3 juil. 2020, 16:22
Les Cycles  Solo   OS 
Les humains ne se souviennent pas de leur naissance. On dit même qu'ils n'ont pas de souvenirs avant l'âge de trois ans. C'est évidemment faux. Ce qu'ils vivent pendant ce laps de temps les influencera toute leur vie, alors peut être ne sont-ce pas des souvenirs au sens communément admis, imagés, mais ils sont pourtant bien encré en eux, au fond, à la racine.

Ma naissance, moi, je m'en rappelle. Je suis venue à la vie grâce à des mains expertes, des mains ayant donné la vie à un nombre incalculable de mes sœurs. C'était une vraie naissance, l'union de deux êtres qui fusionnaient pour en créer un troisième. L'un était pur, blanc, fougueux et doux. J'en héritai un sens aigu du don de soi et de la protection. L'autre droit, solide, joyeux et généreux. J'ne héritai de force, peut être d'agressivité. Je pris vie au moment où ils furent réunis. Nul souffle n'a circulé en moi, juste... une énergie, un potentiel. Je m'en sentais entièrement composée. Je me sentais prête, prête à l'offrir à qui je jugerai digne. J'étais une graine, attendant de pouvoir m'épanouir grâce à la bonne personne, au bon porteur.

J'ai longtemps attendu ce jour. Je le sais car j'ai compté les cycles. Depuis mon écrin sombre, fermé jusqu'à ce que mon créateur ne me révèle à des yeux innocents, je n'ai pu compter les jours, le seul repère était la période des cris. Cela commençait doucement, les voix venaient timidement, puis de plus en plus nombreuses jusqu'à une apogée assourdissante mêlant excitation, peur, surprise, joie et déception et, plus rien. Le grand silence. Jusqu'à la prochaine fois. Il y eu dix sept cycles de cris avant que je ne sente le premier mouvement, avant que je ne sois présentée pour la première fois.

Cette première paire d'yeux était bleue, c'était un beau regard clair, net, brillant. Il me plu. Puis vient une main, sûre, qui me saisit. C'est là que je ressenti cette atroce sensation, une brûlure, on voulait voler mon potentiel, on voulait me forcer. Je résistai tant et si bien qu'au premier mouvement mon créateur affolé me sauva de ces mains brutes. Je retournai dans l'écrin dont j'attendais à présent la nouvelle ouverture avec crainte.

Ce fut six cycles plus tard que je vis la lumière. Cette fois un regard brun et interrogateur me dévisagea. Il fallut tout les encouragements du créateur pour que la main hésitante se décide à m'attraper. Cette fois aucune brûlure, aucune haine, aucune brutalité. Je ne senti que la douceur, la bienveillance, mais également le doute. Tant de doute, et pas une once de confiance. Pire, loin au fond, bien dissimulée, de la peur. Quelle tristesse. Que pouvais-je faire pour l'encourager ? Je fis de mon mieux, je le jure, mais la main ne voulait pas. Elle n'obtint rien. Et je fus remise à nouveau dans le noir.

Je ruminais pendant de longs cycles sur cet échec. Était-ce de ma faute ? N'avais-je pas fais assez d'efforts ? Qu'attendait-on de moi finalement ? Si j'avais été soulagée qu'on éloigne la première main de moi, cette deuxième m'avait plu. Nous nous serions entendues j'en étais certaine. Je ne comprenais pas. Je fini par comprendre que ma chance était passée. Je ne comptais plus les cycles. Je restais seule, probablement pour toujours.

Je ne sais pas dire quand j'ai été dévoilée pour la troisième fois et pourtant, je m'en rappelle bien mieux que les autres. Ce jour là la lumière dorée envahit ma boîte au tout début d'un cycle, c'était la première fois. J'avoue avoir pris peut lorsque je vis que c'étaient à nouveaux deux yeux azurs qui me toisaient de haut. Pas encore, je ne voulait revivre ni le dégoût ni l'échec, qu'on me laisse tranquille, qu'on me remette dans le noir et qu'on m'oublie.
Mais cette troisième main me pris. Doucement, avec attention. Je pouvais sentir que j'étais importante pour elle. Elle ne tremblait pas mais n'était pas arrogante pour autant. Elle était calme, mais intriguée. Je perçu de l'intimidation, de l'humilité mais aussi beaucoup de détermination.

Ce fut la première fois que je senti mon potentiel s'exprimer. C'était pour cette main là. Oh bien sur ce n'était pas grand chose, c'était un début, un aperçu, une image fugace des possibilités, mais quand même, quelle sensation extraordinaire ! Je senti l'enthousiasme percer à travers le toucher de mon porteur, mais ce fut bref, comme s'il ne s'autorisait pas cet abandon.

Qu'à cela ne tienne, porteur, choisit moi, nous aurons toute une vie pour nous apprivoiser l'un l'autre.

Depuis ce jour de la lumière dorée, il n'y eu plus de cycle. Je quittais mon écrin pour toujours et dédiais mon existence à servir mon porteur et à le protéger, qu'importe le prix.

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