sans doute pas trouvé grand intérêt dans la Défense contre les Forces du Mal ; mais son regard pessimiste sur le monde ne lui permettait pas de faire autrement. Par ailleurs, Kristen avait toujours été particulièrement douée dans cette matière, sa magie s’y prêtant apparemment fort bien. Elle avait développé un style de magie qui était tout à fait en accord avec son caractère : c’était quelque chose de précis, net, rapide. C’était une magie qui n’avait pas le temps.

Son examen pratique de Défense contre les Forces du Mal pour les A.S.P.I.C avait d’ailleurs été particulièrement vite réglé. Elle y était allée, calme, et avait enchaîné les étapes sans sourciller. C’était peut-être cette insouciance qui faisait d’elle la Gryffondor qu’elle était : ce n’est pourtant pas qu’elle était particulièrement courageuse, à ce moment de sa vie, ou si pleine d’orgueil qu’elle se croyait capable de tout surmonter, mais son apathie entraînait naturellement une absence totale du sentiment de peur.

A cette époque, l’examen pratique de Défense contre les Forces du Mal se déroulait dans la forêt interdite. Un espace y avait été aménagé, et donnait une impression de naturel ; cependant, quelqu’un qui s’y connaissait un peu pouvait aisément se rendre compte que tout était une mise en scène. Plusieurs créatures n’étaient pas à leur place, et Kristen s’était un peu amusée de ces erreurs. Elle avait dû affronter un Épouvantard, aussi. Il avait pris la forme d’une petite chose insignifiante qui osait arborer son visage, une espèce de créature rampante et faible. Vous commencez peut-être à comprendre. Oui, la Kristen qui était en septième année à Poudlard, cette jeune fille de dix-sept ans, se rapproche étrangement de ce qu’est la Kristen d’aujourd’hui, trente-sept ans – bientôt trente-huit ! et qui est directrice de Poudlard. Il lui aura fallu passer par des tas d’étapes dans sa vie pour en revenir plus ou moins au point de départ, avec au choix une valeur ajoutée ou des éléments de sa vie bousillée.

Et c’était cette Kristen-là qu’aujourd’hui, elle ne voulait pas décevoir. Elle ne voulait plus être celle qui avait foutu sa vie en l’air pour tenter de faire autre chose, faire quelque chose de grandiose, « s’amuser », enfin, mais pas comme tout le monde. Faire plus, voir plus grand et dépasser trop de limites. Mépriser les petites farces des gamins de Gryffondor en partant dans des délires plus hauts, et quitte à faire n’importe quoi, autant le faire bien.

Aujourd’hui, il fallait faire ce qu’il fallait faire, se maintenir dans la droite voie, sans s’arrêter. Foncer, mais foncer droit, ne pas perdre de temps et n’avoir peur que de la faiblesse – que ce soit la faiblesse d’esprit, dont elle avait hautement fait preuve par le passé, ou la faiblesse de corps, qu’elle avait aussi subie. Il y a des responsabilités qui impliquent qu’on ne peut pas flancher ; et on peut souffrir, mais céder à la souffrance est interdit. Il vaut mieux l’enfermer, quitte à retrouver cette apathie inhumaine, qui entraîne souvent une douloureuse solitude, mais il faut que nos épaules tiennent le choc.
Dernière modification par Kristen Loewy le 9 novembre 2017, 10 h 26, modifié 1 fois.

Moi, je suis en quelque sorte un philosophe. Mon sujet d'étude, c'est vous. Je fais des recherches sur vous, votre vie, votre âme.

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Plusieurs jours avaient passé, sans que cette question ne puisse lui sortir de la tête. Elle avait beau la tourner dans tous les sens, aucune explication logique ne lui parvenait. Elle ne pouvait résoudre cette énigme d’elle-même ; elle ferait donc toutes les recherches nécessaires pour pouvoir obtenir une réponse. Cependant, rien de ce qu’elle voulait savoir ne se trouverait dans la bibliothèque de Poudlard. Il faudrait fouiller dans la réserve.

Elle était allée voir le professeur chargé de la Maison Gryffondor afin d’obtenir une autorisation de consulter des livres de la réserve. En tant qu’élève de septième année, elle aurait sans doute plus de facilités à obtenir cette autorisation, bien que les professeurs fussent assez frileux sur la possibilité pour les élèves de s’y rendre. Kristen ne s’adressait que très rarement à son directeur de Maison : elle n’avait rien à lui dire, et si elle avait voulu se confier à quelqu’un, elle l’aurait plutôt fait auprès des hippogriffes du professeur de Soins aux Créatures Magiques.

Elle se présenta devant le professeur avec son air habituel, c’est-à-dire qu’elle arborait un regard assez inexpressif et parlait d’une façon que l’on qualifierait presque de monotone :

« Bonjour, professeur. »
L’adulte en question remonta ses lunettes sur son nez cabossé et adressa à sa jeune élève avec un air enjoué.
« Ah, Mademoiselle Loewy ! Je n’ai pas souvent le plaisir de vous voir toquer à ma porte. »
Qu’est-ce que je disais ? En vérité, il y avait de fortes chances pour que ce professeur ait eu conscience de l’existence de Kristen uniquement en raison de ses résultats scolaires, ou bien par les bruits de couloirs des élèves de Gryffondor, qui ne devaient d’ailleurs pas être très élogieux.
« C’est vrai. Je suis navrée de vous déranger, professeur, mais j’aurais une faveur à vous demander.
- Une faveur ? Quelle est-elle ? demanda l’adulte, visiblement surpris. »
Kristen rentra ses mains dans les larges manches de sa cape de sorcière et se les frotta doucement entre elles. Elle n’osait plus regarder son professeur dans les yeux, et fixait le parquet sombre de la pièce.
« Je me demandais si vous pouviez me signer une autorisation pour entrer dans la réserve. »
Fronçant les sourcils, le professeur examina son élève, qui venait de relever les yeux vers lui. Ils se fixaient maintenant tout à fait, et la jeune fille tentait de dissimuler sa gêne. Ce n’était pas très bien vu, de vouloir consulter des ouvrages de cette sombre partie de la bibliothèque. Kristen espérait qu’au vu de ses résultats, l’autorisation lui serait donnée sans devoir fournir plus d’explications. Malheureusement, son professeur était quelqu’un de vigilant, et ne tenait pas particulièrement à ce que ses élèves adorés consultent des livres un peu douteux.
« Y a-t-il un sujet qui vous intéresse particulièrement ? »
Kristen ne parvint pas à dissimuler sa surprise, et elle détourna à nouveau le regard, se concentrant encore sur le sol. Un très beau parquet, décidément. Elle était complètement grillée. Elle se frottait les mains un peu plus vite sous ses manches.
« Euh, je… Oui, en fait, je me demandais pourquoi… Enfin…
- Oui ?
- C’est pour un cours de Défense contre les Forces du Mal. Je voulais aller un peu plus loin dans mes recherches. »
Les deux se regardaient en chien de faïence, Kristen croyant avoir réussi à éviter une question – et une réponse – dérangeante, et son professeur essayant de sonder son élève, cherchant dans ses yeux à deviner quelle aurait pu être sa véritable question. Néanmoins, il finit par sortir du tiroir de son bureau un petit parchemin, prit sa plume d’oie, et traça les mots suivants :

« J’autorise Mademoiselle Kristen Loewy à consulter des ouvrages de la réserve de la bibliothèque, dans le cadre de ses recherches pour un cours de Défense Contre les Forces du Mal. »

Et il conclut par une rapide et extravagante signature, qui avait manqué de tout simplement briser le bout de sa plume. En tendant le parchemin signé à son élève un sourire se redessina sur ses lèvres :
« Je compte sur vous pour vos A.S.P.I.C en fin d’année, Mademoiselle Loewy. Vous êtes l’une de mes meilleures élèves. En espérant que cette virée dans la réserve vous permette d’exceller un peu plus. »
Kristen saisit le parchemin de ses deux mains, comme un japonais recevrait une carte de visite, en penchant un peu la tête vers l’avant.
« Merci, professeur. »

Le soir même, elle s’était rendue à la bibliothèque de Poudlard. C’était un samedi, alors elle n’était pas vraiment fréquentée, les élèves n’ayant pas besoin de faire leurs devoirs pour le lendemain. Il y avait seulement quelques élèves qui ne perdaient pas de temps et révisaient leurs A.S.P.I.C, qui auraient lieu dans quelques mois. Mais le temps passait vite, et les révisions s’empareraient de chacun plus vite que prévu. Elle avait posé son sac à bandoulière sur une table excentrée, où elle était quasiment sûre de ne pas être dérangée – elle l’était de toute façon assez peu, de manière générale – et parcourait désormais les rayons de la réserve. Il y avait des ouvrages dont seuls les titres pouvaient faire frémir quelqu’un d’un peu trop sensible. Elle prit sous son bras un ouvrage très ancien dont le titre s’avérait autant inspirant qu’inquiétant : Des Grandes Noirceurs de la Magie, écrit par Godelot, qui fut l’un des détenteurs de la baguette de sureau – objet qui avait particulièrement intéressé Kristen, lorsqu’ils l’avaient évoqué en cours d’Histoire de la Magie ; et d’autres ouvrages comme Châtiment et Crime, écrit par un sorcier anonyme, Les véritables histoires de la Magie Noire, œuvre d’un certain J.H. Stuart.

Arrivée sur sa table de travail, elle posa les trois lourds ouvrages et passa des heures à les étudier, à prendre des notes sur un carnet, à se poser plus de questions encore qu’avant. Son principal problème était simple, mais aucun de ces livres ne semblait répondre de manière claire et précise à sa question : pourquoi a-t-on fait une distinction entre magie blanche et magie noire ? Sans faire preuve d’une imagination particulière, un sortilège d’Attraction pouvait tuer aussi bien que le pire des sortilèges impardonnables, alors pourquoi ? Cela s’apparentait probablement à une grande hypocrisie, un délire collectif qui cachait son caractère absurde sous une bonne couche de soi-disant bon sens.

Dans le livre de Godelot, elle apprit l’existence de procédés magiques dont ses professeurs n’avaient jamais osé parler, des choses affreuses qui, rien qu’à lire, étaient difficiles à supporter. Dans Châtiment et Crime, elle put se renseigner sur différents mages noirs, les crimes qu’ils avaient commis, et le châtiment qu’ils avaient reçu en conséquence. Cependant, elle avait aussi pu apprendre que certains supplices utilisés par les plus honorables des sorciers puisaient leurs sources dans les artères les plus profondes de la magie noire, mais qu’aujourd’hui, cela paraissait totalement normal, puisqu’après tout, ces histoires étaient bien trop vieilles pour qu’on s’en préoccupe, et il était trop tard pour que l’on souille le souvenir de ces morts d’autrefois. L’ouvrage intitulé les véritables histoires de la Magie Noire de J.H. Stuart fut sans doute le livre qui lui apporta le plus de réponses : il confrontait de multiples hypothèses quant aux premières manifestations de magie dite « noire », et se contentait de formuler le tout de manière très scientifique et détachée, ce qui plut particulièrement à la jeune Gryffondor. Mais c’était encore incomplet. On parlait de magie noire comme d’un fait avéré, non comme une hypothèse.

Kristen dut quitter la bibliothèque quand celle-ci ferma ses portes. Dans un soupir, elle claqua les livres, et les replaça à leur place exacte. Elle rangea son carnet de notes dans son sac, passa la bandoulière sur son épaule, et s’en alla, des questions encore plein la tête.
Dernière modification par Kristen Loewy le 9 novembre 2017, 10 h 28, modifié 1 fois.

Moi, je suis en quelque sorte un philosophe. Mon sujet d'étude, c'est vous. Je fais des recherches sur vous, votre vie, votre âme.

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Avant le départ


Cordelia se tenait accroupie, en face de sa petite fille, qui, debout, était à peine plus grande qu’elle. Elle lui arrangeait les cheveux, tirant sur les pointes de chaque côté de son visage et souriant avec satisfaction.
« Comme tu es belle ! soupira-t-elle. »
Et Kristen baissait les yeux, gênée, tandis que sa mère se relevait, lui arrangeant une dernière fois ses mèches de jais. Afin d’éviter le transport jusqu’à Londres, la famille Loewy, en tant que sorciers pur-souche (ou presque, il y avait juste deux ou trois personnes qui étaient allés charmer des moldus, mais est-ce que cela comptait vraiment, quand les autres générations s’étaient efforcées de se marier entre sorciers ?) avait décidé d’emprunter le réseau de cheminettes. Ils possédaient, dans leur salon un peu poussiéreux, une vieille cheminée qui l’était tout autant, et à son pied, il y avait comme un gros sac de toile plein de cendres qui permettait de faire les voyages. Kristen n’avait jamais été très rassurée quant à ce machin-là, et appréhendait un peu ce moment. En plus, elle se demandait bien pourquoi sa mère l’avait recoiffée, si c’était pour ensuite aller se faire tout cramer dans la cheminée.
« Et Indy ? Il ne peut pas nous emmener ? »
Angus sourit chaleureusement à sa fille. Indy était l’hippogriffe préféré de Kristen. A vrai dire, il était né à peu près en même temps qu’elle, et ils avaient toujours joué ensemble. La petite fille lui avait parfois tiré sur les plumes, mais l’hippogriffe, aussi jeune et joueur, avait compris que ce n’était qu’un jeu, et ne s’en était jamais offusqué. En revanche, Kristen avait reçu la ferme interdiction de jouer avec les autres hippogriffes, qui eux, n’avaient pas eu cette humaine de camarade de jeu dans leurs jeunes années, et étaient donc bien trop fiers pour se laisser si simplement approcher. Angus expliqua à sa fille :
« Indy n’a pas le droit de voler comme il veut, et surtout pas avec nous dessus.
- Encore à cause des Moldus ? accusa Kristen.
- Ils ne trouveraient pas ça normal. »
Kristen s’était offusquée de cette réponse complètement idiote, et avait longuement soupiré, beaucoup trop fort pour qu’un tel soupir ait quoi que ce soit de naturel.
« Pff. Ils m'ennuient. »
Cordelia n’avait pas dit grand-chose, Angus avait tenté de lui expliquer, et puis ils avaient tous les deux conclu qu’elle comprendrait plus tard, et que de toute manière, il n’avaient pas le temps de débattre sur la faculté à ennuyer les sorciers des moldus maintenant qu’il fallait se rendre sur le Chemin de Traverse pour effectuer les achats de leur fille. Ce soir, elle serait à Poudlard, et il fallait se dépêcher si elle ne voulait pas louper le Poudlard Express. C’était une sorte de manie, chez les sorciers, que de faire les courses de rentrée le jour-même de celle-ci. C’était, paraît-il, plus convivial.
« Allez, on y va. »
Angus prit sa fille par la main, et ils entrèrent tous deux dans l’âtre de la cheminée. Lui avait pris au passage une grosse poignée de poudre de cheminette – parce que c’était comme cela qu’on appelait l’espèce de cendre à voyages – et se faisait littéralement compresser la main par sa fille, qui la tenait de toutes ses forces en fermant très fort les yeux.

Le Chemin de Traverse


En un éclair de flammes vertes, ils furent arrivés à destination, exactement dans la même position. Kristen ouvrit les yeux sur un endroit fort animé, plein de personnes habillées bizarrement, comme si elles venaient d’une autre époque. Ils sortirent de l’âtre, pendant que Kristen observait tout autour d’elle, et elle fut surprise quand un nouvel éclair vert jaillit derrière elle. C’était sa mère qui venait d’arriver par le même chemin.

Le premier arrêt fut évidemment la boutique Ollivander. Kristen s’y était rendue accompagnée de son père, laissant sa mère à l’entrée de la boutique. Celle-ci faisait mine de regarder la vitrine, mais on remarquait sans mal qu’elle tentait d’observer, entre les objets mis en avant, l’intérieur de la boutique. Kristen avait essayé une première baguette et avait manqué de renverser une échelle sur la tête de l’artisan. Il s’était demandé si ce n’était pas fait exprès, mais avait finalement conclut que non, ce n’était tout simplement pas la bonne baguette. Cette impression fut confirmée quand Kristen essaya une nouvelle baguette. A peine la saisit-elle qu’une espèce de fumée blanche s’en échappa et entoura sa tête d’un anneau tournant sur lui-même. Le commerçant fut complètement ravi de l’effet produit et Kristen put obtenir sa baguette. Elle l’observa sous toutes ses coutures, se dit qu’elle aurait pu être plus jolie, mais qu’elle était sans doute la plus puissante de toutes les baguettes magiques du monde entier, puisque c’était la sienne, donc ce n’était pas grave. On lui pardonnait.

Kristen tomba complètement sous le charme de la boutique de livres du Chemin de Traverse, Fleury et Bott. Elle voulut acheter beaucoup plus de livres que ce qui était demandé pour entrer à Poudlard, et ses parents acceptèrent de dépenser un peu plus d’argent pour lui faire plaisir. Ainsi, elle se retrouva avec tout un tas de lectures complémentaires, qui lui permettraient d’en savoir un peu plus que les autres en arrivant à Poudlard. Elle avait même voulu acheter un livre de deuxième année en sortilèges, pour faire comme si.

Le reste des achats effectués, elle put se diriger vers la gare King’s Cross, en compagnie de ses parents. Elle ne fut pas plus rassurée quant au fait de foncer droit dans un mur pour rejoindre un quai invisible que par cette histoire de cheminée qui téléporte, mais puisque la première expérience avait été concluante, elle estimait qu’elle pouvait suffisamment faire confiance à ses parents pour que celle-ci le soit aussi. Kristen avait en effet beau être une sorcière fille de sorciers et petite-fille de sorciers, ses expériences sensibles l’avaient toujours menée à la conclusion qu’un mur, c’est dur et quand on rentre dedans, on se cogne.


Le Poudlard Express


Les au revoir de Kristen et ses parents furent vite expédiés. Son père la serra dans ses bras, sa mère lui souhaita tout le bonheur du monde, et la petite fille s’éclipsa, pas vraiment consciente qu’elle n’allait plus les voir pendant des mois. Elle avait juste hâte de lire ses livres dans le train. Dans le Poudlard Express, d’ailleurs, elle n’adressa la parole à presque personne. Elle avait choisi une cabine tout au bout du train pour ne pas être dérangée, et s’était assise sur la banquette, un gros livre sur les genoux et les autres empilés à côté d’elle, parce qu’elle avait les yeux plus gros que le ventre et qu’elle croyait qu’elle allait pouvoir tout lire durant le trajet. Peu avant le départ du train rouge, alors que les parents larmoyants agitaient presque des mouchoirs de l’autre côté des fenêtres et que Kristen en était déjà à la sixième page du gros bouquin qu’elle avait en mains, une jeune fille entra dans la cabine.

« Salut ! Enchantée ! Tu vas pour la première fois à Poudlard, toi aussi, hein ? Je peux m’installer ? Je m’appelle… disait-elle alors qu’elle commençait déjà à s’asseoir. »
Kristen la dévisagea avec un air accusateur et la coupa net :
« Qu’est-ce que tu fais ? »
La petite fille sembla complètement décontenancée.
« Euh… Ben… Ma mère m’a dit que j’allais pouvoir me faire plein de copines dans le train, et comme tu étais toute seule, je me suis dit que ce serait plus sympa si…»
Sous le regard décidément très appuyé de Kristen, elle n’osa pas achever sa phrase et avait même terminé dans un effet de fermeture decrescendo assez comique. Le mouvement de sa tête avait accompagné le son de sa voix et elle était maintenant complètement baissée vers le sol, ses deux petites mains tirant sur le tissu de son vêtement, au niveau de ses genoux.
« Je lis, dit Kristen de façon catégorique. »
L’horrible personnage ayant interrompu sa seigneurie dans sa lecture bondit sur ses pieds, lança un regard méchant à Kristen, et s’en alla en claquant la porte si fort qu’elle se rouvrit d’elle-même et qu’elle dut faire demi-tour pour la fermer plus calmement, lançant ce même regard très sérieux. Kristen l’avait observée d’un air indifférent durant toute la manœuvre, et put finalement se concentrer à nouveau sur son livre.

Premiers pas à Poudlard


Lorsque le train arriva en gare de Pré-au-Lard, Kristen avait pu intégrer un certain nombre d’informations quant à Poudlard, son fonctionnement, s’était même avancée sur le programme de sortilèges et avant tenté de retenir quelques notions de défense contre les forces du Mal – elle avait surtout lu l’introduction du livre de cours, car elle avait eu un peu de mal à cerner ce que voulait bien dire « forces du Mal ». De tout ce que ses parents lui avaient raconté de Poudlard avant qu’elle n’y entre et des quelques éléments qu’elle avait pu récolter dans les journaux et les livres qu’il restait à droite à gauche dans la bibliothèque de la Maison, il n’y avait rien eu de si intéressant que dans les ouvrages qu’elle avait lus en route. Elle était si passionnée par ses lectures qu’elle eut du mal à sortir du train pour découvrir les réalités qu’elle repoussait par manque de connaissance, souhaitant les apprécier en sachant d’elles tout ce qu’il y avait à savoir. Elle descendit finalement du train, sa valise à roulettes lui tirant fortement sur le bras gauche et son livre sous le bras droit – parce qu’au cas où elle aurait un peu de temps avant d’arriver à l’école, elle pourrait peut-être continuer à lire quelques pages. Un jeune garçon se proposa de l’aider à tirer sa valise hors du train, mais elle le regarda avec cet air de la fille qui n’a certainement pas besoin d’aide, et il se ravisa, les mains en l’air comme pour prouver qu’il ne pensait pas à mal.

Ils traversèrent un lac sur des barques, et les lanternes qui trônaient au-devant de celles-ci semblaient valser dans la nuit noire, autant dans les airs que dans le reflet de l’eau sombre. Poudlard s’élevait face à eux, majestueux château, dont les tours éclairées par les minces fenêtres se chevauchaient sans prendre garde aux codes architecturaux conventionnels. Kristen observait le château, bouche bée, et essayait de se rappeler quelle tour correspondait à quoi, d’après ce qu’elle avait pu lire quelques heures plus tôt. Elle parvint à identifier la plupart d’entre elles, et se perdit dans ses pensées, se demandant si les professeurs de l’école seraient aussi géniaux que ce que les livres prétendaient.

Avant de pouvoir passer la fameuse cérémonie de répartition, à laquelle Kristen avait longuement réfléchi depuis des mois déjà, les élèves de Première Année durent attendre de faire leur entrée dans une petite antichambre. Les discussions allaient bon train, et les enfants se perdaient en pronostics et suppositions en tous genres :

« Mes deux parents sont allés à Serdaigle, donc j’y serais sûrement. »
Kristen levait les yeux au ciel et soupirait. « Parce que tu es le portrait craché de tes parents, crétin ? Aucune chance qu’il aille à Serdaigle, celui-là, s’il n’est déjà pas assez intelligent pour se sentir capable de penser par lui-même. » se disait-elle.
« Lui, c’est un Né-Moldu. Il se retrouvera sans doute à Poufsouffle, là où on case ceux dont on ne sait pas quoi faire, avait dit un jeune garçon aux cheveux bruns. »
Et là, c’en était trop. Kristen, qui s’exaspérait jusque là silencieusement des élucubrations de ses malheureux camarades, ne put s’empêcher de lâcher d’un air excessivement calme :
« Si tu t’étais un minimum renseigné, tu saurais que les Poufsouffle ont autant de qualités que les autres. En revanche, il n’y a pas de Maison pour les imbéciles, alors je me demande bien où ils vont pouvoir te caser, toi. »
L'imbécile en question lui lança un regard qui voulait dire « on se reverra, on règle ça demain, après le goûter » ; tandis que le jeune élève qui avait été visé par la remarque du premier avait entendu cette valeureuse défense, et s’était discrètement rapproché de Kristen, à coups de pas sur le côté. On aurait dit un crabe. Kristen l’observa manœuvrer et attendit des paroles qu’elle connaissait déjà.
« Merci ! C’est vraiment un gros nul celui-là. Je suis Dan. »
L’intransigeante petite fille le dévisagea de la tête au pied.
« Tu es vraiment un Né-Moldu ? »
Le dénommé Dan – qui avait de grandes chances d’être un Daniel qui avait déjà pris ses aises – sentit ses joues s’enflammer, et il répondit :
« Euh, ben, je crois… C’est que mes parents sont pas des sorciers, c’est ça ? »
Kristen cessa de le regarder et haussant le menton, observa ce qui se situait droit devant elle, l’air un peu fier.
« J’espère que tu as au moins fait l’effort de t’informer sur cette école.
- Ben… C’est-à-dire que, je n’en ai pas vraiment eu l’occasion… »
Kristen ne lui offrit d’autre réponse qu’un profond soupir ; et à cet instant, ils furent appelés à entrer dans la salle, pour enfin assister à la cérémonie de répartition, qui scellerait leur destin à Poudlard.

La cérémonie de répartition


Le Né-Serdaigle fut finalement envoyé à Poufsouffle, et le Né-Moldu à Serdaigle. Kristen fut particulièrement étonnée par cette décision du Choixpeau. Avait-il conscience que cet ignorant de Moldu n’avait même pas pris la peine de se renseigner sur Poudlard ? Franchement ! Durant la cérémonie, Kristen put observer une grande partie des personnes de la pièce. Elle analysa avec attention les professeurs et la direction de Poudlard, et se permit d’établir des catégories parmi les élèves. Les professeurs eurent droit à une analyse individuelle. Alors que le directeur lui semblait très impressionnant, certains professeurs semblaient un peu ne pas trop savoir ce qu’ils faisaient là. Au lieu de regarder la répartition des élèves, ils discutaient entre eux avec de grands gestes et se servaient déjà du vin. D’autres avaient l’air très sérieux, et avaient une grande classe, ils respiraient le talent. Alors qu’elle poursuivait son analyse et sa catégorisation de tout un chacun, Kristen fut appelée par la sous-directrice, qui tenait entre ses gros doigts le Choixpeau, bien plus ridé que sur les images des livres. La petite fille s’avança calmement, se frayant un chemin parmi la foule et bousculant ceux qui étaient trop lents à s’écarter. Arrivée sur l’estrade, elle sentit tous les regards posés sur elle et se sentit un peu gênée. Elle baissa les yeux et s’installa rapidement sur la chaise de bois, les mains posées sur les genoux et n’osant relever la tête vers toute l’assemblée d’ahuris qui l’observaient. Le Choixpeau lui dit d’une voix mi-tremblante, mi-chantante :


« Je vois en toi une certaine intelligence et beaucoup de perspicacité… Du travail aussi, et une volonté de réussir. Mais il y aura des épreuves, qui nécessiteront du courage… Oui… Alors ce sera… Gryffondor ! »

Quoi ?
Les applaudissements retentirent, et les Gryffondor s’agitèrent plus que les autres, visiblement très heureux d’accueillir une petite nouvelle parmi eux. Kristen descendit de sa chaise, et se dirigea vers la table des Gryffondor, sans faire transparaître la moindre joie sur son visage. Il y avait eu de très grands noms à Gryffondor, et c’était très certainement une Maison tout à fait honorable, pleine de qualités, mais la surprise était si grande ! Elle avait fermement pensé qu’elle se retrouverait à Serdaigle.

Lors du buffet, lorsqu’elle entendit les conversations de ses camarades de table, elle eut la crainte qu’ils n’aient l’idée d’une bataille purée, ce qui semblait être assez leur genre. Finalement, il n’y eut pas de dommages notables, mais les boulettes de pain allaient bon train, surtout parmi les élèves de deuxième et troisième année. Vraiment, ils étaient sérieux ? Allez, Kristen, prends sur toi. Il y aura des épreuves, des épreuves qui nécessiteront du courage. Devoir supporter les plus jeunes parmi les Gryffondor semblait être une première embûche à sa petite vie parfaite toute tracée.
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Assise sur un banc de pierre inconfortable, prenant quelques notes sur un carnet et l’air insatisfait, une étudiante de la prestigieuse Grande Ecole de l’Art du Duel d’Ecosse, ou GEAD d’Ecosse pour les intimes – qui n’étudiaient d’ailleurs pas à la GEAD, mais « en GEAD », car cela faisait plus pompeux et plus impressionnant – observait l’un des duels qui se déroulait sous ses yeux peu intéressés. C’était le cinquième de la journée. Il opposait Agrippa Peterson à Marthe Chapman. Le premier était un jeune homme particulièrement fier de ses aptitudes en Occlumancie, mais qui avait du mal à les rendre utiles en duel, car personne, de fait, ne l’attaquait sur ce point. Marthe, quant à elle, était plutôt bonne partout, mais excellente nulle part, hormis pour hurler à qui le voulait bien – et surtout à qui ne le voulait pas – qu’elle avait vu plusieurs concerts de Célestina Moldubec et qu’elle avait été tout devant. « Et même qu’un jour », elle était montée sur la scène avec plusieurs personnes du public pour chanter avec elle.

L’école organisait régulièrement des tournois de duels pour les meilleurs élèves – ces deux-là en faisaient visiblement partie. Ce tournoi-ci, en revanche, était le dernier de la dernière année d’étude, et était sobrement intitulé « tournoi final. » Celui qui remportait ce tournoi se voyait offrir une place de choix au Ministère, et particulièrement au département de la sécurité intérieure, très convoité par les élèves de cette Grande École. Kristen déversa quelques dragées surprise dans sa main et les mangea une par une, de la moins bonne à la meilleure – car avec les années, elle avait appris à reconnaître le goût de chacune par leur couleur. En même temps, elle continuait de prendre des notes, sans faire attention aux multiples détonations et coups de vent qui balayaient la salle de duel.

« Kristen, c’est à toi. Contre Alexis, lui dit-on. »
Elle releva la tête et afficha un air las.
« Alexis ? Alexis Busby ?
- Lui-même. Allez ! On n’a pas la journée.
- C’est vrai. »
Kristen se leva, posa son carnet et son sachet de dragées sur le banc, sortit sa baguette et se mit en place sur la grande scène de marbre circulaire destinée à accueillir les duellistes. Le fameux Alexis était déjà en place. Il était grand et robuste. Il était lourd dans tous les sens du terme, ce qu’on appellerait sympathiquement une brute. Pourtant, s’il participait à cette série de duels, c’était bien qu’il était assez doué. On savait pertinemment qu’il se débrouillait plutôt bien, mais comme pour Marthe, on n’aurait su dire pourquoi. Il n’avait pas de particularité, pas de signature propre, si ce n’est un acharnement que Kristen jugeait imbécile.

Alexis pointa sa baguette vers Kristen et fit quelques pas de côté. Il lança rapidement le sortilège de stupéfixion, qu’il maîtrisait apparemment très bien. Kristen le contra d’un Protego informulé. Alexis s’agita en tous sens, de droite à gauche, et fit fuser un grand nombre de sortilèges. Il alternait avec acharnement entre les Stupefix et les Expelliarmus, et Kristen les contrait un par un avec un flegme déconcertant. L’un des professeurs qui observait le duel commenta :

« Allez ! Entreprenez quelque chose ! Contrer en permanence, où cela vous mène-t-il ? Attendre la fatigue de l’adversaire ? Voyons ! Qu’on en finisse ! »
L’étudiante soupira, et son air blasé ne flancha pas. Elle observa Alexis se déchaîner. Les sortilèges du jeune homme étaient puissants, mais la baguette de Kristen avait la particularité d’offrir une certaine facilité pour les sortilèges de Protection à son utilisateur. L’un de ses sourcils se haussa, et elle pointa sa baguette vers lui, lui lançant un simple et assez faible maléfice de croche-pied. Ce sortilège était absolument enfantin, et ne provoquait rien de plus minimaliste que la chute de l’adversaire. Cependant, Kristen avait attendu le bon moment, et avait observé son adversaire. Il s’était situé au bord de l’estrade de pierre, et agitait rapidement ses jambes, ce qui nuisait évidemment à son équilibre et avait aidé l’efficacité du maléfice du croche-pied. Alexis, de plus, s’entêtait à lancer des sortilèges d’attaque, et il avait suffit de trouver le bon timing, entre deux lancers, pour que le maléfice de croche-pied puisse le toucher sans rencontrer d’obstacle. La masse d’Alexis avait aussi accentué les dommages de la chute. Il était tombé sur le rebord de la scène et s’était cogné la tête, ce qui l’avait empêché de poursuivre le duel et lui avait valu une semaine cloué au lit. Kristen, quant à elle, avait fini son duel du jour et attendrait le prochain, qui aurait lieu le lendemain.

Ce nouveau duel l’opposa à Agrippa. La finale était pour chacun d’eux à deux victoires près : ils avaient déjà remporté six duels chacun, avant de se retrouver face à face. Les deux se positionnèrent sur l’estrade de duels, sous les yeux de leurs camarades et des quelques professeurs qui assistaient au tournoi. Le duel commencé, Agrippa tourna le long du bord de l’estrade, baguette levée. Kristen en fit de même, afin de tenir la distance avec cet adversaire. Ils avaient tous deux l’air de deux prédateurs cherchant le meilleur angle pour s’attaquer à leur proie. Un sourire se dessina sur les lèvres de Kristen, ce qui était suffisamment rare pour être souligné. Elle aimait la tournure que prenait ce duel. Pas de précipitation, mais un réel souci de réflexion.

Agrippa avait des cheveux mi-longs blonds et des yeux noisette. Son air était à la fois sincère, bienveillant, et extrêmement sérieux. Il avait pour ambition de devenir Auror, et tout le monde était d’accord pour dire qu’il avait tout à fait le profil. Il avait l’air, en somme, d’être quelqu’un de particulièrement lumineux, et sa seule présence suffisait à donner le sourire à de nombreuses personnes. Kristen, face à lui, paraissait encore plus lugubre que d’habitude. Naturellement renfermée sur elle-même, elle semblait être l’exact opposé d’Agrippa. Leurs positions respectives sur l’estrade renforçaient d’autant plus cette impression d’opposition.

Ils continuèrent à tourner ainsi durant quelques très longues secondes. Ce fut Agrippa qui entreprit de se servir de sa baguette le premier, et se lança à lui-même un sortilège de désillusion, ce qui le fit presque totalement disparaître. Sa forme pouvait être vaguement distinguée si l’on y prêtait une attention particulière, mais cela demandait beaucoup de concentration, et empêchait d’être totalement réactif à ce qui pouvait se passer aux alentours. D’abord déboussolée, Kristen se reprit ensuite, et utilisa, comme elle le faisait souvent, un élément du décor pour en tirer un avantage. Ainsi, elle arracha d’un coup de baguette un rideau et l’envoya sur l’estrade. Proportionnel à la taille des fenêtres, ce rideau était énorme, et permit à Kristen de distinguer en dessous la forme de son camarade. Réagissant suffisamment vite, son adversaire étant aveuglé par le tissu, elle lança un maléfice d’entrave sur sa cible. Ceci eut pour effet de mettre fin au sortilège de désillusion d’Agrippa, qui avait, dans le même temps, fait disparaître en poussière le rideau qui le couvrait jusqu’alors. Il était désormais extrêmement lent, déplaçant ses jambes comme si elles pesaient des tonnes, et leva difficilement son bras pour pointer sa baguette vers Kristen. Il parvint finalement à se défaire de l’emprise du maléfice d’entrave et prononça le début d’une formule, mais la jeune étudiante fut plus rapide et lui lança un Expelliarmus très banal. Agrippa l’en empêcha par un tout aussi banal sortilège de protection. Kristen enchaîna sur un Incarcerem qui le surprit suffisamment pour l’empêcher de réagir durant quelques secondes, et elle pu poursuivre avec un sortilège de conjonctivite très réussi. Les yeux d’Agrippa virèrent au rouge, se gonflèrent, semblèrent presque frire, et très vite, il n’y vit plus rien. Il se débattit entre les cordages et lança des sortilèges dans tous les sens, espérant toucher sa cible. Kristen les évita et réitéra l’expérience d’un sortilège de désarmement, en informulé cette fois, pour que son adversaire ne puisse prévoir l’action de la jeune femme. Ce fut un succès. La baguette d’Agrippa s’envola, et Kristen la rattrapa d’une main. Le duel était terminé. Au bout du compte, il n’avait pas non plus été très intéressant.


Kristen quitta l’estrade sans dire un mot à son camarade et vint trouver l’un de ses professeurs, qui avait observé le duel. D’une voix lente et sans saveur, elle annonça :
« Monsieur Howard. Je souhaite déclarer forfait. »
Le professeur, qui était un homme d'esprit, sembla fort surpris.
« Vous venez de remporter ce duel. Vous irez en demi-finale du tournoi dès demain.
- Cela ne m’intéresse pas.
- Je vous demande pardon ?
- Monsieur Howard, avec tout le respect que je vous dois… Ces duels ne m’intéressent pas. C’est d’un ennui mortel, et une sérieuse perte de temps. »
Le professeur en question paru partagé sur la réaction à avoir. Devait-il être outré par ce comportement qu’il jugeait un peu trop insolent et impertinent, ou bien s’en amuser ? Se grattant le menton et observant l’assemblée d’élèves qui suivait d’une oreille pas très discrète la conversation, il finit par raisonner prudemment :
« Vous savez qu’il y a une belle récompense pour le gagnant de ce tournoi final, n’est-ce pas ?
- Oui. Mais cela ne m’intéresse pas. Donnez ma place à Agrippa, dit-elle, avec l'agaçante impression d'avoir à se répéter sans cesse. »
Le professeur répondit par la négative, car ce n’était pas comme cela que cela se passait, et qui avait perdu avait perdu, et ne pouvait espérer obtenir la récompense très convoitée d'un emploi plutôt plaisant au Ministère.

Le tournoi final fut remporté par une excellente élève de l’école, nommée Athalie Parker, qui, après avoir été Auror au Ministère de la Magie britannique durant plusieurs années, est aujourd’hui directrice du Bureau des Aurors au Canada.
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PREMIÈRE PARTIE




Comme vous le savez déjà, Kristen Loewy, même adolescente, n’était pas du genre sociable. Elle fréquentait très peu les élèves de son âge, et ne côtoyait pas plus des personnes plus âgées ou plus jeunes. Les rares contacts qu’elle entretenait avec ses camarades ne se faisaient pas en dehors des strictes nécessités, et de préférence avec les élèves de Serdaigle, qui semblaient « moins pire » que tous les autres – et dont elle avait voulu, fut un temps, faire partie.


Septembre.

Elle était plantée devant l’un des nombreux rayonnages de la bibliothèque et observait les titres des ouvrages bien rangés avec un air vidé, comme si elle ne les voyait pas vraiment. Pourtant, elle les enregistrait tous, cherchait mentalement toutes les possibilités qu’ils pouvaient contenir, quelles occasions de s’enrichir ils offraient. Finalement, elle se retourna, insatisfaite. Elle les avait déjà lus ou feuilletés, lorsqu’elle était en sixième année, tous ces livres dédiés à la Défense contre les Forces du Mal, niveau sept.

Se retournant, elle manqua de rentrer dans un jeune homme de son âge. Un Serdaigle. Cela aurait pu être pire. En observant un peu mieux cet être humain qui lui faisait face, elle remarqua la très fameuse et très convoitée insigne de préfet-en-chef. Au final, peut-être bien que cela n’aurait pas pu être pire. Elle releva un peu les yeux et passa une longue mèche de cheveux noirs derrière son oreille droite.


« Préfet-en-chef Bowers, dit-elle avec nonchalance.
- Qui d’autre ? ironisa-t-il. »

Elle le dépassa, le frôlant en affichant un air à moitié blasé, à moitié fier, et se replongea dans l’observation de titres d’ouvrages dédiés, cette fois, aux sorts et contre-sorts. Elle mit le doigt sur l’un d’eux, qui semblait nouveau dans le coin : elle était presque sûre de ne pas l’avoir déjà consulté : « Sorts et Contre-Sorts Anciens et Oubliés, de la Grèce Antique à l’Epoque Romaine. » Elle fit descendre son index le long de l’arête du livre, le remonta, et sortit le livre de l’étagère. Sa couverture était en tissu marron avec de jolies dorures en forme de vagues qui se chevauchaient. Elle passa l’ouvrage sous son bras et s’apprêta à rejoindre le comptoir de la bibliothécaire. Le préfet-en-chef était toujours là, et il était entre Kristen et ce fameux comptoir. Elle l’avait déjà contourné une fois. Elle vissa ses yeux bleus dans les siens.

« Les élèves sont sages ? »

Bowers avait beau être préfet-en-chef, Kristen ne s’en préoccupait pas outre mesure. Il était populaire, mais elle se fichait justement des personnes populaires, surtout lorsqu’elles l’étaient pour de mauvaises raisons. Aidan Bowers était un des rares Serdaigle que Kristen aimait comme elle aimait ses camarades de Gryffondor, c’est-à-dire qu’elle le trouvait assez pathétique. C’était un voyou, un préfet-en-chef irresponsable, qui faisait tout, sauf respecter le règlement - et c'était un comble ! Tout le monde le savait, les professeurs le sentaient, mais ils n’avaient jamais réussi à le coincer, et Bowers leur servait des sourires d’ange qui faisaient oublier tout. En somme, Kristen, bien qu’elle n’ait eu aucune responsabilité de toute sa scolarité – aussi car elle n’en avait jamais voulu – ne se trouvait pas du tout intimidée par le préfet-en-chef, et se sentait même infiniment supérieure à lui, car elle, au moins, avait le mérite de tout faire dans les règles de l’art, sans jamais aller à l'encontre du sacro-saint règlement. Il y avait de quoi être fier, en effet, pour une élève modèle comme Kristen. Se savoir parfaitement sage aidait à se tenir le dos droit et la tête haute.

« Difficile à dire, on ne peut pas demander aux Septième Année d’avoir la même naïveté ébahie que les Première Année. »

Kristen hocha la tête et leva les sourcils - signe qu'elle avait entendu et compris, mais qu'elle se fichait pas mal de la réponse, et elle se dirigea vers le comptoir.

~~~


Novembre.

Vous l’aurez compris, si l’on voulait trouver la jeune Kristen Loewy dans Poudlard, il fallait chercher entre deux rayonnages de la bibliothèque. Cependant, les livres accessibles à tous l’intéressaient de moins en moins. La réserve ? Il fallait une bonne raison d’y aller, et Kristen n’en avait pas vraiment – si vous avez lu ces épisodes dans l’ordre, vous savez que notre protagoniste a fini par inventer quelque histoire pour bacicoter son directeur de Maison, lui faisant signer une autorisation d’accès à ce lieu très mystérieux qu’était la réserve de Poudlard. Néanmoins, nous en sommes encore à un stade de la septième année de Kristen où elle était décidée à respecter scrupuleusement le règlement et plus généralement, les règles morales qu’elle s’imposait.

Kristen soupira devant les étagères remplies de livres qu’elle connaissait par cœur, et reposa parmi eux l’un de ceux qu’elle venait de découvrir : un récit de fiction, racontant l’histoire d’une sorcière qui parcourait le monde à la recherche de magies inconnues. Le sujet était intéressant en soi, mais l’auteur, qui était quelque batalogue dont on ne citera pas le nom ici, car il n’est en rien utile de le retenir, l’avait traité d’une façon désastreuse, et l’on sentait bien que ce n’était, au fond, qu’un occidental qui n’y connaissait rien. Elle alla donc voir la bibliothécaire afin de lui demander s’il n’y avait rien de nouveau, un livre qui pourrait sortir de l’ordinaire. La réponse fut négative : il n’y avait pas eu de nouvel arrivage depuis la rentrée, en septembre, et les livres les plus intéressants que la bibliothécaire cita, Kristen les avait déjà consultés.
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DEUXIÈME PARTIE


Février.

C’était à la fin du mois de janvier que Kristen avait demandé la fameuse autorisation pour entrer dans la réserve. Cependant, comme nous l’avions dit dans un précédent récit, cette expédition ne lui avait pas suffi, et son désir d’ouvrir son esprit à d’autres connaissances devenait de plus en plus grand. Elle voulait apprendre de nouvelles choses, mais des choses que ni ses professeurs, ni les livres qu’elle avait pu consulter, ne pouvaient lui apprendre. Elle voulait aller plus loin, repousser les limites de la connaissance. Conquérir le savoir et savoir pour conquérir. Elle chercha donc quelqu’un qui pourrait être capable de la sortir de son ennui et de sa stagnation intellectuelle, quelqu’un qui pourrait lui ouvrir d’autres portes. Bloquée comme elle l’était à Poudlard, elle se sentait assez démunie.

Elle se mit alors en quête d’une de ces fameuses pièces. C’étaient des gallions enchantés, cachés à certains endroits de Poudlard, qui permettaient à une certaine catégorie d’élèves d’exaucer leurs vœux. On en entendait parler comme une légende, mais on savait qu'ils étaient là, quelque part. Kristen chercha, chercha, eut honte de chercher et chercha encore, et finalement, trouva l’un de ces gallions fabuleux posé derrière une torche, dans un couloir peu fréquenté du deuxième étage. Il fallait passer sa main à travers la torche pour atteindre la pièce, car la magie ne la faisait pas bouger - c'était comme si elle était collée par quelque maléfice étrange à la torche -, et cela ressemblait assez à une pré-sélection pour soumettre sa requête à celui qui gérait l’affaire. Lorsqu’elle la trouva, donc, elle la fit tomber sur le côté en la poussant de l’index, afin de ne pas se brûler trop longtemps. Finalement, elle se baissa, penchée sur la pièce au sol, et l’observa. Elle réfléchit très précisément à celle qu’elle allait dire, car elle ne voulait pas se faire avoir (et bizarrement, elle sentait qu'elle avait toutes les chances de se faire avoir). Enfin, elle prit le gallion dans ses mains et dit à voix basse :


« Je voudrais trouver un moyen de savoir de nouvelles choses sur la Magie, des choses que ni les livres de la bibliothèque ou de la réserve, ni les professeurs, ne pourraient m’apprendre. »

De ces mots, elle eut un peu honte. C’était un aveu de faiblesse. Pourtant, elle se doutait que ce souhait ne serait pas exaucé, et elle aurait alors piégé celui qui se prenait pour le génie de la lampe à Poudlard : Aidan Bowers. Il redescendrait d'un cran, le préfet-en-chef.

Sur le gallion s’inscrivirent les mots qu’elle avait prononcés. Kristen attendit plusieurs longues minutes, fixant le gallion avec un air un peu bête, afin de voir si quelque chose se passerait. C’était la première fois qu’elle faisait une chose pareille : jamais, dans d’autres situations, elle n’aurait accepté de se mêler aux affaires des voyous de l’école. Finalement, rien ne se passa. On disait que parfois, la pièce disparaissait, c’était alors un refus de la part d’Aidan d’accéder à votre requête. Kristen fit rouler la pièce entre ses doigts, se demandant si elle allait finir par s’évaporer. Elle ne le fit pas.

Le lendemain matin, un minuscule petit garçon au teint albugineux et aux cheveux en bataille au sommet de son crâne vint vers Kristen, alors qu’elle prenait son petit-déjeuner à la table des Gryffondor. Le petit bonhomme lui tapota l’épaule, baissa les yeux vers sa main, et Kristen vit qu’un petit bout de papier était coincé au creux sa paume. Elle releva les yeux, les fit vriller à droite et à gauche, espéra que l’affaire n’aurait pas l’air trop louche aux yeux de ceux qui étaient là. Elle saisit le papier et le mit en boule dans sa poche. En relevant la tête, elle croisa, à la table des Serdaigle, le regard un peu rieur d’Aidan. Il avait l’air assez content de son coup, ce qui embêta notre jeune Gryffondor, qui lui répondit par un regard mauvais avant de revenir, l'air de rien, à ses œufs brouillés et son bacon. Elle ne voulait pas que l'on remarque qu'ils avaient échangé ce regard, car elle n'aimait pas l'idée d'échanger quoi que ce soit avec un petit bandit qui léchait les bottes des professeurs pour le plaisir de l'ironie.

Plus tard, lorsqu’elle fut seule, elle put lire ce qui était inscrit sur ce fameux papier. Aidan lui donnait rendez-vous devant la statue de la Sorcière Borgne, juste avant le dîner. Alors, se pensait-il réellement capable de répondre positivement à sa requête ? Kristen n'était pas convaincue. Enfin. On verrait bien.
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TROISIÈME PARTIE


L’heure du rendez-vous approchait. Kristen se mit en condition. À vrai dire, elle avait hésité, au dernier moment, à y aller vraiment : elle avait vu ce regard fier de Bowers, ce regard qui voulait dire « oui, même toi, la plus dédaigneuse de toutes, tu viens vers moi ! » et elle avait du mal à l’accepter. Alors qu’elle s’approchait de la statue de la Sorcière Borgne, elle vit Aidan faire les cent pas, les yeux rivés sur sa montre à gousset – il avait une montre à gousset, c’était dire à quel point il pouvait être prétentieux, même pour Kristen. Néanmoins, la jeune Gryffondor arriva à l’heure. Aidan ne put le nier, et Kristen lui fit un petit sourire et plissa les yeux. Cela voulait dire : « et oui, je suis à l’heure. » Elle ne dit rien, car dans ces moments-là, il ne fallait rien dire. Tous les mots devaient être mesurés, lors des entrevues secrètes. Aidan ne parla que pour parler affaires.

« Mon temps est précieux et je suis sûr que le tien également. Alors allons droit au but. Cela te coûtera soixante gallions. Dix maintenant et cinquante une fois que tu auras ce que tu as demandé. Est-ce que cela te va ? »
Soixante gallions, c’était plus que Kristen n’en avait. Toutes ses économies s’élevaient à précisément quarante-trois gallions, cinq mornilles, et sept noises, ce qui était déjà, de son avis, plutôt très bien. Ses parents ne jugeaient pas utile de lui donner beaucoup d’argent de poche, étant donné qu’ils lui achetaient encore la plupart des choses dont elle avait besoin. Elle soupira.
« Pourquoi est-ce que tu as besoin d’autant d’argent ? demanda-t-elle en mettant la main dans son sac pour sortir son porte-monnaie.
- Je nourris moi-même un grand projet. »
Kristen le regarda droit dans les yeux et ne réagit pas tout de suite. Finalement, elle lâcha, sans grande conviction :
« Grand ? Coûteux, en tout cas. »
Elle ne croyait pas qu’un projet qui puisse coûter si cher puisse être « grand », car les plus grands projets, justement, n’étaient pas forcément ceux qui demandaient le plus d’investissement financier. L’investissement était ailleurs. Elle chercha dix gallions dans son porte-monnaie, et fut finalement obligée de le vider complètement. Elle dut même former le dernier gallion en additionnant noises et mornilles. Elle n’avait pas pensé que ce service serait si onéreux, et n’avait par conséquent pas prévu très large pour la somme à donner en acompte.
« Si je n’ai pas ce que je veux, j’utiliserais ma baguette sans problème, même sur toi, préfet-en-chef, lâcha-t-elle.
- C'est noté, Serdaigle-refoulée. »
Kristen fit claquer sa langue contre son palais.

Aidan ouvrit le passage de la Sorcière Borgne et ils y entrèrent tous deux. À ce moment-là encore, Kristen se demanda ce qu’elle était en train de faire avec un sale gamin comme Bowers. Elle se posa cette question tout le long du chemin jusqu’à Pré-au-Lard, alors qu’Aidan lui expliquait qu’il connaissait un vieil homme qui collectionnait des livres de magie venus des quatre coins du monde. Elle se la posa encore lorsqu’ils se retrouvèrent dans une ruelle sombre et qu’ils escaladèrent un mur pour gagner l’impasse de l’assommoir, cachés sous une cape d’invisibilité. Elle ne se la posa plus, en revanche, lorsque le Serdaigle sortit un trousseau de clefs et ouvrit la porte d’une chaumière à trois étages, qu’il assura vide de toute présence durant au moins l’heure qui suivrait. Elle n’avait plus les moyens de se demander dans quoi elle s’était embarquée : elle avait compris que c’était déjà trop tard.

Au deuxième étage de la chaumière se trouvait la bibliothèque privée du propriétaire des lieux. Kristen y entra à petits pas, comme si ce lieu avait été un sanctuaire. Elle observa tout autour d’elle et ne vit que des livres. Elle plissa les yeux sur quelques couvertures, lisant les titres. Elle n’en connaissait aucun. Ces ouvrages devaient être extrêmement rares pour ne même pas figurer dans la bibliothèque de Poudlard, ni dans sa réserve. Elle se tourna alors vers Aidan et dit :
« Et tu ne me laisses qu’une heure pour en profiter ?
- Tu ne peux emporter que ce que tes bras pourront supporter. Nous pourrons toujours revenir un autre jour, mais ça te fera trente gallions par visite. »
Du vol ? Venir chez quelqu’un sans autorisation, c’était une chose. Lui dérober des ouvrages rares, qu’il avait sans doute mis des années à accumuler, c’en était une autre. Elle regarda Aidan avec de grands yeux bleus accusateurs. Quand elle se tourna à nouveau vers cet impressionnant amas de livres, son visage sembla se décontracter à nouveau. Kristen faisait face à un terrible dilemme. Elle demanda alors au Serdaigle si le propriétaire de ces livres se rendrait compte de la disparition de certains d’entre eux. Aidan lui dit qu’en effet, il s’en rendrait compte, mais qu’il ne saurait jamais qui l’avait volé, et cela, il le garantissait.

Kristen prit la demi-heure suivante à analyser les titres d’un maximum d’ouvrages, évaluant mentalement ceux qui avaient l’air encore plus intéressants que les autres. Elle en retint finalement vingt-sept, ce qui était, tout de même, une sacrée élimination. Elle ne pouvait pas faire mieux. Elle fit donc une pile haute de ces vingt-sept gros livres au milieu de la pièce. Aidan, lui, était dans un coin de la pièce et avait sorti une plume et un bout de parchemin. Il faisait celui-qui-est-occupé. Kristen releva les yeux vers lui et soupira en secouant la tête. Elle n’aimait pas cette sensation d’avoir été dépendante d’un garçon comme lui. Elle se redressa alors, pointa sa baguette vers son sac à bandoulière et lança un sortilège d’extension indétectable sur celui-ci. Ensuite, d’un geste sûr, elle tendit sa baguette vers la pile de livres et les enchanta de façon à ce qu’ils puissent entrer d’eux-mêmes dans le sac. Kristen vit qu’à cette manœuvre, Aidan leva le nez et rit pour lui-même. Kristen lui adressa un regard un peu mauvais, haussant un sourcil.

« Je ne te donnerai pas un gallion de plus que ce qui a été convenu au départ. Ce seul voyage pourrait me suffire. De toute façon, si jamais je m’apercevais qu’il ne me suffisait pas, je considérerais que le service n’a pas été rendu correctement. »
Elle passa une mèche de cheveux derrière son oreille et haussa le menton.
« Entendu. Mais autant te le dire tout de suite, jamais personne n'a eu à se plaindre de la qualité de mes services.
- Tes autres "clients" n'ont peut-être pas, comme moi, l’intelligence de l’exigence. »
Aidan rit et dit :
« Mes autres clients n'ont surtout pas l'arrogance de croire qu'ils me sont assez chers pour que je me fatigue à les rouler. »
Kristen haussa un sourcil. Elle pensait au contraire qu’il aurait tout intérêt à essayer de « rouler » sa clientèle, comme il le disait, et d’autant plus si elle n'était rien à ses yeux. Elle soupira et leva brièvement les yeux au ciel.

Ils s’en allèrent, et après l’avoir payé totalement (elle avait dû, pour cela, vendre quelques-unes des affaires auxquelles elle tenait), Kristen ne voulut plus se mêler à Aidan Bowers pour quelque histoire qui aurait semblé douteuse. C’était comme si rien ne s’était passé. Elle continua à l’appeler vaguement « préfet-en-chef » quand ils se croisaient, elle continua à le mépriser pour ses agissements contraires au règlement, comme avant, mais en toute discrétion - car c'était, depuis, devenu assez osé.

C’était cela, Aidan Bowers à dix-sept ans. Un gamin futé qui avait une grande idée de l’argent et de lui-même, très certainement. Si l’on s’était arrêté là, on aurait simplement pensé que c’était un adolescent qui voulait s’enrichir pour pouvoir se payer ce qu’il voulait, pensant que l’argent lui permettrait de répondre au moindre de ses caprices. En fait, c’était un peu cela. Mais ses caprices n’étaient pas des caprices d’adolescent.
Dernière modification par Kristen Loewy le 9 novembre 2017, 10 h 41, modifié 1 fois.

Moi, je suis en quelque sorte un philosophe. Mon sujet d'étude, c'est vous. Je fais des recherches sur vous, votre vie, votre âme.

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Riséd elrue ocnot edsi amega siv notsap ert nomen ej.


Kristen Loewy n’était pas du genre à se poser beaucoup de questions sur sa vie sentimentale ; d’ailleurs, pire même que de la considérer comme inexistante, elle ne la considérait pas du tout. Elle avait un sérieux problème avec les comédies romantiques et les chansons d’amour, toutes ces choses qui pouvaient être si écœurantes.

Elle avait été fiancée (c’est un mot très joli, quand il est prononcé par un anglais : ça fait quelque chose comme : « fiyançè ») mais n’avait pas aimé pour autant, elle avait eu une aventure et avait enfin cru aimer quelqu’un, mais les rares fois où elle avait essayé d’y réfléchir, elle avait fini par conclure que ce qu’elle aimait dans cette relation, c’était surtout le goût qu’elle avait, qui lui correspondait en ce temps : le goût de l’interdit et de la destruction, le goût qu’a la vie lorsqu’elle est menacée. Elle s’en était lassée, bien sûr.

Le seul amour véritable qu’elle ait un jour projeté sur quelqu’un de chair et d’os s’était dirigé vers son fils. C’était un amour maternel inconditionnel, qui durerait toujours, même si ce fils ne voulait plus entendre parler d’elle. Mais justement, cet amour était maternel, logique, naturel – en théorie. Il n’y avait pas eu de tortures de l’esprit.

Ces dernières semaines – et même ces derniers mois –, Kristen ressentait que quelque chose d’anormal se produisait en elle. Il y avait un petit « truc » qui n’allait pas, un bug dans le système. Ça ne tournait pas rond. Parfois, subitement, elle pensait à autre chose qu’au travail, ce qui était déjà assez inhabituel. Elle voyait alors un visage, venu de nulle part, s’imposer à elle : il n’avait que le temps de sourire et il disparaissait, alors qu’elle replongeait dans ses dossiers. Elle repoussait systématiquement ces pensées, tâchait de les enfouir au plus profond de son esprit en espérant qu’elles ne reviennent jamais, mais elles revenaient toujours. Kristen n’avait aucune idée de ce dont il pouvait s’agir, car il ne lui semblait pas avoir expérimenté un jour quelque chose d’aussi étrange.

Elle se surprenait parfois à penser que ce sentiment était à la fois très dérangeant, certainement douloureux, mais aussi, dans le fond, qu’il avait un côté presque agréable. Ces pensées disparaissaient généralement très vite et quand elle essayait de se mesurer, elle pouvait conclure que non, il n’y avait là rien d’agréable. Pendant un temps, elle avait cru être malade. Tout était là : hallucinations, maux de tête, insomnies, maux de ventre. Il ne pouvait s’agir que des symptômes de quelque trouble dans son organisme.

Plus tard, elle avait commencé à avoir des doutes, et avait alors décidé d’observer ces phénomènes avec un intérêt particulier. Chaque fois qu’une observation semblait confirmer les hypothèses qu’elle n’aurait jamais cru émettre, elle les balayait d’un revers de main, se disant que « ce n’est pas possible », et reprenait plus tard ses observations avec la même rigueur, espérant obtenir un résultat différent, qui lui semblerait plus satisfaisant. Tant que les résultats ne concordaient pas avec la réponse qu’elle souhaitait obtenir, elle continuait, fâchée et même vexée, dans ce même cercle sans fin. La conclusion était toujours la même et les résultats ne lui plaisaient jamais.

Au bout d’un certain temps, elle envisagea des moyens plus radicaux pour ne plus penser à ce qui la tourmentait, mais l’image était toujours là qui la hantait. Avec la fulgurance d’un battement de cils, ce visage harmonieux, doux et lumineux se glissait dans son esprit et le quittait aussitôt, sans que Kristen ne puisse parvenir à l’attraper. Elle finit par craindre que cela ne devienne une véritable gêne pour son travail, car c’était là la seule conséquence qu’elle pouvait admettre. Elle n’avait pas le désir de voir plus loin, d’imaginer des conséquences plus lourdes, car elle voulait à tout prix réduire l’importance de l’événement. Cela ne pouvait rien être de grave, après tout.

Elle réduit un peu plus la durée de ses nuits pour s’éviter de prendre le risque de rêver, car parfois, même la potion de sommeil sans rêves ne suffisait pas à faire taire ses pensées nocturnes. Elle dépensait la totalité de son énergie dans tout ce qu’elle entreprenait, tâchait d’être occupée en permanence, s’évertuait à faire en sorte que son esprit soit toujours focalisé sur un point précis, mais tous ces efforts étaient vains. L’image était là, toujours, et ne la quittait pas.

Ce n’était pas un visage précisément dessiné, il n’avait pas de traits bien définis. C’était du moins ce dont Kristen voulait se convaincre pour limiter les dégâts. Elle s’imaginait qu’il ne s’agissait que d’un visage clair, peut-être le visage du soleil personnifié ; un visage idéal, le Visage. C’était, certes, un très beau visage, qui aurait dû donner le sourire et faire chauffer les joues, mais Kristen se sentait agacée par ce visage sans-visage qui ne cessait d’encombrer son esprit.

Elle finit par s’avouer vaincue et voulut savoir une bonne fois pour toutes. Elle considéra toutes les hypothèses qu’elle avait jusque-là injustement réfutées avec un regard paniqué et les remit en avant dans son esprit.

Elle était assise à son bureau et tenait entre ses mains un petit morceau de miroir brisé. Les bords étaient coupants. Elle le faisait tourner entre ses mains, observait son reflet. Le miroir n’était pas plus grand que la paume d’une main, aussi le reflet qu’il pouvait renvoyer était limité. Kristen devait tendre les bras pour voir son propre visage en entier. Elle se contentait de se regarder elle-même, car elle avait peur des secrets que ce miroir pourrait lui révéler.

Elle savait. Elle l’avait remarqué : derrière elle, dans ce reflet, juste au-dessus de son épaule : il y avait quelqu’un. Chaque fois, Kristen le remarquait, et chaque fois, elle s’empressait de ranger le bout de miroir dans un tiroir, comme s’il avait soudain attrapé une de ces fameuses maladies de miroir très contagieuses : la peste du reflet, ou quelque chose de ce genre-là.

Pourtant, le miroir la fascinait. Elle savait déjà tout le mal qu’il lui faisait, mais ne pouvait s’empêcher d’y revenir, pour finalement n’en jamais percer le mystère. Parfois, elle se disait que la silhouette derrière elle pourrait disparaître. C’était possible : elle s’évaporerait du reflet, et ce serait comme si elle n’avait jamais été là. Tout simplement.

C’est ce qui arriva un jour. Le miroir la piégea avec toute la fourberie dont un miroir pouvait faire preuve. Un jour, alors qu’elle observait son reflet, et qu’elle décalait le miroir très lentement pour voir si la silhouette était toujours là, elle s’aperçut qu’il n’y avait plus personne. Alors, elle fit un geste brusque et soulagé vers la droite, et découvrit dans le miroir le reflet de son fils. Il était assis dans un coin du bureau et regardait Kristen avec un air malicieux, le visage entre ses mains. Il souriait. Ses yeux étaient pétillants. Il avait l’air heureux. Dans ce reflet qui montrait souvent tout, sauf la réalité, il devait effectivement l’être.

Alors, arriva ce qui devait arriver, elle resta complètement bloquée sur ce reflet. Impossible de dire combien de temps cela dura, mais il se pourrait que ce fussent des heures entières. Le Miroir du Riséd, même réduit en petits morceaux, avait un pouvoir de fascination saisissant. Lorsqu’elle n’en put plus, Kristen rangea le miroir. Elle n’avait presque pas conscience que ce que le miroir lui avait montré n’était qu’une chimère. Le lendemain, elle fit de gros efforts pour ne pas se jeter tout de suite sur le miroir et exécuter d’abord les tâches que sa fonction lui imposait. Avant de se coucher, elle reprit le miroir et s’attendit si bien à y revoir Owen assis dans le coin de la pièce qu’elle le tourna trop vite et n’eut pas le temps de se rendre compte que son fils n’habitait plus le reflet, remplacé par la mystérieuse silhouette, qui était revenue à côté d’elle.

Cette fois, elle vit, malgré elle, de qui il s’agissait. Elle reconnut la tenue féminine, les cheveux blonds, le sourire tendre et les yeux doux de cette silhouette qui portait désormais un nom ; elle reconnut le visage qui avait hanté son esprit depuis si longtemps : elle reconnut Aude Luneau, qui la regardait à travers ce reflet et qui, ayant remarqué qu’elle n’était désormais plus un fantôme rejeté, posa doucement sur l’épaule de Kristen sa main délicate.

Kristen, dans un frisson incontrôlable, recula dans son fauteuil, fit un mouvement sur le côté pour se défaire du contact de cette main qui, pourtant, n’existait que dans le reflet du Miroir du Riséd, et plaqua celui-ci à l’envers contre son bureau dans un mouvement de colère.
Dernière modification par Kristen Loewy le 9 novembre 2017, 10 h 44, modifié 1 fois.

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Kristen froissa la lettre dans son poing et fronça les sourcils. Elle se leva, repoussa un document sur son bureau et se dirigea vers la mince meurtrière qui lui servait de fenêtre. Elle observa le paysage un instant et soupira. Elle enfila une veste épaisse doublée de fourrure, des gants en cuir et se serra dans son vêtement avant de disparaître dans un tourbillon distordu.

C’était une grande pyramide inversée, plantée dans un sol de cendre. Son architecture défiait les lois de la gravité. Elle semblait être faite d’une sorte d’anthracite imparfait. L’entrée était située tout en haut de la pyramide. On y accédait par un pont suspendu, qui ne pouvait tenir que par magie. Il pleuvait toujours, ici, et il faisait toujours nuit. On s’était arrangé pour qu’il en soit ainsi. Tout n’était que ténèbres.

Kristen s’avança vers le pont. Au-dessus d’elle, une arche portait une inscription runique, quelque chose qui voulait apparemment dire qu’on devait laisser ses espoirs à l’entrée. Kristen resserra son manteau et traversa le pont. Arrivée devant l’entrée, un vieux sorcier lugubre l’arrêta. Elle lui montra un papier et il la laissa passer, hochant la tête en signe de bienvenue. C’était absolument inapproprié.

L’endroit était éclairé par des torches aux reflets pourpres. On distinguait chaque étage depuis l’entrée : des allées longeaient les murs extérieurs et formaient des cercles concentriques. Au milieu, une plateforme entourée de barreaux de fer montait et descendait, se rapprochait parfois des allées pour les joindre. Plus on descendait, plus les cercles étaient étroits, plus les cris résonnaient fort.

« Madame ? interpela une femme avec un fort accent. »

Kristen se retourna. Elle la salua et s’exprima dans un anglais lent, facilement compréhensible. Elle montra sa lettre.

« Ah, je vois. Septième cercle, premier secteur. On va vous y conduire. Pouvez-vous me remettre votre baguette ? »

Kristen la serra entre ses mains.

« Je vous demande pardon ?
- Votre baguette, répéta la femme.
- Je ne souhaite pas vous confier ma baguette.
- C’est la règle, Madame. Question de sécurité.
- Je me sens plus en sécurité avec ma baguette. Vous croyez que je vais m’amuser à faire sauter les barreaux de vos cellules ?
- Non, Madame, je ne crois pas. Mais c’est la règle. »

Kristen commençait à s’impatienter. Elle fit « tss » et commença à faire demi-tour. Elle avait fait quelques pas quand elle sentit une main se poser sur son épaule. Elle s’en dégagea, lança instinctivement un regard foudroyant à la personne qui avait osé poser sa main sur elle. C’était une autre sorcière, assez petite et très maigre, pleine de peau qui dégoulinait de son visage.

« Madame, je vous en prie, suivez-moi. Avez-vous confié votre baguette ? »

Elle aussi avait un accent terrible.

«  Non, dit Kristen.
- Ah…
- Ce n’est pas grave, je m’en vais.
- Non, non, vous ne pouvez pas partir comme ça. Il a été transféré il y a peu, et le protocole veut qu’une personne…
- Je sais ce que veut le protocole, dit-elle en agitant sa lettre sous le nez de la vieille femme.
- Naturellement. Dans ce cas vous savez aussi que le protocole veut que vous laissiez votre…
- Je ne la laisserai pas. Il va falloir faire l’impasse sur au moins une chose que veut le protocole…, dit Kristen, agacée.
- Je n’aime pas beaucoup la façon dont vous parlez, Madame. Mais soit. Je vous demanderai au moins de la ranger et de vous abstenir absolument de la sortir. Un geste de travers, et je vous garantis que vous deviendrez l’une de nos pensionnaires…
- Moi non plus, je n’aime pas beaucoup la façon dont vous parlez, se contenta-t-elle de rétorquer. »

Elles se placèrent au bord d’une allée et la vieille femme attendit que la plateforme centrale vienne à elles. Une fois les deux femmes dessus, la plateforme se replaça au centre et descendit.

Les murs se rapprochaient de plus en plus à mesure que la plateforme descendait. Chaque étage portait un nom : premier cercle, deuxième cercle… accompagné de la catégorie du crime et d'une description très floue du châtiment associé. Plus on descendait, plus les châtiments semblaient originaux. Tout y passait : de la torture physique à la torture psychologique, il y en avait véritablement pour tous les goûts.

« C'est ça, septième cercle…, commenta la vieille sorcière. »

Kristen ne dit rien, lut le panneau correspondant à l’étage : « Septième Cercle, 3 Secteurs » et en-dessous : « Premier Secteur, Crimes Particulièrement Violents Et Nombreux Commis Contre Moldus et Sorciers. » Chaque mot portait une majuscule, ce qui était déjà une torture en soi. Plus bas encore : « Intrusion Mentale et Douleur Véritable. »

« Par ici. »

Kristen suivit la femme dans l’allée. Les cellules s’enchaînaient. Au-dessus de chacune d’entre elles était indiqué un numéro : 1345, 1830, 2115… Kristen les observa, cherchant une logique à l’enchaînement de ces nombres. La vieille sorcière dût le remarquer, car elle expliqua :

« C’est l’heure du châtiment. Pour celui-ci, par exemple, ce sera à midi et demie… »

Elle pointa le doigt vers la pancarte de bois usée qui comportait les chiffres 1230.

« Les heures sont étudiées pour que chaque prisonnier puisse profiter du spectacle du châtiment de ses voisins. Nous ne sommes pas des monstres, le châtiment ne dure que quatre heures – cinq si le prisonnier a trouvé le moyen de s’attirer les foudres d’un gardien. En revanche, le reste du temps, il est accablé par les cris des autres pensionnaires. Ainsi, il n’oublie jamais que son tour viendra à nouveau. Au début, nous les punissions tous en même temps, mais nous nous sommes aperçus que…
- Merci, j’ai compris le principe, coupa Kristen. »

La vieille sorcière hocha la tête. Kristen ne l’avait pas soupçonnée d'être si sadique. En effet, les cris résonnaient de partout. Aucun châtiment n’était pourtant visible : les prisonniers se mettaient dans un coin de leur cellule, tremblaient et hurlaient les yeux fermés.

« Nous y voilà, dit-elle en s’arrêtant devant une cellule. »

Kristen leva la tête. La pancarte indiquait le numéro 0900. Elle regarda sa montre, puis l’individu dans la cellule. Il était assis par terre, la tête dans les genoux. Il la releva. Il n’avait pas de visage, de la peau griffée de cicatrices couvrait sa tête. Des cheveux mi-longs noirs lui tombaient par paquet sur ce qui aurait dû être son visage. Il ne pouvait pas sourire, mais Kristen sentit qu’il le faisait.

« Il avait commencé à développer des dons de legilimancie, pour communiquer, mais nous avons tué ça dans l’œuf. Nous n’avons jamais besoin de lui parler, mais j’ai pensé que pour cette fois, un capteur… »

Elle sortit de sa poche une petite boule argentée inconsistante.

« Viens ici, Feuerbach. »

Il ne bougea pas.

« J’ai dit viens ! »

Elle posa sa main sur un barreau et Bal se crispa, puis s’approcha.

« Reculez, dit la femme à Kristen. »

Elle s’exécuta. La vieille sorcière plaça la boule dans le cou du prisonnier et se recula à son tour.

« Restez à distance. Cela ne durera pas longtemps, mais vous pourrez vous dire… ce que vous avez à vous dire. Le protocole veut que je…
- Oui, je sais. »

La sorcière hocha la tête et se recula avant de pointer sa baguette sur elle-même. Elle regarda le prisonnier et sa visiteuse de loin, mais ne pouvait plus les entendre.

« Salut, Kristen… »

Sa voix sortait de la petite boule provisoirement greffée à son cou. Elle était rouillée, mais perverse.

« Bonjour, Bal. »

Il s’avança et entreprit de placer sa tête entre les barreaux, sa tête ignoble sans visage, mais les barreaux semblèrent le brûler.

« Tu sais ce qu’ils me font, ici ? Ce n’est pas tout à fait comme Nurmengard… Je voyage, moi aussi, tu vois…
- Non, je ne sais pas.
- Très bien, je vais te raconter. C’est toujours la nuit, ici, tu sais, mais il y a quand même ce système d’heures, le temps qui passe… On ne dort pas, il y a trop de bruit. Le matin, on nous donne à manger, tu sais, elle n’arrête pas de dire qu’ici, on n’est pas des monstres, parce que c’est déjà nous les monstres, alors ils ne peuvent pas l’être aussi… Ils trouvent un moyen de me faire manger, puisque je n’ai plus de bouche, mais enfin, tu vois, on nous donne quelque chose pour qu’on tienne la journée… Rien à voir avec ce qu’on avait mangé dans ce petit restau à Berlin, tu te souviens ?
- On a testé à peu près tous les restaurants de Berlin.
- Oui, oui, c’est vrai, mais tu vois duquel je veux parler, celui qu’on avait beaucoup aimé. Enfin, bon, rien à voir. Ensuite, on attend juste que notre heure vienne. Moi, c’est à neuf heures, j’ai de la chance, ça fait passer le temps plus vite, quand c’est à neuf heures, et je supporte bien. Tu sais ce qu’ils font ?
- Non, Bal, je ne sais pas.
- Ils entrent dans notre tête… ils nous font voir des choses… et c’est tellement vrai, tellement vrai qu’on ressent la douleur. Il y a une grande mer rouge, on s’y noie et on brûle, on y revoit les visages de ceux qu’on a tué ou qui ont, en tout cas, souffert de nos crimes. Parce que notre cerveau sait tout, il sait tout ce qu’on a fait.
- Je vois.
- Il y a Johanna, par exemple. Et toi aussi. Et notre fils, comment tu l’as appelé, déjà, ce petit bâtard ? »

Kristen serre les dents, jette un coup d’œil derrière elle. La vieille sorcière l’observe avec attention.

« Il n’est pas ton fils.
- Oh, allez, on a déjà eu cette conversation tant de fois… Ce n’est pas grave, tu sais, on s’aimait, c’est naturel. O… je suis sûr que ça commence par un O… Owen ? C’est ça ? C’est ça, Owen !
- Ose encore une fois prononcer son nom.
- J’aimerais qu’il me rende visite, un jour. Tu as fini par lui dire que le rouquin n’était pas son papa ?
- Qu’est-ce que tu veux ?
- Je voulais juste te voir, ma Kristen. Enfin… te voir… tu sais que depuis que tu as effacé mon visage, je ne vois plus, je ne sens plus. Mais c’est dommage, parce qu’après tout le mal que je me suis donné pour t’enseigner ce sort, tu n’as quand même pas été fichue de le réaliser correctement. Tu sais pourquoi, Kristen ?
- Oui, je sais pourquoi.
- Oui, évidemment, tu es du genre qui sait réfléchir… Tu n’as pas réussi à m’enlever le souvenir de qui je suis. »

Il se rapprocha. Sa tête grillait contre les barreaux.

« Je. Sais. Toujours. Qui je suis, Kristen. »

La vieille sorcière s’approcha précipitamment et fit reculer Bal, lui arrachant dans la foulée la bulle magique qui lui permettait de parler. Kristen le fixait tandis qu’il reculait dans l’ombre de sa cellule, persuadée que derrière son masque de chair désormais brûlé sur deux bandes verticales, il souriait à nouveau. Elle déglutit.

« C’est bon ? »

Kristen hocha la tête et elles remontèrent par la plateforme. Arrivée en haut de la pyramide, la femme tendit un papier et une plume à Kristen.

« C’est à vous que revient cette décision. »

Kristen saisit la plume et le papier et le parcourut du regard. Elle ne cocha pas ce qu’elle devait cocher, se contenta d’apposer sa signature en bas du document après y avoir inscrit quelques mots. En le rendant à la sorcière, elle conclut :

« N’hésitez pas à augmenter la durée de son châtiment quotidien. »

En revenant à Poudlard, elle fut prise de frissons : c’était à la fois de la colère et du dégoût.

Moi, je suis en quelque sorte un philosophe. Mon sujet d'étude, c'est vous. Je fais des recherches sur vous, votre vie, votre âme.

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I'm a feline Casanova



  On avait hésité entre Amadeus et Ludwig et on avait choisi Ludwig. D’abord, parce que Kristen préférait Beethoven à Mozart, mais aussi parce qu’on trouvait que le nom de Ludwig seyait parfaitement à une créature de cet acabit. La dame en noir avait d’abord arqué un sourcil, avait fait passer ses yeux bleus perçants d’Aude à Ludwig, puis de Ludwig à Aude. Elle n’avait pas demandé : « c’est quoi, ça ? » parce qu’elle savait évidemment ce que c’était que ça. En revanche, elle avait demandé :

« Pourquoi ? »

  Aude lui avait expliqué qu’elle l’avait trouvé dans la rue, près de Sainte-Mangouste, seul et apeuré. Kristen avait hésité entre un soupir et un rire attendri et avait finalement choisi cette deuxième option.

  Ludwig, c’était désormais leur chat. Ce chat de couple très semblable à une sorte de ciment. Il était minuscule, blanc à rayures gris clair et avait des yeux oscillants entre le bleu et le gris. Il était fier et haut sur pattes. À l’heure où je vous raconte ceci, Ludwig se pavane dans les appartements d’Aude et Kristen, grimpant sur les meubles comme s’ils étaient autant de trônes, siégeant sur le lit comme s’il avait toujours eu le droit, depuis sa naissance, de se tenir là où il était. Ludwig avait vite oublié qu’il avait été ramassé dans la rue et qu’il aurait pu être dans un état misérable si Aude ne l’avait pas adopté.

  Ludwig observait son Empire d’un air hautain : il détestait qu'on dise qu'il était un simple, un vulgaire chat. On pourrait lire dans son regard les mots suivants : « comment ça, un chat ? », et ses oreilles démesurées de se dresser sur sa petite tête poilue, équivalent d’une intonation indignée. Ludwig aimait ses maîtresses, car il sentait qu’il se pavanait remarquablement bien à leurs côtés ; il se sentait le Roi des Chats – que dis-je ! – le Roi du Monde. Ce grand château de pierres était sien, il aimait se frotter le dos aux angles des murs, se faire les griffes sur cette vieille tapisserie moyenâgeuse que tout le monde détestait (mais personne n’osait le dire), faire tomber les objets précieux de ses maîtresses en trônant sur les meubles et les voir se reconstituer d’un coup de baguette en bois. Plus que tout, Ludwig aimait faire des roulades au milieu du bureau de l’une de ses maîtresses, quand il était autorisé à s’y rendre. Il prenait alors pleine possession de cette pièce qui lui était parfois interdite avec une satisfaction emprunte de sournoiserie. Il aimait aussi monter sur le bureau de sa maîtresse en noir quand elle était occupée à remplir des parchemins : il se glissait entre la feuille et sa maîtresse et s’étirait de tout son long, signe que Sa Majesté exigeait quelques caresses. Il faisait sa vie de Fléreur avec toute la dignité et la grandeur d'une neuvième symphonie.

    Aujourd’hui, Ludwig était un Fléreur heureux. Il avait toujours eu un bon feeling avec sa maîtresse aux cheveux jaunes, celle qui l’avait recueillie dans la rue (qu’il considérait comme une demeure purement transitoire). Il avait été un peu plus méfiant avec l’autre, celle en noir. Au début, il ne la sentait pas et lui avait bien fait comprendre d’un grand coup de griffe bien acérée sur le dos de la main quand celle-ci avait honteusement tenté de le caresser - alors qu’à cette époque, je le répète, il ne la connaissait ni d’Eve ni d’Adam ! Il avait été sur ses gardes puis avait fini par comprendre que cette maîtresse-là était aussi bien que l’autre ; simplement différente.

    Ne vous étonnez pas d'apercevoir Ludwig observant son domaine éternel du haut du toit d'une des tours ; Ludwig n'a pas peur du vide, Ludwig n'a peur de rien, tant que cela reste en accord avec son panache époustouflant.

Moi, je suis en quelque sorte un philosophe. Mon sujet d'étude, c'est vous. Je fais des recherches sur vous, votre vie, votre âme.